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CATHÉDRALES DE BELGIQUE

Quoique peu nombreuses, les cathédrales de Belgique méritent une attention particulière ; elles sont toutes fort intéressantes pour l'archéologue : nous avons malheureusement à regretter celle de Liège, qui a été rem[)lacée par l'église de Sa nt-Paul. Nous en donnerons une description succincte, comme no ;s avons fait précédemment [)Our les cathédra'es de France. Nous reproduisons ici les notes de voyage que nous avons prises sur les lieux, il y a peu d'années.

Cathédrale de Malines. — Cette église, qui jouit de ladignité métropolitaine, est dédiée à saint Bonibaud. Elle est entièrement d'un gothique très-pur, et doit être rangée au nombre des monuments les plus remarquables du style ogival, non-seulement en Belgique, mais encore dans le nord de l'Kuropo. La nef [)orle les caractères du xiv siècle, et le chœur ceux du xv' siècle. Plusieurs chapelles ne remontent pas au doth du xvr siècle. Un vers flamand indique que la grande voûte du chœur fut achevée en 1V5L Un autre vers nous apprend que la tour est parve-

nue, en 1513, à l'état dans lequel nous la voyons présentement. En donnant quehjues détf>'is arohitectoniques, nous dirons que plusieurs chapiteaux de la nef sont ornés de feuilles de chou frisé. Les chapiteaux du chœur sont couverts de feuilles arrondies au centre et découpées finement sur les bords. Les fenêtres de la nef sont rayonnâmes, tandis que celles du chœur sont flamboyantes. Il y en a môme plusieurs au fond du chœur qui, dans le réseau de l'amortissement, présentent la forme toute française do la fleur de lis.

Les galeries du triforium de la nef sont formées de quatre-feuilles : Ci'lles du chœur le sont de petits arcs trilobés à moulures prismatiques. Les deux grandes fenêtres, placées au fond de chaque branche du transsept, sont très-belles et très-larges. E les sont traversées par de nombreux meneaux, couronnés de trèfles, de quatre-feuilles et de rosaces, dont l'élendue est comparable à colle des roses de qudques églises. Les voûtes sont à nervures : une grande chapelle, située au bas du vaisseau, est couverte d'une voûte dont l'intrados est orné de nombreuses nervures entrecroisées. Cette disposition, dont on trouve quelques exemples en France, en Belgique et en Alloaiagne, est très-commune en Angleterre. Au chœur, sur la muraille, entre cliaquo ogive et la galerie, on voit des qualre-feuilles lancéolés : toute la surface du mur en est couverte ; ces quatre-feuilles ont leurs angles intérieurs ornés de feuillages.

La grande tour date évidemment de la fi:i du XV' siècle : elle est carrée et soutenue sur chaque face par quatre contre-forts ornés de clochetons en application. Le portail principal n'a presque i as d'ornements. Quelques fenêtres à l'extérieur du chœur sont surmontées de frontons élevés, et chaque fronton est orné d'arcades trilobées fort allongées, dont la hauteur est déterminée par le rampant des deux lignes latérales.

Cathédrale de Bruges. — Cette cathédrale, dédiée sous le titre de Saint-Sauveur, reconnaît pour fondateur saint Eloi, évêque du Noyon, et pour protecteur et bienfaiteur, Dagobert, roi de France. Elle fut rebAtie, en 1358, à la suite d'un incendie qui détruisit le monument qui avait succédé au monument primitif. Cette église, presque entièrement en briques, est d'une architecture très-simple, et les caractères archéologiques y sont exprimés par l'ensemble et non par les détails : c'est assez dire qu'ils y sont peu nombreux et peu apparents. Elle produit beaucoup d'efl'ct par ses belles diuiensions. L'orgue est placé sur une tribune, au-dessus de la princi[iale porto d'entrée du chœur, comme ci la a été fait en plusieurs autres églises de Belgique. Cette disposition est fAcheu'^e ; les principales lignes de l'architeeture sont brisées dans la perspective, et les proportions do l'édifice en sont amoindries h l'ieil. On remarque au dessus de cet orgue trois statues colossales repr.ésentaiit Moïse, David cl sainte Cécile.

