‹ Dictionnaire d'archéologie sacréeChapitre 9 sur 195 · ADA · texte numérisé non relu

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Au XII* siècle, durant \n période du transition, le tailloir otTre des faces légèrement échancrées par des lignes courbes, de manière h ne plus être complètement enveloppé par des lignes droites, comme à l'époque jtrécédoute : les arôtes des angles sont atrattucs ; c'est un aclieQ)inement manifeste vers le tracé adopté par le style ogival. En Angleterre, durant toute la période du style anglais primitif, suivant l'expression des archéologues de la (iiande-Bretagne, c'est-àdire, durant la période qui correspond à notre style de transition et au commencement du xHi' siècle, le tsilloT est ordinairement circulaire ; quelquefois il est à huit pans ou octogonal ; alors la saillie des moulures est très-forte.

Le tailloir reçoit des ornements nombreux et diversiliés dans nos riches édifices du xii* siècle, en France et en Allemagne. Parfois il est porté sur de petits modillons ou dos denticules, sur des billettes ou tores rompus; la tranche supérieure en est décorée de réticulations, de damiers, d'étoiles, de perles, de lleurons , d'entrelacs , et môme d'enroulements. Les moulures inférieures sont bien calculées, de manière à se faire valoir réciproijuement par le jeu de la lumière et des ombres. Jamais on n'y rencontre de formes anguleuses ou prismatiques. L'architecture romano-byzantine tertiaire n'emploie que des formes arrondies, toriques et vigoureusement dessinées. On en voit de beaux spécimens à Saii t-Remi de Reims, à Notre- Dame de Chûlons-sur-Marne, à Notre-Dame de la Couture au Mans, à Saint-Maurice d'Angers , à Notre - Dame de Poitiers , à Candes en Touraine , à Fontevrault en Anjou, à Véz'lay en Bourgogne, à Saint- Lazare d'Avalloii, etc., etc.

Pendant toute la période ogivale, depuis le xiir siècle jusqu'au xvr, l'abaque ou tailloir est communément octogonal, quelquefois rond. La première de ces formes s'aperçoit aux colonnes monocylindriques, aux piliers cantonnés de quatre colonnes engagées, aux colonnettos isolées, si fréquentes dans les galeries du triforium ; elle est trèscommune en France, tandis que la seconde y est fort rare. C'est le contraire qui a lieu en Angleterre, où les abaques ronds sont très-nombreux et les tailloirs à pans peu usités. Dans toutes nos belles églises de la période ogivale, les tailloirs produisent un bon effet au-dessus des riches chapiteaux à feuillages : ils ne reçoivent, durant trois siècles et demi, qu^ dés modifications sans importance. Ces changements sont trop superficiels pour que nous cherchions à les fciire connaître en -lélaïl.

Dans quoiqups auteurs , on entend par l'abaqu" un ce. tain ornement gothique, avec un filet ou chapelet , ou bien une plinthe qui est autour de l'échiné ou courbure, ou enfin la moulure on creux qui couronne le piédestal di' l'ordro toscan.

On a [«pelle encore abaque le couvercle carré d'une corbeille de fleurs. Enfin on donne le

même nom h toutes les tablettes carrées posées sur un corps rond.

ABAÏ-JOUR.— Baie de fenêtre dont le plafond et l'appui sont inclinés en biseau, de dehors en dedans, pour donner plus de jour dans les lieux qui, n'étant éclairés que par le haut, reçoivent la lumière obliquement de haut en bas, ou bien encore pour diriger la lumière sur quelques points particuliers. Par extension, on appelle abat-jour toute baie de fenêtre dont le plafond ou l'appui est incliné soit en dedans, soit en dehors, soit en biseau, soit en ligne courbe, soit do toute autre manière, afin de raccorder la décoration de l'intérieur avec celle d^,' l'extérieur. Cette disposition se rencontre fréquemment aux fenêtres des églises de la période romano-byzantine, où l'on voit souvent des baies larges à l'intérieur s'ouvrir à l'extérieur par un cintre étroit et allongé, comme les meurtrières des forteresses. L est inutile de citer des exemples de celte disposition architecturale qui se voit à peu près dans tous les monuments du xi*^ et du xii* siècle. Mais certains monuments religieux, pouvant au besoin servir de forteresses, ayant créneaux et mâchicoulis, comme des chiteaux, des tours et des murailles d'enceinte, présentent des fenêtres en abat-jour fort curieuses. On en conçoit aisément le but : il est absolument le même que pour les constructions militaires, où l'on cherche toutes les précautions de défense, en ménageant tous les moyens de repousser les ennemis du dehors.

D'autres monuments religieux, ayant une destination exclusivement ecclésiastique, bâtis dans des pays montagneux, où l'hiver est long et rude, où les froids sont quelquefois d'une âpreté mortelle, comme en Auvergne, dans le Vélay, le Rouergue, sont percés de fenêtres dont l'ouverture extérieure est aussi rétrécie que possible, afin de prêter passage à la lumière, sans permettre à l'air glacial de s'introduire à l'intérieur. Ces fenêtres, fortement évasées en dedans, ont un abatjour très-incliné, afin dedisperser lejour sur une plus large surface. Dans son ouvrage sur les Eglises romanes et romano-byzantines de l'Auvergne, M. Mallay a noté plusieurs faits de ce genre. Dans la partie du diocèse de Lyon qui s'étend dans les régions les plus escarpées de la Loire, il y a plusieurs églises romano-byzantines, où les fenêtres en abat-jour sont fortement prononcées. On a voulu expliquer cette forme insolite, où la baie est réduite à la plus petite dimension , par la pauvreté des habitants, qui auraient ainsi cherché à rendre moins dispendieuses les réparations à faire à leurs modestes temples; il faut plutôt en voir la raison dans la rigueur du climat et dans la longueur de la mauvaise saison.

