‹ Dictionnaire d'archéologie sacrée (volume 2)Chapitre 82 sur 276 · I.AM · texte numérisé non relu

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étaient considérés comme l'emblème du temple de Jérusalem ; a l'époque des croisades, on y faisait des stations qui tenaient lieu du pèlerinage de la terre sainte. Cela s'observait dans la cathédrale de Reims dès le xnr siècle, vers 12Î0. » (Abcce'd., ou lludim. d'archéologie, pag. 249.)

Le labyrinthe de Saint-Bertin, à Saint- Omer, est détruit, mais on en possède un dessin publié par M. Wallet. Nous avons reproduit ce dessin h la fin de ce volume. « Il était composé de carreaux blancs ou jaunes, et de carreaux noirs ou bleus, et était inscrit dans un carré; son chemin de parcours présentait, comme tous ceux que ïious connaissons, un guiliochis simple continu; mais ce guiliochis était ici à angles droits.

« Ce pavé était composé de 4.9 carreaux de chaque côté; par conséquent sa superficie présentait un nombre de 2,401 carreaux. »

11 se trouvait dans le franssept méridional de l'église. On le détruisit, dit-on, parce que les enfants et les étrangers qui le parcouraient troublaient l'office divin.

C'était le plus ordinairement dans la grande nef que ces pavés étaient placés, quoiqu'il y en eût quelques-uns, comme à Saint-Bertin, dans les transsepts, devant les principales portes latérales.

On voyait, il y a peu d'années, au milieu de la nef de la cathédrale de Chartres, un labyrinthe circulaire exécuté en pierre bleue, que l'on appelait communément la lieue, parce que pour le parcourir à genoux on mettait une heure à faire le chemin. 11 avait 668 pieds de développement depuis l'entrée jusqu'au centre. (Voy. la tig. à la fin du volume.)

Le labyrinthe de la cathédrale de Sens avait beaucoup de ressemblance avec celui de Chartres. 11 était incrusté de plomb et avait 30 pieds de diamètre. Il fallait, dit-on, une heure pour en parcourir tous les circuits, et on faisait 2,000 pas en les suivant exactement.

Le labyrinthe de Saint-Quentin est octogonal. Il existe toujours; et celui de la cathédrale d'Amiens, qui n'existe plus depuis 1825, était de la même forme.

Le labyrinthe de la cathédrale d'Arras, détruit depuis la révolution, se voyait dans la nef, comme ceux des cathédrales précédemment nommées. 11 était de forme octogone, composé de carreaux jaunes et bleus, et présentait les mêmes combinaisons que renv (l'Amiens et de Saint-Quentin.

A Bayeux, dans la salle capilulaire annexée à la Cathédrale, on voit un labyrinthe circulaire d'une dimension peu considérable, comparativement aux précédents. Il est formé de briques émaillées. Son diamètre n'est que de 3 mètres 78 centimètres. La voie du labyrinthe est composée de briques carrées à fond noir, chargées de divers ornements de couleur jaune. D'autres briques d'une teinte noire et posées sur le champ forment des lignes de séparation, tandis que

des briques jaunes indiquent le point de communication d'un cercle à un autre.— Chacun de ces cercles était composé de briques du même échantillon. Les sujets qui y sont représentés sont des griffons, des armoiries, des rosaces, etc.

LACRYMATOIKK. —On a donné le nom de lacrymatoires ou de vases lacrymatoires à des fioles ou petits vases de verre ou de terre, à long col, que l'on trouve fréquemment dans les tombeaux des anciens. On ;i dit que ces vases servaient à recueillir les larmes des parents ou des pleureuses gagées qui accompagnaient les restes mortels à la cérémonie des funérailles. Cette opinion a été soutenue et combattue avec une égale vivacité. On a trouvé des lacrymatoires dans les tombeaux chrétiens des catacombes. Dans toutes les collections d'antiques on voit de ces sortes de vases, qui affectent des formes très-variées.

LACS. — On donne le nom de lacs à des bandes ou cordelettes sculptées en bas-relief ou peintes dans les vitraux, qui s'entrecroisent en divers sens et donnent lieu à des combinaisons quelquefois très-élégantes. On en voit parfois sous le porche de certaines églises, surtout en Angleterre, dans l'endroit où l'on célébrait les mariages, et les antiquaires anglais les ont désignées sous le nom de lacs d'amour. Celte expression est bien connue pour désigner certains nœuds de l'époque de la Renaissance. On appelle souvent d'un môme nom les lacs et les entrelacs.

