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tine. Le fondateur fut inhumé dans l'église , et on y lisait son épitapiie en vers léonins et rimes, selon le goût du temps oiî elle fut composée. Les vertus guerrières du seigneur Elfroy y sont exaltées avec beaucoup d'emphase. Geolfroy H, son petit-fils , seigneur de Preuilly, est donné par le Chronicon J'uronense et le Chronicon S. Martini Turonentis, comme l'inventeur des tournois; plusieurs auteurs ont aussi regardé ce même Geolfroy comme l'inventeur des pièces héraldiques du blason : il est probable qu'il contribua seulement à en régulariser l'emploi et la signification.
L'église s'étend dans les proportions suivantes : longueur totale , 57"", 50; largeur totale des trois nefs, 18, 00; largeur de la grande nef, 8, 00 ; largeur au Iranssept, y compris Jes chapelles situées à l'extrémité de chaque croisillon , 29, 00; hauteur sous voûte à la nef, 16, 50 ; hauteur des voûtes des bas côtés , 15, 00; hauteur de la tour, 22, 50.
Le plan est la forme de la croix latine avec collatéraux et déambulatoires autour de l'abside. C'est peut-être le premier exemple de cette curieuse disposition qui exerça une si profonde influence sur les modifications postérieures du plan des édifices religieux , et qui, plus tard, fut constamment adoptée dans les églises de grande dimension. Il est extrêmement curieux de constater l'apparition de cette forme architecturale dans un monument construit aux dix premières années du XI' siècle. C'est probablement à la naissance de cette importante disposition , que nous devons attribuer une certaine hésitation qui se traduit en plusieurs endroits par des irrégularités très-sensibles. Pour celui qui voudrait mesurer toutes les parties de l'église de Preuilly, le compas, la règle et l'équerre h la main, il y aurait, sans aucun doute, des déviations maladroites K signaler, ainsi que des rapports mal établis entre certains membres de la construction. Mais ce n'est pas en prenant en main les instruments de manœuvre que nous devons étudier les monuments les plus anciens de la renaissance romanobyzantine dans le centre de la France. Agir autrement, ce serait agir avec la même imprudence et la môme inconséquence que celui qui voudrait juger les œuvres littéraires d'un autreâge sans tenircompte des temps, des mœurs et de la civilisation. Ne dirait-on pas d'un critique ignorant qui avancerait que le sire de Joinville ne savait pas écrire en bon français?
Le transsepi, dans chacune de ses branches, présente une chnpelle en partie ouverte dans le mur oriental. A la naissance de chacun des croisillons avait été bâtie primitivement une tour, surmontée d'un clocher. Une seule des tours est actuellement dégagée; la seconde est cachée dans les char[)entes. Nous appelons l'attention des amis de notre architecture nationale sur cette disposition originale. Nous la trouvons donc usitée dès les premières années du xi' siècle, à Preuilly. En llOi, quand le trésorier Hervée releva l'église de Saint-Martin, ti Tours, détruite par un
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incendie, il adopta le même plan. On a prétendu que cette modification curieuse dans le plan des édifices sacrés avait été introduite d'abord dans les églises romanes qui s'élèvent en si grand nombre sur les bords du Rhin. On a considéré ces formes et plusieurs détails moins considérables comme constituant les caractères essentiels du type byzantin. S'il en était ainsi, nous pourrions peut-être, et avec. quelque raison, faire valoir des droits à l'invention, où si l'on veut à riraportation de ces intéressantes modifications architecturales. Naguère on a prouvé, d'une manière qui nous a semblé péremptoire , que l'architecture ogivale avait pris naissance dans le nord de la France. Nous pourrions peut-être arriver à démontrer que l'architecture romano-byzantine a formulé ses premières tentatives, et pris ses premiers accroissements dans une zone spéciale qui renfermerait la Touraine , le Poitou , le Maine et l'Anjou.
Ces considérations sont trop imporlantes dans la philosophie de l'architecture chrétienne et indigène de la France, pour que nous ne cherchions pas à leur donner toute l'attention qu'elles méritent.
Le déambulatoire de l'église de Preuilly donne accès à trois chapelles absidales, dont une est au centre et les deux autres sont sur les flancs.
