‹ Dictionnaire d'archéologie sacréeChapitre 181 sur 195 · nation? Ce serait assez vraisemblable · texte numérisé non relu

nation? Ce serait assez vraisemblable

Dans le Pentateu(iue, au livre de l'Exode , on lit : « Quand vous ferez h l'Eiernel un autel de pierres, vous ne les taillerez |»oint, car il sera souillé si vous y employez le ciseau (1). »>

Au chapitre vingl-seittièinc du Deutéronoine, il est encoïc <lit : « Lorsijue vous au-r rez i)assé le Jourdain, vous dresserez sur le mont Hébal , au Seigneur votre Dieu, un autel de |)ierres où le fer n'aura point touché, de [)ierres brutes et non polies, et vous offrirez au Seigneur votre Dieu des holocaustes sur cet au tel (2).

Nous voyons au livre do Josué comment ces iiréce[)tes furent hdèlement accomplis et comment on érigea nn autel com|)osé do pierres grossières, auxtpielles la main de l'homme n'avait apporté aucune altération.

Cette description de l'autd h(''braique ne s'applique-t-elle pas avec une exactitude entière à l'autel druidique? Tous les dolmens, que nous retrouvons encore en si giand nombre dans nos campagnes, sont composés de pierres entièrement brutes et nullement polies; ceux qui portent quelques ti'aces du fer et du travail forment une exception trèsrare. L'analogie, ou plutôt la ressemblance des deux autels , hébraïque et celtique , est si frappante qu'elle a été mentionnée par une foule d'auteurs. Personne cependant n'a tiré de conclusions de ce rapprochement si extraordinaire ; on s'est borné à signaler un rapj)ort évident dans les formes extérieures, sans voir qu'il indiquait des relations intimes entre le peuple juif et les tribus celtiques.

Les dolmens , dit Thomas Moore (3) , en étu liant les monuments celtiques de l'Irlande, étaient originairement a|)[)elés Bothul, mot qui signifie la maison de Dieu. lieauford , d.ns son livre intitulé le Druidisme renouvelé, prétend que ces monumei.ts avaient une grande analogie avec le Béthel des Hébreux, expression qui a le même sens que le Tiolhal irlandais. Cette sort 3 de monuments, dit Scaliger dans ses Commentaires sur Eusèbe, aimée de Dieu dans l'origine , lui d'-'vint ensuite odieuse, parce qu'el.e fut corr. nipue par les usages idolàtric^ues qu'en lireiit les Chananéens.

Nous voyons ici, non sans un vif étonnement , que ce n'est pas seulement le monument <jui est semblable, mais que les mots em|iloyés pour le désigner sont absolument identiques et dans leur signification littérale et jusque dans leur radical. On peut tirer de là un kouvcI argiiment en faveur de ceux (jui prétendent que les Celles sont d'origine séniiti que. Nous savons d'autre part

(1) QikkI si allare lapidcnm fcccris niiiii, non a^dillcaltis illud do siilis lapidibus : si eiiiin levaveris culUiim super eo, pullucuir. {Exod., cap. xx, vers. 25.)

(2) El xdirical)is il)i allare Domino Dec lue, da lapidiltiis (pios forniin non lolijjit, el de saxis iiiforiiiiiiiis el iiiipoiilis : cl oll'tMcs super ro liolocausl.i Doir.iiio Dco Uio. {DcuUron., cap. xxvii, >ci's. 2, 4, 5, 0. )

(•'>) Ca auUiir icb aiipcllc KroiHliuch.

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((uo les pt'Ui)Ie.s (■clliinies et li'uloniques iiiettaitMit leur orgueil, les uns et les autres, à faire descendre leurs races des tril)us qui se répandirent en Occident, à la suite des guerres de Troie. La Clu'onitpic saxonne fait venir les preaiiers habitants de la lîretagiie de l'Arniénie, et lo grand législateur des Scandinav' s, Odin, était, dit-on, parti avec ses comi)agnons des rives du Ponl-Kuxin.

Les au'cls grossiers des Hébreux, si communs chez les tribus celtiques , so rencontrent encore chez plusieurs autres peuples adorateurs d;'S asires ou du feu, et nièine chez des peuplades d'Afriipie et d'Amérique, étrangères à toute civilisaiion, et qui les ont sans doute gardés comme un souvenir de leur première origine : souvenir inaltérable comme tous ceux qu'on garde des jours de son enfance. Maundrell, dans la Relation do ses voyages, fait m en. ion d'un monument de la nalure des dolmens, sur la cote de Syrie, •dans le pays des Phéniciens, suivant une remarque deKing (1).

Dans son His oirc du Wiltshirc , sir Richard Hoare donne le croquis do deux autels grossiers du Malabar, exactement semblables à ceux dont nous nous occupons. On en a retrouvé plusieurs dans le Nouveau- Monde, dans l'Etat do New-York, au Mexi- -que, dans le Massachussels, avec une quantité prodigieuse de tertics funéraires, semblables auî tépé t utares, aux mound scytbiques et aux cairn celtiques.

Tous ces monumonls , avec des formes semblables, avec une destination identique , présentent dans leur érection, dans leur disposilion, et jns(;ue dans leur orienlalion, des intentions têllt men! analogues, qu'ils pourraient fournir une preuve nouvele , dune grande valeur, à ceux qui font sortir du centre de l'Asie les plus anciennes migrations qui peuplèrent originairement l'Amérique , de même que l'ancien continent. Les recherches archéologiques ne peuvent, sur ce sujet, que venir en aide aux magnihi^ues résultats obtenus jusqu'à ce jour par la philojo-de et par plusieurs autres sciences.

foules les nations païennes ont gardé la mémoire des autels hébraïciucs, et môme, chose merveilleuse 1 nous pouvons dire qu'elles ont conservé jusqu'à la dénomina-' lion employée pour les désigner. Nous avons di'jà nommé les Bélhel des Hébreux , représentés en Occident par le liotlial des irlandais ; ces mots ne rappellent-ils pas involontairement les Bœtjjli des Grecs et des Romains. Ces b.-etyles étaient des pierres sacrées, de la plus haiite anliqinté, environnées, de tbm])S immémorial , de la vénération publique. Comme leur origine était inconnue et se perdait dans la nuit des temps, on les disait descendus du ciel. Un des plus célèbres bfetyles est celui qui servit à former la statue de Cybèle. La grande déesse était primitivement adorée sous la forme d'une grande pierre brute, mais plus tard le ciseau » |)eu res[)ectueux , s'cjLcrga sur sa

(1) luiig. iluniinenla (inticjna.

substance divine , pour lui d'umer des traits humains. Un autie broXy le non moins fameux, que l'on montre encore aujourd'hui aux voyageurs en Italie, n'est autre chose que la pierre olîerte à S.iturne par sa fenune , pour être dévorée à la place de Jupiter qui venait de naître.

Ptolémée Hép,h?cstion, auteur cité par PhO' tins, fa.t la descri[)tion d'un grand b;i}tylc, et cette description se rapporte exactement à cette espèce de monuments que nous avons ap[)elés pierres hninhintcs. On voyait, dit-il, sur les bords de l'Océan , une pierre gigantes(iue qui i)ouvait être mise en mouvement par la tige d'une (leur, mais qui résistait à toute force humaim- (l).

Ces pierres branlantes n'ont pas été observées en Palesiine, mais elles étaient connues en Phénicie, où on les appelait pjerrrs s.'icrées, ( t môme pierres animées. Suivant la croyance générale, elles avaient été fabriquées I ar le dieu Oaranos ou Ciel : opinion qui paraîtrait être la source de celle de [ilusicurs autres |'eu|iles.

Dans la ville consacrée au Soleil, à Héliopolis ou ancienne Ralbeck, il existait de ces sortes de [lierros placées en équilibre, et l'on prétendait qu'elles étaient agitées par un génie. Isidore, d'après le biographe Damascius, examine gravement si !e génie enfermé dans la piene était un es[)rit malfaisant ou un génie débonnaire : il incline à penser C{u'il était de la clause des es|)iits purs et iuunatériels, qui sont d'une nature bonne et sans malice (2).

Eusèbe, dans sa Préparation évangélique, ra|iporte un texte de Pliilon de Biblos, qii conlirme l'existence de plusieurs pierres br.inlantes dans les contré, s de l'Asie. Cet auteur, s'écartant peu des idées d'Isidore, les aj^pelle pierres animées (3).

Pline lo naturaliste donne aussi la description d'une iiiene mouvante. « Auprès d'Harpase, ville d'Asie, il existe un énorme rocher qu'on peut ébranler avec un seul doigt , mais qui résiste à la f )rce de tout le corps (4). »

Le savant antiquaire Bryant dit qu'il était d'usage [virmi les Egyptiens de placer péniblement une grande"^ pierre sur une autre pierre, comme un souvenir religieux. Les pierres que l'on posait ainsi équilibraient souvent d'une manière si égale, que le moindre SMufile du vent aurait suffi quelquefois pour la faire remuer (5).

Nous pourrions trouver, dans les texies que nous ont laissés les anciens, quelques

(1) ïlzfA TÔç TTïfî Tov 'lizsavôv yiyci-j-ZMç T:irpuç' -/«J (j-i y.i-j'ji à(7'^oôi/.« /j.vîiTc.t, — jOÔj TraTcv 6tKV ùfiîra.- ■/.irnzoç '(yj/jv.. (Pluilliis, Rihliolli. n" 190, page 470.)

(2) "evw r!)u.-c-jOtioz--P'j'j £tvct To yo?irsiLV. toO SkjtûXou,

t !\ . <, s, ' IV . ' — V iï' ' r . .

0 0: latôoiprjç oztptovnv p-a/Jov e/.ey-v i'.vaiyap ztvu 0'MiJ.ovc/., Tov ztvovvTK aCiTov. {Vita Isidori, aiunlPhol.,

(ô) "Eti Si iTTêvôïjo-î Bsoç rjùpKv':Ç (SatrO/fK, XiSouf £ /ifv/ov; u.nyy.-jr,a6t.'j.vjo;. {Euscb. Pra'p. ev.)

(i) Ju\la Ifiupasà, oppidiini Asisc, caules slal liorreiula, iino (lii^ilo niol)ilis : oa(l( ru si lolo corpore impellalur, rcsisleiis. (Plin. lib. ii, cap. 38.)

(5) Biyaiit. Anal, mijtit.

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éclaircissemcDls sur la destination nés pierres hrnnlatitrs ou croulantes. Jusqu'à présent on n'a proposé que Jcs hypothèses peu vraisemblables. On les a considérées soit comme des idoles, soit coinme des pierres probatoires, soit connne des insti-uments de divination, soit entin comme des mo.\'ens d'en imposer à la crédulité île la mullitudi-. Ne pourrait-on pas, avec plus de raison, Içs regarder uniipiement connn(î îles monuments érigés enl hojuK'ur du soleil, M'imilation des pierres de l'Asie, et en particulier de celles d"Hélio|)olis? Ne p(jurrionsnous [tas ailopler Topiniijn (rA|)olli)nius de Khodes, qui cxj)rimc en termes formels qu'h. celte sorte de monuuients é ait atlachée une idée de sainteté ? Quoi qu'il en soit de cette exidicalion, qui certes n'est pas plus mauvaise que tant d'autres qui ont été hasardées sur de moindres j^robabilités , c'est toujours un fait du plus haut intérêt, de retrouver ainsi , chez plusieurs anciens l)eu(>les, des monum^'uts si singuliers el si gigantesques.

Si nows considérons maintenant les nicnliirs ou (leuhans, nous avons (jiielqu.s rapports intéress uits à signaler. Kn LMiénicie, on adorait des colonnes informes, comme des emblèmes du soleil. Il n'y a |)as gra.ile violence à faire subir aux expressions, pour transformer des colonnes grossières, élevées sans princifies d'art, en véiitables men irs celtiques. Mais, pourquoi ces pierres ailongi'es étaient-elles considérées comme le symbole du soleil? C'était, sans doute, j'arce qu'elles représent dont un rayon de cet astre. Si l'on conservait la moindre incertitude à cet égard, l'examen des obélisques égyfitiens pourrait lever toute d faculté. Ces obélisques, ainsi nommés d'un mot grec qui signitic pointe, lame d épée, ne sont rien autre chose que des menhirs travaillés, perfectionnés; ils portaient dans la langue des Egypiiens un nom qui veut dire un rayon du sulcil. Nous savons d'une mani.ère positive, par les travaux de l'illustre Chanipollion le jeune et de plusieurs autres savants archéologues, que les oiiélisques étaient spécialement dédiés au soleil, dont ils portaient gravé le symbole vivant, c'est-à-dire la ligure de l'épervier.

De ce fait et de quelques autres que nous avons énumérésanlérieurcinent, nous pouvons conclure que le sabéisme, l'une des premières eri-e irs des hommes, s'inûltra jusque dans les contrées occidentales les j)lus reculées. Tous les peuj les [)rimilifs de l'Orient furent des |)euples pasteurs, adonnés à la science de l'astronomie. Ils se laissèrent facilement eniraînor ai culte du soleil, des astres, et du feu, leur image la plus lidèle. Ce fut par eux <jue cette grande idolâtrie se répandit dans [)i'es({ue tout l'ancien monde.

Un monument que quehjues auteurs indiquent comme m- tins ancien et moins général parmi les peuplades ce'ticpies, c'est le cercle de ])irrrcs ou liromleeh, avec un autel ou une colonne au centie. Comiue lu prolo-

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fy[ie qu'on en voit h Gilyal ou mieux OaUjala (1), en Palesline, il servait (piel([uefois de tf'mplo pour le culte, qu -Iquef »is de siège }>our ie conseil, quehjuefois aussi de tribunal pour rendre la justice , et de rendez-vous [)0ur les inaugurations nationales.

L'enceinte de pierre que les archéologues français ont appelée krondcch ne se retrouve pas seulement en Palestine, elle se voit en Phérncie, au rap])ort de plusieurs voyageurs. La plupart des auleurs qui en ont |>arlé prétendent que l'adoration des |)ierres dis[)Osées en cercle est d'origine |)hénicienne, et qu'elle s'a Iressait au soleil. Les antiquair.'s , tians leurs conjectures sur la destination de ces monuments bizarres , avaient déjà soujiçonné cet usage relatif au culte du grand" astre. Puis.jue nous le rencontrons en Orient , chez les nations adonnées au sabéisme, avec une destination si positive, il devient |>lus que probable que, dans le principe, on a dressé, pour le culte des astres, le plus grand nombre deskromlechs galiiques.

