CLE
CLAVUS. — Ce mot latin a «'to employé par plusieurs auteurs français, sans être traduit dans notre langue. C'était une bande de pourpre plus ou moins large, selon la dignité des personnages, et qui était en usage chez les Romains. De \h la ditïérence de la tunique angusticlavin et toticlavia. Cet ornement était appelé clavus, clou, selon quelques-uns, parce qu'il était semé de petites plaques rondes d'or ou d'argent , semblables à des tètes de clou. D'autres écrivains soutiennent que le clavus ne consistait qu'en des espèces de fleurs de couleur de pour|>re, cousues ou appliquées sur l'étolTe. Voy. Catacombes , l'endroit oi!i il est question des Orantes.
CLEF. — L La clef d'un arc ou d'une voûte est le claveau ou la pierre diversement taillée qui en occu-e le contre, et qui sert à le fermer. Les arcades et les voûtes ne se soutiennent que par le moyen de leurs clefs. Dans les voûtes en berceau , la clef est composée de plusieurs pierres qui forment ensemble la longueur de la voûte. Aux voûtes d'arête, la clef forme une croix ou une étoile, qui a autant de branches qu'il y a de côtés ou de lunettes. Dans les voûtes en arc de cloître et les voûtes sphériques et sphéroïdes, les clausoirs de chaque rang de voussoirs forment clef, et de plus, il y a une clef principale, placée au sommet de la voûte, dont la forme est ordinairement semblable au plan de la voûte. Lorsqu'on construit une voûte, on-ne prend les mesures de la clef que lorsque tous les autres voussoirs ou claveaux sont posés, afin qu'elle puisse remplir juste l'espace qui reste.
La clef en bossage est celle qui a plus de saillie que les claveaux ou voussoirs, et ott l'on peut tailler des o.nements sculptés. La clef pesante est celle qui , traversant l'architrave, ou même la frise, fait un bossage qui en iûlerrorapt la continuité. La clef pendante et saillante est celle qui forme une voûte et qui excède le nu du mur. La clef à crossette est celle qui est potencée par en haut et qui a deux crosseties qui f nt liaison dans un cours d'assise.
Les anciens n'ornaient point leurs clefs de voûte; celles de leurs arcs de triomphe, ou quelquefois des arches des ponts, étaient plus ou moins s;tillantes sur la face de l'arc, aussi bien qu'au-dessous de l'intrados. Leur forme varie selon l'ordre d'architecture auquel appartient le monument. Pour le toscan et le dorique, ce n'est qu'un simple bossage; pour l'ionique, c'est une console à moulures et à enroulements. Celte forme est aussi celle de la clef corinthienne ou composite; mais souvent les enroulements enrichis de feuilles supportent des statuettes.
On n'a que de rares exemples de clefs saillantes placées par l'architecture romanobyzantine au sommet des arcades en plein cintre; (^uant à l'arc ogival , il n'était point destiné a recevoir cet ornement ; mais l'invention des voûtes d'arête de style ogival, à nervures saillantes, donna l'idée d'orner la cit'f de voûte avec une richesse extraordi-
naire , qui alla toujours en croissant. Les clefs de voûte, au xii' siècle, sont souvent ornées de têtes d'hommes, ou de médaillons, ou de fleurons. Au xiii' siècle, elles sont ouvertes et l'ombilic en est entouré d'une guirlande do feuillages finement découpés. Au XV* siècle, elles se développent cnrore, et on place au centre des armoiries ou des sujets histo:iques sculptés en bas-relief, bientôt elles prennent des dimensions extraordinaires et reçoivent le nom de pendentifs; elles se transforment alors en panaches renversés, en faisceaux de co'onnetles, en corbeilles, en niches ornées de leurs statuettes. Au xvr siècle et à l'époipie de la renaissanfe française, elles descendirent encore davantage', comme des stalactites capricieusement découpées.
Ailleurs elles n'acquirent pas ce gigantesque développement, mais elles se mu ti plièrent, comme les nervures, et l'on vit de chacun des poin's d'intersection du réseau compliqué , dont les deux derniers siècles de l'architecture à ogives se plurent à couvrir les voûtes, sortir un fleuron, un poinçon, ou une aiguille pendante.
