‹ Dictionnaire d'archéologie sacréeChapitre 108 sur 195 · C-Î CAT · texte numérisé non relu

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Los anciens pcif^naicnt sur mur de trois manières, suivant M. Emeric David, h Tencairsti(]ne , à la fresque et Ji la détrempe vernie. Nous avons indiqué précédemmetit en quoi consiste la pratiiue de l'encaustique, nous dirons un mot seulement delà frescjue. Ce dernier genre de peinture appartient éminemment aux com})Ositions historiques : la fresque emporte to jours avec elle un caractère grandiose et monumental. Les couleurs détrempées à l'eau ou avec une colle légère nommée tempera par les Italiens, sont a[)p}iquées à l'aide du pinceau sur des enduits Irais de mortier de chaux convenablcnii-nt préparé. Les éléments qui entrent dans la composition chimique de la chaux se moditient au contact de l'air de manière à communiquer aux couleurs une ténacité prodigieuse et une véritable inaltérabilité. Lorsque les conditions essentielles à ce genre de peinture sont tiJèlement remplies, un tableau ol fresco peut braver les siècles ; il existe en Italie des peintures ainsi exécutées, exposées à l'air depuis de très-longues années, et qui montrent à l'œil des tons aussi francs et aussi frais, que si le peintre venait de donner la dernière main à son travail.

Des écrivains modernes ont dit beaucoup de mal de cette espèce de peinture; ils prétendent que les grandes œuvres de Raphaël et d'autres artistes de premier mérite, exécutées à la fresque ont pâli parla faute du procédé qui ne possède nulle qualité conservatrice ; ils ont assurément trop déprécié une méthode qui peut rendre d'inappréciables services, quand elle est convenablement suivie : il fallait attaquer le vice de certaines préparations faites sans aucun soin, ou lieu de calomnier le procédé lui-même. {Voy. Encaustique, Fresque, Peinture, Email, Mosaïque.)

Pour faire l'application des détails précédents à notre sujet spécial, nous dirons que la plus grande partie des décorations peintes sur les murs souterrains dss Catacombes ont été exécutées à l'encaustique et à la fresque ordinaire. Les peintures chrétiennes sont une prolongation dégénérée de l'école antique, et présentent dans leurs contours un dessin mou et incorrect, de même que dans leur coloris elles montrent un assemblage de couleurs tranchées, presque sans nulle fusion ni mélan,.;e. On y reconnaît l'usage des procédés matériels, toujours les mêmes quant au fond , mais tombés entre des mains qui exercent un métier au lieu de cultiver un art. Dans les meilleur^'S compositions grecques de Porapéia et d'Herculanum, à peine voit-on apparaître quelques, indices de la science de la perspective, de l'effet des omhrrs et de la lumière : à plus forte raison dans des monuments pauvres doit-on s'attendre à ne point rencontrer des perfectionnements qui firent défaut aux œuvres les plus soignées et les plus somptueuses.

Une autre branche d'art familière aux premiers chrétiens était la peinture en émail sur terres cuites , porcelaine, iave ,

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verre ei même sur métaux. Les monuments do cet art- se retrouvent en si grande abondance au berceau de tous les peuples qu'on ne peut se refuser h y voir l'encaustique primitive et probablement la plus ancienne espèce de pemture connue. L'émail, smalto ou encausto, matière minérale, réduite par la fusion à une sorte de vitrification, est lixée par le feu sur le subjectile qu'elle recouvre, de manière à produire ce qu'on appelle peintures sur porcelaine, sur terres cuitf-s ou sur métal. Ces oxydes métalliques, vitrifiés par des fondants, reçoivent sur leur surfai e les couleurs voulues par le sujet, et qui, étendues par l'action du feu , s'identifient avec la masse. Il est vrai que la cuisson change les couleurs, ce qui rend nécessaire une longue expérience dans cette partie ditTicilc du travail.

