C.VT
tes dessins du ciMôbre architer te Jodoquc'* Dotzinger, en 1V53, passe avec raison pour une des plus délicieuses créations de cette nature. Les ciselures sont parfaitement comprises et parfaitement exprimées. L'art du XV' siècle , si fécond ,si varié , y a répandu d'une main prodigue toute la richesse de ses ingénieuses combinaisons. Si l'expression d'orfévreiie en pierre peut-être justement appliquée aux travaux de ce genre, elle est propre à exprimei toute la délicatesse, tout le tini de cette inappréciable composition. La chaire est encore une belle concejjlion de la fin du XV' siècle. Le style ogival tlamboyant a prêté ses formes contournées et capricieuses pour décorer les diverses parties de cette admirable tribune. Cette chaire, construite en l+Sô, sur les plans de Jean Hammerer, architecte de la cathédrale à cette époque, est d'autant plus intéressante au point de vue de rarchéologie chrétienne, que la destruction systématique des derniers siècles s'est appesantie plus déplorablement sur les œuvres de cette espèce. C'est à grand' peine si l'on pourrait, en ce moment, trouver une chaire aussi curieuse que celle de la cathédrale de Strasbourg : on peut seulement lui comparer celle de la cathédrale de Alavence.
Cathédrale de Tarhes. Notre-Dame. — L'église épiscopale de Tarbes remonte à la plus haute antiquité ecclésiastique, puisque, dès le iV siècle, un évèque fixa sa résidence dans cette ville. Le christianisme avait été déjà prêché aux populations des Pyrénées et à celles qui étaient répandues dans la plaine, au pied des montagnes. La vieille cité de Tarvia jouissait d'ailleurs d'une trop grande importance sous la domination romaine , pour que le zèle des missionnaires n'eût pas cherché à y faire des conquêtes à la vérité ; mais les persécutions suscitées contre les chrétiens par les proconsuls , les agitations causées par le despotisme militaire , avaient empêché aux nouvelles doctrines de s'étendre plus rapidement. Quand l'empire fut tombé entre les mains victorieuses de Constantin, la paix refleurit dans toutes les provinces, et, par sa seule force d'expansion, le catholicisme fit de grands progrès. Ce fut alors qu'un évêque établit son siège à ïarbes et fit fructifier abondamment les semences antérieurement déposées dans le sein des peuples de cette partie des Aquitaines, qui fut regardée plus tard comme un des points les plus considérables de la Novempopulanie. La cathédrale est do construction moderne; elle forme encore un des plus beaux monuments de la ville, qui n'est pas riche en constructions antiques. Sa position élevée , la grandeur de ses dimensions, la majesté de sa masse , en rendent de loin la perspective imposante. Nous n'en ferons pas la description, parce que les détails en sont absolument les mêmes que dans quelques édifices de la même époque, dont nous avons esquissé les formes principales.
Cathédrale de Toulouse. Saint-Etienne. — L'église épiscopale de Toulouse eut à subir
de nombreuses ratastrojilies h cette époque désastreuse où les pi-ovinces méridionales de la France furent en proie aux plus tcrriidesinvasions. Le sort des armes fut très-varié, et lians ces vicissitudes continuelles de grands malheurs i)esèront sur tout le [tays. Les Vandales, les Wisigoths, les Sarrasins, 1 'S Francs , arriveront successivement h Toulouse, et y laissèrent des traces de leur domination ou plutôt de leur passage. II paraît que l'Eglise de Toulouse était florissante sous la dynastie carlovingienne, autant qu'on peut le présumer de ilivers titres de donations de toute espèce émanés de Charlemagne lui-même, de Louis le Débonnaire et de plusieurs gouverne .rs d'Aquitaine. Dès cette époque mémorable, où l'architecture chrétienne prit un développement marqué dans la province d'Aquitaine, sous l'impulsion de saint Benoit d'Aniane et de saint Guillaume, la cathédrale est désignée sous le nom de Saint-Etienne. Les Goths avaient exercé une influence certaine sur l'art de bâtir dans les provinces de laSeptimauie,au point que plusieurs antiquaires avaient voulu en retrouver des vestiges dans les monuments actuels de Toulouse. Les princes wisigoths n'ont certainement pas régné pendant plus de quatre-vingts