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L'Annonc'ation

1 L La sainte Vierge assise ou en jiied, avec ou sans l'Enfant divin, mais toujours vodée.

*( On ol)servc, d'ajirès ces indications, dit M. le baron Marie-Théodore de Bussierre. dans son livre intitulé Les sept Basili(jues dv Rome, que les Catacombes destinées ci la séj)u!ture des victimes de la fureur des païens,, et ornées h l'époque la plus terrible de l'histoire du christianisme , ne présentent que^ des sujets héroïques et touchants, aimables et gracieux. Les traits de la vie duSauveur> (jui y sont reproduits, le montrent tous comme le bienfaiteur et le ré[iarateur du genre humain ; nulle [lart on n'y trouve ceux d(! sa douloureuse passion et de sa mort. De même, c'étaient les images des patriarches et de.s prophètes de rancieniie loi (jui étaient liv;ées aux regards {\vs chrétiens, |.o r leur servir dt; modèles et de consolation; et au mili(Mi du feu des persécutions ils s'encourageaient <'i persévé(er dans la toi par le souvenir d'Lsauc lié sur l'autel , de Daniel dans

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la fosso aux 1 ons, des trois jeunes lI(M>rou\ dans la fournaise. Le martyre leur rt-iit indifjué d'une manière indirecte, et on ne leur faisait point voir leurs frères en j)n)ie aux tortures auxquelles ils étaient eux-mêmes exposés. » (Tom. II, pag. 200 et 201.)

L'observation ci-dessus mentionnée par M. le baron de Bussierre, et si remarquahle en elle-même, ne soutTre qu'une seule excejvtion , et encore est-elle contestée. Vn ne connaît qu'une seule représentation directe et positive de martyre , celui de la vierge Saloraé : cette image unique appartient évidemment, d'après la barbarie du pinc au, plus encore que d'après le choix du sujet, a une époque de la plus extrême décadence. L'écrivain moderne qui a le mieux connu et le plus souvent parcouru, dans tous 1 s sens, les Catacombes chrétiennes, où il a fait, même après les Bosio et les Boldetli , des découvertes nouvelles, Séroux d'Agincourf, aftirme , qu'à l'exception de la peinture citée en dernier lieu , il n'a rencontré lui-même, dans ces souterrains , aucune trace de nul autre tableau représentant un martyre. « Occupés seulement , au milieu des épreuves d'une vie si agitée, et souvent d'une mort si liorrible, de la récompense céleste qui les attendait, les chrétiens n? voyaient dans la mort, et même dans le supplice, qu'une voie prompte et sûre pour arriver à ce bonheur éternel ; loin d'associer à cette image celle des tortures ou des privations qui leur ouvraient le ciel, ils se plaisaient k l'égayer de riantes couleurs, à la présenter sous des symboles aimables, h l'orner de pampres et de fleurs; car c'est ainsi que nous apparaît l'asile de la mort dans les Catacombes chrétiennes (1). »

Avant de faire nos réflexions sur les portraitsde Notre-Seigneur et de la sainte Vierge, plusieursfois reproduits dans les Catacombes, nous commencerons par citer un passage fort curieux de Nicéphore, relatif à la figure de Jésus-Christ et de sa bienheureuse Mère.

Voici les paroles de l'historien Nicéphore Calixte : « Le visage (du Sauveur) était remarquable par sa beauté et par son expression. Sa taille était de sept palmes (5 jàeds k pouces 2 lignes). Ses cheveux tiraient sur le blond ; ils n'étaient pas fort épais, mais un peu cré[ius k l'extrémité. Ses sourcils étaient noirs , mais ils n'étaient pas exactement arqués. Ses yeux, tirant sur le brun et pleins de vivacité, avaient un charme inexprimable; il avait le nez long. Sa barbe éta t rousse et assez courte; mais il portait de longs cheveux. Jamais le ciseau n'a passé sur sa tète: nulle main d'homme ne l'a touché, si ce n'est celle de sa mère, lorsqu'il était encore enfant. Il penchait un i)eu la tête, et cela lui faisait perdre quelque chose de sa taille. Son teint était à peu près de la couleur du froment lorsqu'il commence à mûrir. Son visage n'était ni rond ni allongé , il tenait beaucoup de celui de sa mère, surtout pour la j artic

(Pi Tableau detCat., p. 18i-

inférieure. Il était vermeil. La gravité, la prudence, la do'ceur et une clémence inaltérable se peignaient sur sa tigure. Enfin, il ressemblait en ton' h sa divine et chaste mère.»

Nicéphore a emprunté h saint Epiphane le portrait suivant de la sainte Vierge : « La gravité et h plus grande décence régnaient dans toutes ses actions; elle parlait peu, ma's toujours h propos : toujours aliable, elle était honorée et respectée de cliacun. Sa taille était moyenne, el'e avait le teint couleur de froment, les cheveux blonds, les yeux vifs, la prunelle tirant sur le jaune et h peu près de la couleur d'une olive , les sourcils d'un beau noir et bien arqués, le nezas-ez long; les lèvres vermeilles , d'où il ne sortait que des paroles pleines de suavité. Sa figure était ovale; elle avait les mains et les doigts longs. Ses habits étaient de la couleur naturelle de la liine. y>{Niceph., lib. ii, cap. 23.)