Dans l'abside charmante d'une église du xir siècle, à Vernou, au diocèse de Tours, il y a cinq fenêtres à plein cintre, à baies extérieures étroites et à abat-jour très-inclinés.

L'abat-jOur a été quelquefois usité durant

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la période ogivale ; on en voit des excm[)les aiii xiir, \i\' et XV' siècles. Il est employé alors plutôt comme ornement que dans un but d'utilité, car l'évasement est parfois extérieur. Cette forme contribue h donner plus do légï'reté à des surfaces uniformes trop étendues. Cet arrangement se remarque bien plus souvent dans les églises ogivales aux i)aies extérieures des clochers; dans ce dernier cas, l'inclinaison de l'appui peut aider à l'écoulement des eaux pluviales et favoriser l'etlet des abat-son.

ABAT-VENT. — ABAT-SON. — On entend par abat-vent une suite de petits toits interrompus, saillants les uns sur les autres, ou d'auvents posés dans l'ouverture d'une fenêtre ei fortement inclinés en dehors, pour garantir de l'action immédiate du vent, de la pluie, de la neige, les intérieurs que l'on ne veut pas priver de la circulation de l'air. Ils sont en bois, ordinairement recouverts de plomb ou d'ardois;'S : on a coutume de les établir aux larges baies des tours et des clochers, à la hauteur du befTroi. Là, en même temps qu'ils préservent les charpentes et les cloches contre l'humidité et les intempéries des saisons, ils empêchent les sons de se perdre dans l'air, en les dirigeant vers la terre : c'est à cette dernière circonstance qu'ils doivent encore le nom d'abat-son.

ABAT-VOIX.— Espèce de dôme, de dais ou de plafond, placé au-dessus de la chaire à prêcher et destiné à empêcher la voix du prédicateur de se perdre dans les voûtes de l'église.

Dans les chaires les plus anciennes, on a remarqué l'usage de l'abat-voix : l'utilité en a donc déterminé l'établissement dès le principe. Toutes les chaires, cependant, ne reçurent pas ce couronnement plus ou moins élégant, plus ou moins léger, qui est devenu aujourd'hui le complément indispensable de toute chaire à prêclier.

Le style ogival n'a rien produit de plus splendide en ce genre que les magnifKjues couronnements de chaire d'Ulm, de iMayence, de Strasbourg et de Vienne en Autriche; nous devons noter ici que l'abat-voix de la chaire de Strasbourg est un travail moderne. La chaire en bois de la cathédrale d'Ulm est un véritable chef-d'œuvre de goût et de |)alience : la sculpture sur bois et l'art de la menuiserie y ont déployé toutes leurs ressources. La plupart des cliaires sont surmontées d'un abat-voix où l'art n'a rien à revendiquer. Les plus belles chaires, après celles (]ue nous avons nommées précédemment, sont assurément celles delà Belgique, exécutées avec un luxe prodigieux d'ornementation ; mais un goût sévère ei épuié n'a pas toujours j)résidé à leur déc(n-ation : sur l'abat-voix, coiume dans l'escalier qui conduit à !a ch.iiro, l'imagination a placé mille compositions capricieuses, oii la fantaisie règne trop exclusivement. A Ulm, au contraire, l'ornementation est abondante et toujours réglée. La chaire et son couronnement datent de l'épocpio de la construction de l'église elle-même, c'est-à-dire du xv" siècle.

