‹ Dictionnaire d'archéologie sacréeChapitre 163 sur 195 · BAPTISMAL K · texte numérisé non relu

BAPTISMAL K

COUVKllTE. — La couverte qui se met sur les vitraux peints est produite par un émail qui en détruit la trop grande translucidité et qui communique aux couleurs plus de force et de solidité. Quelques antiquaires ont avancé que les vitraux anciens n'avaient pas de couverte, et que la vigueur des tons était due uniquement à l'épaisseur des verres employés dans la fabrication des verrières. C'est une erreur. Le verre, quelque épais qu'on le suppose, sera toujours trop transparent pour être employé tel qu'il sort des fourneaux de fusion. La lumière, en le traversant sans aucun obstacle, en rendrait les couleurs froides et crues. L'émail de la couverte a précisément pour but de remédier à cet inconvénient. Il ternit le verre, en ce sens qu'il oppose un corps granuleux ou un dépoli au passage de la lumière, qui doit nécessairement alors se briser pour le traverser : de là ces beaux effets si agréables à l'œil, si harmonieux, si doux. L'observation vient ici à l'aide du raisonnement, et l'expérience en a été faite depuis longtemps. Les peintres verriers du xiir siècle ont mis des couvertes sur les verres par eux employés , et si ces couvertes n'existent pas partout dans leurs verrières, elles se trouvent au moins dans les endroits où ils tenaient à éviter la trop grande translucidilé du verre. Aujourd'hui que les verrières du xiii'' siècle sont recouvertes d'une épaisse couche de poussière que les siècles y ont déposée, et que les verres sont rongés à l'extérieur par le temps, elles paraissent revêtues d'une couverte épaisse. C'est à cela qu'elles doivent celte force extraordinaire de ton, que nous sommes impuissants à donner à nos verrières neuves. Ce serait exiger l'impossible de nos meilleurs peintres verriers modernes, que do demander le même effet aux vitraux neufs eu style du xiir siècle. Ils doivent nécessairement assurer les couleurs et en fortifier le ton par des couvertes sagement distribuées ; mais le temps fera le reste, et il ne lardera pas à rendre les verrières moins transparentes et plus harmonieuses encore. Il en serait autrement s'il s'agissait d'une restauration de vieux vitraux : il faudrait alors que les panneaux neufs ou les parties nouvelles fussent chargés d'une couverte très-épaisse, afin de les mettre en accord de ton avec les parties primitives.

COUVELITURE. Voy. Comble, Charpente, Toit.

COUVERTURE D'AUTEL. — « Anastase le Bibliothécaire dit que l'empereur Constaus étant à Rome dans l'église de Saint- Pierre, il y fît présent d'une couverture de drap d'or pour couvrir l'autel où l'on célébra la messe. Le môme auteur rapporte un grand nombre de présents de cette sorte, faits par les papes et par d'autres, pour couvrir les autels. Le nom qu'il leur donne et la manière dont il en parle ne permettent pas qu'on entende cela de parements d'autel ,

semblables à ceux dont on se sert aujourd'hui. Il fallait que ces tapis couvrissent entièrement l'autel, la table, le devant, le derrière et les cotés : aussi les appelle-t-il vestes altaris, les robes de l'autel. Il y a des églises où l'on voit encore de ces anciennes couverlures d'autel, qui servent tout ensemble de nappes et de parements. Il y en a une de toile d'or dans l'abbaye de la Chaise- Dieu, en Auvergne, dont on se sert aux fêtes solennelles. » fBocquillot, Traité hist. de la liturgie sacrée)

On peut faire la remarque, à cette occasion, quelcsornementsdes églises, mentionnés par Anastase le Bibliothécaire, étaient d'un tissu extrêmement riche. Et en effet, la peinture en broderie est fréquemment mentionnée dans les descriptions des présents que les papes faisaient aux églises, soit en vêtements pour les ministres du culte, soit en ornements pour les autels, et surtout pour les portes; soit encore en voiles ou rideaux, alors très-multipliés dans les temples. Cette broderie, exécutée en fils d'or et d'argent sur des étoffes de soie des plus belles couleurs, leur prêtait un éclat extrême, et pour peu que celui-ci fût tempéré par une distribution harmonieuse des teintes, les sujets sacrés que retraçaient ces riches tissus pouvaient plaire à l'œil, et présenter des tableaux intéressants. On sent bien qu'exécutés sur des matières aussi légères , aussi périssables que des tissus de laine, de lin ou de soie, ces brillants ouvrages n'ont pu résister au temps, et qu'il n'est possible de s'en faire une idée que par les récits de l'écrivain qui nous en a transmis le souvenir.

COUVERTURES DE LIVRES. — Il suffit d'ouvrir les livres des écrivains ecclésiastiques du moyen âge pour se convaincre du luxe qui était déployé dans la couverture de certains livres d'église et surtout des évangéliaires. On était persuadé que le livre de la Loi Nouvelle, auquel on rendait hommage presque comme à Notre-Seigneur lui-même dans l'eucharistie, ne pouvait être décoré avec assez de richesse et de magnificence. Aussi l'art de l'orfèvrerie a-t-il déployé toutes ses ressources pour en orner la couverture de pièces d'or et d'argent, de pierreries et d'objets précieux de tout genre. Il nous suffira de citer quelques-uns des faits archéologiques les plus intéressants : nous les choisirons parmi ceux qui peuvent être actuellement constatés. Nous parlerons seulement de quelques riches évangéliaires ou livres liturgiques échippés à la destruction.

Les seuls monuments de l'orfèvrerie du \i' siècle, qui soient parvenus jusqu'à nous, proviennent des dons offerts par Théodelinde, reine des Lombards, eu 616, à la basilique de Monza , où ils sont encore conservés. Ils consistent en une riche boîte renfermant un choix d'évangiles, et une couverture d'évangéliaire ornée de pierres de couleur. Saint Grégoire de Tours, écrivain du vr siècle , parle souvent de ces coffrets précieux ou boîtes en or et en argent, destinés à renfermer le livre des saints Evangiles.

En 852, Hin<'mar, arche vô(iuc de Reims,

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à l'orcnsioii de la t;ansIat'on des reliques de saint Uemi dans la crypte de la nouvelle basilique (|ui venait d'èti-e conslruilc, ajouta à ses premières largesses un évangéliaire remarquable par sa couverture enrichie de piîrres précieuses, une croix d'or et de riches ornements. {Annal. Benedict., lom. III pag. 17 et suiv.)

Nous devons mentionner ici la couverture d.es Heures écrites pour Charles le Chauve, t*ntre 8i2 et 8G9, et que conserve la bibliotlrèque nationale (Ms. lat., n° lloi]: cette couverture, qui parait remonter à la confection du manuscrit, est décorée de deux belles [)laques divoire finement sculptées en haut-relief: l'une est entourée d'une large bordure de pierres fines cabochons , enchâssJes dans de petites plaques d'argent de forme ovale; l'autre d'un réseau de filigrane disposé avec art, espèce de treill s à circonvolutions, rehaussé de pierres fines. A en juge;- |;ar la couronne de Charlemagne et par cette couverture, on serait porté à croire que l'amoncellement des pierres précieuses était le cachet particulier de celte ancienne bijouteiie, et que la pureté des formes y est sacrifiée à la magnificence.

Le musée du Louvre possède un excellent spécimen de l'orfèvrerie byzantine : c'est le dessus d'une boîte qui servait à renfermer un livre saint, ou peut-être même l'un des ais de la couverture d'un livre. Un bas-relief exécuté au repoussé, sur une feuille d'or, en occupe touto la surface. II représente les saintes femmes venant visiter le tombeau du Christ, où elles trouvent l'ange qui leur annonce la résurrection. Des inscriptions en relief, relatives au sujet, forment une bordure autour du tableau; il en existe aussi sur le fond, qui sont tirées des évangiles de saint Marc et de saint Matthieu. Le beau caractère des figures, le goût qui règne dans l'agencement des draperies et le fini de l'exécution témoignent en faveur de l'art byzantin. Ce monument est du XI* au XII' siècle.

On trouve dans les inventaires du duc de Normandie, en 1363, et de Charles VI, en 1399, 1 indication de magnifiques couvertures de livres, entre autres riches objets d'orfèvrerie : « des missels dont les aiz sont d'argent dorez à ymages enlevés (exécutées au repoussé); des bréviaires couverts de veluian brodé à fleurs de lys dont les fermouers d'or sont esmaillez aux armes de France. »

A la bibliothèque nationale on trouve les couvertures en or de quatre manuscrits.

(Fonds Saint-Victor, n" 300, et supplément latin, n»» 663, 665 et 667.) Les deux premières, de format grand in-quaito, re[)roduisentd'un côté la crucifixion, et de l'autre le Christ assis et bénissant; la troisième, petit in-folio, présente sur l'un des ais la crucifixion, sur l'auire la résurrection du Christ. Ces sujets sont faits au repoussé en fort relief. Les tètes sont remplies de naïveté et d'expression; le dessin est en général correct, et l'exécution ne laisse rien à désirer. La (piatrième couverture renferme un manuscrit carlovingien. Chailés y la fit faire pour donner ce manus-

crit à la Sainte-Chapelle; elle est d'une richesse extraordinaire. Sur le plat supérieur l'aitiste a reproduit l'une des miniatures du manuscrit par une fine gravure ni( liée, qui se détache sur un fond tleurdelisé. Sur le plat inférieur, il arcprésentéla crucifixion en figures de haul-relief, renfermées dans un double encadrement rehaussé de pierres fines cabochons.

pans le musée du duc de Saxe-Gotha, on voit la couverture en or émaillé d'un petit livre d'Heures, de 8 à 9 centimètres carrés. Sur chacun des ais est ciselé en relief un sujet de sainteté placé sous une arcade; des figures de saints occupent les angles ; le tout e>t encadré dans des bordures composées, comme les arcades, do diamants et de rubis. Serait-ce celle que fit Cellini, d'après les ordres de Paul m , et qui fut ofi'erte en présent à Charles-Quint? [Vita di B. Cellini, pageiS.)

