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hre d'architecture peut se décomposer par l'analyse. L'ensemble embrasse l'ordonnance générale, la distribution des parties essentielles ; les détails sont plus ou moins importants, plus ou moins accessoires. Un artiste habile et expérimenté donne toute son attention à la perfection et à l'harmonie de l'ensemble, à la distribution des masses, à rétablissement des principales lignes, à l'étendue des ouvertures, à celle des pleins, aux proportions de longueur, largeur et hauteur; il est sûr que les détails se pourront ensuite traiter avec beaucoup plus de facilité et de convenance. On a souvent reproché aux artistes de la période ogivale de donner trop d'attention aux moindres détails et de négliger l'ensemble, contrairement à ce que pratiquaient les artistes grecs : ce reproche est sans fondement. Il suliit d'étudier sans prévention nos giands édiliccs du moyen âge pour se convaincre qu'ils sont bâtis avec le goût le plus parlait et la science la plus avancée. Les détails, sans doute, y sont traités avec une rare délicatesse, mais ils n'y étouffent jamais les lignes vraiment essentielles, et la raison y est satis'aite par toutes les conditions de force et de solidité. Si quelques façades, par exemple, d'églises du xv' siècle et du xvr paiaissent surchargées de détails et disparaître, pour ainsi dire, sous une profusion d'ornements, il ne faut pas se livrer à un long examen pour y découvrir l'application des meilleurs principes de constiuction.
Lorsqu'on veut se rendre compte du mérite d'une construction de grand style, il faut d'abord en considérer l'ensemble et voir si les proportions sont établies dans un rapport raisonnable et harmonieux ; l'attention descend ensuite naturellement à l'examen des détails. 11 n'y a que les hommes ignorants qui se laissent prendre à la beauté des détails, sans donner à l'ensemble l'attention qu'il mérite.
DÉTREMPE. —La peinture on détrempe est une manière de peindre avec des couleurs broyées et délayées à l'eau et à la colle, avec de la gomme ou de l'eau d'œuf, sur bois, sur plûti e, sur pierre, etc. Ce genre de peinture est le i)lus ancien de tous ; les Egyptiens en ont fait usage dans leurs monuments, et les couleurs y ont conservé une fraîcheur et un éclat extraordinaiies. Dans nos climats humides, la peinture à la dét;ein[)e ne [)eut durer longtemps qu'au'ant ([ue les tableaux peints à l'aide de ce p oeédé ne sont {)as exposés aux irjjures de l'air. L'avantage de cette espèce de peinture, c'est (jue les couleurs no changent pas et (^ue l'ellet en est d'aut;int plus éclatant (ju'elles sont exposées à une plus vive lumière.
Suivant M. Emeric David, dans son///sfoîre (le la pcinlure, [lag. 1)3, lu peinture en délrcni[)e sur les murs, telle que la pratiquaient les anciens, n'était à proprement [lar- 1er (ju'un encaustique imparfait. Les couleurs, iixées [)ar un gluten formé viaisciiiblablement de taurcaa-vnlle, étaient recou- Vfîrtes du vernis employé dans l'encaustifiue. L'ouvrage iJc^''':t *^tru chauU'é et [loli jar les
mômes procédés. (V'itruv., lib. vu, cap. 9; Plin., lib. xwui, cap. 17.)
il est facile de reconnaître, dit le même auteur, que la détrempe vernie et cautérisée oU'rait quelques-uns des avantages de l'encaustique, mais qu'elle était loin de les réunir tous. Les couleurs ne pouvaient ni s'attacher au mur avec la môme solidité, ni résister aussi longtemps à l'influence de l'air. Yoy. Encaustique , Peintures murales , Fresque.
DliVANT D'AUTEL. — A l'article Autel nous sommes entrés dans de grands développements sur les accessoires principaux des autels : nous avons donné, en particulier, la description de l'autel de Bûle en or, qui [)eut être considéré comme un devant d'autel. Nous avons également parlé de l'autel en or de Milan, ouvrage de Volvinius. Nous compléterons ici, par de nouveaux détails, ce que nous avons dit sur cet intéressant objet : nous les empruntons à M. Pugin, qui les a extraits de divers auteurs.
Du Cange, dans son Glossaire, au mot Frontale, dit que Ferdinand le Grand, en 1101, donna à une église un devant d'autel comparable à ceux que nous venons de mentionner ci-dessus: In prœdicto loco ornamenta altarium, id est, frontale ex auro puro, opère digno cum lapidibus, smaraga'is, sajfiris et omni génère pretiosis et olovitreis; alios similitcr très frontales argcntcos singulis altaribus.
