AP>B
baye lie Saint-Julien, et probablement sin^ remplacement du sanctunire de l'i^glise, Clovis, \ainqiieiir des Visigotbs à Youillé , fit bâtir, en 509, une chapelle dédiée à la sainte A'ierge. Laissons parler la chronique :
I L'an de grAce environ cinq-cent , Clovis en ven:Anl de Saincl-Mailin de Tours, niercier ledit glorioMh saint de la victoire qu'il avait eue sur Alaric, rni des Gotlis , et sur les gens liérétiqii's arricns, moula sur son cheval qu'il avait laissé au cloitre du dict Saincl-Martin. Et inisl couroiîe d'or sur sa leste. Et, en allant par la ville de Tours, sarresta on la jilace ou a été depuis fondé le nionastaire de Sainct-Julian le marlir. Laquelle place était lors v;iide. El illec plt le peuple respendit et donna grant quantité d'or et d'argent. »
Nous ne connaissons aucun détail pnV;is sur la construction primitive. Peut-être pourrions-nous en concevoir une idée, d'après la description que donne saint Grégoire de Tours, d'édifices contemporains. S'il nous était permis, en cette circonstance, d'émettre une opinion, nous dirions que cette église fut élevée d'après les principes et les coutumes de Vart gaUique, c'est-à-dire qu'une partie delà construction était en pierres et l'autre en bois.
Tout le monde connaît le passage de Clovis à Tours, et les diverses circonstances qui l'accompagnèrent. Ce prince avait désiré placer son expédition sous la protection de saint Mart'n, le patron des Gaules, le saint le plus populaire du moyen âge. Vainqueur et de retour dans notre cité, Clovis reçut, dans la basilique même de Saint-Martin, une ambassa le de Constantinople, qui lui apportait, de la part de l'empereur Anastase , la toge patricienne, les faisceaux consulaires et le diadème royal. Revêtu desins'gnesdesa dignité, le roi des Francs, monté sur son cheval de bataille, passa ses troupes victorieuses en revue , non loin des bords de la Loire. La fondation de l'église delà Sainte-Vierge avait pour but d'éterniser la mémoire d'un aussi grand événement. Des monuments très-anciens et dignes de foi font connaître tous ces détails.
Licinius, neuvième évêiue de Tours, avait le pretuier consacré l'église bûtie par les soins de Clovis. Quelques auteurs mentionnent une nouvebe dédicace, faite par Ommatius, en 515, six ans plus tard. Ces deux dates, si rapprochées l'une de l'autre, se rapportent vraisemblablement à un fait identi- (jue. Sans doute Licinius aura béni les premiers travaux commencés en 509, et Ommatius aura fait !a consécration solennelle de l'édifice pirvenu à son complet achèvement.
Peu de temps après, des moines venus d'Auvergne pour satisfaire leur dévotion à saint Martin , attirés aussi sans doute par la réput !lion de leurs compilriot 'S qui s'assirent arec tant d'honneur sur le siég ; épiscopal de Tours, établirent quelques pauvres cellules autour de l'église de Sainte-Marie. Telle fut la première origine du monastère. Saint Grégoire nojs ap.orend que l'église conventuelle était consarn'éo sous le vocable de Sainl-Mauricu et de ses compagnons. So-
rait-ce une seconde église ? ou plutôt, selon l'usage des Ages primitifs du christianisme , l'autel principal n'avait-il pas été dédié à un martyr, quoiijue le temple ÏCit spécialement placé sous l'invocation de la sainte Vierge ? Des raisons de convenance liturgique nous feraient incliner à choisir le second parti.
Saint Grégoire de Tours, édifié des vertus de ses compatriotes et désirant lesserrer davantage les liens de la vie monastique , leur donna la règle de saint Benoît qui commençait ù s^ répandre dans le monde chrétien. Le môme évêque apporta de Brioude , en Auvergne, des reliques du martyr saint Julien, pour lequel d professait une vénération particulière. Il ne crut pas pouvoir mieux faire que de les confieraux nouveaux Bénédictins. L'histoire rapporte qu'on déposant ces précieuses reliques dans l'église du monastère, saint Grégoire en fit la dédicace à saint Julien. Ce fait, d'après les principes de l'antiquité ecclésiastique , indique suffisamment une reconstruct'on de la basilique première. Peut être cependant y eut-il seulement à cette époque quelques restaurations. Quoi qu'il en soit, à partir de cette solennité la communauté bénédictine prit le nom de Saint-Julien, qu'elle a conservé jusqu'à nos jours. Le vocable de Saint-Julien, malgré les désastres de l'église, a donc subsisté environ pendant treize siècles.