Dès les premiers siècles , les chrétiens travaillèrent à combiner les émaux avec le verre (1). Prenant modèle sur les vitriers d'Egypte alors justement admirés, ceux de Rome fabriquaient pour les patriciens des calices et coupes de festm, d'ordinaire ornés de peintures, à en croire les expressions d'Apuléius : crystallum impimctum, c'est-àdire impictum, vitrum fabre cavalum, aurum fulgurans. « Ainsi l'on creusait avec le fer ou quelque autre instrument de légères entailles dans ces vases pour exprimer les contours des figures, puis on y coulait les émaux colorés, ditliuonarotti (2). » Que l'on ait agi ou non de c tte manière, il e.-t constant que les anciens savaient fixer des peintures sur du verre. Athénée mentionne , comme une des plus célèbres magnificences delà cour de Ptolém'e Philadel,>he, deux grands vases de verre dorés à l'intérieur. L'art de la verrerie une fois sorti des mains des Phéniciens qui l'avaient tenu en monopole jusque vers la fin de la république romaine, SQ répandit promptement de tous les côtés. Sous Adrien , toutes les provinces de l'empire avaient déjà des verreries (3).

Les porcelaines et vases peints de la primitive Eglise , trouvés dans les monumenta arcuata, alcôves funèbres des Catacombes, déposés pour la plupart au Musée Carpegna, ont été transférés depuis, partie au Vatican, partie à Reilin et dans les autres capitales du nord. On les trouvait ordinairement murés aux colombaires , à l'entour des sépulcres, ou bien mastiqués avec de la chaux , afin qu'on no pût les enlever, de même que les mosaïques, les peiits bas-reliefs, les boules de métal, les conques et coquilles, lestasses d'or ou d'ivoi.e , les camées , les médailles portant la da'e des consuls de l'année qui avait em()orté le défunt, jointes quelquefois à beaucou[) d'autres, puisque dans un même tombeau, à Sainte-Agnès, Buonarotti a trouvé plus de dix médailles d'empereurs diffé-

(i) Buonarotli, Framtnenti (Uveiri anliclii crisliani, Prcfaz.

(2) Ibid.

(5) Voy.C\[>. Rob., Univ. calli., pp. 110, 1.17 <et

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rents ; quelquefois on ne lrijuv;iil plus (pie (les empreintes vides dans le ciment.

La mosaïque, connue des E^yplicns et des Juifs, et d'abord informe et grossière, fut perfectionnée par les drecs et les Uomains. Le christianisme s'en empara de licnnc heure, et sous ses iniluences elle obtint un développement inattendu. Les chc!'s-d\ruvre de l'antiquité païenne, tout nilniir,il)les qu'ils sont, ne sauraient soutenir la comparaison avec les cliefs-d'ieuvre exécutés sous l'empire des idc'cs chrétiennes, surtout dei)uis l'invention ingtMiieuse du célèbre Cilandra. Pour nous i enfermer dins les origines de l'art, nous devons constater, à partir surtout du IV siècle, que la mosaïque étendit ses applications h une foule de compositions jusipi'alors inconnues. Ce genre de peinture, destiné ci donner l'imnr-r: alité aux sujets aux(iuels on l'apjilique , avait produit une fou o do dessins symétriques, d'arabestp:es, danimaux, de feuillages, de formes symbolifpies : les anciens n'avaient pas songé îi en tirée parti pour la reproduction des grandes scènes historiques. Ce furent les chrétiens , les premiers, qui en usèrent pour perpétuerlc scuvemr des gr ands faits de la religion, et qui lui ouvrirent le vaste domaine de l'histoire. D'abord, il ne lui fut accordé d'autre rôle que celui d'instruire les plus ignorants des néophytes, en exposant sous leurs yeux des symboles tels que la colombe, la barque, le poisson, le cerf altéré ([ui court vers la fontaine; mais bientôt on lui conlia la représentation dejh idéalisée des apôtres, et des saints; enlin on favorisa snn libre essor et on lui permit d'aborder les plus htiiites et les plus difficiles compositions. La raosaï(]ue anti(iuc présente un caracière fortement accentué ; les contours du dessin sont fermes et hardis ; le clair-obscur ne corrige point la vivo énergie des tons opposés; les couleurs sont vigoureuses. L'etret en est très-imposant et l'impression saisissante sur les personnes qui aiment l'archaïsme et qui ne demandent pas austylehiérati(iueccqui ne lui appartient pas.

Après être entré dans des détails qui paraîtront, peut-être, un peulongsà (piehjuesuns de nos lecteurs, nous arrivons au cœur môme de notre sujet.