Dom Jacques Bouillart, dans son Histoire de Vabbaye de Saint-G ermain-des-Frés , a figuré et déci'it un devant d'autel en métal, de grande beauté, qui fut fait pour le grand autel de cette église, aux frais de l'abbé Guillaume, en li09. Jl est divisé en sept compartiments à arcades ; les divisions sont faites par u'élégantes colonnettes groupées ; audessus des arcades, il y a des j)inacles, et dans chaque compartiment il y a deux niches. Chaque compartiment, excepté celui du milieu, est partagé en deux pai- une petite colonnette ; les niches ont des piédestaux saillants, et dans les niches on voit les statuettes de saint Jean-Ba[)tiste, de saint Pierre,, de saint Jacques, de saint Phili[)[)e, de saint Germain et de sainte Catherine, du côté droit ; du côté gauche, il y a celles de saint Paul, de saint André, de saint Michel, de saint Vincent, de saii;t Barthélémy et de sainte Marie- Madeleine. Au centre est le crucilix; Noire- Seigneur a les bras éten lus, et de chaque côté on voit l'image de la sainte Vierge et celle de saint Jean l'évangéliste. Sur un petit piédestal et au i)ied de la croix se trouve l'image du généreux abbé lui-môme, à genoux, revêtu d'une cha])e, la mitre en tôte, tenant le bàtou pastoral, avec celte inscription : « Guillelinus tertius hujus ecclesiœ abbas. Le tout est entouré d'une riche borduro ciselée, garnie d'émaux et de pierres précieuses. Ce beau s[)écimen de la piété et des arts du moyen Age fut |)robablement détruit, avec t.uit d'autres chefs-d'œuvre, durant la glande révolution française. Avant le pillago de la cathédrale de Bayeux par les huguc-
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nots, en loO.j, il y avait un (rès-boau ol Irùsriche devant d'autel pour l'a-utel majeur; il était composé en entier d'argent doriS orné d'émaux. Au centre était la crucifixion, et il y avait dix statuettes disposées de chaque côté ; le tout était entouré d'une bordure de fleurs delis. Sur la bordure il y avait, de distance a autre, des reliques avec une inscription. Au centre, sur un fond d'azur, il y avait une inscription écrite en lettres d"or, qui apprenait que cette table avait été donnée à ré^.;lise par Mgr Louis de Harcourt, patriarchetle Jériisa'em et évèque de Baveux. Le devant d'autel pesait 363 marcs d'argent, et le travail de l'artiste avait coi'ilé une somme égale h celle de la matière. Ce devant d'autel était ti\é sur une planche de bois pi\r des clous et des cranqions d'argent. Il y avait plusieurs pvnneaux mobiles, qui pouvaient s'ouvrir et se fermer h volonté : ils servaient de porte à des cavités richement décorées, où étaient enfermées de précieuses reli(|ues.
Quant aux devants d'autel en bois peints et dorés, nous pouvons en citer un admirable modèle, quiappartenaitautrefoisàl'abbaye de Westminster, dont il décorait le maître-aulel, et qui subsiste encore aujourd'hui. Non-seulement les panneaux qui entraient dans sa composition étaient peints soigneusement sur fond d'or, mais encore les bordures sont garnies de morceaux de verres de diverses couleurs, de manière à former, avec l'or et une es[tèce d'émail, un effet agréable : il y a également des cristaux et des pierres incrustées dans ces bordures. Ces ornements de verre bleu, placés sur un endroit |)eint en blanc pour laisser sa transparence au verre , el chargés de dessins dorés, furent en usage fréquemment au xiii' siècle, et l'etlet en est très-beau. Toute la surface du bois fut d'abord couverte de j)kisieurs couches de blanc, comme cela se pratique toujours aujourd'hui, lorsqu'on veut dorer, et une grande quantité de petits ornements furent taillés dans cette préparation , ce qui communique une incroyable richesse aux moulures et aux autres parties. Ce magnifique spécimen de l'art chrétien à la meilleure époque, doit sa conservation au vil usage auquel on l'avait destiné dans l'abbaye, ce qui l'avait fait tomber dans un complet oubli, jusqu'à une époque fort rapprochée de nous. Alors cemerveilleux ouvrage de nos catholiques ancêtres fut mieux apprécié, et la conservation en fut assurée.
