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fait preuve de goût et d'habileté en élevant ces murailles solides qui ont bravé déjà bien des siècles et bien des tempêtes, et oui semblent destinées à durer autant que le monde. Une des causes de cette solidité provient de l'emploi d'épaisses couches de mortier, de sorte que le roulement de l'édifice n'a aucun etl'et fâcheux, et que les assises, appuyées d'aplomb , n'éclatent jamais sur leurs angles.
3' Colonnes et chapiteaux. — En entrant dans une de nos modernes cathédrales, ce qui frappe et étonne d'abord , c'est la légèreté , l'élancement, la hardiesse, la prodigieuse élévation des colonnes et des colonnettes montant du pavé jusqu'aux voûtes, pour en soutenir les nervures.
Les colonnes se groupent pittoresquement autour des piliers qui séparent chaque travée, s'effilent capricieusement, et, trompant l'œil qui les suit avec surprise , font supposer une élévation encore plus grande que celle qui existe dans la réalité. Les piliers principaux sont ordinairement cantonnés de quatre colonnes bien proportionnées et d'un elï'et admit able. Les colonnes ou colonnettes, groupées, forment des faisceaux d'une grande élégance. Partout où le style ogival a été en vigueur, les colonnettes sont nombreuses et très-habilement groupées. On peut dire cependant que c'est dans les monuments du nord de la France qu'elles sont groupées • l'une manière plus pittoresque. C'est dans cette partie de notre pays que les colonnes avaient commencé à s'unir en faisceaux dès le xi* et le xne siècle ; il n'est donc pas surprenant qu'au xw siècle cette disposition architecturale y ait été mieux comprise et mieux formulée, peut-être, que partout ailleurs. Communément, les colonnes et colonnettes, au xiii" siècle , qu'elles soient groupées ou isolées, se détachent de manière que les trois quarts du fût cylindrique restent apparents et visibles. On voit des exemples où les colonnettes sont entièrement détachées du pilier qu'elles accompagnent : il y a de heaux spécimens de cette modification a la cathédrale de Laon et dans plusieurs cathédrales de l'Angleterre, notamment h la cathédrale de Cantorbéry. Voy. Coloxne, Fut.
Les colonnettes qui s'élèvent h une grande hauteur sont quelquefois garnies, à diverses hauteurs, d'ANNEAux ou Agnelets. (Voy. ces mois.)
On connaît quelques rares exemples de colonne! tes torses au xuie siècle , comme à la cathédrale de Chartres. M. de Caumont cite encore , sous ce rapport , la cathédrale de Gênes.
Jusqu'à présent, on ne connaît pas de proportions régulières aux colonnes et aux colonnettes du xine siècle. Les proportions en hauteur et en diamètre varient suivant les édifices, et on peut même ajouter, selon les intentions particulières de chaque architecte. Il arrive fréquemment que les colonnes s'étagent régulièrement les unes au-dessus des autres ; dans ce cas , le tailloir des colonnes
inférieures sert de base aux colonnes supérieures. On voit dans quelques églises le premier ordre de colonnes composé de piliers cylindriques , au-dessus duquel le second ordre Se pose en encorbellement. Cette disposition ne produit pas toujours un heureux etl'et. Celle que nous avons mentionnée plus haut est bien préférable.
Les chapiteaux des colonnes et colonnettes du xiue siècle sont très-élégants : ils sont composés de feuilles variées , recourbées en volute à leur sommet. Quelquefois ces feuilles sont remplacées par des bouquets , des fleurs , et même des têtes d'hommes ou d'animaux , qui offrent de loin le même aspect comme ensemble de masse ou de profil. Nous avons donné d'amples détails sur les chapiteaux à l'article Chapiteau, auquel nous renvoyons.
Le tailloir qui surmonte les chapiteaux du style ogival primitif est carré durant la première partie du xiii' siècle ; dans la seconde partie de ce même siècle, il devient polygonal, et ordinairement il affecte la forme octogone. Voy . Abaque.
La base des colonnes de cette époque se compose d'un premier tore , ordinairement comme écrasé, et faisant saillie sur le piédestal ou le socle. Ce tore est séparé de quelques petites moulures en baguettes, placées à la partie inférieure du fût , par une scotie profonde. Voy. Base.
Il y a des bases très-simples; il y en a de très-riches : quelques-unes sont appendiculées. Voy. Appendice et Appendiculé.
Ces bases sont parfois appuyées sur des piédestaux unis, carrés ou à plusieurs pans. A la cathédrale de Chartres, on voit des piédestaux sculptés sur chaque face. A la cathédrale du Mans , il y en a qui ont les pans évidés par une espèce de petite arcade. Parfois les piédestaux sont assez élevés ; ce qui produit un excellent elï'et, comme à Saint-Ouen de Rouen, et surtout à Saint-Julien de Tours. Parfois ils sont peu développés, et posent lourdement sur le sol.
k° Arcades. — La forme des arcades est caractéristique dans les monuments du xur siècle. L ogive règne à peu près exclusivement. Si l'on rencontre encore le plein cintre en quelques endroits, il apparaît entouré des moulures et des ornements du style ogival. La présence du plein cintre est alors une exception. C'est ainsi qu'à la nef principale de la cathédrale de Nevers, chaque travée de la nef est surmontée de fenêtres ogivales circonscrites dans un plein cintre. C'est ainsi encore qu'à Saint-Julien de Tours, église d'une pureté de style remarquable , quelques arcades des galeries du trifurium sont à plein cintre.
L'ogive du xme siècle est souvent surélevée. Elle pourrait s'encadrer dans un triangle équilatéral , et elle est formée de l'arc en tiers-point , proprement dit , c'est-à-dire de l'arc dont la corde sous-iendante serait divisée en trois parties égales. Pour tracer l'ogive en tiersTuoint, on appuierait l'extrémité
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«la compas sur les points marqués sur la corde, et non pas sur le point de naissance de l'arcade. Cette observation est importante. La plupart des arcades du xme siècle sont en tiers-point, tandis que celles des époques postérieures sont ordinairement plus aiguës. Ce n'est pas à dire que jamais, dans les monuments du style ogival a lancette, on ne rencontrera d'ogives aiguës , dans le genre de celles qui ont été employées plus tard , mais ces ogives aiguës y sont moins communes, et leur présence est motivée par des raisons de solidité ou d'emplacement.
Dans la région absidale , on voit fréquemment des arcades surélevées qui produisent l'effet le plus agréable. On peut citer celles de la cathédrale de Tours comme type d'élégance, sous ce rapport; celles de la cathédrale du Mans, au contraire, sont tellement pointues, précisément parce qu'on ne les a pas surélevées , que l'effet en est trèsdéfavorable à la perspective.
Les arcades ogivales forment, aux yeux du vulgaire, le seul caractère distinctif du style gothique. Elles doivent être considérées assurément comme caractère de grande valeur; mais il ne faudrait pas y attacher une importance exclusive. Celui qui se laisserait uniquement guider par là tomberait parfois dans de lourdes erreurs, ou, au moins, rencontrerait des faits qui , pour lui, demeureraient inexplicables.
5° Entablement et galeries. — Il s'opéra, dès le commencement du wir siècle, une modification remarquable dans l'entablement des grands édifices. Jusque-là les murs avaient été couronnés de corniches très-simples , composées de quelques moulures grossières, parfois même d'une pierre en saillie, à peine coupée en biseau à son angle inférieur. Ces corniches reposaient sur des corbeaux ou modifions variés, où l'on voyait des figures grimaçantes, des feuilles, des fruits, des animaux, des formes bizarres, etc. Au xne siècle, ces modifions avaient été un peu modifiés. Les corbeaux à figures monstrueuses avaient été remplacés par des espèces de consoles, reliées les unes aux autres par des arcatures ou par des cintres recreusés en guise de petites voussures. Les consoles étaient ornées de figures ou de feuillages, ou restaient uniquement formées de moulures d'architecture : elles furent enfin remplacées par des dents de scie; ce qui s'observe aux édifices romano-byzantins de transition. Ces dents de scie continuèrent d'être employées à l'entablement des monuments de l'époque ogivale primitive, surtout dans certaines régions de la France. Mais les feuilles entablées leur succédèrent promptemenl dans le centre de la France. Dans le Nivernais, les dents de scie et les feuilles entablées, du commencement du \nr siècle , sont représentées par des modifions l'oit petits, réunis les uns aux autres par de petits arcs à simple rond de compas, établis longitudinalement , et non pas dans un sens perpendiculaire.
