‹ Dictionnaire d'archéologie sacréeChapitre 139 sur 195 · QUAIRE · texte numérisé non relu

QUAIRE

CHASUBLE. — L Pour les détails archéologiques que nous avons à donner, nous ne saurions suivre un meilleur guide que le Glostiary of ecclcsiastical ornament de Al. W. Pugln. La chasuble était originairement portée aussi bien par les laïques que par les ecclésiastiques, et elle était commune à tous les ecclésiastiques, sans distinction, comme on le voit par le Sacramentaire de saint Grégoire et par les plus anciens ordres romains. Ains>i, l>ar exemple, le vin' ordre romain dit, en parlant d'un acolyte : Induimt clcricum il-

littn planetam. Mais depuis longtemps la chasuble est un ornement propre aux évèques et aux prêtres. La chasuble était primitivement ronde, sans autre ouverture que celle du centre, destinée h laisser passer la tête. De cette manière la chasuble couvrait le corps entier, et de là l'étymologie de son nom, suivant beaucoup d'auteurs, casula , petite maison. Durant le moyen âge, la chasuble ressemblait assez à la vesica piscis. 1 elle est la forme que nous lui voyons sur les statues des ecclésiastiques couchées sur des tombeaux et sur les imagos des prêtres gravées sur les pierres tombales ou sur les cuivres funéraires. On peut la regarder comme la forme la plus parfaite de la chasuble. Elle fut ainsi adoptée par l'Eglise et conservée pendant de longs siècles, jusqu'à ce qu'elle fut entièrement abandonnée à une époque assez récente.

On ne sait pas quoi était le vêtement usité par les apûtres et les prêtres des premiers âges, dans la célébration du sacrifice de la messe. On pens > généralement que la pennla que saint Paul laissa à Troade était un vêtement ^acerdotal. En 474, nous trouvons qu'il est fait mention de la chasuble sous le nom de casula, qui a toujours été conservé depuis. Nous lisons dans le Testament de sairt Pcrpet, évêque de Tours : Ecclesiœ de Proillio similiter calicem argenteum, et urceos argenteos do, lego ; similiter et Amalario ibidem presbytero casulam imam communem de serico (D'Achéry, Spicileg., tom. V, pag. lOG). On voit des représentations de chasubles , au VI' siècle, sur une mosaïque de Ravenne, dont le dessin et la description ont été publiés par Rubeus, Ciampini et autres antiquaires.

On ne saurait rien trouver déplus curieux sur ce sujet qu'un opuscule de Sarti, De veteri casula diptycha, publié en 1753. Nous en donnons ici la traduction.

Chap. I. Dans une partie de la ville de Ravenne, appelée C las sis on Classe, est l'église de Saint-Apollinaire. Dans la sacristie de cette église se trouve un très-ancien vêtement, soie et argent, sur l'orfroi duquel sont les figures de plusieurs saints et evêques, avec le nom de chacun d'eux dans de petits écussons arrondis. Ce qui reste de cet ancien vêtement est très-curieux, et plusieurs écrivains en ont parlé. Jérôme Rubeus, dans son Histoire de Ravenne, l'appelle casula diptycha, chasuble diptyque, comme ressemblant aux anciens dijttyques que l'on plaçait sur les autels, et sur lesquels on inscrivait le nom des tidèles défunts. Aujouid'hui ct^ vêtement présente les noms et les têtes de 35 évêques de l'église de Vérone, avec les ligures des archanges Michel et Gabriel , et quelques autres images. Ce. te chasuble est encore mentionnée dans un écrit de C. Aug. Salig, De diptychis vctcrum (Cap. 1). Cet auteur s'exprime en ces termes : Huic casulœ episcoporum nomina inscripta omnino peculiarem quemdam olim in Ecclesia ritum dénotant. En cela, cependant, il [oarait se tromper ; car la coutume de peindre les évoques

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(le chaque église, non-seulemont sur les inuiaiUes des éditices sacri'is, mais encoro sur lf>s vôternenls et sur les couvertures (l'autel, fut anciennement très-nommune, dif (leorj^e, De Lit. Rom. Font., lil). ii, cap. 8, où il cite comme exemple Ja chasuble dont nous parlons ici. Cette chasuble montre la succession des (5v(îques de l'église de Vérone, depuis le commencement de cette églisejusqu'au milieu du viii° siècle ; et comme de tels catalogues étaient appelés primitivement diptyques , ce vêtement a été appelé justement une chasuble diptyque. Ce vêtement, mesuré par derrière, depuis le bas de I orfroi jusqu'au haut, a 6 pieds 8 pouces; en avant, il a 6 pieds : dimensions qui paraissent extraordinaires.