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Cathédrale de Gand. — L'église aotiiellc de Saint-Bavon, à Gand, ne porto co tiire que depuis 15i0 , époque h laquelle renipereur Charles-Quint y fit la translation du chapitre collégial de Saint-Bavon : auparavaiit elle ('■tait sous le vocahle de saint Jean. Le pape Paul IV l'érigea en cathédrale en 1559 , à la sollicitation de Philippe II, roi d'Espagne.

La tour fut commencée en li62 : elle est plus remarquable par la hardiesse de ses proportions que par la richesse de ses ornements. La hauteur en est de 272 pieds. Qua- Ire tourelles d'angle, dégagées de la tnur elle-même, qui est octogone, la font paraître carrée. La flèche, appuyée sur cette tour, et qui s'élevait à la hauteur de 3G5 pieds, fut détruite [lar le feu du ciel en 1G03.

Lorsqu'on est à l'intérieur de l'église do Saint-Bavon et que l'on cherche h se rendre: compte des principes archilectoniques qui ont présidé h son érection, nn ne tarde pas à reconnaître que le stylo ogival du xv"" siècle y domine. Les v ûtes sont hardies et élégantes : au-dessus de l'entrecroisement du franssept, on v ut une voûte dont les nervures ont une disposition fort originale; elles forment deux espèces d'étoiles, à rayons opposés. Les voûtes qui recouvrent les laîéraux sont bâties de manière à ne faire qu'une espèce de berceau qui se continue autour de l'ebside : ce système de construction a été rarement usité en France , excepté dans la Bourgogne et le Nivernais.

Les chapiteaux ornés de feuilles découpées sont moins riches que dans les monuments du nord et du centre delà France.

En examinant les monuments de la Belgique, une remarque se présente naturellement à l'esprit de l'observateur : c'est qu'ils sont tous fort peu ornés à l'extérieur ; toutes les ressources de l'architecture ont été réservées pour l'intérieur. Ainsi, ii l'église de Saint-Bavon. les port ils sont (i'une extrême simplicité , et nuUeuient en rapport avec la grandeur et l'importance de l'édilice. Les autres églises de Gand, comme Saint-Michel , Saint-Jacques , Saint-Nicolas, se font remarquer par la môme austérité ; c'est à peine si quelques clochetons donn iit quelque mouvement et quelque animation à la construction. On peut ajouter à cela qu^i le système extérieur de consolidation est tout à fait changé. Les égUses étant la plupart bclties en brique, il a été nécessaire d'y introduire des modifications considérables, qui constituent le caractère propre des monuments de la Belgique. Eu France et en Angleterre , les architectes ont suivi une marche différente: sans négliger la décoration architecturale intérieure, ils ont distribué à l'extérieur des ornements multipliés et adopté des dispositions pleines d'originali'.é et d'un etl'et pittoresque.

Le système des fenestrages est également moditié dans les édifices de la Belgique, et difière assez notablement, surtout au xv' siècle , de ceux qui ont été en vigueur en Fiance et en Angleterre. Chez nous, les meneaux , dans les édifices du xv siècle, se

contournent avec la plus élégante flexibilité, de manière à se prêter à des formes flarabovautes variées a l'infini. Dans la Grande- Bretagne , les meneaux, dans les édifices contemporains, se diessent perpendiculairement et en grand nombre, et sont regardés comme le caraclère distinctif du style o;ival que les antiquaires anglais appellent style perpendiculaire.

Le plan général de l'église de Saint-Ba- ' von est cc'ui de la croix laiino avec transsepts et collatéraux : il y a des chapelles tout autour de l'église.

Au-des>o:is du chœur, il y a une cry|)te très-spacieuse que l'on attribue communément au XIII'" siècle. Cette crypte est divisée en quinze chapelles , la plupart remplies de sépultures. On y remarque surtout le tombeau du dernier abbé de Saint-Bavon. De tous côtés on ne voit que jùerres tombales, chargées d'armoiries et d'inscriptions en latin et en flamand.