Les feuilles entablées forment un ornement très-distingué au-dessous des moulures saillantes de la corniefie. Elles sont à crochets , au xme siècle , comme la plupart des feuillages d'ornementation de la même époque. Entre les feuilles fortement recourbées on voit d'autres feuilles élégamment découpées et disposées avec art. Yoy. Entablées [Feuilles).
Le changement véritablement important qui s'introduisit , à la fin de la période architecturale de la transition, dans le couronnement des grands édifices, consiste dans l'établissement des galeries et des balustrades extérieures. On voit quelques rares galeries dès le xii' siècle; mais ce n'est encore qu'un accident dans la construction , tandis qu'à partir du xme siècle , la présence des galeries est constante, et fait partie du système général de construction. Ainsi, les murs extérieurs des hauts combles , des combles moyens et des combles inférieurs, sont surmontés communément de galeries et de balustrades. L'effet extérieur en est plus complet ; mais les avantages, sous le rapport de la bonne construction, en furent inappréciables. Les galeries, en appareil solide, taillées en pente légère, prêtèrent aux eaux pluviales un écoulement facile vers les chenaux des gargouilles.
Les balustrades ou rampes des galeries consistaient ordinairement , au xnr siècle, en petites colonnettes à chapiteaux feuillages, ou en pieds-droits à pans, supportant des arcades ogivales ou trilobées.
Après avoir parlé du couronnement des murailles , ou de l'entablemeut extérieur , nous devons dire quelques mots des galeries intérieures et du triforium. Les églises bâties à la fin du xii" siècle et au commencement du xme, comme Notre-Dame de Paris, Notre-Dame de Châlons-sur-Marne , Notre- Dame de Laon, Saint-Remi de Reims, Saint- Etienne de Caen , ont des galeries qui s'étendent sur toute la largeur du collatéral. Ces galeries sont la reproduction, au premier étage, de ce qui existe au rez-de-chaussée; c'est la même disposition de colonnes, de voûtes, de fenêtres : les dimensions en hauteur seulement sont moindres. Voy. Galeries, Triforium.
Ces larges galeries ne sont pas ordinairement garnies de balustrades : celles qui en ont les ont reçues par addition à une époque postérieure. 11 faut ajouter que souvent les galeries intérieures, qui n'ont les dimensions que de simples couloirs de passage , dans les monuments du commencement du xiue siècle, n'ont pas toujours de balustrade, comme à Saint-Julien «lu Mans et à Saint- Julien de Tours. D'autres galeries en sont garnies a la même époque, comme au fond de l'abside de la cathédrale de Tours. Yoy. Galeries. Parfois les galeries sont simulées, ei n'ont aucune profondeur.
G° Fenêtres et roses.— Dans les monuments du style ogival primitif, les fenêtres sont très-allongées, assez étroites et à abat-jour
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ou ébrasements fortement prononcés. Elles ressemblent à un fer de lance ; ce qui fait quo les antiquaires anglais les ont appelées fenêtres à lancette, dénomination qui a été ensuite adoptée par les archéologues français. Cette forme a paru même, dans le principe , tellement caractéristique , qu'elle a servi à désigner le style ogival de la prejmière époque. Voy. Fenêtre; voy. aussi Classification. Les proportions des lancettes ne sont pas toujours ni partout les mômes ; elles varient notablement, même dans un seul édifice. Il y en a de très-longues ou de très-courtes dans le même monument, quoique les parties où elles se trouvent aient été bâties en même temps; ce qui fait qu'il serait difficile, pour ne pas dire impossible, de donner une forme type pour les lancettes du xiii' siècle. Les conditions d'emplacement exercent sur leur développement une influence décisive.
11 y a des fenêtres «h lancette qui n'offrent point d'ornements, et dont l'ogive est à peine encadrée extérieurement d'une archivolte à moulures simples et peu nombreuses. D'autres sont entourées d'archivoltes très-riches, où l'on remarque de belles moulures et des fleurons ou des feuillages. A l'abside de beaucoup d'églises du xin* siècle , on voit les fenêtres à lancettes accompagnées d'archivoltes élégantes retombant sur des figures, et ayant dans la moulure creuse du milieu des feuilles à crochets, relevées dans le sens du mouvement circulaire de l'archivolte. Citons comme exemples la cathédrale d'Evreux, celle de Tours, etc. Parfois les archivoîtes portent sur des colonnettes à chapiteaux, et les voussures ou ébrasements sont pour ainsi dire cannelés , tant les moulures toriques y sont multipliées.
Les églises peu considérables, comme les églises paroissiales, à la campagne, certaines églises de prieurés, les chapelles, etc. , sont éclairées par des lancettes isolées. C'est dans ces édifices qu'elles montrent la plus grande simplicité ; ce qui contribue à leur laisser un caractère de pureté admirable, la simplicité étant toujours la condition première de toute belle et bonne architecture. Les églises d'une grande importance , comme les cathédrales, les collégiales, les abbatiales, ont les lancettes souvent réunies deux à deux, et encadrées dans une ogive principale. Sur le sommet des deux lancettes s'appuie une rosace, ou un trèfle, ou un quatrefeuilles. Cette addition complète les belles fenêtres du xiiic siècle. D'abord la rosace seule est évidée dans le tympan de la fenêtre ; plus tard les angles eux-mêmes s'évident, de sorte uu'il y a des espaces vides triangulaires audessous de cette rosace , et de chaque coté. A la cathédrale de Beauvais, dans les chapelles absidales, les lancettes géminées sont surmontées d'une rosace assez considérable <'t très- habilement découpée. Le meneau central soutient une légère colonnette qui y est placée en application, et qui soutient une grosse moulure torique qui suit toutes les circonvolutions des têtes d'ogive et des
divisions de la rosace. Dans d'autres monuments, cette colonnette et ces moulures toriques n'existent pas; le meneau central, les têtes d'ogive sont simplement taillés en biseau sur leurs angles; les divisions de la rosace sont tracées à rond de compas.
Vers le milieu du xme siècle, et surtout sous le règne de saint Louis, roi de France, les fenêtres des édifices religieux s'élargissent, se multiplient, s'élancent à de plus grandes hauteurs , deviennent , en un mot, plus étendues qu'au commencement de ce même siècle. Le type le plus agréable et le plus parfait de cette modification se voit à la Sainte-Chapelle, à Paris. Les fenêtres ainsi transformées se remarquent dans toutes nos cathédrales, surtout aux fenêtres de clcrestory, c'est-à-dire, aux fenêtres qui sont placées au-dessus de la galerie du trifornem. Ces hautes fenêtres , d'une hardiesse prodig euse, sont ordinairement partagées en trois ou en quatre divisions , par deux ou trois meneaux. Ceux-ci sont toujours arrondis, et souvent en forme de colonnettes à chapiteaux. Le réseau supérieur est formé de plusieurs trèfles ou quatre feuilles superposés. 11 faut encore noter que toutes les moulures, sans aucune exception, qui entrent dans l'ornementation de ces hautes fenêtres, sont en boudin, jamais anguleuses ni prismatiques.