On lit dans saint Grégoire de Tours et saint Grégoire le Grand , que les papes envoyaient autrefois une clef d'or à des princes, comme un grand présent, dans laquelle ils enfermaient un peu de limaille des chaînes de saint Pierre, que l'on garde à Rome. Ces clefs d'or se portaient au cou avec une grande vénération.
L'usage des clefs, pour fermer les maisons ou les meubles, remonte à la plus haute antiquité, puisqu'il en est parlé au chapitre xix de la Genèse et au chapitre m des Juges. Il ser^alt diliicile d'en indiquer exaclemenl la forme et de suivre toutes les modifications qu'elle a subies successivement. Les jdus anciennes étaient terminées par trois dents, dans la figure dé la lettre E : on en voit quelques-unes dans les cabinets des curieux. Ce qui est certain, c'est que les anciens n'étaient pas dans l'habitucle de fermer à clef leurs appartements et leurs meubles, comme nous le prat:c[uons aujourd'hui, c'est-à-dire que la méthoiie en était moins répandue. Aussi voyons-nous dans les anciens auteurs qu'il est"^ souvent fait mention de sceaux et de liens pour clore les appartements. Clément d'Alexandrie, dans son Pédagogue chrétien, parle de l'usage de cacheter les objets que lious enfermei'ions aujourd'hui sous clef, lorsqu'il dit : Notre pédagogue donne aux femmes la permission de porter un anneau d'or, non pas pour la vaine parure, mais pour qu elles puissent sceller et mettre en su reté tout ce qui est dans leur maison.
Au moyen âge , les serrures et les clefs sont généralement travaillées avec peu de soin, surtout si on les compare aux magnifiques ti-avaux que l'art du serrui-ier a exécutés pour garnir et orner les portes, dans ces
ri.K
rf.o
adinirablos ponturos ([ui iiosis soiviroiil (Htrncllt.'incnt de modèles. Mais, au xvr sièch», la srrriirerio j)rodiiitdes sci'i'ures et des clefs û)il éléj^aiites : on y voit des dessins ciselés avec une (étonnante fincssi' ; la renaissance , sous ce rapport, nous a laisse de vrais cheisd'iruvre. Les clefs furent traitées avec une perfection qui en fait de charmants ob;e's d'art. Rien de plus gracieux que l(;s ligiirines de ronde bosse, l(>s armou"ies, les chiffres, les ornements et les découpures dont est enrichie cette partie d^^ la clef que la main saisit, et que nous avons remplacée [tar un anneau commun.
CLEH, CLEKC. — Le mot clcr osl regarde par les meilleurs ccltolognes comme ajjpartenant à la langue des aniMcns Gaulois. Les druides avaient leurs clers qui formaient la partie enseignante de ce cor|)S célèbre (Dict. gall. d'Owen , au mot Clcr). Ces clers ,dépositaires des signes , des symboles traditionnels, dans les municipes, dur. nt réunir leur science à celle des actuarii romains, autrement nolarii. Pendant toute la durée du moyen âge, ils furent mêlés aux clerici apostoïici ou clergé cbrétien, dont le nom est d'origine grecque. Le mot clcros , qui signifie héritage, fut entendu spirituellement par les hommes apostoli(|ues; mais il conserva son sens naturel pour les hommes de loi, les copistes et ]e^ terriers. L'Église spiritualisa, autant qu'elle [)ut, les symboles et les signes; mais elle ne put détruire l'inconvénient d'une institution qui jouissait du privilège de clergie , sans trop s'occuper d'en remjilir toutes les exigences. Cette considération est d'une haute im|:ortance pour apprécier beaucoup de faits contraires a l'esprit des canons et à la discipline ecclésiastique, que l'on rencontie au moyen âge. La résurrection do lesprit communal et de la loi justinienne, vers le xiii' siècle, émancipa ces corporations plus civiles que religieuses , et il fut facile à quelques-uns de leurs chefs de reprendre l'interprétation littérale des formules. On vit alors paraître sur tous les points de la France ces sociétés étranges, auxquelles appartient le sceau publié par la société éduenne (184i, pi. xxni^, avec une dissertation due aux recherches de M. J. de Fontenay (pag. 299).