Cette destinaiion pourtaid n'éiait |)as exclusive, et l'antiqiilé hellénique nous fournit des faits qui démontrent (pie ces monuments servaient soit aux délibér tioiis importantes, soit aux inaugurations solennelles. En Perse, quand on inaugurait un nouveau roi, on le plaçait sur une grande pierre à laquelle on attachait des vertus merveilleuses. Dans la descri[ition du bouclier d'Achille, que nous trouvons dans Homère, nous y trouvons ce trait curieux cjueles vieillards assemblés, réunis en conseil, ('taicnl assis sur des pierres disposées en cercle , et que cette dis[)osition avait quehjue chose de mystérieux et de sacré (2;.. Qnoique le chantre d'Achille dise que les pierres étaient [tolies ,, il y a une analogie évidente entre cet;e coutume et celles des nations druidiques; il y a une rcssemb'ance incontestable entre le cercle de pierre helléinque et le kromlech celtique.

En Sue le, les rois étaient reconnus publiquement jiar la nation avec h's mêmes cérémonies en usage che/. les Perses. On les: faisait asseoir sur i.ne piei-i e placée au milieu d'une douzaine d'autres moins grandes, au rappoi-t d'Olaus Magnns [i]. Les princes du Danemark étaient couronnés dans un cercle seiid)!able (V). Les Irlanda s attachaient une vertu |)resque magique à la célèbre i)ieire Lia-fatl, pierre de la destinée (5j, qui servait dans l'élection de leurs chefs.

Il serait superllu de nous arrêter ici i)Our faire sentir les rapjtorts admirables que jii'ésentei.t entre eux les monuments singuliers que nous venons d'obsci ver chez les

(I) Galgal. Rotu, ciicitmi'oliilio. Elvi». Iiébr.

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ETctr' ivi Ç-o-tojV liOoiç, h^ow èvi ■/.•JyÀ(-\

(Hiiin. lli.T;!., (;li. wiii, ver.s .^US.) (3) Obus Mnmms. />c hiiu ij,niiuin septenir. (i) Hisl. (îti ham-mark.

(;»j Thoinas Moote.

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nations les plus anciennes, aussi bien que chez les Celtes. Il sutïit d'exposer les f;iits pour que l'esprit en saisisse le rapprochement et en tire la coiic-'usion.

Parmi les tertres, l)arro\> s ou galgals , il en est ({uelques-uns qui n'avaient pas une destination funéraire. On élevait des amas de pierres, souvent énormes, placés sur le sonnnet des collines; ils étaient les signes in(licateurs des chemins que l'on consacrait à Mercure, lequel avait sous sa p-rulect^on spéciale les routes, les voyageurs et le commerce.

Tous ceux qui passaient au;irès de ces monuments, dit M. Fleuriau de Bellevuo (I), se faisaient un devoir d'y ajouter une jiierre, espèce de pratique religieuse, sans doute étaldie pour en per|)étuer la durée. Camhry, dans son ouvrage intitulé Monnmenls ccUif/ucs , dit « qiie celte coutume s'est conservée jusqu'à nos jours dans plusieurs local il es, et s|)écialement dans qael- <}UPS jassages périlleux des Alpes, du Daujihiné et (le la Savoie. Ces monceaux do pierres, disposés en cônes ou en prismes triangulaires, remontent aux temps les plus recuh's : chaque fois que les montagn :rds vn approchent , ils ne manquent pas d'y p«ser une pierre. Il est rare de voir un guide ne pas remp'ir ce devoir religieux.»

Cette cou!ume, utile d.ms son origine, viciée ensuite par le culte idolAtriquc que l'on rendait à Mercure, existait aussi dans l'Orient, puisque Salomon la condamne au livre des Proverbes : « Augmenter d'une pierre le monument de Mercure, c'est rendre hommage à la folie (2). »

Presque toutes les nations plongées dans les erreurs de l'idolâtrie célébraient les cérémonies du culte sur les montagnes et sur les élévaîions. Ce fut pour éloigner son peuple des superstitions du polythéisme, que le Seigneur lui défendit expressément dans la loi, et lui rappela souvent par la voix des prophètes, de ne point oli'rir de sacrifice sur les lieux hauts. Quand les Israélites oublièrent la loi de Dieu, ce fut toujours pir là que commença leur désoh'îssance. ils s'assemblaient sur les hauteurs pour se livrer au culte des idoles : on serait tenté de croire que la première chose entraînait irrésistiblement à la seconde.

Chez les Celtes, de même que chez les Grecs et chez les Romains, nous voyons constamment des honneurs presque divins ontourer les hautes montagnes. C'est sur la montagne la plus élevée de la Grèce que les dieux helléniques ont établi leur résidence; c'est sur le roc le plus abrupte que le dieu des beaux-arts et de la poésie a placé sa cour composée des neuf sœurs. Les montagnes situées sur les marches ou frontières furent particulièrement honorées.

Le mont Olympe, si révéré des Grecs, par-

(1) Mém. lu à TAcad. de la Roclielle.

(i) Sicut qui niillil lapidein iu acervum Mercurii, iia qui liilmil iusipieuli houoreui. (/*roi'., cap. xxvi, v<irs. 8.)

t«gea plus lard les mômes honneurs avec f)lu rieurs autres monts moins majestueux, mais [)lacés sur les contins du pays. On compte jusqu'à douze montagnes qui reçurent ce nom redoutabl(\ Dans (pielle intention agissaient les peuples h ces é|)oques do violence et de barbarie? Ils voulaient, sans doute, pro'éger leurs frontières contre les invasions des peuplad(!s voisines, en y établissant le séjour redouté du souverain des dieux, escorté des innombrables tribus des grands et des petits dieux.

Non-seulement la montagne frontière reçut les honneurs divins, mais encore la pierre arrachée à ses flancs, pour remplir conventionneîlement la même fonction à l'égard des propriétés particulières. De là le culte du dieu Borne ou Terme. Ce dieu, qui consistait tout simplement en une grosse pierre brute, était, sans doute, religieusement vénéré, ou du moins on avait espéré que, par respect pour son caractère divin, on ne serait jamais tenté de le déplacer pour agrandir sa propriété aux dépens de celle de son voisin. Le dieu T^rme, dans son immobile gravité, se trouva pr;>jjablement quelquefois complice de la fraude, quand sa taille ne fut pas assez majestueuse pour produire le respect que n'inspirait pas sa divinité. Ce dieu n'était certes pas sans importance, car quand Jupiter Capitolin vint prendre possession de son temple, tous les dieux s'en allèrent, excepté Terme, qui demeura solidement fixé à sa jilace.

Si nous passons maintenant aux monuments funéraires , nous trouverons chez les Hébrevi'x un usage particulier à la nation, fondé sur ses croyances. Les morts étaient confiés à la terre ou déposés dans des grottes taillées dans le roc, destinées à servir de sépulcres de famille. On avait l'espérance, suivant les paroles de Job, qu3 ces restes inanimés rej)rendraienl un jour la vie. Les Egyptiens, sous ce rapport, partageaient la môaie foi que les Hébreux; ils confiaient aus i à de vastes gotles funéraires, connues sous le nom de nécropoles ou dltypogées, la dépouille mortelle de leurs parents et de leurs amis, après l'avoir soigneusement embaumée. Les halutants de la Basse-Egypte ne purent pas placer leurs morts dans des cavernes sépulcrales, à cause de la déclivité du sol, qui se trouvait entièrement envahi ])ar les eaux au temps des inondations. C'est |)Ourquoi ils établirent des collines factices, qui plus tard devinrent les massives et gigantesques pyramides, pour y déposer les momies des princes et celles des citoyens. Tous les auteurs versés dans la connaissance des antiquités s'accordent à considérer les pyramides égyptiennes comme le produit du second, âge de la civilisation de ce peuple si extraordinaire dans sa vie publique comme dans sa vie privée, et ils les regardent comme le développement des tertres que nous allons retrouver chez jilusieurs peuples de l'Asie et chez tous les peuples celtiques et teutoniques.

Le savant professeur Pallas, en parcourant

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les vastes steppes de I"Asie centrale et septentrionale, observa une très-grande ([uantilé de ces élévations sépulcrales, dont (pielquesunes étaient en pierres, mais le plus grand nombre en terre. On ne peut s'em[»èciier d'être forteuïent sur[)ris en vov^int leur multitude dans les pays anciennement habités par les Mon.^ols et par les Tartares, et en mémetem[»8on ne peut nier la ressend^lance de fornn^, l'identité de destination de ces butles funéraires et des tombclies celtiques. Qu(,'l(jues archéologues ont voulu conserver à ces grossiers monuments la dénomination emi)runt('e à la langue des peuples (jui en furent les auteurs. Ainsi ces tertres mortuaires s'appellent mound chez les tribus scythiques, /(^/;6' chez les ïai tares, harroio chez les nations teutoniques, cf//rn cliez les races çalliqnes. Malgré la ditlerence des noms, ici fort peu importante, il résulte de la C(uni)araison de ces monuments qu'il y a ■t>ntre eux analogie et similitude pariaite.

Un littérateur a dit que tous les hoiumes sont frères, parce quils manifestent leur douleur par les mômes signes extérieurs. On peut dire avec autant de vérité que ces hommes doivent reconnaître la môme origine, qui ont gardé les nièmes usages dans les snprùraes devoirs qu'ils rendent à la dépouille mortelle de leurs proches et de leurs amis.

Les premiers peuples qui habitèrent autrefois la Grèce et l'Asie Mineure avaient aussi l'usage d'ensevelir leurs plus illustres guerriers sous un tertre élevé. Homère, au Xir chant de l'Odyssée, fait la description du tombeau d'Elpénor, et sa narration se rapporte exactement à un tumulus ou barrow, au sommet duquel on aurait élevé une colonne. Sur le promontoire de Sigée, on voit encore aujourd'hui le tombeau d'Achille, et ce n'est qu'un tertre au haut duquel se trouvent des débris de la colonne funéraire, au rapport des voyageurs. King, dans son ouvrage Mnnimenta antiquo, en parlant du barrow asiatique élevé sur le corps de Patrocle, prétend que sa description est absolument la même que celle des barrows tartares, mongols, scythiques et celtiques, de sorte qu'en lisant les détails de l'un , on croit lire ceux des autres (1).

Jl sulliî (l'avoir énuméré des faits : ces faits ont un langage intelligible. Chacun peut se convaincre de plus en plus des étonnants rapports qui existent entre nos monuments druidiques et ceux des |)lus anciens peuples de l'Asie. Nous devons cependant mentionner ici l'opinion de quel(|-ues antiquaires qui ont pensé que les cairns ou tunmius celti- (jnes n'avaient pas toujours eu une destination funéraire, mais qu'ils avaient servi pour le culte du soleil. Ils s'appuient sur ce que les peuples livrés à la superstition du sabéisme allumaient du feu sur des hauteurs naturelles ou factices, croyant faire plaisir à lu divinité (ju'ils honoraient. Ces auteurs trouvaient même daus le mot carnœus, em-

(1) King, Munhn. anliq., lib. i. cap. C.

]iloyé souvent par les poètes, pour (pialifier IMiébus, p(Msonnilication du soleil, un dérivé du mol. ciùrn celtique ; de même que du mot fjrian, nom celti(iue du soled, serait venu le nom de f/rynœtis , fréquemment donné «^ la même divinité.

L'Kcritiire saii.te nous a])i'rend que c'était dans un bois |>lanté par lui (ju'Abraham in- V0(juait le Dieu éternel; et le sacritice de Cétléon, oll'ert sous le chêne, était ngiéé par le mênu' Dieu ([ui plus tard condamna à la destiuction les bos(piets de Raal et les bois sacrés des montagnes. La vénération que l'on portait à certains bos(iuets, vénération en e'Ie-mêine pleine d'innocence et de simplicité, devint [jromptcment un des abus d'adoration superstitieuse dans lesfjuels lombèi-ent si facilemeiit les hommes des iiremiers âges.

Il n'est peut-être aucun pcu[)lo de l'antiquité qui ne se soit honteusement laissé entraîner à celte sijperstilion. Tous les tem)iles de l'Asie, de même que ceux de la Crèce, furent entourés d'un lucus ou bois sacré. Ce fut souvent à l'ombre des arbres qui envirormaient les autels de leurs dieux, que les hommes s'abandonnèrent à toute espèce d'impiélés et d'abominations. Tous les bois sacrés n'étalent pas habités par des divinités vertueuses et pudiques; leur proscription chez les Juifs était appuyée sur des raisons d'une grande autorité.

Un des traits les plus frappants de la religion des Celtes, c'est leur vénération profonde pour les grandes forêts. Ils pensaient que leur m ijestiieux silence, que leur sainte horreur, que leur impénétrable obscurité les rendaient agréables à la divinité qui y faisait sa demeure. Maxime de Tyr nous dit que le chêne était le symbole, la représentation du Jupiter celtique (1). C'est pour cette raison quelesministres de la religion étaient appelés Druides, du mot grec ^pvç qui signifie un chêne.

Nous pourrions encore indiquer quelque»

relations intéressantes entre certaines pratiques communes aux peuples de l'Asie et aux tribus celtiqu s : nous pourrions , par exemple, comparer le culte des sources et des fontaines, si célèbre chez les Druides, au respect superstitieux dont on les environnait dans presque toutes les contrées de l'Orient. Mais nous croyons en avoir assez dit pour dénmntrer d'une façon positive que les Celtes étaient unis aux Hébreux et à plusieurs autres nations sémiti(iues par des liens nombreux et sensibles.

On a dit que toute étude (lui n'avait j oint de but moral était vaine (luis son objet. Après avoir étudié les rapports (jui existent évidemment entre les monuments celtiques et les monuments hébraïques, nous cioyons pouvoir tirer celteconchision : ([ueles peuples galli(iues sont d'origine asiaticjue, et même qu'ils sont partis du cenire de l'Asie, qui fut le berceau du genre humain. Cet essai ar-

(I) "\yu\u« oè Mo; -AÙxi-MJ \jlr,ÏYi 5^0». (Max. Tyr Son». 38. j

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chéologiijiie tond A démontrer quo , par los monuments, on peut arriver à cfinfiiincr le récit de la Genèse sur Funité de l'espèce

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humaine, sur la dispersion des peuples, si toutefois le récit de la Genèse avait basoin de confirmation.

EBllASEMENT. — On dit souvent embrasement au lieu d'ébiascment, qui est le v ritable mot : C'est levas ou révasement intérieur ou extérieur d'une baie. M. Brrty, dans son Dictiennaire de l'architecture du moyen dye, ])ropose une distincliou entre ces deux expressions. Ce serait d'a]ipliquer le^ mot ebrasement à la disposition des baies réellement ébrasée^, et de réserver celui rlV»'^''"scment pour désigner l'arrangement des baies à feuillures.

