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proportions des nefs, qui se perdent dans une i)rolundcur sans limites. L'enceinte est entour(''e d'un réseau transparent que les illusions de l'optique reculent à l'inlini. La luni'ère glisse sous les courbes d(\s voûtes et se répand dans tout l'étlitice, teinte des niillo nuances de l'iris, en traversant les riches vitraux de couleur. Les images des saints ap[)araissent aux fenêtres, bril antes et lumineuses, au n»ilieu des plus S6m|tlueux retlets de la [)0iu'pre, de l'aZur et de l'or, comme participant déjà aux glorieux altril)uts des cor;)S ressuscites. Quel enseiuble de beautés ravissantes! Il faudrait un langage plus pompeux, plus abondant, plus riche ([uc le nôtre pour exprimer convenabl;iuenl ces harmonies mystérieuses qui nous transportent comme si nous étions frapjiés (/'mh rayon des (jloires inénarrables qui enveloppent le trône de VAgneau! Une cathédrale catholicpie, avec sa vaste étendue, ses autels nombreux, son symbolisme expressif, la vie qui palpite dans tous ses membres, s'il est permis d'employer cette expression, ne saurait être comprise que de ceux qui gardent dans leur àme le précieux déjiôt de la foi chrétienne, et qui partagent toutes les espérances de l'Eglise , notre mère commune. C'est un livre scellé, dont ne sauraient avoir la clef les hommes nourris seulement de froides théories, qui n'admirent dans ces raonumenis inspirés que des pierres bien tiavaillées, léunies avec art, disposées avec le seniimcnt du grand et du beau. La descri[)tion de nos cathédrales serait bien sèche et bien aride, si l'on n'y mêlait [las , comme un parfum, les souvenirs et les es[)érances de la Religion. L'Eglise catholique , cest cette Jérusalem nouvelle venant de Dieu, parée comme une épouse qui s'est revêtue de ses plus riches ornements pour paraître devant son époux ; cette ville d'un or pur, semblable à un verre trèsclair, dont la muraille de jaspe repose sur sept fondements enrichis de toutes sortes de pierres précieuses. » (Apocalypse de S. Jean.)
Voici le plan que nous avons adopté pour donner une idée des magnifiques cathédrales (jue l'inspiration chrétienne a élevées dans l'Europe catholique. Nous décrirons successivement une cathédrale du xr siècle : nous avons choisi celle de Valence; une cathédrale du Ml' siècle, celle deNoyon; une cathédrale du \Mi' siècle, celle d'Amiens; une cathédrale (lu xiv siècle, celle de Tours {h cause du transscpt et de plusieurs travées de l.i nef); une cathédrale du xv'' siècle, celle de Saint- Flour. Nous donnerons ensuite et plus brièvement la des( rii)tioii de toutes les cathédrales de France, d'Angleterre et de Bel;^i(pie, et celle des principales cathédrales de l'Allemagne. Nous renvoyons les personnes (pii voudront avoir de plus long* détails sur les cath(''drales de Fiance, possédant encore actuellement leur titre de cathédrale, depuis 1.1 reslauralion de l'Eglise gallicane par l'ieN'I, au livre iiililulc Lts Cathédrales de France,
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que nous avons i)ublié en IHV.i, à Tours, chez M. Maine.
Cathédrale de Valence {w siècle \ — Cette église éprouva de nombreuses et fréquentes catîistroplii's ju>;(prau commencement du \i» siècle. Les Vandales et les (lotlis ouvrirent la marche : ils furent suivis des armées des barbares, qui répandirent si longtemps dans nos provinces le désordre , l'incendie et la mort. Les villes les plus florissantes ne présentaient, après le passage du lléau, qu'un monceau de cendres et de ruines. Nous ne suivrons pas davantage l'histoire des dés.istres de Valence : notons ce|iendanl que hs Normands, en 860, parurent sous les murs de cette ville et qu'ils la livrèrent au pillage, a[)rès l'avoir prise d'assaut. Les protestants ou i)rétondus réformés , qui semèrent dans notre pays , comme dans p!usieu:s autres, presque autant de ruines que les b.irbares, en 1566, s'agitèrent avec tant de violence, qu'ils réussirent à s'emparer de Valence et de (|uelques autres vilk-s du 15as-I)auphiné. En cette circonstance les monumei ils religieux ne furent guère res[)ectés par ceux qui venaient de renier la foi de leurs pères. Us les détruisirent ou les mutilèrent, comme en matière de dogme ils avaient détruit ou mutilé la croyance catholique.
