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plus élevée que celle de la nef et des collatéraux, comme à Notre-Dame de la Coulure (li. Maria de Cultura Dei), au Mans. Suus le cliœurilyadans cette circonstance une crypte plus ou moins grande et plus ou moins i)rofonde. L'exhaussement du chœur au-dessus du niveau de la nef n'eut pas lieu constamment, car nous trouvons des faits entière- ^ mentcontraii-es dans des monuments où Taire du chœur est au-dessous de celle des nefs.
Au XIII' siècle, le chœur des cathédrales se développe dans des dimensions majestueuses, et dans des proportions cfui ne furent pas changées plus tard. C'est à partir de cette époque que l'on établit dans les grands chœurs des cathédrales et des collégiales, ces stalles magnifiques qui mériteront toujours ajuste titre le nom de chefs-d'œuvre de la menuiserie gothiqje, depuis les stalles simples du xiii' siècle de la cathédrale de Poitiers, jusqu'aux stalLes splendides du xv siècle et du xvi% de la cathédrale d'Amiens et de celle d'Auch. Voy. Stalle.
Dans certaines provinces, il y a des églises à deux chœurs, l'un situé dans la région orientale, l'autre dans la région occidentale, par exemple à Mayence, à Worms, à Spire, à Besançon, à Nevers. Voy. Abside.
En décrivant le chœur d'une église, ou les objets qui en font l'ornement ou en constituent le mobilier, les antiquaires ont été quelquefois emîiarrassés pour déterminer la droite et la gauche. Dans le chœur des églises ogivales, où l'autel doit être placé au Ibnd de l'abside, il ne saurait exister d'incertitude. Comme les membres du clergé doivent être tournés vers l'autel, au moins ceux qui sont aux premières places en entrant, la droite et la gauche se déterminent parla position de la personne qui entre dans le chœur ])ar la porte de l'ambon ou la porte principale, et qui a la face tournée vers l'autel. Cette détermination est ainsi faite dans nos vieux Cérémoniaux, où l'on marque comment la procession doit sortir du chœur, ou y rentrer, soit par le côté droit, soit par le Ci'ité gauche. La désignation liturgique des côtés du sanctuaire est différente, parce que le point de comparaison n'est pas le môme.
CHOU (Feuille de). — Les feuilles de chou ont été très-fréquemment imitées par la sculpture des monuments gothiques au XV' siècle et au xvr. On les voit souvent sur les rampants des lignes obliques servant (le crochets, ou remplissant l'espace triangulaire qui se trouve entre l'extrados d'un arc surbaissé et l'intrados de l'arc en accolade qui le surmonte et se fond avec lui. La feuille de chou frisé a aussi été très-souvent imitée.
CHRISMATORIUM. — C'est le vase dans lequel on conserve dans les églises les huiles bénites solennellement par l'évèque, le jour du jeudi saint; ce sont l'huile des infirmes, l'hude des catéchumènes et le saint chrême. Il y avait aulr-'fois dans les églises des vases, ayant cette destination, en matières précieuses, ornées de pierreries et d'émaux, et de dessins de dilfér^-nts genres, soit en relief,
soit en creux. On conserve encore h New- ('ol'ege, à Oxford, le chrisvtatoriiun qui avait appartenu au grand et saint évêque William Wykeham. Dans l'inventaire de la cathédrale de Lincoln, on trouve les détails suivants : « Un chrismaCoi'ium en argent, doré en dedans et en dehors, ayant seize images émaillées,avec dix petits contre-forts sans clochetons, avec créneaux tout autour du couvercle, lequel est surmonté de deux croix et d'une crête ; il y a trois vases à l'intérieur avec couvercles, pour renfermer les s.nintes huiles et le chrême, du don de William Skolton, autrefois trésorier de l'église d(! Lincoln. Ce chrismatorium pèse vingtsept onces. (Dugdale, Monast. Anglican.)
