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ment le Seigneur et de reconnaître le vêlement qu'il avait donné lui-même. Bientôt il entend Jésus-Christ disant d'une voix distincte aux anges qui l'accompagnaient :
« Martin, encore catéchumène, m'a couvert de ce vêtement;» le Sauveur rappelait ainsi ses propres paroles : Tout ce que vous ferez à l'un de ces malheureux, c'est à moi que vous le ferez. Il montrait que c'était lui-même qui avait été réellement vêtu dans la personne du pauvre, et pour en donner une preuve éclatante, il voulut bien apparaître avec l'habit que le pauvre avait reçu. » (Sulp. Sever., Vita B. Mari.)
(Méd. 5, 6, 7.) A l'Age de dix -huit ans, Martin reçut le baptême, et, malgré ses vœux ardents, il céda aux désirs de son tribun et ne quitta pas immédiatement le service militaire. Cependant il était impatient de secouer pour jamais le joug du monde , et de prendre uniquement et entièrement le joug de Jésus-Christ. Mais son ami le retenait par la promesse de renoncer au siècle quand le temps de son tribunat serait passé.
Ce trait est probablement figuré au 6e médaillon, où l'on voit deux hommes avec la tunique militaire , courte et descendant à peine jusqu'aux genoux : les monstres que l'on aperçoit seraient la représentation des soucis et des embarras du monde qui retenaient encore le compagnon de saint Martin (1). Peut-être aussi pourrait-on reconnaître ici saint Martin dans le désert et combattant contre la tentation du démon?
Le panneau suivant représente saint Martin dans les Alpes, sur le point d'être assassiné par des voleurs. Saint Martin s'était retiré à Poitiers auprès de saint Hilaire, et là il servait Dieu dans le silence et la retraite. Tandis que l'illustre évèque de Poitiers était exilé pour la foi, il conçut le projet d'aller en Pannonie et de convertir à la religion chrétienne son père et sa mère qui étaient retenus dans les ténèbres de l'idolâtrie. Comme il passait les Alpes, des brigands se jetèrent sur lui et ils allaient lui trancher la tête, quand, frappés de son calme devant la mort, ils s'arrêtèrent et le confièrent à la garde de l'un d'entre eux qui, apprenant que ce noble mépris de la vie était inspiré par Je christianisme, lui demanda le baptême.
Le peintre-verrier n'a pas suivi exactement ici le récit de Sulpice Sévère, qui se trouve reproduit scrupuleusement dans les vitraux de Chartres et de Bourges. Il met une épée au lieu d'une hache à la main des voleurs , suivant le texte de Paulin de Périgueux (2).
A la suite de l'indication du fait que nous venons de raconter , le P. Cahier , dans le grand ouvrage sur les Vitraux de Bourges, s'exprime ainsi : « Si Sulpice Sévère ne disait
(1) < Nec tamen statim militiue renuntiavit, tribuni suiprecibus evicius, cui contuberniiim familiare praeslabat; etenim transacto tribunatus sui tempore, renuntiaturum se syeculo pollicebatur. > (Sulp. Sev.)
(2) Hostiles gladios, manibus posl lerya revinctis, Risit, et immolo lempsit discrimina vulln.
(De Vit. B. Mari. lib. i, Bibl. Pair. VI, 299).
assez clairement que saint Martin trouva encore son père et sa mère en vie, mais que sa mère seule consentit à embrasser la religion chrétienne , on pourrait croire que la conversion de cette femme est l'objet de la scène qui se passe près d'un tombeau ; et alors le sépulcre indiquerait qu'elle seule aurait revu son fils. Mais avant que l'homme de Dieu fût devenu évêque de Tours, il avait déjà ressuscité deux morts. On peut choisir, bien que cette représentation ne me paraisse cadrer exactement avec aucune des deux narrations laissées par le biographe. »
La verrière de Tours ne permet pas la supposition faite par le savant auteur de la description des vitraux de Saint -Etienne de Bourges : il y a entre le voyage de saint Martin en Pahnonie et la résurrection du mort, dans notre légende figurée , plusieurs traits intermédiaires que l'espace trop restreint de la verrière de Bourges a fait supprimer. Quoique nous soyons également embarrassés pour arriver à la détermination précise du miracle de la résurrection représenté à Tours comme à Bourges , nous ne saurions admettre l'ingénieuse hypothèse du P. Cahier; c'est donc bien un trait de l'histoire de saint Martin que le dessinateur a mis en évidence , et non de celle de saint Denis de Paris, ni d'un autre saint, comme semble le croire l'auteur que nous venons de nommer.