Chap. n. La forme de l'ancienne chasul^le était très-ample, couvrant la personne tout entière, sans aucune ouverture pourlesbras : il fallait lever en plis le vêtement sur les bras. Ainsi, Georgius (Lib. i, cap. 2'*) dit de cette chasuble quelle était vcstis tota intégra, circulatim ad pedes iisque demissa. Cela cependant est douteux, et quelques anciennes représentations en montrant la forme coupée sur les côtés, à peu près comme cela se pratique maintenant ; seulement elle était plus longue et plus pointue par derrière. Telles sont les chasubles sur L'sq lelles sont représentés saint Pierre et saint P.iu', sur d'anciens verres peints, dessinés par liuonarotli (Osservazioni soprà alcuni frammenti di vetri anlichi, tav. xiv]. D'un autre côté, il y a des exemples de chasubles d'une forme plus petite, comme au vr siècle, et telle est la belle chasuble dans laquelle saint Aj)ol!inaire , premier évoque de Kavenne, est représenté sur l'urfroi (Je cet ornement, et qui, probablemeiit, est le vrai portrait de ce saint. Mais quoiqu'on trouve quelques exemples de chasubles plus petites et ouvertes un peu sur les cotés, elles sont néanmoins pour la plupart très-amples et touchent à terre par derrière.

La chasuble devint un ornement à part, très-riche, et placée sur les au; rcs vêtements ecclésiasti(]U(!S. Exclusiveme.it d'or et de pierreries, dont nous ne disons rien à présent, les figures ou images peintes oa brodées sur les anciens orfrois, méritent une notice sp:';ciale. Les Pères du second concile de Nicée sanctionnèrent ex[)ressément la coutume d'avoir des images saint s « sur les vases sacrés et sur les vêtements , e'c. » Georgius (Lib. ii, cap. 8j montre [lar plusieurs exemples, que non-seulement les histoires de l'Ancien et du Nouveau Testament, des croix, des images de Notre-Seigneur, de la bienheureuse vierge Marie et d'autres saints, mais encore des évoques et autres personnages, et (jui plus est des figures d'animaux et de plantes, furent représentés sur les vêtements sacerdotaux, les couvertures d'autel, les rideaux, etc. On y voyait souvent la tigure des évêques qui s'étaient succédé les uns aux autres dans des églises parlicul.ères. Un autre exemple nous est donné p:ir Agnollus dans la Vie de saint

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Maximi^n, év6(jue de Ravenne, vers le milieu du vi° siècle. Cet évêque possédai!, à ce que l'on ran|)orte, la plus précieuse couverture d'autel en lin, sur Ia(juelle les faits d.; la vie de Notr.'-Seigneur étaient représentes en broderie fiite à l'aiguille, et une autre couverture d'autel, argent et or, suilaquelle tous ses prédécesseurs étaient représentés (Agnel. Lib. Pontif.) Gitte couver! ure d'autel, d'abord appelée endylis ou endotis , Èvâûrrjf , fut appelée ensuite en l'itin circitorium, et recouvrait entièrement l'autel.

. Chap. III. Les figures, toutes placées sur l'orfroi du vêtement de Ravenne, y ont été cousues : elles sont, par conséijuent, du genre de celles que l'on appelait aurovhlavœ ou chrysoclavœ. Elles étaient donc interrompues par des bandes en drap d'or, quoiipio tous les auteurs ne soient pas d'accord làdessus. On voit de nombreux exemples dans les anciennes mosaieiues, à Rome et ailleurs, de ces bandes d'or ou de pourpi-e, aux vêtements des saints et des anges, et surtout des images du Christ. Ces bandes ont quelquefois été confondues avec les étoles. L'or mis en usage était de l'or réduit en fils : de tels vêtements avaient conséquemment une très-grande valeur. Il y en a une de cette espèce, du \' siècle, de la forme antique, conservée jusqu'à présent à la cathédrale de Ravenne.

Le nom de cfirysoclave est tombé en désuétude, et on y a substitué, dans des leni[)S plus modernes, celui d'auriphrygium, aurifrisium, phrygium , uu frisiiim, que nous traduisons par orfroi.