La pyramide aiguë qui domino l'iibat-voix s'élance avec hardiesse jusqu'à la voûte et se [)erd dans les hauteurs de l'église, comme une llamme céleste (pji rem ^nte à sa source en tournoyant. Cet immense chiis est exécuté avv»c un soin prodigieux : le juincipal motif de décoration est un [>etit escalier qui tourne dans un berceau do trèfles et dtj l'euillages, et qui va en se rétfécissant à mesure qu'il s'élève. S'il était possible d'arriver pat un endroit quelconque à et escalier isfilé, un enfant ne pourrait se tenir sur la marche la plus basse qui est pourtant la moins étroite. A quoi sert donc cet escalier? L'architecte n'a-t-il eu aucune intention en le suspendant au-dessus de la tête du prédicateur? C'est ici l'occasion do moiilrer une dos mille applications du symbolisme chrétien et de la signitication mystique attachée aux formes matérielles d'un monument. L'arc'iitecte n'a-t-il [:as voulu fiayer ce chemin tout couvert de 11 urs aux messagers do la pensée divine? N'est-ce pas la place qu'il avait réservée dans son église aux pieds des anges qui descendaient à la parole du prêtre et qui planaient de là sur la foule? O.tto disposition gracieuse est merveilleusement en rapport avec les idées chrétienn(;s sur la prédication évangélique, sur la grâce (jui descend d'en haut à l'invocation ardente du prêtre, sur la lumière que Dieu envoie du ciel pour éclairer l'intelligence des hommes simples et droits qui viennent se presser autour de la tribune sacrée |)Our lecevoir les douces et salutaires influcnci s de la vérité. L'abat-voix de la chaire de Vienne en Autriche est plus simple que celui de la chaire d'Ulm , mais il est plein d'élégance cl parfaitement en rapport avec la tri()uiie. Celle-ci est construite sur un plan hexagonal; le couronnement est également étal)li sur un hexagone; mais avant d'arriver au double feston trilobé ([ui termine le plafond, chaque pan est divisé en deux lobes arrondis. Il en résulte une étonnante richesse d'ornementation : les ciselures ont été |hodiguées sur loule la surface du ciel ou [)lafond de ral)at-voix. Au centre d'une belle étoile à se])t divisions se trouve un écu d'f<rmoiries, en cuMouclie, comme l'écusson allemand, et tout autour, sur ()lusieurs lignes conceniriques, des entrelacs, des feuillages, diis arabesques, des tètes d'anges ou des personnages alléguii(iues. A la base de l'aiguille du liais, huit petits contreforts forment autant d'encadrements où l'on voit plusieurs tiaits de l'Evangile sculptés en haulrelief : on y distingue la Nativité de N. S., rAp[)arition des anges aux bergers, l'Adoratiow des mages. Au haut de la pyrrunide, dont les lignes d'angle sont ornées de feuilles grimpantes, s'ap, use le Saint-Esprit, sous la forme d'une colombt'; il (li>scen<l sur plusieurs petits [)ersonii.iges agenouillés, qui représentent l'asseriiblée chiétienne attentive à l'enseignement du piédicateur chrétien. La com|>osition entière est surmontée du signe de la croix. Suivant la coutume catholique, on plaee

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unn colombe, emblème de l'Esprit saint, au milieu du ciel de rabat-voix. On retrouve des vestiges de cet usage dans des jjionuments assez anciens. N'esl-ce pas un témoignage éclatant do la contiance (jne les ministres de la vérilé doivent avoir on la promesse de Jésus-Christ? «Ce n'est pas vous t|Ui i-arlerez, dit-il à ses apôtres, mais c'est rEs[)rit qui parlera par votre bouche. » N'es!ce pas encore un symbole expressif de la pureté du dogme prêché par le prêtre catholique? L'E>prit saint veille toujours sur l'Eglise, dépositaire tidèle de la doctrine révélée par Jésus-Christ et transmise par les apôtres.

Souvent, dans les églises modernes, ou dans les églises meubles à la moderne, l'abat-voix de la chaire est suTmonté d'une ligure ailée, sonnant de la trompette et a\ant le pied posé sur le globe terrestre. Cette image, qui représente mieux la Renommée païenne que VAnge de la parole divine, devrait être bannie du lieu saint.

Nous avons eu l'occasion d'observer quelques chaires appartenant à un style archéologique caractérisé, dépourvues d'abat-voix. A Beauiieu, dans le comté de Hampshire en ^Vngleterre, il y a une chaire des dernières années du xiii° siècle ou du commencement du XI v% dont la tribune est peu saillante; le siège du prédicateur est dans l'épaisseur môme de la muraille, ainsi que l'escalier qui y conduit. Au-dessus de la tète du prédicateur, une charmante petite voûte à croisées d'ogives remplace l'abat-voix. Une disposition analogue existe u 'ancienne collégiale de Saint-Georges à Faye-la- Vineuse , au diocèse de Tours. Cette église, où l'antiquaire peut faire d'intéressantes observations, fut l)àtie vers la tin du xii*^ siècle, dans un style ([ui touche à la limite de l'art romano-byzantin qui expire et de l'art ogival qui naît. Dans la nef et à la muraille du nord on voit une chaire construite peu de temps avant la Renaissance. Comme à Beaulieu, elle est en partie creusée dans la muraille; elle consiste en une plate-forme, originairement entourée d'une balustrade à jour, reposant sur un riche encorbellement. L'abat-voix n'a jamais existé : une petite voûte allongée, à nervures prismatiques, en tient lieu.

A Sainl-André-lez-ïroyes en Champagne, on admire une très-belle chaire à panneaux sculptés du xvr siècle. Le dossier est composé de deux larges panneaux à rubans et les montants qui les accompagnent sont terminés par des fleurons. Il n'y a nulle trace d'abat-voix.

Ordinairement les chaires, placées à l'extérieur des monuments religieux, étaient privées d'abat-voix. Quoique celle qui se voit à l'église j)iinci[)ale de Saint-Lô en Normandie soit surmontée d'un clocheton , malgré quelques autres exceptions encore, la plupart de ces tribunes en plein air ressemblent, avec quelques modifications, à celle de Tours, bâtie e/i encorbellement, ornée de gracieux dessins de la Picnaissance frati^aise, à laquelle on anivc i>ar la cha-

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pelle du palais archiépiscopal et qui domine la place de Saint-Grégoire de Tours. Cette chaire, ainsi que certaines parties voisines, fut établie par l'archevêque Martin de Beaune, lils de l'infortuné baron de Beaune- Sembiançay, surintendant des finances : on y voit ses armoiries, qui sont de gueules avec un chevron d'argent et trois besans d'or.

ABBATLVLE (Eglise).— L Les grandes et riches abbayes qui florissaient au moyen âge en Italie, en France, en Allemagne, en Angleterre, se distinguèrent toutes par la magnificence des églises qu'elles se consacrèrent. Non-seulement l'architecture y déploya toutes ses ressources, mais encore la décoration y épuisa tous ses trésors de goût. Malgré le malheur des temps et les désastres occasionnés par les luttes civiles et religieuses, les églises abbatiales sont les seuls monuments qui puissent lutter en grandeur, en majesté, en mérite artistique avec les cathédrales et les collégiales.