Aux façades des églises, on plaçait assez communément trois lancettes de dimension égale ou inégale : il y a des faits aussi nombreux pour l'une que pour l'autre disposition. C'est ce que les antiquaires appellent triplet, d'un nom adopté d'abord par les archéologues anglais. Le trlplet, dont l'effet est fort agréable, a une signification symbolique facile à saisir : c'est l'emblème de la Trinité. Nous lisons, en effet, dans la légende de sainte Barbe, que cette sainte, étant renfermée par son père dans une chambre où il n'y avait que deux fenêtres, en lit ajouter une troisième pour représenter le mystère de la sainte Trinité. Voy. Triplex.
On remarque, à la façade des églises de Chartres, de Saint-Denis, de Gournay, de Moi tain, etc., que la fenêtre centrale du lri~ plet ogival est beaucoup plus élevée que les deux autres. La même disposition existe aussi au chevet des églises qui n'ont pas d'absides et qui se terminent par un mur droit.
Si des fenêtres nous passons aux roses, la merveille des églises gothiques, nous les admirons dès le commencement dans leurs heureuses proportions. Elles s'ouvrent, elles s'épanouissent, elles étalent leurs riches compartiments ciselés, comme de gracieux pétales. Quoi de plus ravissant que cette fleur immense, incrustée dans la muraille, brillant des mille couleurs des vitraux peints, portant au cœur l'image de Dieu, et, dans toutes les divisions qui s'en échappent en rayonnant, celle des anges, des patriarches et des saints! Admirable symbole ! le cercle, n'est f éternité au centre de laquelle Dieu se repose. Les esprits bienheureux, les pro-
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phèlos, les martyrs, les saints, toute la création gravite, eo chantant des hymnes, vers ce majestueux centre de toutes choses.
La plus belle rose peut-être qui existe, en France, dans nos monuments de la période ogivale, se trouve à l'église deSaint- Ouen de Rouen.
Les compartiments des roses du xnr siècle sont communément en forme d'ogives trilobées, ou bien ce sont des trèfles, des quatrefeuilles et des rosaces entremêlés avec beaucoup d'art. Les roses les moins compliquées se rapprochent des roses du xnc siècle ; celles, au contraire, qui ont des dé- Coupures multipliées se rapprochent di s roses justement célèbres de Saint-Ouen, de Nuire-Dame de Rouen, et de la cathédrale de Tours. Les meneaux des roses du xme siècle, quelque complication qu'on leur suppose, ne présentent pas néanmoins les mêmes combinaisons architecturales que celles des xiv' et xv' siècles. Voy. Roses, Rosace, Fenêtre.
Dans les modestes églises rurales du style ogival primitif, les roses se voient spécialement au chevet, et souvent elles y surmontent deux lancettes, reproduisant ainsi avec celles-ci le nombre trois, si habituel dans nos édifices religieux du xnr siècle. A la cathédrale de Laon, la région absidale, qui se termine par une muraille droite et plane, est éclairée par une large et somptueuse rose.
7° Portes. — Les portes restèrent la partie privilégiée des sculptures, au xnr siècle, comme aux siècles précédents. Nous devons rappeler ici ce que nous avons dit ailleurs avec quelques développements, à savoir que l'on doit considérer les portails de nos grands monuments chrétiens sous deux points de vue : d'abord, sous le rapport architectural, ensuite sous celui de la sculpture et de l'ornementation. L'architecte établit un ensemble de lignes, avec la sévérité qui accompagné la véritable science de l'art de bâtir. C'est un cadre en rapport avec Jes masses du frontispice. Les détails appartiennent au sculpteur et au statuaire. Ces deux œuvres sont distinctes; celte distinction est nécessaire pour bien apprécier le mérite des frontispices de certaines cathédrales. Lorsque le travail de l'architecte domine, nous avons une' porte d'un effet simple et majestueux, comme à la cathédrale de Coutarices; lorsque le travail du sculpteur remporte, nous avons le splendide portail de la cathédrale de Reims.
Les portes de certaines de nos cathédrales du xnr fiècle sont d'une beauté incomparable. Elle nous paraissent supérieures à celles des plus renommées parmi les cathédrales de l'Angleterre. Les pierres du linteau, du tympan et de la voussure disparaissent sous une profusion incroyable de ciselures fines et délicates. La pierre ne semblait opposer nucune résîstancc aux sculpteurs de cette é, •oqr.e, cl se façonnait dans leurs mains
comme de la cire. Les grandes statues, les statuettes, les niches, les dais, les pinacles, les aiguilles, les dentelles, les feuilles, les fleurs, les guirlandes, les couronnes se [tressent, s'unissent de tous côtés. Autour du grand portail sont rangés, en longues files, suivant les lois de la hiérarchie, les archanges, les anges, les patriarches, les prophètes, les rois ancêtres de Jésus-Christ, les martyrs et les confesseurs.
Outre les grandes statues, on admire des bas -reliefs représentant des compositions historiques complètes, des scènes relatives soit au jugement dernier, soit au triomphe des justes, soit au supplice des méchants. Les détails sont souvent exprimés avec une justesse et un bonheur incroyables. Les ligures, malgré leur petite dimension, semblent respirer, tant elles traduisent tidèk'ment les sentiments qu'on a voulu leur faire exprimer. Quelques-unes de ces scènes peuvent, à juste titre, êtie regardées comme des chef-d'œuvre de goût et d'exécution.
A partir du xme siècle, l'ouverture de la porte principale fut partagée en deux par un pilier dont nous connaissons la destination symbolique sur le tympan, au fond de cet*e suite d'arcs concentriques et décroissants, qui simulent une perspective fuyante : le jugement dernier se trouve représenté avec tout son appareil de majesté et de terreur. Le sculpteur chrétien a cherché à frapper l'esprit par cette effrayante image, et pour produire une plus profonde impression sur la conscience, il a voulu que la porte présentât deux voies, l'une à droite, l'autre a gauche, l'une pour les bons, l'autre pour les méchants, suivant les paroles de la terrible sentence. Chacun, en franchissant le seuil du lieu saint, devait se rendre témoignage de ses bonnes ou mauvaises œuvres, et choisir sa voie. C'était une imposante leçon ! Le pilier symbolique fut conservé constamment jusqu'à la Renaissance, au xvie siècle, époque où l'on perdit toutes les traditions de l'architecture catholique.
Après avoir jeté un coup d'œil général sur les portes des grands édifices du xur siècle, nous allons maintenant en examiner et en analyser les diverses parties.
Quelques portails sont précédés d'un porche plus ou moins saillant, surmonté de pignons triangulaires. Le moyen âge ne nous a rien laissé en ce genre qui puisse être comparé au porche qui précède le portail septentrional de la cathédrale de Chartres. Voy. Pobche.
(.es péristyles sont élevés sur des perrons de plusieurs marches : ils présentent trois grandes arcades surmontées de pignons, correspondant aux trois entrées du fond, et soutenues sur des massifs, des pieds droits et des colonnes qui, ainsi que les voussures, sont décorés d'une quantité considérable de statues, de bas-reliefs et d'ornements aussi curieux parla manière donl ils sont travaillés que par la variété de leur composition.
Le porche de la porte méridionale de la Cathédrale di Lauz< une est forl remarquable).
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Il était primitivement ouvert de trois cotés'. Les statues des apôtres occupent, trois par trois, les deux côtés de la porte et les deux angles du porche : elles sont d'une belle exécution et comparables à celles de Chartres. Les arcades latérales ont été bouchées avant cette suppression, faite pour éviter le vent et la pluie; ce perche avait beaucoup de grâce et , de légèreté, mais il ne correspond qu'à une porte, et conséquemment il a bien moins d'importance que les porches de Chartres qui en abritent trois.