LACUNAR. — Cette expression revient fréquemment sous la plume des écrivains ecclésiastiques , dans la description des églises. Elle signifie plafond, et est opposée à caméra qui veut dire voûte. Les lacunaria, ainsi que les camerœ, recevaient différents ornements. Les lacunaria ou plafonds étaient disposés de manière que l'on pût y pratiquer des compartiments carrés et renfoncés, qui étaient souvent couverts d'or. Ce genre de magnificence fut appliqué non-seulement aux monuments publics, mais encore aux maisons des particuliers. Les plafonds étaient fréquemment décorés de peintures.

LAMBRIS. — Le mot lambris serait la traduction naturelle en français du mot latin lacunar et lat/uear, si Ion n'avait pas ajouté plusieurs autres sens à sa signification primitive. On appelle lambris non-seulement les plafonds faits en menuiserie et ornés de sculptures, de peintures et de dorures, mais encore les assemblages de menuiserie dont on couvre les murs. Dans la description des monuments du moyen Age, on nomme lambris les voûtes en berceau composées de bardeaux ou de pièces de menuiserie unies les unes aux autres. On trouve des voûtes de ce genre dès le xin* siècle, et il y en a un très-curieux spécimen à Tours dans une vieille église des Jacobins, aujourd'hui profanée et abandonnée. Au xw" siècle, les voûtes en lambris étaient fort communes dans les églises paroissiales des campagnes. K'.les s'y sont conservées jus-

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qu'à nos jours, et généralement elles y produisent un bon effet. On remarque quelquesunes de ces voûtes décorées de peintures et de dorures. (Voy. Bardeau). Il esta regretter que dans plusieurs églises on ait recouvert de plâtre ces vieux lambris en chêne.

LAME. — Dans nos vieux auteurs français, comme dans le style des inscriptions, ce mot est synonyme de tombeau ou de pierre sépulcrale. C'est ainsi que Villon a dit :

Mon père est mort, Dieu en ait l'âme : Quand est du corps, il gïstsoubs lame.

LAMPADAIRE. — Un lampadaire est une espèce de candélabre dont l'usage est de porter des lampes. Quelques auteurs appellent lampadaire d'or, l'instrument du temple de Salomon que l'on appelle communément le chandelier d'or, conformément à la Vulgatc, qui le nomme candelabrum aurcum. Le nom de lampadaire lui conviendrait mieux que celui de chandelier, puisqu'il portait des lampes et non des chandelles ou cierges.

LAMPE. — I. Les anciens n'étaient éclairés que par des lampes. Il est impossible d'en connaître l'inventeur, car on en trouve chez tous les peuples dès la plus haute antiquité, et l'Ecriture sainte en parle comme étant en usage dès les temps primitifs. Il n'y a donc guère d'intérêt à discuter pour savoir chez quelle nation on en trouve les premiers vestiges.

Les plus anciennes lampes étaient de terre cuite; on en fit ensuite de différents métaux et surtout de bronze. Pour éclairer leurs maisons d'une manière somptueuse, les Romains avaient emprunté aux Grecs l'usage des lychnuchi : c'étaient des instruments en métal poli, destinés à recevoir plusieurs lampes , dans lesquelles on brûlait une huile épurée et quelquefois parfumée. Callimaque parle d'un lychnuchus à 20 becs; la Bibliothèque Nationale, à Paris, en possède un à 12 becs.

