‹ Dictionnaire d'archéologie sacrée (volume 2)Chapitre 88 sur 276 · I.EG · texte numérisé non relu

I.EG

remplie d'une joie mille fois plus enivrante que celle de la marche triomphale.

Un jour quelques officiers, après avoir pris leur repas dans la maison d'un riche habitant, vinrent s'asseoir dans un jardin, non loin des tentes du camp. Là, chacun racontait à plaisir les aventures plus ou moins extraordinaires desa vie, lorsque tout à coup deux jeunes officiers se précipitent dans les bras l'un de l'autre en s'appelant mutuellement par leur nom, et se prodiguant les témoignages de la plus tendre alfeetion. C'étaient Agapius et Théophytus, qui, tous deux, arrachés aux griffes des animaux féroces, tous deux enrôlés dans la milice, la même année, venaient de se reconnaître.

Pendant cette scène attendrissante, une esclave, une mère, Théophyta sentait défaillir son cœur. Elle avait tout entendu, et Agapius disait à son frère : « As-tu rencontré notre bonne mère, Théophyta? Vit-elle encore?

Oui, elle vivait ; pauvre mère ! épouse infortunée 1 Aujourd'hui réduite en esclavage, comment pourra-t-elle se faire reconnaître ? Elle prie Dieu, et sa prière est exaucée. « Jeunes Romains, dit-elle en s'adressant à ses enfants, oserais-je vous adresser quelques paroles? Je suis Romaine, et après avoir perdu mon époux et mes enfants, j'ai été réduite injustement en esclavage. »

Les deux officiers sont émus. Comment une femme romaine peut-elle avoir été réduite en esclavage? Us la conduisent immédiatement à la tente du général, pour la faire remettre en liberté. O surprise ! Théophyta reconnaît son époux. Elle veut se précipiter dans ses bras ; mais, surmontant son trouble et son émotion, elle commence le récit des événements de sa vie. Elle parle de l'apparition de la forêt, de la peste et du fatal voyage où elle fut arrachée des bras de son époux, qui fut jeté sur les plages d'Egypte, avec ses deux enfants, Agapius et Théophytus. Jamais femme ne parla avec tant d'éloquence; c'était le cœur qui parlait. Eustache versait des larmes en écoutant ce récit ; il quitta vivement son trône ; il retrouvait son épouse, après seize ans de séparation , il retrouvait aussi ses deux enfants !

Les médailles 17, 18, 19 et 20 représentent ces différentes scènes. Eustacfie part pour l'armée , livre la bataille aux Parthes. Agapius et Théophytus se reconnaissent près des tentes du camp. Enfin Théophyta se fait aussi reconnaître du général vainqueur, vêtu d'une cotte de inailles.

L'armée manifesta par ses acclamations combien elle était heureuse du bonheur do son général, et ce ne fut qu'une fête continuelle jusqu'aux portes de Rome, où l'empereur et le peuple attendaient Eustache pour saluer en lui le vainqueur des Parthes; mais, par un secret dessein de la Providence, au lieu d'une palme périssable, Eustache allait recevoir une palme immortelle!

Trajan venait de mourir; Adrien, son suc-

cesseur, persécutait les chrétiens. Avant de monter au Capitole, Eustache est conduit par l'empereur dans un temple pour offrir de l'encens aux faux dieux. Eustache, calme et grave, refuse de commettre ce crimcv « Comment, s'écrie l'empereur, tu refuses d'otfrir de l'encens aux dieux de la patrie! » Eustache répond avec dignité : « Je suis chrétien : le Dieu que j'adore m'a donné la victoire par Jésus-Christ son Fils; à lui seul la gloire et la reconnaissance 1 »

Adrien dissimula sa colère ; il ne pouvait condamner sur-le-champ au supplice un général au milieu des préparatifs du triomphe. 11 essaya de le gagner ; mais à la fin, voyant qu'Eustache était inaccessible à la séduction, l'empereur, transporté de colère, le fit venir devant lui pour l'intimider par ses menaces. « J'apprends avec là plus vive indignation, s'écrie-t-il, que tu persistes dans le refus d'offrir de l'encens aux dieux de la patrie, et que ta femme et tes enfants, au lieu de cherchera fléchir ton obstination, t'ont confirmé dans ta funeste résolution. Obéis, ou je vous livre tous au supplice. — Je suis prêta obéira l'empereur, répondit tranquillement Eustache, quand ses ordres ne sont point en opposition avec la loi de Dieu. Vous pouvez nous arracher celte vie périssable ; mais Dieu nous en donnera une autre glorieuse et immortelle, dans l'assemblée des saints. »

Adrien condamna saint Eustache, son épouse et ses deux enfants à périr dans un taureau d'airain rougi par les flammes. Dès que le supplice est préparé, les bourreaux se saisissent des victimes. Eustache , les mains levées au ciel , faisait celte prière : « O Dieu tout-puissant ! exaucez nos vœux les plus chers; faites qu'après avoir été purifiés par ce feu, nous soyons dignes d'être reçus dans le séjour de votre gloire éternelle. » A peine Théophyta, Agapius et Théophytus curent-ils répondu Amen, qu'ils furent avec Eustache jetés dans les flancs embrasés du monstre d'airain. Us rendirent à Dieu leur âme au milieu des gloires du martyre ; leurs corps furent respectés par la flamme et recueillis par les fidèles.

Les quatre derniers médaillons contiennent la lin de la légende. Saint Eustache professe sa foi devant l'empereur; il fait sa prière suprême ; enfin il soull're le martyre avec sa femme et ses deux fils.

Au plus haut de la verrière apparaît un évèque à tête nimbée, assis sur un trône et bénissant. Presque toutes les fenêtres du chœur sont surmontées d'une ligure semhlable. On a voulu, sans doute, représenter les saints évoques de Tours, qui protègent et bénissent l'assemblée des fidèles réunie dans une église, qu'ils ont aimée eux-mêmes et si dignement gouvernée.

Vitrail de saint Martin, e'veque de Tours.

Jamais, dans l'Eglise latine, aucun saint n'eut un culte aussi populaire que saint Martin, évèque de Tours; nulle fête ne fut célébrée avec plus d'enthousiasme que celle

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