ANMS. XLII. H. IN. II'SA
PRAEKECTVRA. VRBI. NKOKITVS. HT.
AI). HEVM. Vm. KAL. SEl'T.
EVSEI5IO ET YPATIO. COSS.
Eusebius et Ypatius, d'après la chronirpie de Cassiodore, furent consuls deux ans avant la mort de Constantin. La face antérieure de te mausolée contient vuijijt-ncui' lij^urcs, l'Ia-
cécs, en deux bas-reliefs, les unes au-dessus des autres. Jésus, en tunique de citoyen romain, s'y trouve assis sur la chaise curule, au milieu de ses disciples. De l'épo ue Corstantinienne date encore le sarco liage de Probns et de Proba. On voit la gravure de ce monument dans la Itoma solûmmca de liosio, où elle attire l'attention des connaisseurs.
Pour revenir, en quelques mots, sur le tombeau de Junius Bassus, nous ajouterons que ce personnage, mortcatécliurnène en :i58, appartenait h l'illustre famille des Anicius, l'une de celles q^i embrassèrent avec le i)lus d'empressement la religion chrétienne : il fut préfet de Rome pendant de.x ans, et mourut dans l'exercice de cette haute fonction.
Le tombeau de Probus est en marbre blanc de Parus : Probus mourut en 3'J5, lorsqu'il exerçait la cliarge de préfet du prétoire. Ce sarcop'age, après avoir perdu la di'pouille mortelle de Probus et de Proba sa femme, servit longtemps de cuve baptismale à la vieille basilique du Vatican. On y voit, sous des arcades soutenues sur des colonnes cannelées, à chapiteaux barbares , les disciples debout , environnant le Sauveur, jeune et imberbe, tenant le livre de la Révélation dans une main, la croix dans l'autre, et [ilacé sur un rocher d'cù sortent quatre sources, figure des quatre Evangiles. Aux côtés du Christ se tiennent saint Pierre et saint Paul. Sur le flanc postérieur «hi sarcophage, entre des cannelures ondulntes, appelées s/r/yi/w ]»ar les antiquaires, Probus et Proba se donnent la main, comme les épi.ux sur les tombeaux païens, tandis que, au-dessus d'eux, des couples de colombes sont occui es à becqueter des raisins dans des vases.
Nous empruntons à M. R. Uochelte la descri})tion d'un des mausolées chiétiens les };lus curieux, extrait des Catacombes du Vatican, aujourd'liui déposé d.ms la cour de l'église de Sainte-Agnès, à la place Navone. Les figures sculptét-s sur le devant sont d .stribuées en six comjiartiments, de cha([ue côté d'un groujie principal qui occupe le centre. Chacun de ces sujets est placé entre deux colonnes ornées de pam|res, et sup- I)ortant un entablement d'ordre corinthien. Au milieu est le Christ, jeune et imberbe, assis entre deux de ses disci[ Jes ; sous ses pi ds f s! le ciel personnilié, tenant dans ses mains un voile recourbé en demi-cerclo audessus de sa tète. Le divin m.iitre piésinte un volume dé| loyé h l'un des apôtrt s qui doit être saint Piene, mais qui, du reste, ici non |ilus que sur aucun autre de qv.s monuments du mèiue tcMups, n'est distingué par aucun signe particulier. Des trois sujets scul|4és à la gauche du spectateur, le premier est le sncrilice d'Abraliam : on y remarquera la main sculptée dans la partie supérieure; c'est celle du Tout-Puissant, qui arrête le bras d'Abraham déjh levé; et c'est, pour eu faire ici l'observaticn en passant, de celte manière abrégée, avec la sei le indication de la maiiiy qui sort d'un nuage ou
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qui se montre en haut , qu'est toujours représentée l'intervention de Dieu le Père, dans les sculptures chrétiennes, aussi bien que dans les peintures des Catacombes. A la place corresj)onilante , du côté droit, est lignré le gouvernîuir de la Judée, Ponce-Piiale, assis sur son tribunal, et prêt à se laver Jes mains, aunioinent de rendre la sentence inique ; c'est ici rex[)ression figurée du texte sacré, rendue dans le costume romain : tout, dans la pensée comme dans l'exécution, s'y trouve conforme à l'usage anti(jue de se laver les niains pour se purilier du sang innocent , aussi bien qu'à la pratique des Juifs. Huit apôtres, distribués deux à deux, dans les deux compartiments intermé(Haires, de chaque côté du personnage du Christ, remplissent le champ du bas-relief; et ces figures d"apôtres n'olîrent du reste, dans la physionomie et le costume, rien qui les distingue des personnages romains sculptés sur tant de sarcojihages antiques.