Les antifjuaires chrétiens, qui ont spécialement étudié les monuments peints des Catacombes romaines, s'accordent généralement à regarder, comme les peintures les jtlus anciennes, celles qui décorent les salles tortueuses du cimetière de Saint-Calixle, dans la vaste Catacombc de Saint-Sébastien. Malheureusement la plupart ont péri, et celles qui ont éti' enlevées postérieurement avaient rruelh;ment soulfert et sont fortement endommag''es. Ces tableaux en mosaïque ornaient la sépulture du |)ape saint Calixte et des martyrs nombreux ensevelis dans quatre chambres mortuaires voisines les unes dos autres. Quoiqu'on ignore à (pu-Ile éjtoquc jirécise on doive les attribuer, puis-

(|U(; les documents historiques sont insuf lisants pour nous l'apprendre positivement, Séroux d'Agincourt, dont la patieide érudition a fait faire des progrès «M'arcléologie sac.'ée des Catacombes, ne balance pas à en présenter |>lusieurs comme a[)parlenant .-hv 11* siècle de l'ère chrétienne. Ce ne pr)urrait Ctre (]u'à la (In de ce siècle, au plus lui, (jue ces peintures [)récieuses auraient été (;xccutées, et plusieurs anti((uaires ont conteste ses C(jnclusions à l'arcîiéologue fran(;ais. Ouoi (ju'il en soit, les mosaï(jU(^s du cimetière de Saint-Calixte ollVent un carat-tère S[»écial propre h attester leur haute aiiti([uité.

Dans la première salle, on remat(piait deux i)euitures cx|)riinant d'une mani("i(j frappante le passage du style païen au style chrétien : elles remplissaient les deux absides principales. Sur l'une était, entre deux arbres, le bon pasteur portant la brebis sur ses épaules, ayant iV ses eûtes un bélier et une brebis qui broutent l'herbe paisibicmeal. La ligure du bon pasteur est au centre d'un carré d'arabesques, dont les quatre coins sont encore occupés, h la manière païenne, par quatre allégories tigurant les quatre saisons de l'année. Mais, excepté laulomne qui est resté un génie grec, tenant une corne d'abondance rempl e de fru.ts, les trois autres personnages sont déjà ues hommes (occupés de travaux réels. La peinture de la seconde abside olfre le Christ fort jeune, à physionomie toute romaine, assis dans une chaise doctorale, exhaussée de plusieurs marches, avec une boîte devant lui contenant huit rouleaux ou livres de la sainte Ecriture : ces cassettes ou petites bibliothèqu.'S port;;tives, percées de trous ronds pour y lixer les rouleaux de papyrus, sont a^se/ fréquentes sur les monuments antiques. Le Clirist y si ge h la manière des orateurs anciens, enseignant ses douze disciples [)lacés devant lui, six de chaque côté, dans des ^loses trèsvariées qui toutes expriment 1 attention ; mais du rest(î dans l'expression morah' res- ])ire une vie encore païenne, où aucun souille chrétien ne se trahit. Deux des disciples sont assis sur deschaises h i)liant très-basses ; les autres, moins c'igés, se tiennent debout ; tous sont vêtus à la romaine. Ce monument, extrêmement remanjuable comme jioint de contact entre le christianisme et l'antiquité, ne paraît pas, comme le croient Bottari et Miïnter, représenter Jésus enfant, (pii enseigne dans la synagogue; il semble avoir dépassé de beaucoup sa douzième année. Quoi qu'il en soit, cette peinture est inliniment su|)érieure, comme exécution, mouvement et ex{)ression, aux bas-reliefs funéraires (pie l'on croit delà môme épO(iue (1).

Nous ne nousarrêterons [ as à décrire tous les sujets |)eints dans les (piatre salles île Saint-Calixte : nous serions enlr.iîné bwaucoup trop l(tin, et le |>lan (jue nous avons adopté ne nous permet | as des études détaillées sur chacune des compositions arlis-

(I) M. Cypr. Kobcil, Ui!,l. vunitm. des ]it\mieTi. citnt.