CHRONOGRAMME ou Chronogr aphe. - On appelle chronogramme ou chronographe l'assemblage de plusieurs mots qui font un sens et qui sont choisis de manière que les lettres numérales qui s'y rencontrent marquent l'année ou le millésime de quelque événement. On ne sait à quelle époque faire remonter le premier emploi des chronogrammes. Un auteur, qui a fait des recherches à ce sujet, n'en faisait pas remonter l'usage au delà du temps des derniers ducs de Bourgogne; mais on voyait autrefois dans l'église de Saint-Pierre, à Aire, sur une vitre, le chronogramme suivant : bis septeM prœbendas, wbaLdVIne, dedisti, qui marque l'année 1062, MLVVII, ou MLXII. Il y a une dissertation analytique sur les chronographes, imprimée h Bruxelles en 1718. On écrit les lettres numérales en caractères plus gros deux ou trois fo's que le reste du contexte, afin de les distinguer plus facilement. Les chronogrammes ne sont pas toujours en vers, ils sont quelquefois en prose, et ce sont les meilleurs; car on est trop gêné dans le choix des mots qui n'aient que les lettres numérales nécessaires, pour qu'on en puisse aisément faire de bons en vers. Les seules lettres qui puissent servir dans les chronogrammes sont les M, les C, les L, les X, les V et les L
Ces espèces de jeux d'esprit ont été à la mode pendant fort longtemps; ils sont aujourd'hui complètement abandonnés.
CHRYSOCLAVE. — C'est le nom ancien de ce que nous appelons aujourd'hui orfroi.
CIBOIRE. — L'étymologiedu mot ciboire^ au premier abord , paraît venir de cibus^ parce que ce vase est destiné à contenir la nourriture par excellence, le pain eucharistique ; mais il est plus probable que ce mot est emprunté du grec y-iSûpto)) , qui signifie simplement une coupe, à cause de la forme primitive du ciboire. Le mot grec lui-même a une origine assez curieuse; il désigne l'enveloppe d'une grosse fève d'Egypte, pareille , à la capsule du gland commun, dont on se • servait en guise de coupe ordinaire. Telle ; est l'opinion de Fleury et de Dacier. On pourrait ajouter à cette autorité que les Romains donnaient à leurs coupes de festins le nom de ciboria, au témoignage d'Horace.
Ce terme est devenu liturgique, dès la j)lus
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liaulo anliiiuil6 ccclésiasliqiie, î»our d(îsigner le baKIaiiuin (Heiuki au-tlussus de Tautel, qu'il roeouvrail en entier. Nous en avons longuement parlé ailleurs. Vot/. Baldai^iin. Ce fut bcaut-oui) plus tard (|u'on l'appliqua aux vases actuellement en usage pour enfermer les espcH-es eonsacn'es.
On comprend aisément par quelles causes" s'introduisirent l'usage et la forme des ciboires modernes. L'eucharistie fut conservée, non-seulement pour les malades, m.iis encore pour les personnes valides, dont le nombre diminuait de jour en jour, qui s'apjirochaient de la sainte table. Il fut alors nécessaire d'avoir des vases {)articuliers, fermés exactement et portatifs,
Dans beaucoup de paroisses aujourd'hui on possède deux ciboires, l'un plus grand, destiné à rester dans le tabernacle, et servant à administrer la sainte communion aux lidèles qui se présentent à la messe; l'autre plus petit, destiné à porter le viatique aux malades.
Les ciboires sont assujettis, quant à la matière, aux mômes règles que les calices et les patènes ; ils doivent donc être d'or ou d'argent, du moins pour la coujie, qui sera dorée à l'intérieur si elle est en argent. Du reste, ce qui concerne les ciboires est réglé par les statuts de chaque diocèse.
Les ciboires ne sont pas consacrés, mais simplement bénits. Tous les prêtres qui ont de l'évoque la permission de bénir les vêtements sacerdotaux, peuvent aussi bénir les ciboires : telle est la règle générale. Il ne faut pas se servir de ces vases sans qu'ils aient été bénits, et l'on aurait de la peine à excuser de quelque péché celui qui agirait autrement sans raison.
Le ciboire, suivant la coutume générale, et suivant une prescription du Rituel de Tours, doit être recouvert d'un petit pavillon de soie. Il perdrait sa bénédiction, s'il ne pouvait plus décemment être employé h sa destination spéciale : il y aurait aussi sacrilège à s'en servir à des usages firofanes.
Les églises orientales ne connaissent point le ciboire. Les espèces eucharistiques sont distribuées aux communiants à l'aide d'une patène. Le saint sacrement réservé pour les malades est placé dans une boîte d'argent, à la sacristie , ou bien cette boite est enfermée dans un petit sac de soie, et suspendue sous le ciboire ou balJaquin qui recouvre l'autel grec.
