‹ Dictionnaire d'archéologie sacréeChapitre 106 sur 195 · C8!; CAT · texte numérisé non relu

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lotir valeur est rolalive et fictive. Mais ce qui peut nous aider encore à donner une plus sa isfaisante ex|»licatioM de ce singulier en)[)runt, ducpiel résultent (luoNpiefois des nié[»ris('sasse/. pardonnables du reste, comme lorsqu'on attribua h Baccims un temple dédié au culte chrétien, l\ cause do la présence de petits génies au milieu de branches de vigne charj^ées de pam|)res et de raisins, c'est (pie les prcmiei-s artistes avaient fait leur éducation (■las'>i(jue en travaillant pour satisfaire aux besonis de la société païenne au milieu de laquelle ils étaient nés et avaient été élevés. Malgré les exigences du culte nouveau, ces artistes peu habiles, nous dirions assez volontiers ces pauvres artisans, ne pouvaient se dégager des inlluences qui avaient si longtemps exercé leur em|)ire sur leur esprit et dirigé leur main. On conçoit facilement, en considérant Ji'S compositions des Catacombes, la lutte que les peintres ont à soutenir contre eux-mêmes, en mettant leurs connaissances au se. vice de la religion. Tant qu'ils se contentent de reproduire des scènes prises de la lîible, ils trouvent moyen de foire Papplication de leurs études dans le costume, la pose, l'expression même des modèles antiques : ce sont les héros du paganisme transformés en personnages de l'Ancien Testament. On comprend, en elfet, que les sujets bibli(jues ouvraient une jvJus large carrière à rimitation positive ; aussi sontils plus counnunéraent représentés. Quant aux faits racontés dans l'Evangile, ils sont moins correctement figurés, et parce que les fidèles étaient plus sévères envers les artistes , et parce que ceux-ci étaient réduits à puiser en eux-mêmes tous les motifs de leur composition et à inventer des types nouveaux.

Les peintures exécutées au commencement du iv° siècle sont moins parfaites sous I)lusicurs rapports: on voit exjàrer l'art antique entre les mains chrétiennes qui n'ont pas encore eu ni le temps ni la force d'en créer un autre. Déjà cependant on voit i\\)paraître en germe et en ébauche quelquesuns de ces types vraiment célestes, qui n'appartiennent qu'au christianisme et auxquels l'art régénéré communiquera plus tard une exquise perfection. Si les compositions de cette époque sont moins remarquables de forma et de dessin, elles sont h peu près exclusivement chrétiennes : on peut les regarder avec raison comme le [)oint de départ de la peinture chrétienne.

Il est impossible de s'occuper de la question des images et du culte qu'on leur rendit constamment dans l'Eglise sans se rai»|)eler les act s du concile d'Elvire. La défense faite par les Pères de ce concile est célèbre dans les annales de riiistoire ecclésiastique ; elle parait aussi ri.;oureuse dans l'esprit qui l'a diclé(! (lu'elle est luiiuelle et explicite dans les t(!rmes : Plaçait picturns in cccIisIh esse non drhere, ne (jiiod colilur et udoratur in ptirictihus depingatur. (]e «lécret, dont se sont autorisés les iconoclastes de

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tous les temps, a donné lieu h de longues et vives controverses, même entre ceux (jui n'avaient en vue que de le soutenir en l'expliipiant. On en a proposé jdusieurs interprétations diir'Tentes, toutes plus ou moi.is inadmissiljlos ; celle ([u'(jnt hasardée en dernier lieu des cardinaux de l'Kglise romaine, tels que Duperron et Bellarmin, c'est-à-dire, que le concile ne condamnait, en fait de peintures sacrées, que celles qui s'exccutnient sur les murs mêmes des églises, est i)eut-être encore la plus mauvaise de toutes. Telle est l'opinion de M. K. Uochette, auquel nous empnmtons les lignes suivantes. Outre que l'explication proposée ne se fonde que sur une subtilité peu digne d'uii sujet SI grave, elle se trouve réfut^^^e positivement par les peintures des Catacombes, qui sont toutes exécutées sur le mur et sur le tuf et non autrement. Les illustres écrivains dont nous venons de citer les noms sont certainement jugés trop sévèrement par l'auteur du Tableau des Catacombes.