Dans l'intérieur du monastère, suivant la coutume des âges reculés , on érigea postérieurement plusieurs chapelles. On tomberait dans de fâcheuses erreurs de chronologie, si on ne les distinguait pas de l'égliso }trincipale. C'est dans un de ces oratoires que mourut saint Odon, dont nous parlerons plus bas.
L'établissement de Saint-Julien, après une longue et toujours croissante prospérité, fut entièrement ruiné en 853 par les Normands qui exercèrent de si terrib'es dévastations dans la Tourame, au milieu du i\' siècle. Une histoire manuscrite de Saint-Julien nous apprend qu'à cette époque le chef des hordes normandes s'appelait Rolo, peut-être le fameux Rollon, qui fixa ses tribus vagabondes dans le territoire auquel il donna le nom de Northmandie.
Théotolon, issu d'une illustre famille de Tours, aussi distingué par ses cotinaissances et ses qualités que par sa piété, fut d'abord doyen du chapitre collégial de Saint-Martin. Dans un élan de ferveur, il prit l'habit de Saint-Benoît au monastère de Beaume , en Franche-Comté ; mais peu dj temps après il en fut arraché par le vœu de ses concitoyens, qui l'appelèrent à gouverner l'Eglise de Tou'.s, en qualité d'archovê(jue. Ainsi, celui qui avait voulu renoue r aux dignités, fut élevé aux suprêmes honneurs de l'Église. Désirant trouver, à une petite distance du siège archiépiscopal, une communauté dépendante de l'ordre de Cluny, oii régnât la d scipline de Cîteaux , qui avait eu pour son âme de si puissants attraits, l'archevêque Théotolon song<\i à relever de ses rui- Uos rai)bave de Saint-Julien , abandonnée
depuis les rav.Tgos ORcasionm^s par los pirates (lu Nord. Ses eflort>s furent s.-'conJés par la pieuse libéralité de GiTsindc ou Gelsiiide, sa sœur. Tous deux, unis dans la même pcnsét', firent de grandes larg(^sses, et le nouvel édifice fut rapidement achevé. Le 16 des c:dendes de sei)tenil)ro 9V3 , ou 1)V8 selon quelques auteurs, Théotoion fit avec grau le porape la dédicace de la basilique à llionneur de la sainte Vierge et de saint Julien , martyr. Le Martyrologe de Saint-Julien mentionne exactement ces faits et ces dat'S.
L'archevôque , étant arrivé au terme de ses vœux , se hâta d'appeler à Tours , dans l'abbaye restaurée, Odon, abbé de Cluny, son plus intime ami. Odon, qui plus tard fui canonisé, né à Tours, devenu clianoine et grand chantre de Saint-Martin , avait quitté sa ville natale et son bénéfice pour vivre dans l'humilité de la solitu le. Mais ses belles qualités, la douceur et l'élévation de son esprit, le firent élire pour diriger la florissante communauté de Cluny, après la mort de l'abbé saint Bernon. Odon reçut plusieurs missions délicates pour l'Italie , et s'en acquitta avec le succès que l'on était en droit d'attendre de sa droiture et de son habileté. Sa parole , pleine d'une éloquence persuasive, arrêta, 0:1 du moins suspendit les aissensions qui alors déchiraient le midi de l'Eui'ope. Surpris par la maladie et se sentant frappé à mort, Odon accourut à Tours pour mourir entre les bras de Théotoion et surtout auprès du tombeau de saint Martin , pour lequel il manifesta la plus ardente dévotion jusqu'à son dernier soupir. L'amitié qui avait uni le cœurdesdeux grands hommes dans le cours de leur vie, les réunit encore après leur mort : Théotoion voulut êîre enseveli à côté d'Odon. Gersinde, la sœur de l'archevêque et la b'enfaitriee de l'abbaye , fut déposée auprès de leur tombeau. Plus tard, les restes de saint Odon furent exposés sur les autels. Le corps de Théotol. n, en 13ol, après la construction de l'église actuelle, fut transporté dans le chœur, au mois de novembre. Les religieux reconnaissants placèrent sur son sépulcre l'inscription suivante :
Hic jacet reco^etide meinorie fieverendksinKs Paler Cl Doniinus Do.tiiiius Tlicololo qaonil,m Àrc'iiepiscopiix Titron. reeilificalof liitiun abbitm. Hune s icer iste Ivcnm super omnes preml amavil, (jucii r.bus propriis ei de se nobUUavil.