Comme nous l'avons dit h l'article Baldaquin, le mot (le ciboire se disait de toute sorte de construction faite en voiUe, portée sur <[ua!re i)iliers. On peut consulter à ce sujet les Acta sanctorum, Febr. tom. III, pag. lÔi; c. D., nag. 105; B. et Aprilis, tom. II,' p. 11; E., OÙ Von fait la description d'un ciboire
de marbre.
Le ciboire est actuellement un des vases sacrés les plus im|)ortants. Il parait chaque jour sur nos autels, et l'hostie qu'on y dépose est offerte h l'adoration des tidèles. Aussi a-l-on cherché à l'orner et à l'embellir autant
que l'art moderne le pouvait permettre. Nous regardons connue un devoir pour nous de donner, avec (pn.'hpie étendue, l'histoire du ciboire. Nous en emprunlons (piehjucs détails h un int'''res<ant Mémoire publié par M. l'abbé Corblet.
« Je ne connais aucnin antiquaire, aucun l.turgistc (pji a't traité avec quehjues dévelo|»pements la question des ciboires du moyen Age; ce sujet me paraissant devoir oir ir (]uilipie int.'rêt sous le point de vue religieux et archéologique, j'ai tAché de réunir dans le cadre d'une notice les renseignements épars que j'ai puisés clans les Pères de l'Kglise grecque et latine, dans les conciles, dans les chroniqueurs, les historiens et les lituigistes.
« Dans les trois premiers siècles de l'Eglise, il était assez, rare que l'on conservât la sainte eucharistie dans les églises, parce qu'il était h craindre (ju'elle ne devînt un objet de profanation pour les païens. Les fidèles l'emportaient dans leurs demeures (1) et la conservaient dans des armoires ou dans de petites boîtes destinées à cet usage (2j. Siméon le Métaphraste dit que saint Indes et sainte Domno gardaient chez eux un petit cotfret de bois, dans lequel ils renfermaient la sainte hostie, avec uu chandelier et un encensoir ('e terre (3). Saint Cyprien rapporte qu'une femme, ayant tl'chi'lo genou devant les idoles, ouvrit de ses mains profanées la boîte où était le Saint du Seigneur, et qu'une flamme vengeresse en soriit subitement. Saint Jérôme (V) , saint Basilique ijipist. 50s Victor de Vite [Episl. 289), etc., lont plus d'une fois allusion à cette coutume des [(remiers chrétiens. Au iv siècle, l'histoire du vieilard Sérapion (5), celle de la mort de saint Ambroise et de la guérison miraculeuse do sainte Gorgonie (6), démontrciit indubitablement que l'eucharistie était alors réservée dans beaucoup d'églises (7', et donnent un démenti formel à l'assertion
(1) Us la portaient quelquefois sur eux; ils furent en eela inùlés par plusieurs p;^pes ol plusieurs grands personnages des sieeles suivants. Génebrard (in Clirouoij.) lapporUî que Louis IX la portait tonjoiirs aux années, qu'il i, tissa son cii)oire au soudiin <rE;^yple pour gage de sa ran(,'on, et que, de retour en France, il s'empressa de l'envoyer réclamer. (Jovius, Vir.illust.)
Ci) Terlullien, de Oral., c. 14.
(5) Voyez encore les actes de sainte Agapc cl de sainte Tliéopliile, apud Suriuin, 28 dcc.
(i) De Afr. pers., 1. i.
(5) Eusèljc, Hist., VI, ii.
(6) Saint Grégoire :!e Nazianze dit que sainte Gorgonie vint adorer Jésus-Christ dans l'église de Na/.ianze, et (|ue, s'ageu(!iiiilaut près de raiilel, elle invo(pia celui (pii y résidait : ICum qui .fttper ipso allure lionoratiir ciim iiujeiili cUnnore invocat.
(7) Le p(»ële l'nidenre «lit, en parlant de l'aufei : Illii sficraiitriili douai rix vicitsa cadcDique citslos fida {liijmne de saint Ilippol.). Le lieuxième concile de Toius, tenu en ot)7, ordomie dans sou troisième canon : Ut corpus Domini non imaginario ordiiic, sed sub (itulo crucis componalur ( l ojy. aussi saiut Amiirois'. De ICiin et jcj., c. I ; — episl. ad Felician. — Selioelsîrale, De disciplin. arcun. — l'ouget, Institut. ratlioL, (. II. — Grandcolas, .\ncien Sacramcul., t. IV. — C. Diipiirron, Truite de l\uch., 1. m).