La description donnée par l'historien, d'après la tradition, est-elle ressemblante ? Les portraits dessinés dans les Catacombes sontils authentiques ? Il est impossible do l'affirmer certainement ; mais qui pourrait le ni r? Jésus-C'irist, pendant son passage sur la terre, au moment surtout où il remplissait la Ju !ée de ses bienfaits et d"S signes de sa puissance , a dû être l'objet , dans sa personne , de cette curiosité naturelle qui fait qu'on cherche à voir et à distinguer les traits des pe sonnages que l'on admire et que l'on vénère. Chacun peut rappeler à son souvenir cette scène si touchante d'enthousiasme populaire : Jésus-Christ, ses disciples, cette fodle immense et Zachée montant sur le sycomore pour contempler le Sauveur, voir comment il était, videre Jesum guis esset {Luc. xix, 3, h). Et c> tte t:oupe étrangère , ces gentils s'adressant à Philippe et lui disant : « Seigneur, nous voudrions bien voir Jésus; Domine, volumus Jesum ««dere [Joann. xn). » Comment la tradition n'aurait-elle pas conservé quelques détails sur la figure et la taille du Sauveur que l'on avait un si grand empressement à contempler pend;int sa vie ! Assurément cela n'est point présumable, et nous sommes convaincus que les apôtres et les disciples , pour satisfaire à fa pieuse curiosité des premiers chrétiens, leur auront souvent raconté com^ ment était Jésus. Dom Calmet dit positivement : « II n'est nullement incroyable que l'on ait conservé dans l'Eglise une tradition constante sur la forme de Jésus-Christ , qui se soit perpétuée jusqu'à nous. » {Dissertation sur la beauté de Jésus-Christ , dans la grand ' Bible in-i".)

Dès le IV' siècle, saint Jérôme dit, en parlant du Sauveur : « L'éclat qui brillait sur le visage du Christ, et la majesté de sa divinité qui rejaillissait sur son humanité , étaient capal)les d'attirer sur cet Homme-Dieu , dès la première v e , les cœurs de ceux qui avaient le bonheur de le regarder. Certe fulgor ipse et majestas divinitatis oceullœ quct eliam in humana facie reluccbat , ex primo ad sevidentes trahere poterat aspcctu.» [InMatth., cap. IX.) 11 dit ailleurs : « On remarquait

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dans SOS youx un cortain ('clnt tout {('Icsltî, et la niaj(îsl<'! divine se l'nis.iil sentir sur sa lace. » {In Mattft., cap. x\i.) Kt en ellel, eontinue-t-il, connnent Jé>us-Cln'ist am-ait-il pu attirer si i)r niptement à lui, s'il n'avait eu rien d'extraonlniaire dans sa jx'rsonne?

(Kpistol. ad Principiain.) Saint IJasjle adopta i'iiitei prétalion de saint Jérùnie; il dit : « La divinité de l'enfant Jésus dans la crèche ou dans le hcrceau se lit sentir aux mages; elle éclat.iit connue au travers d'un verre transparent , et était sensible h ceux (jui avaient les yeuxdu C(Rur [)urilit''S. » (l)ehuinnn(i('hristi qencrat.) Saint Jean Chrysostonie alla plus loin ; il enseigna forniellenient « (jue les peuples étaient comme cloués au Sauveur d'une majnère très-tendre , ne pouvant se lasser lie le voir et de l'admirer.» (In psainu xnv.) Et un peu après, explitpiant le passage d'Isaie, il dit : « (lardez-vous bien d'entendre ces paroles do la laideur du corps ; h Dieu ne jilaise que nous les jirenions on ce sens, mais du mépris (ju'il a fait de tout ce que le n)onde estime, et de la bassesse dans laquelle il a voulu naître 1 »

Saint iBernard , développant la pensée de saint Jean Chrysostonie, s'ex|)rime ainsi: « Les troupes de peuple qui suivaient ce divin Sauveur, jjondant qu'il prêchait dans les villes et dans les bourgades , étaient attachées à sa personne par l'attrait de ses grAces et par la douceur de ses discours ; sa voix était pleine de douceur et sa face rayonnante de beauté. Adhœrebant ei affûta par iler, et aspect u illiiis delectati... Cujus nimirum vox suavis et faciès décora. » (Sermo in fest, omnium SS.) Au xii' siècle , A; Irède, abbé de lleverby , de l'ordre de Citeaux, au diocèse d'York, en Angleterre, rend témoignage à roi»inion que l'on avait de son temps touchant la beauté de Jésus-Christ. Nous ne jiouvons nous empêcher de citer un passage charmant de cet auteur : « Jésus, âgé de douze ans , étant avec saint Joseph et la sainte Vierge, à Jérusalem, comme les bandes des hommes étaient séjjarées de celles des femmes , afin que chacun pût se conserver dans la pureté convenable pour assister aux cérémonies saintes et participer aux sacrifices , l'enfant Jésus allait tantôt dans une bande , tantôt dans une autre , n'étant point encore obligé à la rigueur de la loi ou de la coutume , à cause de son Age. Sa beauté charmante et son air gracieux lui gagnaient tous les cœurs , et chacun s'estimait heureux de le posséder; chacun s'empressait de le caresser et do le conserver dans sa compagnie. Quand il était avec les hommes, sa sainte Mère le croyait avec saint Joseph, et réciproquement saint Joseph le croyait avec Marie lors(^u'il n'était pas avec lui. Cela fut cause qu'ils n;* s'a;>erçurent de son absence, ai retour, (ju'après le'preini r jour de marche. » (Sermo seu trac ta fus de Jrsii daodnii, iiiblioth. Patrum, tom. XII.) Cette pieuse légende est bien propre ii nous faire connaître, dans sa plus belle expression, la i)ensée du "ïu* siècle sur la personne et la beauté du Sauveur. Si ro[)inion de l'abbé Aëîrède n'eijt

pas d'un grand poids dans la (piestion ellenième , sous le rapport de l'aiiliquiti', cUe n'en constate pas moins, avec beaucoup d.> force, la tradition généiale de la société chr 'tienne.

Il {)araît incontestable que les chrétiens conservèrent to^ijours, au moins par tradition, le portrait de Notre-Seigneur. La [leinture de la Calacoml)e de Sainl-Calixte, sv connue des anti([uair('S, peut donc être donnée» comme un vérila' le portrait. C'est la plus ancienne, probablement, des peintures de ce g»>nre. Le Sauveur s'y montre avec un visage de forme ovale légèrement allongée, une physionomie douce, grave et mélancoli(iue; la barbe courte et rare; les cheveux sé|)arés sur le milieu du front en deux longues tresses cpii tombent sur les éjtaules.