ans dans cette ville sans y laisser des monuments de leur jmissance. Sans doute , l'église de Saint- Etienne fut rebâtie à plusieurs reprises , mais nous en conservons à pein ■ le souvenir. Jusqu'au temps de Raymond VI , son histoire est plus intéressante sous le rapport des faits que sous celui de son architecture. M. d'Aldeguier, dans un travail assez étendu sur la cathé.lrale de Toulouse, a su réunir avec talent et expliquer avec sagacité une foule de traits qui ne sont pas à dédaigner dans un ouvrage de cette nature, mais qui n'intéresseraient pas tous les lecteurs, à cause de leur importance purement locale. Au commencement du XIV' siècle, la cathédrale de Toulouse acquit les honneurs d'église métropolitaine; jusque-là elle relovait de l'église primatiale de Bourges. Le pape Jean XXIÏ lui conféra ce titre en 1317, à cause de son importance et de la suprématie qu'elle exerçait par la nature des choses mômes sur plusieurs églises moins considérables des Aquitaines ; depuis ce teuips el e a conservé toute sa splendeur. La pi s ancienne construction parait être la nef, bâtie vers le commencement du XIII' siècle, par Raymond VI, comte de Toulouse, pendant que les croisés faisaient le siège de la ville ; on voit encore les armoiries de ce prince, sculptées sur une des clefs de la voûte. On avait le projet de construire une nef latérale, et l'abandon de ce dessein est l'unique cause de l'irrégularité que l'on croit remarquer dans la disposition générale. Le chœur, brûlé vers le commencement du xvii' siècle, a été reconstruit de 1009 à 1612, ainsi que l'atteste une inscription écrite en lettre d'or sur une table de marbre noir. L'auteur de cette réparation est le cardinal de Joyeuse, qui occupa le siège archiépiscopal de Toulouse depuis 1581 jus-
.si;
CAT
(AT
Rîl
qu'en IGlo. Il ost aisé do voir qnc ce dia-ur représente, pour ainsi dire, le coinm.'ncement d'une nouvelle église qui n'a pas été continuée et dont on aehan;j;(! l'enijjlacement do manière que l'axe du clin^ur ne ré|)ond plus il C(>1ui dn la nef. Le [lortail a été construit pendant le w' siècle, par les ordres de Denis et de Pierre Dumoulin, son frère, tous deux arclievè(iues de Toulouse. Ce j)orlail a beaucoup soutfert des injures du temps et des i)assion3 des hommes. Les statues di'S deux fondateurs, comme beaucoup d'autres, ont t'té renversées et di'truites en 170.3. Malgré les mutilations qu'il a si (lé|)loral)lem(Mit souffertes, le frontis[)ice, orné d'une rose Ji compartiments nombreux et ciselés avec délicatesse, conserve encore des vestiges de son ancienne beauté.
Calhédrnle de Troyes. Saint-Pirure. — Suivant la tradition la plus accréditée, les premiers habitants de Troyes, que saint Savinien convertit à la foi chrétienne, élevèrent, vers l'an 250, sur l'emplacement occupé encore aujourd'hui dans la cathédrale, par la chapelle du Sauveur, un oratoire dans lequel ils se rassemblaient pour prier ie vrai Dieu. Vers l'an 870, sous le règne de Charles le Chauve, Otulphe, 38' évè pie de Troyes, entreprit de reb:ltir sa cathédrale, qui tombait en ruines. Hincmar, archevêque de Reims, lui écrivit à ce sujet pour lui donner des conseils ; du reste nous ne connaissons aucun détail technique sur cette seconde basilique. Au IX' siècle, la ville de Troyes ne put se soustraire à un fléau plus terrible que ceux de la nature ; les hordes normandes y apportèrent le ravage et la désolation. En 878, le )ape Jean Xlll sacrait un de nos souverains
Saint-Pierre de Trc^es, et, en 893, les Normands en avaient fait un triste monceau de ruines. L'évoque Milon, en 980, avait entièrement réparé les désastres précédents, et avait môme agrandi de six autels l'édifice élevé par son prédécesseur. Cette église avait à peine traversé deux siècles , lorsque, le 25 juillet 1188, sous Tépiscopat de Manassès de Pougy , un horrible incendie consuma toute la ville de Troyes et réduisit en cendres la cathédrale et plusieurs autres monuments religieux. Ce fut Hervée, évoque plein de zèle et d'un caractère ferme et élevé, qui conçut et arrêta les plans de réédification. Malgré son empressement et l'abondance des ressources que son activité sut rassembler, l'évèque Hervée n'eut pas la