ÉCAILLES. —Les écailles sont de petits orncme.its tail es sur des mou'ures d'architecture , quelquefois même sur le nu d'une muraille, et qui imitent des écailles de poisson. Yoy. Appareil imbiuqué. Les faces inclinées des tlèches et des clochetons des églises sont liès-souvent ornées d'écaillés tigurécs, djoites ou inclinées, rondes ou aiguës comme une ogive , qui sont censées superposées en recouvrement comme les tuiles sur un toit. ISon-seulemcnt les écailles sont parfois imitées sur les murailles, mais encore les ]iieries elles-mêmes sont taillées en forme d'écaillés. Cette espèce d'api areil, propre uniquement à l'ornementation, ne se trouve que dans certaines parties des façades d'église, au xn^ siècle, et sur une surface très-limitée.

Les anciens employaient aussi quelquefois les écailles comme ornement ; mais l'usage qu'ils en faisaient n'otfre ai;cune analogie avec ce (jui a été fait au moyen âge.

ECHEA. — Les anciens appelaient eclica les vases de terre ou de bronze qui avaient la forme d'une cloche, et qu'ils emi)loyaient dans leurs théâtres pour renforcer la voix des acteurs. Il paraît que dans plusieurs églises du njoyen clge on employa des vases semblables ou analogues pour donner plus d'ampleur à li voix des chant, es. Yoy. Caveau ACOUSTIQUE. Dans le chœur du temple neuf, à Strasbourg, autrefois celui de l'église d'un monastère de Dominicains , Oberlin découvrit des vases de cette nature dans la voûte : ces vases furent brisés i)ar des ouvriers ignorants. Briston, dans son Dictionnaire d'architectare et d'archéologie du moyen âge, en parle, ainsi que Millin, dans son Dictionnaire des beaux-arts.

ÉCHINE. — Expression peu usitée, qui signifie la môme chose que ove ou quart de ROND, et qui forme le pnncipal ornement du chapiteau dorique, sous le tailloir.

ÉCHIQUIER. — Ornement souvent usité dans l'architecture romano-byz-intine et présentant l'apparence d'un échiquier. Voy.

Damier. On peut encore donner ce nom à une autre espèce d'ornement composé de [telits carreaux blancs et noirs alternés, qi e l'un remarque sur les murailles de quelques

églises romanes, surtout dans les pays eu l'on trouve abondamment desi»ierrcsvolcanicjues de couleurs variées.

ECOINÇON. — Pierre qui fait l'encoignure de l'embrasure d'une porte, d'une fenêtre. L'écoincon est intérieurement ce que l'alette est extérieurement.

ECOLE. — I. Un des pi-oblèmes les plus intéressants et les plus dilhcilesà résoudre, c^n archéologie, c'est la reconnaissance et la délimitation des école'S architectoniques. Il su-llit d'être initié aux éléments de la scioico des antiquités du moyen âge, pour savoir que dans cei'taines régions des édifices religieux ont des traits de ressemblance si frajtpants que l'on a du penser qu'ils étaient l'œuvre soit du même architecte, soit d'une école particulière. Cette dernière idée est plus généralement admise.

La question des écoles d'architecture a été envisagée sous un autre point de vue par M. l'abbé Crosnier, vicaire général de Nevers, dans un Mémoire aussi remarquable parla science archéologique que par l'esprit de sagacité de son auteur. Toutes les conclusions de M. Cro-nier ne seront pas admises, parce qu'elles sont trop absolues. Il n'en est pas moins certain que l'idée fondamentale de ce mémoire restera acquise à l'histoire de l'architecture du moyen fige. L'auteur en a exprimé les piemiers aperçus au congrès scientifique de Tours; il les a développés et complétés depuis.

Déjà plusieurs auteurs avant M. Crosnier avaient signalé l'existence des écoles d'architecture dans les monastères : il était évident que des moines savants avaient exercé l'architecture avec la plus grande distinction, puisque les historiens en parlent fréquemment, et que nous avons encore sous les yeux d'admirables édifices élevés sous leur direction. Mais personne n'avait su distinguer, comme l'auteur du Mémoire , l'existence simultanée de deux grandes écoles rivales, auxquelles sont dus certainement une innombrable quantité de monuments religieux.

Durant le xi" siècle, il n'y a en France qu'une seule école d'architecture proprement dite, l'EcoLE Bénédictine. L'ordre de Saint-Benoit possédait toutes les églises, soit directement, soit indirectement, à part les églises épiscopales et certaines collégiales ; et encore, le plus grand nombre des évêques sortant des cloîtres, l'infiuence bénédictine devait naturehement s'exercer sur les cathédrales. C'est pourquoi les monuments du xv siècle offrent, en France, la même physionomie, la même ordonnance, lo même j)]an, les mômes ornements. C'est à peine, en ellet, si l'on peut signaler quelques difié-

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ronces dans les pnilios nfnossniros des plus rcinarcjuables monuments religieux du xi' sièfle, bAties au nord, au eontroou au midi de la France, et justfti'en Angli-terre, où les é liliccs de la eonquôto furent construits sous la direction des ("venues normands, tir<^s I our la plupart de Tabbayc du Bec ou do l'alibaye do Caen.

Au \ii' siècle, deux écoles rivales apparaissent, l'une po'issant la simplicité jusqu'à l'austérité, l'autre déployant la ])lus grande magnillcence dans la construction des monuîuenls religieux. La première a son centre h Cîteaux, la soronde h Cluny. Saint Bernard, abbé de Claiivaux, reprochait à Clun.v, en des termes exagérés, cette richesse de sculpture et d'ornementation , qu'il );roscrivaitdes édidces appartenant à l'ordre de Citeaux. II suilit d'examiner les monuments pour se rendre compte des faits et comprendre la justesse de l'obscrvatitîn de rtl. l'abbé Crosiner. No nous étonnons donc plus de rencontrer dans une môme région des édifices voisins et coutem[)orains avec une physionomie tonte différente; recherchons l'ordre monastique qui leur a donné naissance.

Nous ne nous content M'ons pas d'avoir mis ici cette courte analyse du travail de M. l'abbé Crosnior. Après avoir donné quelques détails sur la manière dont les écoles d'architecture ont été comprises juscfu'à présent, nous reviendrons à son remarquable mémoire.

Etablir dans une sorte de tableau synoptique, à une époque identique dans toute la Fiance, l'état comparatif des différentes constructions élevées durant la période romanobyzantine, serait presque impossib'e dans l'état actuel de la science archéologique. Nous placerons ici quelques observations que nous avons jugées indispensaliles.

Nous avons dit précédemment que les époques établies dans la p.'riode romanobyzantine, de môme que dans la période ogivale, no pouvaient être limitées temporairement d'une manière inflex ble. Il y a eu nécessairement, puisque c'est dans la nature des choses, une fluctuation dilhcile à apprécier dans ses causes et dans ses effets, mais néanmoins évidente aux yeux attentifs. D'un autie cùté, la marche de l'art no fut pas toujours constante, et déjà des procédés nouveaux étaient en vigueur dans certaines provinces, quand ils commençaient à freine à ôtre adoptés dans d'autres. On a eu lieu de se convaincre, par l'étude de l'ai-chitecture du moyen Age, qu'il exista des centres d'où, en rayoruianl, se sont r(''|)andus au loin les changements et les perfectionnements. Que cos centres représentent dos écoles particulières d'architecture, connue on le [)erise généralement, ou simplement dos inlUunccs p.issagères, comme l'ont avantîé (inohiues auteurs, il (lemt»ure incontestable ([ne les procéJés nouvellement a(;(piis ou i.M;if;.clionnés s'avanceront plus ou moins loin , i)lus oii

moins rapidement, selon une foule de causes

locales.

L'architecture romano-byzantine, telle que nous l'avons caractérisée' h ses différentes é[)0(]ues, se présentera partout avec son type particulier, et, s'il m'est iiormis do parler ainsi, avec sa physionomie [)ropre; mais elle se montrera avec quelques modifications soit dans certaines parties accessoires, soit dans la manière dont les ornements sont traités, soit dans l'adoption exclusive de certaines moulures, soit encore dans l'emploi jilus fr(''(piont de certaines formes privil('gi(jos. 11 ne fuit point oublier qne*les vai'iations do l'arcliitocture h une même épo(pn' sont pluti'it dans les détails que dans ronsend)lo, iilntôt dans l'ornementa' ion que dans les dispositions essentielles. Ces différences doivent être, dès aujourd'hui , étudiées soigneusement; plus tard elles seront appréciées dans l'hisloiie générale de l'arclutectnrc au moyen Age.

Couuncnçons d'abord par bien disiingner les différences iiroduitos par l'inlluonce des matériaux plus ou moins favorables, do celle.'» dues à riiabilelé, au goût, au talent des sculpteurs. Il ne faut pas, comme q.ielquos personnes l'ont fait , accorder une trop grande importance à une cause purement physf[ue; il no faut pas non plus la nier com])létement, comme quelques autres l'ont hasardé ; admettons-la dans de justes bornes. Il est clair que la sculpture a dû faire naturellement plus de progrès et produire des œuvres j)lus déli(^„itos dans certaines provinces, comme la Toiu'aino, le Poitou, le Maine et l'Anjou, où elle s'exerçait surdos pierres homogènes, à grain fin, et d'une dureté moyenne, que dms quelques autres, comme la Bretagne et une partie de la Normandie, où elle travaillait un calcaire trèscompact et un granit toujours rebelle au ciseau. On conçoit que le môme système d'ornementation, que la même moulure en p-irticulier, pourront être rendus quolijuefois tout différemment dans des circonstances identiques, dans des intentions semblables, suivant la nalu:e de la pierre que l'architecte aura mise en œuvre. Ce simple énoncé suflit pour faire comprendre notre pensée.

En accordant à la qualité des matériaux l'influence qu'on no peut lui refuser, h.Uonsnous de reconnaître et de prorlamor que les influences les plus puissantes sont duos au génie des architectes et à laciion dos différentes écoles. L'imitation ou l'adoption des formes oi-iontales, le souvenir et l'aspect des ruines romaines n'ont pas et:; sans importance dans la progression do l'architecture ; jious on avons parlé souvent : nous serons forcés d'y levonir encore.

Il nous est impos^iljle de faire connaître toutes les écoles d'architeciurc qui florissaiont au moyen Age ; e'ios ont été trèsnoud>reuses. Nous suivions celles dont les traces sont, pour ainsi dire, évidentes, et la méthode plus prononcée. On peut admettre conuiie mieux c:iraclérisées l'école ligérine,

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l'école aquitnnique, l'école auverjjnaîe, l'école bourt^uir;iioiir)e et l'école iionnande. Cherchons par quelles nuances variaient toutes ces écoles, et juir quels liens elles se rattacliaieiit h^s unes aux autres.

Ecole ligerine. — Celte école s'étend nonseulement dans plusieurs provinces b dynées par li Loire, telles que le lîlésois, la Touraine et l'Anjou, elle comprend encore quelques provinces limitrophes, le Maine et le Poitou. Ces contri'es foiment une région aichitectoni([ue nettement caractérisée, dont les intluencesse répandiient au loin, surtout en se d rigeant vers le midi de la Loire. La sculpture surtout se rendit remarquable par son élégmce et par la piofusion des ornements qu'elle jcia autour des portes, des fenêtres, sur les murailles, les frises, les chapiteaux, etc. Elle s'appliqua, surtout au xi' siècle, ^ dissimider la sévéi'ité,quelijuefuisla lourdeur de l'architecture de celte époque, l)ar une ornementation riche et déjà savante. Ce ne sont pas seulement les moulures géométriques, dominantes dans la méthode de l'école normande, que nous remarquons dans nos belles constructions romano-byzantines, ce sont des enroulements capricieux, des guirlandes légères, des bouquets gracieux, des branches d'arbres chargées de feuilles et de fruits, des fleurs étalées ou à moitié épanouies, des dessins en arabesques. Les sculpteurs ne se contentèrent pas d'exer- CT leur ciseau sur les proJuctions végétales ; ils osèrent aborder la représentation de la ijgure humaine. Leurs essais ne furent pas partout heureux, mais ils annoncent un progrès dans l'art ; ils sont comme le prélude des grandes œuvres que la statuaire devait entreprendre aux portes des églises ogivales. Quelques exemples sufUront : le polail de Notre-Dame de Poitiers est couvert de sculptures en bas-relief, admirées des arché.jlogues; celui de l'église de Civra/, dans le département de la Vienne, n'est p-as moins remarquable ; les figures de l'église de Saint-Mcsme, à Chinon; le curieux portail de Saint-Ours, à Loches; les magnifiques sculptures de Saint-Léonard, à l'Ile-Bouchard, dont il ne reste niallieureusement que des ruines; le portail de l'église de Crouzille, etc., exciteront toujours le plus vif intérêt. On peut, en les examinant, prendre une idée exacte de l'état de la sculpture durant cette période, dans l'école ligerine.

Pendant toute la durée du style ronianobyzantin , les architectes é[)rouvèrent de grands obstacles à lélévation des voûtes à plein cintre. En Touraine et dans le Poitou, ils avaient été plus hardis et plus habiles : un grand nomb.e d'églises furent voûtées solidement et élégamment ; l'église de Preuilly peut être citée la première sous ce rapport. Cénéralement les cintres des églises de l'école ligerine sont bien tracés et bien exécutés. Us sont composés d'une double rjtigée rentrante de jùerr.-s taillées en forme de coin. Toutes les pii-rres sont bien appareillées, et malgré la distance des temps, malgré les injures des saisons, leur état de

conservation est surprenant. Ajoutons encore ({ue l'appareil est beaucouf) plus grand et mieux choisi dans nos belles églises que dans celles do la même époque, élevées soit en Normandie, soit dans le nord, soit dans le midi de la France. Quoique cette observation ne soit pas d'une grande importance, elle devait cependant être consignée ; c'est un trait de i)lus à joindre aux caractères que ijous venons d'assigner h l'école ligerine, l'une des plus illustres |)arles grands et beaux monuments qu'elle nous a laiss.'s.