En 1095, le pape Urbain II, en allant prêcher la croisade à Clermont et à Tours, passa par Valence, où il fit la consécration sole»;nelle d'une cathédrale nouvellement construite. Le monumei.t actuel, dans ses principales parties, remonte à cette épor^ue reculé'. On pourra s'en convaincre f)ar les caractères architectoniques , qui sont évidemment ceux du style romano-liyzanlin secondaire. Ajoutons qu'il existe , surtout dans cette partie de lar France , peu d'édifices où ce style , noble dans sa simplicité , soit exprimé avec plus de grandeur et d'harmonie. Il y présente, en outre, ipielques particularités qui le recommandent vivement à l'altention des antiquaires.
Le plan de l'église de ^'alence est as>e/. régulier : il y a deux coll itéraux autour d(; la nef principale, sans chapelles accessoires. Le transsept eu est assez vaste. Les fenêtres absidales, comme celles du transsept, sont en plein cintre; elles sont fort cuiieuses A l'extérieur. Elles sont surélevées et entourées d'une archivolte ornée de grosses perles. Au-dessus, on voit de i»ctites fenêtres géminées, également à plein cintre. Les grandes fenôres sont séjiarées l'une de l'autre par deux petits contie-forls en éperons, d'un aspect assez pauvre. A la partie iiiffuieuro des chapelles absidales, on voit des contreforts fnruK's (l'une colonne h cli:ipiteaii, dont le tailloir siqiporte une partie rainjanfe, dans le geiue des couronnements iiiciinés, qui surmontent les contre-forts de la pério.ie romano-by/aiitine : cette disposition , assez élégante, n'est pas propre à la cathédrale de \'aleiice. Nous la letrouvons ilans nos monuments du centre de la Fiance cl dans ceux
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de la Champagne, de la Normanaie et de la Picardie. Ce qui semble particulier à Valence, c'est raccouplemcnl de ces espèces de contrejRirts. La corniche, au-dessous des conddes, est ornée de petits modillons fort simples, et Jes toits sont aplatis et recouverts de tuiles creuses, comme ceux de j^resque toutes les constructions du midi de la France.
Cathédrale de Noyon (xii' siècle). — Avant tout, il faut jpter un coup d'œil sur le monument tel qu'il est auj.uird'hui. Du haut des anciens remparts de Noyon, remparts dont il n'existe plus que d'informes débris , on voit s'élever au-dessus des toits et des fumées de la ville, deux puissantes tours carrées, flanquées chacune à leurs quatre angles d'épais et robustes contre-forts. Ces tours ne s'é'ancent pas en pyramides; elles sont presque aussi larges au sommet qu'à la base; el'es ne sont pas couronnées par des llcches légères; leur toiture en ardoise est courte et ramassée. Tout en elles est sombre et sévère comme la couleur des pierres dont elles sont construites; elles semblent placées là plutôt pour défendre la ville coiitre l'ennemi que })0ur renfermer les cloches qui appellent les flJèles à la prière.
Cependant, derrière ces tours on voit se prolonger un noble et gracieux édifice, vaste corps d'église terminé par un chevet d'où rayonnent de nombreux arcs-boutan!s , et interrom: u, vers le milieu de sa longueur, [)ar deux bras ou transsepts arrondis à leur extrémité. La forme de ces transsepts produit une succession de lignes courbes et serpentantes que l'œil se plait à suivre, et communique à tout le corps de l'église une apparence de souplesse et de grâce qui contraste n linirableraent avec le maie aspect des deux clochers. Les pronorlions élancées du monument, la forme aiguë du toit, la riche dentelle qui se découpe en festons sur sa crête, tout concourt à vous persuader que c'est là une de ces brillâmes églises créées dans un di'S siècles oii le style à ogive unissait l'élégance à la fermeté; mais bientôt vos yeux, se portant de l'ensemble sur les détails, vous fout apercevoir que toutes les ouvertures de la nef sont à plein cintre, et que, sauf clans deux étages des tianssepts, (jfans quelques parties de l'abside , dans les deux tours et (.ians la façade, l'ogive n'apparaît pas sur 1 extérieur du monument. Il est vrai que ces pleins cintres sont sveltes et élancés; ceux qui régnent dans la partie supérieure de la nif et des deux transsepts ont même cela de particulier, qu'une longue et élégante colonnette les divise comme une sorte de meneau, et qu'un vide assez profond, les séparant du corps môme de la muraille, produit un effet d'ombre très-prononcé, sur lequel se détaclient d'une manière lumineuse et la colonliClte et la doubl» arcade à plein cintre qu'elle soutient. C'est là une combinaison aussi rare qu'ingénieuse, qui donne à toute l'architecture extérieure de la nef et des transsepts un grand air de richesse et d'élégance, et
dont on chercherait vainement un exemple dans les monuments de l'époque exclusivement romane ou byzantine. Ainsi cette cathédrale de Noyon, quoique presque entièrement i)ercéc d'arcades semi-circulaires, ne produit extérieurement, ni par l'ensemble de ses formes, ni par les détails de sa construction , la môme impression (lu'un monument à plein cintre projirement dit.
