‹ Dictionnaire d'archéologie sacréeChapitre 104 sur 195 · CT · texte numérisé non relu

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vout^s , sans proféror une parole indigne (func Ame chrétienne ? 11 y a Ih évidemment quelque chose de surnaturel, et nous y trouvons une leçon sublime.

Les tombes des chrétiens sont formées d'une s'mple pierre srpuirralc ou dalle funéraire; le plus souvent elles sont closes pardevant avec trois briques épaisses, unies ensemble par un mortier grossièrement préparé. On y a gravé des emblèmes, des instruiuruts de supplice, le nom du martyr, (luehiuefnis des inscriptions mortuaires. \ côté des reliques on plaçait un vase de terre ou de verre, ou une coquille pleine de sang : les Actes des martyrs nous apprennent avec quelle intrépidité de pieuses fenun^ s recueillaient avec des éponges ou des linges ce sang qui venait d'être répandu pour la gloire de Jésus-Christ. Plusieurs des modestes inscriptions édites sur les tombes, remplies de mots barbares et de solécismes, où la grammaire et Torthograplie sont éjalement violées, respirent une douce piété envers le prochain, l'amour de Dieu, l' mépris (le la rie présente, le désir de la vie du ciel, la onfiance dans le Seigneur. Nous ferons, un peu plus bas, ressortir l'importance théologique , historique et archéolo^^ique, d(^s premiers monuments de l'épigraijhie chrétienne.

Bien des tombes sont muettes : aucun titre ne révèle ce cju'elles enferment. Dans les inhumaiions inquiètes et précipitées, où parfois on plaçait une foule de morts dans une tombe commune, la piété des parents ou des amis du martyr s'abstenait de mettre aucun nom sur la pierre sépulcrale. « Nous avons visité, dit Prudence dans une de ses élégies, d'innombrables reliques des saints dans la ville de Romulus. Vous recherchez, C) Valérien, prôtre du Chri;t, les titres que le ciseau a écrits sur leurs tombes, vous voulez connaître les noms dj chacun d'eux. Il me serait d fllcile de vous répondre, tant sont nombreux ces peuples de justes, qu'une fureur impie a exterminés , pendant que Rome, liUe de Troie, servait ses anciens dieux ! 11 y a néanmoins beaucoup de ces s.'pulcres qui parlent : les petites lettres qui y sont tracées redisent le nom du martyr, ou quelque épitaphe courte et expressive. iMais il y a aussi une foule dec.'S marbres qui recouvrent une assemblée muette ; ils n'en font connaître que le nombre (1). »

On tenait moins, dit M. l'abbé Gerbet , h graver sur les sépultures des héros chrétiens les syllabes des noms qu'ils avaient portés en passant sur la terre , cfu'à y mar-

(I) « Innumeros cineres sanctorum Romnli in tirbe

Vidimiis, oChrislo Valeri.iiie sacer.

Incises tnirnîlis lilulos tu singtila qii;cris

Nomina : dil'lii ile al ut roplifarc quoam. Tanlosjusloiiun pnpiilos fumr impius hausil

Cuni colerct pauios Troia Koma deos !

Plurima lilterula signala scpulcra loquunUir

Marlyris aul noinen aut e|>igr;iinuia aliquod : Suntel niulla lameii tacilas claudonlia turhas

Mannora qua; solinii signiticanl nuineruiu. » [\d Vitler. episc, liynin. xi. )

qucr leur titre éternel de martyr. Outre les inscriptions qui le constatent , des éponges et (les linges sanglants , des instruments do supplice en sont de t(Mnps en temps le sceau irrécusable. Mais le si^ne le pius commun est fourni i>ar ces petits" vases, contenant du sang, qui s ni placés h côté des tombes. On pratiquait ordinairement dans le mur un creux où ils étaient tixés avec de la chaux. La plupart sont de verre, plusieurs de terre cuite , quel((ues-uns de bois , d'ivoire , de plomb ou d'autre métal. Leur configuration varie ; elle est cylindrique, sphérique et parfo s carrée. On en a trouvé aussi en forme de petit tonneau , de grenade , de poisson ; formes probablement symboliques , surtout celle du poisson , dont nous parlions ailleurs. Plusieurs renferment une certaine quantité de cendres ou de terre qui avait sans doute été ramassée sur le lieu du supplice. Quelquefùs le mot sanguis y ou les premières lettres de ce mot , apparaissent comme des étiquettes S'ir les parois extérieures des vases , qui présentent aussi de temps en temps divers emblèmes tracés au moyen d'un instrument incisif, le monogramme du Christ, une petite lance, des tenailles, des chaudières ardentes, des palmes, un oiseau en cage. Ces tombeaux ont encore donné, parmi leurs reliques sanglantes, quelques plats d'émail et certains couvercles en verre, qui, par leur peu de profondeur, n'étaient guère propres à conserver une substance liquide ; les amis du martyr avaient pris à la hâte le premier objet qu'ils avaient eu sous la main, pour y recevoir quelques gouttes au moins de son sang. Le soin presque minutieux avec lequel les premiers chrétiens attachaient à ces tombes quelque signe qui put les faire distinguer parla postérité, indique assez clairement qu'ils comptaient bien qu'un jour la piété et la gloire viendraient chercher ces ossements sacrés. Les fossoyeurs des Catacombes travaillaient déjà pour les solennités futures.