Cathédrale d'Anvers. — On ignore la date précise de la construction primitive de la cathédrale d'Anvers. On sait seulement qu'elle eut pour origine une image de la Vierge, trouvée dans un bois après le passade des Normands. Une chapelle fut d'abord élevée à cette place ; augmentée par des chanoines, érigée en collégiale et consacrée par l'évêque Burchard, elle devint par la suite la cathédrale gigantesque que nous admirons aujourd'hui. La grande t ur, ouvrage surprenant de hardiesse et do légèreté, fut commencée, en 1i-22, sous !a direction de l'architecte Amélius et achevée en 1518. Elle a de hauteur i66 pieds , y compris la croix qui en a 15, et G22 marches jusqu'à la dernière galerie.

Le chœur de la cathédrale futbAti en 1521; l'empereur Charles-Quint en posa la première pierre. En 1533, ce chœur résisia seul , avec la tour, à un incendie qui dévora le reste de l'édifice. La longueur de la cathédrale d'Anvers est de WO pieds sur une largeur de 2V0 pieds. La nef principale est une des plus grandes et des plus hautes que l'on connaisse. Les nefs latérales sont doubles et composées de deux cent trente arcades voûtées. On dirait qu'il y a se[)t nefs, pour ainsi dire, les deux dernières n'avant plus de chapelles, depuis la révolution française, et communiquant d'ailleurs de plainpied avecles nefs voisines.

L'aspect de celte vaste basilic[ue est trèsimposant à l'intSrieur, et la perspective en est très-pittoresque. L'imagination peut ici rendre inutile toute description, en se figurant l'effet d'une forêt de piliers rangés suivant les lois d'une ordonnance pleine de symétrie et de régularité. L'extérieur, au contraire, est d'une architecture sévère , et on peut appliquer à l'église d'Anvers les réflexions que nous avons émises précédemment au sujet de l'église de Saint-Bavon : il n'y a que la tour qui, s'élevant d'étage en étage, avec beaucoup d'élégance, soit digne d'éloges sous tous les rapports. La lanterne ou coupole, qui s'élève au milieu du trans-

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sept, est encore fort rt'innrcjuablo : elle a él6 peinte par Schuts, et produit un bel ell'et arcliiteetuial.

Les stalles neuves du cliœur de la cathédrale, à Anvers, sont une œuvre qui rivalise, avec honneur, avec les compositions les plus renoniin^^es du m(^nie genre.

Cathédrale de Liéf/e. — « Quant h ce qui concerne les églises , écrivait (luichardin, il y a deux cents ans, on i)eut dire que Liège surpasse en nombre, beauté, richesse d"irelles, et de monastères et de coivcnts, toutes les aultres cités de la (^lule et de l'Allemagne , «i'.uitant qu'il y a quarante églises, tant collégi-des que parrochialrs, et en oultre, tant abbayes de religieux et de dames, tant monastères, hospitaux et chapelles bien réglées , que en tout ce qui est en dedans et en dehors la ville, on compte plus de cent esglises. »

Parmi ces églises , il en était une que l'antiquité de sa fondation, ses richesses, sa magniricence et les privilèges de son chapitre noble, rendaient surtout digne d'attention : lautique et célèbre cathédrale de Liège, dédiée à saint Lambei t, n'est plus malheureusement aujourd'hui qu'un souvenir; mais c'est un grand et noble souvenir qui mérite que nous nous y arrêtions quelques instants.

Voici la description que nous en a laissée Everard Rinds, dans son livre Des délices du pays de Liège.

« Tout ce qui se présente à la vue, q land on entre dans ce magnifique temple, est digne de l'attention des curieux : l'or, le bronze, le cuivre, le jaspe et le marbre semblent s'y disputer le prix , et quoiqu'ds y soient prodigués, ils y sont néanmoins employés (ivcc tant d'art et de délicatesse, que les yeux en s* nt charmés. Tout y flatte le goût, et quelque précieuses que soient ces matières, on peut dire, sans hyperbole, que l'ouvrage les surpasse.