Le porche ou vestibule de Notre-Dame de Dijon doit être également cité. Mais au lieu d'être détaché de l'église comme ceux que nous venons d'indiquer, il fait partie du corps du bâtiment et il a été pris sur la longueur de la nef. Ce n'est donc pas un porche ordinaire, mais plutôt un pronaos ou vestibule, dans toute la rigueur de l'expression.
Les églises moins importantes que celles que nous venons de signaler et qui ont des porches ne sont pas très-nombreuses. Les porches y sont simples, mais élégants-
Passons maintenant à la description de la base de la porte. Dans les églises qui ne sont pas très-ornées, ou qui n'ont qu'une décoration architecturale, comme nous l'avons expliqué précédemment, les voussures des portes sont garnies seulement de tores et les parois latérales de colonnes, sans statues.
Dans les grandes églises, les colonnes supportent des statues de grandeur d'homme, quelquefois même de grandeur plus qu'humaine. On voit de ces statues à Chartres, à Behns, à Amiens, au Mans, à Bourges, etc. Kl les ont un caractère fortement marqué. Ojielques-unes sont bien posées, bien drapées cl largement exécutées. Voy. Sculpture, Statuaire. Ce fait est fort important dans l'histoire de notre art national. Il montre jusqu'à l'évidence que l'architecture et la statuaire du xinc siècle avaient fait plus de progrès que la peinture.
Les voussures sont garnies de statuettes et de bas-reliefs. Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons dit ailleurs. Voy. Cathédrale (Amiens, Reims, Bourges, etc.). Afin clé compléter ce sujet, nous placerons ici la description de la porte occidentale de la cathédrale d'Auxerre. A l'article Cathédrale, nous avons donné une indication très-courte sur cette église remarquable, privée aujourd'hui de son titre de cathédrale. Nous prenons cet extrait dans un ouvrage que nous avons préparé depuis assez longtemps surles Anciennes Cathédrales, Abbatiales et Collégiales de France.
« Les trois portes de la façade occidentale de la cathédrale d'Auxerre appartiennent au xnr siècle. Les parois latérales, les tympans et les voussures, sont tapissés de statues et de bas-reliefs, depuis la base jusqu'au sommet.Quoique variéesdeforme, ces sculptures ne paraissent pas être postérieures au xme siècle; mais le cordon de feuilles qui sépare horizontalement les porches d'avec le reste de l'éditice, en tranche nettement l'âge sans laisser îa moindre incertitude dans l'esprit
de l'archéologue : le xvr siècle peut revendiquer toute Ta partie supérieure.
« La porte centrale présente un système de décoration d'un beau caractère et des sujets sculptés d'une signification éminemment chrétienne et instructive. Au centre du tympan et présidant à toute la scène apparaît la figure de Jésus-Christ, entourée d'anges en adoration; à sa droite sont les élu's; à sa gauche, les réprouvés. Les premiers sont admirablement représentés par ces personnages bénis de Dieu et des hommes, dont le nom et le culte sont dans le cœur et sur les lèvres de tous les chrétiens. On y distingue spécialement le patriarche Joseph, les vierges sages et une foule de bienheureux de tout âge et de tout sexe. Les autres sont figurés par l'enfant prodigue, les vierges folles et la foule hideuse des démons. Malheureusement, par suite de mutilations déplorables, ces curieuses sculptures sont gravement endommagées et sont à peine reconnaissables. Les amis de l'iconographie religieuse regrettent aussi vivement que les artistes do voir cette grande composition si tristement altérée.
« A la partie supérieure des latéraux du même portail, on aperçoit le chœur des apôtres. Ceux-ci sont, assis deux à deux dans chaque niche, et vêtus de larges robes formant draperie. Au-dessus de leur tête, un ange sort des feuillages et des ornements variés qui forment le couronnement du dais. Ces groupes sont animés d'une expression douce et tranquille, de même que les statues des vierges sages qui, debout, chastement vêtues, dans une attitude modeste et contemplative, attendent la venue de l'époux, tenant à la main une lampe allumée. Le contraste entre elles et les vierges folles est apparent : celles-ci ont une pose fière et hardie, le regard fixe ; elles tiennent à la main leur lampe sans huile et renversée. Auprès de la tête des vierges sages se tient un ange au visage souriant, qui s'apprête à les couronner; tandis que sur la tête des vierges folles est un messager divin armé d'un glaive redoutable et prêta frapper. Cette parabole est souvent représentée au frontispice de nos cathédrales : elle y est placée précisément avec l'intention qui la fit prononcer par Notre-Seigneur dans l'Evangile. C'est un avertissement donné aux fidèles de veiller sans cesse et de se tenir toujours prêts : nous ignorons quand la mort, figurée par un ange armé d'une épée, viendra rompre les liens de la vie terrestre, et nous jeter dans l'éternité. Vreillons et prions.
« L'étroite surface du tympan n'a pas permis à l'artiste de développer dans des dimensions convenables les scènes diverses du jugement dernier; elles sont groupées aux pieds du souverain Juge. C'est d'abord la résurrection générale : les morts sortent de leurs tombeaux, et des anges les attendent pour les conduire auprès du tribunal suprême : ce sont, sans doute, les anges gardiens, fidèles à ceux qui leur furent confiés par la Providence et les accompagnant jusqu'à la
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dernière extrémité. C'est ensuite ta séparation <les bons et des méchants : des anges conduisent les saints vers les régions bienheureuses du paradis, et d'autres poussent les damnés dans le gouffre de l'enfer, figuré par la gueule béante d'un monstre vomissant des flammes.
« Les parois du porche de gauche prêtent leur champ à l'exposition des principaux chapitres de la Genèse, depuis la création jusqu'au déluge. Trois rangées de statuettes tapissent le fond de la voussure : ce sont des traits de la vie de la sainte Vierge ou quelques scènes empruntées h l'Histoire sainte. Mais le marteau des modernes vandales a tellement déshonoré ces charmantes sculptures, qu'en beaucoupd'endroits il n'est plus possible d'y rien découvrir. Le tympan est rempli par la tigure de Notre-Seigneur qui, la tête ceinted'un riche diadème, dépose une couronne sur le front de sa sainte mère. Deux anges en adoration accompagnent ce tableau, admirable de simplicité et d'exécution; tous les visages respirent l'émotion et sont calmes comme le bonheur du ciel. Une guirlande de branches de chêne entoure le tympan, après avoir pris naissance au dessous de la première niche, de chaque coté de la voussure.
« Les grandes statues du porche latéral «le droite, au nombre de huit, semblent être la personnification des sciences et des arts libéraux, autant qu'il est possible d'en juger dans l'état présentdcs lieux, car la vétusté ne permet pas de distinguer les personnages qui ont perdu leurs attributs. On aperçoit encore la lyre que tient à la main la Musique ou l'Harmonie, la troisième statue du côté gauche. La Médecine est désignée par le serpent qui l'enroule autour de sa taille. La Théologie est représentée sous la figure grave et recueillie d'un clerc en riche costume. Les couronnes que ces statues portent en tête indiquent l'excellence des sciences dont elles sont les symboles.
« Les nombreux bas-reliefs de ce porche ont pour motifs des traits de la Bible ou de l'Evangile. On a mis en regard les scènes , historiques qui se correspondent dans les deux Testaments. Ces rapprochements sont tout à fait dans l'esprit de l'Eglise, et les écrivains ecclésiastiques, dans tous les temps, se sont plu à mettre en parallèle les figures de l'Ancienne Loi avec les réalités de la Nouvelle. Les saints Pères nous ont laissé, sur ce sujet fécond, des pages pleines d'éloquence; les commentateurs de la sainte Ecriture et les écrivains mystiques ont rempli de nombreux volumes de considérations élevées sur la même matière. Leurs ouvrages sont une mine abondante et précieuse, jusqu'à ce moment trop peu exploitée, où nous pouvons trouver la clef de la véritable interprétation a, donner à une foule de compositions allégoriques du moyen âge : la théologie, l'exégèse biblique et l'art religieux se donnaient la main. »
Cotte description peut donner une idée du système de décoration généralement suivi
pour l'ornementation des portes des principales églises. Nous emprunterons à M. de Caumont quelques passages où il cherche à faire connaître l'arrangement des figures qui
ornent le tympan et les voussures des portails du xnr siècle.
k A partir de la moitié du xnr siècle et lorsque le système ogival est complètement développé, il est rare de trouver, comme au xnc siècle, le Christ au milieu des symboles des quatre évangélistes. Quand le Christ préside au jugement dernier, on le voit, sur presque tous les portails du xnr siècle, les deux mains élevées, ayant a. ses côtés des anges, puis la sainte Vierge et saint Jean, l'un et l'autre à genoux et paraissant implo rer sa clémence.