Les devants d'autels furent le plus communément en dra;) d'or, brodés à l'aiguille , avec des figures et des couleurs appropriés à chaque fête. Telle est sans doute l'origine des voiles ou couitines en soie que l'on a placées habituellement devant les autels pour protéger les châsses des saints placées dessous. Plus tard ces courtines furent transformées en un véritable devant d'autel et consistèrent en une draperie unie ou un morceau de soie dont la couleur rf''pon!lait à celle de la fête, suivant la prescription de la lit rgie.
Dans la chapelle du collège du roi à
Aberdecn, il y avait des devants d'autel do ce genre, que l'on ajipelait antiprndium ou anlrpcndiiim : Pro mnjori altari tria atUipcndia ; nnum, nii historiœ dii\c Virginis Mariœ, fïlis byssinis ac lancis sunt contcxtœ. Sccundntn, effigies apostolorum Pcln Andrcœ et Johannis conlmet. Tertium, pro qnotidiano nsu altaris B. Mariœ Virginis. Antipctidia ejusdem cdtaris, vidciicct, iinum atndiascensr, cui dirnrum effigies et flores, filis lancis subtilihus bysso commixtis sitnt conlexlï.
A la cathédrale de Lincoln, il y avait égaleuient plusieurs antipendiiim précieux , comme il apparaît par les détails de l'inventaire. En voici l'indication abrégée : « Un morceau do drap d'or, ayant au milieu le couronnement de Notre-Dame , avec plusieurs anges de chaque côté, tenant des instruments de musique, ainsi que plusieurs autres imagos. Le frontal [frontlet) est semé de croix d'or. — Item, un morceau de drap d'or et rougo, semé de faucons d'or, avec un frontal de môme genre. — Item, un morceau de soie rouge, avec une image du crucitix, la sainte Vierge, saint Jean et diverses autres images ; h chaque extrémité il y a deux léojtards blancs. — Item, un devant d'autel d'or, partie rouge et partie blanc, avec une image de Notre-Dame au milieu : la Vierge est au milieu d'un cercle, et elle tient son Fils entre ses bras : elle est accompagnée do huit anges ; du côté droit, il y a un archevêque dans un cercle accompagné de huit anges ; du côté gauche, raèiiie disposition, il y a un évêque dans un cercle, accompagné de huit anges. Le frontal présente au milieu la Trinité, et, de chaque côté, deux anges avec des encensoirs : ex dono dicti ducis Lancastriœ. — Item, un autre devant d'autel du même, ayant au milieu une image de la sainte Vierge dans un cercle, avec l'image de saint Jean-Baptiste, d'un côté, et celle de saint Jean l'évangéliste de l'autre côté : ex dono prœfati ducis. — Item, un morceau d'étotle blanche, avec trètlcs d'or, ayant la salutation de Notre-Dame dans un cercle rouge, avec un frontal de môme, et deux morceaux d'étoffe diaprée. — Item, un morceau d'élotfe bleue, avec IlouîS et grllfons d'or, et un vieux luoiccau d'étoile diaprée. — Item, un doulde devant d'autel, blanc et rouge, pour le carême. — Item, un devant d'autel de damas blanc , brodé de fleurs d'or, ayant au centre l'Assiimption de la sainte Vierge, et au bas celte inscrii)tion : ex dono Johannis Crosbij, treasurer of Uncoin {Trésorier de Lincoln) : il y aune image do saint Jean-Baptiste du côté droit , et une imago do sainte Catherine du côté gauche. »
DÉVIATION. — La déviation dans l'axe d'une église e.^t l'inclinaison plus ou moins prononcée qui se trouve dans ladireclion du monument vers la droite ou vers la gaucho. L'explication la plus raisonnable et la p'us communément admise de cette disposition, si extraordinaire au premier abord, c'o.-^t que les pieux artistes du moyen âge ont voulu représenter ainsi celle circonstance do la
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mort de Nofro-Seignour, qui penc!)a la ttMo, <Mi ronilanl In dernior soupir sur la croix. Nous avons dojh parlé de coite particularité. Voij. A\K.