On distingue dans les lampes plusieurs parties que l'on désigne par différents noms, la cuve, le bec et l'anse. Le dessous de la cuve est toujours sans ornements ; il porte seulement quelquefois le nom de la fabrique ou celui du propriétaire. Le tour du disque supérieur, ou le disque entier, sont ordinairement décorés de figures en relief, souvent religieuses ou allégoriques, de méandres, de couronnes ou d'autres ornements. Le bec de la lampe où se plaçait la mèche était appelé myxa, mot qui signifie proprement narine; les Latins l'appelaient rostrum. Les lampes à un seul bec étaient particulièrement à l'usage des pauvres. Pour moucher la mèche, on employait de petites pinces, qui servaient en même temps à écarter les lils, afin qu'elle prit plus d'huile et qu'elle donnât plus de clarté. Selon l'Ecriture, Salomon consacra, avec la table d'or, pour les pains de proposition, dix candélabres d'or avec des lampes et leurs pinces également d'or. On voit beaucoup de ces sortes de pin-

ces en bronze dans les cabinets d'antiques: on en a trouvé dans presque toutes les chambres de Pompéi et d'Herculanum. Le Lévitique, en traitant du service des lévites, fait mention d'un autre instrument qui, dans la Vulgate, est appelé emunctorium.

Les anciens se servaient des lampes dans une foule de cérémonies publiques et privées. Aussi, ne doit-on pas être étonné d'en voir une si grande quantité qui montrent des formes riches et des ornements multipliés. Il était reçu, dans les usages de la vie, qu'on pouvait donner ces lampes en présent à ses amis.

Dans les Catacombes de Rome, on trouve une prodigieuse quantité de lampes de toute espèce. On en trouve sur les parois des cubicula ou des salles de réunion pour la célébration des mystères chrétiens , sur les tombeaux, dans les monumenta arcuata, dans les tombeaux eux-mêmes. Beaucoup de ces lampes portent des emblèmes chrétiens, comme le monogramme de Jésus- Christ, la figure du Bon Pasteur, le navire, le chandelier à sept branches, le poisson, la colombe, etc.

Toutes les lampes ne sont pas travaillées avec un soin égal. Il y en a de magnifiques, il y en a de très-simples. Les unes ont été faites par des artistes, les autres sont l'ouvrage de potiers ordinaires. Passeri a cherché à établir une classification entre les lampes antiques; il a voulu les distinguer en quatre classes, d'après leur usage public ou particulier : en lampes publiques, lampes sacrées, lampes domestiques, lampes sépulcrales. Dom Montfaucon a observé , avec beaucoup de raison, que les caractères de ces lampes sont très-difficiles à assigner. Celles qui ont été trouvées en si grande quantité à Herculanum ne diffèrent en rien de celles que Bellori appelle lampes sépulcrales. Il paraît que l'on se servait indistinctement de toute espèce de lampes pour les usages religieux ou civils.

Plusieurs auteurs nous ont laissé de longs détails sur les lampes inextinguibles des anciens. On dit que, sous le pontificat do Paul III, on ouvrit un tombeau, à Rome, où l'on trouva une lampe qui devait avoir brûlé pendant 1G00 ans, et qu'elle s'éteignit dès qu'on l'eut exposée à l'air. Jean-B. Casali. dans son livre de Veteribus Christianorum Ritibus, cap. k% où il traite de lucernis Christianorum et aliis luminibus, soutient ce sentiment, et pour preuve il rapporte que dans le cimetière de Calliate, on trouva dans un ancien tombeau une lampe encore allumée qui s'éteignit dès qu'elle prit l'air a l'ouverture du sépulcre. Ces faits n'ont pu soutenir le regard de la critique : ils ont été relégués parmi les fables, ainsi que l'huile d'amiante qui se mettait dans les lampes inextinguibles et qui ne se consumait pas plus que la mèche d'amiante.

Cassiodore avait inventé une espèce de lampe qui brûlait pendant fort longtemps, et cette invention avait été faite p.;r lui a l'usage des moines du monastère qu'il avait

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bâti près de Squillace on Calabre. [Voy. Cassiod. de Institutions divinarum litterarum, cap. 30.) On peut consulter sur ces lampes Baromus, à l'an 5G2, n. 11, et Pompée. Sarnelli clans ses Lettres ecclésiastiques, tom. X, lclt. Gl.