«Losanges tiennent ordinairement la croix, la couronne d'épines, les clous et la lance, instruments de la passion.
« La résurrection des morts, l'examen des fautes et des bonnes œuvres symbolisé par le pèsement des âmes, puis la séparation des bons qui vont au ciel et des méchants livrés aux démons et précipités dans l'enfer, se développent tantôt sur une seule ligne, tantôt sur deux lignes, au-dessous du tribunal céleste.
« Les voussures qui encadrent ces tableaux sculptés sur le tympan des grandes portes ogivales sont garnies de statuettes presque entièrement détachées, dans l'arrangement desquelles je crois avoir reconnu un système arrêté : ainsi, j'ai presque toujours remarqué des anges sur les voussures les plus rapprochées du Christ; puis successivement sur les autres, les apôtres, des martyrs et des personnages de l'Ancien Testament.
« On pourrait décrire successivement un assez grand nombre de portails du xiiic siècle (Chartres, Bourges, Paris, la Couture, au Mans, Saint-Seurin de Bordeaux, Amiens, etc.), dans lesquels le tableau du jugement dernier est reproduit à peu près de la même manière. Les bienheureux, conduits par les anges, se dirigent vers la Jérusalem céleste figurée par une ville ceinte de murailles ou par une tour, à l'entrée de laquelle ils reçoivent une couronne. » (Abécédaire ou Ruaim. (Tarchéolog., pag. 213.)
Le même auteur donne encore la description et la gravure des tympans des deux portes principales de Notre-Dame de Trêves : cette église fut bâtie vers le milieu du xiue siècle.
« Sur l'un de ces tympans la sainte Vierge tient l'enfant Jésus sur ses genoux ; elle foule aux pieds un dragon, emblème du péché. A droite on distingue l'adoration des mages. Le roi le plus rapproché de la sainte Vierge a mis un genou en terre et s'est découvert la tête. Il porte la couronne de la main gauche et présente son offrande de la main droite. Les deux autres rois sont debout, leur couronne sur la tête. L'étoile qui les a guidés est figurée dans la bordure qui encadre le tympan.
« A gauche de la Vierge, on voit la Présentation de Jésus-Christ au temple. Derrière
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la sainte Vierge, saint Joseph porte de la main gauche un panier h anse, dans "lequel sont deux colombes, offrande ordinaire des personnes du peuple.
a Après ces groupes qui remplissent presque tout le tympan, on voit d'autres personnages plus petits qui débordent sur la guirlande de l'encadrement et l'interrompent : ce sont, du coté gauche, les bergers avertis par un ange de la naissance du Christ; du coté droit le massacre des innocents.
« L'autre tympan représente le couronnement de la sainte Vierge : le Christ, reconnaissable à son nimbe croisé, pose la couronne sur la tète de sa mère, aidé par un ange placé du côté opposé; puis viennent deux autres anges debout, tenant des couronnes : l'espace qui reste de chaque côté est occupé par des arbres.
« La voussure la plus rapprochée du tympan, et qui en forme la bordure, est remplie par huit anges, dont deux encensent la Vierge et six ont des couronnes à la main. Dans la seconde voussure on voit des anges portant des vases à parfums, des livres, des ciboires, etc. Le tout est garni de guirlandes de feuillages admirablement exécutés. »
(Abécéd. ou Rudiin cTarchéol., pas. 216 et 217.)
Contreforts et arcs-boutants. — Les clochetons, les contreforts couronnés de pyramides octogones, se dressent autour de la cathédrale comme une épaisse forêt. De tous les côtés on voit les courbes des arcs-boutants s'entre-couper en venant s'appuyer sur les contreforts. Ce système d'arcs-boutants si nombreux et si importants, employés à l'extérieur des édifices gothiques, passe aux yeux de quelques-uns pour une merveille de construction et l'application d'une science avancée, tandis que d'autres le considèrent, au contraire, comme une imperfection, et ne voient dans ces immenses arcs en pierre que des étais, pour ainsi dire, dont on n'a pas osé dégager l'édifice.
Jl est incontestable que ce système fut imposé par la nécessité aux architectes des églises ogivales; ils ne pouvaient assurer la solidité des murailles, sans cesse poussées par la pesanteur des voûtes, sans les buter fortement par de nombreux et solides appuis. Nous ne pouvons cependant nous empêcher d'admirer le génie inventif des architectes chrétiens, qui parvint à faire de cette nécessité un motif particulier de décoration. Les angles des contreforts furent ornés de colonnettes, leurs faces chargées d'ornements ou coupées à jour pour servir de niches à de belles statues. La pointe pyramidale posée au sommet fut garnie sur ses bords de crosses végétales, et terminée par une touffe de feuilles épanouies.
Comme les arcs-boutants al'aient soutenir le haut des murailles, on en fit des espèces d'aqueducs pour l'écoulement des eaux pluviales du grand comble. Voy. Arc-boltant,
CONTREFORt, GARGOUILLE.
Les contreforts, soit qu'ils supportent des arcs-boutants ou qu'ils soient appliqués immédiatement contre les murs, comme dans les fa<;ades et le long des églises qui n'ont point de collatéraux, présentent des pilastres de forme carrée; ils sont divisés en plusieurs étages par des corniches, et leur saillie, souvent très-considérable vers la base, diminue progressivement en approchant des étages supérieurs.
8° Voûtes. — Le véritable triomphé" des architectes chrétiens au xiir* siècle est l'art admirable avec lequel ils ont su élever, à des hauteurs prodigieuses, des voûtes si légères et si solides. Traversées par des nervures peu saillantes qui les soutiennent et les affermissent, elles bravent, après une durée de plusieurs siècles, les efforts du temps et les ravages des éléments. Des voûtes exposées pendant plusieurs années à toutes les intempéries des saisons, par suite du fanatisme révolutionnaire, ont pu résister à ces actives causes de destruction, quoique leur épaisseur fût à peine de quinze à vingt centimètres. Jamais les voûtes des églises ogivales ne sont faites en pierres de grand appareil; elles sont construites en petites pierres mêlées avec beaucoup de mortier. Il est probable que les voûtes construites en pierres de grand appareil n'auraient pas été plus solides; et d'ailleurs, il n'aurait pas été possible, d'élever des voûtes de ce genre, à cause du poids énorme des matériaux et la légèreté des supports, à des hauteurs aussi considérables que les voûtes de nos églises ogivales.
Les arceaux des voûtes en ogive sont croisés comme ceux des voûtes à plein cintre; quelques-uns sont parallèles entre eux, et traversent les nefs en ligne droite de manière à séparer ces travées. Tous viennent se réunir et s'appuyer sur les massifs qui séparent les fenêtres; ce qui nous explique pourquoi les arcs-boutants viennent à l'extérieur soutenir ces mêmes massifs, sur lesquels s'exerce la poussée entière de la voûte. La retombée des arceaux intérieurs se fait ordinairement au niveau de l'entablement qui supporte les fenêtres du troisième étage. 11 en résulte que, vues du portail de l'ouest, ces fenêtres se trouvent masquées en partie et séparées les unes des autres par les arêtes de la voûte.