Nous no dirons rien ici des portraits de Jésus-Christ , qui circulèrent pendant «juelque tcm; s dans l'Eglise , et qui étaient d'origine gnosliquc. Il nous est resté plusieuis pierres gravées, de travail gnosti(pie, un(î entre autres, où la tète est accom|)agnée du nom XPICTOY. Ces portraits n'olfrent aucune garantie de ressemblance : ils ont été condamnés par plusieurs Pères de l'Eglise, et notamment i)ar saint Augustin. (S. Aug., de, Jlœresibus , ca[). 7; cf. Acl. Lampridius in Alexand. Severum, § 29.)

11 en est des portraits de la sainte Vierge commode ceux du Sauve ir ; nous n'en |)0ssédons aucun d'autlicntique, quoique nous sa hions que la plupart des détails sur la I)ersonne de Marie sont basés sur la tradition et, par conséquent, [leuvent approcher beaucoup de la vérité, s'ils ne sont pas la v.'rité elle-même. Disons cepenilant avec Alban Butler, qu'il a plu h Dieu de jeter un voile et sur la vie et sur la mort do la Mère du Sauveur, le ciel seul étant digne de connaître et de posséder ce trésor de sainteté caché aux regards des mortels. Dès les tenij)s les plus anciens, on vit des images de la sainte Vierge circuler entre les mains des fidèles. Le sentiment de l'honnêteté' qui brillait dans ces images de la sainte Vierge, au témoignage de saint Ambroise, prouve qu'à défaut d'une eftigie réelle do la Mère do Dieu, si la tradition n'en avait pas transmis les principaux traits, l'art chrétien avait su y reproduire la physionomie de son Ame, s'il est permis d'employer cette expression, et cetle beauté physique, symbole de la perfection nio aie, qu'il était impossible de ne pas attribuer à la Vierge par excellence et à la Mère de Dieu. C'est aussi ce caractère (jui se retrouve, autant que le comporte l'inhabileté des artistes et la médiocrité des travaux, dans certaines peintures des Catacombes, où la Vierge est représentéo assise, avec l'Enfant-Dieu sur ses genoux, tantôt en pied, tantôt en demi-figure, toujours d'une manière cpii paraît conforme h un tyj o hiérati(iue. Dans ce groupe de la Vierge- Mère, tenant sur ses genoux l'Enfant-Dieu, qui résumait, si admirablement, mémo sous la forme la j.lus imparfaite, telle que nous 'la présentent de nombreux verres peinls des

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r.aiaconihes (un de ces verres est pulilié ^)ar Holdetti, Osservazioni, etc., pa;j;. 2 )-2 , lav. vn, n° 21), ttiut ce qu'il y avait de suhlimo et deloucliant dans le mystère du clirislianisine, la Vie-ge apparaît toujours voilée, avec tous les traits de la .jiMmesse, de la modestie et de la pureté. Telle ou la voit, notamment sur un des sarcoplia^^es d i musée du Vatican, dont le style et le travail annoncent la meilleure époque de fart chrétien. (Bottari, Pitturc c Scullurc, tom. 1, tav. wvviii.) La manière dont le groupe en .pu^stion est tiguré s r les monumen:s des Catacombes, peintures, bas-reliefs, vases de verre, la plupart antérieurs au ly" siècle de notre ère, conséipu-mment antérieurs aussi au concile d'Ephèse de l'an 4-31, sufiit pour jirouver (lu'i! existait déj^, dans les premiers siècles du christianisme, un modèle de la li- ^re de la Vierge, sinon consacré par l'autorité de l'Eglise, du moins généralement aJoplé parmi les tidèles. Ce trait de l'iconographie chrétienne, ainsi constaté par les monuments mêmes liiés des Catacombes de Rome, suftit pour détr.iire les allégations d'auteurs protestants, tels que Basnage (//^sf. de l'Eqlise, livre xix, ch. 1, § 1 ; liv. xx, ch. 3, § 7 et 10),(iui ont soutenu qu'on n'avait commencé ii représenter la sainte Vierge ([u'après le concile d'Ep':èse ; et cela, comme en lieaucoup d'autres choses, faute d'avoir connu les monuments d'antiquité chrétienne qui établissent inconiestablement la doctrine et la pratique de l'Eglise catholique romaine.

Nous ne pouvons résister au plaisir de mettre sous les yeux de nos lecteurs un passage du tome II de VEsquisse de Rome chrétienne, par M. rabl)é Gerbet, sur les images de la sainte Vierge :

« Nous devons une mention spéciale aux images de la sainte Vierge. Les peintres des chapelles sépulcrales, les sculi)tures des sarcophages, la numismatique, nous en ont conservé quelques-unes d'une manière trèsdistincte, mais elles ont été certainement plus nombreuses. Les artistes chrétiens, qui représentaient si souvent plusieurs saints personnages de l'Ancien Testament et du Nouveau, ont du reproduire, pour le moins aussi fréquemment celle que l'ange a saluée pleine de grâce, que l'Esprit-Saint a fécondée, la nouvelle Eve, qui, outre sa sainteté p rsonnelle, a été l'instrument divin de l'Incarnation et de la Rédemption, comme l'Eve antique avait été la cause de la chute. Appuyés sur cette observation, les antiquaires d 1 XVII' siècle en avaient déjà conclu que parmi les Orantes, ou femmes en prières, peintes dans les Catacombes, il y en a plusieurs (pie les premiers c'iirétiens savaient être des images de la sainte Vierg •, tandis que nous ne pouvons plus les discerner qu'avec le secours de l'analogie et par la voie du raisonnement. Il faut, en effe% distinguer deux classes d'Orantes. Les unes peuvent être des portraits de défuntes: la place qu'elles occupent sur les monuments sépulcraux semble l'indiquer. Mais il y en a d'au-