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d'HospinJen (1), qui prétend que cette coutume ne s'est introduite qu'après la célébralion du quatrième concile de Latran, sous Innocent III (2'. On gardait môme quelquefois l'eucharistie sous les deux espèces (3), et saint Ambroise {Ep. 4, n. 4) nous apprend que Je précieux sang était réservé à Milan dans un tonneau d'or (4). Il est à remarquer qu'on ne conservait autrefois le pain consacré que pour le viatique des malades (5); l'usage de s'en servir pour la communion des fidèles hors le temps du sacrifice a été introduit par les Ordres mendiants, s'il faut s'en rapporter au témoignage du P. Morin (6). Ajoutons que la réserve du viatiqua ne se faisait point partout, et qu'elle n'était pas môme usitée dans quelques églises importantes (7).
« Le plus ancien mode d'osservation pour l'eucharistie fut de la placer dans les sacristies désignées autrefois sous les noms de pastophorium, diaconicon, vestiarium, spcretarium , episcopium , sacrarium (8). C'était dans ces appartements attenant à l'église qu'on déposait les choses saintes (9) et qu'on laissait les boites en forme de tour qui contenaient les vases sacîés et le saint sacrement, et sur lesquels nous reviendrrins dans un instant (10). Quand Is espèces consacrées n étaient point gaidées dans ïepiscopium, on les |)laça t dans une petite armoire nommée sacrarium, creusoe dans la muraille ou dans un pilier, et presque toujours du cut'é de l'Evangile (Grandcolas, Ane. liturg.) (11).
« Parmi les églises qui conservèrent plus
(1) /)e ortg. et ritib. vet.
(2) Dans le v siècle, saint Cyrille d'Alexandrie écrivit conlre les anlhropomorphilcs, dont une des erreurs était de prétendre qu'on ne devait point conserver reucharislie pour le lendemain (Saint Cyr. Adv. anthr.;C. Bona, Rer. lit., p. iSb). Le concile œcuménique de Trente anathématisa celte même erreur dans sa xiir session.
^3) Saint J. Chrysost., Ep. 4 ad Iim. P. P.
(4) Comment se fait-il qu'en présence de pareils laits Gabriel Biel et Duplessis Mornav aient avancé que Ion ne conservait point leucliaVistic avant le troisième concile de Latran.
(o) Quelquefois aussi, quoique fort rarement, on la conservait dans un ciboire, uniquement pour l'exposer a l'adoration des fidèles. Il en était ainsi du temps de Claude de Vert à la cathédrale d'Amiens
ou cet usage s'est conservé jusqu'à nos jours
« J ai OUI dire à un ecclésiastique d'Amiens que le samt sacrement suspendu dans l'église cathédrale Il avait pour objet que d'attirer l'adoration des fidè-
""'^^Jr.V ^^ ^*^''^' ^^'P'- '^^^ '^^''■- ^^ ^'^9'-^ t- m, p. ooy.)
^6) De pœnit., 1. vin, c. 9.
, 0) Elle ne l'éiait pas à Sainl-Jean de Lyon. (Moleon. Voyage liturg.. p. GO.)
^8) Constitut. apost.
\9) Ulpien (Lib. i Digest. lit. 8) nomme la sacristie : Locus m quo sacra reponuntur. Sur la porte de plusieurs sacristies on voyait inscrit ce distique de saint Paulin :
Hic locds est veneranda penus quo condilur et quo i'romitur aima sacri pompa mrnisterii.
(Saini Paulin, Ep. 12 ad Sev.—V. Baronius. 4n. 57,n. 103.) JIO) Fleury, Mœurs des Chrét.. p 327.
(1 1) Le pape Léon IV s'exprime ainsi : Ut in sacrano eucUartiylta Christi non desit.
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ou moins longtemps cet antique usage, nous citerons celles de Saint-Julien d'Angers (1), de Notre-Dame de la Ronde et de Saint-Vincent à Rouen (2), de Tournus près de MAcon (3 , des abbayes de Saint-Jenn-le-Grandà Autun (*), et d'Abdinghofï en Allemagne (5), et l'église de S.iinl-Jean-Baptiste à Péronne (6). Mais, sauf quelques exce|)tions, on abandonna assez généralement les sacrariim pour les ciboires suspendus , qui réunissaient la grâce a la commodité.