joie de voir son entreprise achevée. Lorsqu'il mourut, le 2 juillet 1223, le sanctuaire de l'église actuelle et les chapelles absidales qui l'environnent étaient à peine terminés. Ces parties sont incontestablement les [)lus belles de l'édifice, et leur perfection nous fait penser que l'architecte, qui avait dressé le plan général , devait ap[)artenir à cette pléiade d'artistes habiles, pai-mi lesquels nous voyons briller les KudtîS de Montre lil, les KnguiM'rand et les Uobert de Coucy. En 1227, une; violente tempête ébranla les nouvelhîs constructions et causa quelques domaiagos. La libéralité des tidèles fut sollicitée par une lettre du
pape (irégoire, en date du 10 s.eplembre 1220; fa voix du souverain pontif(^ était alors toute-puissante; elle fut entendue, et les malheurs furent proinptement rér)arés. L'évè(|ue Nicolas de Brie profita de 1 impulsion coininuni(pi(''e aux populations de son diocèse par la bulle, pa|)ale, et de la longue durée de son épiscopat, pour fciire avancer rapidement les travaux. Le pape Urbain IV, né à Troyes, contribua de toute l'autorité de. sa haute position h l'édilication de la cathédrale, dans laquelle, dit-il en propres termes, nous sommes demeuré dès notre enfance.
Enfui le chœur fut entièrement terminé par Ji;an d'Auxois, élu évô((ue en 130V. Letranssept fut ach;;vé sous les règnes de Philip|>ele Bel et de Louis leHutin, comme semblaient rin;liquer plusieurs écussons armoiiics , pein's sur la voAte de l'intertranssept, et qu'on y voyait encore avant le badigeonnage de l'église en 1779. Des lenteurs interminables empêchaient le monument d'arriver à son entier perfectionnement, selon les plans primitivement arrêtés, et attristaientle clergé et lesfidèles. L'évèque Joan d'Auxois, deuxième du nom, fit un don considérable pour hAter l'exécution des travaux; le chajiitre traita «vec maître Timart, maçon, en ISGV, pour conduire les ouvrages avec la j»lus grande célérité. Bientôt un accident terrible vint encore mettre h l'épreuve la constance des habitants de Troyes. Le mercredi 13 août 1365, un tourbillon impétueux renversa le clocher qui existait depuis un demi-siècle sur le centre do la croisée; cette chute causa un grand dommage aux combles du transsept et des parties voisines. Le courage des constructeurs sembla ranimé par les obstacles eux-mêmes, et après plusieurs années d'un travail assidu, le 9 juillet li20, l'église fut dédiée aux apôtres saint Pierre et saint Paul, par l'évèque Jean Léguisé. A cette époque, la cathédrale de Troyes n'était pas encore entièrement finie; ce ne fut qu'au mois de mars de l'année 1506 qu'on jeta les fondements du portail et des tours. Mart n Cambiche de Beauvais, maître de maçonnerie, fut chargé de la direction de cette importante opération. Le plan de l'église de Troyes est h cinq ni'fs, avec transsept et chapelles accessoinv^. L'abside et le chœur de la cathédrale de Troyes appartiennent h cette époque du xiir siècle , où l'architecture ifrit un caractère simple et grandiose h la lois, qui atteste la supériorité des architectes autant que le règne des véritables principes qui doivent toujours dominer dans les aits. Le chœur se compose de treize arcades, nombre déteim n»; peut-être en l'honneur de Jésus-Christ et des douze ai^otres , car tout était symboli(|ue dans l'architecture religieuse au xiir siècle. Les piliers sont flanqués de légères coloniK^ttes destinées h supporter h^s retombées des voûtes ; autour de l'abside ce sont de grandes colonnes monocvlindriques, qui soutiennent les ogives surélevées. Ces colonnes sont accomnagnétîsde deux colonnettes disposées scdon les lignes rayonnantes des nervures des voûtes, et ud sont réunies au > premières
si:i
CVT
r.vT