Assurément ils n'ignoraient pas que les peintures des Catacombes fussent exécutées sur les parois elles-mêmes des galeries souterraines des cimetières sacrés : il semble que leur opinion s'explique assez par les circonstances qui motivèrent la tenue du concile d'Elvire. C'était à la suite d'une persécution cruelle, et les évéques, instruits par une triste expérience, et témoins des profanations, pouvaient défendre de faire à l'avenir des tableaux immobiles, c'e<t-àdire peints à fresque sur les murs des églises, où les païens les détruiraient en proférant mille blasphèmes contre la religion chrétienne. L) sentiment de Duperron et de Bellarmin peut donc être défendu, au moins sous un certain point do vue. Les écrivains qui ont combat u la doctrine de Bellarmin en soutenant que les Pères du concile d'Elvire n'avaient proscrit que les images du Christ, c'est-à-dire ce qui devait être un objet do culte et d'adoration, en laissant aux tidèles toute liberté de représenter des traits de la Bible et des sujets de martyre, comme ils étaient dans Ihabitude de le faire, se sont trompés à leur tour, faute de connaître les peintures des Catacombes, où les images du Christ sont si fréquentes, et les sujets de martyre si rares, pour ne [)as dire inconnus. A mon avis, continue M. Jl. Uochette, comme à celui du docte et judicieux Bottari, la solution de cette dilliculté a été donnée [)ar l'illustre Buonarotti ; et c'est en observant (jue la situation où se trouvait alors l'Eglise, vers l'an 305 ,inenacée de la persécution de Dioclétien, faisait craindre que des peintures, exécutées sur les murs des églises, ne fussent exposées à la profanation. Ce dernier sentiment ne s'écarte nullement de cclm qui fut adopté par 1. s d(Mix s ivants cardinaux dont nous avons exposi'î les paroles. Nous devons ajouter une rétlexion, c'est que le concile (ruivre, non-seulement jjreiiait (ies décisions jKiur l'avenir, mais encore j)Our le i)assé : or ce passé, en certaines

contnVs d'Espa.^ne, avait 6lé affligeant pour la religion; car do nombreux chrétiens, lAches au luoinont du danger, avaient apostasie et brillt^ de l'encens devant les idoles. Dans d'aussi fâcheuses circonstances, les Pères réunis hElvirc crurent encore qtie la présence des peintures dans les églises était un danger pour des Ames mal écl irées et des ciEurs pusillanimes. I!s |iroscrivirent pour un temps les peintures des lieux oii s'assemblaient les fidèles, en attendant que des jours plus heureux permissent de suivre les vieilles traditions de l'Eglise. Leur prohibition n'atteignait en aucune façon le culte des images, ni la question dogniatiq le : c'était uniquement une mesure de |)rudence et de précaution contre des mallieufs justement appréhendés et accidentels. Quoi qu'il en soit, les églises furent cmst-imment ornées de peintures , après la conversion de Constantin; et ce qui confirme le sentiment que nous soutenons, c'est que, t.indis qu'en Espagne on était forcé par le mal'ieur des circonstances à porter dos lois sévères contre les images, à Rome, les souverains pontifes se plaisaient h décorer les oratoires des Catacombes nonseulement de dessins d'ornement, mais encore do compositi ns historiques, oi!i brillait la figure de Notre-Soigneur , de la sainte Vierge et des apôtres. Ainsi, de quelque manière qu'on envisage le fait qui nous occupe, on no saura t en tirer aucune conclusion, ni contre l'enseignement, ni contre la discipline de l'Eglise.