Telles sont les dispositions essentielles du plan. Nous compléterons lidée qu'on peut se former de l'ensemble, par la uescri[)tion sommaire des principales régions architecturales de la basilique.
En entrant dans l'église de Picuilly, on est frappé en même temps et de la simplicité et de la majesté de l'ordonnance. La perspective générale n'a rien de trop austère ni de trop pompeux. La nef présente cinq travées complètes, l'abside également cinq travées ; en y ajoutant une travée pour le chœur et une autre pour l'intertranssept, on aura le développement intégral de l'église. Le monument offre donc 12 belles travées, sans y comprendre les nefs mineures et les chapelles accessoires.
En faisant l'analyse des travées de la nef, nous voyons les dispositions suivantes. Cha-
3ue pilier, carré dans la masse, est cantonné e quatre colonnettes arrondies, dont deux supportent l'arcade de communication : les deux autres soutiennent les arcs-doubleaux des voûtes. Cette ordonnance se retrouvera plus tard dans presqye toutes les éghses romano-byzantines. La base des grosses colonnes se rapproche beaucoup du tracé antique ; h part de très-légères modifications, on y reconnaît aisément la base attique. Le fût de la colonnette tournée vers la nef majeure prend un élancement considérable Eour aller cli^rcher la retombée de i'arc-douleau de la voûte principale. Cet exhaussement produit un bon effet en étc)l)lissant de grandes lignes architecturales qui interrompent la monotonie des surfaces ; la perspective y gagne beaucoup en pittoresque. Les chapiteaux sont très-variés et généralement
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bien composés. On y remarque des fi'uillages, des bandelettes, des tigures fantastiques et des représentations humaines. Il serait difficile d'en donner la description à cause de l'extrôme variété des formes. Le dessin seul pourrait donnor une juste idée de la composition originale de ces riches chapiteaux : ils méritent , sans contredit, d'être comparés à ce que l'art du moyen âge, au XI' siècle, a produit de plus gracieux et de mieux senti. Sur les piliers s'appuient de grandes arches romanes, donnant jour de la nef mnjetire sur les collatéraux.
La voûte est ii plein berceau dans la nef, sans nervures et sans autre interruption que celle des arcs-doubleaux en forme de plate -bande. Tout le monde sait que les volUes de cette nature, élevées à une certaine hauteur, sont extrêmement difficiles à conserver. Il existe nécessairement wne poussée très-violente au sommet des muraiJIes ; aussi voit-on la plupart des édifices romans s'écrasant sous le poids de leurs voûtes, quoique le plus souvent ils aient été consolidés par des ouvrages postérieurs. Il en a été, à Preuilly , comme dans toutes les œuvres contemporaines. Les murailles ont été poussées au vide par la tête, et dans le cours du xv* siècle, on a cherché à les consolider par de robustes contre-forts. On a réussi à prévenir la chute des voûtes qui était imminente. Néanmoins, il y a environ un siècle, on a été forcé de reprendre une partie de la voûte dans le voisinage du portail occidental. Ce travail malheureusement n'a pas empêché de nouveaux écartemenls, et la façade se trouve actuellement dans le plus déplorable état, surtout à l'angle méridional.
La voûte des nefs collatérales est en arcboutant ; elle est solidement bâtie. Du reste, les nefs mineures sont fort étroites, et on pourrait presque les considérer comme faisant office de contre-forts continus pour soutenir la masse énorme de la nef majeure. La grande travée du chœur seule est voûtée avec nervures ; l'intertranssept eU'abside sont recouverts d'une voûte en berceau.
Nous avons déjà dit que l'extrémité du transsept formait une chapelle qui se prolonge en abside dans le mur oriental. L'une de ces chapelles est dédiée à saint Mél.nno, évêque de Rennes ; l'autre est aujourd'hui consacrée à la sainte Vierge. La muraille qui clôt le transsept à ses extrémités est ornée d'une série de petites arcades aveugles supportées sur des colonnettes. Nous retrouvons une disposition absolument identique au triforium de la région absidale.
