‹ Dictionnaire d'archéologie sacréeChapitre 160 sur 195 · DES ÉGLISES · texte numérisé non relu

DES ÉGLISES

C'est \h ce qui excite l'enthousiasme des ap; réciateurs éclairés de nos vieux monunieiits gothiques. Et non-seulement l'archilectun^ y est en rapport de convenance avec la célébration des mystères clirétiens et la pom| e des cérémonies du culte, mais encore vile y réj)ond, par ses dispositions et ses ornements, aux diverses impressions de l'Ame.

Le sanctuaire tel qu'on l'a fait avant la renaissance de l'art païen^est celui qui offre le plus d'analogie avec le sanctuaire de notre cœur, })lein de profondeur et de mystère, souvent brisé, oiî régnent le vague et l'infini, d'oiî partent des soupirs qui s'élèvent sans cesse. On a dit, avec un dédain affecté, que nos bons aïeux n'avaient guère songé à ces dispositions symho!i(iues dont on leur fait honneur aujourd'hui. Soit! Nous verr. ns tout à l'heure que si leurs architectes, trop ignorants, avaient en vue bien moins la pensée qu'une forme caj^ricieuse, il faut conve- 1 ir que le hasard les a admirablement servis. En attendant, entrons dans un de ces leni] les innombrables qu'ils ont élevés : c'est Note-Dame de Paris, c'est la cathédrale d'Amiens, ou celle de la vieille capitale de la Normandie. Le nom de la vénérable basilique, où tant de générations croyantes vinrent prier, vous a déjà remué l'Ame et préparé aux 1)1 us salutaires impressions. Son portail grandiose, qui ne peut être la façade d'aucun autre monument, n'a pas besoin d'une inscription en grosses lettres, comme ceux de la Madeleine et de Notte-iDame de Lorelte, à Paris : de loin vous savez déjà que c'est là la maison de Dieu ; et comme la dévotion envers Marie prit un nouvel e-sor au xir siècle, firesque toujoi.rs une statue colossale de la protectrice de la France vous avertit que la première église du diocèse l'a |)rise aussi |)0ur sa [)atroime. Vous voilà sous le portique: « Delà, dit M. deCaumont, l'œil '( saisit tout l'espace du temple, parcourt la « nef centrale, glisse avec étonnemtMit sous « ces voûtes à la fois légères et gigantesques, « pour venir se perdre dans le lointain où « apparaît le rond-point, et alors on ne peut « se défendre d'une vive exaltation, d'une « .sorte iie tres^aillem 'Ut; cet aspect fiaj>pc

« les sens comme lo ferait uno poésie su- « l)lime, OU une belle mélodie. » Avancez: voici le plan symbolique qui domine, lacioix! Admirez ce vague et mystérieux lointain cette multitude de chapelles qui rayonnent autour de l'abside, ces iv.U prolongées dont les co'onnetles en faisceaux se confondent et se perdent dans la perspective ; levez la tète pour contempler ces voiUes noires de siècles (l) qui sont suspendues à plus de cent I>ieds d'élévation ; considérez ces immenses fenêtres ; à midi môme vous pourrez fixer vos regards sur ces vitraux aux mille couleurs; leur éclat doux et velouté vous peimettra d'y lire, en tableaux, l'histoire des d ùx alliances. Puis allez vous recueilhr derrière un de ces piliers, si, toujours plus pénétré de crainte et de respect, vous n'osez comme le publicain de l'Evangile, regarder au fond du sanctuaire. Vous avez oublié le monde dans ce lieu digne de la Divinité. Mais le jour baisse, la lampe seule réjiand une faible lueur qui invite au recueillement ; la cloche de l'Angélus sonne ; il faut sortir' et vous sortez à regn t, bénissant celui qui est venu consoler l'humanité par sa présence, celui qui nous a comblés de bienfaits et qui a inspiré au génie chrétien la création de ces asiles où l'âme se repose si bien des fatigues du dehors'. L'auteur , très-i)eu orthodoxe, d'un voyage de Paris à la mer, s'écrie- luimf'me, à la vue de la-merveilIeuse église de Saint-Ouen : « Voyez 1 voyez ! Devant tant de prodiges liés l'un à l'autre avec une magie divine, si vous restez froid, si des larmes d'admiration ne vous viennent pas aux yeux, je vous plains alors: c'est que vous n'avez jamais ni souffert, ni pleuié. » Qui parlera ainsi à la vue de nos églises modernes?

Examinez ces voûtes que l'antiquité n'a jamais osé faire si larges : il y en a qui ont à peine six pouces d'épaisseur ; elles ne sont l>as en grosses pierres de taille, mais en petites pierres noyées dans le mortier ; quelques-unes restent découvertes depuis la révolution sans que les pluies, si fréquentes dans le nord, les aient endommagées. Au dehors sont des arcs-boutants dont la courbe gracieuse va porter à l'aplomb des murs extérieurs sur des piliers-boutants qui, comme à Beauvais, n'ont guère plus de trente pouces à chaque face et sont surmontés de joli:? clochetons. On dirait qu'ils ne sont là que pour l'ornement : cependant leur Age prouve déjà que leur résistance est en équilibre avec la pesanteur des masses qui pèsent sur eux.

Et ce sont là les œuvres des temps qu'on appelle baibarcs ?

La description des monuments de style ogival est une matière inépuisable. Les poètes et les prosateurs romantiques y ont puisé et y puisent encore une foule de détails intéressants : nialheureusement ils ne sont pas tous ins])irés par un attachement > if et sincère j)Our notre culte: quelquefois même vous trouvez à la (in des pages les plus déli-

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