tres parmi les peintures qui décorent les voûtes des chapelles. Lorscpi'une de ces voûtes n'otire, dans tous ses autres compartiments, (lue des faits ou des i)ersonnagcs do la Bible, on doit en couclurc que l'Oranle qui s'y tr(»uve môléc est elle-même un sujet biblique, q l'elle représente non une fiMume ordinaire, mais une des femmes que l'Ecriture sainte a louées. Or, de toutes ces feuimes, la Vierge est la seule dont ou |-.uisse croire q le la piété des premiers siècles a voulu |)résenter fréquemment son image à la vénération des tiJèles dans les lieux sacrés. Rien ne demandait pour les autres un semblable privilège. D'ailleurs, chacune de celles-ci aurait dû être accomj)agnée de quelque signe particulier qui em[)êchAt de la pri'ndre pour une autre ; tandis que l'usage de re[)résent!T la Vierge parmi les sujets bibliques, sous la forme d'une Orante, étant adopté, la place qu'elle occupait et l'abseneo de tout attribut spécial suftisaient pour indiquer (pie cette figure était la femme par excellence, la commune mère des lidèles.

M Elle y est représentée les bras étendus et élevés, c'est-à-dire dans l'acte de la prière. Celte attitude est conforme aux. usages suivis par les artistes des Catacombes. Les verres orbiculaires reproduisent le même type. Sur l'un d'eux, la Vierge est placée entre saint Pierre et saint Paul ; sur d'autres, eile est entre deux arbres; on y voit aussi des colombes auprès de sa tête, mais son attitude est celle des Orantes. Les peintres des premiers siècles avaient l'habitude de figurer ainsi la Vierge et les autres saints, à moins qu'ils ne les représentassent dans un acte ou avec des attributs qui avaient une autre pose. Pour ne pas troubler Jes idées des néophytes à peine sortis du paganisme, il était important de déclarer à leurs yeux mômes que les saints n'étaient pas pour les chrétiens ce que les divinités étaient pour les idolAtres ; il convenait donc de donner à leurs images l'attitude de la prière, pour bien marquer que Dieu seul est la source de toute grâce et le terme de toute prière. Cette attitude exprime précisément le dogme catholique, car il se réduit fondamentalement à }»rier les saints de prier Dieu pour nous. L'Eglise dit toujours que la Vierge est une Orante, et que c'est le bon Pasteur seul qui sauve. La plus moderne des confréries de la sainte Vierge, celle qui est établie à Paris l)0ur la conversion des pécheurs, pourrait très-bien choisir un sujet de tableau pour sa bannière parmi ces peintures des Catacombes, où nous voyons au centre le bon Pasteur qui ramène la brebis égarée, et audessous la Vierge en prière.

« Je ne puis résister à l'envie de mettre en regard de ces monuments primitifs le p.issage suivant très-moderne. Voici ce qu'on lit dans une lettre publiée par le prélat anglican qui occupe aujourd'hui le siège épiscopal d'Exeier : « Je symj)at!iise si peu avec « un parti quelconque tendant à papaliscr « l'Eglise, que j'ai retiré, il y a quelques « semaines, mon nom de la liste des raem-

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« hres d'une socitUo Mafiiicllo je m'i'lais f.iit X lionncvir cl'a|»i>ailtMiir, vu sou olijet primi- « til" et la positiou de ses Ibudatcurs : je veux « parler de la sociétt^ archéologique de Canit Lridge. Je ui'en suis sépare, en découvrant « que son /(''le l'avait j)ortée à figurer dans " son ca(;liet la Vierge Marie couronnée et « tenant le Seigneur enfant dans ses bras, « puis deux saints inconnus à notre calen- '( drier. J'ai considéré cela connnc une infl suite gratuite faite aux sentiments des « protestants, et j'ai cru qu'il était de mon '< devoir de protester, en nie retirant de la « société. »

« C'est un curieux spectacle que de voir nn docte prélat, conduit par ses idées protestantes, à reculer d'Iiorreur, en 18iG, parce 3uM a découvert, sur le sceau d'une société 'anti([uaires, ce même type de l'enfant Jésus dans les bras delà Merge, que nous retrouvons sur un verre oibiculaire teint du sang d'un martyr, et dans un tal)leau audessus d'un autel des Catacombes, où des mains chrétiennes l'ont placé dans le siècle qui a suivi le siècle des apôtres. »

Nous pourrions ici indiciuer le type des portraits île saint Pierre , de saint Paul , et dei)lusieurs autres saints ou saintes; nous l'avons fait ailleurs ; mais nous ne liniroiis p 'S ce court ar.iclesur les peintures des Catacombes sans émettre une r>''ilexion. Les iconoclastesanciens et modernes , car il y en a encore de nos jours, pourraient aller étudier les traditions primitives au berceau môme du christianisme. Les protestants qui nous blâment si amèrement , qui nous appellent iduldtrcs, parce que nous exposons dans nos églises les images des saints, n'ont quh descendre dans la jjrofondeur des cimetières sacrés et à lire avec nous sur les murailles des Catacombes les pages écrites parla main des premiers chrétiens. Oserontils jeter la dénomination d idolâtres à la poussière sacréedo ces martyrs qui ont versé leur sang jjour rendre témoignage à la vraie foi, qui ont protesté dans les supplices contre les erreurs et les superstitions du polythéisme et de l'idolâtrie ! Voilà un fait , comme il y en a tant d'autres , qui démontre com.ment les doctrines du protestantisme sont appuyées sur l'anliquitc ccclésiasti- (]ue 1

Non-seulement dans les Catacombes, mais encore dans leurs maisons, leurs meubles , leurs relations, les premiers chrétiens tirent usage fréquemment de signes symboliques, dont ils avaient seuls l'intelligence, (|ui exprimaient un ensemble d'idées, et qui servaient à se faire re(.'Ounaître entre eux. C'est ainsi que, dans les historiens, il est fiut mention d'anneaux et de sceaux portant des emblèmes chrétiens, mais mystérieux, dont le sens n'était ouvert qu'aux seuls initiés. C'est surtout dans les Catacombes et jusrjue sur les humbles pierres qui recouvrent les restes mortels d('s gens du peu|)le, que l'on retrouve le plus grand nombre des signes