« Les érudils sont loin d'ôlre d'accord sur étyniologie du mot ciboire : Grandcolas et 1 abbé Thiers veulent qu'on ait appelé les vases eucharistiques ciboires, parce qu'autrefois ils étaient suspendus sous des baldaquins nommés ciborium; Périon et Duranti (7) font dériver ciboire de xt%ptov, coupe- Robert Etienne de y.i&,>zô;, coffret; Casalius (8) et M. du Sommerard de cibus, parce que 1 hostie qu'd contient est la nourriture de l'Ame; Hésychius, Saumaise, Casaubon, Dacier (9), etc., pensent que ce mot vient de 1 égyptien, et qu'il signifiait dans cette langue une espèce de fève donl la forme servait de modèle à certains vases, ou qui servait ellemême de matière à leur confection 10). Le mot cî6o?Ve n'est pas plus pauvre en synonymes qu'en étymologies : les auteurs du moyen âge l'ont appelé cibolum, cymbarium, ciborewn , cworium , civorius , cyburcum , pyxis, hosteria, hostiaria, custode, chiboire ciboingre, syboingre. '
« Les ciboires furent suspendus, dès le commencement du moyen Age, à l'aide de cordons ou de petites chaînes. Un ancien rituel ms. de l'église de Soissons , cité par dora Martenne (11), prescrit au diacre d'encenser l'eucharistie suspendue sur l'autelle troisième canon du deuxième concile de lours, tenu en 567, marque l'usage de cette suspension; dans les monastères de l'ordre de Gîteaux , c'était une image de la Vierge portant l'Enfant-Dieu sur le bras gauche qui soutenait de la main droite un petit pavillon sous lequel était suspendue l'hostie consacrée (12j; mais cet usage particulier ne me parait guère remonter qu'au xir siècle, quoique Félibien, dans sa description de
(l)!\Ioléon, Vog. Liturg., p. 103.
(2) Mol., Op. cit., p. 407 et WJ.
(3) Voy. litt. de deux bcucd., t. I", r. part., p. 231.
3) Id., t. Il, p. 244.
m D. Maitonne, De ant. Eccl. rit., 1. i, c. 5.
(7) De riiib. Eccl. catliol. — Quelques critiques coiileslcni cet ouvrage au président Duranti cl l'at- Uibuent a Pierre d'Anes, évéque de Lavaur. V. Ellies Dupm, D. Ceiilier et D. Guérangcr {Inst. lit, i. i).
(S) De Christ, vct. sacr. rit.
{[)) Comm. sur Horace, lib. ii, od. 7.
(10) V. Ménage, Moreri, Cl. de Vert.
(H) A la Ferté, près de Chàlons-sur-Saône, le saint sacrement est élevé dans un ciboire soutenu par une vierge enlevée dans le ciel par des anges (dom Martenne et Durand, Voy. litt., 1. 1, i"part..
(li) Op. cit., p. 575.
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Talibaye de la Trappe, le regarde comme beaucoup plus ancien (1).
« Un assez grand nombre de ces ciboires suspendus avaient la forme d'une colombe, connue l'indiquent fort clairement plusieurs passages des historiens du moyen ilge. Yoy. Colombe.
« Il paraît que parfois la réserve cucharistifiue était enveloppée dans un linge : il on était ainsi à Saint-Théolïrey, dans le Veiav, comme le prouve un jiassage de ses archives rapi)orté par Ducange (2). L'hoslie sacrée pouvait bien n'être jias toujours renfermée dans la colombe, mais y être ellemême suspendue : c'est ce que l'abbé Thiers infère du texte d'Uldaric que nous avons cité plus haut, et ce qui est encore plus clairement démontré par le pnssage suivant, extrait des Coutumes de Cluny, recueillies par le moine Bernard... : — prœdictam auloii pyxidein^. diacanus de errfumha juf/iter pcndcnte super altare... abslrahit. (JDucange, 67o*-s.,v'Cg1) (3).