On peut placer ici un passage tiré par Ducango de ï Histoire des évêques d'Auxerrc (voy. llationale), décrivant une chasuble précieuse dans les termes suivants : Casula autem coloris œtherii, phrygio palmam liabente, supcrhumeralis et rationalis effigiem, ad nwduin pallii archiepiscopalis honorabiliter prœtendcbat : « Une chasuble de couleur azurée, ayant un orfroi d'une palme do large, ressemblant au superhumcral ou rational,o\i pallium archiépiscopal. » Le palliuni était souvent apjielé superhumeralc ou rationale, par allusion à l'éphod et au ratioiial d'Aaron {Levit., vin, 7, 8). Dans le missel de l'abbé Rotaldus (Martène, lib. i, cap. k) on lit : nationale cohœrens junctim superhumerali ; ce qui semble indiquer un riche orfroi placé sur un ornement épiscopal. Ainsi, d^us un ancien inventaire de l'église de Saint- Paul de Londres, on trouve le passage suivant : — Item, casula de rubeo sameto, qiiœ fuit fulconis episcopi, cui apponitur unliquum dorsale colœrigatum interlaqucatuin, de fino auro, cui inseruntur quatuor berilli, etc. — Item, casula Wlfranide indico sameto bona et pretiosa, cum pcctorati, et imayinibus Pétri et Pauli de fino aura, ethumeralivineato de fino auro breudato, et lapidibus insertis, et extremilaic talari consimili. — Hem, casula I/ugonis de Orivalle de albo diaspro cum peclorali et dorsali largo, de flosculis de fino aura, cum lapidibus grandibus (Monasticon

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Anglic, tom. III, pa,?. 320). Dans ces passages le dorsale et le pectorale correspondent évidemment au suiierhuméral ou rational ; car, de mt'ine que Ton appelait le pallium rational , parce qu'il couvrait la poitrine , et superhuméral, parce qu"il tombait des épaules, à cause de quelque ressemblance que Ton croyait y reconnaître avec les vêtements d'Aaron ; de mC'me encore on appela le double orfroi des riches ornements des mômes noms, superhumerale, ouhumerale, et rationale ou dorsale, et pectorale.

1! paraît néanmoins que la partie antérieure était ditrérente de la partie postérieure, jusqu'au xii' ou au xiii' siècle. Avant cette époque le pectoral pouvait bien n'être pas différent du dorsal. Aux chasubles des évêques représentés sur le vêtement de Ravenue, nous trouvons l'auriclave en avant, dans la même forme que le pallium archiépiscopal, vers le x"^ et le xi' siècle. On voit le même ornement sur les chasubles de vingtquatre évêques, représentés sur les portes de bronze de l'église de Bénévent. Aucun, parmi eux, ne porte un vêteme*it distingué par cet ornement, ressemblant à l'ancien pallium des archevêques. Dans la suite des temps , lorsque la forme du pallium fut changée, l'auriclave ou orfroi, ou superhuméral des vêtements sacerdotaux, fut changé également. Le large superhuméral fut diminué, de manière à former un petit et étroit collier au vêtement, pendant en avant et en arrière, comme auparavant. Du Cange dit qu'o.i observe un grand nombre d'exemples de cette forme ainsi altérée dans beaucoup de grandes églises ; ils sont encore peints en plusieurs endroits (Muratori, Antiq. med. œvi, dissertât, xxvii). Une autre altération survint dans la forme de l'orfroi, et la croix placée derrière la chasuble est le dernier vestige de l'ancienne bande ou auriclave. On continua cependant 63 mettre des figures de saints sur l'orfroi , comme auparavant, de maîiière qu'on le voit souvent désigné sous la dénomination de frisium imaginum.

Sarti conclut sa dissertation de la manière suivante: Possemaiitem pluribiis ostendere... quomodo tunta hœc mulatio in casularum ornatu, et casidis ipsis paulatim ipsis acciderit; sed facile est id ipsum cognoscere, expicturis et sanctorum episcoporum imaginibus superiorum temporum, ac prœscrtim sœculi xiv, XV et XVI, intro se collatis quœ passim occurrunt, quœque ctiam ostendunt qiiihus veluti gradibus veteres casiilœ amplissimœ decrescentes, ad hanc nostrorum temporum exiguilatcm pervencrint.