Au moment où les principales églises abbatiales furent construites , la science et la piété se trouvaient unies dans les cloîtres. Les architectes de ces édifices dont les dimensions nous étonnent , dont la structure est si admirable, où toutes les règles de l'art furent si merveilleusement appliquées, étaient de simples moines. C'est surtout aux xi* et xir siècles, à cette époque, moins barbare assurément qu'on ne l'a prétendu, que les plus belles abbatiales furent fondées. Sous le règne de Robert, une nouvelle église fut élevée pour l'abbaye de Saint-Bénigne, à Dijon. Les fondations en furent jetées en 1001 par l'abbé Guillaume, qui dirigea lui-même les travaux, assisté de Hunaldus, jeune moine qu'il s'était attaché pour son habileté dans les arts.

Pendant que Henri I" était sur le trône (1031—1060], fut fondée l'église abbatiale de Saint-Remi de Reims. Elle fut élevée par l'abbé Hermer et consacrée en 104-9 ; plus tard, l'abbé Pierre de Celle reprit les travaux et acheva la construction, qui n'avait pas été entièrement terminée. A Séez, la cathédrale fut rebâtie en 1050 , sous la direction du moine Azon. Avant cette époque deux moines bâtissaient, enquahté d'architectes, l'abbaye de Villeloin, au diocèse de Tours ; on trouve dansle nécrologe de cette abbaye deux notes ainsi conçues : « Kal. jan. obiit Mainardus œdificalor nostri hujus loci. » « Jdibus Augusli obiit Mainerius œdificalor nostri hujus loci. » Mais nous serions entraînés beaucoup trop loin sinms voulions citer les noms des moines qui s""e distinguèrent dans l'architecture, même en nous restreignant à un seul siècle. Nous aimons mieux placer ici un tableau tracé de main de maître, où les services rendus à l'art par les moines d'Occident sont admirablement exprimés. M. le comte de Montalemberl, dans un passage de son introduction à la vie de Saint-Bernard, parle ainsi :

« Dès l'origine de l'ordre monastique saint Benoît avait prévu dans sa règle qu'il y au-

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"ait (les artistos dans les monastères, et il n'avait imposé h l'exercice de leur art, h l'usage de leur libert-' qu'une seule condition, rhumilité. Sa |)révision fut accomplie et sa loi fidèlement ex('cutée. Les monastères béjiédiclins eur(>nt hienlot, non-seulement des écoles et des hihliolliè(iues, mais encore des ateliers d'art où rarcliitecture, la |)einture, la mosaï(iuc, la scul|)ture, laciselurc, la calligraphie, le travail de l'ivoire, la monture des pierres prt'cii'uses, la reliure et toutes les nranclies de rornomentation lurent étudiées et pratiquées avec autant de soin que de succès, sans jamais porter atteinte à la juste et austère disci[)line de l'institut.

« L'enseignement de ces arts divers formait même une pai tie essentielle de l'éducation monasti({ne.

« Les plus grandes et les i)lus saintes abbayes étaient précisément les plus renommées par le zèle qu'on y déployait pour la culture de l'art. Saint-Gall en Allemagne, le Mont- Cassin en Italie , Cluny en France, furent nendant plusieurs siècles les métropoles de l'art chrétien. Plus tard, Siint-Denis, sous l'abbé Suger, leur disputa cet honneur. A l'ombre de son immen'^e église , la plus grande de toute la chrétienté, Cluny, avec les innombrables abbayes qui relevaient d'elle, formait un vaste foyer où tous les arts recevaient ce développement prodigieux qui devait ;ittirer les reproches exagérés de saint IJcrnard. Le Mont-Cassin suivait la même impulsion , et l'on voit que l'abbé Didier, lieutenant et successeur de saint Grégoire A'H, conduisait de front la construction de son monastère sur une échelle colossale, et de vastes travaux de mosaïque, de peinture, de broderie et de ciselure en ivoire, en bois, en marbre, en bronze, en or, en argent, exécutés {)ar des artistes byzantins ou amalfitains, et qui lui valurent l'admiration expansive des conlemporains. Un autre des lieutenants de Grégoire VU, saint «iuillaume, abbé de Hi(schau,en Souabe, se livrait avecardeur h la culture des arts : il établit deux, écoles d'architecture, l'une à Hirschau même, l'autre au monastère de Saint-Emmeran de Ratisbonne.