« Les custodes en forme de tour furent peut-être plus nombreuses que les columbarium (V); mais les tours étaient quelquefois elles-mêmes surmont-'cs de colomJjes. On lit dans Anastase le Bibliothécaire {In Vitis rom. Pont.) qu'Innocent I" [Wi-h-il j tlt faire une tour d'argent accompagnée d'une colombe dorée poir l'église des martyrs Saint- Gervais et Saint-Protais [In Innoc. I) (5); que le pape Hilairc ( mort en iG8) donna aussi une tour d'ar-^ent et une colombe d'or de deux livres pesant, à la basilique de Latran (6). M. l'abbé ïexier, dans le n° 9 du bulletin du Comité des arts et monuments, parle d'un pyxis qui était tout à la fois tour et colombe, et que l'on conserve dans l'église de la Guêne (arr. de Tulle) : « Les pattes de l'oiseau reposent sur un disque attaché par trois chaînettes à un cercle décoré de tourelles et suspendu lui-même à la voûte. » L'empereur Constantin fit présent à l'église Saint-Pierre d'une tour et d'une colombe d'or, enrichie de perles et de pierreries, qui pesaient 30 livres (7); comme on le voit par ce dernier fut, les ciboires en forme de tour étaient parfois d'un prix inestimable. Nous en voyons une nouvelle preuve dans les vers
(1) J.-B. Tôliers, Dissert, sur les autels.
(:2) Cotumbti destiper altare aurea, itbi dominicum reponitur corpus in lintco mundo scrvandum (Ducange, Gluss., \° Coi).
(5) Consultez sur les columbarium : saint Paulin, ep. ô'I; Actes du \' conc. de Consl.; Casalius, doni Mal>illou,doiii.Mnr'L'nne, D. Durami, Ducange, D.Carpcnlier, D Ciiardon, Mulauus, le cardinal Bona, Bocquillot, (>lau(le de Verl, J.-B. Thiers, Lebrun Desniarels, Grandcolas, Cianipini, elc. (passim).
(4) Votjci le dessin d'une loiir eucliaris!i(iuc dans le tome XJ des Annales de philusopti. clirét., n" Gl, lig. 17.
{ii)lttrrem ar(jenleam cnm patcnn et columbam deauralam pensaiilcm librus trifiinta [In inn., 1).
(6) In Vilis rom. ponl., in lun. I. — In llilnr.
(7) Putcn im nnam rum (urrc et rolumhti c.x aura puris.<iinioorniilain fjrwmis prtisilis cl Iniinintinis nuir- (jariliMfue numcro llïo pcnstnitem liUrKS 5 (Anasl. in Sijlveslru).
qu'.idresse Vénance Fortunatà Félix, évoque (iL" Bourges , qui avait fait ciseler une tour d'or, dcstiuLC à contenir la réserve eucharist'que (1).
Quam l»ene juncla décent, sacrati ut rorporis agni Margaiiluni ingens, aurea dona ferant?
Cédant cliriisolilliis salotnonia vasa melailis
Ista placent niagis ars facil atque fides (2) (5).
« Les tours ne servaient souvent qu'à contenir le vase euchriristique; telle était, selon D. Martcnne et Durand (4), la tour d'ivoire, conservée à l'abbaye de Saint-Vaast près d'Arias, qu'une tradition erronée regardait comme le vase oiî Marie-Madeleine conservait autrefois ses parfums. Telle devait être encore la tour de bois placée sur l'autel de l'abbaye d'Olivet, et h laquelle on montait par un degré (5). Ces tours eucharistiques étaient quelquefois fort grandes et contenaient plusieurs vases sacrés. L'autour de la Gloire des confesseurs (6) parle d'un diacre qui alla chercher dans Vrpiscopium, pour la porter sur l'autel, une tour « in qua mysteriwH dominici corporis habebatur. »
Les liturgistes , il est vrai , interprètent ce passage de diverses façons. Le P. Mabillon (7) et l'abbé Thiers (8) pensent cpi'il no s'agit ici que de vases sacrés; mais le P. Ruinird, J. Croppcr (9 , dom Chardon (10) et Pierre Lebrun (11), à l'avis destiuels je me range, croient que celte expression collective, « mystcrium dominici corporis, » com-
(i) Lil). m, carm. 25; Frodoart, //isf, Rhem., 1. II, c. 6.
(2) 11 ne paraît point que cette tour fût accompagnée d'une colombe : telles étaient encore celles que firent faire saint Reini et Landon. archevêque de Reims, pour l'église de cette métropole. {Ùallia. christ, in arcli. Rhsm., p. 21. — Frodoart, lib. i, Hist. Rhem.,. c;ip. 18.) La tourcjue donna saint Rémi pesait o livres d'or : elle devait avoir un pied de largeur et un pied et demi de haut, selon les calculs deLarcher. Cette tour eucharistique fut probablement confectionnée avec les débris du fameux vase de Soissons que Clovis donna à saint Rémi ; c'est ce que semble démontrer le passage suivant, extrait du testament de l'illustre archevêque : Argenteum vas quod mihi dominus illnstris memoriœ IJludovicus rex, quem de sacro baptismatis fonte suscepi, donare dignatus est, ut de eo facerem quod ipse voluissem, tibi heredœ meœ ecclesiœ jubeo turriculum et imaginatum calicem fabricari... (Bibl. Labbe, t. I, p. 800).