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tiiiues lies Calritoiubcs. Mais nous no saurions nous dispenser d'indiquer au moins on passant nn sujet Irès-remarquab'e , sur lequel les arcliL^olo^^ues ont longuement (lissert(>, et sur letiuel , sans doute , ceux qui viendront aprôs nous disserteront encore. A la voûte d'une des salles on voit un vaste cercle k compartiments de mosaïques, au centre duquel apparaît la tigurc d'Orphée, entourée d'animaux charmés par les accords de sa lyre. Aux quatre angles sont les tigures symboliques des quatre saisons avec quatre scènes empruntées à la Bible. Ce n'est ceitainement pas sans quelque surprise que l'on découvre nu milieu des plus graves monuments du christianisme la tigure mythologique d'Orphée, avec tout l'entourage que les poètes lui prêtent constamment, avec son caractère essentiellement païen. La présence d'Orphée n'est pas un fait unique, qui s'observerait seulement dans le cimetière de Sa^nt-Calixte: on l'a constatée en plusieurs lieux et dans des circonstances variées. Cette représentation n'appartient pas exclusivement aux monuments peints, on l'a retrouvée sur des lampes ; et le savant Mamaclii a publié une pierre fine gravée, trouvée dans un tombeau chrétien, longtemps déposée au musée Vettori, sur laquelle on a placé la Tnôme fi.^ure. Quelle interprétation donner h un fait de cette nature? On en a proposé l)lusieurs ; nulle n'est plus plausible que celle de l'auteur du Tableau des Catacombes. • C'était alors, dit-il, le temps où les faux écrits d'Orphée, interpolés par une fraude j)ieuso, et remplis d'allusions plusou moins directes aux mystères de l'Evangile , ou même de prophéties relatives K la mission du Christ,circulaient dans les mains des fidèles. C'était aussi le temps oiî un empereur philosophe, secrètement disposé en faveur du christianisme , Alexandre-Sévère , faisa t placer d.ins son laraire les images d'Apollonius de Thyane et du Christ, d'Abraliam et d'Orphée : association étrange, qui peut servir mieux qu'aucune autre chose à caractériser l'esprit de ce siècle, où le polythéisme, partagé entre des erreurs anciennes qui lui échappaient et des croyances nouvelles qu'il repoussait, doutant de lui et de son génie, et cherchant partout ailleurs qu'en lui-même la foi qui lui manquait, essayait d'établir entre des o[)inionsop|»osées une SOI te de compromis bizarre, et s'efforçait d'accoupler des noms et des images, comme si cela suffisa t pour concilier des doctrines. Grâce à ces écrits récemment fabriquas à l'usage du polythéisme expirant, puis remaniés encore dans l'intérêt de la religion nouvelle ; grâce aussi à ce culte qu'il partageait avec Abraham, avec le patriarche de l'ancienne loi, dans le laraire d'un empereur, le nom d'Orphée, presque oublié de la Grèce mêm.-, i)rillait d'un é-.lat rajeuni au sein de la so- <'iété chrétienne; et quand deux des lumières de l'Eglise grecque, Théophile d'Antioche <H Clément d'Alexandrie, croyaient voir d..ns le mythe d'Orphée adoucissant les bô' es

féroces au son de la lyre, une sorte d'image symbolinue du Dicu^ fait homme attirant à lui tous les cœurs par le charme de sa parole, on cesse d'être surpris de trouver l'image d'Orphée dans les peintures des Catacoml)es cliréticnnes. »

Après la Catacombe de Saint-Calixte, celle connue sous le nom de Saint-Pontien est sans contredit la plus célèbre pour des peintures primitives. Elle fut découverte au commencement du xvii' siècle par le savant et infatigable Bosio, auquel les lettres sacrées ont tant d'obligation. Ce fut en l'année 1618 que l'ouverture en fut retrouvée aux bords du Tibre, sur la via Portuensis. Cette Catacombe avait été creusée par un citoyen romain nommé Ponlianus pour renfermer \gs ossements des saints martyrs Ab !on et Sennes, auprès desquels furent aussi déposés les restes de sauitc Candide. Plus tard, au-dessus de la crypte fut (levée une basihque dédiée sojs l'invocation de ces martyrs ; mais les ruines elles-mêmes de cette construction ont complètement disparu, de sorte qu'elle n'est connue que par des documents historiques. La Catacombe de Pontien mérita bien plus jusîement son nom, après que celui qui l'avait creusée y eut été luimôme enseveli, étant mort martyr. A ce cimetière, comme à tous ceux qui composant la Rome souterraine, se rattachent de glorieux souvenirs : le d acre saint Quirinus, qui avait enterré dans ces grottes les corps des saints Abdon et Sennes otieris dans l'amphithéâtre en holocauste au Soleil, obtint en récompense la couronne du martyre et les chrétiens réussirent à enlever son corps et à le placer dans les mêmes souterrains. Lorsqu'en 16î8,Bosio pénétra,pour la première fois depuis de longs siècles, dans L' cimetière de Saint-Pontien, les lieux lui présentèrent la triste image d'une complète désolation. Les tombeaux avaient été brisés, les inscriptions mutilées, les autres monuments dévastés et les peintiires effacées. Le pieux antiquaire gémissait d'une aussi déplorable profanation, arrivée, comme tant d'autres, probablement à réj)oque de l'invasion des barbares, quan 1, en avançant jusque dans les dernières profondeurs de ces galeries funèbres , il découvrit plusieurs sépultures intactes et des mosaïques aux couleurs fraîches et admirablem nt conservées. En plusieurs endroits, où le^ éboulements avaient obstrué les passages, il se traîna sur le ventre, au risque de perdre la vie. Enfin il arriva à une salle plus granJe que les autres, qui jadis avait été enlèrement couverte de peintures détruites, hélas! par l'humidité; une seule subsistait encore au plafond, mais à couleurs éclatantes et pleines de vie: c'était le portrait du Cîirist, dont le dessin est si remarquable de caractère et d'expression. On voyait aussi un tableau représentant les enfants dans la fournaise de Babylone. Enfin, au-dessus du tombeau des deux ilhîstres martvrs Abdon et Sennes, on avait figuré Jésus-Christ posant un^ couronne sur la tète des deux saints, debout dans leur se-