Ecole oqi(itani(/ue. — Si nous avançons dans le raidi de la Franc?, nous y verrons que l'architecture chrétienne n'y était pas moins florissante que sur les rives de la Loire. La sculpture s'y faisait également remarquer par la pureté des contours et pnr l'élégance des formes. Les moulu; es anguleuses y sont presque constammev-t remplacées par des lignes arrondies, fluxucuses, touj(jurs })Ius gracieuses, d'une exécution plus savante. Le chevron brisé, le méandre normand, le dessin en échiquier, le tore runpu, les losanges, que nous avons retrouvés sur les édifices du centre de la France, disparaissent presque entièrement ; ces moulures sont pour ainsi dire exceptionnelles. Sans doute les souvenirs de l'art antique n'étaient pas perdus, et les beaux restes de constructions romaines étaient là encore debout, comme des traditions vivantes. Ce n'est pas cependant que ces traditions anciennes, que ces ruines magnifiques, que ces débris précieux, aient été très-favorables au développement de l'archi'ecture chrétienne au moyen âge, sous le rapport de l'étendu ', de l'élévation, de la grandeur, de la puissance d'elTet : le sentiment religieux pouvait seul inspirer et exécuter de telles beautés. On ne devait aller demander à l'ai t ancien qu'> la correction des formes, la pureté des détails. L'école aquitanique a été beaucoup plus fidèle au plein cintre, plus tenace à ses anciens procédés, que celles du nord de la France. Depuis longtemps déjà de magnifi-. ques églises gothi({ues avaient été construites dans nos villes et jusque dans nos campagnes, et dans le midi le style romano-byzantin était encore en [deine vigueur. Jl serait néces.saire de prolonger jusqu'au xin' et mémo jusqu'au xiv' siècle, les limites de l'architecture cintrée.

Ecole auvergnate. — Les monuments de l'époque romano-byzantine en Auvergne sont bien distincts de tous ceux produits par les deux écoles précédentes. Dans cette province, riche en édifices chrétiens, il est facUe de remarquer des analogies frappantes dans les églises les plus remarquables de cette époque, et même les traits de ressemblance sont si bien exprimés, qu'on ne balance pas à en attribuer la construction à des architectes imbus des mômes principes, sortis de la même école. Identité de vues dans le plan, dans l'ordonnance des travées, dans la décoration, tout s'unit pour confirmer cette opinion. En fouillant les annales historiques de la j rovince, on découvre qu'au xii'' siècle,

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il existait une corporation, une confrérie d'ouvriers et do maîlrcs-m.tcons pour la construction des ('•{:;] isos. M. Maîlay dit, dans son bol ouvrage sur les églises romanes de l'Auvergne, que les membres de cette confrérie se faisaient appeler les logeurs du bon Dieu, et qu'ils travaillaient constamment et uniquement h bâtir des églises. Nous empruntons à M. Kenouvier, dans un mémoire publié dans le tome lll du Bulletin monumental, les renseignements les plus intéressants et les plus caractéristiques sur l'école auvergnate.

Des différences sensibles caractériseraient les nefs d'Auvergne, si on les comparait à celles de Normandie. Plus élancées pendant la première période romane, elles n'admettent pas ces fûts courts et ramassés, ces arcbes chargées de moulures bizarres, multipliées sur plusieurs ordres. La pratique des voûtes cylindriques et croisées y fut aussi plus avancée et plus constante.

Pendant la période de transition les colonnes ne se réunirent pas en faisceau, comme en Normandie.

Les fenêtres ne se groupèrent pas aussi bien pour s'acheminer au tracé gothique. Plus tenaces enfin dans leur système propre, qui avait acquis dans ses limites une valeur suffisante, on ne les voyait pas tendre d'une manière aussi marquée au style gothique, par l'altération de chacune de leurs parties. A l'extérieur, les mêmes tendances se révèlent. Les contre-forts, moins nécessaires à des édifices mieux construits, sont Rlus rares et moins prononcés que dans le ord. Les tours n'y ont qu'un développement irès-restreint. Les portails et les fenêtres n'ont pas cette complication d'archivoltes et cette profusion de moulures qui les distinguent ailleurs. Les moulures enfin, dans les endroits qui les admettent, comme les corniches, les tailloirs, ne produisent pas les frises crénelées, les têtes plates et les zigzags normands, mais des dessins particuliers imités largement du style antique. Tous les caractères des églises d'Auvergne leur sont communs avec celles du Midi en général, mais elles ont de plus un système d'ornementation particulier.

Quelques monuments du Languedoc admettent bien les ornements en pierres noi res, mais leur em[)!oi est toujours restreint. Oux d'Auvergne , auxquels les volcans éteints des monts Dore et des monts Dôme fournissaient abondamment des laves de couleur, doivent être signalés pour l'adoplion de ces grandes marqueteries qui décorent l'archivolte des fenêtres, le fronton lies ti'ansse[)ls et tout le pourtour des absides. Cette ornementation, dérivée immédiatement de l'usage, qui s'intro iuisil dans !os derniers temps de l'art anliijue, de décorer l'extérieur dos édifices avec des cordons de briques et des incrustations en teri-e cuite ou en [)ierres de couleur, et dont la pile de Saint-Mars, près de Tours, el l'église de Saint-Jean, à Poitiers, nous oinenl dos exemples remarquables, fut adoptée dans les Dicrio.N.N. d'Akcuéologie sacrée. I

édifices rf>mans les plus anciens, et se prolongea dans quelques pays jusqu'au xii* siècle.

En Auvorgne, ces marqueteries tiennent cons'ammenl la place des petites arcatures dos petites galeries absidales, qui distinguent les monuments des bords du Rhin, et que nous avons observées aussi dans f)lusieurs monuments du Languedoc, et de celte multitude d'ornements barbares qui couvrent les édifices normands.

Ces rapprochements suffisent, je crois, pour déterminer la y)hysionomie propre du style auvergnat, et pour indiquer, dans l'histoire de l'architecture de France, un nouveau type, une nouvelle école, que l'on ne devra pas confondre avec les écoles déjà connues.

Ecole bourguignonne. — L'architecture romano-byzantine a su atteindre en Bourgogne do belles proportions, et se fait distinguer par la i^égularité de ses formes. Nous ne voulons pas signaler ici tons les traits qui méritent louange dans l'architecture bourguignonne ; nous nous attachons aux points saillants, aux détails caractéristiques de chaque région architectonique.

Un caractère d'autant plus important qu'il frappe i)lus vivement l'observateur, c'est l'emploi de j)ilastr( s cannelés dans beaucoup d'églises de la Bourgogne et du Bourbonnais. M. Mérimée pense, avec beaucoup de justesse, qu'il faut cherclier la raison de cette forme dans l'imitation dos pilastres cannelés gallo-romains qui supportent l'entablement des portes d'Aron et de Saint-André, dans la ville d'Autun. Nous pouvons admettre cette conjecture d'autant plus facUement, que partout où nous avons vu des édifices gallo-romains bien conservés, nous avons constaté leur influence bien prononcée sur les constructions importantes élevées dans la même localité.

Dans la ville de Langrcs, dit M. de Caumont, où il existe deux arcs de triomphe gallo-romains, décorés de pilastres cannelés, la cathédrale, monument fort remarquable du xr ou du xn' siècle, offre une grande quantité de pilastres, aussi distingués p-ar leurs chapiteaux corinthiens largement sculptés, que par leurs cannelures hardiment profilées. 11 est impossible de douter même un seul instant, qu'à Langres, comme à Autun la présence des arcs de lriom[)he, ornés de pilastres cannelés, n'ait déterminé les architectes de la cathédrale à se servir do pilastres semblables pour la décoration de cet édifice. La copie du modèle antique est incontestable. La région monumentale que nous venons d'indi(|uer d'une manière générale, comj)renant la Bourgogne, le diocèse de Laiigres, le Nivernais et l'ancien Bourbonnais, est une des mieux caractérisées que l'on puisse signaler.

Ecole normande. — Une des écoles les plus illustres, et peut-ô re la plus féociide de la période romano-byzantine , fut l'école normande. Les monuments qu'elle nous a laissés ont été explorés et décrits avec soiu

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IKtr la savniito ot laborieuse société des antiquaires de Normandie, et ont fourni à M. de ('aumont les caractères qu'il assigne, dans son Cours des antiquités monumentales, aux éditices de l'époque romane. On observe «lans ces constructions et dans celles des contrées limitrophes, soumises pour ainsi (lire cl son influence immédiate, une trèsj^rando roideur dans les formes, l'emploi trùs-fréquent des moulures géométriques, l'absence absolue de ces gracieuses sculptures que nous avons admirées sur les bords de la Loire, dans le midi de la France et dans le Bourbonnais. Sous le rapport de l'exécution artistique, l'école normande se trouve dans un élat d'infériorité déplorable. Le chapiteau des colonnes est taillé sans goût, et les moulures qui le constituent sont d'une barbarie que l'on ne retrouve nulle part ailleurs. La base et le fût des colonnes sont également mal taillés, et quelquefois les trois parties qui composent la colonne sont si maladroitement assorties, qu'on a peine à croire qu'elles aient été faites les unes pour los autres. Plusieurs édifices importants portent ainsi des preuves inexplicables de la négligence et v.e l'incurie des architectes. Considérés sous le rapport de l'élévation et de l'ét-ndue, les éditices norm.ands n'ont rien d'inférieur à ceux des autres parties de la France. Nos grandes églises, dit M. de Caumont, n'é4aient pas moins vastes que celles des provinces centrales et méridionales. D'un autre côté, elles offrirent, vers la fm du xi' siècle, un élément qui ne s'est pas aussi bien développé, à cette éiioque, dans boaucou|i d'autres contrées de la France ; je veux parler des tours. Nos belles tours carrées, surmontées de leurs pyramides élancées, telles que nous en possédons un a.^sez grand nombre dans nos cam[)agnes, n'existant, je crois, nulle part à la même épo(jue, dans des proportions i)lus heureuses, et je ne serais pas surpris que l'impulsion doimi'e par Guillaume le Conquérant et ses successeurs à l'architecture njilitaire et à la construction des tiers donjons qui s'élevèrent à profusion des deux côiés de la Manche, eût inspiré nus architectes.

Nos plus belles tours d'églises se rapprochent olfectivement beaucoup, au xi' siècle, par leur ordonnance, des beaux donjons de l'époque, et n'en diffèrent que par leur diamètre.

Les savants, qui ont consacré leur vie à l'étude approfondie de l'archéologie, dit M. l'abbe Crosnier (1), à qui nous empruntons ce 3* paragraphe, se sont jusqu'à i)résent sérieusement occupés d'établir la géogra})hie des différents styles d'architectuie. Après avoir posé les principes généi aux de la scie:;ce, basés sur des observations constantes, ils oni remarqué certaines variétés dans l'oiiicmentation, daiij les moyens de coi.solidalion,

(1) Notice sur les écoles d'architecture au moyeu

dans le pL.n même et le mode d'exécution, v;*riélés qui dominaient dans toute une contrée et qui dans la contrée voisine admettaient de nouvelles moditications; de là ils ont conclu qu'il devait y avoir au centre de chacune de ces régions des écoles particulières qu'ils ont nommées écoles provinciales.

Des rayons s'échappaient de chaque foyer de lumière et se projetaient au loin en s'affaiblissant cependant en proportion de leur éloignement, une teinte plus pale, une chaleiu' plus tempérée indiquaient les limites de chaque région. C'est d'après ces observations qu'on a établi une division de la France archéologique, et par suite autant d'écoles provinciales ciu'on avait remarqué de variétés (1).

Nous sera-t-il permis d'élever timidement la voix sur cette importante question et de soumettre nos idées aux autorités graves qui déjà l'ont étudiée avec tant de persévérance? N'aurait-on pas admis trop exclusivement une pensée qu'aucune donnée historique ne contiime, et qui est destinée 5 demeurer indéfiniment à l'état de problème?

Tout en adoptant cette division purement territoriale, qui laisse encore bien des difficultés à résoudre, ne serait-il pas plus rationnel de reconnaître une autre influence prédominante partant des monastères, véritables foyers de toutes les lumières pendant le cours du moyen Age; en tenant compte toutefois du climat, des matériaux, des fonds plus ou moins abondants, des influences locales, des anciens monuments qui existaient encore et qui pouvaient servir de types, enfin en Inissant une certaine latitude au génie de l'artiste, car l'art ne fut jamais ni despote ni esclave?

Pour bien comprendre la marche de l'architecture , il est important de faire avant tout une étude sérieuse de nos institutions civiles et religieuses.

Si nous jetons un coup d'œil sur la période romano-byzantine, nous sommes forcés de reconnaître pendant tout son cours l'influence des moines, on sorte qu'on pourrait l'appeler période monacale. A la fin du xir siècle, cette influence diminue et fait insensiblement place à l'influence sacerdotale ou plutôt épiscopûle; puis, vers la fm du xiii' siècle, déjà on reconnaît qucl([ues tendances laïques.

Ce n'est pas sans raison que nous nommons période monacale les siècles antérieurs à répo<[ue ogivale; non-seulement les moines firent de leurs couvents autant d'académies où les sciences et les arts élablirent leur sanctuaire, mais c'était au milieu deux que l'église recrutait ses pontifes, l'Etat ses administrateurs, tels que Suger, .es rois leurs cons.'illers , tels que saint Bernard, j'allais presque dire les armées leurs chefs, car on .•'ait qu'on voulait nommerle saint abbé de Citeaux généralissime de la seconde croisade.

De leur coté, les chanoines vivaient en

(1) Voir le mémoire lu par M. de Caumont. on 1859, au congrès scicnlilh^iie de France, sur leï réKioiis niojiUiiioniales.

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coiuiuunauté et formaient tle véritables monastères dont l'évoque était rabt)é. Ils ne l)alançaient pas h admettre parmi eux comme autant de frères les moines les plus célèbres par leur science et leurs talents; le titre d'écol.Ure était presque toujours dévolu à l'un d'eux, et la seule (Hlférence qui existait entre l'école de la cathédrale et celle du monastère consistait en ce que cette dernière était souvent plus fréquentée, et que les princes euxmêmes venaient s'y ranger sur les bancs. Le roi Robert et l'empereur Othon 111 avaient été les élèves du moine Gerbert, qui fut depuis le pape Sylvestre II.

D'un autre côté, personne n'ignore que la plupart de nos paroisses doivent leur origine aux monastères, et que les prieurs ou abbés, comme curés primitifs et souvent môme seigneurs temporels, par suite des concessions des fondateurs, exerçaient une double influence.

Quand une terre avait été léguée à un monastère, on s'occujjait pour l'exploitation d'y construire des m.dsons ou des cabanes, et on dé, Titait plusieurs moines [lour surveiller 1 s Iravailleurs et les diriger; maison ne pouvait laisser ces ouvriers sans secours relii^Meux, et les moines eux-mêmes, dont plusieurs étaient revêtus du caractère sacerdotal, ne pouvaient être privés des saints mystères; de là les chapelles rurales, les oratoires ; puis, à mesure que les défrichements s'opéraient, de nouvelles constructions devenaient nécessaires pour les populations qui venaient se grouper autour du petit prieuré, pour les oblats qui préféraient à la <iomination des seigneurs le doux et paternel empire des abbés. La simple chapelle deveriantinsiiffisante faisait place h une é.^lise construite dans de plus vastes propoitions.

