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Troyes, si quelques dégradations n'en avaient pas altéré la beauté. La partie du jubé qui . sert de tribune et qui forme une saillie en encorbellements, est soutenue par quatre colonnes d'un travail riche et original ; les intervalles en sont occupés par six. niches, dont les statues ont été enlevées ; on voyait à côté les armoiries de Langheac, effacées par la révolution. Le devant de la tribune offre six culs-de-lampe très-élégants, ornés de statues et surmontés de colonnettes d'une surprenante légèreté. Deux grandes colonnes portent, gravée sur un ruban , la légende suivante : marcescit in otio virtus, qui formait la devise de l'évèque Langheac. Autrefois le jubé se trouvait à sa place naturelle, cest-à-dire entre le chœur et la nef. 11 fut déplacé en 1789 par M. d'Argentré , qui le lit transporter à l'endroit où nous le voyons maintenant. La translation en fut opérée avec négligence: elle se faisait dans un temps
où Ton professait un mépris ridicule pour les chefs-d'œuvre du style ogival. Les statues représentant les vertus théologales et cardinales furent déplorablement mutilées ; elles le furent plus cruellement encore, quelques années plus tard, par les vandales de 1793 Bertrand de Chalançon, évoque de Rodez, fit construire le jubé que l'on voit à l'entrée du chœur, et qui , malgré de nombreuses mutilations, étonne encore par l'adresse surprenante avec laquelle on a refouillé dans la masse une profusion de feuillages tourmentés, d'une extraordinaire légèreté, et suspendus pour ainsi dire à de fragiles tenons de pierre. L'évèque François de Stains entreprit d'achever l'isolement du chœur, par la construction d'une clôture qui devait se lier à ce jubé ; mais la mort le surprit au milieu de ce travail immense, qui fut alors abandonné.
LABARUM. — Le labarum était un étendard que l'on portait à la guerre devant les empereurs romains. C'était une longue lance, traversée par le haut d'un bâton, duquel pendait un riche voile de couleur de pourpre, orné de pierreries et d'une frange à ïentour. Jusqu'à l'empereur Constantin, il y avait une aigle peinte ou tissue d'or sur le voile. Ce fut Constantin qui y fit mettre une croix, avec un chiffre ou monogramme qui marquait le nom de Jésus-Christ, et qui était accompagné de ces deux lettres A et a, alpha et oméga. Quelquefois, au-dessus du voile s'élevait une couronne au milieu de laquelle était enfermé le monogramme sacré. De la traverse pendait un morceau d'étoffe précieuse en carré, sur lequel étaient représentées les têtes de Constantin et de ses enfants. Constantin y fit mettre aussi sa figure en or, et celles de ses enfants. L'empereur choisit ensuite cinquante hommes des plus braves et des plus pieux de ses gardes, qui eurent la charge de porter le labarum tour à tour. (Cfr. Suétone, dans la Vie d'Auguste, cap. 10; la Vie de Constantin, par Eusèbe, lib. i , cap. 27 et 28 ; lib. h, cap. 8; Prudence, lib. i contre S/mmaque, vers. 488.)
Constantin, pour montrer qu'il attendait de Dieu la victoire, menait avec lui des évoques, et faisait porter à la tète de ses troupes l'enseigne orné de la croix , c'est-à-dire le labarum. On le gardait dans une tente séparée du camp ; et la veille des jours de combat, l'empereur s'y retirait pour prier avec peu de personnes, observant une pureté particulière et pratiquant le jeûne et la mortification. (Fleury, Hist. ecclés. liv. x, pag. 103; Zozime, liv. n, pag. 680.)
Chacun connaît l'origine du labarum de Constantin, lorsque ce prince, en allant combattre Maxence, vit dans l'air une croix lumineuse avec ces mots grecs : «vtovtm vix«, In hoc signo vinecs.
Saint Grégoire de Nazianze dit que le labarum était ainsi nommé, parce qu'il finissait les travaux, comme si ce mot venait de labor.
Les auteurs qui ont traité du labarum sont : Eusèbe, dans sa Vie de Constantin, lib. i, cap. 29, 30 et 31; Nicéphore, Hist. ecclesiast., lib. vu, cap. 29; Fullérus, Miscell., lib. h, cap. 1, et lib. iv, cap. 12; Giraldus, Dialog. xxv; Alciat, sur le xne livre du Code, tit. de prœpos. laborum; Cujas, sur le même endroit ; J. Lipse, lib. m de Cruce, cap. 15, et Observ. lib. xi, cap. 20; Meursius, dans son Glossaire; Vossius, deVitiis, serm. lib. m, cap. 18, et dans son Etymologicum; Pamélius, not. 24-4 et 245 sur le chap. xvi de l'Apologétique de Tertuilien; de Valois, dans ses Notes sur Eusèbe, à l'endroit cité; Suicer, au mot Aà6a.po-j ; Hoffmann, au mot Labarum; Du Cange, au mot Labarumt dans son Glossaire; Tillemont, Hist. des empereurs, tom. IV, pag. 125.
LABRUM— Voy. Fontaine, Piscine.
LABYRINTHE. —Le labyrinthe, dans les anciennes églises, était un compartiment de pavé, formé de plates-bandes rectilignes ou courbes, donnant lieu à des détours compliqués. « Ces labyrinthes, autrefois très-communs dans les cathédrales, dit M. A. Potier (texte des Monuments français de Willemin), et qui aujourd'hui ont presque tous disparu, étaient un emblème pieux qui rappelait aux fidèles le pèlerinage de Jérusalem; des indulgences étaient attribuées à ceux qui parcouraient dévotement les détours de ces dédales qu'on appelait vulgairement la lieue, parce qu'on prétendait qu'ils n'avaient pas moins d'une lieue de développement. Le labyrinthe de Sens, qui a été détruit en 1768, avait à peu près mille pas de longueur ; celui d'Amiens n'en avait guère moins, et celui de Chartres, qui subsiste encore, a 768 pieds. »
* Ces labyrinthes, dit M. de Caumont,