« A l'extrémité de la nef, qui est d'une largeur et d'une hauteur extraordinaires, on aperçoit un vaste autel en colonnadede marbre d'Italie, au lieu môme où saint Lambert a versé son sang pour la foi. La nef a 300 pieds de longueur sur 60 de large.

«( On ne peut disconvenir que cet édifice ne soit un magnifique monument de l'antiquité et l'iui des plus beaux ornements delà ville ; quelque irrégulicr qu'il paraisse, si le spectateur, écartant le préjugé de l'architecture gothique (ces lignes ont été écrites en n.'ÎS, c'esi-à-dire, à une époque, comme chacun sait, où le style gothique n'avait pas grande faveur:^, si le spectateur examine les nobles proportions de sa largeur à sa hauteur, de ses gros piliers avec l'énorme farvieau qu'ils soutiennent, et l'ensemble merveilleux que forment ses dilférentes [tarties, il en sentira toute la beauté et ne dédaignera pas tant le goût de quelques anciens monumi'uts du moyen âge. »

Aujourd'hui le titre de cathédrale a été donné à l'ancienne collégiale de Saint-Paul. Le chœur de cette ég'ise ajiparlieul au vin'

siècle ; les chapiteaux sont à crochets, quoique mutilés. Au fond do l'abside, cinq lenôtres prodigieusement élancées , commencent ^ la hauteur de l'autel et s'élèvent jusqu'à la voûte : elles sont couronnées par trois trèfles superposés.

Il n'y a |)as de nefs dèambulalfàres autour du sanctuaire : les nefs coliatt'rales, qui accompagnent la nef principale, se terminent au tran^s('[)t. Ce transsept p.nraît être de la tin du \ui' siècle; peut-ctn» est-il du xiv. La grande nef porte les caractères du style ogival du XIV' siècle. Les fenêtres sont rayonnantes, les colonnes cylindriques, les chaj)!teaux extrêmement simples. Les chapelles des collatéraux sont [)0ur la plupart du xV siècle : elles sont évidemment de style ogival flamboyant. Le portail est du même style. Au-dessus de la porte d'entrée est un crucifix en bronze.

La voûte de l'église Saint-Paul offre une particularité fort intéressante : elle est entièrement peinte et couverte d'arabesques du xvi" siècle. Ce sont des guirlandes légères de feuilles vertes , sur lesquelles sont posés des oiseaux, des fleurs et des ligures diverses, le tout rehaussé d'or, comme dans les manuscrits à miniatures de la même époque. Suivant le millésime inscrit à la voûie, le chœur et les croisillons du transsept ont été faits en 1528 et 1529, et le reste terminé seulement en 1557.

Il n'y a, dans l'intérieur de l'église de Saint-Paul, aucune pierre tomb.de. Les chanoines de Saint-Paul étaient enterrés dans le cloltuo et dans le préau ; on y trouve encore aujourd'hui de très-curieuses pierres sépulcrales.

Cathédrale de Tournai). — La cathédrale de Touiuay est sans contredit une des plus consi.ièrables églises de la Belgique; elle a l'importance des grands monuments religieux qui sont sur les bords du Rhin, à Worms, Spire , Mayence , Bonn, auxquels elle ressemble par la construction de la nef, et surtout par les cinq clochers qui s'élèvent au centre et dans les angles des Iranssepls. Le chœur de celle grande église est ogival et porte les caractères des styles du xif et du xiir siècle, tandis que le transsept et la nef sont d'architecture romano-byzantine ; ces deux constructions, quoique très-diilerentes de style, sont emjjreuites d'un noble caractère architectural.

Cette église a été l'objet d'une restauration bien entendue. Elle possède des vitraux lenommés.

CATHÉDKALES d'aLLEMAGXE.

Il nous est impossible de décrire avec quelques détails toutes les cathédrales do r Allemagne, jadis catholique, et qui éleva des monuments si nombreux et si remarquables. Nous sommes obligés de nous restreindre aux [»lus remar(iual)les.