Dans les Mélanges d'histoire d'archéologie, publiés par MM. A. Mar.in et Ch. Cahier, on trouve, tom. I, p. 27, une description trèsdétail éo des ivoires sculptés, qui ornent la couv.'rture du Psautier de Charles le Chauve Cette description est accompagnée de plusieurs planches très-finemenl et très-spirituellement gravées.

Un beau spécimen du livre des Evangiles, ayant une couverture somptueuse, se voit i. la bibliothèque du Vatican (mss. marqué n" L.) Le volume renferme les Évangiles selon saint Luc et selon saint Jean, écrits en lettres d'or; chacun est enveloppé dans une étoffe de pourpre, doublée de soie bleue. D'un côté, la couverture est formée d'une plaque d'ivoire, artistement travaillée, avec des sculptures en relief. On y voit une figure vêtue d'une toge, tenant un livre de la main gauche, et levant la main droite comme pour donner la bénédiction, entre deux jeunes gens qui tiennent un livre d'une main et de l'autre une lance. De l'autre côté, on voit une croix d'ivoiro dans un cercle, dont le bord est porté par deux jeunes g.'ns. Par derrière, on voit sculptée l'image delà Sainte- Vierge tenant l'enfiuît Jésus dans ses bi as ; trois personnages lui offrent des[)résents.De l'autre côté, le livre ( st couvert d'une p!a 'Uo d'argent doré, au milieu de laquelle est un crucifix attaché avec des clous, accompagné de cette inscription : Aspice pcndentem, crucifigas in crues mentem. Aux angles de la couverture sont les symboles des quatre évangélistcs. Le manuscrit est supposé être du temf)S de Charlemagne. Il y a dedans une inscription qui établit qu'il avait été renouvelé et lié, rc7iovatus et ligatus, en 1079. L'empereur Charlemagne avait donné au monastère d'Aniane un livre des quatre Evangiles, appelé le Texte, dont la couverture était ornée avec la plus grande magnificence; de sort.^ que l'un des côtés avait un cercle d'or, enserrant un morceau d'ambre , l'autre était enrichi d'une plaijue d'ivoire très-bien sculptée. Ce livre avait été écrit de la propre mara d'Alcuin, autrement appelé Albin, précepteur du roi Charlemagne, en tOo. Lotliairo,

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roi de France, ayant embrassé la vie religieuse au monastère de Pruym , offrit à l'église de ce monastère, entre autres dons, « un livre des Evangiles, ayant une couverture d'ivoire, ornée d"or, de pierres et de cristaux. En 1718, Martène dit avoir vu ce manuscrit.

Arnulphus, ou Arnoul, roi de Germanie, en 892, donna au mon istère de Saint-Emmeran dt s livres contenant en entier les Evangiles, couverts d'or et de pierreries. Au commencement du xir siècle, Rupert, évêque de Tuy, écrit que les livres des Evangiles sont ornés d'or, d'argent et de pierres précieuses , et il en explique la 'signification symbolique. L'or, suivant lui, marque la sagesse, d'en haut ; l'argent, la puissante élo- (fuencedela vérité, et les pierres précieuses, l'éclat des miracles que Jésus-Christ a opérés. COUVRE-JOINT. - Le comité historique des arts et monuments emploie cette expression dans un sens particulier et très-restreint. Les Romains employaient, surtout pour couvrir les édifices, des tuiles plates à rebords, tegutœ, dont les joints étaient recouverts par d'autres tuiles ayant la forme d'un demicylindre creux, et qu'on nommait imbriccs. Ce sont ces dernières qu'on appelle couvrejoint ; on en trouve dans quelques monumenis à plein cintre du midi.

Durant un certain temps on a recouvert les nefs des églises du xv« siècle et du xvr siècle, à la campagne, de voûtes en bois et en bardeaux de chêne. Quelques églises, même du XIII* siècle, appartenant aux religieux des ordres mendiants, sont voûtées d'après ce système. On a quelquefois attaché les bardeaux à côté les uns des autres, sans les unir h leurs extrémités : quelquefois aussi on a rais des couvre-joints au point de jonction de l'extrémité ces bardeaux. Ces couvrejoints enassurentla solidité.Ls peuvent aussi être formés de moulures de menuiserie plus v)u moins compliquées; ce qui donne un certain caraclère à l'ensemble. Dans plusieurs églises les couvre-joints ont été peints et dorés, ainsi que les bardeaux eux-mêmes, et alors les voûtes en bois prennent une apparence (le richesse et d'élégance qu'on aurait penie à attribuer h ce genre de construction. CRAMPON. — 11 arrive souvent qu'on relie les pierres l.'s unes aux autres par des morceaux de fer crochus à leur extrémité et qu'on nomme crampons. Ce système d'attache assure une grande solidité à la construction, puisque toutes les pierres ne font pour ainsi dire qu'un seul et même bloc. On a fait souvent usage de crampons dans les édifices du moyen âge, non pas dans les grandes murailles, de manière à assujettir ensemble les pierres de grand appareil, mais dans certaines parties où larchitecte avait besoin d'établir une très-grande force de résistance pour s'opnoser à la poussée des parties voisines ou des parties supérieures.

ÇREDENCES.— L La crédence de l'autel est cnginairemcnt une espèce de petite table supportée par une console ou en cul-delampe, pour recevoir le bassin, l'aiguière ou

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les burettes, ou quelque autre objet servant a la c.'-lébration de la messe. Plusieurs de ces crédenct's furent creusées dans l'épaisseur des murailles en forme de petites nicheselles sont pourvues d'un bassin appelé pis^ cine, dans lequel le prêtre se lave les mains avant de célébrer la messe, et où il se purilie les doigts, ainsi que le calice, après la messe. Voy. Autel (accessoires des autels). Les crédences, extrêmement rares au xii" sièc e, se voient partout au xiir ; c'est donc h cette dernière époque qu'il faut , en généra , faire remonter les plus anciennes de celles qui nous restent.

Toutes les chapelles des grandes églises en sont pourvues; quelques-unes même en ont plusieurs disposées à droite et à gauche de 1 autel. Elles sont ordinairement divisées dans le sens de la hauteur, par une tablette homontale en pierre, sur laquelle on pouvait déposer des vases sacrés, et au-dessûus est la cuvette ou piscine pour l'écoulement de 1 eau, conformément à la prescription du pape Léon IV. (Voy. ci-dessus col. 435).

Assez souvent les crédences sont réunies ou géminées. Au commencement du xiii* sièc.e, il y en a qui s'ouvrent carrément au milieu d un encadrement dont la partie supérieure dessine deux petits cintres. On en a observé plusieurs dans celte dernière forme a 1 église de Saint-Etienne de Caen

Dans la seconde moitié du xiir siècle et au xiv% les crédences participèrent dans leur ornementation delà richesse et de l'élégance qui caractérisent cette belle époque de l'ère ogivale. On en trouve beaucoup dont les arcades sont trilobées au sommet et surmontées d'un fronton triangulaire garni de crochets, couronné par un tleuron, finial ou bouquet. '

On voit de magnifiques crédences autour du sanctuaire de h Sainte-Chapelle à Paris, b;:tie par saint Louis: il y en a de fort belles aussi danslaSainte-ChapelledeSaint-Germer, au diocèse de Beauvais; elles y sont plus élevées et plus nombreuses que dans les églises ordinaires.

Dans les chapelles où il y a plusieurs crédences, du coté de l'Épître et du côté de l'Eyangde, celles du côté droit ont des piscines a la partie inférieure; les autres, celles qui sont du côté de l'Évangile, n'en ont pas : ce sont de véritables armoires dont la porto lermait à clef, et d uis lesquelles on devait renlermer les ornements et les objets les plus précieux de l'autel. Plusieurs des crédences des Saintes-Cha,,ell('s de Paris et de Saint- Germer paraissent avoir été utilisées de cette manière : à la Sainte-Chapelle de Paris, on y renfermait probablement des reliquaires.

On appelle aussi crédence ou miséricorde une petite sailbe en forme de console ou de . cul-de-lampe, placée sur le bord delà partie mobile d'une stalle, sur laquelle on peut s'appuyer lorsqu'elle est relevée. On voit des crédences supportées sur des ornements assez riches, ordinairement fort bi/arres. Le sculp-

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liHir se donnait libre carrière en les f.iisiint, parce qu'e les étaient destinées h n'être pas apparentes. Cette r^iison est sufiisnnte s.ins doute pour ex[)liquer la présence de formes de fantaisie, de ligures giiuiagantes, de scènes burles(îues; mais elle n'excuse pas celle de personnages, hommes et femmes, dans des postures plus ou moins indécentes et môme obscènes. Voy. Miséricokde, Stalle.

CIIÉNKAUX. — Les créneaux surmontent les murailles et les tours des constructions anciennement forliliées. On en remarque non-seulemiMit aux châteaux forts , aux inurs d'enceinte des villes, mais encore aux clôtures des abbayes et aux églises.

Pour la clarté des descrii)tions archéologiques, il faut distinguer entre le merlan et le crmeau proi)rement dit. Le mcrlon est un netit jnlier de pierre, de forme assez variée; le créneau est l'intervalle qui existe entre les merlons. Ainsi le mcrlon servait à proléger et à cacher les combattants, et le créneau servait à faciliter l'action de tirer sur l'ennemi. Lorsqu'il existe des créneaux, il existe nécessairement des merlons, et réciproquement; aussi, peut-on a[)pliquer le raot de créneaux, dans un sens général, à l'ensemble des merlons et des ouvertures en créneau. Il ne faut pas cependant oublier que le créneau est une dentelure ou entaillure faite dans le parapet d'une muraille , tandis que le merlon est la partie saillante et solide- La forme des merlons est ordinairement carrée; on en voit néanmoins qui se terminent en ogive, ou qui se découj)ent à leur sommet en queue de poisson, ou sur les cotés en degrés d'escalier. Les merlons de forme quadrilatérale se couronnent souvent d'une espèce de larmier en glacis, quelquefois d'un bandeau surmonté d'un pyramidion très-écrasé. On en voit, dès la tin du xii' siècle, ou le commencement du xni% qui sont percés de meurtrières en forme de croix ou simplement en fente.