« Au XI" siècle surtout, on peut l'aflirmer, à l'exemple de Didier et de Guillaume, la plupart des moines, célèbres par leurs vertus, leur science ou leur dévouement h la liberté de l'Eglise, l'étaient également par leur zèle pour l'art, et souvent aussi par leur talent personnel pour la ciselure, la peinture ou l'architecture. On dérogeait même à la règ'e en permettant ou en ordonnant aux moines artistes, lorsque leur conduite était exemf)laire, de sortir do leur monastère et de voyager, alin de perfectionner leur talent ou d'étendre leurs éludes. Quand la charité l'exigeait, on les envoyait au loin, en véritables missionnaires de l'art, porter dans les contrées étrangères les traditions et les règles de la b 'aulé monumentale, comme ceux rpj'un abbé de Wearmouth envoya en qualité d'architectes au roi d'Ecosse Naitan, sur la demande de ce prince, pour enseij^ner aux

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Pietés la construction des églises en pierre selon l'usage des Romains. '

« L'architecture ecclésiastique est redevable aux moines de ses plus durables progrès. L'ordre de Cîleaux est celui de tous qui nous a laissé les édifices les plus parfaits. Miùs pendant les six siècles qui séparent saint Renoît de saint Rernard, comme pendant tout le cours du \ui' et du xiv^ siècle, les moines surentappliquer à d'innombrables constructions la magnificence et la solidité que comporte cette reine des arts. Non-seulement ils élevèrent h Cluny la plus vaste basilique du moyen ûge et de toute la chrétienté, mais ils couvrirent tous les pays de l'Europe catholique d'une ])rofusion d'églises, de cloîtres, de salles capitulaires, dont il nous reste à peine les noms et quelques ruines : toutefois, parmi ces ruines, il en est qui méritent de compter au nombre des monuments les plus précieux. Nommons seulement entre les monastères remarquables par leur beauté architecturale, et dont on peut encore aujourd'hui apprécier les restes, Croyiand, Fountains, Tintern, en Angleterre ; Walkenried, Heisterbach, Allenberg, Paulinzelle, en Allemagne; les chartreuses d.' Mirallores, de Séville, de Gren.ide, en Espagne ; Alcobaça et R ilhala, en Portugal ; Souvigny, Vézelay, le Mont-Saint-Michel , Fontevrault, Ponligny, Juraiéges, Saint-Rertin, en France, noms" à jamais chers aux véritables aichitectes, et qu'il siiftit de piononcer j)Our frapper d'une ineffaçable réprobation les barbares auteurs de la ruine et de la profanation de tai;t de chefs-d'œuvre.

« Quand nous disons que ces innombrables églises monastiques, semées sur la surface de l'Europe, furent construites par les moines, c'est le sens littéral de ce mot qu'il faut entendre. Les moines étaient non-seulement les architectes, mais encore les maçons de leurs é.lifices. Après avoir dressé leurs plans, dont la noble et savante ordonnance excite encore notre admiration, ils les exécutaient de leurs ])ropres mains et en génér.il sans le secours d'ouvriiTS étrangers. Ils travaillaient en chantant des psaumes, et ne quittaient leurs outils que [»our aller à l'autel ou au chœur. Ils entreprenaient les lâches les filus dures et les plus prolongées, et s'exposaient à toutes les fatigues et à tous les dangers du métier de maçon. Les supérieurs aussi ne se bornaient pas à tracer les plans et à surveiller les travaux ; ils donnaient personnellement l'exemple du courage et de l'humilité et ne reculaient devant aucune corvée. Tandis (-[ue (le simples moines étaient souvent les architectes en chef des constructions, les abbés se réduisaient volontiers au r()le d'ouvriers. On voit au ix*^ sièclo que la coujmunauté de Saint-Gall, ayant travaillé en vain tout un jour pour tirer de la carrière une de ces énormes colonnes (i'un seul bloc qui devaient servir à l'église abbatiale, et tous les frères n'en pouvant plus, l'abbé Ratger seul persista à verser ses sueurs jusiju'à ce qu"invo({uai-,t saint Gall il eut le bonheur de voir le bloc se détacher.

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Lorsque l'église fut achevée avec toutes ses magnifiques dépendances, ce proiiiiit des labeurs mouasliaues excita une admiration universelle, et leurs voisins dis.iient : « On voit bien au nid quel genre d'oiseaux y babite. Bene in nido nppirel quelles riiltirreu ihi inhnhilnnt ; cerne basi'icam et c^cnubU clausirum. (Ermenric.)

« Au v siècle, saint Gérard, ablv* de Broigne, revenant de Rome, escortait lui-même, à travers les passages si diUiciles di^s Alpes, les blocs de porpbyi e qu'il faisait transporter, à dos de mulets, d'Ilalie en Belgique, parce que, dit son biographe, la beauté lui semblait nécessaire à son église.

« Lors de la construction de l'abbaye du Bec. en 1033, le fondatrur et le premier abbé, Herluin, tout grand seigneur normand qu'il était, y travailla comme un simple maçon, jiortant sur le dos la chaux, le sable et la pierre. Un autre Normand, Hugues, abbé de Seiby, dans le Yorkshire, en agit de môme, lorsqu'en 1096 il rebâtit en pierre tous les édifices de son monastère, qui étaient auparavant en bois : revêtu d'une capote d'ouvrier, et miMé aux autres maçons, il partageait tous leurs labeurs. Les moines les plus illustres par leur naissance se signalaient par leur zèle dans ces travaux. On voyait Hezelon, chanoine de Lié^e, du chapitre le plus noble de rAUemagne, et renommé en outre par son érudition et son éloquence, se faire moine à Cluny pour diriger la construction de la grande^ église fondée par saint Hugues, et échanger ses titres, ses prébendes et sa réputation mondaine contre le surnom de Ctmenieur, emprunté à son occupation habituelle. Ailleurs, on raconte que lors des vastes travaux entrepris à Saint-Vanne, vers l'an 1000, Frédéric, comte de Verdun, frère du duc de Lorraine et cousin de l'empereur, qui y était moine, creusait lui-même les fondations du nouveau dortoir, et emportait sur le dos la terre qui en provenait. Pendant la construction des tours de l'église abbatiale, comme il n'y avait pas assez de frères pour porter le ciment dans les hottes jusqu'aux étages supérieurs des nouvelles tours, Frédéric exhorta un moine de race très-noble qui se trouvait là à prendre sur lui cette corvée. Celui-ci rougit, et dit qu'une telle tAche n'était pas faite pour un liomme de sa naissance. Alors l'humble Frédéric prit luimôme la hotte remplie déciment, la chargea sur ses épaules, et monta ainsi chargé jusqu'à 1h plate-forme où travaillaient les ouvriers. En redescendant, il remit la hotte au jeune réfractaire, en lui rappelant qu'il ne devait plus désormais rougir devant personne d'avoir à faire une corvée dont s'était acquitté en sa présence un comte, né 111s de comte.