Nous emprunterons encore au livre du même auteur quelques lignes relatives à l'extraction des reliques des saints et h leur authenticité , en réponse à des objections élevées surtout par les auteurs protestants.

On peut déjà , d'après les simples observations ci-dessus énoncées, apprécier à sa valeur la légèreté avec laquelle certaines personnes révoquent en doute le caiactère sacré des reliques que Rome tire de ses vieux cimetières souterrains, et dont elle fait présent aux diverses parties de la chrétienté (!}.

(i) On s'imagine aussi quelquefois que l'usage d« donner des noms aux ossements de- martyrs dont les lombes ne présentaient pas dépit.sphe, consiste à leur imposer à faux quelques noms propres choisis arbitrairement sur la liste des saints connus. Les règles suivies à l'égard de ces rciKjues anonymes proscrivent sovcrenicnl un pareil abus. Tout consiste a leur attribuer quelques-uns de ces noms ou surnoms appellalif's, qui élaienl déjà en usage chez, les premiers chrétiens, cl qui expriment le caractère, les attributs ou i'efl'et de la sainteté, tels que ceux do

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11 suffit d'nvoir asssté à l'cxlraction de ces reliques, d'avoir visité seulement une grotte sépulcrale, pour saisir leur authenticité dans sa source. Les signes auxquels on les reconnaît aujourd'liui ayant été visibles en tous les temps, ont toujours fourni une règle sûre quand il s'est agi de transporter du fond des catacombes d.ins les églises et les sacristies de la ville qu' Ique corps saint isolé, ou une collection d'ossements isolés. A certaines époques, ces extractions ont eulieu en masse. Lorsque, dans les premières années du vu' siècle, le pape Boniface IV' consacra le Panthéon à tous les martyrs, il voulut doter cette église conformément à son titre. Baronius , qui en avait compulsé les anciennes archives, dit dans ses notes au Martyrologe romain (1), y avoir lu qu'il avait fallu employer trente-deux chariots pour y transporter avec solennité les ossements des martyrs que Ton avait extraits de diverses Catacombes. Plus tard, Léon IV et Etienne Vi, dans le ix' siècle, Grégoire V, dans le x% Sylvestre II, dans le XI' , Pascal II , Gélase II , Honorius II , Anastase IV, dans le xii% et Martin V, dans le XV' , ont fait des extractions de reliques dans les cimetières situés sur les voies Lavicane, Latine, Appienne, Flaminienne, Ardéatine , Salare et Cornélienne. Des processions triomphales , avec leurs cantiques et leurs croix brillantes, ramenèrent dans Rome, sur des chars neufs, les corps des martyrs, aux applaudissements de tout le peuple : les chemins, alors semés de palmes, par lesquels ils repassèrent, étaient les mêmes qu'avaient suivis autrefois leurs bourreaux pour les mener au supplice , ou leurs amis pour les enterrer en secret. Dans les temps modernes, les fouilles ont été fréquentes, et elles continuent de Catacombe en Catacombe. La Rome souterraine a des espaces dont la limite est encore inconnue ; des caveaux inexplorés s'ouvrent devant les fouilles nouvelles. On peutla comparer àces montagnes quifournissent aux investigations de la science ou aux besoins matériels de la vie, ces énormes bancs de productions tossiles , dont on a dit qu'elles étaient les médailles du déluge. Rome a trouvé dans son sein d'immenses couches d'ossements *de martyrs pour les oratoires de la piété passée, présente et future. Ces reliques sont comme des médailles antiques de la persécution de la foi , que la

Théophile, o;i ami de Dieu, ùcClément, de Pieux, de Victor ou Vainqueur, de Fé.ix ou Heureux, etc., dénominations qui sonl toujours parfaitement vraies, à quelque saint quon les applique. < Non possunt banc reliqniam, cujus nomen ignorant, appcUaresanctuin Pelrum apostolum, sanctuni Laurenlium marlyrem, etc., quic essent manifesta uicndacia et pcssimx decepliones fidelium ; sed solum possunt nominc aliquo appcllativo appcliare, sanctum Felicem, sanctuin Fort\inalu!n, sanctum Adcodalum, sanctum Theopliilum aul Dci aniicuni, ethocmodo cerlissimi sunt quod neque mentiuiitur neque decipiunt, cum omnes sancli sint verc felices, et vcrc fortunati, et a Deo dati, et Tiicophili, et aniici Dei. » (Bald. Theoi. mor., loui. Il, disput. 18. )

(1) i\ot. ad Mai:y ol, Rotn.fdie 13 MartU.

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