Les deux petits côtés ou faces latérales de notre sarcophage, offrent plus d'intérêt par la représentation et par les détails accessores qui l'accompagnent. Sur l'un des bas-reliefs est représentée la faute de saint Pierre reniant son divin maître ; le coq perché sur une colonne ionique sert ici d'emblème du sujet et, pour ainsi dire, d'indice accusateur, comme dans le texte sacré. Le second des bas-reliefs offre deux scènes sans rapport l'une avec l'autre ; c'est en pr. mier lieu Moïse, le législateur dos Juifs, sous les traits d'un homme jeune et imberbe, touchant de sa verge le rocher d'Oreb, d'où il fait jaihir une source abondante, et devant lui deux jeunes Hébreux, dont l'un à genoux se désaltère à cette source, et l'autre debout emporte l'eau qu'il vient de recueillir dans un vase de la l'orme allongée des amphores. La seconde scène olfre la femme guérie du flux de sang, à genoux aux pie Js du Sauveur, sujet cfui eut une grande célébrité dès les premiers siècles de l'Eglise, et dont la représen'ation sculptée sur plus d'un de ces sarcophages cîirétiens aurait pu servir aux Pères du second concile de Nicée d'argument contre les hérétiques ennemis des imagi'S, bien mieux encore que la statue érigée par l'hémorrhoïsse, au témoignage d'Eusèbe, dans sa vilie natale, à Panéas, dont il serait aujourd'hui bien dii'licile de soutenir la légende. Quant à l'intention qui porta l'artiste chrétien à réunir dans une môme composition ce trait de la vi? du Sauveur et celui de la mission de Moïse, c'est ce qu'il serait sujiertlu de rechercher, puisqu'on ne saurait s'appuyer que sur de simples conjectures. Mais ce qui olfre ici tout l'intérêt joint à toute la certitude possible, ce sont les édifices ou fabriques sculptés des deux côtés sur le fond du bas-relief. Ces fabriques représentent, à n'en pas douter, des édifices chrétiens consacrés au culte, tels qu'il fut permis aux fidèb'S d'en ériger, seulement à partir des tem[)s de Constantin. On y reconnaît, à sa forme de carré long, surmontée d'un toit 5. deux versants, avec une fenêtre dans le fron-
ton de la façade, et d'autres fenêtres, tantôt cintrées et tantôt oblongucs et carrées, ouvertes sur les nmrs latéraux, la basilique primitive, pourvue de son abside qui la termine à son extrén)ité. On y reconnaît aussi dans l'édifice presque contigu, de forme circulaire, terminé en coupole et surmonté du monogramme du Christ, le baptistère du premier âge, tel qu'on avait coutume de l'ériger, attenant à la basilinue, et non pas dans l'enceinte même de la basilique. Les portes de ces édifices chrétiens sont ornées de tentures relevées de chaque côté ; c'est encore un trait d'archéologie chrétienne, que nous connaissons par une foule de témoignages de l'histoire ecclésiastique, et dont l'imitation est intéressante à retrouver sur un sarcophage. On sait que ces sortes de tapisseries ou voiles se misaient d'étoffes à fond d'or, avec des sujets peints ou brodés tels que ceux dont parlent saint Paulin de Noie et saint Grégoire de Tours. Nulle part cet élément de la décoration des églises chrétiennes du premier âge ne s'était montré d'une manière plus sensible que sur nos bas-reliefs (1). Voy. Basiliques.
Nous sommes forcé de renoncer à faire la description et même l'énumération des plus beaux sarcophages. Burnons-noas donc à faire connaître quelques-uns des bas-reliefs qui les décorent et qui peuvent intéresser le plus vivement l'iconologie chrétienne. Sur les parois d'un sépulcre très-antique, dans lequel reposent, placés les uns sur les autres, les ossements de trois saints papes, Léon II, Léon lil et Léon IV, on voit Jésus- Christ entouré de dix apôtres. Deux palmiers, sur l'un desquels est le phénix, emblème de la résurrection, ombragent saint Pierre et saint Paul. Des ceps à feuillages, chargés de fruits, de génies païens et d'oiseaux, remplissent le fond de la scène, et aux deux extrémités se tiennent deux petits génies, peutêtre l'amour et l'espérance, mais dans un style toujours païen, dont l'un joint les mains, tandis que l'autre porte un flambeau. Sur les deux faces latérales sont le sacrifice d'Abraham et l'assomplion d'Elie jetant son manteau à Elisée : car, disent les saints Pères : « 11 faut que celui qui espère en lui rejette tout ce qui est terrestre (2j. » Personnifié en dieu d'un fleuve païen avec son urne, le Jourdain est au-de.^sous des quatre chevaux qui emportent le char du prophète.