Cependant l'Eglise voyait avec peine les moines chargés, par la force même des choses, dii ministère pastoral; les fonctions de ce ministère, en partie toutes extérieures, lui paraissaient incompatibles avec une vie partagée entre la contemplation, l'étude et le travail des mains; elle récUnna souvent par la voix de ses pontifes et dans ses conciles contre ces abus.

Malgré ces protestations réitérées , les moines exerçaient toujours par eux-mêmes dans beaucoup de localités les fonctions pastorales; presque toutes les paroisses du midi de Ja France étaient sous leur direction : quia, dit le concile d'Arles tenu en li2G0, vuijor pars ecclesiarum parochialium hujus provinciœ ad monachorum vel convcntuum reqularium pertinct prioratus, de quorum collegiisaliqui consucverant in ipsis continue résider e et de ipsis rationem reddcre prœlatis, etc.

Ce qui avait lieu dans le nudi de la France devait être [)lus fréquent dans lu centre et en particulier dans la Bourgogne; nous pouvons nous en faire une idée par le nombre des paroisses qui étaient à la collation des prieurs ou abbés, car ce droit de collation n'était le plus souvent que le résultat du droit primitif lie possession. Dans la circonscrijition aclue'l •

du diocèse de Nevers on comptait plus do deux cent vingt-c nq églises dont les prieurs ou les abbés avaient le patronage.

Il est facile de comprendre l'influence que les moines ont dû avoir dans la construction de ces églises, les Bénédictins surtout qui en possédaient un si grand nombre. Au reste, à l'époque qui nous occupe, l'oidrode Saint- Benoit était à peu près le seul comiu on Occit.'ent.

Les guerres des Sarrasins, les inrasions d 'S Normands, les luttes particulières des seigneurs [lendant les viir et ix* siècles, avaient jeté les communautés religieuses dans un relàcliement déplorable, suite inévitable de ces tristes circonstances ; un grand nombre de raonastèies avaient été pillés, les religieux avaient été chassés avec violence ou s'étaient retirés par crainte ; en un mot, l'état monastique avait h peu près disparu eu France, quand le pieux Bernon, premier abbé de Cluny, entreprit de réunir ces brebis disptrsées et de les soumettre de nouveau à la discipline de leur saint fondateur. Trente ans plus tard, en 9iO, saint Odon continua cette réforme et tous les monastères d(î France reconnurent saint Benoit pour leur père commun. Aussi quand Hugues Gapet donna de son lit de mort ses derniers avis à Robert, son tils, qui allait lui succéder, il lui

adressa ces paroles : « Je l'adjure de ne

« point écoutiT les vœux ambitieux des llat- « leurs, en leur faisant un don funesle de « ces abbayes dont je te confie la protection « pour toujours; je souhaite également qu'il « ne t'arrive pouit, conduit par la légèreté « d'esprit ou ému par la colère, de distraire « ou enlever quelque chose de leurs biens ; « mais je t ■ recommande surtout de veiller « à ce que pour aucune raison tu ne déf)laises « jamais à leur commun chef, le grand saint « Benoît, etc. » (Helgaud, Vie du roi Robert.)

Jusque vers la tin du xi' siècle, nous ne devons donc i econnaître qu'une seule écolo en Occident, l'école bénédictine, l'école njonacaïe dont Cluny devint le centre pour la France. « Les moines, dit M. de Montalem- « bert , préparaient et annonçaient , dans «( leurs innombrables travaux d'art, l'avéne- « ment de cette perfection de l'art catholique « qui a régné du xn'au xv' siècle... Saint-Gall « en Allemagne, le Mont-Cassin en Italie, « Cluny en France, furent, pendant plusieurs « siècles, les métropoles de l'art chrétien. « Plus tard, Saint-Denis, sous 1 abbé Suger, « leur disputa cet honneur. A l'ombre do « son immense église, la f)lus grande de la « chrétienté, Cluny, avec les innombrables « abbayes qui relevaient d'elle, formait com- « me un vaste foyer, oii tous les arts rece- « valent ce développement prodigieux qui « devait attirer les reproches exagérés de « saint Bernard (i). »

Cette pensée du noble écrivain nous paraît la seule vraie, la seule incontestable. Déjii, avant lui, M. do Caumont et M. l'abbé Bou-

(1) Annales archéologiques, tome VI, m' liv., l'ai et les inoiitc!,.

tit>7

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rasscSTic nous nous plaisons h saluor coiiiiiic nos maîtres en archéologie, l'avaient émise, îiiais sans lui donner aucun iléveloppemoiit ; leurs écoles provinciales efr.icent en (juilipie sorte l'école monacale : « Plusieurs monas- « tères,(lit M. Bourassé, formèrent des écoles « d'architecture célèbres pendant tout le « moyen âge (1). » Le savant directeur de la Société française est plus explicite : « Si les « abbayes, dit-il, pouvaient en quekpie sorte 1 ôtre considérées comme dès écoies où se « perpétuaient les traditions relalivcs aux « arts et aux sciences , il y avait aussi hors « (les cloîtres des ouvriers habiles, qui tra- « vailîaient sous la direction des évêques et « des moines architectes (2). » Ces évoques, dont la plupart étaient tirés dv-s monastères, et ces moines architecles, tout en employant des ouvriers laïques , ne s'écartaient pas des l)riuci|)es de l'école monacale, puisque les travaux s'exécutaient sous leur direcîiun.

Cef)ondanl une grande révolution devait s'ojiércr dans l'architecture. Les rejjroches exagérés di; saint Bernard ne laissaient pas que d'avoir quelque fondement; Cluny s'était éloigné il, sensiblement de sa sim})licité l)rimilive et de son ancienne ferveur; sa i)rosjX'i-iié toujours croissante et ses immenses richesses avaient établi parmi ses relij^ieux un relâchement qui rendait une rélorme nécessaire; c'est ce qui donna naissance aux nouveaux ordres qu'on vil Surgir à la tin du xi' siècle et jiendant le cours du xii'.

La grande famille de saint Benoît se divisa; les uns se contentèrent de la règle mitigée de Cluny, les autres se rapprochèrent le plus possible des saintes urescrqdions de leur fondaleur; Cileaux surtout, qui sous saint Bernard p>!rvint au phis haut degré de perlection, marcha en tète de cette réforme.

Le saint abbé lutta avec énergie contre le luxe immodéré des moines de Cluny, et condamna les excessives dépenses qu'ils faisaient dans la construction et dai'.s Tornementation de leurs ('glises. Sa vuix puissante eut du retentissement, et ce fut lui, jieul-ètre, qui prépara la noble et élégante simplicité qui devait, au siècle suivoul, succéder à la luxuiiante ornementation du xn' siècle.

Quoi qu'il en soit, l'école raonac;de se divisa aussi sous le rapport de l'art, et formn, au xir siècle, deux célèbres académies, celle de Cluny et celle de Cîteaux; autour de celle dernière vinrent se grouper les nouveaux ordres monastiques, comme elle enfants de la réforme.

Nous pourrions donner comme type de réi;ole de Ciuii)' les églises de Vézelay et de la Gharilé-sur- Loire, et comme type de l'éco'e de CHr-aux l'église de Pontigny; les deux |>remières, si n marquables par la richesse de leur oi nementation, la dernière si belle parla pureté di'S lignes, si ma^eslueuse

(1) Archéologie chrétientis.

(i) llis:oire de l'Arcliilcclure retujieu'ie au moyen àae, p. l)y.

dans ses proiiortions, mais dépourvues do tous les ornements que les deux autres offrent avec profusion.

Si nous admettons les écoles provincialer sans tenir compte de l'influence immenst qu'ont eue sur l'architecture religieuse Cluny et Cîteaux, nous rencontrerons une foule df dilUcuUés insurmontables. Nous demanderons d'abord à quelle époque ont commence les écoles territoriales? quel a étélecenlre d.' chacune ? quels en ont été les fondateurs-? Leurs déveioppcments, leurs niodilications, leurs fusions, les exee, tinns aux règles adoptées pour chaque école et qu'on rencontre partijut, seront autant de questions Insolubles.

Pourquoi, sur différents points, certains ornements,, certaines dispositions exceptionnelles? Pourquoi, par exemple, au milieu des voûtes sphéroïdes de la Touraine, renconlre-t-on les voû'es pyramidales de Loches, et au milieu des voûtes en berceau de la Bourgogne les voûtes en sillons de Tournus ?

Pourquoi, dans une même contrée, qui devrait natui ellement être soumise à la même inlluence, des édifices voisins et contemporains présentent-ils une si grande variété de formes et d'oincuients ? Pourquoi les églises de Vézelay et de Pontigny, l'une et lautie en Bourgogne, h qudques lieues de distance et ccnstîuites dans 'le même temps, u'onlelles pas la même ])hysionomie?

Pourquoi, au contraire, dans des régions éloignées, ])lQcées sous un autre ciel, habitées par des peuples de mœurs différentes, rencontrons-nous des églises qui semblent avoir été Construites par un même architecte ? Pourquoi les cloîtres de Moissac et d'Arles nous olfrenl-ils les colonnes cannelées , godronnées , torses, épanelées, etc., qu'on rencontre si fréquemment dans la Bourgogne? Pourquoi les pilastres ornementés de la Charité-sur-Loire sont-ils reproduits dans le cloître de Saint-Aubin d'Angers? Pourquoi les tours carrées de la Nor mandie se retrouvent-elles à Saint-Germain d'Auxcrre, à la Chaiité-sur-Loire, etc.? les chevrons brisés sur plusieurs églises des amognes, au centre du Nivernais? Pourquoi au pied des montagnes du Morvand, l'église de Semelay otfre-t-clle l'exception que signale M. Mallay dans celle de Notre-Dame des Miracles à Mauriac? au-Jessus de la base et dans l'espace compris entre le dernier membre et un astragale une laige bandelette garnie d'orneujeuls vai-iés; à Mauriac ce sont des branches de pin, etc.; à Sennlay ce sc^nt des mses ou des marguerites.

Admettons seul-ment les écoles provinciales, et la pluj)art de ces questions restent sans réjionses; les écoles monacales au contraire semblent nous donner le mot tic l'énigme.

On ne doit pas jierdre de vue ce que nous avons dit, que l'art n'était ni despote ni esclave; on suivait en général les principes de l'école, mais il n'était pas interdit aux hommes de génie de tcjiter des essais et de cher-

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cher h vaincre ccrtainos didlcultcs; on porniottait nirnie qiiohfiifrfois aii\ nioinrs dont on recorniaissait les talents cl les vertus, do sortir de leurs monastères pour aller visiter d'autres pays et étendre leurs connaissances artistiques; c'est ce qui nous explique ces monuments qui portent un cachet tout particulier, fruit d'une création ou d'une fusion.

Ne nous étonnons plus do rencontrer dans une même contrée des édifices voisins et contemporains avec une physionomie toute dillerentc; recherchons lordrc monastique qui leur adonné naissmce. Kn nour^îo^ne Pontignv, les restes de l'abbaye de Bourras et l'église de Saint -Verain ne ressemblent en rien à Vézelay, à I)on/y-le-Pré, à la Charitésur-Loire; lès premières églises appartenaient à Citeaux, les secondes à Cluny. En 1097, Yves de Chartres consacra l'église do Saint-Ktienne de Nevers, et le pajie Pascal H, en IIOG, consacra l'église de la Charité-sur- Loire; ces deux églises, à six lieues seulement de distance, sont d'un style bien ditlérent; l'une fut construite i)rimitivement pour les chanoines réguliers de Saint-Sylvestre, l'autre est la fille aînée de Cluny. C'est ainsi que dans notre Bourgogne qu'on regarde comme le centre d'une des écoles les plus célèbres d'architcctur % école dont les caractères sont plus distincts, on croirait de I eue en lieue changer do province.

Ces caractères de l'école bourguignonne, que je nomme école d" Cluny, si nous les rencontrions seulement à Vézeiay, à la Charité-sur-Loire, à Donzy-le-Pré, à Saint-Uévérien, à Saint-Pierre le Moutier, à Saint- Sauveur et à Notre-Dame do Nevers, dans la plu[)art de nos églises rura'es amognes, à Paray-le-Monial, à Tournus, etc., nous no pourrions peut-être pas les apporter en preuve delà cause que nous défendons, car si toutes ces églises ét.iient sous la dépendance do Ciuny, elles se trouvaient aussi dans les limites de l'ancienne Bourgogne; mais nous retrouvons les mêmes caractères à Souvigny en Bourbonnais, à Saint-André le Bas à Vienne, dans les deux églises de Gaillac,. k Saint-Pierre de Moissac, au nârthex de Saint-Cuilleai du Désert, au milieu des débris de l'église d'Aniano; puis, si nous nous reportons vers l'ouest, aprèsavoir reconnu les mêmes caractères de Saint-Benoît-sur-Loiro, nous los découvrons encore «.'ans les cloîtres de Saint-Aubin d'Angers et dans l'église de Saint-J tcques de Nantes; [)artout le même genre d'ornementation, les mêmes histoires, les mêmes symboles. Toutes ces églises apiiartenaient à Cluny; toutes semblent faire partie de la même fami. le, toutes sont sœurs, et on les reconnaît de suite, malgré le teint basané • des unes sous un soleil [ilus ardent, nialgré h s manières plus ou moins élégantes des autres. Non facii's una ncc divcrsii taincn.

Ici j'aurai à répondre à une objection qui pouriait m'èlro faite; ces caractères (jue j'altiibuo à l'école <Ie Chiny doivent S(; rencontrer, on le coneoil, dans les munuun.nls oui

en dépe; d dent ; mais pourquoi l.s relrouvet-on dans des églises qui n'ont jamais apj)artenu h l'ordre de Saint-Benoît? [)ar exeni j)le à Saint-Trophime d'Arles, à Saint-.Maurice de Vienne, h Saint-Vincent de Chàlonssur-Saùne, à Saint-Ca|trais d'Agen, aux |!ortails latéraux do Saint-Etienne de Bourges, dans les deux églises de Saumur, etc.