Plusieurs églises du moyen âge étaient garnies de créneaux et de mâchicoulis; nous citerons ici seulement EIne, au diocèse de Perpignan ; Candes, au diocèse de Tours, et de Uoyat près de Clermont-Ferrand. Dans ies monuments religieux de rAn.;leterre les créneaux sont fort communs; mais il faut ajouter qu'ils ne sont pas entièrem; nt semblables dans les constructions ecclésiastiques et les constructions militaires. Dans les premières, les créneaux sont ornés de panneaux, ou enrichis de trèlles quatre-feuilles, cercles ou rosaces à cinq tlivisions. Parfois les merlons sont changés en ligures d'animaux. Depuis le xiii* siècle on a placé fréquemment des créneaux jusque sur les parties accessoires des églises , et njéine sur les meubles; ainsi, les stalles, les rood-scrcen, le tabernacle lui-même, les clochetons pyramidaux qui surmontent les statues, en sont garnis sur leurs corniches. Dans le style perpendiculaire anglais, on en voit jusque sur les traverses des fenêtres. Il est à noter qiie ce système d'ornementation, emprunté aux créneaux, est particuher

i\ la Grande-Wretagno : on n'en voit point ailleurs.

CRÉiNELÉ. — On appelle frète crénelée une moulure fort commune dans les églises de la période romano-byzantine. Les Anglais l'ont ainsi a[tpelée, à cause de sa ressemblance avec les créneaux qui surmontent les muniiiles fortifiées.

CRÊTE. — La crête est un ornement, ordinairement découpé h jour, placé assez souvent dans les monuments du moyen âge sur l'arête ou le coml/le des édifices. Ce système de décoration est fort gracieux, et il est fâcheux que les spécimens en soient devenus fort rares. Ce n'est guère (|u'à l'époijue ogivale que la crête était communément placée sur les églises. En Auvergne cependant on trouve encore aujourd'hui des crêtes formées de cercles enlacés sur le faîtage de plusieurs églises romano-byzanlines. Les cathédrales, dont la couverture était en plomb , présentaient souvent des crêtes également en plomb, composf'es de trètles formant une série ou guirlande continue : ou en voit un modèle sur la cathédrale d'Exeter, en Ang'eterre : quelquefois , en France, des fleuis de lis alternaient' avec les feuilles de trètlo. Ces sortes de crêtes olfraient plus de richesse encore et une plus grande complication d'ornements sur le faîtage du chœur, comme à la cathédrale d'Evrcux, où le ron !-point de l'abside était surmonté de la statue de l'archange saint Michel terrassant le démon. D'après un dessin d'Israël Sylvestre, nous voyous que le comble de l'église de Saint-Michel de Tonnerre ét-ail surexhaussé d'une fort belle crête. La cathédrale de Rouen , dans la jiartie du chœur, était ornée, dans toute la longueur de sa couverture en plomb, d'une riche dentelle qui se terminait par un saint Georges. La statue équestre de saint Georges fut fondue en 179i. On remarquait la même ornementation à la chapelle de la Sainte- Vierge de l'église métropolitaine, et au palais archiépiscopal de Rouen.

M. de la Ouérière a publié, en 18i6, un ouvrage intitulé : Esmi sur les girouettes, épis, crêtes et autres décorations des anciens combles et pignons, où l'on trouve des observations très-intéressantes et de charmants dessins. Nous lui emprunterons les ren eignemonts suivants.

De toutes les crêtes qui avaient jadis été établies sur les édi,ices de Rouen il n'existe plus rienaujuurd hui, et cependant bien peu (le villes pourraient se flatter, après toutes les destructions qui en ont été faites, déposséder, coiume Rouen, quelque chose en ce genre.

Ainsi, on aperçoit encore une daire-voia eu fer couronnant le faîte de la maison du xv" siècle, faisant lencoignure de la rue Royale et de la rue Bourg-l'Abbé, laquelle dépendait du monastère de Saint-Ouen. Le comble aigu en ardoise d'i n btiment en pierre, construit à l'épocp.ie de la renaisï^ance, et situé dans la cour de l'Albane, près de la cathédrale, dont il était autrelois le cliartiier,

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se teriiùne pnr un amoriisscment, |.rob;il)lcment tronqué, qui offre celte i);iiliculai'ité d'une petite galerie ii jour, laite de bois et de plomb.

Le clocher à haut comble rectangulaire de la tour Saint -Romain à la cathédrale de R luen, bAti au xv' siècle, présente, entre ses deux croix o;i épis , une dentelle ou crête, fomme on en voit des exemples à Blangy (Seine-Inférieure) et ailleurs.

Le Palais de Jusîice, construction du règne de Louis XII, est, après les deux maisons dont nous venons de parler et le clocher de Saint-Romain, Tunique édifice à Rouen, aujourd'hui enrichi de cette élégante décoration; encore n'e\iste-t-elle plus dans son intégrité , il y manque l'amortissement ou couronnement depuis Tannée 179i, époque où le faîte de la salle dite des Procureurs en fut totalement dépouillé pour faire emploi du plomb.

Dans le département du Cher, le château do Meillant , appartenant à la famille de Mortemart, couronné de ses épis et de sa crête, otfre un exemple d'une extrême rareté de la décoration complète d'une ancienne toiture.

Un artiste de mérite, M. Duban, architecte du château de Blois , a relevé de dessus un édifice de la ville de Bruges une crête de Tan 1608.

A Abbeville,une petite crêteduxvir siècle, coui[)Osée de feuillages en plomb, décore, avec deux épis dépouillés de leurs ornements , un pavillon, rue Chasse-Rats, au coin de la rue d'Angouche, au fond d'un jardin.

Une crête élégante et simple tout à la f jis nous a été signalée comme -existant encore à Tours, en 1831, sur une ancienne maison à comble aigu.

Quant aux églisos, il y en a bien peu qui aient conservé cet ornement. Nous pouvons cependant citer la cathédrale de Reims, l'église de Saint-Vulfran, d'Abbcville; celle de Couches, au diocèse d'Evreux; les cathéd. aies d'Amiens et de Noyon. Les trèfles, qui jadis servaient d'amortissement aux combles de ces dernières cathédrales, ont été mutilés à la suite de la révolution de 1830, ayant été pris pour des fleurs de lis.

Hors de France nous tiouvons l'immense cathédrale de Cologne, surexhaussée d'une magnifique crête.

L'époque appe'ée de la renaissance des arts, depuis Louis XII jusqu'à Henri III inclusivement, est le triomphe de ce genre de décoration, qui fut alors employé avec une sorte de profusion.

Les crêtes étaient composées de pièces de charpentes sculptées, revêtues de plomb, fixées au faîte desédinces, ou defer ouvragé mis à nu ou couvert aussi de plomb. En général, les crêtes, pour la masse, la composition et la distribution des motifs, sont des imitations des balustra les bordant les hautes galeries des églises et autres grands édilices.

CROCHET (FEUU.LES a). — On appelle

feuilles à croc/tel, crosse, crochet, des fouilles, des fleurs, des branches de feuillage, des guirlandes usitées dans ^e style ogival, pour décorer les angles des flèches, des clochetons, des pyramides , des aiguilles, le rampant des frontons, les arêtes des dais ou pinacles, l'extrados des arcs , etc. Quelquefois encore les feuilles à crochet suivent des moulures perpendiculaires et des moulures horizontales. Ces feuilles sont communément espacées réguhèrement et il y en a d'innombrables variétés. Les feuifles à crochet apparaissent au commencement du XIII' siècle : ce sont d'abord de simples tiges assez longues et recourbées en volute à leur extrémité. Ces feuillages à moitié épanouis et fortement recourbés méritent justement h cette époque le nom de crosses végétales. Ils constituent alors le principal ornement des chapiteaux des colonnes, et ils en forment le caractère distinctif. Non-seulement ils se trouvent au xiii' siècle sur la corbeille du chapiteau, mais encore sous les moulures saillantes de la corniche extérieure des édifices, où ils sont désignés sous le nom de feuilles entablées, jusque dans la gorge qui fait partie des moulures de l'archivolte des hautes fenêtres ogivales.

Au XIV' siècle, les crochets se modifient. Les feuilles s'épanouissent davantage, et au lieu d'être dirigées en bas, comme au siècle précédent, efles se dirigent en haut, de manière que la courbure de ces feuilles est en sens inverse de celle des crosses végétales. Cette modification se conserve au xv' siècle et au xvi% et Ton aime à cette dernière époque à sculpter des feuilles finement découpées, comme les feuilles de chardon , de mauve frisée, de vigne et de chou.

Dès le XIII' siècle on avait mis parfois à l'extrémité des crochets des têtes humaines, de moines encapuchonnés, de femmes avec leur coiffure du temps, de guerriers, etc. On en voit un exemple à Notre-Dame de la Coulure, au Mans. Au xvr siècle, on fit la même chose , seulement les figures sont plus finement modelées. Les crochets, à l'approche de la renaissance , sont parfois formés d'une manière ingénieuse, où {)ar malheur le bizarre est trop voisin souvent de la grâce. Ainsi, on voit des anges ou des enfants grimper sur le rampant des frontons, des hommes s'y cramponnant avec peine, des animaux y prenant leurs ébats , des chiens, des griffons, etc.

CROISÉE. — Ce mot est synonyme da transsept et signifie l'entrecroisement du transsept avec la nef et le chœur. Le mot croisée n'est pas synonyme de fenêtre d'é- , glise : il faut éviter de l'employer dans la description des monuments religieux : il est propre seulement pour désigner les fenêtres des édifices civils du xv' siècle et du xvi* siècle , qui sont ordinairement traversées par deux meneaux qui se croisent. Voy.

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CROISÉES D'OGIVE. — On appelle croisées d'ogive, dans une voûte d'aiète, les ner-

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viircs (iiii suivent les nrrtcs et se coupent diagonalemenf,. Voy. Volte.

CKOISE TïK. — Croisette ou croisille , c'est une petite croix.