Avant d'entrer dans l'intérieur de l'église, il faut en examiner de ()lus près les narties extérieures, et d'abord ce vaste porche qui s'avance en terrasse et qui abrite sous son triple berceau do voûtes les trois portes de la nef. Bien (|u'il nuise à l'unité de la façade en la coupant et en la masquant en partie sous certains points de vue, il est d'unaspecl imposant ; c'est un noble péristyle q li ajoute a la profondeur de l'église, et qui pré; aie dignement à entrer dans le temple.
A gauche du porche, ce vieux b;1timent éclairé par cinq grandes ogives si richement encadrées et divisées par des moulures si nettes et d'un profd si pur, c'est l'ancienne salle du chapitre. Derrière la salle du chapitre il existe un ancien cloître, dont cinq travées seulement sont encore debout; chacune de ces travées se compose d'une grande ogive subdivisée en quatre compartiments et ornée de trèlles rayonnants, finement découpés dans la pierre. Au fond delà cour de ce cloître, les arcades sont ruinées, mais le nur qui les soutenait subsiste encore. C'est un beau mur crénelé , d'une conservation pa; faite, et sur 1 quel on voit courir une frise de feuillages admirablement sculptés et refouillés. Si nous cherchions les effets pittoresques , nous nous aiTôterions dans les ruines de ce cloître, au m lieu de ces beaux débris de sculpture et en lace de ces créneaux qui doiuient à cette sainte demeure comme un dernier reflet de son ancienne domination temporelle et féodale.
Au sortir du cloître, on aperçoit la sacristie, percée de quatre grandes ogives moins riches que celles de la salle du cha|)itre , mais d'une courbe élégante et d'un heureux dessin ; puis , enfin , nous voici devant le chevet de l'église : il se compose de deux rangs de terrasses, s'élevant comme de vastes gradins autour de l'abside et se reliant à elle par deux séries d'arcs-boutants superposés. Cet ensemble produirait un admirable effet, s'il n'avait été déshonoré par les barl)aries du dernier siècle. Au lieu de restaurer les anciens arcs-boutants, on leur a substitué des contre-forts coneaves et chantournés, surmontés de vases à parfums, d'où s'échappent de soi-disant llannues, dont l'agitation immobile produit la sensation la plus désagréable. Ce sont là les folies où tombe la sculpture toutes les fois qu'elle oublie que siiu domaine a des limites qu'elle ne peut imjninément franchir.
Des deux côtés du chevet , en se dirigeant vers les transsepts, on aperçoit deux ])Oitcs dont les sculptures ont subi de grandes mutilations. L'une, celle du côté du nord, connue sous le nom de [)orte Saint-
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Pierre, esl précédée dun porche qui l'a, en partii>, protégée contre les injures du temps et (les liomnvs. Les statues et lesoinomcnts du soubasseiui^nt ont seuls complétomont disparu; les chapit^-aux et les arcliivoltos, au contraire, sont en assez bon état ; mais les sculptmes dont on les a brodés aH'Ctcnt un goiU tourmenté, tournoyant et indécis, dont on ne voit [.as d'exeinplc dans la belle époque romano-byzaiitine, et qu'on rencontre rarement même dans sa d cadence. C'ist un luxe de rinceaux et de volutes qui , à force de se contourner, passent subitement de la maigreur h renlluro : de telles sculptures ont Tair d'èîre e-tampées plutôt que taillées et ciselées ; elles donnent à la pierre l'aspect du plâtre et du caiton, et semblent a[)partenir à la f miille de ces ornements que les ratlinements de la mode tirent éclore il y a un siècle environ. L'autre i)orte, qu'on nomme la porte de Saint-Eutro[)e, quoique beaucoup plus mutilée, conserve les traces d'un goût plu^ sobre et plus pur. On remar- (lue, à droite et à gauche, deux petits grou- /es sculptés en saillie sur la pierre, dont il e-t dillicilede bieti distin-uer les sujets, tant ils sont ilégrddés, mais dont le mouvement général est heureux, et dont l'exécution dut être ferme et hardie. Enfin , en levant les yeux du coté du chœur, on aperçoit un pan de muraille se distinguant de tout s les autres parties de la construction qui lui sont adhérent'S, soit par la vigueur de son appareil, soit par l'aspect noirâtre de ses pierres f ustes et rongées, soit enfin par une corniche dont les détails sont {)lus robustes et plus largement dessinés que dans toutes les autres parties de l'éditice. En un mot, ce pan de muraille a toutes les apparences d'une assez grande vétusté; il y a tou'e probabilité que c'est là une des parties les plus anciennes de l'église.