Onapubliédansles Annales archéologiques, tom. IV, pag. 148, la description d'une trèscurieuse lampe du mi* siècle. Cette lampe appartient à M. de Saint-Mémin, conservateur du musée de Dijon, qui en a donné la description dans les termes suivants :

« Elévation perspective d'une lampe à huit becs, en bronze coloré d'une patine naturelle, vert-brunâtre foncé, ayant l'aspect d'un bronze antique. Un cône allongé, s'élevantdu centre de la lampe et dont la base sert de point d'attache aux huit becs, est divisé horizontalement en six parties par des moulures, quatre desquelles sont composées d'un tore compris entre deux filets. Le compartiment inférieur, celui qui pose immédiatement sur le réservoir, est orné de feuillages. Les trois compartiments suivants contiennent chacun trois sujets tirés de l'Histoire sainte, séparés l'un de l'autre par des colonnettes supportant des arcs en plein cintre. Le cinquième compartiment est, comme le premier, orné de feuillages; sur celui-ci est une boule ovoïde, surmontée d'un anneau de suspension trilobé et dont la tige tourne librement dans l'extrémité supérieure de la boule. — Sous le réservoir, au point de jonction des ventres des huit becs, est un culot, du centre duquel sort une tige descendante, relevée en crochet. Ce crochet servait, sans doute, à suspendre un bassin destiné à recevoir l'huile débordante. Je connais des lampes à huit becs, telles que celles dont les Israélites font usage dans leurs oratoires; elles sont munies d'un semblable bassin, que termine intérieurement un anneau servant à saisir la lampe suspendue à une poulie à contrepoids. Chaque bec est garni d'un porte-mèche en fer étamé et d'un couvre-mèche à crochet de même matière, articulé à charnière. »

v< Après cette description matérielle de l'objet, disons quelques mots sur la partie artistique de son ornementation. Tout l'ouvrage, feuillages et sujet, est a jour et d'un Style analogue à celui delà noie ou clochette décrite dans les « Annales archéologiques » (tom. I, pag. 262), (pic M. Didron pense devoir dater du xic ou du xn0 siècle. L'ensemble de la lampe est d'une coupe qui ne manque pas d'élégance; mais les personnaet autres ligures, formant les neuf reliefs qui la décorent, sont d'un dessin barhare, comparable à celui des ohjets sculptés sur les chapiteaux romans le plus défectueusement taillés. Cependant les divers sujets sont assez clairement exprimés pour être [••connus sans trop de peine. 1" Saûl l'ait David son ('cuver; 2° lutte de l'ange et de Jacob; 3° David jouant de la harpe et un

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ange soutenant l'instrument; k" le sacrifice d'Abraham ; 5* le déluge symbolisé par une barque dans laquelle sont Noé et sa femme; 0° Samson, sans armes, se rendant maître du lion des vignes de Thamnatha qu'il va mettre en pièces : on reconnaît le personnage a la longueur démesurée de sa chevelure; 7° David et le géant Goliath; 8° la tentation (?); 9° le jeune Tobie conduit par l'ange Raphaël, sous la figure d'Azarias. Ce sujet, comme le précédent, est douteux. On y pourrait voir l'expulsion du paradis terrestre : l'attitude des deux personnages paraît triste et abattue.

« Hauteur, du dessous du crochet au-dessus de l'anneau de suspension, 0m 12e om ; diamètre, pris des extrémités de deux becs opposés, 0m 25°. »

Il serait possible que cette lampe fût d'origine judaïque et qu'elle eût pour destination de servir dans une synagogue juive. Elle est fort curieuse et en elle-même et à cause de l'époque archéologique à laquelle elle appartient. {Voy. le dessin de cette lampe, tom. IV des Ann. archéol.)

Dans les églises et devant l'autel où est déposé la sainte Eucharistie, il doit y avoir au moins une lampe allumée. Cette prescription remonte a la plus haute antiquité, et elle continue d'être en vigueur de nos jours dans tous les diocèses. Cette lampe est destinée à montrer à tous les yeux, d'une manière aussi apparente que possible, que Jésus-Christ est la lumière du monde.

La lampe, en outre, a toujours été regardée comme une marque d'honneur. C'est ainsi que nous voyons, chez les Grecs, la coutume de faire porter deux lampes devant l'empereur, comme signe de distinction. Le pape Nicolas Ier reprocha à l'empereur grec Michel de conserver cet usage, pour symboliser la douhle juridiction spirituelle et temporelle. Lipse, dans une dissertation sur les Annales de Tacite (lib. i), démontre que la lampe ligurait au nombre des insignes impériaux. On portait anciennement une lampe devant un patriarche, pour marquer sa juridiction spirituelle (Ciampini, ret. Montra. pag. ii, cap. 12). Quant aux lampes qui étaient suspendues devant les images des sa:nts, saint Fortunat, évoque de Poitiers, qui vivait à la fin du vic siècle, parle d'une lampe qui brûlait devant le tombeau de saint Martin de Tours :

llir paries retinel sancti sub imagine formant.... Sub pedibus Justi paries habel arda (enestram Lijcli'um adest, aijus oitrea natal igms in urna.