CROISILLON. —On appelle croisillons]QS niGiieaux de itierre qui , dans les fcnôlres rarrées du xV siôc^lc et du xvi% se coupent à anj^le droit et fornicnl ainsi une croix ; d'où leur est venu leur nom, et celui de croisée, que l'on donne souvent aux fenêtres. Le plus ordinairement le meneau transversal est placé vers le tiers supérieur de la fenêtre, de manière que les croisillons forment quatre compartiments, dont les inférieurs sont les plus grands.

On appelle aussi croisillons les deux branches ou bras du transsept des églises. Voy. Transsept.

CROIX. — Le grand mystère de la rédemption humaine , accomplie sur la croix par Jésus-Christ, est le fondement de toute la religion chrétienne. Faut-il s'étonner si le signe et la tigure de la croix ont été toujours en honneur dans l'Eglise, et si l'on en trouve des exem|)les dans tous nos monuments religieux, depuis le berceau du christianisme jusqu'à nos jours? N'esl-il pas naturel , en eiïet, quoi qu'en disent certains auteurs protestants, aux doctrines froides et désolantes, que nous représentions dans nos édifices chrétiens cette croix, étendard royal, oomme dit saint Fortunat de Poitiers, cette croix qui nous rappelle Vimniense charité de Dieu, comme dit saint Paul ; celte croix, en un mot, qui est le résumé , pour ainsi dire, de la religion entière? Ne pouvons-nous pas encore vénérer ce signe de notre salut , en mémoire de la passion et des souffrances du Fils de Dieu, en rapportant à ce divin Sauvf'ur nos hommages et notre fkloration?

Aussi la croix, par sa présence, explique le symbolisme de toutes nos églises. Entrez dans une de nos églises catholiques , vos yeux sont frappés de tous côtés par le signe de la croix. Le monument lui-même est en forme de croix , et sur toutes les murailles , pour ainsi dire, la croix est gravée. Elle domine tous les autels; elle surmonte le jubé ou la clôture du chœur; elle est audessus de la porte d'entrée, elle est en tête de toutes les inscriptions; elle brille , en un mot, dans toutes les parties de la basilique chrétienne. Et comme toutes les bénédictions de l'Eglise tirent leur etllcacilé de Jésus- Christ, mort sur la croix, c'est en faisant le signe de la croix, que les nnnistres de l'Eglise catholique, ficlèle gardienne des enseignements de Jésus-Christ et des traditions des apôtrivs, accomplissent les cérémon es les plus saintes, administrent les sacrements, et appellent les grâces du ciel sur les lidèles.

Nous avons déjji donné d'assez amples détails sur les croix d'aniti «ti [)arlant d(îs accrssoircs des autels chrétiens. Nous renvoyons <loncl(! lecteur;! l'article Autei.. Maiscomme ce sujet important n'a été traité (pi'accidentcHement à l'article Autel, nous allons en- DfCTiON. d'Archéologie sacrée. L

trcr dans les développements qu'il demande, ail point de vue archéologique. On trouvera ci-dessous, sous ditlérents numéros, des renseignements étendus et que nous regardons conmie les plus complets qui aient été jusqu'à ce jour publiés sur celle matière. Nous donnerons d'abord quel([ues détails empruntés à M. E. David.

Après le concile m Tndlo ou Quinisexte, comme nous avons eu occasion de le dire déjà, les images de Jésus-Christ sur la croix conmiencèrent à se multiplier. 11 y a lieu de croire que les Grecs peignirent alors le crucihx pour la première fois. Il semble qu'on en peut citer des exemples dans des tableaux portatifs qui se vendaient à Rome, sous Jean V", vers l'an 686; mais ces exemples, si toutefois ils j)araissent convaincants, devaient être très-rares en Italie, même à cette époque. C'est Jean VII, grec de naissance, élu pape en l'an 7{)o, qui paraît avoir le premier consacré le ci ucitix dans l'église de Saint-Pierre. Deux fois, en 706, il fil représenter ce sujet dans des mosaïques dont il couvrit une chapelle de ce temple dédiée à la sainte Vierge.

Divers faits paraissent autoriser l'opinion que j'avance, dit M. Em. David, que l'imago de Jésus-Christ sur là croix fut accueillie en Italie très-])eu de temps avant le concile quinisexte; qu'elle y fut très-rare jusqu'à ce concile, et que Jean VII est le premier pape qui l'ait consacrée publiquement.

Le canon du concile quinisexte, en ordonnant de renoncer aux emblèmes, prouve d'abord avec évidence que, jusqu'à cette époque, on n'avait peint généralement le crucifiement de Jésus-Christ que sous des images allégoriques. Des monuments existants en donnent aussi la preuve, en nous montrant les progrès de l'opinion générale.

Je puis citer, dit le môme auteur, les basreliefs exécutés sur les fioles de métal que l'on conserve dans l'église de Saint-Jean- Bapliste de Monza , et que M. A. F. Frisi, qui les a publiés dans son ouvrage intitulé : Memorie storiche di Monza, tom. I, cap. k, croit du temps du pape saint drégoire, c'eslà-dire de l'an 600 environ. L'artiste a représenté sur le bas-relief qui porte le n" 3 (tav. iv), une croix nue. Au-dessus de la croix, le buste de Jésus-Christ; les deux larions enipalés, l'un à droite, l'autre à gauche ; Adam et Eve à genoux, un de chaque -côté : sur celui qui porte le n" 'i- (tav. v), Jésus-Christ debout, les bras étendus en forme de croix, vêtu d'une tunique talaire et d'un grand manteau ; les deux larrons empalés, Adam et Eve agenouillés, le soleil et la lune dans h s airs : sur celui du n" 5, une croix nue , formée par des palmes; le buste du Christ audessus; le soleil et la lune aux deux côtés du buste; Adam et Eve à genoux. Ce ne sont toujours là que des emblèujes du cruciliemiiit: rien n'y manque cependant pour en faire des compositions historiques, si ce n'est l'iunge de Jésus sur la croix : il doit donc ))araîlre certain que l'usage le plus général de l'Eg! se n'admetfait point encore cette re-

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prcsentatioii. On élail bien près de la peinture lii.storiquo, ol on n'osait pas abandonner totalement le voile de l'allégorie.

On peut citer, en second lieu, la mosaïque de l'église de Saint-Etienne m monte Cœlio, dont je viens de parler, attribuée au pape Théodore l", mort en 6i9, et dont le style annonce en edVt une époque peu antérieure HU concile quinisexte.

Le fait concernant Biscops, abbé de Waremouth, qui apporta de Rome en Angloterre, sous le pape Agatlion, vers l'an 680, lin tableau représentant la mort de Jésus- Cltrist, peut faire j)résumer qu'à cette épocjue les Romains commençaient à peindre le crucifix ; mais , dans ce cas, il prouvera qu'ils n'osaient point encore séparer celte image d'avec les emblèmes qui seuls avaient été en usage jusqu'alors. L'opinion avait fait des progrès lents. Les allégories s'étaient rapprochées pas à pas de la peinture histoiique.

Le i-ape Sergius étant demeuré inébranlable dans son opposition au concile quinisexte, cette fermeté dut retarder la multiplication des crucifix en Itahe. Jean Vil, Gî-ec de naissance, reçut de l'empereur Justinien Rhinotmète des légats pour le presser d'adhérer aux tlécisions de ce concile. Mais le jiape ne s'expliqua jamais d'une manière très-i)Ositive.

On ne cite aucun témoignage, aucun monument authentique, d'où il soit possible de conclure que les papes aient placé des crucifix, sculptés ou plaints , dans les églises de Rome avant cette époque. Gori croit celui des catacombes de Saint-Jules postérieur au concile quinisexîe [de mitrato capite, cap. 8, m si/mb. litt., tom. 111, pag. 173, 176); son sentiment doit suilire pour ûiire rejeter celui de Gretzer et de quelques autres écrivains. Il y a lieu de croire que cette croix est d'Adrien l'\ La croix pectorale d'or des évoques de Monza, ovl Jésus-Christ est peint en émail, suspendu par cpiatre clous , vôtu , la tôte droite et les yeux ouverts , et que l'on croit la même que celle qui fut donnée par le pape saint Grégoire à Théodeiinde, pour le jeune roi Adaloalde [Frisi, ibid, i)ag. 32 et 33j ,.ue paraît pas antérieure au VxU' siècle, au jugement d'iim. David.

Que1(iue confiance que l'on puisse avoir dans l'érudition de ^L Em. David, nous en avons beaucoup [)lus encore dans celle des antiq aires italiens , tels que Ciampini et Rorgia, bien plus versés dans la connaissance des antiquités ecclésiasti(|ucs.

Croix d'autel. — Chaque autel doit être pourvu d'un crucifix : Super altare collocetur crux in medio {Cérémonial des évéques). Cependant il ne parait pas que cet usage ait co:iimencô avant le x- siècle. Les croix d'abord furent placées au haut du ciborium ou baid.Kjuin, mais sans crucifix. Pendant le moyen Age, chaque autel était pourvu d'un crucifix isolé, mais fixe, et plus tard les aut'.'ls eurent un ciucilix accompagné des ima-

ges de la sainte Vierge et de saint Jean, ^-cs extraits suivants d(>s anciens inventaires donneront une idée complète de la richesse, et des ornements de ces croix, dans lesquelles se trouvaient souvent des reliques de la vraie croix.