Nous répondrons que le talent de ce< moines architectes ne s'api^Iiquait pas seulement aux édifices dépendant de leur ordre, mais que souvent on profitait de leur [)résence dans une contrée pour leur confier la direction d'autres monuments, ou du moins on [)uisait des inspirations dans leurs œuvres. Aussi ces églises qui présentent les caractères de l'école de Cluny avaient toutes dans leurs environs quelques chcfs-d'œuvn; de celte écolo célèbre. Saint-Trophime d'Arles est peu éloigné de Saint-Gilles ; Saint- Maurice de N'ienne est auprès de Saint-André le Bas; Saint-Caprais d'Agen n'est qu'à quelques lieues de Moissac; Saint-Vincent de Chdlons fut construit à l'ombre de la basilique de Cluny, et Saint-Etienne do Bourges devait ressentir l'influence des Bénédictins qui avaient établi leur monastère auprès de l'église primatiale.

Quant aux églises de Saumur, Saint-Pierre et Saint-Nicolas, auxquelles je joindrai l'églsede Nantilly, après les avoir visitées, non sans maudire certaines restaurations des plus absurdes, je crus reconnaître (.'os églises do CUiny, et je fis paraître la joie qu'éprouvait Baguel à la vue du jeune Tobic : Intucnaque Tobiam Baguel, dixil Annœ uxori suœ : Qitam similis est juvenis iste consobrino mco {Tob. cap. vn) ! On aime à revoir des traits de famille. Je pensai anssitùt ([ue Saumur était une ville toute monacale comme la Charité-sur-LoiiO, et de suite je demandai à l'aimable vicaire de la Visitation, qui était mon cicérone, si les Bénédictins n'avaient pas eu autrefois un couvent dans cette ville? Sa réponse négative me déconcerta; c'était la première fois que l'histoire locale se trouvait en défaut avec mes principes. J'insistai, j'avais à cœur de no point demeurer dans le doute. Bientôt j'appris avec p aisir que les trois églises de Saumur venaient confirmer mon opinion. Saumur n'était pas, il est viai, une ville monacale, mais à deux, kilomètres de ses murs s'élevait le mona-tèrede Saint-Floroiit, dépendant de Cluny.

J'ai dit plus haut (|ue la simplicité et la majesié étaient les caractères de l'école de Cîtoaux; sans entrer dans les détails, aux types que j'ai in liqués [our la Bourgogne, Pontigny, Saint-Verain, les ruines de Bo^rii\<, je me contenterai de joindre l'abbaje dos Veaux do Cernay près l'aiis, et Funtmcrigny, au diocèse de Bourges. Au reste, lorscpie je dévelopjiai cette tlièse au congrès d ' Tours, je remai([uai des signes d'assentiment sur diiférenis ()oints de la salle, et je remercie sincèrem<Mit ^L Lecointre-DUj ont de Poitiers, d'avoir l)ien voulu confirmer ler. observations que j'ai faites en Franee par tics observations analogues qu'il a faite> en

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Angleterre : les car.ictères de Citeaux dofiiiiient dans les églises anglaises, nous a-t-il dit, parce qu'en Angleterre l'onlre de Cîtoaiix était plus répandu que celui de Clu-

No faudrait-il pas reconnaître la môme inîluenee dans l'architecture normande?

Nous pourrions apporter encore en preuve des écoles monacales certaines dispositions que nous avons remarquées dans le Midi et (jui sembleraient ôtrc tout h fait en opposition avec le mode d'architeclurc adopté dans celte contrée.

On a prétendu que le style ogival ne s'y est implanté qu'avec peine, qu'il s'y trouve en retard d'un siècle; sans examiner si celte assertion devrait être adoptée d'une manié, e absolue, et ne pourrait pas être contredite )tar certains monuments, par exemple, par la chapelle do la cité à Carcassonne, d'un gotliitpio aus<i |)ur rjue la Sainte-Chapelle de Paris, et construite à la même époque; nous jtouvons assurer que l'école de Cluny, qui tenait à ses arcs-double;iuî de forme ogivale et qiii les avait adop es de bonne heure, comme nous le v iyons à la Charité-sur- Loire, à ïournus, etc., les introduisit dans la plupart des églises du Midi dès les commencements du XII' siècle. Nous trouvons ces arcs très-clancés à Sainf-fiilles (restes du trdnssept),à Aix,àT;^rascon,?^Saint-Gui]lemdu-Désert (narthex), à Gaillac, à Agde, à Saint-Caprais d'Ag.'n; le cloître de Moissac surtout, construit en 1100, a ses arcatures aussi élancées qu'on les trouve ailleurs au xiti' siècle.

Nous avons parlé des deux écoles de Cluny et (le Cîtoaux; nous [)Ourrions y joindre une troisième école qui parut pLis tard, et qu'on pourrait appeler militaire : les principes de cette école auraient été établis par les clievaliers de Malte et par l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Le Midi où ces ordres étaient plus répandus offrait un grand nombre de ces églises forteresses; mais on en retrouve encore dans le centre de la France; notre savant et honorable ami, M. Georges de Sou't ait, dans sa Statistique monumentale (lu département de la Nièvre, cite la chapelle des Templiers de Fouilloux; son tympan triangulaire, sa croix potencée cantonnée de l'alfiba et de l'oméga, son double étage, l'un consacré h la prière et l'autre aux combats, sont loin d'être en rapport avec les autres églises voisines; on dirait un habitant du Midi égaré dans les bois du Nivernais.

ECRAN. — L Un écran est une barrière transparente de pierre, de bois ou de métal, élevée autour du chœur et du sanctuaire, ou seulement en avant du chœur. Voy. Clôture DU CHOEUR. L'écran se place encore au-de-

(1) Cts principes avaient été simplement indiqués au congrès scieaiifique de Tours; comme une question analogue avait été posée dans le programme du congres archéologique de Bourges, l'auteur donna à sa pensée plus de développement. Deux savants belsïes fjui faisaient partie du congrès, vinrent le fcliciier et . assurer que lesmoiiumenls de Belgique conlinnaient ies olservaiions.

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vant (1 une chapelhs autour d'un tombeau» autour d'un endroit réservé, etc. L'observa-tion des faits ne nous apprend pas que cette espèce de barrière ait été assujetiie dans ses 1 )rmes a des règles particulières. On y voit régner l'arbitraire le plus complet, et le goût de I artiste en détermine la hauteur, lélégance et la richesse. Dans les églisns d'Angleterre, on observe une grande quantité d écrans ou screens à jour, dont les panneaux inférieurs, pleins et représentant un soubassement, sont ornés de sculptures, de dorures et de peintures.

Il ne f lut pas confondre les écrans avec les clôtures de certaines de nos grandes églises, comme les cathédrales d'Amiens, de Chartres, de Pans et d'Alby. Les écrans sont découpés à jour généralement, tandis que les clôtures de chœur proprement dites sont solides, b;lties en pierre, ornées de bas-reliefs également en pierre, et ne sont aucunement transparentes. Si quelques écrans ne sont pas découpés à jour, on ne les conserve dans cette esyèce de clôture nommée écran ou screen, que parce qu'ils sont en bois, d'une tres-laible épaisseur, et d'une construction particulière. Nous avons placé au mot Clôture une notice assez étendus sur les screens anglais.

En France, nous ne possédons plus rien d analogue aux clôtures en bois découpées à jour» encore si nombreuses dans les églises d Angleterre, où elles se sont conservées en o;iposition avec ceriaincs idées des prétendus réformés. Ce n'est pas que ce genre de décoration ait été inusité chez nous; mais le temps, le changement des goûts, et surtout la révolution de 1793, ont amoncelé des ruines de toute espèce.

Dans un grand nombre de cathédrales d Angleterre, les croisillons du transsepi sont Sf'Jparés de l'intertranssept par une espèce de grande clôture, d'un travail plus ou moins riche, d'une dimension plus ou muins considérable, d'un etfet peu agréable. Des antiquaires ont également appelé écran ou screen celte espèce d'immense barrière, dont l'architecture seule a fait les frais. Nous avons en France une disposition analogue à la cathédrale de Nevers, et surtout à l'église romano-byzantine de Saint-E;ieniie de Nevers. Dans ce dernier édifice, à la naissance des branches du transs 'pf, on remarque une grande arcade surmontée d'une suite de petites arcades à plein cintre, simulant assez bien une galerie découpée à jour. De cette manière l'intertranssept se trouve à peu près complètement isolé des deux croisillons.

Cette disposition , extrêmement rare en France, curieuse par son originalité, parait être la continuation du triforium.

Un s.stème particulier de décoration donne à la façade de la cathédrale de Strasbourg une physionomie spéciale. Les mou- I-.ies sont di^po^ées sur deux plans dilié-

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reiits, do manière que It-s moulures extérieures se détachent entièrement de celles qui sont en application sur les murailles et forment ciaire-vcie, comme un réseau do dentelle en pierre. Cette combinaison ingénieuse produit un etTet surprenant. On serait tenté de croire que les ornements sont placés derrière un riche écran découpé à jour. On a peine à concevoir la somptuosité do cette décoration, et quoiqu'il en résulte, à distance, un peu de confusion dans les lignes, on est prosfiue ébloui à l'aspect de ces prodiges de sculpture.

Il est encore une autre espèce d'écran de pierr<î nécossairement à jour, qui s'e>t posé quelquefois devant un membre d'arcliitocture, connue pour le doubler. On voit ainsi se dessiner, devant une baie de fenêtre ou de clocher, inie autre baie dont les meneaux r/'pètent ceux de la fenêtre, ou tiennent lieu de ceux de la baie qui en est dépourvue. L'écran est aussi |;arfois le réseau lormô paries nervuies compliquées d'une voûte, reproduites identiquement par une sorte de treillis de {)ierie détaché, isolé et enlevé avec un art intini, et se soutenant par la seule adresse de l'apparei'.

EClUTUUE. — Les quelques détails que nous donnons ici sur l'écriture sont indispensables au point de vue archéologique, surtout pour l'intelligence de l'article Inscriptions MURALES.

I. Du peuple à qui est due Vinvention de récriture. — Quel est le peuple à qui Tinvenlion de l'écriture appartient iirimilivemonl? C'est un jwint qui n'est pas aisé à décider. Cependant on peut dire que, de toutes les écritures alphabétiques, la chaldaïcjue, l'égyptienne et la samaritaine ou [ihénicienne sont les seules qui puissent entrer en lice pour dis[m'er d'antiquité. On tombe assez d'accord sur ce fait général; mais pour descendre dans le parliculier, c'est autre chose; les sentiments sont fort partagés. Une foule d'auteurs, Pline {Hist. nat., 1. mi, c. 5G) ; Cicéron ( De natura Deorum, iib. m); Jamblique (Lib. De Mijster., cap. De Deo et de diis) ; Tertullien {De Coron, milit., cap. 8 ; De Testim. anim., c. 5, 9); Plutarque {Synipos., lib. XX, c. 3) ; Diodore de Sicile (Lib. ii); tous cités par .\l. Sciiuckford {Histoire du Monde, t. I, p. 228, et t. II, p. 21G, 288», défèrent cette gloire à l'Egypte, et attribuent l'invention des lettres au fameux Taaut, lils et secrétaire deMisraïm; mais ces auteurs ne marquent pas distinctement si ces lettres étaient hiérogl\plii(pies ou é[)istolographiques. Le premier et le dernier des auteurs cités en rap[)ortent réellement l'invention aux Phéniciens. Le P. Kircher ( OEdip.

Jùjfjpt., t. m, diatrib. 2), s'est porté pour les Egyptiens, jusqu'à prétendre déteiininer la ligure des lettres; mais il a été vivement réfuté [lar 1 abbé Krnaudot {Mém. dcVAcad. drs Inscript., t. H, p. 2'i8, 255). La déc( uveite du jésuite aurait été ti'aulant pins avantageuse, si elle avait réussi, que de tous les

monuments égy|iliens, obélisques cl momies, quelque nets et distincts qu'en fussent les caractères, on n'a pas encore pu parvenir h en former un alphabet régulier, bien loin d'avoir trouvé des rapports entre quelques autres alphabets et le leur. Ce que le P. Kircher n'a pas fait, l'a été par Cbampol

lion. Voi/. HlKROGLYl'HKS.

li\i\{.ov( {Dissert, de litteris hehraic, v, 2) : Contingius , Spanheim , Meier, M. Morin {Exercital. de /îVi(/.,part. ii, c. 5, G) ; M.Bourguel, savant protestant, etc., etc., se sont déclarés ouvertement pour la chaldaïque, qu'ils regardent comme la langue primordiale d'où sortent toutes les autres; mais ils ne sont fondés que sur des arguments do convenance et des pi-obabiliti'S qu'on jieut détruire par des vraisemblances encore plus fortes. La simplicité des caractères de cette écriture, un des plus forts de leurs motifs, n'est ni plus grande que celle des caractères samaritains, ni soutenue également dans toutes les lettres. Un inconvénient qui i>eul ruiner ce système, c'est qu'il n'est pas possible de dériver les lettres grecques, les premières qui aient été portées en Europe, des chaldaiques ; au lieu qu'elles naissent manifestement des j)héniciennes, et que de [dus on ne saurait produire des caractères chaldaiques qui ne soient au moins postérieurs d'un ou de deux milliers d'années aux plus anciens monuments des Grecs dont on a connaissance.

IL L'invention de Vécritiire due aux Phéniciens. — Enfin t(;ut dépose exclusivement en faveur de l'antiquité tle la langue i)liénicienne.Par la Phénicie on n'entend pas seulement les villes de la cote maritime de la Palestine, mais de plus la Judée et les pavs des Chananéens et des Hébreux.

Hérodote lui-môme {Lib. ii, col. lOi), par les Phéniciens , désignait évidemment les Hébreux ou les Juifs ; puis {ue, selon lui, les Phéniciens se faisaient circoncire, et que les Tyriens, les Sidoniens, n'étaient | oii.t dans cet usage. Par écriture phénicienne on entend donc la samaritaine, c'est-à-dire l'ancien hébreu (Souciet , Dissertation sur les médailles hébraïques, p. 4), diU'érent de l'hébreu, carré ou chaldaïque, qui est le moderne, que les Juifs ont adopté de[)uis la captivité de Babylone, ainsi que l'ont [)ensé saint Jérôme, saint Irénée, Clément d'Alexandrie, etc., etc. {Dissert. 2, de prœstantia et usu nwnism. antiq. , t. I, p. 70).