Cathédrale de Cologne. — Celte cathédrale si vantée, (pii est le seul monument de Cologne pourJi'S voyageurs d'siraits , détouîne ti- ip souvent latlent on qui pourrait se por-

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ter avec tant de fruit sur les autres monuments si remanjuables de la ville do Cologne. Commencée par révoque Hildebolde (785-819). qui administra les derniers sacrements h Charlemagne, l'église cathédrale de Cologne fut consacrée, le 27 septembre 87i, par son successeur Willibert, sous le titre de Saint-Pierre , en présence d'un concile assemblé dans la ville. Au tem|)S de Frédéric Barbei'ousse, elle fut considérablement enrichie et ornée de deux grosses tours par l'archevêque Henaud (1159-1167), qui y déposa les reliques des mages. Les Allemands désignent leurs cathédrales par une dénomination qui leur est commune avec les Italiens ; ils les apjiellent dômes; ce qui, suivant quelques auteurs , indique une origine byzantine, ce mot venant du grec Sw^a, et non du latin domus. La cathédrale actuelle, de style ogival, fut fondée au xni' siècle. La première pierre en fut posée par l'archevêque Conrad de Hocbsteten , le 14 août 1248. Le 27 septembre 1322, Heinrich de Virneburg consacra le chœur parvenu à son achèvement. On connaît une gravure sur bois imprimée à Nuremberg à la tin du xv' siècle , et portant, en signe de l'inachèvement de la cathédrale, la grue qui couronne aujourd'hui une des tours du portail. De ces deux tours, abandonnées au commencement du xvr siècle, l'une sort à[)eine de terre, l'autre n'a pas atteint le tiers de l'élévation qu'on devait lui donner.

•Quand on est sur la place qui précède le dôme de Cologne, et qu'on aperçoit l'énorme tour inachevée, et les murailles réduites à l'état de ruines avant d'avoir été terminées, on est étonné, et le premier sentiment est pénible. A la voussure du portail, on voit de jolies statuettes, logées dans leurs niches de pierre finement découpées et abritées sous des dais délicatement sculptés. Les statuettes représentent des anges : les uns semblent lire, d'autres paraissent chanter; tous sont dans des poses diiférentes. Au-dessus de la voussure s'ouvre une large et belle fenêtre, dont la baie est par-tagée en plusieurs compartiments par de légers et gracieux meneaiux. Au-dessus, entin, de toute la construction du frontispice, on voit la grue, laissée à sa place depuis 1499, époque à laquelle on abandonna les travaux, comme un signe d'espérance, < t comme annonçant que

I on reprendrait un jour le travail suspendu. Lorsque nous avons visité la cathédrale de Cologne, en septembre 1842, la vieille grue. recouverte de [«lomb, était ornée de guirlandes et de rubans : c't st que le roi de Prusse venait de poser la première pierre pour la reprise de l'œuvre.

On entre dans la cathédrale par une porte ouverte dans la seconde tour du frontispice, tour qui sort à peine de terre et qui est déjà dans le plus triste état de délabrem-nt. La nef mineure qui correspond à cette porte est achevée; la nef majeuie et les autres iiels collatérales ne sont j.as encore terminées. Quand l'édilice sera entièrement bAti,

II aura cinq nefs, comme la cathedra. c de

Bourges, celle de Paris et celle de Troyes-

La partie supérieure de la cathédrale de Cologne est seule terminée présentement : on pe it dire que cette partie vaut à elle seule un monument entier. Nous devons toutefois ajouter que la cathédrale de Cologne, dont les Allemands, dans leurs écrits sur l'architecture, se montrent si fiers, est d'origine française, par la disposition du plan, l'ordonnance générale de l'édilice, la forme des principaux membres d'architecture, comme l'a démontré savamment M. de Vernheil , dans les Ann.Archéolog. dirigées par M. Didron.

Les voûtes de la cathédrale de Cologne sont très-élevées et semblent reposer sur de fragiles appuis, tant les colonnes et les colonnettes paraissent légères et efhlées. Les fenêtres sont rayonnantes et garnies de vitraux peints de la dernière époque, fort curieux. Les chapelles absidales sont éclairées par trois fenêtres : sur la muraille qui sépaïc les chapelles l'une de l'autre, on a simulé une haute fenêtre, divisée par un seul meneau et surmontée de trois trclles superposés.