Ici se termine la première partie de la vie de saint Martin : il devient évêque de Tours et commence une vie nouvelle, illustrée pair ses miracles et plus encore par les prodiges de grâce et de conversion que Dieu opère par ses mains.
(Méd. 8, 9, 10.) L'ordination du saint, préparée par des circonstances admirables, eut lieu dans l'église bâtie par saint Lidoire. La cérémonie est présidée par un évêque, tenant la crosse d'une main, et bénissant de l'autre. Un clerc porte la crosse du nouvel évêque de Tours.
La succession des événements n'est pas suivie avec toute l'exactitude chronologique par le peintre-verrier. Au lieu de discuter ici, hors de propos, des dates et des documents historiques, nous préférons nous en tenir à la légende dont nous suivons le développement. Il faut convenir aussi que le récit de Sulpice Sévère et celui de Paulin de Périgueux ne mentionnent jamais les dates; le premier , dont l'autorité doit surtout être invoquée puisqu'il sert de guide à la narralion poétique du second , ne se met pas en peine d'enchaîner tous les faits suivant l'ordre des temps; il se contente de la vérité du fait qu'il rapporte, sans le relier à ceux qui le précèdent ou qui le suivent. If n'y aurait donc pas lieu d'être étonné en voyant que l'artiste et l'historien ne marchent pas toujours sur les traces l'un de l'autre.
Par amour de la paix et pour faire sur-lechamp révoquer des ordres cruels, saint Martin communiqua avec les lthaciens. Il réussit auprès de l'empereur, sauva la vie à des malheureux qui allaient être égorgés,
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mais ce ne fut qu'en communiquant pendant quelques instants avec des hérétiques. Quoique saint Martin ne voulût pas consentir a souscrire à aucun acte, il se repentit vivement d'avoir cédé aux exigences de Maxime ; et souvent il disait à ses disciples que depuis ce temps il sentait en lui une diminution sensible de puissance pour chasser les démons. En quittant la ville de Trêves, triste et repassant dans sa mémoire les circonstances de cette lâcheuse affaire, il s'éloigna de ses compagnons de voyage, et s'étaut arrêté pour pleurer dans un lieu sauvage et écarté, dans un lieu couvert de forêts, non loin du village d'Andetkanna, un ange lui apparut et le consola. « C'est avec raison, dit-il, Martin, que vous êtes affligé; mais vous n'avez pas cru pouvoir agir différemment. Réparez votre vertu ; reprenez courage. »
Telle est la manière qui nous semble la plus plausible d'expliquer le neuvième médaillon. Cependant on pourrait proposer une autre interprétation , quoique ce trait se trouvât ainsi trop isolé. A t'aide du vitrail de la chapelle absidale, précédemment indiqué, on arriverait facilement a restituer le fait dans son entier. Valentinien refusait de recevoir saint Martin , parce qu'il était résolu de ne point lui accorder ce qu'il demandait. Le saint évêque de Tours eut recours à ses armes ordinaires : il se mit en prières. Un ange lui apparut et l'engagea à se rendre au palais de l'empereur pour adoucir ce cœur farouche. Saint Martin trouve toutes les portes ouvertes et arrive jusqu'à la chambre de Valentinien, san.> que personne s'oppose à son passage. Ce dernier, irrité de cette témérité, teste assis devant l'évêque, sans donner aucun signe de respect. Aussitôt des flammes sortent de dessous son siège et le forcent à se lever devant saint Martin. Cette seconde partie seulement de la légende est représentée à la verrière de la chapelle absidale ; la première serait figurée au grand vitrail du chevet. Ce qui pourrait porter à accepter cette interprétation, ce sont les détails mêmes de la composition : saint Martin est étendu sur un lit, et c'est précisément durant son sommeil que l'ange l'exhorte à franchir le seuil du palais ; enfin, l'ange est à côté d'une porte qui indique évidemment que la scène ne se passe pas dans une forêt, comme eut lieu l'apparition de l'ange qui consola saint Martin de sa chute.
Le médaillon dixième, représentant la résurrection d'un mort qui sort du tombeau, est difflcile à expliquer, comme nous eu sommes convenus précédemment. Dans l'Histoire de Sulpice -Sévère, dans les poèmes de saint Paulin ou de saint Fortunat, on ne trouve point que saint Martin ait ressuscité un mort déjà mis au tombeau. Mais peut-être le peintre aura-t-il cru qu'il lui était impossible de mettre convenablement en relief le fait d'une résurrection sans montrer un personnage sortant d'un tombeau.