Nous ne donnerons pas ici de plus amples détails sur les voûtes. Nous ne les considérerons ici qu'au point de vue des caractères du style ogival du xiue siècle. Voy. Voûtes.
0° Tours et clochers. — C'est surtout au xin1 siècle que les architectes réussirent à élever ces tours hardies et ces flèches qui s'élancent à une si prodigieuse hauteur dans les airs et jusque dans la région des nuages. Les tours et les pyramides qui les surmontent communiquent un mouvement remarquable aux monuments de l'épo-
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que ogivale qui en ont été pour.vus. Mais ces tours et ces pyramides sont généralement des constructions si gigantesques , qu'elles ont lasse la patience et épuisé* les ressources des générations qui ont entrepris de les édifier. C'est pour cela qu'un si grand nombre de tours sont restées imparfaites et inachevées, ou du moins n'ont point été couronnées de ces flèches aériennes qu'elles étaient destinées à supporter. Ces tours, telles que celles de Notre-Dame de Paris, de Notre-Dame de Reims, etc., s'arrêtent précisément au point où Ja pyramide eût dû commencer. A Reims, on voit la naissance de la flèche. La plate-forme qui les surmonte, dans l'état actuel des lieux, est couverte d'un simple toit en charpente.
Nous avons décrit tous les clochers remarquables de la période ogivale. Voy. Aiguille, Clocher, Flèche.
Au xmc siècle, on ne s'est pas toujours contenté d'établir deux tours sur les flancs du portail principal; on en a placé aux portails du nord et du midi, et jusque sur le centre des églises. A Reims et à Chartres, on commença la construction de ces tours, et on avait projeté d'en placer deux autres encore de chaque côté du chœur, à peu près au point où se dessine la courbure du rondpoint. Ces tours nombreuses, qui auraient produit un efl'et assurément extraordinaire, n'ont jamais été achevées. L'ancienne église de Saint-Martin de Tours avait cinq tours, dont deux à la façade occidentale, deux aux extrémités du transsept et la cinquième sur l'intertranssept. A la cathédrale de Coutances, à Beauvais, à Lisieux, il y a, au centre de l'intertranssept une lanterne ou coupole ogivale, qui produit à l'extérieur l'effet d'une tour. La vue eu est pittoresque et imposante. Voy. Lanterne, Dôme, Coupole.
Les clochetons offrent en petit l'image des tours percées sur chacune de leurs faces d'une ouverture en forme de lancette géminée. La plupart des clochetons se terminent par une flèche octogone ou par une pyramide quadrangulaire.
10° Ornementation. — Les ornements usités pendant la première époque du style ogival furent si variés et si nombreux, qu'il nous serait dillicile de les indiquer tous en détail. (Voy. les divers articles de ce Dictionnaire relatifs à la décoration architecturale des éditices religieux.) Nous nous bornerons à ceux qui paraissent plus caractéristiques.
Les trèfles et les quatrefeuillcs se montrent fréquemment dans toutes les parties de la construction ogivale du xnu siècle; généralement leurs lobes sont arrondis, quelquefois ils sont lancéolés.
Les fleurons creusés dans la pierre présentent toujours au moins cinq péiales épanouis autour d'un centre en saillie.
Les rosaces sont plus étendues que les fleurons, et présentent un nombre indéterminé de divisions. Le centre n'a pas de sailiie, et se montre orné de ciselures Unes et variées.
Parmi les ornements les plus riches ni les mieux exécutés, nous devons placer les guirlandes de feuillages. L'arl du moyen âge semble y avoir épuisé toute sa patience et toute son habileté. Lesfeuillesdevigne, les feuilles de chône, sont traitées avec une délicatesse incroyable; ce sont vraiment de longs sarments chargés de pampres qui courent autour des chapiteaux, qui rampent sur l'entablement; ce sont bien des branches de chêne arrachées à nos forets et appliquées surles murailles. Nous avons décrit les feuilles et les fleurs imitées dans la décoration monumentale des édifices de la période ogivale, à l'article Flore murale (Voy. cet article).
Les dais et les pinacles forment un accompagnement nécessaire aux belles statues qui tapissent les parois du grand portail. Quoique moins fréquents et moins considérables qu'au xivc siècle, les pinacles, sous la forme de pyramides peu élevées, couvertes de bouquets de feuilles, s'élèvent autour des galeries de la façade et souvent au-dessus des niches, légèrement posés sur le dais. Ce dais est une sorte de couronnement en saillie, fouillé sur toutes ses faces des ciselures les plus élégantes, et destiné, par son avancement, à abriter les statues des saints.
11 faut ajouter à ces ornements caractéristiques quelques moulures et quelques ornements qui appartiennent à l'architecture romano-byzantine, et qui ont persévéré durant la première époque ogivale. On peut nommer parmi ces derniers, les zigzags, les tètes plates, les tètes saillantes, les étoiles, les billettes, etc. etc.
11° Statuaire. — Un des plus beaux titres de gloire des artistes de la période ogivale, c'est le perfectionnement qu'ils ont su apporter à l'art si noble de la statuaire. Les statues qui décorent les portes des églises romano-byzantines annoncent certainement une importante rénovation, même de grands progrès dans l'exécution matérielle; mais les bustes sont allongés, les poses gênées, les draperies lourdes, l'expression presque nulle. Dès le commencement du xni* siècle, un peu de vie vient déjà les animer; le sentiment se peint sur quelques visages. La sculpture était souvent rehaussée des plus belles couleurs et des plus riches dorures. Les artistes cherchaient à frapper l'imagination, à relever aux yeux des hommes les vertus et les saints qui les ont pratiquées, en couvrant leurs statues de ce que l'on possédait de plus précieux. Ce n'était pas seulement richesse de travail; c'était encore richesse de matière.
Quelquefois les personnages sont taillés à même la pierre; mais lorsque le relie! est un peu fort, les parties les plus saillantes, telles que les bras, la tète, etc., ont été rapportées et fixées au moyen de crampons de fer.
L'iconographie du xmr siècle est très-riche en sujets et en observations de tout genre. Il faut un ouvrage entier pour ci donner une simple indication. Voyez à ce
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sujet ce que nous avons dit à nos articles Iconographie, Statuaire ; consultez à ce sujet l'Iconographie chrétienne de M. l'abbé Crosnier, vicaire général de Nevers.
12° Pavage des églises. — Il y eut des églises, au xme siècle, pavées avec la plus grande simplicité; mais il y en eut quelques-unes, et surtout dans la partie du chœur et du sanctuaire, pavées avec une grande magnificence. Ces pavés splendides ne subsistent plus ; mais il en reste des débris en quantité suffisante pour que l'on puisse les restituer de manière à en avoir une idée complète. Ce fut à cette époque que commencèrent à se multiplier les pierres tombales. Voy. Tombales [Pierres); Funéraires [Monuments). Les pavés proprement dits étaient formés de carreaux émaillés, en terre cuite. Ces carreaux reçurent des dessins variés, des armoiries, des ligures d'animaux, etc. En les ajustant ensemble, on en formait des compartiments, des rosaces, ou une espèce de mosaïque dont les couleurs se mariaient agréablement avec celles des verreries peintes. Voy. Pavage des églises , Carreaux , Mosaïque.
Après les pierres tombales et les carreaux émaillés, on peut citer les dalles historiées, telles que celles qui formaient anciennement le pavé des sanctuaires de l'église de Saint- Remi de Reims, et qui ont été dessinées et publiées par M. O. Tarbé; telles encore que celles de l'ancienne cathédrale de Saint - Orner. Voy. Labyrinthe.