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syndxtliipu'S usités chez les fidèles de l'Eglise primitive. Chacun sait (jue la langue des symboles (lait très-répandue dans l'antiquité, c'est-à-dire, (jue h s anciens peuples faisaient souvent usage d'endjlèmes secret.<î pour leurs initiations religieuses. Les chrétiens composèrent des si,.;nes syndxdiques dont eux seuls avaient la clef; ils en empruntèrent d'autres à l'usag»; conumin, en les détournant de leur signiiication prennère pour leur attribuer un sens chrétien. Nous ne pensons pas (pie les chrétiens aient adopté la langue conventionnelle des symboles, comme réminisc .nce des signes hiéroglyphi(|ues de l'Kgypte, dont un vague souveiiir se serait perpétué au milieu du neuple juif, pour [)asser enfin dans la nouvelle société fondée par Jésus-wlirist et les apAtres. Nous laissons à d'autres le soin de recherc'ier ces filiations mystérieuses (pii rattachent, à ce qu'ils prétendent, la plu[>art des usages chr.'tiens à des usages beaucoiq) plus anciens et jusqu'aux coutumes des nations [irimitives, celles que la Bi: le mentionne au berceau du genre humain. {Voy. Ai.i.kgohik, K.MBLtME, Symboles, Ammaix symuoi.k>les.)

Les symboles les |)lus remaniual.les du christianisme sont /« colombe, le ijoisson, le. navire, la lyre et l'ancre. Sans rien dire de particulier sur la figure de la colombe que tout le monde connaît comme emblème do la simplicité et de la fidélité, nous analyserons brièvement l'emblème si curieux du poisson. Il était, dès les premiers temps du cluistianisme, d'un usage universel, en raison d'une circonstance toute fortuite qui faisait que le mot grec ixhvî:, poisson, offrait, par les cinq lettres dont il se compose, les lettres initiales des mots 'i/;G-oOf Xr- <r-ô»- wecO Yt'ô,- io}-rp, JÉsis-CmusT, Fils de Dieu, Sal- VEUR. Grâce à cette combinaison si extraordinaire, le nom, aussi bien que l'image du poisson, était devenu comme une sorte de signe phonétique, i)ropre à exprimer toute une série de mots consacrés.

Les anciens ont souvent comparé la vie humaine à une périlleuse navigation. Les chrétiens se sont emparés de bonne heure de cette idée et de lemblème correspondant qui exprimait si bien létat dans le(iuel ils vivaient. Us ont très-souvent placé un navire dans le port sur le cercueil de leius frères défunts, pour indiquer ipie la mort les avait fait heureusement parvenir au j)ort du salut. L'ancre de navire a rapi ort à la même idée.

La lyre, la couronne, la palme, les branches de laurier, sont aut.uit d'emi>lèmes d'une victoire heureusement remportée et suivie du triomphe.

Mais parmi les divers objets seul, tés ou gravés, en guise de synd)oies, sur les pierres sépulcrales des Catacombes, il n'en est pas de j)lus intéressants que les instruments do toute sorte qui y figurent, soit i>our exprimer le nom propre des défunts, par une do ces allusions déiivées du système phonéti- (pie de l'anti pnté, soit, et le plus souvent, l)our indiijuer la profession des personnes.

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Ainsi une ancre et dos poissons font allnsio.n nu nom d'une i'emmo nommt^e Maritimn.

( BoUlotlii (hsei-vazioni, p. 37-2) ; l'imago d'uno petite truie accompagne répitai)he d'une autre femme appelée Porcr//« (Id. ibid. pa^. 3701; la figure d un âne sur Tinsci iption (l'un certain Onagcr (Id., pag. 28 ; Remondini, Dissertazioni, pag. 88) ; celle d'un draqon sur la pierre d'un Dracontius (Boldetti, ibid., pag. 38G ; Att. di Corton., tom. IV, pag. 30)rsont encore deux traits du même système phonétique qui avait reçu, comme oli sait, tant d'applications sur les monuments publics et privés de l'antiquité grecque et romaine, et qui avait dû passer, nar l'effet d'une pratique invétérée, dans les habitu les du christianisme. Il en fut de même de cette autre coutume antique qui consistait à sculpter sur les tombeaux les instruments de la profession des défunts, ou les insignes de leur dignité, et dont il nous est resté, comme pe'rsonne ne l'ignore, de si nombreux exemples sur les monuments de l'antiquité grecque et romaine. Les chrétiens suivirent il leur tour le même usage ; et de là vient que tant d'instruments de professions mécaniques et industrielles sont gravés sur les pierres sépulcrales des Catacombes.

Les haches, les fers de laiiCcles tenailles, les marteaux, sont au nombre de ces instruments, qui se voient gravés ou sculptés, d'une manière plus ou moins grossière, sur les cercueils des chrétiens de Rome, pour la plupart gens de métier ; ils furent d'abord regardés comme des symboles du martyre.

Mais il va déjh longtemps, dit M. R. Rochelte, qu'une' pareille idée, soumise à l'épreuve d'une critique rigoureuse, a dû être, sinon entièrement détruite, du moins considérablement modifiée. Ainsi, sur une pierre du cimetière de Sainle-Priscille, un marteau figuré à côté de l'inscription qui appartient h un artiste statuaire, artifici signario, fait certainement allusion à la profession de cet artiste, et non au martyre qu'il aurait subi. (Boldetti, pag. 316 ; Muratori, Thés., pag. 963, n" 4.)