CLERE-STOKY ou Cleaustory. — Le clcre-story, suivant la délinition donnée par les antiquaires anglais , dans le Glossaire d'architecture publié par H. Parker, est la série des hautes fenêtres dans les églises ogivales , ou toute autre disposition dans la partie supérieure d'un édihce, destinée à procurer une lumière plus abondante à l'intérieur du monument. 11 est évident que le but que l'architecte se propose, en établissant le clere-slory, est d'augmenter le jour dans l'édifice; il arrive pourtant quelquefois que les ouvertures sont si petites, ipie l'on pourrait les regaider plutôt comme un ornement que comme une disposition destinée à donner une [>lus grande clarté. C'est ce (jue l'on observe dans une assez grande quantité d'églises de la période romano-byzantine, éle-
vi'cs en Angleterre, sous l'innuonce des Normands , ainsi (pie dans quelques rares édilices de la période ogivale.
CLOCHE (de chapiteau). — On dé>igne ain.si (pui'q lefois le corps de certains chapiteaux, considéré in lépendanimenl de leurs orneinsmts. Voy. Campaxe.
CLOCHE — L Dans c lie notice historitpic et archéologique sur les cloches, nous suivrons le savant travail de M. l'abbé Barraiid, publié dans le liuUctin monumental, tom. X, pag. 93 et suiv.
11 est incontestalile que longtemps avant qu'on n'emijloyfit les cloches dans les églises chrét>ernies, on se servait d'instruments sembl.djles pour divers usages, et en particulier pour former des assemblées.
Du temps de Maitial (i" siècle), il y avait à Rome des clo;hos q :i marquaient l'heure à laquelle les bains publics étaient ouveits : ce f)ass;igo en fiit foi :
Redde pilam, sonal œs lliermarum ; Indere pevgis? (Mari., m». I, epig. IG5.)
On lit dans Strabon l'histoire suivante , qui prouve qu'à l'époque où il vivait on se servait aussi de cloches pour annoncer la veiite de certaines denrées : « Un joueur ue harpe, dit cet auteur, ayant vanté publiquemont son habileté aux habitants (le lîle d'Iasso, qui est dans la Carie, ils lui donnèrent jour; mais il arriva que dans le temps qu'ils l'entendaient, la cloche qui les avertissait d'aller à la vente du poisson vint à sonner, tintinnabulwn increpait, et aussilcjt ils le quittèrent tous, à l'exception d'un seul qui était extrêmement sourd. Le joueur de harpe se crut obligé de remercier Irôs-humblement celui-ci de l'honneur qu'il lui avait fait et de louer le goût qu'il a\ait pour la musique; sur quoi le sourd lui demanda si la cloche avait sonné : JSumquid , ait, jam sonuit tintinnabulum? et le joueur de harpe lui ayant répondu que oui , aussit(jt il pr.t congé de lui et s'en alla au marché. » (Strab., lib. IV.)
Lucien assure que les prêtres de la déesse de Syrie se servaient de clt)chetles dans leurs cérémonies {in dial. deœ Syria). Le même auteur rapporte que dans les maisons des plus riches c'était un usage ancien d(! réveiller les esclaves au son d'une cloche qui était assez forte pour être entendue do tous [de mercede condactis).
Pline nous appiend qu'il y avait des cloches attachées au haut du tombeau de Porcenna , qui étaient eniendues de fort loin lorsque le vent les agitait (m summo orbisœneus et petasus unus ex quo pendent excepta catenis tintinnabula quie vc.nto agitata longe souitus référant ut Dodonœ olimfactum. [Lib. xxwi, Ilist. nat., cap. 13.)
Juvénal dit d'une femme babillarde quo, lorsqu'elle i)arlait, il semblait que l'on entendit le son de plusieurs clochettes :
Altéra tiac mulier, verborum tnntn cadil vis Tôt pariter pclvcs cl tinlinnabula dicus Pulsari. (Sat. vi, vei-s4-40.)
Plante, qui mourut 18V ans avant l'ère
CLO