On voit dans les nefs latérales un pavé turaulaire assez bien conservé et très-intéressant. 11 est formé de dalles funéraires appartenant à diverse» époques. Der-ière le chœur et devant la chapelle oii est le reliquaire des trois rois mages, on aj)erçoit une modeste piene tombale recouvrant le cœur d'une reine de France, de l'infortunée Marie de Médicis, mère de Louis XIII , que sou esprit ambitieux et inquiet rendit victime des passions politiques.

Nous dirons un mot seulement du grand reliquaire où sont les restes des trois mages courageux , qui vinrent de lOrient adorer Jésus-Christ enfant, dans Tétable de Bethléem. Cette châsse fut donnée par l'empereur Frédéric Barberousse. C'est une des plus précieuses et en même temps une des plus curieuses pièces d'orfèvrerie du moyen âge que nous possédions. Elle est chargée d'ornements de toute espèce, et l'on y a incrusté une foule de pierres fines gravées en creux ou en relief, venant de l'antiquité.

Cathédrale de Mayence. — Cette église fut commencée, au x' siècle, par l'archevêque Willigis, et fut achevée dans le courant du xi% mais, en 1190, un incendie fit les plus grandes ravages dans l'édifice. Dans son état actuel, c'est un monument du plus haut intérêt pour l'art chrétien, à cause de ses dispositions originales et de son caractère architectural. L'église est terminée par deux absides, l'une à l'orient, l'autre à l'occident ; la première servant au chapitre, la seconde servant à la paroisse. La partie réservée au chapitre présente un transsept et une coupole, et semble dater du xir siècle, tandis que la partie opposée paraît dater du xr siècle, dans quelques portions , le reste étant assez mo derne. La grande nef est du xr siècle; les basses nefs sont du xv'. Autour de l'église sont des cloilres a;ipa; tenant à cette dernière époque. A l'extéiieur, il y a [)lus!eurs clo-

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cliers on pyramides, dont deux, de chaque cùté, accompagnent le dùme princiiml : retfet en est |)itlnresque et imposant.

On voit, sous le dùme de la paroisse, un grand bassin bafttismal fondu en 1325. Dans la grande nef se trouve une b^dle chaire de la tin du xV siècle ou du commencement du \vi'.

Cathédrale de Wonns. — Ce' te église est plus roraarauable encore que colle de Mayence; elle est également bltie sur un plan extraordinaire, à deux absides. Le dùme, situé du cùté de l'orient, porte les caractères du XI' siècle. Les ai-cades sont à plein cintre ; les chapiteaux des colonnes et des colonnettes sont formés de moulures trèssimples, sans feuillages. Au dùme, de forme byzantine, au-dessous de fausses fenêtres, simulant une galerie, il y a une large moulure ornée de billeltes. "Auprès de ce dùme est bâti un transsept. Les chapelles accessoires sont de style tlamboyant. Autour des fenêtres en jilein cintre de la grande nef, l'archivolte est ornée de dents de scie : on en voit également au tailloir des chapiteaux. La nef a ses voûtes en i)ointe : on y reconnaît les caractères du xir siècle.

Le dùme occidental, sous le rapport de l'architecture, e^t beucoup plus or:, é que le précédent. On y aperçoit plusieurs ogives décorées de denticulations qui ressemolent presque à des chevrons brisés : elles sont entourées de tores courts et isolés, dont chaque fragment, s'il était plus rapproché, se rapporterait exactement à l'ornement connu sous le nom de billettes. Les fenêtres sont à plein cintre ; il y a une rosace à douze divisions , et deux autres rosaces à six divisions. La voûte est aiguë. Cette abside, du cùté de l'ouest, est du xn' siècle.