L'abside offre cinq travées dans son pourtour. Les piliers ont été remplacés par des colonnes monocylindriques d'un diamètre bien proportionné. Malheureusement elles sont aujourd'hui cachées au milieu d'une maçonnerie moderne établie pour supporter un énorme contrcretable d'autel. Il est vraiment fûcheux de dérober ainsi au regard, par une construction lourde et sans caractère, la portion la plus remarquable de l'é-
glise. Au-dessus du triforium, orné de nombreuses arcades aveugles, s'ouvrent cinq fenêtres à plein cin're.
Les trois chapelles de la région absidale sont bâties sur un plan fort simple : elles forment trois ahsidioles arrondies.
Avant de passer h l'examen de l'extérieur, nous devons constater l'existence d'une crypte sous le sanctuaire. On ne peut plus y entrer parce qu'elle est remplie de décombres : on y entrait par une porte située derrière l'abside , en face de la chapelle de la Sainte-Vierge et au fond du chevet.
La façade occidentale nous présente une décoration architecturale simple, originale et d'un beau caractère. En l'examinant attentivement, on y trouve matière à quelques réflexions. Les constructeurs, au xr siècle, étaient habiles dans l'art d'appareiller les pierres. En une infinité d'endroits, ils nous ont laissé de vrais modèles pour la coupe, la taille et la pose des pierres. Ils comprenaient, sans doute, leur infériorité dans la sculpture et surtout dans la statuaire. Aussi voyons-nous qu'ils cherchent constamment à déployer la science de l'appareil et qu'ils négligent l'ornementation sculpturale. Preuilly nous montre h sa façade un des plus curieux exemples de ce dernier parti. Le frontispice n'est beau que de la disposition des lignes et de la taille des pierres. On y distingue plusieurs étages. A la partie inférieure, formant soubassement, s'ouvre seulement la principale porte d'entrée. Les ornements y sont distribués avec une austère sobriété ; les pieds droits sont uniquement décorés d'une petite colonnette à chapiteau. Le premier étage est composé, au centre, d'une large fenêtre accompagnée de deux arcades effilées reposant sur une élégante colonnette, et sur les flancs d'une fenêtre moins étendue éclairant les bas-côtés. Les archivoltes des trois fenêtres sont ornées de quelques sculptures, et appuyées sur une moulure également sculptée. La fenêtre centrale est encore décorée dune belle moulure à perles saillantes. Le second étage est formé d'une magnifique série de petits arcs cintrés qui s'étend dans toute la largeur de la façade. On ne saurait rien imaginer de plus piquant et de plus original que cet ensemble. La galerie supérieure est en germe une de ces somptueuses galeries garnies de statues qui couronnent le portail de nos plus illustres cathédrales. Une fenêtre géminée domine la façade et donne du jour sous la voûte de la nef. Le pignon a été changé par un exhaussement considérable. On distingue encore aisément l'inclinaison des lignes rampantes qui circonscrivaient le gable primitif.
La haute muraille extérieure de l'abside est également décorée d'une galerie fermée au niveau de la galerie intérieure du triforium. Cette particularité forme encore un des traits saillants de la physionomie architectonique de l'église de Preuilly. C'est un des premiers exemples d'un mode de décoration fréquemment usité à une époque moins avancée.
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La tour osl ('•lovi-c dans do môles proportions. Les fi'iiùlrcs en sont remanjuables ; on y voit de charmantes colonneltcs couionnées (le gracieux ch.ipiteaux. A la perf.clion <les formes, à l'élégance des sculptures, h un certani enseml)le que le sentiment saisit mieux qu'il ne jteut le définir, on pourrait soupçonner que cette construction est un peu liioins ancienne que le cor})S du monument. La tour, hnisipiementarrc'^lécdans son déveliippemenl pyramidal, n'a |)()iiit de tlôche : c'est un couronnement (jui lui fait défaut. Il est vrai que les flèches en 'pierro étaient rarement construites au xi' siècle. Nous sommes persuadés cependant que la tour de Preuilly était destinée ci porter une pyramide élancée dans le genre de celles de Ferrière-Larçon , de Beaulieu ou de Cormery, qui datent de la même époque.
La grande abbatiale de Cluny et l'humble abbatiale de Preuilly peuvent servir à faire convenablement apprécier le mouvement architectural qui s'opéra au xi' siècle, non-seulement dans les édifices monastiques, mais encore dans les monuments de tout genr.e. L'art romano-byzantin y trouve une de ses plus complètes réalisations et il suffirait "de le bien étudier, pour connaître l'état de perfection auquel il était parvenu en peu de temps, après que les appréhensions de l'an 1000 furent dissipées.