Des croix appartenant anciennement à la cathédrale de Lincoln. — Jtem, une croix de cristal avec un crucifix d'argent doré, avec un socle et un nœud d'argent doré, avec les armoiries d'Angleterre et de France, et autres écussons, avec un agneau par derrière et les quatre évangélistes en vermeil, le tout pesant 45 onces. — Item, une croix en vermeil portant les quatre évangélistes comme des hommes appuyés sur quatre lions, sur le piédestal, avec un homme à genoux tenant un calice à la main, pesant 33 onces. — Item, une croix ouvragée , garnie de plaques d'or en dehors, avec une petite parcelle de la vraie croix, ornée de pierres de plusieurs couleurs et de perles pesant 93 onces et demie; le piédestal en cuivre doré, avec un béryl et d'autres pierres. — Ite7n, une petite croix en argent doré, contenant une parcelle de la vraie croix en forme de croix avec quatre pierres aux quatre coins, pesant un |)eu plus d'une demi-once. — Item, une double croix fleurdelisée en vermeil , appuyée sur un pied simple, composé de quatre lions, contenant une parcelle de la vraie croix et des reliques des saints Machabées , Christophe et Etienne , et des cheveux de saint Pierre , et des reliques de saint Georges et des saints Innocents, pesant 10 onces et un gros. Item, une peiite croix de vermeil arrondie au sommet, sur un piédestal carré, avec 6 pierres rouges et bleues, portant par derrière l'inscription suivante : De ligno domini S. Andrew. Au milieu de la croix est une autre petite croix ])esant 1 once 2 gros. — Item, une croix en vermeil en forme do quatre-feuilles, avec un crucifix au milieu, la sainte Vierge et saint Jean se tenant au pied du crucifix; sur le côté droit est la représentation d'Al3raham otl'rant son fils Isaac; derrière lui est un agneau et un ange; au cùté gauche est la représentation d'Abel et de Cam avec deux anges, ornée de 11 pierres bleues et rouges pesant 63 onces et demie.

Inventaire de la chapelle de Windsor. — « Imprimis una crux nobilis vocata Guch in quddeliciunt seplem lapides diversi ejusdem generis illorum in eadem cruce positorum, quorum sexiterum ponuntur ibidem etunus perditur. Et in pede ejusdem crucis desunt iindecim lapides raargarita}; très smaragdi parvi in borduris. — Item , deficiunt très summitates pinnaculorum in illius pede. — y^rm , una crux de ligno Dominico, ornala sij)hyris cum tribus imaginibus eburneis, slanlibus super fundum auri, habens pedein aureum de pLite, cum imagine cujusdara mortui resurgentis inter quem pedem etcrucem est unus beryllus et aymellatus cum tribus imag;n;bus et uno pede piano argenteo et aymellalo.— Item, unum ferotium t.'e beryilb argenteo deauralo, cum una cruce el tribus imaginibus in medio; et passio S. Sle-

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|>linni(lerf4ro,liabcnsinsuininitaloimaginoni S.-ilvaloris oltturalam beryllis, ciim (luohus aii^t'lis supia pi'dt'Mi, ilcrciriilibu-sditluiii fcit iruiii iiitra niaiius coiTiiinicni, quotuiii ala uiiius dL'Iicit; nllcrius biacliiuiii fiaiigilur; vl ];()iiicIluniitiMnaculi d(.'lR'itsu[)erciuciiix(aii.))

Ciithcdrdic de IVinchestcr. — Dans la nel' de réglise, iiiif grande cioix et une imago (Ju Christ, Marie et saint Jean, en argent doré vn partie.

Jiivcntaire de In cathédrale d'Yorli. — llein, une grande cioix durée avec un piédestal d'argent, et sur ce piédestal une image d'oi-, avec les mains liées comme celles du Christ, pesant 8 livics G onces. — Item , nnc petite croix d"or, av(.'C une ])arc lie de la vraie croix au milieu, un piédestal d'argent doré, pesant 2 livres G onc.s. — Item , une croix proces>ionnalc avec un ciucitix, garnie de trois beaux saphirs aux extronntés, pesant 3 livres i onces et demii-. — Item., une croix dorée avec un grand diamant au pied et trois grands diamants aux pieds du cruciiix pesant 7 onces; le don de M. Ste[)hen Scro[)e. — Item, une grande croix argent doré, avec une image (Je la sainte \'ierge dans une niche, à la pait.e iulérieure, et a la partie sujiérieure, le cruciiix avec Maiie et saint Jean, ap[)uyés sur quatre anges, ])esant 8 livres 10 onces; le don de M. John Newton. — Item, deux croix avec le crjciUx en vermeil avec les quatre évangelistes aux. coins, d'argent i)lanc, et deux images de la sainte Vierge, dans des niches , sur le piédestal porté sur quatre lions, pesant o livres 3 onces; le don dudit M. Jean Newton. — Item, une croix d'argent doré, avec dos images de Marie et de saint Jean sur un pied rond, avec un nœud arrondi en re le piédestal et le cruciiix, pesant 2 livres 9 onces. — Item, une croix processionnale pour le b.ilon d'argent (Joré, servant aux j(iurs ordinaires, pesant 1 livre lOonceoCi un quart. — Item, une croix de j<is|)e rouge ornée d'argent doré, avec d.'S pierres précieuses incrustées dans un piédestal de bois; le don de M. John New ton. — Item, une croix de cristal, avec un beau pied ciselé, pesant k livres 5 onces et demie. — Item, une grande croix pour l.j b.Uon d'argent doré; laquelle croix est pleine de l)ois; le don de John lord Scrope d'Ypsal; pesant 6 livres. — Item, une grande croix, avec le cruciiix, Marie et sain' Jean debout sur le piédestal avec les armoiries de la l'amille Scrope.

Croix proccssionncdes. — On a coutume diîjiorter des croix en tète des processions sol. nnelles, depuis les temps les plus reculés. Dans l'origine, c'étaient sinH)lement des croix ornées, sans image de Notre-Seigneur; ce lut plus tard que Ion introduisit 1 image du cruciiix. Au xv siècle on ajouta les images de la sainte Vierge et de .saint Jean que l'on pl;if;a sur les croisillons. Ces croix furent souvent l;iites de métaux précieux, ornées d'émaux et de pierres tincs. Les emblèmes des quatre évangelistes furent constamment

jilacés aux extrémités : rarement on y mil des traits tirés de l'Ancien 'restament ou du Nouveau. Les passages suivants, ext aits de Ciampini et d'anciens inventaires, sont jtropres à fournir des édaircissi.'ments sur la matière , la forme , les ornements et l'usage de ces croix.

Ciampini : « Après (]ue Constant n cul reçu ordre, dans une vision, durant la nuit, de faire un étendard semblable à la croix resplendissauie qu'il avait vue dans le ciel au milieu du jour, il manda les artistes les plus habiles que Ion put trouver, et il commanda que l'on fit une croix précieuse, enrichie u'or et de pierreries : cette croix était surmontée d'une couronne, au milieu de laquelle é'ait inscrit le monogramme ± [Cfii Hô), que les lettres de l'eini eieur portent encore au-dessus du casque. Aux bras de la croix était susjjcndue une petite bannière de pourpre, couverte de pierres précieuses et de broderies d'or, magnili(|ue à voir. Ces particul ailés sont puisées dans la Vie de Constantin, écrite par Eusèbe. De la nous pouvons déduire trois choses : d'abord, que ies hdèles avaient dt-jà commencé à vénérer publiquement la croix ; ensuite, que la croix commença dès lors à être poi'tée eii tète des armées ; cnlin, que la croix était ornée d'f,r et de pierres jirécieuses. Ainsi, l'ignominie de la croix fut changée en gloire et eu iriomp .e dans l'estime publi.pie, Constaiiiin, par un ell'et de la divine Providence, montiant la voie. Depuis ce temps-là la croix fut portée dans les litanies et les j)rocess:ons ; et comme le peuple s'assemblait à l'endroit et au triiips marqué, en un l;eu a[)[)elé stuiioti, de là vint le nom de croix stationale, crux stationalis, que l'on donna à celte croix. La station est proprement le lieu où les sold>its sont en garde; métaphoriquement, c'est l'endro.t où l'église militante piie et veille. La coutume d'orner les croix avec des pit.-rreries continua à paitir de ce tem])s. Parmi les dons que Charlemagne olfrit aux églises de Rome, se trouvait une grande croix pour la basi]i([ue de Constantin ; cette croix était ornée de pierreries, avec des pierres violettes, et le pa[)e ordonna ([u'elle serait [lorlée dans les processions et les lilai.ies solennelles, suivant les intentions du [)ieux donateur; la valeur de cette croix fut cause que I)ius tard elle fut volée. Le pape Léon IV ordonna qu'une a:trc grande cioix de pur or serait faite à la place ; elle était ornée de perles, avec des rubis et des émeraudes, selon l'antique usage de l'église de Sainte-Marie Majeure, à Home. »

IJenoit, chanoine de l'église du Vatican, au commencement du xii' siècle, entre dans quelques détails au sujet des cérémonies usitées en ce qui concerne la croix processionria e. il nous apprend iiue le sous-diacre régionaire portait la croix de l'autel au porche, en l'inclinant de manière que les lideles [lu.ssent la baiser; ensuite, pendant la |)roce>sion, il la portajt droite et élevée. Les croix stationales furent grandes et somptueuses ; d'autres, pour les cérémonies fu-

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nèbres et les autres processions moins solennelles, étaient simi)les et unies. Ce qui s'est observé jusqu'à nos jours.

Fivizani, dans son Traité de la coutume de porter la croix devant le pontife romain, parle (Je la croix stalionale qui précédait le clergé de l'église de Latran dans les litanies solennelles. Il en parie comme « étant d'une grande dimension, couverte de p'aques d'argent, sur lesquelles étaient représentés dos traits de la vie de Notre-Seigneur et Sauveur, ou tirés de la vie des saints ; et d'une si grande hauteur qu'elle ne pouvait être portée que par des hommes d'une force extraordinaire. » Cette croix a été figurée dans l'ouvrage de Ciampuii. On y voit : 1» la crucitlxion, avec la sainte Vierge et saint Jean, dans le compartiment central ; 2" le Père Eternel au-dessus , avec la colombe, emblème du Saint-Esprit, qui descend; 3° la création d'Adam ; k° la création d'Eve ; 5° la présentation d'Eve à Adam ; 6" l'arbre de la connaissance du bien et du mal, non dans un compartiment ; 7° Dieu défendant à Adam et à Eve de toucher aux fruits de l'arbre ; 8°, 9°, 10°, 11°, la porte du paradis, l'expulsion d'Adam et d'Eve , le chérubin gardant le chemin qui conduit à l'arbre de vie, et le départ de nos premiers parents ; 12° Noé recevant l'ordre de construire l'arche de Dieu kii-raèmc, qui est ici désigné par une main sortant d'un nuage ; 13" l'arche de Noé ; H" Jacob présentant à son père le mets qu'il aime ; Rebecca se tient par derrière ; 15° Esaii revenant de la chasse ; 1G° Jacob rencontrant les Anges de Dieu. {Gènes, xn, 1).