Un bas-relief, d'une composition aussi curieuse, mais moins compliquée que celles dont nous avons parlé précédemment, représente le Christ, les pieds appuyés sur un rocher d'où descendent seulem 'Ut deux fleuves, au lieu des quatre fontaines que l'on voit souidre ordinairement au [)ied du Sauveur. Celui-ci, un livre en main, communique ses divins enseignements à deux disciples jeunes et imberbes, tandis que deux autres dis-
(1) R. Rochelle., Tabl. des Ca!., pp. 2l5seqq. (-2) « Terrena cuncta abjicienda sunl iis oui ad cwlum aipUani. i
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ciples vieux et barbus se tiennent à l'extri?mité du monument.
Ouelquofois, les apôtres, au lieu d"ôtrc placés sous des arcs ornés, séparés par des coionnettes ou des troncs d'arbre, se trouvent sous le couronnement d'une muraille crénelée, au milieu d'une porte ouverte. Cette dis[)Osition est éminemment symbolique. On a cru découvrir l'idée cachée sous le symbole, dans l'interprétation d'un passage de l'Apocalypse de saint Jean. Les murailles fortifiées, surmontées de créneaux militaires, signifient la cité sainte do la Jérusalem céleste, la cité de Dieu, qui a douze portes gardées par les douze apôtres. On trouve ce curieux bas-relief dans la collection de Bottari [Planche XXV). L'explication qui a été proposée répond bien au texte du livre apocalyptique, et se rapporte également au génie de l'antiquité dans l'emploi des figures allégoriques. « (La nouvelle Jérusalem) avait une muraille grande et haute avec douze portes... la miuaillo de la ville avait douze fondements, et sur eux les douze noms des douze apôtres de l'Agneau... et la ville était bAtie en carré... et ses portes ne se fermeront point, y Sur la partie postérieure du monument, le bon Pasteur , sous la figure d'un jeune homme calme et majestueux, se trouve avec deux brebis dans une espèce de foret ou de solitude. Le caractère de celte composition est remarquable : le style en est moins barbare que dans beaucoup d'autres monuments de la même nature. Sur les flancs du même sarcophage, on a représenté le sacrifice d'Abraham, avec les mêmes accessoires qui se retrouvent constamment dans les scènes analogues, et l'enlèvement d'Elie sur un char de feu. Ce trait de l'histoire biblique est reproduit encore d'après la manière païenne : le Jourdain se montre sous la forme d'un vieillard, couché sur son urne, la tête ceinte des palmes de la Judée : on dirait une divinité hellénique veillant à la source d'un fieuve. Le fond de ce tableau peut prêter matière aux mêuies considérations ([ui ont été émises par M. R. Koclielte, à piopos du sarcophage qu'il a décrit minutieusement. Çh et là se détachent des basiliques et des rotondes chrétiennes, h façades surmontées du triangle et de la croix,*avec deux étages de fenêtres doubles, composées de compartiments, et des voiles pendus à ces fenêtres et aux portes d'entrée : on arrivait aux portes par des degrés nombreux. Ces observati(UJsne sont pas à dédaigner: elles sont |)ropres à jeter quelque lumière sur des (jueslions d'origine jusqu'à présent restées dans une aïsez grande obscurité.
Un autre bas-relief nous offre une représentation moins C( nunune et | ar cela même intéressante à consigner. Les sujets sculptés sont, dun côté, le péc-hé d'Adaui et d'iv. e, le sacrifice de (^ani et d'Abcl : h; jjremier Cilre un raisin, le second un petit agni>au, à Jéhûvah, vieillard sé\ère assis sur un rocher auprès d'eux; d'un autre côté on voit U auérison du paralytique, de l'aveugle et
la résurrection de Lazare, à la prière do Marthe.