Retournons maintenant h l'autre extrémité de l'éditice ; entrons sous le grand porche et pénétrons dans la nef. Un spectacle imposant et harmonieux s'offre à nous. Ce ne sont pas des dimensions gigantesques , mais telle est la justesse des proportions, q;ie l'œil ne demande à pénétrer ni plus loin, ni plus haut. La largeur, la profondeur et l'élévation du vaisseau sont combinées dans des rapports de parfaite concordance. Ce n'est pis cet élincement vertical et aigu, cette apparence presque aérienne et fragile des constructions dont logive est le princi^)e unique ; ce n'est pas non plus cet air de lorce et de majesté, cette solidité puissante dont l'arcade semi. circulaire est l'élément généra!eur : c'est vraiment un mélange, uni' fusion des effets (le ces deux sortes de style; le génie de la transition semble planer sous ces voiltes, aussi robustes (|ue hardies, mais, avant tout, harmonieuses.
Et [)0urtant, au premier aspect, vous croyez entrer dans un monument où l'ogive sc-^ule est admise : 1 -s arcades, les voûtes, se terminent en jiointe; les nervures et l'ensemble de la décoration semblent empruntés à une église entièri'ment à ogives. Ce n'est
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qu'au bout d'un instant, en levant la tête, que vous vous apercevez que les grandes fenêtres (jui éclairent le sommet du vaisseau sont à plein entre; que le plein cintre règne également dans la petite galerie placée au-dessous de ces fenêtres; que, dans le clueur, h's trois {)remièr(s travées reposent sur des arcades s-nii-eireulaires , et que la décoration des chapilles groupées autour de ral)sid(; se compose aussi de petits arcs à plein cintre. En!in, si vous montez dans les vastes galeries ou tribunes qui s'étendent sur tous les collatéraux de la nef et du clueur, Ih encore vous trouvez des fenêtres circulaires, que, du sol do la grande nef, vous ne pouviez apercevoir. En un mot, cet intérieur d'église, dont la construction vous semblait d'abord ne dériver que du principe de l'ogive, se trouve en r(!^alité contenir au moins autant d'arcs ii plein cintre que d'arcs aigus.
Ce n'est pas tout : en descendant dans les détails , vous trouvez certaines dispositions du plan ({ui semblent n'apjiartenir qu'aux construclionsde l'époque romane; ainsi, par exemple, les arcades de la grande nef reposent alte.nalivement sur un pilier carré, flanqué de colonnes engagées et sur une colonne cylindrique complètement i.-olée. Cet emploi alternatif de deux genres de supports différents se rencontre fréquemment dans les monuments à plein cintre; il disparaît entièrement dès qu'on entre dans l'époque à ogive proprement dite. Il en est de même de ces anneaux saillants, dont sont coupés, de distance en dislance, les faisceaux de longues co!onnettes qui séiiarent les dernières travées du chœur ( t la première de la nef. Ce mode de décoration ne se rencontie plus dès que le style vertical a pris son complet développement. Enfin, dans quel édifice purement à ogive trouvons-nous ces transsepts terminés en hémicycles ? M'est-ce pas dans les constructions romanes, dans celles-là surtout qui sont empreintes du caractère byzantin, qu'il faut chercher des exemples de cetto belle disposition ?
Ainsi, de tous C(jtés, dans ce! te belle cathédrale de Noyon, on retrouve la trace de traditions antérieures à lépociuc où elle semble avoir été construite. Elle a beau porter le cachet du style à ogive, les souvenirs du style à plein cintre l'enveloppent et la dominent.
Plus on regarde de près, plus le problème se compli(j;;e. Dans la |)luparl ilGS monuments que nous a laissés l'époque de transition, on voit la construction s^- modifier, se transformer, pour ainsi dire, couche |)ar couche : le monument change d'aspect à mesure cju'il s'élève, à mesure que le temps a marché. Ce sont cl'abord de larges piliers ou d'épaisse-; colonnes supportant de l(»urds arceaux; puis au-dessus conunence un système plus léger, (pii enfin se termine en ogives. Ici, au contraire, l'ogive ap[)araît près du sol, et c'est le plein cintre ipii couronne l'édifice. Le mélange des deux élé-» ments s'e>t donc opéré d'un seul jet : ils semblent avoir été Confondus ou ['lutùl ma-
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ries avec intei. lion. On dirait une sorte d'accord et comme une transaction pacifique entre d Hix principes rivaux.