An revers de la même croix on voit : 1° au centre, Adam et Eve sous l'arbre dans lequel est le serpent ; 2° le sacrifice d'Abel et de Cain; 3° Cain tuant Abel; h-" Cain parlant avec Dieu, qui est encore figuré par une main sortant des nuages ; 5° Abraham préparant le sacrifice d'Isaac ; 6' Isaac bénissant Jacob ; 7° l'échelle et la vision de Jacob ; 8° Jacob luttant contre l'ange ; 9° le songe de Joseph, les gerbes, le sdeil et les onze étoiles ; 10° Israël s'adressant à ses fils; 11° Joseph cherchant ses frères; 12" Joseph trouvant ses frères qui faisaient paître leurs troupeaux; 13° Joseph déj)0uillé de sa robe de diverses couleurs; li° Joseph jeté dans la citerne ; 15° Ruben retournant à la citerne et ne retrouvant plus Joseph. Tels sont les sujets qui formaient la déc -ration de cette antique croix processionnale d'argent, dans l'église de Saint-Jean de Latian.

Une seconde croix pr.cessionnalc, appartenant à la même église (et figurée encore par Ciampini), est d'une date moins ancienne, probablement du milieu environ du xv siècle. On y voit : 1" au centre, la crucifixion ; 2° au-dessus, la résurrection, avec la ligure du pélican ; 3' à l'extrémité du bras droit de la croix;, la sainte Vierge se tenant deljout avec l'autre Marie ; k" du côté opposé, suint Jean, avec deux autres personnages, dont un soldat ; 5° au pied de la croix, l'ensevelissement de Notre-Seigneur : au-dessous est une plaque d'argent couvrant une relique de la

vraie croix , avec l'inscriplion : De ligno crucis D. N. Jcsu Christi.'

Au revers de cette seconde croix, on voit: r- au centre, le Cin-ist dans l'attitudedebénir : dans sa main guiche est un livre ouvert, avec l'inscription suivante : Eijo sum lux mundi, via, vcrilas et vita ; 2" au sommet de la croix est figuré saint Jean l'évangélisle, avec l'aigle et un petit rouleau sur lequel est écrit : In principio erat ; 3" du cùté droit do Notre-Seigncur est saint Luc avec le b.euf, et cet;e insciiption : Fait in diclfus Hcrodis ; 4° (iu côté gauche est saint Marc ; mais l'inscription n'est i)lus lisible : c'était sans doute le commencement de l'évangile écrit par lui : Initimn Evangclii Jesu Christi ; 5° au [)ied est saint Matthieu, dont l'ujscription a également disparu. (Ciampini, Vtt. Mon.)

Croix processionnales appartenant autrefois à la cathédrale de Lincoln. — « D'abord, une croix en vermeil, avec un crucifix au milieu; Marie et saint Jean sur les deux bras, et des fleurs de lis à l'exti'émité de chaque croisillon, ainsi que la figure des quatre évangélis es, pesani57 onces; et un bâton de croix, orné d'argent, ajant un nœud et une base d'argent, lo.ig de deux verges et demie, et un peu idus. — Item, deux autres croix d'une seule {)ièce, or et argent, chacune ayant un crucifix, avec les quatre évangélistes en argent doré, toutes les deux semblables, avec deux bâtons enveloppés d'argent dans leur plus grande hauteur. — Item, une giande croix en vermeil, avec les images du crucifix, de Marie et de Jean ; de la partie gauche de la croix sortent deux fleurs, de la partie droite sortent également deux fleurs, et do la partie sujiérieure sortent trois tleui's ; aux q:;atre angles sont les quatre évangélistes, pesant 14-8 onces ; le don de Wilham Alne- Avick ; et un pied apparlenanl à la môme croix, or et argent, avec deux écussons d'armoiries et l'inscription suivante : Orate pro animabus domini Thomœ Bewford , etc. ; et led t pied ayant une base, avec six images, représentant le Couronnement et la Salutation de Notre-Dame ; saint Georges et saint Hugues, pesant 8G onces; le don dudit AViTUam. (Dugdale , Monasticon Anglicanum.)

Dans les antiquités de l'abbaye de Durliam on trouve qu'd y avait deux croix destinées h être portées aux processions solennelles; l'une était d'or, ayant un bûton d'aïgent d'un admirable travail dorfévrerie , très-curieusement et très-finement ouvragé. 11 y avait encore une autre croix en cristal, qui servait tous les jours de la semaine. Dans l'abbaye de Durliam, on portait toujours devant la croix un bénitier d'argent, très-finement ciselé et en partie doré; il était porté par un des novices.

Dans le tom. II des Collectanea curiosa^ pag. 259, on lit les lignes suivantes : Item, crux argentea deaurata cum ymaginibus Christi et Johannis. — Item, unus baculus deargenteus pro eadem. — Item, unus pes argenteus pro eadem. — On peut conclure de ce dernier détail que la même croix servait

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taiilcM pour les processions et tantôt pour C'tie placée sur l'autel. Ces objets appartenait'iit auîrefois h la chapelle du collège de Allsouls, h Oxford, avant le schisme.

On possèdi^ encore un grand nombre de croix processionnalos, et quelques-unes remontent jusqu'au vu' siècle. Les plus anciennes sont communément faites en bois de chêne, recouveries de plaques d'argent, ou de cuivre doré émaillé. Les quatre évangélistes y sont repr(''sentés, soit dans leurs ligures, soit dans leurs emblèmes. Les extrémités des branches de croix sont généralement terminées en fleurs de lis. Entre la lige de la croix et la base il y a un nœu.l plus ou moins gros, orné d'émaux. Los cr ix de procession les plus anciennes que l'on possède actuellement en Angleterre sont pour la plu|)art d'une date assez récente et d'un travail grossier. 11 ne faudrait pas juger par ces objets de l'état de l'art en Angleterre au XV* siècle : les guerres désastreuses des Deux-Koscs avaient exercé la plus funeste iniluence sur les arts de la peinture et de la sculpture, de telle sorte que les œuvres de cette époque ne sauraient entrer en comparaison avec celles des deux siècles précédents. Dans l'ouvrage de Shaw, Ornements et décorations du moyen âge, on voit le dessin de deux charmantes croix de [Tocession du X.V' siècle. La croix processionnale la plus remarquable est peul-èire celle qui est maintenant placée sur un autel latéral de l'église abbatiale de Saint-Denis : elle a été exécutée |)Our Saint-Louis, et elle a été modifiée plus tard de manière à devenir une croix d'autel. Dans le Voyage archéologique dans le département de rAube, par ^L Arnaud, on trouve également un curieux dessin re[)résentant une belle croix de procession.

Croix de jubé ou de screen. — Nous allons parler maintenant de ces croix qui sont placées sur les juljés, les screens ou les grili"S qui sé[)arent la nef du chœur, dans les églises de grande étendue. Ces croix sont d une haute antiquité. Codin, qui vivait au v" siècle et qui a écr:t une histoire de Constantinople, décrit une croix qui surmontait le jubé de l'église de Sainte-Sophie de Constantinople : elle était d'or (sans doute garnie de plaques d'or), enrichie de pierres précieuses, et garnie de chandeliers pour y placer des flambeaux. Chacune jubé ou barrière entre la nef et le chœur était surmonté d'une riche croix, mais sans image de Noire-Seigneur crucifié. Nous avons néanmoins la preuve que l'image; de Notre-Seign:'ur fut attachée à la croix dès le viir siècle, car Anastase, dans la Vie de Léon 111, dit que ce pap(î lit faire une croix d'argent [)ur, (]ui jKJsail 72 livres, pour être [)lacée au milieu de i'égjise de saint Pierre, apùtre, et un crucifix d'argent i)0ur le maître-autel, qui pesait 5'2 livr s. Les jubés ou barrières existaient à la fois dans les églises latines et dans les églises grecques, ei jus(ju'à une époque relativement moderne on ne construi-

sait aucune t-glise sans cela en France, en Allemagne et en Flandre. D ns quel(iues églises tlamandes, il y a dos jubés d'un beau travail, comme à Saint-Pierre de Louvain. Dais d'autres églises ils ont été enlevés, il y a peu d'années; et même dans quelquesunes, on les trouve fixés le long des murailles, (h'fîuis qu'ils ont été démolis et enlevés de leur place primitive, comme h Hal, Leau, Tirlomont, etc. Ces croix sont ordinairement scu'ptées en bois. Sur la partie antérieure, c'i st-à-dire tournée du cùté de la nef, on voit les emblèmes des quatre évangélistes au milieu de quatre-feuilles, à l'extrémité dos quatre branches de la croix ; du côté du chœur, on place communément l'image de quatre docteurs. Les statues de la sainte Vierge et de saint Jean sont toujours et invariablement placées aux pieds de la croix, sur des piédestaux taillés et disposés pour les recevoir; le tout richement peint et doré. Je ne crois pas cependant que ces statues lussent p'acées ainsi dès les plus anciens temps, de même qu'elles ne se trouvent pas en général aux croix de procession avant le xv^ siècle. En Angleterre, chaque église avait un rood-scrcen avant le règne d'Edouard, époque à laquelle ces croix fui ent détruites par suite d'un acte du parlement. Les ordres du parlement furent si tidèloment exécutés à Tavénement de la reine Elisabeth au trône d'Angleterre, que dans toutes les églises d'Angleterre on n'en retrouve pas une seule présentement. Sur le continent, l'amiour de î'innovaiion et une ftiusse idée de progrès ont été presque aussi destructeurs, et on y trouve rarement quelqu'une des édifiantes et majestueuses images de la passion de Notre- Seigneur, qui formaient un si digne couronnement aux anciens édifices religieux. Le spécimen le [)lusparf;iit que Ion puisse voir aujourd'hui se trouve dans la grande église de Louvain ; mais cette croix était probablement inférieure à plusieurs autres dont nous possédons les restes ou que nous connaissons par des descriptions.