« xiu sein de ces édifices, dont les plans et la construction élaii^nt l'œuvre des moines eux-mêmes, il s'organisait de vastes ateliers où tous les autres ai ts étaient réunis et cultivés ; mais toujours sous cette stricte loi de l'humilité que le saint législateur de l'ordre avait imposée.

« On n'a pas assez remarqué la variété des travaux auxquels se livraient simultanément les moines artistes, ni la facilité extraordinaire avec laquelle ils reportaient leurs talents s irdes ol)jets divers. Le même homme était souvent architecte, orfèvre , fondeur, miniaturiste, musicien, calligraphe, facteur d'orgues, sans cesser d'être théologien, prédicateur, littérateur, quelquefois même évoque ou conseiller intime des princes. Parmi tant d'exemples que nous avons déjà cités, rappelons celui de Tutilon, moine de Saint- Gall, au IX' siècle, qui ét-iit renommé dans toute l'Allemagne couime peintre, architecte, prédicateur, professeur, latiniste et helléniste, astronome et ciseleur. Nous pouvons en ajouter plusieurs autres qui se rapportent au XI- siècle. Ainsi, Mannius, abbé d'Evesham, en Angleterre, est désigné comme habile à la fois, dans la musique, la peinture, la calligraphie et l'orfèvrerie : Foulques, grand-chantre de l'abbaye de Saint-Hubert des Ardennes, était aussi bon architecte qu'élégant miniaturiste. Un moine distingué que nous comptons aussi parmi les historiens, Hcrmann Contract, tout infirme et contrefait qu'il était, trouvait en outre le moyen de cultiver avec succès la poésie, la géométrie, la mécanique, la musique et surtout l'astronomie ; il savait à fond le grec, le latin et l'arabe, et nul ne pouvait rivaliser avec lui pour la fabrication des instruments de musique et d'horlogerie. »

Le curieux passage à V Introduction à la Vie de saint Bernard, par M. le comte de Montalembert, a été publié avant le livre luimême, dans les Annales archéologiques dirigées par M. Didron ; nous engageons vivement les personnes qui désirent connaître cette partie de l'histoire ecclésiastique des abbayes, généralement mal appréciée par la plupart des écrivains, à voir dans son entier l'article intitulé : LArt et les Moines, Ann. archéol., tom. vi, pag. 121 et suiv.

Quand une abbaye se fondait quelque part, ou qu'elle envoyait ailleurs une pieuse colonie, on commençait par bâtir un sanctuaire; la croix était d'abord plantée à l'endroit oii devait s'élever l'autel, la pierre fondamentale de l'édifice chré ien, ensuite on se mettait à l'œuvre et bientôt on consacrait à Dieu cette enceinte oij les moines devaient passer leur vie, commedans le vestibule du ciel, se\on une belle expression empruntée aux siècles de foi.

L'église abbatiale de Cluny,la plus g ande de toute la chrétienté, comme nous l'avons vu dans les pages précédantes, peut être choisie pour type de toutes les constructions du même genrv". Nous n'avons pas besoin ici de chercher à reconstituer quelques-unes des anciennes abbatiales, construites antérieurement au xi*^ siècle : nous avons tenté ailleurs cette entreprise hérissée de difficultés, en essaj'ant, d'après les auteurs ecclésiastiques, do restituer l'église dans toutes ses parties, au point de vue archéologique. La basilitiue de Gluny a des droits à être ci-

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tée en tôte de toutes les abbatiales, noii-sculement h cause de la niagniticence que l'on y avait déployée , mais encore à cause de la date de sa construction ; non pas que nous soyons embarrassés pour cit< rune abbatiale ulùs ancienne dans son architecture, puisque la charmante abbatiale de Pi-euilly , au diocèse de Tours, fut bAtie de 1001 à 1009. Mais l'abbatiale de Cluny est véritablement la métropole des établissements de même nature.

L'église de Cluny ne suffisait plus dès le milieu du xi* siècle au nombre des habitants du monastère et à la splendeur de l'abbaye. Saint Hugues entreprit, en 1089, l'édifice colossal ; il n'eut pas la joie de voir la solennelle dédicace de l'église entière, car celte dédicace fut retardée jusqu'en 1131. Mais sa dépouille mortelle y reposa du moins derrière ce maître-autel qu'il avait fait bénir par le pape Urbain II.