Une magnifique chapelle, entièrement isolée, avec une porte donnant sur la nef, date de la tin du xv' siècle. Deux colonnes isolées, à chapiteaux ornés de feuilles de chêne , soutiennent la voûte. On voit dans cette chapelle [)lusieurs monuments isolés, dans un style qui se rapproche beaucoup de celui de la renaissance irançaise. Au-dessous du monument oiî se trouve sculfité l'arbre de Jessé, travail admirable, on lit une inscription qui apprend que cette sculpture a été exécutée par le fondateur de cette chapelle. Celui-ci est représenté h la partie latérale, les yeux fixés sur la sainte Vierge; il est placé sous la protection de saint Pierre. 11 se nommait Jocamer Dalberg. On remarqu(î six compositions sculptées de la iuême manière : 1" l'arbre ou la tige de Jessé ; 2" l'Annonciation ; 3" la Nativité de Notre-Seigiieur; k" la Sépulture deNotre-Seigneur; 5" saûésurreclion ; 6" un guerrier agenouillé devant un crucilix. On remarque encore , dans cette même chapelle, des fonts l)a|)tismaux scul|)l(''sdansle même style et à la même époque que les comj)Ositions(juenous venons dindicjuer.

Dans la région occidentale de la cathédrale de Wonns, il y a une tour du xir siècle ; une .• ntre tour est du xv siècle.

Cathédrale de Spire. — Spire , qui , sous

les Romans et sous les deux premières races des rois francs, partagea la fortune de Worms et de Mayence, possède une cathédrale semblable ci celles de ces deux villes. On rapporte au commencement du xr siècle, et on attribue à l'empereur Conrad le Salique, le premier [)rojet de ce monument,

aui ne fut achevé qu'en 1097, par lepetit-lils e son fondateur, par l'empereur Henri IV, si célèbre par la lutte qu'il soutint contre le grand pontife saint Grégoire VIL La coiiprOs octogone, qui s'élève à l'extrémité orientale, est accompagnée d'une abside ronde, qui parait exactement imitée de celle de Mayence. La nef est, à l'intérieur, d'un goût à la fois sévère et délicat ; et conmie les piliers sur lesquels elle repose, et dont la date est certaine, sont plus déliés et plus ornés que ceux des nefs de Mayence et deWorras, il semble naturel de penser que ces derniers appartiennent encore aux primitives constructions du X' siècle, et signalent la lin de l'architecture purement romane , tandis que les premiers marquent avec les coupoles l'invasion des formes romano-byzantines. Sous le règne des empereurs de la maison de Saxe, la tradition antique avait continué à se maintenir; le goût byzantin se propagea après l'avènement de la maison de Franconie, dont les tombes sont enfermées dans la cathédrale de Spire, comme pour mieux indiquer la révolution qui s'y accomplit.

Cathédrale de Ratishonne. — La cathédrale actuelle de Ratishonne , monument ogival dont on fait grand bruit en Bavière, dit M. H. Fortoul, dans un livre intitulé De Vart en Allemagne ( tom. IL pag. i83), fut fondée à la lin du xiir siècle, entre l'année 1263 et l'année 1280; maison sait, à n'en pouvoir douter, qu'elle prit sa forme présente dans le cours du xv° siècle, et que c'est seulement vers l'année li88 que le portail fut érigé. C'est un de ces édifie s du dernier âge, oià l'on nt" saurait trouver aucune indication marquée, ni du goût (»riginaire de la nation qui les a élevés, ni même des éléments constitutifs du système auquel ils appartiennent : ainsi sont chez nous la cathédrale d'Orléans et le chœur de Saint- Just à Naibonne. Ce qu'il y a de plus remarquable dans la cathédrale de Ratishonne, ce sont les trois chevets gothiques qui s'élèvent à l'extrémité des trois nefs, à la place où l'on voit dans les anciennes églises allemandes, les trois absides romanes. Le reste des constructions intérieures n'offre rien d'in!é,es>ant. Le portail, qui se distingue jmr la curiosité de son porche triangulaire, est, au surplus, un témoignage évident de la décadence de l'architecture religieuse. Les d ux grandes tours, destinées à l'accompagner, n'ont point été achevées.

Cathédrale de iMaydcboury. — La cathédrale de Magilehourg présente, dans sa forme actuelle, un e\em[>le du passage de la période byzanline à la période gothique. L'antique édilice , (;*ii avait été construit dans cette vilh^ par Olhon le (irand, jiérit en 1228. Reconstruite sur les ruines de l'an-

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