La manière dont ces croix étaient suspendues mérite d'être notée. Trois chaînes étaient attachées à la partie supérieure et aux deux bras de la croix et fixées à des anneaux de fer à l'arcade su[)érieure en pierre. C'est cette arcade que l'on a[)pelle, dans nosvieilles églises romanes, Varc triomphal. Ces chaînes étaient fort belles; elles étaient composées de longs anneaux, unis par des nœuds dorés, fort bien travaillés. Dons un tableau de \ an-Eyck, à la galerie d'Anvers, où une nef d'église est mise en perspective avec ua rood-screen, on aperçoit une croix ainsi suspendue à tiois chaînes. Dans d'autres vieux tableaux des anciens maîtres allemands et flamands, on voit des croix suspendues de la même manière. Dans plusieurs contrées de l'Europe on a])oreoit encore, à l'arcade de l'abside ou du chœur, des tronçons de chaîne, la croix ayant dispaiu de[mis 'longtemps.

Croix reliquaires. — Comme le nom l'iii-

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diquc, ces croix sont spécialement destinées à renfermer dt'S reli(jues. Celles de la vraie croix y sont enfermées plus convenableuii'nt que toutes les autres. Ces croix varient considérablement (juant aux dimensions, à la matière et aux ornements, suivant Timportance et la ;:;randeur des reliques, et aussi suivant la fortune des donateurs; on en jugera par les extraits suivants.

Nous donnerons d'abord la descripti«)n d'une croix avant appartenu autrefois à l'église cathédrale de Ueims : « Sur la tombe du cardinal de Lorraine, devant l'autel de la Sainte-Croix, il y a une croix en vermeil, donnée par ce cardinal. Il y a quatre émaux représentant les évangélistes, le crucilix, sainte Marie-iïaddeine, Notre-Dame et saint Jean, sur deux j)iédestaux, avec un pied au milieu pour la Madeleine; le tout sur une base de vermeil, avec quatre images de personnes en priera, aux ([uatre angles. Deux soldats h cheval avec des lances et huit soldats sont placés sur le [ied; à la partie antérieure sont dtîux anges portant des i)almes, et entre eux un i)ilier avec des reliques; au pied do la croix est un cr.lne avec plusieui's ossements, t't huit lézards, le tout en vermeil. Tout repose sur un soubassement avec huit écussons aux armes de Lorraine, surmonlés ilu chapeau de cardinal ; il y a douze piliers sous le scmbassement ; le tout pèse 129 marcs et 4 onces. » (Inventaire du trésor de Ileims, 1G99).

Cathédrale cl York. — Item, une croix d'or avec reliques, don de M. Stephen Sctope , jadis archidiacre de Richmond, avec le pied, pesant 1 livre. — Item, une croix appuyée sur six points d'appui, ayant six anges sous des dais o.i pinacles sur chaque point d'appui, et deux anges sur la même base, portant dans 1 -urs nuins des reliques de la chasuble ou vêtement, et dijs souliers de saint Pierre, apôtre, avec d'à .très miages sui le pied, et plusieurs pierres précieuses, rubis et saphirs: le don du roi Richard 111.

L'illustre abbaye de Saint-Denis, près de Paris, possédait jadis de nombreuses croix à reliques. Dans son Histoire de l'abbaye royale de Saint-Denys, dom Félibien en a reftrésenté jilusieurs dans les gravures de l'ancien Trésor. Nous lui em[)runtons les lignes suivantes : « Croix d'or toute couverte de rubis, de saphirs, d'émeraudes, et entourée de quantité de [)erles orientales, dans laquelle est enchâssé un morceau de la vraie croix, de la longueur d'un i)ied. Cette précieuse relirjue a été donnée à l'abbaye de Saint-Denis par Philif)pe-Auguste, qui l'avait reyue en [)résent de liaudouin, empereur de Constantinople. Ele fut estimée pour lors quatre cents livres ; ce qui était une grosse somme en ce temps-là. — Croix de vermeil enrichie d'émaux, dans laquelle il y a du bois de l,i vraie croix. Elle est mar- (juée aux. armes de Jérôme de Chambellan, qui sont d'argent, parti d'azur, à la bande de j^ueule brochant sur le tout. L'inscription manjue qu'il tit présent de cette croix la cinquantième année depuis son entrée en reli-

gion : ILcc crux in sui monastici yratiam jnbilœi a F. Ilicroiiymo dr (luimbellan liujus cœiiobii mayno priorc, 15'.)0.

Dans VJlistoire de l'abbaye royale de Sainl- Germain-des-Prds, [)ar dom J.unpies Bouillard, il y a plusieurs planc'ies gravées, où sont ligures divers objets et ornements ayant autrefois servi à l'église; on y remarque plusieurs belles croix à reliques.

Dans ÏHistoire du monastère de Saint- Udalric, à Augsbourg, les planches xwiii et xxix représentent plusieurs belles croix à reliques, qui appartenaient primitivement à l'abbaye.

Croix de consécration. — Ce sont celles qui sont liacées à l'intérieur des églises sur les murailles, et sur lesquelles l'évèque fait une onction avec le saint clu-éme dans la cérémonie de la consécration. Elles sont au nombre de douze, et elles sont faites soit en couleur, ce qui est le mode le plus usité, soit en relief, dans un qualre-feuilles simple ou orné. On trouve de nombreux exemjiles des croix du jjremier genre dans nos églises; celles de la seconde espèce sont moins communes , mais on en rencontre cejiendant dans beaucoup d'églises, et jusque dans les monuments du xi*" siècle. Voy. Con- SECRATiox. M. Pugin cite un fait assez curieux : c'est que dans quelques monuments d'Angleterre il y a des croix de cette nature sur les murailles extéiieures, notamment à la cathédrale de Salisbury, et à l'église d'Uliington, dans le comté de Berk. Le même auteur croit qu'elles sont ainsi [)Iacées, parce que jadis dans la Grande-Bretagne, dans la cérémonie de la dédicace des églises, l'évèque faisait des onctions à l'extérieur. Les cioix de l'église d'Ullington sont fort remoruunliles ; le diaiiièlre du quairefeuilles est de 1 pied 7 pouces.

Croix pectorales. — Les évêques ont coutume de porter une croix sur la poitrine, sur leurs vêtements extérieurs, et suspendue au cou par une cliaino ou un cordon. On a considéré cette croix comme un signe de juridiction ; aussi lorsqu'un évèque entre dans le diocèse d'un autre évoque, cette croix doit être cachée.

Georgius, cap. xviii, s'exprime ainsi au sujet de la Croix pectorale, crux pectoralis : Suivant la coutume la plus ancienne, le pape, lorsqu'il est vêtu de ses ornements d'honneur, porte sur lui une croix [)ectorale gariùi- de reliques de saints. Le pape Innocent 111 dit (pie l'ornement d'or porté sur lo front parle grand jjrêtre de l'Ancienne Loi avait été remplacé par la croix portée sur la poitrine par le grand prêtre de la Loi Nouvelle. Ces croix furent appe'ées encolpia par les Grecs, chez lesquels il paraît qu'elles commencèrent à être portées. En Orient, c était la coutume i)0ur tous les [idoles, et spécialement pour les évoques, de porter une croix susi»endue au cou. Rottrad, évoque du

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Soissons, en 8G3, di-claro qu'il él.iit allé au Ci)ncilo (le SoissMns,duiis ses lir.bils sacerdotaux, portant Si-^s oriieinciUsépisc< )i)aux,«[)ortant, dit-il, le livre des saints Evangiles, et du bois de la vraie croix sur ma poitrine. «

L'empereur Nicéphoro, en 811, envoya au pape Léon IIL entre autres ornemenis sacrés, une croix pectorale d'or, renfermant une autre croix , dans laipjelle il y avait quelques parcelles de la vraie croix, dis^iosées en forme de croix.

Saint (îrégoirc de Tours rapporte qu'il avait éteint les llauniies d'un incendie, en vnie occasion, en tirant de son sein une croix d'or, dans la([Uoll.; étaient des reliques ilola sainte Vierge, des apôtres et de saint Martin. Dans la Vie de s d^ t Ejfégc, archcvcMpie deCantorbéry,qui soutlVitle mart re en 1012, vie écrite parOsborn, il est fait mention de la mort hoi'iible qu'é[)rouvèrent ses meurtiiers, et connuent un prèire, qui avait caché la croix p-ec orale (crux collaiia) du martyr, se trouva piésent a une mort si [trématurée. On sait que, dans l'origine, la croix pectorale était portée par d'autres que par les évoques, et qu'elle ne faisait pas une y^arlie des ornements réseï vés aux évèqucs. Saint Thomas, dans ses commentaires sur le Livre des Sentences, lib. iv, 2i, 3, énumérant les ornements particuliers aux évèques, ne nientionne p.is la croix. Innocent III, suivi en cela par Guillaume Durand, fait la môme énumération que saint Thomas ; mais il parait, d'après le texte de Guillaume Durand , <iu'au temps où il viva t les évèques avaient coutume de porter une croix [lecturale, quoi- (]u'elle ne fût j^.as comptée au nombre des ornemenis exclusivement épiscopaux. On ne trouve nulle part que la croix pectorale fut donnée aux évèques dans leur consécration. Les prières que l'on a coutume de réciter en mettant la croix sur la poitrine ne sont pas antérieuies au xiv' siècle, et c'est à partir de cette époque que cette croix paraît avoir été comptée parmi les oi'nemcnts épiscopaux.