L'abbatiale de Cluny appartenait dans son ensemble au style romano-byzantin secondaire et de transition. Elle otfiait au regard une des merveilles de cette architecture à plein cintre, où l'œil saisit les premiers vestiges de la transformation importante que subit l'art de bâtir dans les premières années du XII' siècle. Si elle avait échappé au marteau démolisseur des Vandales modernes , ce serait incontest .bltment le plus curieux monument de tous ceux qui précédèrent l'âge des cathédrales gothiques. Et pourtant, le XI'' siècle ne fut pas stérile : il répara les désastres occasionnés par les incursions des Normands ; il édifia les grandes églises de Saint-Martin de Tours, de Saint-Hilaire de Poitiers, de Saint-Etienne, de la Trinité de Caen, la rotonde de Saint-Bénigne de Dijon, l'église de Saint-Martial de Limoges , etc.

Le caractère distinctif de l'abbatiale de Cluny, c'était la grandeur de ses étonnantes dimensions, l'austérité de sa construction, la gravité des ornements, la majesté de l'ensemble. Cette église avait 555 pieds de longueur, neuf pieds seulement de moins que 1 église .'ictuelle tie Saint-Pierre de Rome, qu! était alors beaucoup moins grande qu'aujourd'hui ; trois antres églises abbatiales qui subsistent encore aujourd'hui ont des dimensions qui nous surprennent quoiqu'elles soient bien loin de pouvoir être comparées à celles de Cluny: Vézelay, Saint-Denis et Pontigny ont respectivement 375, 335 et 314. pieds de long.

La basilique de Cluny, selon l'usage des tem[)les chrétiens, s'étendait de l'occident à l'orient, au bas de la montagne sur hKjuelle la ville et l'abbaye étaient construites. On descendait d'abord, p.ir cinq larges degrés circulaires, h un vaste espace vide où s'élevait une haute croix de pierre ; mais, avant d'y parvenir, il fil lait traverser un très-beau I)Ortiquo romano-byzantin, à deux arches, i>lacé en face de la basilique, et que l'on voit aujourd'hui debout, noirci, obscur.

Ignoré, dans le lieu même où fut le temple dont il formait comme la première el nol)le entrée. Deux autres rampes d'escaliers, de

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3G pieds de longueur, conduisaient, interrompues par Plusieurs plales-lormes, jusqu'au portail de l'église, encadré entre deux grandes tours carrées. La tour méridionale était le siège de la justice, la tour septentrionale servait au dépôt des archives. Ces tours n'avaient que liO pieds de hauteur et M de largeur, mais il était visible qu'elles n'avaient point été portées à toute l'élévation du plan primitif.

Après avoir franchi le premier portail, on se trouvait dans un immense pronaos ou narlhex. Ce vestibule, semblable à celui do Vézelay, était entièrement fermé comme un véritable temple : il avait 110 pieds de long, 81 pieds de largeur, et se divisait en une nef principale et deux collatéraux. L'intérieur de ce pronaos avait trois étages d'architecture: on y distinguait l'ogive, dans un grand nombre d'arcades ; les colonnes étaient surmontées de chapiteaux décorés de fleurs, d'oiseaux, de feuillages et de figures capricieuses d'animaux monstrueux ; on y voyait aussi des pilastres diversement ornés, comme on les observe dans les églises delà Bourgogne. La voûte était en forme de pyramide à quatre pans, et avait près de 100 pieds d'élévation ; elle ressemblait aux voûtes si curieuses de l'ancienne collégiale de Loches, en Touraine, en forme de pyramide à huit pans ; cette moditîcation du plan indique une i)lus grande perfection d'architecture à Loches qu'à Cluny.

En franchissant le portail intérieur, on était enhn dans le temple principal : on avait descendu 40 degrés. Mais les précautions des architectes avaient habilement écarté toute humidité par la distribution de longs canaux souterrains qui allaient se décharger, à l'orient, dans les beaux jardins de l'abbaye.

La grande basilique avait plus de 410 pieds de long. Bâtie en forme de croix archiépiscopale, elle avait ainsi deux croix ou transsepts; la première longue de 200 pieds, largo de 30 ; la seconde, longue de 110 pieds et plus large aue la première. La largeur moyenne de l'église était de 110 pieds : elle se partageait en 5 nefs.

Ti ente-deux piliers massifs, de sept pieds et demi de diamètre, portaient la voûte principale, plus élevée encorequecelledu vestibule. Ces piliers étaient flanqués, de trois côtés, de colonnes engagées qui ne montaient pas plus haut que les voûtes des collatéraux ; et du côté de la grande nef, c'étaient des pilastres au lieu de colonnes. Cependant on remarquait une disposition différente aux transsepts, où les colonnes s'élançaient d'un jet jusqu'à la grande voûte, avec les-piliers euxmêmes qu'elles entouraient. Sur 28 autres piliers de la lïiônie dimension que ceux de la nef du milieu, s'appuyaient deux autres nefs de 55 pieds d'élévation, et les bas-côtés hauts seulement de 37. L'éditice entier reposait donc sur 60 piliers, sans parler du vestibule, et sur 68 en y comprenant le vestibule.

L'n nombre prodigieux de plus de 300 fenclres cintrées étr oites, éLevces , éclairaieut

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l'église, mais y laissaient tomber do haut une lumière douteuse qui n'empochait pointcette mystérieuse obscurité qu'on demanda, plus tard, aux vitraux de couleur, après qu'on eut agrandi les fenêtres des cathédrales.