Au milieu de la chasuble, par derrière, il y avait une main ouverte avec le stigmate du clou, dans un médaillon circulaire. De chaque côté était un archange, en dessus et en dessous; dans le cas qui nous occupe, c'étaient deux martyrs de l'église de Vérone, i^X deux évoques.

Chap. IV. La position des figures permet de conjecturer que cet auriolave faisait partie originairement d'une couverture d'autel ou d'une courtine; mais cela est tout à fait in-

certain. La coutume de représenter les bustes dos saints, soit dans des écussons, soit dans des compartiments circulaires, fut adoptée dès la plus haute antiquité : c'est une pratique primitivement païenne. Il existe une croix (l'argent, appartenant à l'église métropolitaine de Ravenne, que l'on dit avoir été faite par ordre de saint Agnellus, archevêque de cette église, vers la fin du iv' siècle, qui contient quarante compartiments de ce genre, dans chacun desquels se trouve le buste d'un saint. Cette croix paraît avoir été faite pour être placée sur une espèce de trône, avec le livre des saints Evangiles, comme un signe emblématique exprimant la grande dévotion de l'Eglise à la passion de Notre-Soigneur. Il y a un bel exemple d'un trône-autel semblable, avec la croix et le livre aux sept sceaux, dans une mosaïque de la basilique libérienne, que l'on pense avoir été exécutée par les ordres de Sixte III.

Chap. V. Quant à l'ancien vêtement do Ravenne, dont il ne reste maintenant que quelques fragments, le tissu, qui est argent et soie, est d'un plus récent usage dans les vêtements d'église que le tissu or et soie. Salmasius dit que le tissu d'argent ne fut pas exécuté ni usité dans les églises jusqu'au temps des derniers empereurs byzantins. Le chrysoclave de ce vêtement est néanmoins de broderie d'or, et le travail est tel qu'il ressemble à de l'or uni, ce qui parait avoir été le caractère des anciens chrysoclaves. L'art de la broderie fut poussé à la plus grande perfection dès les temps les plus éloignés. Il y a un passage fort remarquable dans un livre de saint Aldhelm, évêque des Saxons de l'Ouest, à la hn du vir' siècle, ayant pour titre De laudibus virginitatis, dans lequel il décrit la beauté d'ouvrages de cette nature. Tous les évêques portent l'auriclave sur leurs vêtements, mais ils n'ont pas tous l 'humerai ; tandis qu'il parait que cet ornement n'était pas alors général, comme il semble l'avoir été plus tard. Les couleurs diffèrent également; celle de saint Michel est rouge; celle de saint Firmus est verte; celle de saint Innocent est pourpre; et ces couleurs sont très-communément employées.

Chaque évêque encore porte le livre des Evangiles dans la main gauche; la main droite est étendue, comme pour la bénédiction ou la prédication. Tous ont la barbe rase ou très-courte, suivant la coutume an- \ cienne du clergé et des moines dans l'Eglise latine, excepté dans les temps les plus reculés. La chevelure est courte et la couronne rasée, comme une large tonsure. La tonsure, en eft'et, était, dans les temps les plus reculés, plus grande cju'au x'^ siècle. Les évêques sont sans mitres, comme ils sont habituellement représentés avant le x'' siècle. On a placé le nimbe autour de la tête des archanges seulement. Saint Firmus et saint Rustrque, martyrs, quoique non évêques, sont cependant représcn'és vêtus et tonsurés comme les autres. Buonarotti pense que le nimbe fut adopté dès la plus haute antiquité, et donné d'abord aux représentations de

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Nol're-Sfngneur J(^sus-Christ, ensuite de la l)ipnhoureuse Mère de Dieu et dos anges, ]iuis des aj)ôtres et des évangélistcs, enfin dfs antres saints, mais non avant le vm' siècle, qui paraît être la véritable date de ce vôlement.

Saint Michel porte dans la main gauche un glohe, avec lequel les anges, et spécialement les archanges, étaient anciennement représentés, savoir : quelquefois avec un globe seulement, quelquefois avec un globe et une baguette, ou un étendard, labanim, quelquefois aussi avec la baguette ou le labarum seulement; celui-ci est encore plus ancien que le globo. La baguette, ou plutôt le roseau, fait allusion à ce passage de l'Apficalypse (wi, 15) : « Et celui qui me parla avait pour mesure une baguette d'or p.our mesurer la ville, et les portes, et les murailles de la ville. » D.ins une abside de l'église de Ravenne est une mosaïque, avec Jésus-Christ au centre, .Michel et Gabriel de chaque ccMé, ayant en main des biguettes d'or, sur lesquelles des divisions de mesure sont distinctement marquées. Le labarum ou bannière royale, qu'ils portent fréquemment, est un signe de leur éminente dignité. Dans une mosaïque, à Ravenne, les anges sont représentés avec un filet blanc autour de la tête, comme une couronne.

