‹ Dictionnaire d'archéologie sacrée (volume 2)Chapitre 85 sur 276 · J.AP · texte numérisé non relu

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que le style gothique était capable d'égaler le style classique en hauteur, élevèrent audessus de la partie centrale de la croisée une tour pyramidale de 96 métrés de hauteur, dont la hase avait 16 mètres de largeur sur chaque face. La tour qui servait de base à celte pyarmide, percée a jour de toutes paris, était ornée île vitres peintes, et ses quatre angles, surmontés d'obélisques, se rattachaient au corps de la pyramide octogone par -plusieurs arcs très-délicatement travaillés. L'intérieur en était voûté en ogives, de manière que le spectateur, placé au centre du transsept, pouvait en considérer toute la hauteur. Cette construction merveilleuse produisait un effet véritablement magique : flèche aérienne, qui semblait laisser flotter aux vents les mille ornements de ses dentelles légères. Elevée h 131 mètres 60 centimètres, du sol de l'église au sommet de la croix, elle prenait son essor jusque dans la région où se forment les orages, pour aller porter jusqu'au trône de Dieu le signe ife la Rédemption. Dans les jours de solennité religieuse, on plaçait au milieu de la pyramide une lampe ardente, et cette espèce de phare lumineux qu'on apercevait à de très-lointaines distances, indiquait que le temple du Seigneur est le véritable port du salut.

Il va encore une lanterne h la cathédrale d'Evreux. Le cardinal La Ballue , sous Louis XI, passe pour en avoir fait les frais. Cette lanterne est également fort élégante. L'ancienne cathédrale de Lisieux en présente aussi une qui ne manque ni d'importance ni de légèreté.

On trouve souvent mentionnées des lanternes dans le mobilier des églises. On s'en servait, en effet, dans plusieurs circonstances, comme pour accompagner le saint sacrement dans les processions, et lorsqu'on le portait en viatique aux malades.

LANTERNE. — On appelait autrefois, et on appelle encore quelquefois du nom de lanterne, dans une église, une espèce de petite tribune en menuiserie, décorée de sculptures et de dorures, fermée de vitres, d'où l'on pouvait assister aux cérémonies sacrées, sans être vu de personne. On en voit une dans l'église de Saint-Syinphorien, à Tours. La partie inférieure est ornée de moulures en encorbellement : la partie vitrée a disparu. LANTE11NON. — Petite tourelle à toit conique qui surmonte une cage d'escalier et enij èc'.e la pluie d'y pénétrer.

LAPIDAIRE. —Le lapidaire est l'artiste qui taille et grave les pierres fines et précieuses. Vartdu lapidaire donne aux pierres sur lesquelles il s'exerce leur [dus grande valeur, car le travail de l'artiste est communément supérieur encore au prix des matières qu'il emploie. Les peuples anciens et modernes, qui ont cult.vé les arts, ont toujours montré beaucoup de goût pour les vases et les coupes façonnés avec les plus belles matières minérales.

Les pierres siliceuses el quartzeuses

transparentes, telles que les gemmes et- le cnstalde roche; demi-transparentes, telles que la prase, l'opale, le girasole, l'agate, la calcédoine, la sardoine, la sardonyse, la cornaline; opaques, telles que les différentes sortes de jaspe, ont été les plus recherchées pour la confection des vases précieux. Le lapis-lazuli a été également fort en vogue. Les marbres et les roches ont aussi fourni de très-beaux produits.

Les Romains, qui déployaient une grande magnificence et beaucoup do profusion dans leur goût pour les vases, recherchaient tout particulièrement ceux qui étaient en matières rares, qu'ils préféraient souvent aux vases d'or et d'argent. Ce que l'on trouve dans les anciens auteurs, sur le nombre des vases et des coupes de cette espèce qui existaient à Rome, paraîtrait incroyable si l'on ne savait en même temps par eux que ces vases avaient été enlevés des provinces conquises et principalement de l'Asie. Pompée, qui s'était emparé des vases de Mithridate, avait apporté à Rome, et consacré dans le temple de la Fortune la collection de vases de ce grand prince. Pline, en rapportant ce fait, dit que Pompée fut le premier qui fit connaître aux Romains les vases murrhins. Bien que les antiquaires ne soient pas d'accord sur la matière de ces vases, l'opinion la plus générale est qu'ils étaient taillés dans la sardonyse.