Afin de compléter ce que nous avons à dire sur les abbatiales , nous ferons encore la description d'une abbatiale du xii' siècle et d'une autre du xiir siècle ; nous terminerons en donnant quelques détails sur l'abbatiale de Saint-Ouen, de Rouen, en partie du xiy siècle, et en indiquant rapidement au moins les dates principales de construction des célèbres abbatiales de Saint-Denis, en France, de Yézelay, de Pontigny, de Notre-Dame de la Couture, au AJans, de Saint- Germain des Prés, à Paris, et de Saint-Eiienne de Caen. Ce sujet serait inépuisable, si nous voulions décrire , môme superficiellement, toutes les abbatiales que le temps et les révolutions ont laissées debout. Nous aurions éprouvé une véritable jouissance à reconstituer, par la pensée du moins, la vénérable abl>atiale de Marmoutier, la première abbaye fondée en France, après Ligugé, par saint Martin, le patriarche de la vie régulière en Occident. Nous sommes contraints d'y renoncer. Nous espérons du moins que l'on puisera dans les notions archéologiques que nous avons réunies sur les abbatiales principales une idée suftisante de ces admirables institutions que l'on a pu calomnier, mais dont on ne pourra jamais faire oublier la grandeur, la puissance, l'éclat et les services. Les abbayes furent jadis la gloire de notre pays : soyons reconnaissants en sachant juger avec impartialité les œuvres immortelles qu'elles ont léguées à la postérité.
Au milieu des monuments anciens les plus iilustrcs, l'église de Saint-Kemi de Reims occujte une des premières places ; elle se dis-
tinguo par son antiquité , son caractère architectural, entre toutes les riches constructions qui font l'honneur de la Champagne Pendant de longs siècles, des population.s nombreuses et ferventes se sont pressées dans son enceinte. Do toutes les parties de la France et du mondi; chrétien, des légions de pieux pèlerins venaient prier aupiès du tombeau de saint Rémi, et se placer sous la haute protection de ce grand évoque.
Quand on entre pour la première fois dans l'église de Saint-Remi, on est vivement impressionné par l'ordonnance majestueuse de l'édifice. L'etTet des belles lignes architecturales est saisissant. Les lois qui pré^ident à l'organisation de la basili(jue, les rapports étal>lis entre ses divers membres, tout concourt à donner à l'ensemble un caractère imposant. La perspective de la région absidalo est grave et solennelle.
Il existe dans cette église plusieurs dispositions originales qui la rendent plus intéressante encore pour l'art et pour la science. Quand on compare les chapelles absidales, le transsept et les belles galeries établies sur les nets mineures aux parties correspondantes des monuments religieux du centre et de l'ouest de la France, on y trouve matière aux plus curieuses observations. Nos édifices du moyen âge, à quelque époque qu'ils appartiennent, offrent toujours des modifications curieuses dans les provinces qui ont imprimé une plus énergique impulsion à la marche de l'architecture chrétienne. Etudier et décrire avec soin les œuvres disséminées dans des régions dilférenles, c'est préparer à la philosophie archéologique des éléments qui se dévelopjieront plus tard.
Les origines de Saint-Remi touchent à la naissance de la religion chrétienne dans le pays rémois. Suivant les historiens , une chapelle fut d'abord dédiée en cet endroit au martyr saint Clément ; elle changea postérieurement son vocable en celui de Saint- Christophe. A Reims, comme au Mans, comme à Tours , comme dans toutes les vieilles cités gallo-romaines, les chrétiens nouvellement convertis étaient ensevelis à une petite distance des murailles de la ville. Saint Catien, à Tours, firt enseveli dans le cimetière des pauvres, à côté d'une petite chapelle qui s'appelait Notre-Dame-la-Pauvre, et qui plus tard fut nommée Notre- Dame-la- llic lie, quand on y eut déposé le corps de ce saint évè(}ue et de son successeur. Au Mans, saint Julien fut enseveli^ de même dans le cimetière des chrétiens, où se trouve aujourd'hui l'égl.ise de Notre-Dame du-Pré. A Reims, saint Kemi fut enterré dans la chapelle de Saint-Christophe, vers 350, au milieu des fidèles qui étaient morts pleins des espérances chrétiennes.