Quant à la succession des évêques dans l'église de Vérone, donnée par l'orfroi de cette chasuble, et conservée en entier par Jérôme Rubeus, dans son Histoire de Rave7}ne, c'est probablement le plus ancien monument authentique qui nous en reste. Le dernier évoque figuré est Sigebert, (jui vécut dans le viii' siècle de l'ère chrétienne, ce qui nous donne la date probable de ce vêtement curieux.

Voilà la traduction de l'opuscule intéressant de Sarti; passons maintenant à d'autres documents. Dugdale , dans le Monosticon Anyliconwn, précieux recueil, oii l'on truuve à puiser des renseignements de plus d'un genre, nous donne une liste de vêtements appartenant anciennement à l'église de Saint- Paul de Londres.

Casula Nicholai archidiaconi de rubeo sameto prcciosa, mm vincis de perlis in modum amplœ crucis in dorso. — Item, casula de nibeo snmcto, quœ fuit Fulconis cpiscopi, cui oppnnitur antiquum dorsale colœriycratum intcrlaquealum de fmo auro, cui inseruntur quatuor bcrilli, et trcs circuli aymallati, et quatuor lapides sculpti; et quatuor alemandini, et in mcdio Agnus pasclialis. — Item, casula de Jladice Jesse, quam dédit rex Henricus, preciosa, breudata cnm stellis et lunis et dorsali, cum ymaqine crucis, xvi lapidibus insertis, et deficiunt duo lapides. — Item, casula quœ fait S. Elpheqi de sameto croceo, 'cum dorsali pulcro de aurifriqio, lapidibus insertis. — item, casula Ilugonis de Orivalle de albo diaspo , cum pectorali et dorsali larqo, de flosculis de ftno auro, cum lapidibus fjrandibus, unde quinque sunt camafiutœ. — Item, casula de panno Tarsico, iîidici coloris, cum jjisciculis et rosulis au-

reis, et lato aurifrigio, optnne operafo cum ymaginibus et sentis et dorsali consimili, de dono magistri J. de S- Claro, qui volait ut cum il la celebretnr in festis Omnium Sanctorum et saneti Erkcneiealdi. — Item, casula de quodam panno Tarsico , cu7n rube-o panno diasperato, aureo, cum-arboribus et cervis de auri/io contextis , cum aurifrigio de armis regum Vranciœ et Aragoniœ, de dono Willielnii Cissoris Elianorœ reginœ junioris, et assignatur per ipsam ad missam B. Viryinis, pro anima dictœ reginœ.

Dans l'inventaire ancien de la cathédrale de Reims, on trouve les détails suivants : n Une chasuble de velours cramoisi , toute bordée de gros cordons d'or de Cypre, et semée de soleils pareils, fils d'or et"^doub]ée de damas rouge; 4oriïi<^G parle cardinal de Lorraine, avec tunique et dalmatique. Une chasuble de satin rouge avec les orfrois d'un arbre couvert de petites perles; du don de Guillaume de Joinville, archevêque de Reims, mort en 1226. Une chasuble de samis rouge fort large et les o;frois tissus d'or; du don de Henri de Rraine, arclievêque de Reims, mort en 12V0. Une chasuble de soie perse noire, toule couverte de soleils et d'étoiles, les orfrois de tissu d'or, où il y a plusieurs perles et pierres, doublée de soie rouge; donnée par Tilpin ou Turpin, archevêque de Reims, mort en 812. Une chasuble, tunique et dalmatique de soie verte, couverte de plusieurs oiseaux rouges, avec pieds de fil d'or, plusieurs lettres et écussons; donnée par Jean de Courtenay, archevêque de Reims, en 1266. »