que p;\r leurs l)ises et limrs cluipitoaux. S<ir ces derniers s'élève un faisceau de trois colonnette.s appliquées, qui soutiennent les voûtes du sanctuaire, et dont lefU, Ma hauteur de trois à (juatrcs mètres, est aussi interrompu par un chapiteau. Celui-ci n'est que le support apparent d'un dais hexagonal découpé en ogives trilobées et présentant , sur chaque face, trois petits frontons ou couronnem:;nts d'éJilice avec des fenêtres carrées telles qu'on en remarque au-dessus de la tète des ligures des saints, aux portails des églises de Paris et d'Amiens. Avant l'époque fatale de 1792, on voyait encore huit statues de saints évèques de Trojes, plus grandes que nature, aj)[)liquées dans la muraille et placées sous ces dais. On peut juger qu'elles formaient corps avec l'éditice parles coups de ciseau dont sont sillonnées les colonnettes d'où elles ont été détachées. Il est vraiment flcheux que ces statues n'aient pas (îchappé au marteau destructeur des iconoclastes de cette époque, elles formaient une décoration tout à fait convenable, religieuse, et qui rappelait le Sa'nt des saints du tabernacle de Moïse, qui en avait peut-être inspiré la preuiière idée. Los diverses églises de Troyes possèdent un grand nombre de pierres tombales qui forment un pavé à la fois historique et monumental. Nulle part, pas m >me en Normandie, il n'en existe de plus curieuses que celles qu? l'on voit à Saint-Urbain et à la cathédrale; elles ont été posées dans plusieurs siècles, et elles se distinguent les unes des autres par une sculpture riche et variée, selon le goût qui dominait au moment de leur exécution ; leur conservation intéresse au plus haut point l'histoire des monuments funéraires aux diiîi'rents âges de la monarchie française.
Cathédrale de Tulle. Saint -Martin. — Saint Martin, le glorieux évèque de Tours, fonda près de Tulle, vers 360, un monastère sous l'invocation de l'archange saint Michel. Ce monastère, sous les constitutions de saint Benoît, devint plus tard une abbaye puissante, où florissaient également les vertus et les sciences. Il changea de nom en l'honneur de son illustre fondateur. Pendant plusieurs siècles, l'histoire de Tulle se résume dans celle de l'abbaye, qui exerçait sur la contrée un droit de patronage et de suzeraineté. De violentes commotions agitèrent la ville, à plusieurs reprises ditférentes, dans ces siècles où les armées de peuples innombrables, dont les noms ne sont pas tous connus de l'histoire, sillonnaient en tous sens les provinces de l'empire romain, qui s'en allait en dissolution. Tulle, ainsi nue le monastère, passa sous la domination (les Goths, en kl-l; quelques années ai)rès 507, les Fran -s s'en emparèrent. Elle éprouva les désastres qui sont la suite inévitable de ces sortes de cliangemcnts, et que, dans les temps intermédiaires, les incursions d'autres barbares ne faisaient que multiplier. Protégée par la [)aix, à l'abri des murailles du cloître, la ville de Tulle répara promplement les malheurs qui l'avaient désolée et prit do
rajtides accroisst-ments. Elle formait un des plus bi'illants Ihmrons de l'église de Limog(?s, lors:[ue les besoins de la population religieuse engagèrent le souvt;rain pontife Jean XII h y créer un évôché particulier. L'érection de l'église épiscopalo eut lieu en 1318, et le premier évèque do Tulle fut Arnault de Saint-Astier, dernier abbé du monastère de Saint-Martin. La cathédrale de Tulle est un édifice fort curieux pour l'antiquaire chrétien. Nous ne répéterons pas ce qui a été dit plusieurs fois, qu'elle présente une architecture semi-carlovingienne et semi-gothique. Corn ne nous ne connaissons aucun document qui puisse nous donner l'histoire des diverses constructions dont l'édiiice actuel est formé, nous nous appuierons uniquement sur les principes de la science de la critique des monuments. La plus gran;le partie de l'église accuse les caractères de la fin du xT siècle et du commencement du xii". C'est toute la gravité de l'architecture romano-byzantine , s'alliant à la grâce de l'architecture ogivale, par une fusion iniimo dos éléments propres à ces deux grandes phases architectoniques. Le plan général est celui de la basilique, sans chœur ni transsept. La perspective en est peu développée, mais dans ses proportions étroites, on y trouve une expression pure d'ensemble et des détails fort curieux. Les arcades, les fenêtres et tous les cintres sont accompagnés de moulures arrondies, d'un caractère nullement équivoque. L'ornementation avec ses mille caprices, ses feuilles fantastiques et quelquefois ses figures grossières , mérite de Uxer les regards et pourrait même fournir quelques formes originales d'une rare élégance.