Bos;o, dans sa Roma sotterranea (lib. iv, cap. 50), dit que les lampes allumées sur les tombeaux des saints signifient la gloire dont ils jouissent dans le ciel. Dans l'église du âainte-Pudentienne, h Rome, sur l'architrave qui se trouve au-dessus de la porte, est une statue de cette sainte, avec une lampeantique a la main. Il en est de même dans une mosaïque de l'église de Sainte-

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Marie au delà du Tibre, où l'on a représenté la parabole des dix vierges. Elles tiennent toutes à la main une lampe d'une forme semblable. Ces lampes sont Jes symboles de la virginité, et l'huile l'emblème des œuvres de miséricorde.

Consultons les auteurs qui ont écrit sur les lampes d'église, surtout Georgius.

Le mot cicindela, qui sert à désigner une espèce de lampe qui brûle dans nos églises, s'applique proprement à un insecte, le ver luisant. Dans la charta cornutiana, il est l'ait mention de six lampes d'argent, cicinflelœ avec leurs chaînes. Saint tîrégoire de Tours (Hist. lib. iv, cap.3G) s'exprime ainsi: Xam de oleo cicindeli qui ad ipsum sepulrrùm quotidie accenditur, cœcorum oculis lumen reddidit. Le mot candela, chandelle, dérive du mot cicindela (Du Cange). Les lain [ies d'églises, lampades ou lucernœ, étaient communément d'or ou d'argent. Dans le trésor du monastère de Saint-Riquier, il y avait « six lampes d'argent et douze de cuivre, avec des ornements d'or et d'argent. » (C/iron. centul. lib. n, cap. 10.) Saint Ansegise, au 830, offrit au monastère de Fontenelle ou de Saint- Wandrille une lampe d'argent. Dans la Vie de saint Benoit d'Àniane, nous lisons que dans l'église do Saint-Sauveur, dans son monastère, il y avait sept lampes d'une extraordinaire beauté, travaillées avec une perfection rare. (Voy. Autel, Accessoires des aufels; nous y avons déjà parlé assez longuement des lampes.)

Dans l'inventaire de l'ancienne cathédrale de Saint-Paul de Londres, on lit qu'il y avait dans la chapelle de Sainte-Radégonde unus circulas ferreus, florigeratus, appensus ante crueem, in quo pendet una lampas. (Dugdale, Hist. de Saint-Paul.)

La fondation de lampes qui devaient brûler constamment devant certains autels ou certaines images, était une dévotion bien suivie, durant de longs siècles. Aussi voyonsnous, dans les vieux titres, une foule de pièces relatives à cet objet.

Pour prouver l'antiquité de l'usage des lampes dans les églises, nous rapporterons un trait historique. Eusèbe de Césarée raconte un miracle opéré par le saint évoque Narcisse, la veille de la fête de Pâques. Comme on ne trouvait pas d'huile pour allumer les lampes, ce saint pontife les fit remplir de l'eau d'un puits voisin, et ayant fait sa prière sur cette eau, il ordonna qu'on les ,-illumât, et elles éclairèrent comme si l'huile tùt été leur aliment.

Saint Paulin, évoque de Noie, nous représente les autels éclairés d'une multitude de lampes, nuit et jour :

Clara coronantur demis altaria lychnis. . . Nocte dieque micant. . . .

On lit souvent dans les Vies des souverains pontifes et des princes, qu'ils ont fait don aux églises de lampes, ou phares d'or OU d'argent. Ces vases étaient de diverses formes. Les uns figuraient des dauphins,

d'autres avaient pour dômes des couronnes auxquelles étaient fixées les chaînes de métal qui tenaient la lampe suspendue.