(3) 11 y avait des ciboires en forme de tour dans la basilique de Lalran, dans les cathédrales de Reims, de Bourges, de Digne et de Laon; dans les églises de Saint-Gervais et Saint-l'rotais à Borne, de llioin en Auvergne, de Sainl-Lament à llouen, de S;\int- Benoil à Paris, des Céleslins à Avignon el à Coioinbiers, et de Sain!-Michel de Dijon, dans les abbayes d'Olivet et de .Alarnioulier <>n Touraine, etc., etc. Voyez dom Martcnne et Durand, Voijagcs littérai^ res de deux bcncdict., cl Moléon, Voyage liturgique:^ — Gall. christ, {pnssim).
(i) Op. cit., t. Il, p. 07.
(5)/f/., t. 1", 1" pirt., p. 21.
(G) Crcg. Ttiron., c;ip. 86.
(1) IHssert. de azym., c. 8.
(8) Oi.<ts. sur les antiquités, ch. 2i. (î)) De asscrvulivne Encharist., p. 4f^{. 10) llist. des Sucrem., t. 11.
[il) Lxpl. des cérùn. de la Messe., t. il,.
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prend les vases et l?s pains consacrés. La forme de tour fut aussi adoptée pour certains ostensoirs (1) et cert.dnes eiiAsses. Ainsi, p.ir exemple, les reîi.^icux de l'abbaye de Saint-Jean d'Amiens, de l'ordre de Prémontré, conservaient une partie de la mAclioire de saint Jean-Ba[>tiste dans une tour de vermeil, soutenue par deux chérubins d'or (2). D. Martcnne, dans son Nouveau trésor aaneedotcs, dit qu'on a choisi cette forme pour les vases eucharistiques , parce que le tombeau de Notre-Seigneur avait dans l'inlf'rie r l'aspect d'une tour (3). Ne serait-ce pas aussi parce que la tour est le symbole de la force, et que le chrétien puise toute sa force morale dans la communion?
« Les columbarium peuvent-ils revendiquer sur les tours une priorité d'ancienneté? C'est l'opinion de D. Martenne : Antiquiora tamen nobis suppetunt argumenta pro columbis (^); mais cette assertion ne me paraît nullement prouvée : dès le commencement du IV' siècle, sous le règne de Constantin, nous voyons usitées en même temps et les tours et les colombes; le iir siècle ne nous fournit aucun fait relatif ni aux unes ni aux autres : il n'y a donc pas lieu d'établir entre elles une ditlerence de date.
« La forme de colombe et de tour ne fut point exclusivement adoptée pour les ciboires du moyen âge : ce n'était quelquefois que des boîtes de matière plus ou moins précieuse. Hugues de Flavigny rapporte, dans sa Chronique de Verdun, que saint Henri lit présent au monastère de Vannes d'une boîte d'onyx pour y mettre le ctjjs de Notre-Scigni'ur (5;. Uupert, duns \ Histoire de l'incendie du monastère de Duils, parle d'une boîte en bois, où l'on gardait la réserve eucharisfque (6); dans l'église de Bologne, i)rès de Cliambord, le viatique se conservait dans un eotfret d'argent doré en dedans (7); d'autres fois les ciboires étaient en verre ou en cristal : à Sainl-Rambert, dans le Bugey,on conservait le saint sacrement dans une tour vitrée (8j (9); à Notre-Dame de la Bonde, à
(1) Tel élail rostensoir des Célestinesde Marcoucy, doiitJ.-B, Tliicrs a donné le dessin d'après une peim.ure sur vélin d'un jjijsse/ de 1574. Et:!it-ce un ornement du même genre qui décorail le haut du tombeau de saint Denis? Voii.DeGlor. mart.,i, c. 89. — Bocqujilon, Traité liist. de la lit., 199. — 'Tliiers, De rexpos. du Saitil-Sdcrement, p. 223.