Parmi les peintures des Catacombes, on rencontre de nombreuses images de fossores, et il est naturel de rapporter à cette profession des instruments tels que la pioche, le coin, le compas, qui se rencontrent assez souvent sur des pierres sépulcrales, extraites des mêmes cimetières. (Lupi, Epitaph. Sever. Martyr., pag. 55, lli-; Vermiglioli, Jscriz. Perug., pag. W3.) Il en est ainsi de la figure d'un marteau et d'une équerre, gravés sur une pierre du cimetière de Saint- Calixte, oij se lit l'inscription d'un ouvrier marbrier, marmorarius, et qui ne peuvent avoir rapport qu'à cette profession. (Muratori, Thés., pag. 1839, n° 7.) Un métier à tisser, symbole tout à fait d'accord avec l'inscription qu'il accompagne, et qui est consacrée à la mémoire d'une matrone chrétienne, Severa Seleuciane,'^ été reconnu sur une autre pierre des Catacombes. (Lupi, Epitaph. Sever. mart., pag. 28-29.) La i)résence d'instruments, figurés d'une manière

grossière, sur plusieurs pierres chrétiennes, comme des esjjèces de peignes à carder la laine (Boldetti, Osserv., jiag. 319 ; Lupi, Epitaph., pag. 22, 29, 30), s'explique par lo même motif, et cela avec d'autant plus de probabilité, que le même instrument a été observé sur des marbres antiques où se lisait le titre de lanorius pectinarius, cardeur de laine. (Crutcr, pag. 648, n° 2; Orelli, Inscrip. ht. sel., n" i207.) — Sans pousserplus loin cette énumération, on peut citer quel- <[ues exemjjles de personnages chrétiens, représentés avec les instruments mêmes de leur profession, que nous otfrent plusieurs pierres sépulcrales des Catacombes. Telle est, sur une épitaphe du Musée Kircher, à Rome (Galeolti, Mus. Odelcalch., tom. Il, tab. II ; Lupi, Epitaph. pag. 50) , la ligure d'un jeune chrétien, nommé Maximinus, mort âgé de vingt-trois ans, qui avait été un des officiers imblics préposés à la mesure du blé, mensores cereris Augustœ ; ce qui résulte de la manière dont il est représenté, ayant une verge à la main, ou une règle, rutellum, dont se servaient les officiers en question, et à ses pieds un boisseau, modius, rempli de grains et d'épis qui en sortent. Sur une pierre sépulcrale du cimetière de Saint-Calixte, on voit un personnage rustique nommé Léon, tenant h la main une espèce de râteau, avec une pelle et une serpe, et im chien à ses jneds ; image authentique et fidèle, dans son imperfection môme, d'un de ces pauvres gens de la Campagne de Rome, converti de bonne heure au christianisme. (Fabretti, Inscript., cap. 8, n° 00, pag. 57i.) On peut rappeler encore le monument consacré à la mémoire d'un sculpteur chrétien, Eutropus ; c'est une pierre tumulaire, extraite du cimetière de Sainte-Hélène, où ce personnage est représenté travaillant, aidé de son fils, à sculpter un sarcophage, avec les divers instruments de sa profession à la main et aux pieds. (Fabretti, ibid., n° 102, pag. 587.)

Nous trouvons, chez tous les peuples de l'antiquité, l'usage d'orner, et pour ainsi dire, de meubler la tombe, par la présence des objets qui servaient à tous les besoins comme à tous les plaisirs de la vie. Cet usage paraît remonter au berceau môme de la civilisation orientale. On en possède de nombreux témoignages et des monuments fort curieux })Our les anciens habitants de la Rabjlonie et de la Perse, comme pour ceux de l'Egypte, et le peuple juif n'y resta pas étranger.

Ce fut un spectacle aussi curieux qu'instructif pour les premiers explorateurs des Catacombes chrétiennes que l'aspect général de ces sépultures chrétiennes, ornées , au dedans et au dehors, d'une foule d'objets de toute espèce et de toute matière, à la présence desquels devaient nécessairement se rattache/ des intentions pieuses et des idéei symboliques. Devant un | areil fait, la première observation qui se présente à l'esprit

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du pieux cl savaul B ;liletli,ce chanoine de Sainlo-Marie-Majeure , qui cul pendant plus de trente années la garde dos ciincli^res sacrés de Rome, c'est qu'en décorant les tombeaux de leurs frères ilc tant d'objets de pur oniiMuent ou d'usage réel , les chrétiens n'avaient pu ôtre dirigés (jue par ce motif d'espérance qui leur faisait consi lércr le tombeau comme un lieu de passage d'oij ils devaient sortiravectout'S les conditions dcrinimurtalité, et la mort comme un sonnneil ()aisible, au sein duquel il ne pouvait le ir être indifférent de se trouver environnés des objets qui leur avaient été c'iers durant la vie, ou ae l'image de ces mômes objets. (Boldetti, Osservazioni, pag. Wo.) C'est d'après cette idée de meubler, d'embellir et pour ainsi dire d'animerla tombe, enla décorantdepeintures, en l'éclairant de lampes, en la remplissant de tout ce qui pouvait en rendre, en quel(]ue sorte, le séjour moins triste et l'aspect moins lugubre : idée touchante et naïve, qui avait inspiré l'an'.iquité profane dans renq)loi des mêmes moyens, mais que le ciiristianisme avait épurée, en la rapportant à un princi;e plus élevé et en la dégageant de toute vue sensuelle; c'est d'après cette idée seule ([ue l'on peut s"exiili(iuer l- système général de décoration des sépultures chrétiennes, et se rendre compte de chacun de ses éléments.