GeorgiiiSfde ritu prceferendœ crucis, etc. — La croix est portée devant le pape lorsqu'il paraît en public. Deux espèces de croix étaient employées anciennement h cet usage: l'une, la croix stationale, pour IfS stations et les litanies jjubliipies; l'autre, lorsque le pape se montre en public dans la ville. Anastasc le Bibliothécaire f;iit mention, dans la A'iedeLéon IV, d'une croix qu'il faisait porter devant lui. « Suivaniranc.enne coutume, cette croix était portée par un sou«:-d!acre, dfvant le clieval des papes ses [)rédécessoars; avec le secours de Dieu, il la tit restaurer et orner d'or, d'argent et de pierreries, h Le souverain pontife accorda à plusieurs archevô(iues le privilège de faire [)0rler la croix devant eux. L'archrvè([ue de K.iveime la pouvait faire ainsi porter, nonseulement dans toute sa jjrovinco, mais encore juscpi'à trois milles de la ville deUome; mais dans les processions pour les litanies, où se trouvaient de's évèques, des empe-

reurs, des rois, ou quelque autre personnage de distinction, on portait la croix, en avant, dès les temps les plus anciens. On rapporte que saint Thomas do Cantorbéry, dans une certaine circonstance, entra au })arlement, portant dans ses projjres mains l.i croix que l'on ava t coutume de [lorter. devant lui : il refusa de la laiss t prendre 5 qui que ce soit. Les Iv^^nis apostoliques ont eu le privilège de se faire [)récèdT d'une croix, à paitir du ix.' siècle. Thomassin remarque quau XI' siôcl(\ les aichevèques seulement, cpji [)orta eut b^ pallium, avaic t 1.3 droit de se faire iMècéder de la crniv Saint Ansebne, archevêque de Canlo:bérv, écrivit à Samuel, archevècjue de Dublin (L b. IV, Epist. 28), entre autres choses, qu'il ne devait pas [irétendre à faire porter la croix devant lui, parce qu'il n'ava t pas le pallium. Telle était la coutume aloi's. Dans la suite, au XM' siècle (Thomassin, lib. ii, part, i, cap. 59), le privilège de la croix f.jt accordé aux méti-oi)olitains : et ainsi, gr.iduellement, au xni' siècle, la co itume s'établit que tous les archevêques se fissent précéder de la croix. Le troisième concile de Latran, en 1213, comme on sait, doima aux patriarches d') Constanlinople, d'A'exandrie, d'Antioche et de Jérusalem, en comnuniion avec le sain'i-siége, le dioit d'avoir la bannière de la croix arborée partout devant eux, excepté dans la ville de Ro;ue, ou en présence du pontife romain, ou d'un légat apostolique portant les insignes de son oilicc.

Delà croix de Vellétri, par Etienne Borgia, 1780. — Chap. I à v. Cette croix, qui appartient à l'antique église calhèdra'c de Saint-Clémcn', h Vellétri, est en or, pesant 70 onces, ornée de perles orientales des deux cotés, avec cinq pierres [irécieus s de diverses couleurs du coté où se trouve la figure du c;uci!ix ; au revers, il y a un émail sous un Agnus Dci. Toutes les figures sont émaillées sur or et insérées sur une surface unie ; ce qui est une marque de l'antiquité du travail. Le pape Alexandre IV pa'^se pour avoir fait présent de cette croix à l'église de Vellétri, ou au moins pour l'avoir consacrée solennellement, et y avoir mis une portion de la vraie croix, en y attachant certaines indulgences.

Chap. VI. A la [jartie antérieure de la croix est la figure de Notre-Seigneur crucitié, les l)ieds i)ercés de deux clous et par conséquent séparés, avec une croix dans le nimbe qui eu-vironne la tète, sans aucunes trace d'appui, supprdaneuin, pour poser les pieds; >'otie-St'igneur n'est point incliné de côté, mais il parait vivant, ayant les yeux ouverts, avec une longue chevelure et de la barbe • le tout porte les signes d'une antitjuité reculée.

Le voile qui tombe jusqu'au milieu des genoux a une bordure autour du bord postérieur ; car fjuoiiju'il ne soit pas douteux (pie Notre-Seigneur ail été exposé sur la croix dans un état de complète nudité, comme le disent les saints Pères, C(ipc>n-

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fiant, par un sentiment de respect, une parlie du coi|>s, et quelquefois le corps tout entier, est voilé dans les représentations du crucifiement, dès les temps les plus anciens. Toute la figure est voilée dans une croi\ pectorale grecque, que nous pouvons citer u cette occasion, et on connaît d'autres exemples d'une disposition semblable. Saint Grégoire de Tours rapporte que de son temps, à Narbonne, Notre-Seigneur apparut en songe à un prêtre nommé Basile, lui ordonnant de voiler toute la peinture d'un certain tableau représentant la crucitixion, et qu'en conséijuence l'évéque commanda nue le tableau fût voilé. On voit ainsi que du temps de saint Grégoire ces sortes d'images étaient couvertes [Lib. i, De Gloria tnartf/rum). Cette circonstance, qui fut sans doute bientôt généralement connue, fut l'origine de la coutume de couvrir le crucifix avec une tunique. Si cette vision est estimée vraie, il serait convenable, même aujourd'hui, de représenter la figure de Notre- Seigneur vêtue d'une chape ou d'une tunique.

Chap. VII. Il n'y a pas de litre sur la croix de Vellétri. Quoique la pratii|ue d'ajouter un titre aux croix soit très-commune, on peut douter si l'inscription a été mise en jiébreu, en grec ou en latin. Les Latins omettent plus souvent le titre que les Grecs, qui fréquemment, néanmoins, l'expriment par les signes suivants IG XC, et autres abréviations, comme il est rapporté dans saint Jean, Jésus Nazarenus Rex Judœorum (S. Jean, xix, 19).

Chap. VIII. Parmi les monuments analogues oii J'on remarque la même absence de titre à la croix, on peut citer la mosaïque de l'église de Saint-Clément, à Rome, dans lacpielle sont représentées douze colombes voltigeant autour de la croix, symbole des douze apôtres. Dans deux autres exemples anciens, au lieu du titre, il y a une main étendue sortant d'un nuage. On connaît plusieurs autres croix fort remarquables également sans titre.

Chap. X. De chaque côté de Notre-Seigneur on voit, à droite, la figure de la sainte Vierge ; à gauche, celle du disciple bien-aimé. Cette particularité se rencontre à la fois dans les monuments grecs et latins.

Chap. XI. La sainte Vierge et saint Jean ne sont pas représentés, comme dans les tableaux modernes et quelques anciens tableaux, ilans un chagrin profond et une agonie de douleur; mais ils sont figurés d'une manière plus conforme au texte évangéîique: St'that juxta crucem Jesu, mater ejiis, etc. (S. Jean, XIX, 25). Saint Ambroise écrit sur ce sujet : <■< que la sainte Vierge se tenait debout au pied de la croix, et demeurnit intrépide, tandis que les hommes fuyaient : Stabat ante crucem mater, et fufiicnlibus viris slahat intrepida (Lib. do Inslil. virg., cap. vu). Le même Père dit encore : « Je lis (luelle se tenait debout, je ne lis point qu'elle pleurait : Stantem lego, flcntem non lego. Il y a ici une croix sur le voile qui recouvre la tète de la sainte Vierge. Cela in-

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dique les sentiments avec lesquels nous devons considéier la sacrée passion de Notre- Seigneur, suivant une belle inscription qui se^ voit sur un livre des Evangiles du ix' siècle, maintenant à la bibliothèque du Vatican, écrite sous la figure en relief de Notre- Seigneur crucifié :

Aspice pendeiitem, cnicifigas in cruce mcntem.

D'autres figures de la sainte Viergo , au pied de la croix, présentent la même croix sur le voile.

Chap. XII. Quelques auteurs préfèrent regarder celte croix comme une étoile. 11 no manque point d'anciens exemples où le vêtement de la sainte Vierge est entièrement parsemé d'étoiles. L'invocation Stella maris, et Stella matutina, est bien connue dans les titres que l'Eglise donne à la sainte Vierge.

Chap. XIII. Ts'otre artiste n'a pas fait preuve du même discernement dans la figure de saint Jean, qu'il a représenté avancé en âge : on observe une erreur contraire en d'autres cas, par exemple, quand on peint saint Jean sous la figure d'un jeune homme écrivant l'Apocalypse, ou tenant l'Evangile en main, puisqu'il est certain qu'il écrivit l'un et l'autre, seulement lorsqu'il était très-agé. Sur un ancien ivoire sculpté, conservé dans l'église collégiale de Friuli, où se trouve la crucifixion, avec la sainte Vierge et saint Jean de chaque côté, on lit, du côté de la sainte A'ierge : m. e\ filics tuus. Femme, voilà votre fils, et du côté de saint Jean : av. ECCE M. TVA, Apôtre, voilà votre mère. Buonarotti cite un fait semblable qu'il a observé sur un triptyque. Les Grecs se servent d'une inscripl'oh semblable.

Chap. XIV. Jusqu'à présent tout a été facile à expliquer dans la croix de Vellétri ; il n'en est pas de même, à présent que nous passons à deux figures qui ont été ajoutées, l'une au-dessus, l'autre au-dessous de la figure de Notre-Seigneur, sur la tige même de la croix. La figure supérieure paraît être celle d'un évoque, avec une large tonsure, le nimbe autour de la tête, et trois doigts levés, comme pour donner la bénédiction. D'abord l'absence du titre, dans une croix où il y avait de la place pour le mettre, est une preuve qu'elle n'est pas grecque ; ensuite, il est probable qu'on n'a pas représenté un saint grec. Il faut observer que l'attitude de la bénédiction, prise en elle-même, ne peut pas prouver que cette figure est celle d'un ecclésiastique. Les trois doigts levés, néanmoins, indiquent une bénédiction, ou au moins une salutation.

Chap. XV. Anciennement les évêques seuls donnaient solennellement la bénédiction au peuple, à la messe; ils ne la donnaient pas a la lin de la messe, comme 5 présent, mais immédiatement après l'oraison dominicale et avant la communion. Ce n'est guère avant le XI' siècle que la coutume s'introduisit pour les prêtres de donner la bénédiction h la fin de la mes?e. Dans ce même siècle, il fut accordé à quelques abbés de donner la bénédiciion par le signe de la croix, même

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