Au milieu du chœur il y avait deux jubés ; mais on y admirait principalement le sanctuaire, hardiment porté sur 8 colonnes de marbre, de 30 pieds d'élévation. Six surtout étaient précieuses : trois de cipolin d'Afri-

3ue, trois de marbre grec de Pentélie, veiné e bleu. Saint Hugues les avait fait amener d'Italie par la Durance et le Rhône. Leurs chapiteaux élaient sculptés avec une rare magniticence et avec toute la variété de l'art romano-byzantin ; du reste, tous les chapiteaux de "la basilique étaient sculptés avec une étonnante perfection.

La voûte de l'abside était enîièrement couverte par une peinture d'un magnitique caractère. Elle représentait la figure de Jésus- Christ, de 10 pieds de hauteur, porté sur des nuages, une main levée, l'autre posée sur le livre aux sept sceaux. A ses pieds reposait l'agneau comme immolé, suivant l'expression de l'Apocalypse. Cette composition gigantesque était accompagnée des figures ailées de 1 homme, du lion, de l'aigle et du bœuf. Toute cette peinture se détachait sur un fond d'or orné de losanges, en forme de mosaïiiue. Ce bel ouvrage qui décorait la coupole de Cluny avait conservé la fraîcheur de ses couleurs ])rimitives, jusqu'au commimcement du xix' siècle, qu'elle disparut dans les ruines de l'abbatiale. [Voy. P. Loirain, liist. de Cluny, p. 86).

La basilique de Cluny, dont les archéologues regretteront \ jamais la destruction, otfraitdonc le modèle de ces curieuses dispositions architecturales que nous retrouvons dans la plupart des monuments de l'ancienne province de Bourgogne, et qui forment un caractère assez tranché pour l'établissement d'une école spéciale, que nous avons appelée Vluole bourguignonne. Nous reviendrons sur cetle école dans un article particulier, et nous y exposerons des observations que nous avons consignées précédemment dans plusieurs ouvrages. C'est, du reste, dans l'histoire générale de l'architectnre sacrée en France, un fait bien important que les modifications a[)pai tenant uniquement aux monuments de l'école bourguignonne.

On a prétendu qu'il y eut deux types en Bourgogne, celui de Cîteaux et celui de Ciairvaux, et que ces deux types transplantés par toute la France avec les nombreuses colonies sorties de ces deux abbayes célèbres, exercèrent la plus forte influencedans la marche et les développements de notre art national, surtout aux xr et xii" siècle. Celte idée a été émise |)Our la première fois^)ar M. l'abbé Crosnier, de Nevers. ( Voy. Ecoles.)

Après avoir donné la description delà plus illustre abbatiale de la chrétienté, au xr siècle, il est utile, pour se faire une juste idée des églises monastiques de ce même \v siè-

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cle, de placer à la suiîe la description d'une abbatiale plus modeste. Nous choisissons à cet etfet l'abbati de de Saint-Pierre de Preuilly, au diocèse de Tours, comme étant d'une pureté parfaite de style. Cet édifice , d'ailleurs, olfre un grand intérêt à l'archéologie : bâti à l'ouverlure même du xi« siècle, dans un style architectural qui montre à l'œil attentif de nombreuses réminiscences orientales, sous le rapport des dates et de la construction , il mérite de fixer l'attention des historiens et des antiquaires. L'église abbatiale de Preuilly, fondée en 1001, était achevée en 1009.

Cette église est remarquable , non-seulement par ses nobles proportions , par ses belles dimensions, par son ordonnance générale , par ses détails d'architecture et de sculpture , mais encore par certaines particularités de construction que nous signalons aux amis de la science, comme étant de la plus haute valeur. Il est évident, pour quiconque s'est donné la peine de faire l'analyse scientifique des principales formes du monument, qu'on y découvre de fréquentes traces des influences orientales. Le génie de l'architecture grecque y est spécialement empreint dans les moulures, les contours, les profils, les sculptures, et ces mille détails qui accusent uu style. Les toitures actuelles sont loin d'olfrir la disposition des couvertures qu'elles ont remplacées. L'aspect de l'édifice , sous ce rapport , a été complètement changé et dénaturé. Des vestiges de lignes rampantes, observés sous les toits, donnent à penser que les combles étaient presque plats, prob<iblement couverts de dalles. L'inclinaison des lignes rappelle les proportions des frontons antiques. Ces traces en pierre sont évidemment un reste de la disposition architecturale première ; elles rappellent les principes adoptés et suivis en Orient , où le comble des édifices n'est jamais aigu comme dans les constructions du Nord , et oii la pierre joue le rôle que l'on confie au bois dans d'autres contrées.

L'église de Preuilly possède, en outre, une grande importance locale; elle a exercé une puissante influence sur les constructions voisines et contemporaines. C'est un type qui a été constamment adopté, avec des modifications plus ou moins considérables, pour l'édification des églises du xr siècle , dans les paroisses adjacentes de la Touraine et du Berri.

L'église actuelle fut fondée par Effroy, Eulfroy ou Effiid , seigneur de la Roche- Posay et de Prpuilly. Comme nous l'avons indiqué précédemment, ce fait eut lieu en 1001. Sur la façade on lit encore la date de 1009, époque de l'achèvement de l'église. Cette date est écrite en chiffres arabes ; elle est assez moderne et a remplacé une inscription antique. Celte église , dédiée à saint Pierre, chef des apôtres, fut bâtie pour servir à une abbaye de Bénédictins. Malheureusement nous connaissons à peine quelquesunes des circonstances qui accompagnèrent l'établissement do la communauté bénédic-

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