11 ne s'agit pas d'énumérer ici celte foule d'objets matérii llement empruntés au paganisme, (pii faisaient à l'extérieiu', ou même au sein des sépultures chréîiennes, l'oftice de simples ornements, tels que bijoux de toute espèf-e, travaux en ivoire, en verre et en mêlai, médailles, pierres gravées, qu'on a trouvés en tout temps dans ces tombeaux, et qui font des Catacombes chrétiennes une véritable mine d"anti([uités. {Voy. Tableau des Catacombes, par M. R. Kochette, chap. o.) Nous dirons quelqu s mo s des lampes, des vases ou fragments de vases (jui constituent assurément les ornements les plus nombreux et les [)his intéressants. Les lampes s.int pour la plupart de terre cuite, quelques-unes sont en bronze ; il s'en est trouvé aussi quelques-unes en argent, ou même d'ambre , il en a été recueilli une de cette espèce, avec d'autres objets et une tigurine d'ambre , dans le cimetière de Sainte-PrisciJle (Boldetti, Osserv., pag. 298, tav. I, II" 7). Elles ont généralemrnt cette forme de barque, cymbium , navicella , cymbion , qui avait eu chez les anciens une signihcation mystique, appropriée sans peine aux croyances du christianisme où la barque était devenue de bonne heure un des symboles les plus I opulaires , comme représentant l'Kglise. On en pe.it citer [)Our exe;nple une belle lampe de bronze, en forme de barq;ie, OÙ s nt deux pers(jimages, saint Pierre assis au timon, et saint Paul, debout, à la proue, piècliant riivan^ile, et où la m 'il porte un cartel. contenant rinseiii)tion suivante:

UOMINLS. LEGKM. DAT. VAI.KRIO. SKVEUO. ELTnOPI. VIVAS.

monument ecclésiastique i[cs plus précieux, par la composition, jiar le sujet

DiCTIONN. d'ArCIIKOI.OGIE SACRKK. I.

et par le travail. Cette lampe se voit è la galerie de Florence ; elle est gravée dans le recueil des Luecrne antiche de Bellori, tom. 111, tav. XX\I , et dans l'ouvrage de. Foggini , De lionian. iliner. D. Pelr. , pag. 483. L'exi»licalion en a été donnée par Maffei, IVron. illuslr., tom. III, pag. 5î) ; Mamachi. De' iostumi de' primi cristiani, lib. i, cap, 1, § 4 ; et en dernier lieu par l'abbé Polidori , Sulle immayini dei SS. Pietro e Paolo , pag. xxviv. Dans inie lettre pastorale, que nous avons eu di'îjh l'occasion de citer {Voy. ALLÉGOKii: ), S. E. le cardinal-archevêque iio Lyon a expliqué également celte allégorie.

Le plus grand nombre des lampes des Catacomlies ne sont ornées que de figures d'animaux divers et de symboles de toute sorte, les mêmes qui se trouvent habituellement gravés sur les pierres sépulcrales, toujours avec la môme signification chrétienne, tels que des palmes, des couronnes, des agneaux, des colombes, des poissons , des candélabres. Le plus souvent elles portent lo monogramme du Christ, pour tout symbole; quelquefois aussi, on y voit (!es ligures telles que celles du Christ assis entre deux anges qui le couronnent, sujet de quelques veires clirétiens, qui se trouve sur une de ces lampes, de terre cuite et de trav.iil grossier, recueillie dans un tombeau antique de Corneto, qui avait été occuj)é plus tard p.îr les chréiiens. Cette lampe fut donnée à M. R. RoclVette par l'antiquaire romain Melctiior Fossati, qui l'avait trouvée lui-môme en jilaco dans un tombeau de Corneto. [Voy. Ballet, de l'institut. archéoL, décemb. 18Jo , |);tg. 177-180.)

Les vases de verre peirds doivent être placés au premier rang parmi les ob ets d'antiquité chrétienne "recueillis dans les Catacombes. Sans parler de ceux de li forme dite vulgairement lacrymatoire, qui scrviren', dans l'opinion commune des antiquaires romains, à recueil ir le sang d'S mart .rs , et qui ont acquis à co titre, sjus le nom d'ampolla di sangue, une si grande importunce religieuse , il en est d'autres, en très-grand nombre aussi, de la forme de patère ou de soucoupe, qui se plaçaient à l'extérieur du sépulcre , comme objets d'ornement ou comme moyen de reconnaissance. Des vases, ou des fragments de vase de ce genre ont été |)ubliés par Fabretti , Boldetti, Hollari , Vcttori, surtout par Buonarolti, quia é[)uisé, dans l'explicat on de ces précieux monuments, tout ce que l'érudition ecclésiastique fournissait de ressources à son immense savoir. L'ouvrage de Buonarolti porte le titre suivant : Osservazioni sopra alcuni frammenti di vasi antichi di vrtro ornati di fiyurc, trovati ne' cmitcrj di Roma : « ()l)servalions sur quelques fr.igments d'e vases antiipies de verre oi-nés de ligures, trouvés dans les cimetières île Rome, « Florence, 171G , in-«°. C'est un chel-d'reuvre d'érudition et de critique,' et sous tous les r.apports , un des plus beaux livres de la science moderne.

Le .Musée chrétien du Vatican renferme un grand nombre de ces verres, provenant

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du cabinot de Car|)egna et de celui de Vetlori, ou iburnis par des découvertes plus récentes. L'opinion la plus probable sur Tusaj;e (pi'en faisaient les chrétiens de Rome est qu'ils avaient servi k la célébration des repas funèbres, ou agapes, laqielle avait lieu dans les Catacombes mêmes. De là l'inscription qui se lit le plus habituellement sur ces sortes de verres, et qui se compose de mots grecs écrits en caractères latins :

PIE. ZE>F.S. ( BOIS. VIS. ) l'IETE. ZESETE ( BUVEZ. VIVEZ. ) ;

OU bien do quelque autre formule équivalente et relative au môme ordre d'idées,

telle (lue celle-ci :

DlLf.IS \MMA VIVAS;

ou bien ceite autre :

BIBE ET PROn.NA ;

toutes ces inscriptions , dont la signification, i»rofane en apparence, doit ôtre prise dans un sens mysti(iue, et rapportée à l'intention de ces repas sacrés.

Les représentations qui ornent le fond de ces vases, et qui sont habituellement gravées sur une feuille d'or, et non peintes, consistent en figures du Christ et des apôtres, (ju hpiefois de saints ou de martyrs, presque toujours accompagnées de leur nom. Ce sont donc là autant d'éléments d'une iconographie (•hrétienne qui se sont conservés sur ces monuments d'une nature si fragile, et qui ajoutent encore à l'intérêt qu'ils inspirent comme objets d'antiquité.