De telles excefilions peuvent-elles être l'eff t du hasard? Évidemment non; elles ont une apparence trop ri-gulière et trop systéniiti jue pour n'être que des accidents. Quelles sont donc les cmscs qui les expliquent? C'est à 1 lu>toire qu'il faut les demander. — T'oy. Style koma>o-byza>tix
TERTIAIRE OU DE TRANSITION. iMonOgrapllic
de Notre-Dame de Noyon. par M. L. Vitet, membre de l'Institut, i" partie, pag. 4 et suiv.)
La cathédrale de Noyon a 284 pieds de longueur dans œuvre , depuis la porte principale jusqu'au fond de l'ancienne chapelle de Saint-Eloi, aujourd'hui sous l'invocation de la sainte A'ierge, derrière le chœur, et 31.5 jiieds, en ajoutant l'antépo; tique ou porche saillant qui orne le portail. Ce péristyle, qui occupe toute la largeur du monument, a lui-même 31 pieds de profondeur, 8V de largeur dans œuvre, et 98 hors d'œuvre.
La largeur de la nef, prise du centre des colonnes, est de 31 pieds 6 pouces, et celle des collatéraux, de IV pieds 9 pouces : en tO'it 61 |)iods dans œuvre, non compris les chapelles. La croisée de l'église a 143 pieds de longueur sur une largeur de 30 pieJs , également dans œuvre.
La hauteur de l'église sous voûte est de 70 I ieds dans la nef, et de 68 dans le chœur et les transsepts , parce qu'on monte de deux ])ie.ls pour aller de la nof dans cette partie de l'église, appelée autrefo's la croisée.
La tour qui s'élève au-dessus de l'entrée du collatéral méridional a 130 pieds de maçonnerie depuis le pavé jusques et y compris l'entablement. Elle est couverte par un toit en ardoise, qui a 50 pieds de hauteur. Celle que l'on v.)it du coté opposé, vers le septentrion, est de la môme hauteur; mais la maçr)nnerie est de 3 pieds plus élevée. Cependant, comme le toit, également en ardoise, n'a que 43 pieds, il en résulte que les deux tours ont on tout l'une et l'autre environ 200 pieds d'élévation.
La nef majeure est composée de cinq grandes travées bien distinctes , divisées elles-mêmes jtar une colonne cylindrique recevant la retombée d'arcades à ogive qui sépari'Ut cette nef dos collatéraux, et qui s'appuient de l'autre part sur le cliapiteau d'une colonne engagée. Sur la façade du pilier, une autre colonne , également engagée et ilanquée de colonnettes, s'élanee avec ciliés jusqu'à la naissance de la grande voûte qui est ogivale, et toutes trois vont s lutonir larc-doubl.'au et les ne. vures des arcscroisés de cette même voûte. De leur côté, les cinq colonnes isolées supportent sur leurs chapiteaux trois autres colonnettes qui s'élèvent avec éléganc' à la hauteur (-les premièies, et celles-ci viennent soutenir avec elles larceau et les nervures centrales.
Au-dessus des collatéraux est un magnificj^ue triforium. C'est une large tribune qui s élond, on longueur et en largeur, sur toute l'étendue des bas-côtés. On en voit un exem- I)le semblable à Saint-Etienne de Caen, à Notre-Dame de ChAlon-sur-Marne, à Notre- Dame de Laon. Les ouvertures sur la nef répondent à celles du rez-de-chaussée; elles sont percées d'arcades ogivales; mais cellesci, d'une ornem nfation ci la fois simple et riche , en contiennent deux autres divisées par une légère colonne et surmontées dun trèlle à jour. L'ensemble de ces nombreuses ogives géminées, couronnées d'un trilobé et réunies dans une autre plus grande, les unes et les autres ornées de colonneltcs, de moulure-, de tores , et enrichies de baluslra les en fer, d'iui style modcine, est d'un effet des plus agréables.
Plus haut, au-dessus du triforium, est une élégante petite galerie à plein cintre, qui a doublé, comme l'étage qu'elle surmonte, le nombre de ses ouvertu;es, au moyen de quatre arca les ; et plus haut encore, ai quatrième étage , on aperçoit la claire-voie formée de fenêtres jumelles à plein cintre, encadrées à leur tour dans un arc semi-circulaire. Cette suite alternative de piliers multiples et d > colonnes monocylindriques , du soLumet desquelles s'élancent de fines colonnettes; ces quatre étages si gracieusement superposés l'un sur l'autre ; cette progression géométrique de dix, vingt, quarante arca les, s'élevant successivement jusqu'à la voûte ; ce triforium et ces collatéraux recevant le jour par des ouvertures semi-circulaires ; ce mélange enfin si heureusement combiné du plein cintie et de l'ogive , produisent un etiet diHicile à décrire.