Les autres sujets sculptés le plus communément, sont :
Jésus multipliant les pains et les poissons dans le désert;
Jésus entrant en triomphe à Jérusalem;
L'adoration de» bergers ;
L'adoration des mages ;
Jésus enseignant;
La parai)ole du bon Pasteur, etc., etc.
Les sujets bibliques, outre ceux (jue nous avons déjà fait connaître, sont :
Moïse fiappant le rocher d'Oreh ;
Jouas jeté à la m^r et vomi [)ar le monstre marin;
Le sacrifice d'Isaac;
L'enlèvement au ciel du prophète Elle;
Le sacrifice d'Abel et de Caïn;
La chute de nos [)remiers parents, etc., etc.
Nous devons appeler l'attention sur la fréquence d'une figure qui api)araît pour la première fois dans l'art, et qui appartient à la reHgion chrétienne : nous voulons [)arler des Orans, personnification de la prière. Les anciens ne savaient [)as prier : on a dit cette parole il y a déjà longtemps ; ils auraient été nnpuissants à cré t ce beau type, majestueux, chaste et recueilli, de la prière chrétienne. Cette figure n'a pas été introduite accidentellement dans les Catacombes et comme par l'inspiration particulière d'un individu; elle y brille partout. Tantôt on la voit les mains 'étendues, un manteau à larges plis sur sa tunique qui descend jusqu'aux pieds, un long voile autour de la tête et du cou, la tète penchée vers un livre ouvert qu'elle tient d'une main : dans le visage respire une douce mélancolie : on découvre dans la pose et l'expression de cette femme quelque c'iose de la tendresse c'irétienne. Tantôt VOrans a les bras soutenus par deux personnages qui se tiennent debout à ses côtés, comme Moïse sur la montagne, tandis que les Israélites combattaient courageusement dans la plaine. Un au're modèle, non moins remanpiable que ceux que nous venons de mentionner, se trouve encore sur un sarcophage en marbre de Par os : VOrans y est de taille élancée, sa longue chevelure séparée en deux par une b iuc!e de cheveux qui se relève au haut do la tète ; elle la'sse tomber ses deux bras en croix, sur les plis tlotlants du long manteau grec; sa tuni([ue traînante lui cache entièrement les pieds.
Si nous voulions résumer ici les observations qui résidtent d'un examen attentif des monuments scul|)tés des Catacombes, relativement au type suivi ilans la représentation de Notre-Seigueur et de la sainte A'ierge, nous serions obligé de convenir que le caractère et l'expression générale de la ligure varient considérablement. On voit que l'idéal que poursuit le génie chrétien de la sculpc re dans la re[)roduclion des traits divins est encore fiollant et nidécis, et (jue nul type n'e^t encore coniucié d'une manière
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absolue. Sous ce rapport la peinture avait fait plus de progrès que la statuaire; les artistes , en suivant une marche dilfcrente, n'étaient pas arrivés au môme terme. Les figiwes peintes du Sauveur et de sa sainte mère ont déjà réalisé un type hiératique qui ne variera plus dans ses d 'nnées d'ensemble et dans quelques-uns des détails principaux. Sur les sarcophages, la ligure du Christ est presque toujours celle d'un jeun^ homme imberbe : un seul exemple nous le montre sous les traits d'un vieillard avec une longue barbe et le manteau de philosophe. La physionomie est toujours paisible, pleine de grandeur et de sérénité : il ne faudrait pas attribuer à l'impuissance de l'art le calme delà ligure et Timmobilité des traits; il y a évidemment une intention directe dans le choix des artistes. Nous convenons toutefois que dans beaucoup de cas la barbarie de l'exécution dénote la barbarie du goût et l'ignorance des traditions archaïques : c'est, sans aucun doute, à de pauvres ouvriers, succédant à des artistes véritables, qu'il faut attribuer ces compositions froides et sans vie, oii la personne du Sauveur ne nous olfre aucun des traits hiératiques; enîre de pai cilles mains, la science et l'art sont rem- })lucés par la routine et le métier. Ordinairement cependant la tète du Christ est ornée d'une longue chevelure, à la nazaréenne, qui retombe sur les épaules en tresses épaisses ; il n'est pas rare néanmoins de la trouver rasée à la manière des Romains. Dans un bas-relief le Sauveur a la tête entourée d'une couronne de fleurs.