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l)iilcro, avec leurs noms écrits h cûlû deux : ces deux mariyrs, venus de la Perse, ainsi i^ue les trois enfants, Sidrach, Misaël et Ahdenago, ayant vécu en Asie, ont la tête couverte du boiuiet phrygien. Ces peintures, de niônic que beaucoup d'autres, furent gravées par les soins de Bottari dans son ouvrage intitulé : Sculptures et peintures sacrées. La re|)roduction a été généralement fidèle, (iuoi([ue beaucoup de détails laissent h désirer. 11 ser.iit peut-être fort dillicile de soutenir en thèse que les i)eintures du cimetière de Sniit-Pontien appartienm'nt à l'époque vra'inent [)rimitive , c'est-*»-; lire à un temps antérieur h la conversion de Constantin. Le savant Sickler ne fait pas didicullé d'admettre iiue dans les Catacombes un nombre de monuments iconologiques plus grand qu'on ne le croit communément doit être attribué au siècle d'Adrien et de ses successeurs immédiats. Il y reconnaît d<s signes particuliers qui ont à ses yeux une valeur sullisante pour justifier cette détermination et motiver son jugement. Qu hjues autres anti(iuaires, rares il est vrai, partagent en cela les convictions de Sickler; mais nous devons faire savoir que la plupart des anti(iuaires s'accordent assez à ne voir dans ces peintures que des monuments du second âge et môme du troisième âge. L'histoire nous apprend ({ue sainte Hélène, mè.e du gran 1 Coiislantin, avait une dévotion particulière pour décorer les tombeaux des martyrs : elle consacrait des sommes considérables à satisfaire sa p euse vénér, tion envers leurs ossements déposés dans les cryptes de Rome, des autres villes de l'Italie, de l'Orient et de Jérusalem. On reconnaît ass(^z distinctement quelques compositions (jui doivent être rapportées au siècle où elle vivait, sans être aussi heureux pour une foule d'autres dont l'origine est plus ou moins douîeuse. Si nous connaissons les cryptes sacrées de Home, ornées des mains de la mère du prem'ier empereur, rpiel sera le voyageur chrétien, favorisé de la Providence, qui découvrira les cimetières de Jérusalem, décorés par la môme main, de tableaux peut-être encore intacts? C'est un désir qui nous éc'iappe malgré nous du fond du cœur, comme il est échappé h tous les amis de nos saintes antiquités ecclésiastiques, à tous les archéologues qui voient dans ces monuments sacrés non-seulement des sujets d'études artisti q'es, m.iis encore et surtout d'éloquents témoignages qui parlent ha'ilemcnt en faveur de njs traditions re igieuses.