Les extrémités des transsepts ou de la croisée, au lieu d'être toiminées carrément, comme dans presque toutes les églises, se terminent on hémicycle , comme l'abside du cliœui. Cette eu ieuse disposition, dont nous avons parlé précédemment (Voy. Abside), et dont nous avons cité des exemples semblables ou analogues, est rare, surtout dans les grands vaisseaux, et, jointe à diverses i)articularités que nous allons rapporter, elle excite une vive attention. Ainsi , les arcs doubleaux, les arceaux et les nervures de la voûte repo^-ent sur irois rangs de colonnes engagées suri s côtés, et sur six colonnettes isolées dans le rond-jioint, retenues à la mul'a lie seulement par des nœuds ou annelures saillanlos, placées de dist nce en distance. Le rez-de-chaussée présente des arcaaes circulaires pie. nés dans la j)artie droite, et ogivales dans l'hémicycle ; mais elles renfermaient autrefois des fenêl es ou des rosaces à quatre-feiiiiles à l'ouest, et des fenêtres en tiers-poil, t aux extrémités.
Le premier étage se compose uniquement d'une petite g lerie à plein cintre, servant de communication entre le triforium du chœur et celui de la nef; mais elle est surmontée elle-même d'une .ulre galerie uu j^iand cuu'oir formé d'arcades à Oçjive, soit
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simples, soit géiniiiéos sur les cùlôs, cl à deux ogives eiicadrres dans une autre, dans les cinq travées du rond-|)Oiiil.
Ce grand couloir, ({ui produit le plus bel elïi't, est éclairé en grande partie par des fenêtres jumelles également ogivales. IMus haut, au dernier étage, on aperçoit la daii'evoie, formée de fenêtres géminées h plein cintre, seml)lal)les à celles de la première travée de la nef, et dont plusieurs sont, comme elles, couronnées d'un trèllc ou trilobé à jour.
Le chœur se compose de quatre piliers à colonnes cantonnées, h l'entrée, et plus loin de huit colonnes monocylindriiiues, iormant onze arcades de rez-de-chaussée, savoir, tro's à [)lein cintre, et cinq h ogive, dans l'hcmicycle. Les huit colonnes isolées', jadis toutes semblables les unes aux autres, et dont le fiU d'un seul jet a 10 pieds de iiauteur sur 20 pouces et demi do diamètre au renlloment, ces colonnes, dont la hardiesse étonne lorsqu'on est dans le triforium qui les surmonte, ne sont pas posées imméiliatement sur leur base, mais sur un flan ou bourlet de plomb de 2 pouces h 2 pouces et demi d'épaisseur, qui est sur elles en guise de ciment, indice d'une haute antiquité.
Au-dessus d'elles est également un autre flan ou bourlet en plomb d'un pouce^à trois quarts de pouce aussi d'épaisseur, sur lequel est posé le chapiteau, du sommet duquel s'élancent, pour supporter les arceaux et les nervures de la voûte, trois colonnettes retenues à la muraille par sept trip'es nœuds ou annelures saillantes enrichies de filets.
Au-dessus du collatéral qui règne autour du chœur est un superbe triforium qui a servi de modèle à celui de la nef; mais les ouvertures en sont dillerenles et disiribuées d'une autre manier •. Ainsi, l'arcade située entre les piliers multiples qui portent le clocher central est à |)lein cintre, et toutes les autres sont à o^ive; mais celles du rondpoint sont simples, tandis que celles qui sont au-dessus des arcades du bas (9 pieds et demi et 12 i)ieds et demi d'ouverture), sont juiiielles et reposent au centre sur un faisceau de trois colonnettes, adossées ii une courte distance. Do cette manière, au lieu des onze arcades du rez-de-chaussée, on en compte quinze au premier étage : ces dernières sont ornées de moulures très-prononcées.
Tout dans cette galerie est un sujet d'étude et d'étonnemciit. Les fouôlrcsqui l'éclairent sont ogivales dans l'hémicycle, semi-circulaires dans la [«arlio droite. Les chapiteaux des colonnes et de^ colonnettes sont remarquables par leur variété. Dans la nef, ils sont ornés de f''uilla.;es de plantes grasses et de végétaux fanlasti(ju('s. Les p'antes .'•ont disposées de manière à former des entrelacs dans lesquels se jouent des oiseaux, des lions, des salamandres et des caméléons. On y voit des joueurs d'instruments, des animaux n'ayant ([u'uno t5te pour deux corps, des sirènes ou oiseaux h tète humaine, des centaures fuyant, mais décochant leurs Uèciies
l'un contre l'autre, enfin tout ce qui caractérise les sculptures des monuments au xu* siècle.