Les auteurs qui adjugent l'antiquité à l'écriture samaritaine sont sans nombre. Genebrard, Bellarmin, le P. Morin, Huet, dom Montfaucon, dom ('a) met, Uenaudot, Joseph Scaliger, d rotins, Casaubon, Walton, Bochari, Vossius, Prideaux, Capelle, Simon, etc. se sont hautement déclarés en faveur de ce sentiment, et ils sont appuyés sur les auteurs anciens et sur l'analogie dos caractères samaritains avec les caractères grecs; res-' semblance nécessaire j)Our obtenir la gloire de ranli(juité, puis(pie les derniers se [ter- (li'nt dans la nuit des temps, et (pie cependant ce ne sont point eux qui Its ont inventés-

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En corjibiiiaiit la descenclaiicc des lettres, il en résultera Ix.-aïuuup do jour sur ce syslôrae, et un nouvel appui pour le dernier sentiment.

III. Les Grecs tiennent Vécriture des Phéniciens.— Les Grecs ont reçu leurs lettres, c'est un fait; mais de qui les tiennent-ils? Dora Calmet {Dissert., t. I, p. 2ih dom Lé- ^ipoîit (Dissertât, philogico -bioliograph. , § i, m. 9, c. 10, p. 114) ; Schuckford [Hist. du Monde, liv. iv, p. 222), décident que les Grecs en sont redevables aux Egyptiens, et cela sur la foi d' Vossius qu'ils citent à tort. Toutes les preuves de ce dernier {De Arte gramm., lib. i, cap. 10) se réunissent au contraire en faveur de Cadnius, qui, selon le président Bouhier {Depriscis Grœc. et Latin. Htteris Dissert. n. 3), quoique Egyptien d'origine, était né en Phénicie, et y apprit les lettres, qu'il communiqua aux Grecs. Ce dernier sentiment de l'académicien est garanti dans Vossius {De Arte gramm., p. W\ par Hérodote, Denis d'Halicarnasse, Pline, Clément d'Alexandrie, Victorin, saint Isidore, Suidas, et môme Plutarque. DoncCadmus, parti de Phénicie, porta aux Grecs les premières lettres qui furent depuis appelées ioniques. Mais il a été dit plus haut que par les Phéniciens on entendait les Hébreux : <lonc les Grecs doivent l'origine de leur écriture aux caractères samaritains. Les caractères grecs, parfaitement semblables aux phéniciens dans l'origine, se sont à la vérité écartés un peu, avec le temps, de leur tigure primitive (Renaudot, Mém. de VAcadéin., t. II, p. 2'i-9); mais ils laissent voir encore nombre de traits de ressemblance, et les monuments des Grecs les plus antiques, comparés aux monnaies et médailles des Sainaritains les plus anciennes, présentent des caractères absolument semblables. L'écriture Ici plus ancienne de l'Europe nous vient donc du samari;ain, et non du chaldaique, avec lequel elle n'a aucun trait de conformité, ni de l'égyptienne, avec laquelle elle p'a pas plus de rapport.

IV. Les Latins la tiennent des Grecs. — Les Pélasges, premier peuple de la Gièce, soit par la voie de la navigation, soit par les colonies grecques qui passèrent en Italie, portèrent premièrement leur forme d'écriture chez les Etrusques. Aussi, depuis les lumières jetées sur la littérature étrusque, on voit que de dix-huit lettres qui composaient l'alphabet de ces derniers, huit sont exactement semblables à autant de caractères samar. tains, et six autres ont, avec un })areil nombre de samaritains, dos traiis apparents de conformité. Mais dix des lettres /^trusqups sont évidemment les mêmes que les nôtres, et les huit autres en approchent fort : donc nos lettres, par l'entremise des Latins et des Grecs, nous viennent des Sanjaritains. La ressemblance des nôtres avec celles des Grecs est trop apparente dans les lettres initiales A, B, E, H, I, K, M, N, O,

i T, Y, Z, pour qu'on puisse avoir le moindre doute sur leur origine : il ne serait pas môme ùiincile de prouver l'aflinité des autres let-

tres. Les Grecs, par exemple, ont rendu leur g-imma carré et rond ; les Latins en ont fait autant de leur C ; le del.a n'est que le D incliné des Latins, dont le ventre est en pointe. Les Grecs se sont servis do notre L, k cela près que, comme dans notre écriture cursive, ils ont rJcvé le trait d'en bas. On voit, dès les temps les plus reculés, des II sem- . blablesàpeu près aux nôtres. Le sigma, que les plus anciens manuscrits représentent sans base, et qu'ils pointent un peu, revient très-fort à notre S. L'U des Grecs, sous lo forme d'un Y, a souvent manqué de pied, et par conséquent nous a donné notre V consonne. Enfin on ne trouve guère que le & et le s, c'est-à-dire le théla et le xi, que les Latins n'aient point acceptés.

Pour conclure cet article et concilier les différentes opinions qui tiennent ou [)Our les Egyptiens, ou pour les Chaldéens, ou pour les Phéniciens, on pourrait déférer aux Hébreux, Chaldéens d'origine, et limitrophes de la Phénicie, l'honneur d'une découverte qu'ils auraient d'abord portée en Egy{)te, oCi les hiéroglyphes étaient déjà fort accrédités.

V. Matières subjectives de récriture. — Los matières subjectives de l'écriture, ou sur lesquelles on a tracé les pensées, ont suivi la marche , les jirogrès et la gradation do l'esprit humain. Selon dom Calmet {Dissert. sur la forme des livres, p. 2i, 25, 2G), l'usage des tables de pierre et de bois pour écrii e est le plus ancien dont nous ayons connaissance. Dom Légipont {Dissert. 2, de manuscript., § 3) est aussi de ce sentiment, soit que ces tables fussent ou ne fussent point enduites de cire, encore cette dernière forme ne paraît-elle que peu avant la captivité de Babylone (Lib. IV Regum, cap. xxi, 13). Le premier de ces auteurs, ibid. deux pages plus bas, tombe cependant d'accord que les rouleaux sont de la plus haute antiquité, et qu'on en trouve des vesliges dans le livre de Job. Il faudra donc conclure que le bois, comme matière qui n'avait pas liesoin d'une grande préparation, servit le premier à l'écriture pour toutes sortes d'actes; mais que les rouleaux ou d'écoree ou de feuilles d'arbres, comme moins volumineux, le suivirent de fort près, et que les pierres, les briques et les métaux furent bientôt mis en œuvre pour conserver des monuments à la postérité la plus reculée. Ti lies furent les Tables delà Loi, les hiéroglyphes des Egyptiens sur les pyramides et o;)élisques (Pline, Hist., lib. VII, cap. 5S); les douze pierres précieuses chez les Juifs {Tract, divi Epiph de 12 gemmis, t. II, p. 227, 233, édit., Patav); les lois de Solon inscrites sur des tables do bois (Aiil. Gel., Noct. antiq., lib. ii, cap. 12); ■ les lois des douze Tables chez les Romains, gravées sur l'airain; les lois pénales, civiles et cérémoniales des Grecs, inscrites sur des tables de pareille matière, qu'ils appelaient CYKBES, y.vç^-iç {Tlies. ling. Grœcœ). On dit même qu'un incendie fit périr, sous Vespasien, trois mille fables de bronze, conservées au Capitule, où étaient écrites leurs lo's , leurs traités d'alliai:ce, etc., etc., selon leur

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iiSvigy {Marh'ih., cap. viii, c. IV; — Cicrron , De Divinis, lih. ii; — Tito-Livo, Dà-ad. 1, \\h. mi; — iMiiie, llist., lih., xwiv, cap. 9;

— Ju]., Ohscq. Ilhril. (le Prodiyiis, cap. 122;

— Ovul., lib, I, Metamnr.). Do [larcillos tables «l'airain ou de cuivre ont servt (jiiel([ucfoi.s (l'espùccs (le pa[tiers terriers (Siculus Flacciis, De condit. agror., p. 20; — Hygcn, De limitUnis constituendis, p. 132); c'cst-à-dirc qu'on y représentait le plan et les bornes (l'une terre ; on les (i(''[)Osait ensuite dans les archives des empereurs. On en usait ainsi au premier si(^cle de l'Eglise. Au iv% ])f)ur la promulgation d'une loi dans les villes de l'empire, on se servait, ou de tables do pareilles matières, ou de tablettes de bois enduites de Cf'Tuse, ou de nappes de linge : ces dernières étaient d'un grand usage dans l'ani\(liiilé{Cod. Theodos., bb. n,tit. 27, etTile- Live, Decad. 1, lib. iv). On les appelait lintei, suivant Pline (lil). xiii, cap. 11), et carbasini, selon Claudien {De Bello Gothico). Qne les tables de plomb aient servi de matières à l'écriture [Job, c. xix, v. "ik), et une intinité d'auteurs en font foi (Kirclier, Muséum, tab. 10, — Paleograph. grœca, p. 16; — Antiquité r.rpl., tnm. Il , ji. ii, liv, (ii, ch. 8, n. (; — Dioni/s. Cassii, lib. xi.vi; — Flinii, lib. xiii, cap. Il); mais il n'est guère probable, quoi- (]ue Pline l'avance (lib. xiri, cap. 11), qu'on ait formé des rouleaux de celte matière comme du linge. Comment plier et déplier des lames de plomb sans les casser, du moins à la longue? En général, les pierres, les marbres et les métaux, employés chez les Grecs et les Latins k éterniser les monuments, sont d'une rareté incroyable chez les modernes. On a souvent parié de livres en lames d'or, d'argent ou de bronze; mais il est furt rare de rencontrer de semblables monumenis ; il l'est encore plus de trouver des dipk'ymes gravés sur ces métaux , ou même sur le plomb et l'ivoire. On ne connaît que quatre nièces de cette espèce {De Re dipl., p. 38) : la première du pape Léon III, la seconde de Luitprand, roi (les Lombards ; la troisième 80US Charlemagne est violemment suspectée; et la quatrième de Jean, évoque de Ravenne. Des tables^ de plornb furent la matière des deux premières, l'airain de la troisième , et la pierre de la quatrième.

L'ivoire (Ulpian., Dig., lib. xxxii, leg. 52), le buis, le citron, et m('me lardoiso (Hugo, De prima scribcndi origine, p. 9i), furent m s également à contribution. C'était même une distinction accordée aux empereurs rouiains que tous les arrêts du sénat (lui les l'ogaidaient, fussont inscrits sur des livres d'ivoire. Ouand ces livres n'étaient composés (jue de deux feuilles, on les nonniiait diptyqu s, et quand ils en avaient plusieurs , ou les appelait en général polyptyques, Pollucis Onotnnsticon) Voy. Diptyques.

On trouve , dans q lelques archives , des a "tes écrits sur des butons et sur des manches de couteaux. Sur le manche d'ivoire d'un couteau conservé jadis dans les archives (le la (;ath.''drale de Paris (L('l)f>uf, Dissert, sur ridstoire du diocèse de l'uris), un lil un

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acte (le donation du conunencomont du xrr siècle, faite h celle église. Un pareil instrument é'ait autrefois gardé dans l'abbaye do Uonceray à Angers (Annal. Oenedict., t. VI, p. 219).

Pline 1 historien (Lib. xiii, cap. 11), (.t Isidore de Séville {Orig., lib. vi, caj). 12), nous sont garants (pi'on a écrit autrefois sur des feuilles do palmier et sur d'autres plantes. Les Syracusams , pour proscrire ([uelqu'undu gouvernement (Diod. Sicul., lib. n, p. 2H6), écrivaient son nom sur des feuilles d'olivier. La chose n'est pas unique, puisque, dans les Indes Orientales (ifc/af. des Philip., p. h\ De la Chine, par Boy m, p. 209), on voit cette manière d'écrire encore usitée. Les Athéniens, mécontents do quelque citoyen , écrivaient son nom surdos écailles, et (/'était 0|)iner pour la proscri[)tion : de là est venu le fameux ostracisme. On a déjà vu que ie bois avait été une matière subjective de l'écriture; mais il est bon de savoir connneiit on écrivait. Ou les tablettes élaicnt toutes nues, ou elles étaient enduites.

Dans le premier cas, elles s'appelaient schedœ chez les Romains (Vossius, De Arte qramm., lib. i, c. 38), et axones, «Çovr?, chez, les (irees. C'est ainsi que les Romains, avant qu'ils eussent introduit l'usage de graver leurs lois sur le bronze, les inscrivaient sur des tables de chêne (Dionys. Halicarn., Mb. \\ Antiq., c. 50). De ces tables de bois on faisait les livres, cof//cc5, qui, étant gravés sans enduit , éta'eiit par conséquent inellaçables (Vossius, de Arte gramm., p. 132).

Dans le second cas, ta'llées plus en petit, elles étaient recouvertes ou de cire, ou do craie, ou do plaire. La première es[)èce s'a|)pclait cerœ, et en général elles se nommaient tabiilœ. La cire était assez communément verte ou noire : au moins celles dos tablotles qui nous restent parait-elle noire, ou d'un vol si obscur qu'il est dilTicile de le distinguer du noir. Il est probable qu'il y entrait de la poix ou autre raaiière semblable po.ir lui donner la consistance qu'on y remarque. On en conservait avant la révolution, aux abbayes de Saint-Germain des Prés et do Saint-Victor. Ces tablettes n'étaient quelquef(jis enduites que d'un C(jlé, quel(]uetbis des deux. Au moyen de bandes de parcheinin C(jllées de dislance en distance sur le dos do ces ais, et ra|)prochées les unes des autres, on en formait des livres reliés assez proprement, que l'on appelait codicelli. Locs- ({ue les pages étaient remplies et (]ue l'écriture qui y était tracée n'intéressait plus, on l'ellaçait en rendant uni l'enduit do cire , et alors on s'en servait de nouveau au même usage; c'est ce qui fait que l'on y déchitlVo encore quel([uefois dos traits d'une écriture anlérieui-o h celle que l'on y lil, et qu'on n'en trouve guère de plus ancienne ipio le XIV' siècle. L'usage des tablettes a duré jusqu'à ce (|ue le pa[)ier de chillbn ait prévalu, c'ost-h-dire vers h; conunencomont du xiv' siècle : elb>s servaient assez communônionl h des joui'iiaux d'itinéraires.

En i^énér.il, l'usage de graver Ls 1o;.Ijo.-î, uu

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(ieles écrire sans liqueur, semble avoir précéUé toules les autres écritures. Il se trouve enc ire des nations qui tiennent à celte ancienne manière [Atlas Si nicus, prceL, p. iSÏ).

Tel est à peu près tout ce que Ton peut dire sur la matière des plus anciens monuments que l'on pourrait quelquefois rencontrer; car, pour ce qui regarde la matiè: e des chartes ou diplômes proprement dits , quoic|u"il soit certain qu'on ait écrit sur des intestins d'éléphants et d'autres animaux (P«lœogrnph., p. 16; — Isidore, lib. vi, c. 11% on en peut cependant réduire la matière aux lîcaux et aux papiers, puisiju'on n'en connaît pas des espèces préc'denles.