La cathédrale d'Angers avait un usage singulier, que rapporte le sieur de Moléon dans ses Voyages liturgiques. Aux fêtes solennelles, avant la messe, un petit chœur de musique donnait le signal pour allumer les lampes et flambeaux, en ces termes : Accendite faces lampadum; eia, psallite, patres, hora est, cantate Dco; eia, eia, eia.

LANCÉOLÉ, qui a la forme d'un fer de lance. — On dit un arc lancéolé; les divisions des roses gothiques sont quelquefois lan ■ céolées.

LANCETTE (Style ogival a). — I. Comme nous avons eu l'occasion de le dire plusieurs lois déjà, notamment aux articles Classificatiox , Age des monuments, Ogival [Style), etc., etc., le style d'architecture caractérisé par la présence de l'ogive et qui succéda à l'architecture romano-byzantino vers la fin du xn- siècle, se divise en plusieurs variétés, que l'on a caractérisées par un ensemble de formes architectoniques, dont le plus saillant a été emprunté aux fenêtres. L'architecture à ogives comprend une longue période, divisée en trois époques. La période ogivale s'étend depuis la lin du xne siècle ou le commencement du xnr, jusque vers le milieu du xvr siècle. Les trois époques remarquables de cette période sont le style ogival primitif ou à lancette, le style ogival secondaire ou rayonnant, le style ogival tertiaire ou flamboyant. Voy. Ogive.

Nous n'avons point à redire ici ce quo nous avons eu déjà l'occasion de développer dans les considérations générales sur l'ogive et le style ogival, sur la supériorité du style ogival à lancette, sur celui des siècles postérieurs. Tous les connaisseurs, sans exception, la proclament ; ils se sont plu à motiver leur jugement par des raisons qui paraissent tellement solides, que personne n'a cherché à les réfuter ou même à les contre dire. Toutes les beautés architecturales, en effet, se rencontrent dans les monuments du xme siècle : régularité , simplicité, grandeur, harmonie, ornementation sobre et élégante.

Nous allons indiquer ici les caractères généraux de cette architecture. L'observation aidera à distinguer, parmi les édifices appartenant à ce beau style, ceux qui sont de la fin du xne siècle d'avec ceux qui sont du milieu du xui" siècle, ou de la fin du même siècle. Cette distinction ne s'appuie que sur des nuances. Or, l'œil de l'observateur attentif et instruit parvient à les saisir facilement et sûrement, tandis qu'il est difficile, pour no pas uire impossible, de les indiquer par une description, avec quelque précision; d'autant plus qu'en cette occasion la connaissance du synchronisme des styles architectoniques est indispensable. Voy. Synciikomsme.

Pour donner avec méthode les caractères

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qui se font remarquer dans le style ogival a lancette, nous suivrons l'ordre que nous avons adopté dans notre livre intitulé : Archéologie chrétienne. 11 en résuUera plus de clarté, et le lecteur se rendra mieux compte des dispositions principales qui régnent dans les grands et nombreux éditices que le xm" siècle nous a légués.

Voici cet ordre :

1° Forinc et plan des églises ; 2" appareil de construction ; 3" colonnes et chapiteaux ; k° arcades; 5" entablements et galeries; G" fenêtres et roses; 7° portes, arcs-boutants et contreforts ; 8° voûtes ; 9° tours et clochers ; 10° ornementation; 11° statuaire; 12° pavage des églises; 13° vitraux peints; 14-° peintures murales; 15° détails sur les moyens d'exécution; 16" liste des monuments les plus remarquables.

1° Forme et plan des églises au xm* siècle. — Le plan général adopté dans la construction des grandes églises au xne siècle reçut seulement quelques changements au xmc.