t Ci-gist le Irès-rcvcrciRl Porc cl ScigMicur Tîicotolon , de vénérable nicinoire, anîrerois archevèqiic de Tours; reslaiirateur de ceUe abl)aye. Ce saini PoMiife aima ce lieu par-dessus tous les aiilrcs, ei il renrichit de sa l'ortunc et de ses propres dépouilles. »
Dans une fouille récente , en 1S3LS, on a retrouvé que!([ues fragments se. dément dans le tombeau de saint Odon, tan lis que les ossements de Théotoion reposaient toujours entiers à la même place ; ils étaient en partie recouverts d'une étoile de laine brunît : un débris de b;\ton pastoral restait encore. A ré()oque où Ton construisit le grand autel du chœur, vers le milieu du xvii' siècle, on
découvrit cette sépulture; on la respecta et l'on grava sur une pierre l'inscription suivante :
SEPVLCnuVM TnEOTOLI.
Depuis le rétablissement do S.iint-Julien, on compte cin([uantr-trois abbés réguliers, depuis s.iint O.lon jusqu'à Jean Robert. En I0VO, François, cardinid de Tournon, en devint le j)rernier abbé commendataire.
L'abbé Bernard, successeur d'ingiuialde, fit bâtir la tour et le clocher de Saint-Julien. Cet abbé gouverna le monastère de 9Giî à OSV. Ouehjues auteurs ont indiqué la date de 9G(j comme étant celle de la construction du clocher. En étudiant sérieusement les caractènîs architectoniques du monumenf, nous discuterons l'opinion de ceux qui prétendent que l'édifice actuel est bien l'œuvre de l'abbé Bernard, et le sentiment do quelques antiquaiies qui ne le font pas remonter plus hiut quo le milieu du xi"^ siècle.
L'abbé Riclier édifia les bâtiments de l'abbaye qui menaçaient ruine : ce tiavad eut lieu entre 1032 et 1040.
Quarante ans plus tard, Gilbert ou Gerbert, en 1080, reconstruisit la basilique depuis les fondements jusqu'au fiite. Cette réédification, suivant les expressions de la chronique, fut exécutée avec une grande magnificence et selon les princ'pes d'une architecture très-élégante (1). Il subsiste de nos jours quelques parties accessoires de l'église, d:i côté de la Loire, qui doivent incontestable^ ment être rapportées au travail du xi' siècle. Tous les caractères de l'architecture romanobyzantine y sont tiès-apparents.
En 1084, le 4 des Ides de novembre, Raoul II, de Langeais, archevêipic de Tours, consacra solennellement la grande (2j basilique élevée par Gerbert ; elle fut dédiée à la sainte Vierge, à saint Julien et à tous les saints. L'expression de grande basilique, de basilique majeure, est ici fort remanjuable. Aucun historien n'a jamais parlé de ce texte. 11 nous donne à penser que les dimensions de l'église abbatiale furent établies à celte époque dans de belles proportions. L'observalion des faits vient au secours de l'inteiprétation des textes, et, d'après l'inspection des débris échappés au xiii ' siècle de la construction romano-byzantine, nous pensons que le monument" actu-l a été bâti sur les fondations de l'édifice do 1080. La grandeur, le choix, la régularité el la beauté de rapj)ari'il du xr siècle, sont pour nous uno preuve permanente de l'habileté et du soin qui furent dé'ployés par l'abbé Gerbert, et nous comprenons ainsi sans peine le mot de irarnil très- élégant employé pour caractériser l'œuvre entière.
En 1224, aj)rès l'ofuco de Matines chanté par tous les membres de la ccmmunauté, le jour de la fê:e de saint Mathias, une violenta tempête détruisit \à plus grande partie de
(i) Gilhcrtus scii GorborUis basilicain eicganlissiiiio ciprro à rnnrlaiiieiiiis erc\il piope aiiiuiin 108U. (2) .Majorein Lasilicain.