Quelques-uns de ces précieux objets ont été conservés durant le moyen âge, et il y a lieu de croire que ceux auxquels on donnait à cette époque le nom de vases de madré n'étaient autres que des vases murrhins de l'antiquité. ( Voy. à ce sujet le Glossaire de Du Cange, et celui de Roquefort intitulé : Glossaire de la langue romane.) On trouve assez souvent de ces vases de madré catalogués clans les inventaires du xive siècle. Ils sont en général enrichis de montures en or et en argent ciselées et émaillées, qui témoignent du prix que l'on attachait alors à ces pièces antiques. Ainsi nous lisons dans l'inventaire de Charles V, au fol. 85 : « Une couppe de madré garnye d'or dont en la pâte du pié, qui est en façon de rose, sont six ymages enlevez et au pominel six roys, et est tout ledit pié à jour : c'est assavoir fleurs de lys, troys balaiz et six grosses perles, etc. » (Mss. Biblioth. Nat. n° 8356.)

On rencontre encore dans les anciens inventaires quelques vases en cristal, en agate, en jaspe, qui devaient être antiques. Plusieurs avaient été appropriés aux usages du culte, et formaient des calices et des burettes, dont les montures en or ciselé étaient rehaussées de pierres fines et de perles. (Félibien, Hist. de l'abbaye de Saint-Denis.)

Néanmoins les vases taillés dans des ma» tières dures ne se rencontrent qu'en trèspetit nombre, môme dans le trésor des rois et des plus somptueuses abbayes ; ce qui prouve que l'art de tailler les pierres dures et de les graver n'était pas pratiqué en Europe durant le moyen âge, si ce n'est à Conslanlinople. Le" trésor de l'église de

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Saint-Marc, à Venise, est très-riche en vases de uiatières précieuses dures, que les Vénitiens ont rapportés de la ville impériale, après s'en être emparés en 120i. Elles sont plutôt remarquables par leur volume considérable que par la beauté de leurs formes.

Lorsque l'invasion des Turcs dans l'empire d'Orient eut forcé les artistes grecs à se réfugier en Italie, qu'ils y eurent importé les procédés de la glyptique, et que des artistes du plus grand mérite se furent élevés presque aussitôt à un haut degré de perfection dans cet art, on s'occupa de nouveau de rechercher les belles matières et de les façonner en vases de toutes sortes. Au commencement du xvi' siècle, ces vases jouissaient d'une faveur extraordinaire : les plus grands artistes graveurs sur pierres fines ne dédaignèrent pas d'en tailler de leurs mains. Vasari nous apprend que le fameux Valerio Vicentioo fit une multitude de vases de cristal pour Clément VII, qui en donna une par- ; tie à différents princes, et le surplus à l'église de San-Lorenzo de Florence.

François Ier et Henri II avaient un goût décidé pour ces riches matières si bien travaillées. Ces princes en rassemblèrent une quantité considérable. L'inventaire fait sous François II, le 15 janv. 1560, des joyaulx d'or et autres choses précieuses trouvées au cabinet du roi à Fontainebleau , constate l'existence d'un très-grand nombre de vases et de coupes de toutes sortes en agate, en calcédoine, en prime d'émeraude, en lapis, en jaspe, en cristal et autres matières précieuses. Le musée du Louvre a conservé plusieurs des beaux vases qui proviennent du trésor de ces princes.