Nous retrouvons dans la profondeur des Catacombes le nom d'un de ces pauvres artistes d ^nt nous parlions ci-dessus et qui s'appliquaient h. la pratique de leur art pour décorer la séj)u!ture des martyrs et le lieu des réunions chrétiennes. H s'appelait Eutrop , c jmme l'indique l'inscription qui se lit encore sur son tombeau dans la crypte de Sainte-Hélène. On le voit, dans un basrelief, occupé à trava lier, ayant à ses pieds les instruments distinctifs de sa profession. 11 est probable que le sculpteur Eutrope s'est ainsi représenté lui-môme, car il n'est guère vraisemblab'e que les fidèles, qui se déliaient des artistes et condamnaient les productions de la statuaire comme facilitant le culte des idol 'S, aient ér gé ce monument ^ sa mémoire. Les premiers chrétiens eurent beaucoup de peine à considérer les artistes avec la môme indulgence que les autres néophytes : ils identifiaient leurs œuvres avec les abus qu'elles occasionnaient, et en anathémalisant le polythéisme on fn>p, a t <Iqs mômes coups les idoles et ceux qui faisaient les statues. On a peut-êlre donné un sens trop rigoureux aux paroles que Tertullien adr.'ss dl à l'un de ses contcmpornins, tout à h fois mauvais chrétien et mauvas peintre, dont la main s'exerç lit sur des sujets licoiicieux et qui faisait de son art un outrage à la loi de Dieu. En voyant ici une i)roscription générale de l'ait, au lieu d'y voir la juste censure d'un de ses

abus, on a peut-être exagén'' la véritable })eusée de Teitullien, déjà si («orté lui-même à l'exagéralion. Dans un autrede ses écrits, le même auteur reproche à certains chrétiens de son temps, artistes de profession, d'approcher du corps du Sauveur des mains qui prêtent des corps aux démons : Eas admovere manus corpori Domini quœ dœmoniis corpora conferunt. Il est difficile de no pas reconnaître ici l'expression assez fidèle d un étal de choses, où des chrétiens, à peine convertis et r stés pauvres avec une foi nouvelle, continuaient de se livrer à leurs anciens travaux, d'après les errements de leur première éducation. Le baptême, qui avait fait des hommes nouveaux, n'avait pu réformer en eux l'ancien artiste. Leur main obéissait encore à des traditions d'école, h des habitudes de jeunesse; et il y avait toujours quelque chose de païen dans les travaux du peintre néophyte (1).

A la suite de ces premières considérations, quelques réflexions trouvent naturellement place. Pour nous qui aimons à constater par les monuments quelles furent constamment les doctrines catholiques, à corroborer par des preuves de fait les arguments d'un autre ordre, qui militent en faveur de nos croyances, à mettre en évidence par des témoignages matériels les questions controversées, nous sommes heureux et fiers tout à la fois en contemplant les saintes images près du berceau de l'Eglise elle-même. Afin que le dogme chrétien sur le culte des images, sur leur emploi dans les temples, sur la vénération qui leur est due, sur les sujets qu'elles doivent spécialement reproduire, fût plus remarquable encore et brillât, s'il était j)oss'ble, d'une plus vive lumière, c'est à Home môme, mère et maîtresse de toutes les a itres églises, que se rencontrent les plus anciennes, les plus intéressantes et les plus nombreuses peintures. C'est au centre môme de l'univers catholique que la Providence a permis que les plus curieux monuments des arts chrétiens se conservassent jusqu'à nos jours, afin que nous pussions à double titre nous glorifier du titre de catholiques romains.

« 11 est à remarquer, dit Matter, dans le tome I ■■ de YHisloire de V Eglise, que les chrétiens ne s'emparèrent des beaux-arts de la Grèce et de Rome qu'à l'époque de leur décadence, à peu près comme ils s'emparèrent de la littérature de ces régions célèbres. Ce fut donc leur destinée de ne plus rencontrer que des débris d'arts et des débris de lettres, comme ils n'avaient trouvé que des débris de croyances. Ce fut aussi leur destinée de tout régénérer. » Dans certaines chambres sépulcr.des, la peinture sort à peine des langes; mais, dans plusieurs compositions originales et hardies, on voit que la vie jialpite déjà sous les voiles do la forme, que l'art commence de magnifiques évolutions. Le génie chrétien

(l)Tu&/cflM des Crttac, p. lii.

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