11 serait très-difticile, pour ne pas dire im[)Ossible, d'énumérer toutes les Catacombes et toutes les s. Iles funéraires des Catacombes, ornées jadis de peintures. Celte nomenclature, qui importe jus(|u'à un certain i)oiiit à l'histoire, serait assez inutile aujourd'hui à l'archéologie sacrt^e. La |)Iuj)art (les galeries souterraines, autrefois ,écorées à grands frais parla piété des lidèles, sont d(''pouillées de leurs riches ornements: l'humidité, et plus encore riiicurie de plu-

sieurs siècles, ont occasionné la ruine do ces précieux moimmenls. C'est dans les recm'ils des savants anticjuaires dont nous avons cudéjh l'occasion de citer les noms et dont nous parlerons plus longuement ailleurs, que l'on peut seuh'ment étudier avec fruit la marche, les progrès, la décadence, le style et le caractère de ces antiques et vénéral)les compositions.

Les anciens avaient coutume de placer des llcurs sur les tombeaux de leurs proches et de leurs amis. Les chrétiens imitèrent net exemple, qui n'avait en lui-même rien que d'innocent. Les cœurs affligés ont toujours trouvé un adoucissement à leurs peines dans le rapprochement des fleurs et des tombes : la religion était loin de condamner un usage semblable. Dès les temps les plus éloignés, on ne se contenta pas seulement de déposer des fleurs naturelles, des feuillages, des couronnes et des branches d'c^ibre sur le sépulcre des personnages que l'on voula t honorer; l'art vint en aide h rimi)uissance des moyens ordinaires et à la fr. gilité des productions les plus charmantes de la nature, en s'efforçait d'immortaliser par la scul[iture et la peinture, les offrandes empruntées aux jardins, aux cliamps, aux {)rairies et aux bois. De là cette luxuriante décoration déployée dans les colombaires ou sur les cippes funéraires dans la représentation peinte ou sculptée des guirlandes et des fleurs. C'est avec une prodigalité surprenante que la main de l'artiste se plut à recouvrir les murailles de mille et mille compositions fraîches et gracieuses, où les feuillages et les fleurs étalent leurs trésors et s'épanouissciit sous les formes les plus billes et les plus variées. Très-souvent les scènes historiques ou allégoriques étaient encadrées dans des bordures d'arabesques, où les motifs principaux de la décoration étai nt pris du règne végé'al. Les sujets mythologiques ne s'offraient jamais au regard nus et iso'és, ils étaient toujours rehaussés par .'es ornements et des végétations plus ou moins fantastiques.

On conçoit quel parti les premiers chrétiens devaient tirer de ce genre de décoration, que la rigidité la |)lus ont' éene pouvait condamner. D'ailleurs, les peintres chrétiens n'étaient pas toujours îles artistes fort habiles. Ils trouvaient donc dans l'emploi des fleurs etdes feuillages des modèles tout faits, nombreux, bien composés, faciles h imiter. Or, dans l'état de décadence où l'art était tombé à cette époque, c'était une ressource dont ils ne [)Ouvaient manquer d'user, car il est plus aisé de cop er que d'inventer. On reconnaît évidemment le défaut d'inspiration et d'originalité dans les peinturedécoratives qui couvrent les nun-ailles des cubicula des Catacombes romaines, à la présence (1 .' génies nus qui sortent des enroulements de feuillages, de génies ayant aux éi)aules des ailes de papillon, et h nombre d'autres traits appartenant certainemei't ai jtaganisme. Les réminiscences païennes, [lour ne pas dire les calques des peintures

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mylliologiiiues, oUVoiil une telle coïncidence et une telle similitude dans les monuments des anciens et ceux des chrétiens, que ceuxci présentent assez fréquemment Pégase ailé, Méduse avec ses serpents, des dauphins, des hippocampes, dont la signilication est incontestablement antique. Sans doute les chrétiens modifiaient le s"ni.des attributs purement profanes; mais l'emploi qu'ils firent souvent de motifs, non pas seulement analogues, mais encore identiques, avec ceux des pnïens au milieu desquels ils vivaient, est un fait trcs-remaniuable.

Les cadres d'arabesques et ae feuillages étaient en usage pour diviser en plusieurs compartiments le champ de la voiMe des salles funéraires , la courbure de l'arc des monumcnta arcuata, les montants qui séparent ces derniers monuments les uns des autres, et les i>arois des murailles oii l'on voyait des représentations historiques. Cepeiadant ces feuillages, pins ou moins élégamment (lévcloiipés, ne forment pas toujours uniquement un motif d'accompagnement ; ils sont distrilmés de manière à constituerle systèmi' lui-même de la décoration.