Les chapelles absidales sont au nombre do neuf. Les quatre prenuères sont carrées et éclairées par une seide fenêtre h plein cintre; mais les c:n(( autres, qui rayonnent aut()ur du rond-point, sont circulaires et éclairées par deux fenêtres ogivales, quoique l'ouverture sur le collatéral soit à plein cintre comme celles des chapelles carn-es.
Donnons une courte description de l'une des ciiK} cha[)elles absidales et circulaires : elle conviendra à toutes ces chapelles, puis- (juelles sont entièrement scndjlables. Cinq colonnes isolées, et retenues seulement h la nnn-aillc [)ar une annelure, sont placées à des distances égales pour soutenir les arceaux de la voûte, et divisent la chapelle en (piatre |)ann(iaux à ogive bien distincts. Dans les deux panneaux du milieu, et immédiatement au-dessous de la voûte, se trouvent deux fenêtres ogivales ornées de colonnettes et d'un tore qui se reproduit dans les deux panneaux voisins. Ces fenêtres ont 9 pieds environ de hauteur sur 3 de largeur. Au-dessous, on voit, en guise de laml»ris, autour de la chapelle, huit arcades aveugles à j)lein cintre et à moulures très-l>)rtement prononcées, portées par de petites colonnes à chapiteaux. Ces huit arcades, disposées deux à deux dans chaque panneau, et couronnées, h la hauteur de 8 pieds 3 pouces, par une petite corniclje saillante de 2 pouces, produisent un effet des plus satisfaisants.
Nous ne dirons rien des chapelles de la nef; elles sont poslérieures au monument. Nous mentionnerons seulement la riche chapelle de Charles de Hangest : elle fut commencée par l'évê |ue do ce nom, mort le 29 juin 1528. C'est une des œuvres les plus brillantes de la renaissance française.
La caihédrale de Noyon, soit par son ensemble, soit par ses d('tails, est certainement un des édifices les plus remarquables et îles plus intéressants que |)Ossède la France. Tous les caractères de la transition du style romano-byzantin au style ogival y sont admirablement ex])i'imés. C'est dans cette noble construction (jue l'on peut étudier avec le plus de fruits les signes de celle transformation extraordinaire qui eut lieu dans l'art de bUir au xn° siècle. C'est en voyant un immense monument, comme celui de Noyon, où tous les caractères intermédiaires entre l'architectuie romano-byzantine et rarchitectur.ï ogivale sont évidents, même aux yeux les plus |)révenus, ((ue l'on comj)ren(l la vanité des théories de certains archéologues normands, (pu pn'tendent (jue le style à ogives [)ur a été créé dans la iVisse-Normarulio tout à coup, sans recherche, sans tiitoiuiements et d'inspiration. — To//. A(;i: ni:s mo- MMKNTS, ANALO(;ir., ()i;ivAi,, Tn.vNsnioN.
Cathédrale (F Amiens ('xnr" sièclej. — La cathédrale d'Amiens est, à notre avis, le plus beau lyi'C de rarchileclure ojijiva'e du xiii*
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siècle. On rencontrera, peut-ôfrc, dans d'autres monuments, en France, en Angleterre, en Allemai;ne, des parties qui seront jugtk'S plus parfaites; mais nulle part on ne trouvera un ensemble aussi remarquable. Nous on prenons la description dans nuire livre des Cathédrales de France.
Si, parmi nos monuments religieux nationaux, quelque éditice gothique jouit d'une réputation populaire non usurpée, c'est, sans contredit, la magnifique catiiédrale'd'Amicns. BiUie au xiii' siècle, dans un espace de temps fort court, elle ne présente point dans son ensemblecesdisparatcsfàchcuses de style qui blessent toujours la vue. C'est un tout d'une grande harmonie et perfection. On pourrait choisir cette église comme l'expression la plus étonnante de la pensée chrétienne et artistique du moyen Age : elle y est complète; elle s'y montre dans tous ses développements, dans toute sa beauté, dans toute sa splendeur. Il faudrait être insensible aux émotions toujours produites par la contemplation d'un chef-d'œuvre, pour ne pas comprendre la suprématie de cette cathédrale. Qiianl on pénètre pour la première fois dans cette immense enceinte, au milieu d'une forêt de colonnes, sous ces voûtes élevées, qui ont tant de fois retenti des chants des générations passées, à la vue du rond-point étincclant de l'abside, il faudrait n'avoir au cœur nulle fibre noble et généreuse pour ne pas ôtf e profondément impressionné !