L'enceinte de la chapelle de Saint-Christophe était trop étroite pour contenir la multitude qui accourait autour du tombeau de saint Rémi. On l'agrandit à deux reprises diû'érentes, d'abord vers 633, sous l'évoque Sonnatius, ensuite sous le célèbre Hincmar,
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au milieu du i\' siècle. A ceite époque, le sépulcre fut orné d'une manière somptueuse, avec tout le luxo (jue les arls pouvaient alois déployer. La dédicace de la nouvelle basilique eut lieu en 863, au milieu d'un grand concours de peupL'S, et avec toute la pompe des solennités i'ilurgi(]ues.
11 serait extrêmement important, au point de vue archéologique, de connaître les principales dispositions archilectoniqucs do cette œuvre d'un d.^s plus gran Is ^)ontif(.'S de Reims. Les documents sont tres-rares sur les éditices élevés en un siècle qui n'est connu dans notre histoire que par di'S calamités et dçrs désastres. Reconstruire, à l'aide de données historiques, l'église bAtie par Hincmar, serait un travail d'une haute portée.
Dès le commen'îement du xi'^ siècle, en 1005, on songeait à rebâtir l'église de Saint- Remi, soit que la construction antérieure u'eiit pu résister à l'action du temps, soit qu'on éprouvât le besoin de l'élever dans de plus grandes pro[)ortions cl dans un style d'architecture miiux approprié à la réputation et à la gloire de son patron. A cette époque, il y eut dans les esprits un mouvement prodigieux dans toutes les branches de la science qui font le domaine de l'esprit humain. L'élan se [)orta vers la réédification des églises avec une ardeur qui tenait du prodige. La terre, dit Raoul Glaber, se dépouillait de son noir manteau de vieilles églises, pour se revêtir de sa tunique de blanches basiliques. En 1005, l'abbé Airard jeta les fondations d'une immense église, qui lut continuée par Hérimar et par Théodoric, censacrée par le papa Léon IX, mais qui, cependant, ne lut jamais entièrement terminée selon le plan primitif. La dédicace de la basilique romane eut lieu en lOiO.
L'abbé Pierrede Celles, ayant pris en main le gouverm^ment de l'abbaye de Saint-Remi, au milieu du xii' siècle, entreprit avec ardeur l'achèvement de l'église. Doué d'un esprit actif et d'une intelligence peu commune, cet homme sut communiquer aux travaux une impulsion tellement forte, que dans l'espace de moins de vingt ans, le couronnement fut posé à l'œuvre. On doit à I^ierre de Celles le portail occidental dans sa plus grande partie, les doux premières travées de la net", les transsepts et l'abside. Afin de mettre en harmonie les anciennes constructions avec les nouvelles, on établit des ogives en application sur les murailles delà nef, au-dessus des deux arcs en plein cintre de la galerie. Pierre de Celles avait encore fait bâtir les voûtes de la nef, qui malheureusement sont tombées plus tard.
Afin d'épuiser les principales dates historiques, nous dirons qu'en liSl , le cardinal Robert de Lenoncourt releva la partie méridionale du transsept qui était ruinée. C'est à ce môme Robert, d'abord archevêque de Tours, transféré [)lus tard sur le siège de Reims, que la façade de la cathédrale de Tours était redevable de ses nombreuses statues.
Après avoir esquissé la chronologie du
monument, il nous reste h en décrire rapidement les principales parties architoctoniques.
Dans l'église de Saint-Remi, on retrouve quelques fragments d'architecture antique. Nous devons les mentionner avec un soin d'autant plus scrupuleux que de pareils vestiges sont très-rares en France. Dans la galerie du transsept septentrional, à droite, on trouve deux colonnettescn marbre gris, surmontées de h'urs chapiteaux en marbre blanc, d'un travail nettement accusé. Ces chapiteaux à feuillages montrent les oves et les perles allongées que l'on remarque dans ceux de Jouarre, découverts et décrits par M. de Caumont. A la façade, on admire encore de magnifiques colonnes en granit, d'un travail distingué. D'oii proviennent ces précieux débris ? 11 est facile de faire des conjectures; il serait à peu près impossible de fournir des preuves démonstratives de l'opinion qui prétend qu'elles proviennent de la basilique primitive. Peut-être ont-elles été arrachées à quelque monument gallo-romain ? Quoi qu'il en soit, ces restes sont, aux yeux de l'antiquaire, d'un prix inestimable.