Les dispositions essentielles restent les mêmes. Ainsi, le chœur prend des dimensions beaucoup plus considérables qu'au siècle précèdent ; les nefs sont également plus spacieuses , et les collatéraux , formant déambula- .atoirc, tournent autour du sanctuaire. Dès le xi' siècle, on avait établi des chapelles secondaires autour de l'abside ; mais cette addition, qui n'avait pas été générale, fut faite dans tous les édifices de quelque importance , fut constamment pratiquée au 3UH" siècle ; et ces chapelles , jusque-là peu nombreuses, furent alors multipliées, et atteignirent quelquefois le nombre de quinze, comme a la cathédrale de Tours. Elles furent placées uniquement autour du sanctuaire et du chœur ; ce ne fut qu'au xiv" siècle et au xvc qu'elles furent ajoutées aux nefs mineures qui accompagnent la nef principale. Quand les chapelles accessoires se trouvent le long des flancs d'une église du xm" siècle , on peut être certain qu'elles n'appartiennent pas au plan primitif, et qu'elles y ont été ajoutées à une époque postérieure. C'est ainsi que les belles cathédrales de Reims, de Chartres, etc. , bâties au xm" siècle, n'ont pas de chapelles latérales le long des bas-côtés de la grande nef; c'est ainsi encore que la cathédrale d'Amiens, la plus célèbre des cathédrales françaises, bâtie aussi au xm" siècle, offre des chapelles accessoires le long des collatéraux de la nef majeure, lesquelles ont été construites en borsd'œuvre, aprèsque le monument fut achevé.

Dans quelques grandes cathédrales, comme à Paris, Bourges, Chartres, le Mans, Coulances, Troyes, etc., etc., les bas-côtés «'ni été doublés, et l'on a deux latéraux à la net majeure et autour du sanctuaire. Cette disposition n'est pas exclusivement propre au xm' siècle, car on l'a pratiquée postérieurement à relie dernière époque, i omme à la cathédrale d'Anvers, on Belgique. On peut voir, a ce Mijct, la description abrégée

que nous avons donnée, au mot Cathédrale»

des cathédrales de France, d'Angleterre, de Belgique, d'Allemagne, etc.

On trouve au xm" siècle , surtout dans les campagnes, des églises terminées par une muraille plant;, sans abside proprement dite et sans chapelles absidales. La muraillo terminale est percée d'une ou de plusieurs fenêtres ogivales. On rencontre cette disposition architecturale dans quelques grands monuments du xm' siècle, en France , a la cathédrale de Laon , a. Saint-Martin de Clamecy, dans le diocèse actuel de Nevers, et à l'ancienne abbatiale de Saint-Julien, à Tours, à la cathédrale de Poitiers , et à Saint-Serge d'Angers.

La plupart des cathédrales anglaises sont terminées par une muraille droite et plane, du côté de l'orient : on y voit rarement une abside arrondie ou taillée à pans. L'ancienne cathédrale de Dol , en Bretagne , a été construite sur un plan analogue. Voy. Anglais (Style).

La chapelle de la Sainte-Vierge, au fond de l'abside, acquiert quelquefois de trèsgrandes dimensions au xiuc siècle, tellement qu'on dirait une petite église accolée à une autre église. Nous pouvons apporter en exemples les cathédrales du Mans, de Cou tances, de Ilouen, etc.

Le culte de la sainte Vierge a reçu, dans ces chapelles , une de ses expressions les plus remarquables et les plus frappantes. Non-seulement un grand nombre de cathédrales sont consacrées à Dieu , sous l'invocation de Notre-Dame ; mais encore dans chaque église il y a un sanctuaire particulièrement dédié à la Mère de Dieu, à celle que nous invoquons comme médiatrice auprès de Jésus-Christ, seul vrai Médiateur entre Dieu et les hommes. Les protestants aurai. t beau chercher à déprécier le culte que les catholiques rendent à la sainte Vierge , en nous attribuant des intentions idoldlriqurs, que nous repoussons avec horreur, il n'en subsistera pas moins, jusqu'à la fin di's siècles, d'imposants témoignages de l'esprit de l'Eglise catholique, à ce sujet, depuis les peintures monumentales des Catacombes jusqu'aux cathédrales splendides qui se bâtissaient encore ou se décoraient au moment où a commencé la prétendue réformation !

2° Appareil de construction. — Les édifices de la période ogivale, à commencer a la tin du \ir siècle , ont été bâtis avec des pierres de grand appareil. Le moyen appareil ne reparail jamais, au moins de manière à pouvoir fournir des indications archéologiques cl des renseignements chronologiques : le petit appareil régulier, ou à losange, ou en arêtes de poisson, etc. , a complètement disparu.

Les pierres à grand appareil qui entrent. dans la construction des monuments de style Ogival à lancette ne sont pas toujours pai -

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