Les commencements de l'église d'Amiens sont obscurs, et son berceau fut entouré de persécutions. Son premier apôtre, saint Firmin, cueillit la palme du martyre en 303. Suivant l'admirable usage de la primitive Eglise, dans chaque contrée , les premiers temples chrétiens furent élevés sur la sépulture des martyrs, et l'autel ne fut originairement que le tombeau qui couvrait leurs restes précieux. Vers le milieu du iv^ siècle, saint Firmin le Confesseur, troisième évoque d Amiens, fit construire une église sur le lieu même où son saint prédécesseur avait ré()andu courageusement son sang. Cet éditice, comme tous ceux de ces <^ges reculés, dut être modeste; consacré sous l'invocation de Notre-Dame des Martyrs, il servit d'église épiscopale pendant plus de deux siècles et demi : telle est l'origine de la noble et sainte église d'Amiens (1).
Lorsque saint Salve ou Sauve monta sur le siège épisco[)al, enC13, il voulut visiter les reliques de lillustre marlyr dAmiei.s, déposées sous l'autel de la mère-église. Par un prodige qui n'est point rare dans les annales de la religion. Dieu voulut honorer les restes morti'ls de son serviteur par des prodiges éclatants. Une odeur e\([uise s'exhala (k'S ossements bénis du martyr, iles malades oiitinrcnt la santé par sa i-uissanle intercession, la nature se montra sensible en couvra:.t les arbres de feuilles et do Heurs, au milieu de l'hiver. Toutes les populations eii-
(1) L'ovcquo r.oïk'froy se disait, au xiir sicclo '• Sanctce Ambiamwiis ccclcsiœ inulilis scrvus.
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vironnantes accoururent en foule au bruit de ces merveilles, pour rendre leurs hommages au glorieux évèque et pour participer aux ffiveurs spiiituelles qu'il répandait dans les âmes. Les dons de la piété reconnaissante furent si considérables que saint Salve résolut d'en consacrer le produit à bâtir une nouvelle église, dans laquelle il transféra solennellement les reliques vénérées. Il j établit son siège épiscopal, après avoir laissé à Notre-Dame des Martyrs quelques prêtres pour y célébrer l'office divin, et avoir changé son nom en celui de Saint-Acheul, qu'elle porte encore aujourd'hui. La seconde cathédrale était une construction somptueuse pour le temps, composée cependant en grande partie de bois de charpente (1). Elle fut dédiée à la sainte Vierge et h saint Firmin.
Lorsque les hommes du Nord apportèrent sur nos côtes le ravage, l'incendie et la mort, la ville d'Amiens ne put se soustraire aux coups de ces terribles pirates. L'église épiscopale fut brûlée par eux en 881. Reconstruite au premier moment de sécurité, elle fut ruinée par le tonnerre à plusieurs reprises ditïércntes. Enfin, en 1218, elle s'écroula entièrement dans un embrasement général occasionné par la foudre, qui consuma tous les titres, les martyrologes, les anciens calendriers et les archives du chapitre et de l'évêché.
A cette époque si déplorable, le trône épiscopal était occupé par un prélat pieux et zélé. Evrard de Fouilloy chercha les moyens de releversonéglise catliédraledeses ruinesencore fumantes. Il fit un appel à son clergé et à tous ses diocésains. La voix du premier pasteur fut entendue; d'immenses ressources lui furent immédiatement assurées.
L'architecture venait de subir un grand changement. Une immense impulsion avait emporté les architectes dans des voies nouvelles. Aux édifices romano-byzantins, généralement lourds et massifs, avaient succédé des édifices d'une hardiesse, d'une élégance, d'une grâce inouïes; c'était toute une révolution, révolution de progrès, qui devait remplir nos villes de constructions merveilleuses qui en feront h jamais le plus bel ornement. L'évêque Evrard comprenait les tendances de cède étonnante rénovation apportée dans l'art de bâtir ; il choisit, pour dresser le plan et pour présider aux travaux de sa catliédrale, le plus célèbre architecte de son temps. Robert de Luzarches, l'Ictinus chrétien, le Bramante du moyen âge, voulant justifier la confiance du prélat, tenta, par un effurtde gé.ie, de surpasser lesmonuments élevés avant lui. Les fondements de la nouvelle basilique furent posés en 1220, sous le pontificat d'Honoré III et sous le règne de Philippe-Auguste.
Les architectes de ces temps héroïques jetaient les fondations d'édifices immenses, dont une vie d'homme ne pouvait voir l'achèvement. Ils comf)taieul sur la [ osiérité, et la postérité leur a rarement failli. La con-
(I) I/ujucis labiiHf [abrUala.