Les travées de la nef majeure, dans leurs dispositions essentielles, appartiennent évidemment à l'œuvre du xi° siècle. Il est aisé d'y suivre tous les caractères de l'architecture romano-byzantine secondaire. Un grand arc plein cintre repose sur des piliers, modifiés plus tard, et présente dans sa structure une ressemblance parfaite avec les constructions contemporaines. Les belles galeries qui s'étendent sur toute la largeur des collatéraux rappellent une disposition semblable à Saint-Etienne de Caen , à Notre-Dame de Laon, et dans quelques autres basiUques de premier ordre. Ces galeries s'ouvrent sur la nef par deux arcades cintrées qui reposent sur une élégante 1 1 grêle colonnette centrale. Le sommet de la travée est éclairé par une fenêtre à plein ciiitre surmontée d'un œil circulaire.
En faisant l'analyse d'une travée de la région absidale, nous compléterons l'idée générale qu'on doit se former de l'église de Sainl-Rcmi. On a introduit dans cette portion de l'édifico une modification importante. Tous les arcs sont à ogives, et la galerie principale est surmontée d'une seconde galerie, composée de six ouvertures étioites à ogive aiguë; au-dessus s'ouvrent trois fenêtres à lancette simple, garnies de leurs vitraux.
La partie méridionale du transsept porte éminemment visibles les caractères de la troisième période du style ogival. La rose flamboyante qui l'éclairé est belle de forme et remarquable d'exécution. Les meneaux à nervures prismatiques, leur épanouissement en figures contournées, sont élégamment conduits en réseau. L'œil le moins exercé ne sauraity méconnaître l'œuvre du xv* siècle, et quand bien même les textes historiques feraient défaut, la critique archéologique serait un guide infaillible. Nous avons dit en
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passant que ce travail ('lait du au cardinal Robert de Lenoncourt. Le port.iil extérieur de cette portion du transsept mérite de fixer l'attention par ses ornements et par ses ensembles pleins de ^râce et d'harmonie. Malgré quelques mutilations, les statues sont encore dij^ncs d'attirer le regard de l'artiste ; nous devons si)écialement signaler une statue de la sainte Vierge, au centre de la porte.
Av.int decon!inuer à donner quelques détails sur l'extérieur de l'église de Saint-Remi, nous avons besoin do parler des cliapell<'S aJjsidales.Ces chapt'lKs sont au nombre do cinq, sans y comprendre les deux grandes chapelles ouvertes dans la muraille orientile du transsept. Le chevet nous présente luira^me un développement de onze travées. Il est difficile de trouver des chapelles plus intéressantes sous tous les rapports ([ue celles qui rayonnent autour de l'abside de Saint- Remi.^H plan en est oiig iial et d'un effet piquant. Nulle part, excepté dans la basilique de Saint-Quentin, on ne rencontre cette disposition ; nous devons cependant convenir que cette singularité architectonique est plus curieuse encore à Saint-Quentin qu'à Saint- Remi. L'arc (^ui prête ouverture à la chapeile sur les collatéraux est partagé en trois autres arcades portées sur doux colonnes légères monocylindriques. Ces colonnes sont placées ici sur la ligne de circonférence d'un cercle qui aurait pour centre la clef de voûte ou le point de départ des nervures des déambulatoires. La chapelle de la Sainte-Vierge, au fond de l'abside, est élevée dans les dimensions suivantes : longueur li mètres 28 centimètres ; largeur 7 mètres 50 centimètres. Nous terminons en répétant que la région absidale de Saint-Remi offre un type architectural très-rarement mis en pratique dans les raonumentsreligieux du moyen âge, et qu'elle mérite une place distinguée dans l'histoire de l'art de bâtir au xir siècle.