Quant au type do la ûgure de la bienheureuse Vierge dans les mêmes sculptures, il est également indécis. On voit très-souvent Mnri.' sous la forme et le costume d'une matrone romaine , tenant sur ses gen')ux l'En tant-Dieu qu'elle présente à l'adorai ion des bergers ou des mages. Lorsque sa tôte n'est pas voilée, elle est recouverte d'ime coillure excessivement simple, que portai -nt à Rome les femmes de condition plébéienne, et que conservent encore aujourd'hui les paysannes des bords du Danube.
Nous ne quitterons pas ce sujet sans émettre une réflexion qui se présente nat relie- ' ment à l'esprit. La sép Jture des martyrs dans des tombeaux creusés à môme le sol, couverts d'emblèmes d'espérance et de foi, olTre des id;''es tristes comme tous les monuments delà misère humaine, mais e les soni tempérées par des idées consolantes et sublimes. Les sarcoj)hages magnifiques, de marbre de Paros, où l'art a étalé ses œuvres les plus somptueuses, dans lesquels les personnages le plus haut placés avaient voulu prendre leur dernier repos, derrière un étalage de sculptures orgueilleuses, n'ont pas gardé fidèlement la dépouille mortelle qui leur avait été confiée. A ditlérentes époques on a jeté dehors les cendres qui s'y trouvaient, pour y déposer do nouvelles victimes de la mort. Au moyen âge on a fréquemment remplacé les ossemen's qui remplissaient les sarcophages antiques par de nou-
veaux ossements, qui ont é*é plus tard enlevés à leur tour. C'est \h uue image frappante de la vanité des choses terrestres : les grands de la terre ne conservent pas même la pro[)riété do leur tombeau ; les siècles jaloux se prennent mutuellement leurs tombes.
Passons maintenant à une autre série de tombeaux moins splendidement décorés que ceux dont nous venons de |)arler, mais plus intéressants peut-être pour le chrétien. Si l'antiquaire ne peut pas recueillir de leur aspect de nombreuses observations sur l'état des arts, il s'enrichit cependant de curieux renseignements sur une i)artie moins connue do l'histoire publique et particulière des premiers chrétiens. Les monuments doivent être regardés non pas seulement comme l'expression des beaux-arts et des autres sciences qui en sont les naturels tributaires, mais encore comme celle de l'état moral du peuple et comme le reflet de ses idées et de ses préoccupations habituelles. Les tombes nues et grossières des hommes de la condition la plus inférieure de la société romaine parlent un langage magnifique à l'oreille de ceux qui savent entendre. Nous n'en ferons ressortir en cet endroit qu'une seule pensée. On s'attendait assez naturellement h trouver sur les nombreux tombeaux qui renferment les victimes des persécutions barbares des empereurs, au moins quelques malédictions contre les cruels ennemis du nom chrétien. Comment une famille décimée par le glaive injuste que des édits de proscription mettaient en main des soldats et des bourreaux, no laissera-elle pas échapper, au milieu de ses larmes et do ses gémissements, quelques paroles d'imprécation contre les tyrans ? En déposant dans le cercueil , auprès de la dépouille de milliers d'autres martyrs, le corps sanglant d'un frère et d'un ami, comment taire sa douleur et modérer son indignation ? Selon les lois communes de l'humanité, les chrétiens poursuivis sans relâche comme des botes fauves, traînés avec un inconcevable acharnement à 1 amphithéâtre et aux prisons publiques, déchirés par la dent des animaux féroces ou éprouvés par des tortures inouïes, dont la seule description nous fait aujourd'hui frissonner, séparés les uns dos autres par la crainte, la fuite ou l'exil, sans cesse menacés dans ce qu'un homme a de plus précieux et de plus sacré au monde, dans î'iionneur de leur famille, les chrétiens, disjo, auraient dà laisser échapper do leur poitrine quelques cris de haine et de vengeance contre leurs oppresseurs. Mais, depuis leur régénération dans le saint baptême, ces hommes de mœurs rudes et sauvages ont été transformés en d'autres hommes , doux, timides , patients, résignés : leur cœur est rempli do courage autant qu'il est calme do la pureté de leur conscience. N'est-ce pas un fait unique dansl'histo're, qu'une société qui, se confiant dans ses espérances et dans sa foi, reçoit sans murmurer des coups effroyables et voit tom';er sous ses yeux ses membres les plus courageux et les plus de-