13° Vitraux peints. — Nous avons fait l'histoire générale des vitraux de couleur à l'article Vitrail. Indiquons ici brièvement les caractères particuliers des verrières peintes du xme siècle. Jusqu'au temps de saint Louis les vitraux peints sont composés de médaillons de différentes formes, circulaires, elliptiques, quadrilobés, en losange, etc., disposés symétriquement sur un fond de mosaïque. Les bordures sont composées de feuillages très- artistement disposés. Les grands personnages ne furent guère représentés qu'après le milieu du xme siècle : non pas cependant qu'il n'y en ait nulle part ; mais ce genre de composition, assez rare au xiue siècle, ne devint commun qu'au xive et au xve siècle. Quant aux couleurs employées dans les vitraux, c'est le bleu, le rouge et le vert qui dominent. Ces trois couleurs sont artistement combinées et produisent un bel et riche effet. On a employé le jaune, le brun, le violet et quelques autres nuances avec une grande sobriété.
On fabriqua aussi des vitraux en grisaille, au xuie siècle. Ces grisailles consistent en verres blancs, dépolis au feu du fourneau de recuisson, sur lesquels on a tracé au pinceau des dessins variés de feuillages, de fleurons, d'entrelacs, etc. Dans la composition «le la verrière on fait entrer une certaine
quantité de verre coloré, afin de donner de la richesse et de l'éclat à l'ensemble ; la bordure est ordinairement faite de verres colorés, comme celle des vitraux à légendes. Voy. Vitraux.
14° Peintures murales. — La peinture murale, dit M. de Caumont, au xiu" siècio, a plusieurs fois reproduit les mêmes sujets que la sculpture, et a concouru avec elle ,\ décorer les églises. La peinture à fresque fut habituellement usitée au xme siècle, et il n'y a guère d'églises qui n'en offre encore quelques traces sous le badigeon qui la recouvre. Dans beaucoup de monuments on trouve souvent, comme motif de décoration, que les pierres d'appareil sont séparées les unes des autres par un trait rouge, et qu'il y a un fleuron au centre de la pierre. Ailleurs il y a des arcatures, et on voit une imitation de quelques détails architectoniques toujours peints en rouge d'ocre, en vert, en jaune et en bleu sur un fond blanchâtre.
On retrouve communément les mêmes teintes que dans les peintures du xne siècle; mais le travail a subi des changements analogues à ceux de l'architecture. Voy Peinturk murale, Fresque, Encaustique.
15° Détails sur les moyens d'exécution. — Nous allons placer ici un extrait de la Notice sur la cathédrale de Chartres, que nous avons rédigée pour notre ouvrage intitulé : Les Cathédrales de France.
Avant de commencer l'histoire des diverses constructions de la cathédrale de Chartres, nous ne pouvons nous dispenser de faire connaître un fait très-intéressant, qui s'est renouvelé souvent plus tard, mais qui s'est accompli en premier lieu à Chartres. Nous y trouvons un exemple de ce zèle ardent qui animait les cœurs fidèles, quand il s'agissait de la construction d'un édifice chrétien. Ces détails sont empruntés à une lettre écrite, en 1145, aux religieux de l'abbaye de Tuttebery, en Angleterre, par Ha*môn, abbé de Saint-Pierre-sur-Dive, en Normandie. Cette lettre curieuse a été insérée dans les Annales bénédictines, traduites, il y a quelques années, par M. Richome, et publiée dans les Mémoires des antiquaires de Normandie.
« C'est un prodige inouï, dit-il, que de voir des hommes puissants, fiers de leur naissance et de leurs richesses, accoutumés à une vie molle et voluptueuse, s'altacher à un char avec des traits, et voiturer les pierres, la chaux, le bois et tous les matériaux nécessaires pour la construction de l'édifice sacré. Quelquefois mille personnes, hommes et femmes, sont attelées au même char, tant la charge est considérable, et cependant il règne un si grand silence, qu'on n'entend pas le moindre murmure. Quand on s'arrête dans les chemins, on parle, mais seulement de ses péchés, dont on fait confession avec des larmes et des prières ; alors les prêtres engagent à étouffer les haines, à remettre
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les dettes, etc., etc. S'il se trouve quelqu'un assez endurci pour ne pas vouloir pardonner à ses ennemis, et refuser de se soumettre à ces pieuses exhortations, aussitôt il est détaché duchar et chassé delasainte compagnie.»
Haimon rapporte ensuite que ces travaux s'entreprenaient principalement durant la belle saison ; que pendant la nuit on allumait des cierges sur les chariots, autour de l'église en construction, et qu'on veillait en chantant des hymnes et des cantiques.
Enfin il nous apprend, et ceci mérite d'être noté, que ce pieux usage de se réunir pour travailler a la construction des églises, ayant pris naissance à Chartres, se continua" pour une foule d'autres églises, surtout dans les lieux où l'on élevait des temples sous l'invocation de la sainte Vierge. JIujus sacrai inslitutionis ritus apud Carnotensem Ecclesiatn est inchoatus, ac deinde in nostra virlutibus innumeris confirmatus, postremo per lofant fere Nortltmanniam longe lafcque convaluit, ac loca per singula Matri misericordiœ dicata, prœcipxte occnpavit. On trouve aussi dans une lettre de Hugues, archevêque de Rouen, écrite àThéodoric ou Thierry, évêque d'Amiens, en 1145, des détails sur ces grandes réunions d'ouvriers bénévoles, qui faisaient vœu de travaillera l'œuvre des cathédrales, en esprit de pénitence et de mortification. « Les habitants de Chartres, dit l'archevêque de Rouen, ont concouru à la construction de leur église , en charriant des matériaux; Notre -Seigneur a récompensé leur humble zèle par des miracles qui ont excité les Normands à imiter la piété de leurs voisins. Nos diocésains, ayant donc reçu notre bénédiction, se sont transportés" à Chartres, où ils ont accompli leur vœu. Depuis lors, les fidèles de notre diocèse et des autres contrées voisines ont formé des associations dans un but semblable; ils n'admettent personne dans leur compagnie, à moins qu'il ne se soit confessé, qu il n'ait renoncé aux animosilés et aux vengeances, et ne se soit réconcilié avec ses ennemis. Cela fait, ils élisent un chef, sous la conduite duquel ils tirent leurs chariots en silence et avec humilité. » C'était donc par ces admirables moyens que nos grandes églises s'élevaient vers le ciel : on peut bien dire certainement qu'elles sont l'œuvre des populations chrétiennes. On peut encore ajouter qu'elles sont la traduction en pierre des pensées et des sentiments dont elles étaient universellement animées. Voyez toutes ces cathédrales qui se dressent comme par enchantement ! La prière des générations catholiques monte au ciel avec les flèches élancées. La foi religieuse s'épanouit dans cette belle floraison architecturale, qui semble porter àDieu l'espérance et le parfum de toutes les âmes. Et pourtant, malgré cette ardeur des populations, la construction des monuments religieux durait quelquefois plusieurs âges d'homme. Cela se conçoit : comme à cette époque on avait foi dans une religion immortelle, on croyait à l'avenir, et l'on ne se laissait pas aller à l'idée malheureuse de ne Dictions. d'Arcuéologie sacrée. JI.
faire qu'une mesquine improvisation dans Le désir de jouir plus tôt, ou dans la crainte que l'œuvre ne serait jamais terminée. On commençait toujours sur un vaste plan, et quand les ressources de la contrée venaient à s'épuiser, on suspendait les travaux, et on léguait avec confiance aux générations futures le soin d'achever la maison de Dieu. La postérité recueillait toujours avec amour le saint héritage, et les fils poursuivaient à peu près sur le même plan les travaux sacrés commencés parleurs pères.
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16° Liste des monuments les plus remarquables appartenant au style ogival primitif. — Celte liste a été dressée par M. de Caumont.
Cathédrale de Laon. Commencée au xnc siècle, mais, selon toute apparence, terminée dans la première moitié du xnr; plusieurs parties de cet édifice, notamment la façade, offrent le type du plus ancien style ogival et le développement de ce style. On peut l'étudier avec profit.