(Méd. il, 12, 13.) Les trois faits représen- Dictionn. d'Archéologie sacrée. IJ.
tés dans ces trois médaillons sont très-célèbres et très-connus. Saint Martin, dans son zèle à détruire l'idolâtrie , parcourait les campagnes. 11 exhortait vivement les habitants d'une certaine bourgade à couper un pin objet d'un culte superstitieux et planté auprès d'un temple d'idoles qu'il venait de renverser. Une immense multitude de païens s'assemble en tumulte, et enfin l'on consent à ce que l'arbre soit coupé, à la condition que l'évêque se placera du côté où il penchera dans sa chute. Saint Martin, plein de confiance en Dieu , accepte la condition avec empressement : l'arbre tressaille sous les coups redoublés de la hache ; la foule attend avec impatience ce qui va arriver; les disciples tremblent pour leur maitre ; saint Martin fait le signe de la croix, et soudain l'arbre, qui menaçait de l'écraser dans sa chute, se redresse et tombe du côté opposé sur les spectateurs qui se croyaient à l'abri de tout danger. Frappés de ce prodige, les habitants se jetèrent aux pieds du saint évêque en demandant le baptême
Saint Martin avait délivré du démon le serviteur du proconsul Tétradius et converti le maitre à la religion chrétienne. 11 opéra cet exorcisme en posant la main sur la tète du possédé. Dans la même ville où ce prodige avait eu lieu, le thaumaturge, en entrant dans la maison d'un père de famille, s'arrêta tout à coup sur le seuil de la porte, en disant : Je vois un démon à l'intérieur de cette maison. 11 lui commanda de sortir; mais le malin esprit s'empara d'un des serviteurs qui se trouvait dans la maison. Le malheureux grinçait des dents et déchirait ceux qui se trouvaient à sa portée. La maison fut dans un trouble inexprimable; les serviteurs s'enfuyaient de tous côtés. Martin se dirige vers le furieux et lui commande de s'arrêter. Comme il grinçait toujours des dents et qu'il ouvrait une bouche mena çante, Martin plaça les doigts dans sa bou che, en défiant le pouvoir du démon. Alors celui-ci, tourmenté violemment et ne pouvant sortir par la bouche où étaient les doigts de l'homme de Dieu , prit la fuite, au milieu d'un accès de rage, par la voie qui convenait le mieux à l'esprit immonde (1).
Le peintre-verrier n'a pas été effrayé dans la représentation de cette singulière délivrance au vitrail de la chapelle absidale : à la giandc verrière l'artiste a traité son sujet avec plus de délicatesse. Le groupe qui considère l'action de saint Martin est admirable d'expression : on lit dans la posture et la physionomie les sentiments qui dominent dans l'Ame.
(I) Ne violet digitos suspendit bellua rictus, El maniant tnnqi timuit qui dente voraret. Qui dutn iniru obsessum pœnis ageretuT acerbis, Nec ttnnen nb digitos exire per ora liccret ; Fœdu ministerii fœdut vesttqia linquetu, Sordidus egredilur qua sordibus est vin fïuxu.. Taie iler arreptum sic tedecel ire, vialorl (Forlunal. de Vit. S. Martini.)
Sulpîce-Sévèrene donne pas dos détails moins explicites sur cet exorcisme.
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Le groupe suivant, représentant la messe de saint Martin, rappelle un des plus beaux actes de charité du saint. Comme autrefois à la porte d'Amiens, il se dépouilla de ses vêtements pour couvrir la nudité d'un pauvre. Au moment de commencer la messe, durant la froide saison, il ne put résister aux prières d'un malheureux qui se plaignait de la rigueur de l'hiver, et il commanda à son archidiacre de lui donner un habit. L'archidiacre n'obéit pas ; et le saint évoque, cédant aux instantes réclamations du mendiant, lui remit son propre vêtement. Cependant la foule réunie à l'église attendait l'arrivée de saint Martin, quand celui-ci rappela au clerc infidèle que le pauvre de Jésus- Christ avait besoin d'un vêtement, il parlait de lui-même. L'archidiacre mécontent sortit brusquement, acheta un habit de l'étoffe la plus grossière, et le jeta aux pieds de l'évêque. Le saint se couvrit de celte tunique trop étroite , qui laissait ses bras à découvert, et monta à l'autel, cachant sa nudité sous sa chasuble. Mais à l'otfertoire ou à l'élévation , Dieu , voulant témoigner de la manière la plus éclatante en faveur de la charité du pontife, fit apparaître une flamme légère qui flottait autour de sa tête sans brûler sa chevelure, symbole du fou divin de la charité qui brûlait dans son cœur. Toute la multitude vit le prodige et en loua hautement le Seigneur.