LAPIDAIRES (Signes).— I. On appelle signes lapidaires ou signes de construction, des marques très-variées que l'on remarque sur les pierres de certains édifices du moyen âge, tant civils que militaires ou religieux. On a trouvé des signes lapidaires sur les pierres de constructions militaû es ou résidences royales de Coucy, de Paris, d'Avignon et de* Vincennes ; on en a trouvé de plus curieux encore sur les cathédrales de Reims et de Strasbourg. Nous avons à signaler des inscriptions du même genre qui se voient à l'église romano-byzantine de Chàtillon-surindre.

Les idées des antiquaires ne paraissent pas encore définitivement arrêtées sur la signification des signes lapidaires. C'est, en effet, un sujet hérissé de difficultés. Nous suivrons ici le rôle d'historien, et nous analyserons les opinions les plus dignes d'attention.

L'n fait qui frappe l'esprit de ceux qui comparent les signes tracés sur les monuments militaires et sur les monuments religieux, c'est la variété de ces marques sur les premiers et leur uniformité sur les seconds. La cathédrale de Strasbourg est, jusqu'il présent, l'édifice qui nous a offert le plus grand nombre* de marques différentes, et encore ce grand nombre e > t - i l dû à la dif-

férence des époques où se sont exécutées les constructions qui composent ce monument. La plupart des marques, faites de croix entremêlées de lettres et de lignes, sont du xiV siècle, surtout duxV et du xvi* siècle ; on les voit gravées sur les pierres de la tour et des bas-côtés. Les autres appartiennent à la plus ancienne partie du chœur et du dôme. On a constaté jusqu'à 2V2 variétés de ligures lapidaires à la cathédrale de Strasbourg; et comme il y en a d'autres qui n'ont pu être découvertes facilement, h cause de l'immense étendue de l'édilice et de l'impossibilité d'en voir de près actuellement chacune des parties, on peut présumer que ces signes s'élèvent au nombre do 300 à 350. Chaque ouvrier, dit M. Didron ( Tom. III, pag. 55 Annal, archéol. ) , chaque ouvrier avait sa marque. On a relevé 237 variétés de signes lapidaires sur les murs d'enceinte d'Aigues-Mortes. Sur les courtines, le château et les tours de Nuremberg, on a compté 157 marques différentes, et la seule porte de Spithler-Thor en a fourni 54.

Ces marques, dit toujours M. Didron , sont celles des ouvriers tailleurs de pierre et non celles des appareilleurs. Telle est aussi l'opinion de M. Klotz, architecte de la cathédrale de Strasbourg. « Chez nous , dit cet architecte, il n'y a pas de marques d'appareil , mais seulement des signes ou signatures d'ouvriers qui appartenaient à la grande confrérie des tailleurs de pierre (Steinmefzen). Je me suis assuré qu'il n'y a rien de constant dans leur reproduction. On faisait à cette époque comme il se pratique encore dans nos chantiers. Les tailleurs de pierres ont des dimensions données et arrêtées par l'appareilleur. Ces dimensions ne portaient que sur la hauteur des assises ; pour leur longueur et la combinaison des joints de recouvrement , c'était l'affaire des maçons poseurs. Cette marche m'est démontrée par l'irrégularité même de la coi^truction et par des erreurs quelquefois assez graves que ce système entraînait. »

A la cathédrale de Strasbourg, h Aigues- Wortes et ailleurs, les signes lapidaires sont les marques des tailleurs de pierre ou tâcherons ; il n'en a pas été de même partout ailleurs. A la cathédrale de Reims , il existe des signes lapidaires qui sont des marques d'appareil. Au portail occidental dp celie magnifique cathédrale, les voussures et les jambages des portes sont hérissés de sculptures taillées à même dans le bloc ; pour que l'appareilleur, en asseyant sa pierre ne lit pas une erreur, et ne mit pas une statuette à la place d'une autre, on lui lixait l'étage où il devait la poser. Avec ces marques un commence d'abord par distinguer les portes, qui sont au nombre de trois. Puis, en prenant une porte, celle de gauche, par exemple , on distingue la gauche delà droite Puis, en s'anètant à un jambage, on distingue les assises entre elles. Ainsi un croissant et un T sont affectés comme marques distiuctives à toute la porte centrale. A la

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