Le chœur de l'église de Saint-Remi, comme à l'église métropolitaine de Reims, est sorti de ses véritables limites et de ses proportions nalurelles. On en comprend ici la raison, puisque le tombeau du saint évoque était placé au chevet, taiidis que dans la catliédrale on est cho([ué de voir la {.artio la plus sainte, la plus sacrée de l'édifice, abandonnée à la multitude. L'abside est le point éminemment liturgique de nos églises ; c'est là que repose la tète du Christ, et c'est sur l'autel qui figure ce chef auguste, (lue s'opère Vacte sublime du sacrifice catholi({ue.
Le chreur de Saint-Remi est entoure d'une clôture dans le style avancé de la renaissance. Quoique cette riche balustrade ait souffert cruellement, elle est néanmoins fort intéressante encore, et sa conservati n doit être assurée à la place qu'elle occupe, quoiiju'eile soit en désaccord avec le style architectonique général de l'édifice.
L'extérieur de cette église n'a pas beaucoup de mouvement. Les formes princip.ilcs sont monotones et peu variées. Il faut menti;,nner comme assez curieuses les colonnes
DiCTIONN. D'AnCHÉOLOGlE SACRÉE. I.
qui rem[)lacent les contre-foi ts appuyés à la muraille. Ces colonnes, à demi engagées, étaient probablement couronnées d'un chapiteau ; aujourd'hui elles sont indignement tronquées, pour prêter place k des barres do fer. La façade occidentale est grave et olfro quelques particularités à noter. Nous avons antérieur 'ment dit un mot d s colonnes en gr-anit qui en décorcmt l'entrée. L'ornementation clu portail est sobre et réservée ; on y reconnaît l'empreinte du xu' siècle dans l'ensemble, qui paraît avoir été accolé à une construction plus Agi-e. Mais ce qui sollicite l'attention avec plus de force, ce sont des colonnes engagées et des pilastres dont le fût est creusé de cannelures. La première question qui se présente à l'esfjrit, c'<'st de savoir si ces cannelures sont un travail antique ou une opération r/cente. Après un examen attentii, nous inclinons à croire qu'elles appartiennent à l'u uvre du xir siède. Dans un grand nombre u'églises que j'ai eu l'occasion d'étudier en Rourgogne et dans le Nivernais, j'ai renc ntré Iréquemmi nt les colonnes et les pil.istres ornés de cann lures. Sans (^oute à Reims, connue vn Rourgogne, ce système a été adopté par l'imitation de monuments plus anciens. Tous les antiquair s admettent que 1 s pilastres cann;l('s de la cathédrale d'Autun sont une copie des pilastres égalmi nt cannelés qui ornent l'arc romain de la porte d'Arou et de Saint-André. Pourquoi, à Saint-Remi, n'aurait-on pas cherché à reproduire des formes semblables admises dans quelque monunivjnt de l'époque gallo-romaine?
Nous avons adopté comme modèle d'une abbatiale du xni'^ siècle la charmante ég'ise de Saint-Julien de Tours, parce ({u'elie fut entièrement bâtie dans la première moitié du xnie siècle, et qu'elle présente une pureté de style et une régularité d'architecture que Ion rencontrerait difficilement ailleurs. En outre, de nombreux et beaux souvenirs religieux et historiques sont, pour ainsi dire» encore vivantsà Saint-Julien. Les plus grands évêques de Tours ont eu des rapports avec cette abbaye. Des hommes du plus haut mérite, dont plusieurs, comme saint Odon, originaire de Tours, ont été empl.iyés dans les plus graves affaires du royaume, ont successivement gouverné le nlonastère. Sous les arceaux de son cloître, souvent se sont assis les savants Rénédictins , tels que les Mabillon , les Martenne, les Durand, les Rousseau, dont le nom se ralta(;lie aux immortels travaux enlr^pris sur les origines et les sources de l'histoire de F'rance.
N'oublions j>asde mentionner encore que, dans l'église abbatiah; do Saint-Julien, le 18 avril 1589, le roi Henri l!I fit l'ouverture du parlement eonvoipié à Tours pendant les troubles malheureux de la Ligue.
La notice suivante a été pul»iiée par nous, en 18V6, avec la collaboration de M. le chanoine Manceau.
A l'endroit où s'élève actuellement l'ab-
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