Ces compositions, qui jilaisent tant k l'œil, ne sont pas aussi intéressantes, à beaucoup près, que les compositions historiques. A ])roprement parler, ces dernières seulement doivent attirer l'attention des antiquaires graves et érudits. C'est dans l'étude qu'on en peut faire que l'on trouve matière aux plus utiles renseignements, aux rapprochements les plus curieux et aux inductions les plus instructives. Nous ne saurions décrire minutieusement tous les tableaux retrouvés dans les cimetières romains : ce serait une tâche aussi pénible pour nous que peu fructueuse pour nos lecteurs. Ceux qui désirent connaître à fond ce sujet spécial ont besoin d'aller consulter les grands travaux qui y sont uniquement consacrés. Nous nous bornerons à bien mettre en lumière un des sujets traités avec une véritable pré.lilection par les artistes de cette époque reculée, le bon Pasteur et le Christ enseignant. Pour les autres figures empruntées soit à la Eible, soit à l'Evangile, nous en donnerons une simple énumération. En terminant cet article, nous donnerons quelques détails sur les portraits peints de Notre-Seigneur , de la sainte Vierge et des apôtres saint Pierre et saint Paul. Nous regarions ces dernières esquisses des tableaux des premiers chrétiens comme un digne couronnement à nos études en cette matière : la figure auguste du Christ rayonnera d'une douce lumière à la fin de ces pages, comme sa douce image rayonne dans les cœurs qui l'aiment et l'adorent.

Si les sculptures des sarcophages nous ont offert fréquemment la figure de Notre- Seigneur sous les traits du bon Pasteur, les peintures des cubicula nous le présentent wien plus souvent encore sous le même symbole. On conçoit par là que les chrétiens ont eu pour cette représentation une prédilection marquée. Des antifjuaires , parmi

lesquels nous regrettons de rencontrer M. Raoul Rochelte , ont voulu prouver que la figure du bon Pasteur, cette figure érainemnirut chrétienne, ins|iirée par une des plus touchantes paraboles de l'Evangile, avait été copiée ou imitée de l'antiquité. 11 est évident que la vie pastorale des anciens a dû donner naissance îi des groupes peints ou sculptés, représentant un berger entouré de ses brebis. Nous savons encore que l'antiquité nous a laissé une sta'ue charmante, vulgairement connue sous le nom du Faune à l<i chèvre : on citera , sans doute , d'autre faits de même nature; mais nous demanderons:

Qu'est-ce que cela prouve ? En procédant ainsi par voie d'analogie, surtout en se contentant de rapprochements plus ou moins éloignés, on arriverait à cette fausse conséquence, que les dogmes , le culte, les cérémonies catholiques ne sont que des emprunts faits à l'antiquité. A l'aide du système des modifications plus ou moins profondes , quels para loxes n'a-t-on pas cherché à établir ? En matière d'art, comme en matière de philosophie, il faut être sobre de considérations de cette nature, ou bien on se laisse emporter fiar l'imagination , cette enchanteresse qui ne tarde jamais h substituer ses rêves à l'observation des faits. Nous sommes bien aiso de trouver une occasion favorable pour émettre ici notre pensée et protester énergiquemen* contre des tendances déplorables, propres à faire briller peutêtre une fausse érudition , mais assurément funestes à la véritable science. Les antiquaires consciencieux ne doivent-ils pas flétrir la triste école à laquelle appartenait le trop fameux Dupuy , qui poussa l'absurde jusqu'à ses dernières limites , prétendant que l'établissement des principales fêtes chrétiennes n'était que l'application des connaissances astronomiques des anciens, dont ces fêtes étaient des symboles, incom[)ris aujourd'hui delà multitude ? Cette audacieuse hypothèse est étayée sur des analogies, des rapi)rochements, des interprétations de faits certainement fort curieux; mais faut -il grand elfort pour fare crouler l'échafaudage de son argumentation à quiconque possède quelque science historique et arcliéologique. Laissons donc maintenant dormir en paix dans le tombeau des bibliothèques un livre mort pour le monde savant et dont le souvenir même aura bientôt disparu de; la mémoire des hommes. A moins toutefois que le système astronomique ne soit encore parfois invoqué comme une preuve des plus étranges aberrations de l'esprit humain.