La grande église de Saint -Quentin, en grande partie. Edifice remarquable.
Cathédrale de Reims, tout entière, sauf un petit nombre de reprises. Commencée en
1211, et à peu près achevée trente ans après, sous la direction de Robert de Coucy.
Ruines de l'abbaye de Longpont (Picardie), grande église en ruines, qui avait été dédiée en 1227, en présence de saint Louis. La certitude de cette date donne un grand intérêt archéologique à l'édifice.
Cathédrale d'Amiens. Le chœur et la nef, sauf diverses chapelles, l'extrémité des transsepts et des reprises , qu'il serait difficile d'indiquer sans des plans et des élévations. Commencée en 1220, achevée en 1229, sauf les additions et reprises dont nous venons de parler. Trois architectes fameux dirigèrent successivement les travaux, Robert de Lusarches, Thomas de Cormont, et son fils Renault.
Cathédrale de Soissons. Le chœur date du commencement du xnr siècle, ainsi que le prouve une inscription attestant que, l'an
1212, cette partie de l'église fut ouverte aux chanoines.
Saint-Denis. Partie du chœur et de la nef.
Noire-Dame de Paris. Le chœur et la nef, sauf les transsepls et différentes parties. Commencée sous Philippe-Auguste, continuée durant le xmc siècle, achevée seulement au xiv. La galerie étroite dans laquelle il ne peut circuler qu'une ou deux personnes, et que nous avons désignée sous le nom de triforium, est remplacée, dans toute l'étendue de la grande nef et du chœur, par une large tribune qui, comme à Fécamp, à Noyon et dans quelques autres églises, peut contenir un grand nombre de fidèles.
Sainte-Chapelle de Paris. En entier (sauf la rose occidentale, qui est du xv' siècle, et quelques parties refaites .Admirable édifice, construit en 12+o par Pierre de Montereau.
Sainte-Croix, à Provins. La grande nef et le collatéral du sud.
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Noire-Dame de Mantes. Chœur et ii"f, sauf quelques retouches. BAtie par Eudes deMontreuiî, qui avait accompagné saint Louis à la croisade. Il est facile de reconnaître que la porte à droite de l'entrée principale (S.-O.) a été recouverte par une application qui doit être de la fin du xv' siècle.
Cathédrale de Chartres. La nef (sauf la façade occidentale, la partie inférieure des tours cl quelques parties ajoutées). Les transsepts, le chœur et les chapelles qui l'entourent (il faut excepter l'imagerie qui orne la clôture du chœur, et qui est bien postérieure).
Eglise de Saint-Père, à Chartres. Diverses parties de la nef offrant, au-dessus des arcades du premier ordre, un triforium trilobé, et, au cierestory,des lancettes géminées surmontées d'une ouverture ronde.
Eglise de ia ville d'Eu (Seine-Inférieure). La nef et les collatéraux. La voûte de ceuxci s'élève jusqu'au-dessus du triforium, de sorie que les arcs géminés qui répondent au triforium sont éclairés par les fenêtres des bas-côtés, et forment une espèce de galerie à jour très-élégante- La partie basse du chœur est aussi du xine siècle (les deux ordres supérieurs appartiennent au troisième style ogival).
Cathédrale de Rouen. Le chœur et la nef, en partie construits dans la première moitié du xm" siècle, par l'architecte Ingelram, qui fut chargé, vers le même temps, de la reconstruction de l'église de l'abbaye du Bec. Mais il faut excepter la partie supérieure de .a grande nef qui parait avoir été reprise en sous-œuvre, les transsepts, les chapelles latérales et plusieurs autres parties postérieures au xnr siècle ; notamment les fenêtres du chœur. La voûte des bas-côtés de la nef s'élève, comme à l'église d'Eu, au-dessus des arcs qui répondent au triforium.
Fécamp. La nef, commencée vers la fin du xir siècle, construite en grande partie par l'abbé Radulph, mort en 1220. Fenêtres en lancettes de ia première époque. Larges tri— 1)imes au-dessus des bas-côtés, remplaçant le triforium.
Cathédrale de Beauvais. Les parties basses et moyennes, construites par Eudes dcMontreuil, architecte de saint Louis.
Sainte-Chapelle de Saint-Germcr. Construite vers la fin du xnr siècle, à l'imitation de la Sainte-Chapelle de Paris.
Moulineaux (Eure). Presque tout entière.
Petite église assez remarquable et bien caractérisée.
Louviers (Eure). La nef. Colonnes monocylindriques au premier ordre, surmontées de colonneltes.
Saint-Pierre ds Lisieux. La plus grande partie de la nef, des transsepts et du chœur. Cette église, commencée au xn* siècle, fut continuée au xme par Jourdain du Hommet, mort en 1218 ; puis, après un incendie arrivé en 1226, réparée par l'évêque Guillaume du Pont-de-1'Arche, qui y ajouta diverses chapelles.
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Saint-Etienne, à Caen. Le chœur et les basculés qui l'entourent.
Langrune (Calvados). Le chœur el la nef. Quelques chapiteaux du chœur sont fort élégants. La tour est remarquable, la pyramide qui la surmonte doit être d'une époque postérieure.
Cathédrale de Bayeux. Le chœur et les chapelles qui l'entourent, élevés vers le milieu du xnr siècle. Les parties supérieures des murs latéraux de la nef.
Chapelle du séminaire de Bayeux. Trèsélégante ; fenêtres en lancettes, chevet rectangulaire.
Notre-Dame de Vire. La nef en partie.
Norrey (Calvados). Eglise très -intéressante, dont la date ne m'est pas encore connue, et qui doit être de la fin du xm' siècle ou du commencement du xiv".
Cathédrale de Séez. La nef et ses bas-côtés sans chapelle. La façade occidentale, sauf les contreforts énormes maladroitement appliqués postérieurement et les parties refaites des tours.
Coutances. Tout l'édifice, sauf les chapelles des bas-côtés de la nef, et la chapelle de la Vierge, la façade occidentale.
Morlain. Le chœur et la nef, sauf l'extrémité du rond-point, qui paraît du xv" siècle, et la porte latérale au sud, qui est romane.
Cathédrale de Dol. La nef (la façade de l'ouest exceptée) et une grande partie du chœur. Les colonnes de la nef méritent d'être remarquées ; quelques-unes se détachent complètement des piliers dont elles sont l'accessoire, caractère que l'on trouve dans quelques édifices du xmc siècle.
Cathédrale du Mans. Le chœur, les bascôtés et les chapelles qui l'entourent élevés en grande partie en 1230 et 1270, d'après les recherches de M. l'abbé ïournesac.
Cathédrale de Saint-Gatien, à l'ours. Le chœur et les chapelles qui l'entourent, fondés dans la deuxième moitié du xue siècle, et terminés vers 12G6, sous l'épiscopat de Vincent de Pernil. Les chapelles qui entourent le chœur ont presque toutes conservé leurs fenêtres en lancettes ; les chapiteaux des colonnes du premier ordre sont-très caractérisés. Les fenêtres de quelques chapelles, surtout du côté sud.
Saint Julien de Tours. Reconstruite en partie au xme siècle, sous le règne de saint Louis, d'après Chalmel, auteur de VHistoire de la Touraine.
Notre-Dame de Lamballe. Quelques partics.
Cathédrale de Saint-Pol de Léon (Finistère). La nef presque tout entière, la façade occidentale et la base des tours.
Candes. Portail latéral, orné de statues très-remarquables. Quelques parties de la nef.
Cathédrale de Poitiers. L'ornementation intérieure (chapiteaux et bases des colonnes, voûtes, moulures, etc.) annonce en partie le xm" siècle. Ce monument a été commencé au xn" siècle, sous le règne do Henri II; mais il n'a vraisemblablement été