Cathédrale de Valence. Sai\t-Apolli\airr.
— Saint Emilien, qui vivait l'an 374, est le premier évoque que l'on connaisse certainement. Il eut pour successeur saint Sextus, qui sojffrit la persécution et le martyre lors de l'irruption des barbares. Un des plus célèbres entre les anciens évêques de Valence est sans contredit saint Apollinaire, frère de saint Avit, évèque de Vienne : il vivait à l'époque des rois mérovingiens. La basilique primitive de Valence éprouva de nombreuses et fréquentes catastrophes jusqu'au commencement du XII' siècle. En 1095, le pape Urbain lî, en allaat prêcher la croisade à Clermont, passa par Valence oii il fit la consécration solennelle d'une cathédrale nouvellement construite. Le monument actuel, dans ses principales parties, remonte à cette époque reculée. En 15(36, les protestants de Valence s'agitèrent avec tant de violence, qu'ils réussirent à s'emparer do cotte ville et de plusieurs autres du Bas-Dauphiné. En cette circonstance, les monuments rehgieux ne furent pas respectés par ceux qui venaient d'abjurer la croyance de leurs pères. Ils souffrirent beaucoup do leurs profanations sacrilèges et perdirent non-seulement leurs richesses et leurs ornements, mais encore trop souvent les parties les plus nobles de lour construction. La cathédrale de Valence avait été dans le pi-incipe dédiée à saint Cor-
CAT
CAT
ncillo el h saint Cyprioi), ce fui plus lard iprt'lle cliaii:Avi tlo vocable en prenant le nom d'nn de ses plus Hlustrcs jiontifes. Klle p(jrle dans toute leur pureté les caraelères de rarchileclure l•omano-l)^■Ze1nlinc de la seconde époque.
Cathédrale de Vannes. S\iNT-PiEnnE. — Saint Paterne, le premier évéïjue de Vannes, cFiercha les moyens de procurer au troupeau (ju'il gouvernait un édifice convenable pour 1 assemblée des fidèles. Il obtint sans peine Je convertir en église l'édifice auparavant consacré aux mystères dégradants du paganisme, et après l'avoir purifié, il y célébra l'auguste saciifiee. Vers le milieu clu \' siècle, en -^oo, les ofiices chrétiens s'y laisaitMit avec beaucoup de pompe. La construction qui suivit la première fut sujette à de nombieuses variations; au i\^ siècle surtout, elle fut détruite par les Normands, ces ennemis jurés du culte catholique et des monuments religieux, qui pénétrèrent deux fois à Vannes, à des distances fort rapprochées , en 8i7 et en 865. Délivrés de la crainte de ces hoi'des sauvages après la conversion de leur chef Rollon, les fidèles relevèrent la cathédrale avec toute la magnificence dont ils étaient capables, à la suite des affreuses calamités qui venaient de peser sur eux. Cet édifice fut sans doute remplacé, quelques siècles plus tard, par une construction romano»-byzantine qui , vers le xiv' siècle , chancelant de vétusté, menaçait de s'éci'ouler entièrement. Ce fut alors qu'elle attira l'attention des pontifes romains qui, k des époques éloignées par le temps, mais rapprochées et unies par une même pensée, adressèrent aux Vannetais les quatre brefs dont nous avens précédemment parlé. On conserve soigneusement encore, dans les archives du chapitre, celui du Calixtc IH, de glorieuse mémoire ; il porte la date de l'too, et parle de la cathédrale comme d'un étlifioe inhabitable et abandonné ; celui de Pie II vint quatre ans après, c'est-^-dire en Ji59; il exhorte les fidèles à contribuer par leurs offrandes à la réparation et à l'édiiif'ation de l'église et du cloître. Le bref de Calixte IV la suppose on partie tombée et menaçant ruine. Enfin Léon X éleva pareillement la voix en loi'* : il parle du maître-autel et du chœur comme ne pouvant, s:ms grand danger, servir aux offices. L'examen de la cathédrale de Vannes