Baluze, dans son Histoire généalogique de la maison cVAuvergne, tom. 1, pag. 332 , a représenté deux anciennes chasubles, faisant partie d'une magnifique collection de vêtements ecclésiastiques, donnés à la Sainte- Chapelle de Vic-le-Gon}te, par Bertrand VI, comte d'Auvergne et de Boulogne, vers lioO. Elles sont très-amples, se terminant en pointe par derrière. La première n'a pas de croix, mais un grand oifroi de figures d'armoiries sur un liclie tissu d'or. La sec'onde avait des broderies faites à l'aiguille; sur le devant, on voyait : la Nativiîé et la Présentation de Notre-Seigneur au temi)le; sur le haut de la croix on voyait : la cruauté d'Hérode, l'Annonciation de Notre-Dame, la Naissance de Notre-Seigneur dans une étable, et la Fuite en Egypte; sur les deux bras de la croix, des anges chantant avec des instruments de musique : chacun de ces sujets est encadré dans des moulures nombreuses, comme celles des dais ou jnnacles. Le fond de la chasuble est entier, formé des signes héraldiques de la maison de La 'l'our d'Auvergne.

CHATAIGMER(BoisDE).—Onadit et répété bien souvent que les charpentes des cathédrales étaient faites en bois de châtaignier; c'est une erreur. Tel est le résultat d'une discussion ouverte à l'une des séances du comité historique des arts et monuments. L'opinion exprimée par AL le vicomte Héricart de Thury nous fournit le résumé des raisons princil'ales qui combattent cette croyance erronée,

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presque universellement admise. « C'est un préjugé généralement r('i)aiuhi que les charpentes de nos cathédrales, dites ordinairement les forêts, sont en chAtaignier ou en marronnier, et que c'est à la qualité de ce bois qu'est due l'absence des araignées et des mouches. Les châtaigneraies n'auraient jamais pu suflîre à une pareille consommation. D'ailleurs, lorsque le cl);:taignier et le marrojuiier ont acquis le développement nécessaire pour servir à la charpente, ils se creusent et ne peuvent plus ôtre employés. Toutes les charpentes des cathédrales sont en chône, de celte variété, rare aujourd'hui, le chêne liane, qui no vient bien que dans les localités tourbeuses et marécageuses. »

« M. Schmit, inspecteur général des cathédrales de France, annonce qu'on a fait des recherches sur les charpentes des grandes églises du moNeii âge. Des échantillons de l)0utres et de solives ont été livrés à l'expertise des charpentiers et des menuisiers, et de cet examen il est résulté qu'on a reconnu que ces charpentes sont en chêne. » (Bulletin des séances du coni. hist. des arts et monum., n" iv.)

CHAUSSURE. — Les chaussures des anciens Romains furent d'abord de cuir cru, et même avec le pcil. Dans la Campai;ne romaine et en plusieurs provinces d'Espagne, les paysans ne portent pas d'autres chaussures qu'un morceau de peau, ayant encore le poil, s'envf loppant autour du pied et du bas de la jambe. On en faisait aussi anciennement de toile de lin : le fer môme et l'airain, l'argent et l'or y étaient employés. On se servait souvent de liège pour mettre sous les souliers et rendre la chaussure plus haute.

Nos anciens Fiançais , dit le moine de Saint-Gall, avaient des chaussures dorées par dehors, et ornées de courroies e! lanières de cuir longues de trois coudées. Telle était la chaussure de Charlemagne et de Louis le Débonnaire, comme il parait par ks notes lie Baluze sur les Capitulaires des rois de Fiance, pag. 1280.

L'archéologie a remarqué que plusieurs personnages, dans l'iconographie du moyen j1ge, ne sont jamais chaussés, tels que le Christ, les angos et les apôtres. Tous les autres saints sont chaussés, et ce serait s'écarter gravement du génie du moyen âge de reproduire les images des saints d'une autre manière. Il faut encore noter que les évèques portent toujours une chaussure de couleur dans les vitraux peints. La couleur de leur chaussure doit être en rapport avec celle des vêtements sacerdotaux.

CHÉNflAU. — Un chéneau est un canal en plomb, qui porte sur la corniche d'un bâtiment pour recevoir les eaux du comble et les conduire à un tuyau de descente. Dans les grands monuments de style ogival, on appelle chéneau une rigole taillce dans la ] lierre qui fait la corniche, et d'oii les eaux coulent dans les gargouilles.

CHEVET. — On appelle chevet, capitium.

l'extrémité de l'église, derrière le maître-autel. Vohf. Abside.