Dans le cimetière de Saint-Calixte , dans celui de Saint-Pontien, on a découvert la ligure du bon Pasleur entourée de figures symboliques , comme nous l'avons indiqué précédemment. Dans une foule d'autres souterrains on a trouvé la même figure, dans une pose semblable, avec une brebissur 1. s épaules, \c pedum ou le bâton pastoral à la main, revêtu d'une tunique courte attachée par une ceinture. Le visage du divin berger est ordin^ijement imberbe , comme aux sculptu-

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rcs des sarcophages, mais deîj.siiié suivimt un tvpc (jui varie sans cesse. On S(>nl (jiie les cliréliens ne cliercliont pus dans cette re()rcscnlali(>ii ci reproduire les traits (jue la tradition leur avait fiil connaître de la figure du Sauveur : ils sont uni(ju('njent préoccupés de rinia;^e syuiboliijue, la plus lieureusc et la plus élo<[uente ex[)re.ssioii de sa mission divine. Dans la vaste C l'acondjc des saints Marcellin et Pierre, IJosio déc ,uvrit, dans la première des quatorze salles qu'il y jiarcourut, une curieuse peinture au centre (le la voùle. Le cercle du milieu est occupé par le bon Pasli ur, chaussé grossièrement à la manière des bergers, tenant dans sa main droite la syringa ou flûte pastorale à plusieurs tuyaux, ayant à ses pieds une brebis qui le regarde, assise, le ( ou tendu ; il en tient une autre sur ses épaules, et il est debout entre deux arbres. Dans une autre salle du même cimetière, le même antiquaire vit une décoration si'mblable, h l'exceplion de quelques traits particuliers : ainsi, le bon Pasteur ne tient pas de tlûte et, aux quatre angles de la voûte, étaient quatre figures de femmes, deux ayant la tôtc nue, et deux l'ayant couverte d'un voile, dans l'attitude de la prière. Le bon Pasteur se répète presque partout à la môme place dans les nombreux cubicula du cimetière de Saint-Marcellin. Toujours il porte sa brebis sur ses épaules, accompa-:né de jdusieurs brebis ou de béliers, entre des arbres auxquels est suspendue la flûte pastorale. Il a la tète nue , les cheveux courts , une chaussure rustique attachée au- dessous des genoux qui restent nus, une tunique très-courle évidée autour du cou et descendant à peine jusqu'au milieu des cuisses. Dans d'autres souterrains, sans doute décorés plus anciennement que ceux des saints Marcellin et Pierre, dont les peintures sont attribuées à sainte Hélène, le bon Pasteur a les genoux couverts par la longue tunique romaine et les pieds nus ou avec de simples sandales. On le voitapparaître indifféremmentavec ou sans la pèlerine, manteau court placé par-dessus la tunique , destiné à couvrir la poitrine et qui ne descend pas jusqu'à la ceinture de cuir qui serre les reins. Partout la brebis retrouvée, que le Pasteur emporte, lève la tète avec joie, au lieu de la baisser tristement, comme elle fit plus tard chez les Byzantins.

Dans la catacombo décorée par sainte Constance, petite-tîlle de sainte Hélène, et qui paraît avoir été un des principaux lieux de sépulture de l'époque de Constantin, on retrouva de nombreux fragments de peintures. Bosio,d';ntle nom sepré>enlesans cesse à notre plume, puisque son nom se rattache h l'histoire de toutes les grandes Catacombes lomaines , rouvrit et pa; courut cette catacombe au commencement ilu xvi* siècle ; il y trouva une foule de mosaïques brisées et de verres peints ; car la profusion «lies incrustations en mosaïque coiniiience au IV* siècle. Les chambres ornées d'insi riiilious et de toute sorte d'emblèmes hiéro-

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glyplii(pics étaient pleines de décombres, l'armi les séptderes, il y en avait un qui renfermait deux jeunes frères venus des Caules et (l(<nl la vie était racontée dans les vers d'une longue épitaphc. Ar nghi no; s montre au plafon I de la première salU; de ce ciinetière le Ch:i>t docteur, assis au milieu d'un C(;rtle, entre deux cassettes à rouleaux de [)ai>yrus. Ce te | einture, par une exce|)tion exlrao.dinairt! , no is montre le Christ en vieillard, environné de cpia're scènes de l'Evangile, de brebis, au nombre de huit, et de (juatrc! Orantcs, dont deux hounnes et deux femmes.

Les peintures historifjues des C-itacoinbes, dont les traits sont em[)runtés à la Bible, sont les suivantes :

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