Dans les partes explorées des Catacombes, on a trouvé une multitude d'inscriptions appartenant aux |ireniiers siècles de l'Eglise. Elles ont été recueillies avec le plus grand soin par les antiquaires romains. Non-seulement elles ont été copiées avecla plus grande exactitude dans les souterrains eux-mêmes des Catacombes, mais encore elles ont été enlevées avec une pieuse sollicitude et placées dans les salles du Musée sacré du Vatican. C'est là aujourd'hui que l'on peut lire les plus intéressantes de celles qui ont été découvertes; la plupart ont été publiées; quelques-unes sont e:icore inéJites. Le P. Marchi, dans son travail sur les Catacombes, interrompu par les troub'es de l'Italie, donnera au monde savant toutes les inscriptions nouvellement découvertes, en les accompagnant d'une interprétation, qii sera certail'.ement pleine d'intérêt, à en juger par l'érudition de l'auteur. Pour faciliter l'étude ài'.ii inscriptions b.tines des premiers temps de J'ère chrétienne, on a [ilacé, dans les salles du jMusée, en regard des inscriptions chrétiennes, un nombre correspondant d'inscriptions païennes , en sor e qu'il est facile d'apprécier les dilî'érences qui distinguent les unes des autres.

Zaccaiia, dans sa Dissertation de l'usage en thé logie des inscrii tions r-hrétiennes , indique d'abord avec soin les caractères qui t eiivent servira faire reconnaître l'auihenticilédes inscri^jtions attribuées aux premiers

chrétiens. II enseigne ensuite la manière de les interpréter pour les appliquer à la science théologique. Ce passage du livre deZaccaria est un modèle de sage critique et de judicieuse analyse : c'est une preuve de plus à ajouter aux preuves nombreuses que nous jiossédons en faveur de l'érudition éclairée des antiquaires chrétiens de l'Italie. On les a souvent accusés de crédulité • Il suffit de lire leurs savants écrits pour dissij)er pleinement cette fause accusation. (La dissertation de Zaccaria a été i>ubliée dans le Cours complet de ThéoL de M. Migne, tom. V. )

L'emploi de certaines ex.pressions appartenant exclusivement aux id'ées chrétiennes est un des meilleurs caractères pour reconnaître les inscriptions chrétiennes proprenient dites. Ainsi, il y a certains mots que l'on trouve toujours dans les inscriptions chrétiennes achevées, et que Tonne rencontre jamais dans les inscriptions païennes : tels sont les mots depositus, depositio, dormitio, avec les acclamations. Il en est de môme des mots bisomam, trisomum, tombes renfermant deux ou trois corps. Complètement inconnus dans les monuments païens, ces mots sont d'un usage très-fréquent sur les tombes chrétiennes.

Quant au mot depositus (déposé), tous les archéologues remarquent avec raison qu'il est essentiellement propre au christianisme, dont il révèle le dogme })ar excellence, le dogme de la résurrection de la chair, ignoré des païens. Aux yeux du christianisme, la mort n'étant qu'un sommeil, il a fallu, pour exprimer cette vérité nouvelle , trouver des termes nouveaux. La dépouille mortelle confiée à la terre est un dépôt, depositio.

Puisque chaque corps mis en terre n'est qu'un dépôt, il fallait un autre mot pour désigner le 1 eu où reposent tous ces corps destinés à reprendre, la vie. Ce mot, le christianisme l'a encore trouvé. Dans la langue chrétienne, les champs des morts s'appellent cimetières, c'est-à-dire , dortoirs. [Dormitoria, ut discamus eos qui illic siti sunt, non mortuos, sed somno consopitos et dormire. — S. Joann. C r sost. serm. 32, de Appell. cœmeter.) De Ici les mots : repos, sommeil (quies, dormitio ; quiescit, dormit), qu'on trouve à cha lue pas dans nos cimetières primitifs. Citons quelques inscriptions :

AVREMA. VALERIA. JANVARIA.

QV.Ï. Vixrr. ANNiS XXVU

M. V. DI. X. DtPOSITA EST IN PACE.

« Aurélia Valeria Januaria quœ vixit annis XXVII, mensibus v, diebus decem. Deposita est in pace. — Aurefia Valeria Januaria qui a vécu 27 ans, 5 mois et 10 jours ; elle a été dé{X)sée dans la paix. »

ZOTICVS lUC AD DORMIENDVM.

« Ici est Zoticus pour dormir. »

FILOS TORGVS HIC DORMIT.

« Filostorgu? dort ici. »

DORMITIONE ANC. DEI

OLYMPIATIS. PARENTES

FII-I^. B. «. F. Q. AN. B. V.

M. XI. D. .VXi.

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« Sommeil ou litni du sommeil de la ser- MmlQ de Dieu Olympiade. Ses parents ont fait celte tombe à leur fille chérie, qui vécut cinq ans , onze mois , vingt et un jours. »

CRESCENTIVS VIXIT \NNVM ET OCTO ME.NSES IN PAGE gVIESCE

« Crescenlius vécut un an et huit mois. Repose en paix. »

ROM\NVS FELICISSIMO PATRI QVl VIXIT AN. P. M. XL. IN PA. QVIESCIT.

« Romain à Félicissime son père , qui vécut quarante ans , [)lus ou moins : il repose en paix. »

Les acclamations adressées aux défunts sont un autre signe qui distinguo les inscriptions chrétiennes des insc(iplions païennes. Au lieu des froides et insignifiantes formules : Que (a terre te soit légère ! ?nie tes os reposent tronquilles ! Les cluéliens unt deux souhaits pleins de consolation et d'espérance : c'est la vie et la paix éternelles en Dieu qu'ils souhaitent à leurs amis.

DIOSrOUE VIBE IN ETERNO.

« Dioscore, vis dans l'éternité. » (On sait que les Latins prononçaient le B cfmime V, ce qui exfilique le changement fréquent d'une de ces deux lettres pour l'aulre : ainsi vibe jour vive, bibas pour vivas, bixit pour VIXIT.)

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