Le peintre- verrier a interprété le fait d'une manière particulière et l'a exprimé d'une façon très-remarquable. Le mode de représentation du même fait est identique à nos deux verrières de Tours. Un ange apparaît au-dessus de la tête de saint Martin, et laisse échapper de ses mains des rayons lumineux qui se dirigent vers les mains élevées de l'évèque ; les bras nus du saint et la posture des assistants ne laissent pas subsister la moindre incertitude sur le motif de cette scène. 11 serait difficile de trouver une composition plus naïve et en même temps plus expressive.
(Méd. tt, 15.) « Martin , dit Sulpice-Sévère, tomba un jour par hasard du haut d'un escalier, et le corps couvert de blessures, était étendu à demi-mort dans sa cellule, tourmenté de douleurs cruelles. Pendant la nuit un ange lui apparut, toucha ses membres blessés et les oignit d'une huile salutaire. 11 fut si parfaitement guéri, que le lendemain il ne paraissait pas qu'il eût rien souffert la veille. »
Tel est le sujet que nous montre le H* médaillon : le peintre a rendu la scène plus animée. Le démon , caché sous l'escalier, saisit saint Martin avec un croc recourbé et le précipite du haut de l'escalier. Au moment où le saint, la tête renversée en bas, va se briser en tombant , un ange le soutient par le milieu du corps et prévient les dangers de la chute. Le récit de Sulpice-Sévère est plutôt interprété que reproduit. Du reste , cette manière de représenter ce tr;iit historique semble avoir prévalu, puis-
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que, dans la verrière du xiv' siècle, nous retrouvons le môme mode de figuration (1).
Le groupe suivant représente une apparition, comme saint Martin en voyait fréquemment. Ecoutons encore Sulpice-Sévère.
Dans son second dialogue, des Vertus de saint Martin, il dit qu'en sa présence, un de ces prodiges s'opéra au monastère de Marmoutier. « Je vous l'avouerai , dit Martin ; mais ie vous prie de ne pas divulguer ce fait : j ai vu Agnès, Thèclc et Marie. En même temps, ajoute l'bistorien, il nous dépeignit le visage de chacune de ces glorieuses habilantes du paradis., et nous fit connaître de quels ornements elles étaient parées. Il nous avoua que cette vision se renouvelait assez fréquemment, et il confessa encore qu'il était souvent visité par saint Pierre et saint Paul (2). »
Les trois médaillons supérieurs contiennent la fin de l'histoire de saint Martin. Le saint évêque s'était rendu à Candes pour apaiser la discorde qui s'était mise entre les clercs de cette église. Mais, sentant sa mort approcher, il se fit transporter dans le diaconicum, et là il rendit le dernier soupir, entouré de ses disciples. Les derniers moments du grand évêque de Tours furent dignes de sa vie tout entière. L'histoire ecclésiastique ne nous a rien laissé de plus touchant, ni de plus sublime. Les pages où Sulpice-Sévère raconte cette fin glorieuse sont les plus belles de son livre, et on ne peut les relire sans éprouver une vive émotion. Chaque année, quand, dans l'office de l'octave de la fête de saint Martin, nous revoyons ces lignes que nous avons lues tant de fois et toujours avec un nouveau charme, quel est le prêtre qui ne sent ses larmes prêtes à couler? « Seigneur, disait notre saint évêque en présence de ses disciples, dont nous nous glorifions d'être les successeurs et les héritiers, Seigneur, je ne refuse pas le travail, si je suis encore nécessaire à votre peuple : que votre volonté soit faite.» Mais nous devons résister à copier ici ces pages magnifiques ; elles sont gravées dans la mémoire et dans le cœur de tous les chrétiens.
Le groupe suivant nous retrace le fait dont saint Grégoire de Tours nous a donné le touchant et poétique récit. Les Poitevins disputaient aux Tourangeaux la possession du corps du saint évêque de Tours : ils faisaient chaleureusement valoir leurs droits. Mais évidemment les prétentions des Poitevins étaient injustes; aussi les Tourangeaux crurent-ils pouvoir les tromper, persuadés qu'il n'y avait de leur part nulle injustice à s'assurer la conservation d'un bien précieux dont ils avaient la propriété. Fatigués de leurs discussions, les habitants de Tours et de Poitiers avaient remis au lendemain la fin de leur différend : mais pendant la nuit,
(1) La légende dit que le démon semait des noix sous les pieds de saint Martin pour le faire trébucher et lui faire perdre patience.
(-2) Su!p.-Sev. Dialog. u,de VirtutibusB. Martini, vciius linein.