(2) Ducange, Traité liisl. du chef de suint J.-Bapt., p. loi.
{~j) Corpus veru Domini ideo defertur in turribus, quia mouumentum Domini in simililudinem turris fuit scissum in petra. (D. i^Iartennc, lom. V, Anecd., col. 95).
(i) De ant. eccl. rit.
(5) Pijxidcm unam de onycido, in qun servarctur corpus dominicum depcndens super altare. (Hug. Flav., In Cliron. Vird.).
(6) Ruperlus, De inccndio Tuiliens., c. 5. — D. Chardon, Ilisl. des Suer., t. II.
(7) J.-B. Thiers, loc. cit.
J8) Voy. litt., t. I", V part., p. 239.
(9) < Dans legliïe de Sainte-Croix, à Rome, on le conserve derrière l'auicl, dans un vase transparent <Mabillon, Voy. d^Italie).
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Rouen, on le mettait tout au haut du contreretable, dans une lanterne vitrée, dont le bois était doré (Ij. Ces vases en cristal, qui n'étaient nullement convenables h cause de leur fragilité, étaient encore usités au xiv' siècle. Dora Carpentier cite un extrait d'une lettre ms. (1383) du chartrier royal, où on lit : lesquels pillards s'en alèrent en Véglise de Béon, en laquelle ils prindrent un joyau de crystal qui estait en manière d'une custode pour porter le corps de N.-S. J.-C. » (2). Ces vases étaient plus communément en ivoire (3), mais très-rarement en albûtrc; cependant, à Saint-Bénigne de Dijon, on conservait les espèces consacrées dans un vase d'alb.Ure haut d'un demi-j^ie 1, et dont le couvercle avait un pied de diamètre (4). Du temps du roi Charibert, nous avions des calices ornés d'anses qui servaient de ciboires ; c'est ce que prétend prouver Bonteroùe, en décrivant jilusieurs médailles de ce temps où l'on voit ûcs calices surmontés de petites hosties; mais le P. Mabillon croit [)ouvoir récuser cette preuve numismntiquc : il ne nie point pourtant que des calices n'aient ru servir autrefois de ciboire; bien loin de là, il rapporte que le pape Grégoire III fit suspendre un calice à l'abside d'une chapelle de Saint- Pierre de Rome , et il ajoute qu'on ne peut lui assigner un autre us.ige que la conservation des espèces consacrées (5).
« Deslitiirgistes érudits ont rencontré dans certaines églises des ciboires d'une forme toute particulière. Le P. Mabillon (6) a vu, dans le bai)ti.stère de la cathédrale de Pise, un globe dans lequel on conservait autrefois l'eucharistie pour les nouveaux b.iplisés. D. Martenne et Durand ont remarqué à Marchienne (Pays-Bas) une colonne de cuivre qui soutenait le saint sacrement ; d'Agincourt a dessiné, dans son Histoire de l'art par les monuments {Sculpture, pi. XII, n° 2) un ciboire en forme de tasse, qui provient de l'église de Saint-Ambroise de Milan. Les bas-reliefs dont il est orné re[iréscntent l'histoire de Jonas et les miracles de l'hémorroïsse, du paralytique et de Lazare. « On reconnaît dans cet ouvrage, dit l'auteur, le choix des sujets et le faire de ceux qui, au sortir des catacombes et dans les premiers siècles de la liberté du culte chrétien, ia-
(1) Moléon, p. 407.
^2) Nov. Gloss., Y° Hostia.
(5) Il en était ainsi dans la cathédrale de Sion (Valais), (D. Mart.,Z)e anl. Eccl. rit., 1. i, c. 5), dans l'église des chanoines réguliers de Vérone (Mabillon, Voy. d'Ital., p. 191), du monastère de Ferricre (diocèse de Sens) et de la Grasse en Languedoc {Voy. litt., l. !«■■, n"^ part., p. 55).
(4) Ce vase était renfermé près de l'autel dans une armoire où était inscrit ce vers :
Hostia salvelo, nnstrap spes sanrla saltitis. {Voy.liU., l. I-^S p. 114.)
{^) Clarior est locus in gestis Grcgorii papœ IIJ, qui calicem unum argenlcum qui pendet in abside oratorii, dédisse perliibetur non alium videlur ad iisuni, quam ad sacralissimam eucharistiam conservandum (Mabillon, De azym. et ferni., c. 8).
(0) Mabillon, Voy. dllalie, p. lUG.