Le chevet des églises a pris diverses formes : il fut d'abord semi-circulaire; cctlo disposition s'observe dans les églises de la jiériode romano-byzantine, et quelquefois dans celles qui ont été bâties au commencement du xnr siècle. Pendant le règne du style ogival, le chevet est communément bAti sur les pans d'un polygone régulier. Un petit nombre d'églises, en France, de style ogival, ont le chevet rectiligne et plat, comme à la cathédrale de Laon, à Saint-Julien de Tours, ,\ Saint-Martin de Clamecy. En Angleterre, c'est le contiaire : la plupart des églises ogivales ont un chevet plat.

On trouve l'étymologie du mot chevet, et surtout l'origine de son emploi dans la désignation des diverses parties d'une église , dans le symbolisnie des monuments religieux. La région absidale représente la partie supérieure de la croix où .Tésus-Christ, en mourant, appuya sa tête et l'inclina. Le sanctuaire est donc le chevet mystique sur lequel le Sauveur appuie sa tête, et l'autel lui-même re[)résente \i chef au^usle de notre divin Maître. Ce symbolisme explique la disposition des chapelles rayonnantes tout autour de l'autel principal. Ces chapelles, suivant cette idée, seraient la couronne glorieuse qui ceint cette tête vénérable. Nous disons la couronne glorieuse, parce que la liturgie catholique nous montre toujours le Christ triomphant, môme dans la commémoration des mystères doulo jreux de sa passion.

CHEVRON. — Le chevron e.-^t une moulure romane foimée d'un tore brisé cjui décrit une suite régulière d'an;.;l('S aigus, ou de zigzags, ce qui fait qu'on l'a souvent désigné sous ce dernier nom. C'est un des ornements géométriques que l'architecture romano-byzantine a le plus répandus sur les faces des grandes archivoltes. Au xr siècle et au xii% il n'y a pas d'ornement plus commun dans le nord-ouest de la France et en Angleterre. Dans ce dernier jiays, on le retrouve encore au commencement du xiii" siècle, et son emploi même n'y est pas très-rare ; en France, les monuments de style ogival purne présentent de chevrons, parmi leurs ornements, que très-rarement. C'est une remarque qui a été faite chez nous, que généralement les moulures et les ornements de la période romano-byzantine ne sont guère employés dans les édifices de la période ogivale.

Les chevrons sont formés d'ur.e soûle, de deux, do trois fretles, bandes ou baguettes en relief. Lorsqu'il y a plusieurs rangs de chevrons serrés les uns contre les autres, on les apjielle chevrons multiples ou tores guivrés. Ouelquefois doux chevrons sont opposés l'un à l'autre; alors on les appelle chevrons contre-chevronnés, ou simplement tores contre-chevronnés.

Le chevron contre- chevronné diffère du losange ou rhombe, en ce que los deux bandes du premier ne se confondent jamais,

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cl sont quelquefois môme séparées par un lilût.

M. Smith, dans son livre YArchitecture des monuments religieux, dit qu'il ne faut point confondre les chevrons avec les zigzags; ceut-ci, suivant lui, se composeraient de moulures différentes et par.iUèles, tandis que les chevrons se composeraient de moulures semblables, égal ment parallèles. Celte distinction est assez ingénieuse : elle n'a pas été géni'ralemcnt suivie par les antiquaires dans la description des monuments.

CHIFFRE. — Les auteurs ne sont nas tous d'accord sur l'origine des chiffres dils arabes. Nous n'entrerons point dans cotte discussion, qui est absolument étrangère à notre but. Nous devons seulement mentionner ici que l'emploi des chilfres arabes ne remonte pas, chez nous, à une époque de beaucoup antérieure au xiir siècle. Pa.' conséquent, les inscriptions murales que l'on trouve si fréquemment dans nos églises, ne doivent jamais présenter de dates autrement qu'en chitfres romains, quand elles remontent à une époque plus reculée que le xnr siècle. Nous devons ajouter que, môme après que l'emploi des chitfns arabes fut généralement répandu, on continua néanm;ins, dans les inscri|)tions, à se servir de chiffres romains. Ce serait donc une laison suffisante de suspecter Tauthenticité et la vérité d'une inscription, que d'y voir des chiffies arabes avant le xv' siècle. Neus n'avons jamais eu occasion de voir d'exemples de l'emploi des chiffres arabes dans les monuments avant le xv' siècle.