II a pu arriver quelquefois que les lieux sur lesquels on a bAti les églises aient été (iis|iosés de telle manière que la déviation dans Taxe du monument sera devenue nécessaire ; comme l'étahiissement des cryiites a été nécessité par le terrain déclive sur lequel on a bâti certains édifices, notamment à la cathédrale d'Auxerre. Des accidents auront |Hi survenir et briser violemment l'axe d'un monument. Mais ces faits peuvent être aisément constatés; ils sont particuliers, et ils ne sauraient inlirraer les déductions que nous avons tirées d'une S'"ir»de quantité d'autres iaits qui démontrent que la déviation dans l'axe des églises a été intentionnelle généralement, et que Ton peut y reconnaître une signification symbolique.
DEVISE. — Selon la signification moderne du mot devise, c'est une espèce d'emblème (jui consiste dans la représentation de quelque corps naturel et dans l'emploi de quelques mots appropriés. La figure ou le corps naturel en est le corps, et le mot ou les mots en sont l'Ame. On peut voir dans les auteurs qui ont écrit sur ce sujet les rè,.;les pour composer les devises. Ce que nous avons à en dire, c'est que les monuments du xvr siècle, et quelquefois du xv% surtout dans les vitraux peints, portent des devises plus ou moins ingénieuses et qui peuvent être regardées aujourd'hui comme liistoriques. On en mettait jaiiis sur les monnaies, sur l(>s boucliers ou écus des chevaliers, et sur les monuments commémoratifs. Les acclamations qui se voient sur quelques monuments , eomme le mot zézrs en grec, ou vivez, sur quelques verres antiques trouvés dans les catacombes, sont de véritables devises. Les premiers clirétiens en ont inventé l'usage. La figure du poisson placée sur les anneaux est une devise chrétienne, surtout si elle est accompagnée dos lettres ixoys , initiales d'une phrase qui signilie Jésus-Christ Fils DE DiE»u, Sauveur. L'aljiha et l'oméga placés aux deux côtés de la croix, ou du monogramme du Christ, pour indiquer qu'il est le commencement et latin de tout, doivent encore être regardés comme une devise.
Les premières devises modernes, composées de figures et de paroles, ont été composées en France. Toile est l'étoile, avec ces
mots : MO^STRANT UEGIUUS ASTRA VIAM, leS
astres montrent le chrmin aux rois, qui ser- \ ait de devise à l'ordre dos chevaliers de l'Etoile, institué par le roi Jean. On a dé[>ensé beaucou[> d'esprit à faiie dos devises. Nous en citerons quelques-unes dos |)ius spirituelles, afin (le doiinor une idée de ce genre de composition à moitié artisii(pie, à moitié littéraire, (jui a été abandonné entièrement. Dès l'année 1190, la première devise des sires de (Iréipiy était: Nul ne s'y frotte, ce qui se ra|)port.iit aux feuilles lancéolées du créquier ou prunellier sauvage qui, se trouve dans les armoiries de Créquy. Louis XII, roi
de France, avait pris un porc-épic pour emblème, avec cette devise : Qui s'y frotte s y pique. Los armoiries d'Ecosse, où emblèmes de ce pays, sont des chardons avec la môme devise : Qui s'y frotte s'y pique.
La reine Blanche de Castille avait fait mettre sur son cachet un lis au naturel, appliqué sur un champ semé de fleurs de fis héraldiciues ; la légende circulaire autour de ce cachet portait ces mots : Lilium inter lilia.
La reine Marguerite de Provence, femme de saint Louis, prenait pour emblème une reine-marguerite, avec cette légende en latin barbare, ou peut-être en dialecte provençal de ce temps-là: IIoygna de parterra, anciLïiA ROVGN.E DE coKLV, la reiiu de la terre est la servante de la Reine du ciel.
A la fin duxiv" siècle, la famille d'Estaing, portait pour devise des lis et des roses, tots
POR ELX, TOTS POR ELLES, tOUl poUr CUX y
tout pour elles.
François I", roi de France, avait choisi 1» salamandre au milieu des flammes, avec la devise : Nutriscoet exstinguo ;on trouve l'emblème ei la devise sur une foule de monuments bâtis par lui ; elle est jusque sur le croisillon du transsept méridional de la cathédrale de Beauvais, h la construction duquel ce prince avait concouru par ses libéralités et ses concessions. La signification de cet emblème et de la devise qui raccompagne ne sera comprise que par ceux qui connaissent les détails de la vie galante de ce roi chevaleresque.
La reine Anne d'Autriche portait pour devise, au commencement de sa régence, La lune qui se lève au coucher du soleil : Per te,