indique, au premier as- [)ect, quel fut l'effet des paroles des souverains ponlifi'S sur les populations. La plus grande i)ortion du monument actuel porte les cai-actères du style architectural de la fin du XV' siècle et du connnencenicnt du xvi'. Une dernière restauration a laissé la cathédrale dans s:)n état présent; elle eut lieu sous l'épiscopat d(; Si. Valadire. En cherchant à appré«ier les épo(jues architecloniques qui ont laissé hîur empreinte dans la cathédrale de ^'aln•les, nous recoimaissons le signe évident de deux phases remarquables. La grande nef et les bias du lransse|»t appartiennent au style ogival llambloyant lleuri, qui précéda inmiédialenieut la décadence
di'S arts cln-éliens, tandis que le chœur, bàli dans les dernières années du xvn' sièele, attcsti? à l'd'il étonné d"e la pauvreté de son architecture, les funestes progrès dans le mal. Les deux procédés sont ici en présence. On n'a pas besoin de prononcer un jugement, la première impression suffit pour décider la supériorité du style catholique sur un style b;Uard. La nef, sans làliers et sans colonnes, présente une belle voûte ogivale appuyée sur la muraille : tout autour elle est décorée de huit chapelles disposées d'une manière élégante.
Cathédrale de Verdun. Notre-Dame. — L'église épiscojiale de Verdun a éié fondée vers le milieu du iv' siècle, par saint Sainfin, disciple de saint Denis de Paris. La première i)asilique chrétienne fut éh vée dans les faubourgs et consacrée sous l'invocation d 'S glorieux a[)olres saint Pierre et saint Paul; elle fut <'!i)an(lonnée, à la fin du v' siècle, par saint Pulchrone, qui transféra son siège dans l'intérieur de la cité. La seconde cathédrale fut dédiée à la sainte \ ierge, tandis que la première devint abbatiale et changea i)'us tard son nom en celui de Saint- Vannes. Un magnifi(}ue monument av lit rempfacé, au moyen Age, l'oratoire sanctifié par la présence des quatre premiers évoques de Verdun; il faisait le i)lus bel ornement de la ville, qui n'est pas trèsriche en monuments rtmarquables. Lorsq o Louis XIV fit augmenter les fortifications de la citadelle, lui qui n"avait pas respecté le palais d*-s papes à xVvignon et beaucoup d'autres églises gothiques, il défendit d'abattre cette église, à cause de sa singulière be.iulé. Il était réservé à notre siècle de consonmier cet acte de vandalisme aveugle; la construction élégante a disparu pour faire place à une ign( ble caserne. La cathédrale de Verdun, bâtie dans les premières années du xu' siècle, par un architecte que la chronique contempr»raine nomme (]arin, a été di'diée, le 11 novemb e lli7, p.;r le pape E- gène III. Son architecture poite les caractères du siècle auquel elle ajiparlieni; on y reconnaît facilement les signes architcctoniques de la phase trausitiorinelle qui eut lieu dans le cours du xW siècle. Les bas cotés présentent des ogives surbaissées; quant aux cha'pe'.les, elles sont d'une ép.oque |)0$térieure el entièrement de style ogival. Cet édifice a été construit sur le même plan que les églises métropolitain s de Trêves et (le iMayence. Nous ne connaissons en France (ju'un nombic très-restreint d'édilic s religieux b;Uis sur le même plan; Ncvers et A'erdun nous oll'rcnt les plus curieux. L'iniitation du type germanique, si remarquable sur les bords (hi Uhin, est évidente h ^'erdun. La cathédrale ^de \erdun piésen'ait deux choeurs, l'un h l'orient, comme à 1 ord naire, l'autre h roccident, h la place du |)orlail par le([uel on e itre dans la plupart des cathédrales. La porte est sur le flanc septentrional de l'édifice pt au milieu de sa longueur. Chacun des deux chœurs a son franssept ou sa croisée, de sorte (jue l'éj^lisc