Chiffre. — On appelle encore chiffre un entrelacement de leltres fleuronnéts en basrelief ou découpées à jour, qui sert d'ornement, en architecture, dans la serrurerie et la menuiserie. On a fait usage au moyen <lge de chiffres de différents genres. Il n est pas rare d'en trouver des spécimens curieux sur les clefs de voûte, dans des écussons, sur les tapisseries, sur les anciens ornements ecclésiastiques. Voy. Monogramme.

Autrefois les marchands, au lieu d'armoiries, portaient des chiffres : c'étaient les premières lettres de leurs nom et surnom, entrelacées dans une croix, comme on en voit des exemples sur plusieurs anciennes é[)ilaphes.

C'est surtout sur les édifices de la renaissance que l'on retrouve le p!us souvent des chiffres. On en voit, non-seulement sur les murailles et duis des écussons d'armoiries, mais encore dans des p.mneaux de vitraux peints. Les artistes anciens signaient souvent leurs œuvres par un chiffre.

CHLMÈRK. — On donne le nom de chimères, en architecture, et en général dans les arts du dessin, aux animaux (jui n'existent pas dans la nature ; tels sont les centaures, les sphinx, les sirènes, les griffons, les gargouilles, les pégases, etc. On voit aussi des chimères qui n'ont que la moitié d'un corps, et dont l'autre moitié est un feuillage, une gaine, ou tout autre objet privé de vie ou de mouvcmciit.

Les artistes du moyen âge ont fort souvent sculpté des chimères dans les monuments religieux. Il n'y a point d'é.lifice apiartenant à la période romano-bvzantine qui n'en présente soit sur les chapiteaux des colonnes, soit sur les corbeaux ou modillons extérieurs.

Durant la période ogivale, les artistes sculptèrent des chimères sous les corniches extérieures et les rendirent saillantes sous le nom de gargouilles. (Voy. ce mot.)

A l'époque de la renaissance, les sculpteurs multiplient les figures de chimères et les modilicnt en raille manières différentes. Ce n'est plus qu'au caprice de l'imagination qua l'on peut attribuer les innombrables formes créées sous le ciseau de l'artiste. Il en est de môme dans la peinture sur verre, oh l'on voit des animaux chimériques dans les bordures, dans l'ornementation ou dans des panneaux de petite dimension.

CHOEUR. — Le chœur est la partie d'une église où se tiennent les clercs qui chantent l'ofRce. Voy. Cancel, Cuancel.

Dans les anciennes basiliques il y avait, en avant de l'aliside, un espace fermé par une balustrade, où se tenait le chœur des chantres, cœtus canentium. Celte disposition n'avait aucune influence sur le plan de la basilique elle-même : le chœur consistait uniquement en une clôture qui s'étendait plus ou moins sur la grande nef; ce n'était, à |)roprement parler, qu'un arrangement intérieur. On peut donc dire, rigoureusement parlant, qu'il n'existait pas de chœur dans les basiliques chrétiennes primitives. Ce fut après la cunver;ion de l'empereur Constantin, lorsque le clergé fut libre de donner quelque pompe aux cérémonies sacrées, que le chœur commença à avoir une délimitation bien marquée. Voy. Basilique.

il est à remarquer que le clergé, dès l'origine, fut seul admis à l'intérieur du chœ-ur : les femmes en furent toujours exclues, lors môme qu'on permit aux laïques d'y entrer dans quelques rares circonstances. Nous avons donné d'assez amples détails à ce sujet à l'article Autel.

Le chœur, dans les monuments religieux de la période romano-bvzantine, est d'une étendue fort restreinte : dans bcaucouj) d'églises paroissiales, il n'est composé que d'une seule travée. Au xi' siècle, le chœur, mômq dans les monuments de la plus haute importance, ne dépasse jamais les limites de deux ou trois travées. Au xii' siècle, il se développe, ainsi qu'au xuV siècle, jusqu'à co qu'il atteigne en longueur le liers environ de la longueur totale de l'église, ou la moitié environ de la longueur de la nef, ce qui est à peu près la proportion qu'il présento le |)lus souvent.

Dans le^ écli>es romano-byzantines , le toit du chœur est souvent moins élevé que celui de la nef. Cela ne se voit jamais dan* les églises ogivales, à moins que le chœur et la nef n'aient été bâtis à des époques différentes.

Dans plusieurs églises l'aire du chœur est

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