Cet article est extrait du Dictionnaire de dom de Vaincs, t. I, p. k\'i et suiv.

tCL" ou EcissoN. — En blason, on appelle écu ou ecusson le bouclier sur lequel les t;entiIshommes placent les métaux, couleurs nu fourrures et les pièces de leurs armoiries. C'est le bouclier qu'a déterminé la forme de l'écussou. On réserve communément le nom û'écitsson pour l'écu peint ou sculpté en relief, et on dit simplement reçu des armoiries pour désigner d'une manière générale les pièces héraldiques qui meublent l'écu. Dans les églises du x\' et du xvi' siècle, on voit très-fréquemment des écussons aux clefs de voûte, sous la retombée des arcs-doubleaux des nervures , sur la surface des murailles, en quelque endroit d'honneur , comme dans le sanctuaire, le chœur, ou des chipelles particulières. Les armoiries qui s'y trouvent sont celles des soi;;neurs qui ont bâti l'église, ou la chapelle seigneuriale, ou qui ont contribué par leurs libéralités à la construction ou à la Voy. Armoiries slr la litre.

La connaissance des armoiries est un auxiliaire puissant pour l'archéologue dans ses recherches sur l'époque de la fondation et de la construction des monuments. C'est quelquefois le seul moyen qu'il ait entre les mains pour retrouver l'âge d'un édifice, à jiart les caractères architecioni'jues, la plu- ])art des documents historiques ayant péri malheureusement.

Il faut ajouter à cela que jadis les églises cathédrales, les collégiales, les abbatiales, les communautés religieuses, avaient des armoiries particulières. Il est donc trèsintéressant de les connaître, atîn de constater d'une manière assurée le droit que ces divers établissements ]iouvaient exercer sur des églises d' moindre importance. Ainsi, il n'est pas rare d'observer les armoiries d'une riche abbaye dans les églises priorales qui en dépendaient.

EDICULE. — La signification de ce mot est petit temple, chapelle. On l'a employée pour désigner une construction complète, mais de petites dimensions, ou une partie distincte d'édifice, comme une niche, ou une piscine, ou un autro objet accessoire de même genre.

EDIFICE. — I. On emploie indistinctement les mots édifice, monument, bâtiment; les expressions ne sont pas cependant exacte-

décoration de l'église.

men! synonymes. Un bâtiment peut être une construcli-iu vulgaire et une maison commune. Un édifice est une construction importante , servant à des usages publics, comme une église, un palais, etc., où l'architecture déploie ses ressources. Un monument est tout objet ayant une inqiortance ou un intérêt his'orique, sans que cet objet soit nécessairement une (ï-uvre d'architecture. Ainsi, une médaille peut être un monument du plus haut prix. Un tumulus celti(iuc est un monument, quoique l'art n'y ait dé()loyé aucune de ses ressources ; un menhir druidique est un monnaient, aussi bien que la colonne Trajane. En beaucoup de circonstances, un édihce est un monument, et un monument est un édifice.

Nous prendrons occasion de la signification assez vague du mot édifice, pour placer sous ce titre quelques réflexions générales qui ne trouveraient que difdcilement à être mises ail. eiirs. Nous les présenterons sous la dénomination de co«5/c/eVa^iOM5 générales sur les édifices et les monuments de la France.

Si nous remontons jusqu'aux siècles les plus reculés de notre histoire, alors que le sol de la Gaule était occupé par les peuples cel'iques , nous trouvons des monuments d'une simplicité grossière, en harmonie avec la civilisation des hordes barbares qui les édifiaient. 11 fallait pénétrer au sein des forêts les plus sombres et les plus sauvages pour tro iver les constructions religieuses de ces peu[)les. Ce n'étaient que quelques dolmens ou quelques allées couvertes, amas de pierres immeu^es, énormes débiis de rochers arrachés aux montagnes. En traversant les champs incultes des Gaules ou les braudes désertes, vous eussiez vu se dresser au mUieu de la plaine quelque espèce d'obélisque auquel l'écriture ne confiait aucun secret pour les âges à venir, et qui avait été le témoin muet de quelque grave événement. Plus loin, au détour d'un chemin ou près dune cité, un tumulus eût attiré votre attention, et vous eût indiqué la sépulture d'un des chefs de la nation. Chose étonnante 1 cette population celte si fière et si courageuse, ces coutumes si fortement respectées, ces croyances si fort enracinées, tout cela fut transformé en ) eu de temps. La Gaule fut obligée de subir le joug de la puissance, des institutions et des coutumes romaines. Encore quelques années, et tout ce peuple, qui portait la braie et une longue chevelure, aura revêtu la toge et la tuniquo des citoyens romains. Mais les siècles, qui ont vu la destruction de la nationalité gauloise , verront aussi s'élever d'admirables édifices appartenant à un art qui a créé des œuvres d'une rare perfection. Des colonnades se déploient autour des temples; des portiques décorent la farade des palais ; des amphithéâtres s'élèvent dans les grandes cités; des voies aux larges dal es se ramifient autour des -principaux centres de population ; des aqueducs étendent leurs arcades à travcri

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les plaines, traversent des rivières ot [)assenl |.iir-(icssiis des montagnes. Mais en [)eu de iPMips cette architecture déchoit de sa splen- (h'ur et tombe en décadence : les irruptions des barbares l'eurent bientôt compiélement altérée.

L'art gallo-romain se modifie peu à peu, se transf'irme sous diverses intluences, jmur constituer en Fiance un art national, dont nos églises romano-b3zantines nous olfrent (le bt'aux t.vpes. Nous voyons ensuite, à la lin du xir siècle, un nouveau style architcctonique, basé sur l'arc ogival , jeter do profondes racines dans notre pays, et, sous les heureuses et fécondes inlhienccs du christianisme, créer toutes ces vastes cathédrales, ces merveilleuses collégiales et abbatiales, et jusqu'à ces charmantes petites basiliques qui tout la gloire de notre patrie. On a peine aujourd'hui à comprendre pour- (pioi ces édifices, qui ré[)ondent si bien à leur destination, qui invitent si naturellement au recueillement et à l'adoration, ont été, pendant longtemps, et il y quelques années à peine , regardés comme des constructions barbares ; comment ce système monumental, qui se prêtait si pleinement aux exigences (l'un culte tout spirituel et intérieur, a été tout à coup abandonné si complètement.

Quand on s'est agenouillé sous les voûtes gigantesques des temples chrétiens du moyen Age, et que l'on entre dans les églises froides et nues que l'on construit chez nous depuis trois siècles, on s'in, ligne avec r.iison du dédain avec lequ(^l les architectes modernes ont traité les hommes de génie qui ont b;Ui les Notre-Dame de Paris, d'Amiens et de Rouen.

Cette architecture si complète et si merveilleuse devait donc être vouée à l'oubli par les artistes de la renaissance 1 Déjà, au XV' siècle, l'art ogival s'altérait, les profils perdaient de leur élégante simplicité , les ])roportions devenaient moins légères et moins hardies, l'arc en tiers-point, qui avait commencé par être fort aigu, s'élargissait peu à [)eu et s'affaissait sur lui-même. Les figures n'avaient plus cette noble sévérité de la statuaire du xiii' siècle : elles tendaient à sortir de leur calme. Les draperies sont tourmentées. Encore ciuelque temps et nous verrons dans toutes les figures, dans toutes les scènes peintes et scul[)tées, le mouvement et l'action se manifester avec une énergie de plus en plus grande.

C'est ainsi que peu à peu tout l'art du moyen âge s'est elfacé. Après avoir élevé jusqu'au ciel son front majestueux , avoir étendu partout ses robustes rameaux, enfoncé au sein de la terre de profondes raci- ,nes ; après (lue ses fleurs se furent épanouies 3u XVI' siècle, dans 'les guirlandes de feuillages, dans les dentelles des pendentifs , des arceaux, des pinacles et dans les arabescjues les plus cai)ricieuses, il a disparu pour faire place à un art étranger à nos croyances, à nos coutumes, à notre climat.

Alors commence en France une nouvelle ère a.tivtique, celle dite de la renaissance.

Oa a dit souvent et répété qu'elle était néo et s'était développée chez nous sons la direction des artistes italiens. Cette assertion est exagérée, sinon fausse. On a attribué la construction du célèbre chAteau de Chambord, l'édifice le plus complet, peut-être, de la renaissance, à l'architecte italien, le Primatice ; et quand on a fouillé les documents historiques du règne de Franc^ois I", on a découvert que celte œuvre admirable et originale avait été entreprise et exécutée par un architecte d'Amboise, en Touraine, du nom de Nepveu , dit Trinqueau. (Voy. le BuUet. publié par le comité hist. des arts et monuments.) Le château de Gaillori, autre monument non moins célèbre que celui de Chambonl, fut bâti par un autre architecte de Tours, du nom de Pierre Valence, (]ui se qualifie du titre de maître des œuvres du chapitre de l'église de Tours. Si nos édifices de la renaissance ont été élevés sous la direction de maîtres italiens, comment se fdt-il que nos monuments n'aient pas d'analogues eu Italie, car il y a une très-grande dilférence entre les œuvres de la renaissance italienne et celles de la renaissance française? Quoi qu'il en soit, la renaissance exerça iine inlUience profonde sur les œuvres d'architecture, de scul[)turc, de peinture et de littérature du xvr siècle. Après nos édifices de la renaissance française , nous avons eu des imitations des monuments de l'Italie moderne. La fameuse église de Saint-Pierre, à Rome, surmontée de son immensr> coiq)o]e, fixa les yeux de tous les architectes. Ce que Michel-Ange avait conçu dans des proportions colossales, nos architectes l'exécutèrent en petit. Toutes les basUiques qui s'élevèrent à une certaine époque furent une imitation de Saint-Pierre de Rome. C'est ainsi que l'architecte anglais, Ckistophe Wren, construisit le temple de Saint-Paul , à Londres. A cette époque Jacques Desbrosses, (jui avait édifié le j-alais du Luxembourg, en s'insnirant du palais Pitti, à Florence, construisit le fameux portail de Saint-Gervais, à Paris, qui fut loué jar tous les amateurs et imité plus d'une fois. Le Val-de-tiràce, la Sorbonne, Saint-Paul, Saint-Roih, les Invalides, l'Assomption, Saint-Thomas d'Aquin, sont le fruit de l'imitation de l'école italienne. La façide de Saint-Sul[)ice par Servandoni, celle" de Saint-Eustache par Mansard de Jouy , celle de Saint-Phili()pe du Roule par Chalgrin, enfin, le Panthéon, par Soutïlot, sont remarquables par le peu d'harmonica qui règne dans les proportions, la dureté des lignes, le mauvais goût de leur décoration et la froideur de l'ensemble.

A la fin du xviir siècle, les artistes avaient tourné leurs études et leur prédilection vers les monuments de la Grèce ancienne. Toutes les rec!:crches des architectes se dirigèrent vers les anli([ues édifices d'Athènes, ou vers ceux de Rome au temps d'Auguste. Le résultat de cet engouement fut la fondation du monument aujourd'hui désigné sous le nom de la Madeleine, imitation du célèbre Parthénou dAlhènes, ou lemple consacre à Mi-

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nerve dans l'arropolc de la capitale del'Adiqihe. On persév ra dans ces mômes errcinenls sous rempire et sons la restauration. Mais dans les dernières années du règne de Charles X, et dans les premières années de celui de Louis-Philippe , une voie nouvelle fut ouverte au\ recherches des savants et aux études des architectes. On s'aperçut entin que les arts avaient jeté aussi quelque lunnère dans notre pays, qu'ils avaient pîoduit des œuvres considérables , et que nous avions une architecture chrétienne et nationale. C'était l'heure de la réhahilitalion du moyen ilge catholique et artistique qui venait de sonner. 11 sutTisait que l'attention fut éveillée pour que cette réhabilitation eût lieu. Aussi ne tarda-t-elle pas à devenir complète. Nous en contemplons maintenant le résultat avec bonheur. L'art du xnr s-ècle, qui fut si original et si sublime, qui fut si admirablement en rajiporl avec le génie chrétien et avec toutes les prescriptions liturgiqnes, a été api)récié comme il méritait de l'être.

Nous sommes, à ce qu'il paraît, condamnés à la stérilité : nous ne pouvons que copier ou imiter les monuments du passé.

ÎS'est-il pas préféraUe pour nos églises, s'il en est ainsi, de reprendre les traditions chrétiennes du moyen Age, que d'aller demander des inspirations aux monuments de l'antiquité profane ?

EFFET. — En décrivant les cathédrales de France et d'autres monuments de la Fr mce et des pays voisins, nous avons souvent l'expression d'effet, disant de tel éditice que Vrffct en est imposant , harmonieux , ou triste, pauvre, discordant et froid. D'autres écrivains ont usé fréquenuuent de la même expression pour rendre des idées semblables. Il est convenable, dans un livre destiné h expliquer tous les termes de la langue archéologique, de donner le vrai sens c[ue l'on doit attacher à ce mot. L'effet d'un monument d'architecture est le résultat des sensations que l'ensemble et les parties d'un édifice produisent sur l'âme et sur les yeux. Cet e(l\t n'est pas produit par des causes arbitraires et indéterminées , et quoiqu'il soit difficile de préciser ce qui semble au premier abord insaisissable au raisonnement , il est certain qu'il réjulle de l'observation des premiers principes de l'art et des conditions essentielles du beau. Nous pouvons dire cependant que, dans les œuvres d'architecture, l'effet tient à la disposition et à Vexecution. L'eifet produit par la disposition résulte du bon emplni des colonnes , de la distribution des pleins et des vides, de l'ordonnance symélrique des principaux membres d'architecture , du rapport établi entre les dimensions en longueur, largeur et hauteur. Le jeu de la lumière et des ombres contribue puissamment à rendre l'effet plus piquant, en faisant détacher les colonnes et toutes les saillies sur le nu des murailles. L'efîet qui (téjjend de Vexecution résulte de la perfection qui est donnée à chaque partie architecturale, suivant le genre de perfection (p.ii

lui est approprié. On conçoit aisément que la bonne exécution soit indispensable h l'effet d'un édifice; quelque remarquable que snit la disposition, la raison et l'œil ne seront jamais satisfaits, si le travail n'est pas irréprochable.

Rien n'est plus nuisible h l'effet général d'un édifice que la trop gran le multiplicité des détails. L'œil doit toujours distinguer facilement les lignes esseiitielles , de manière (fue la raison se rende compte des conditions premières de solidité. L'eifet des monuments d'architecture grecque et romaine est généralement facile à apprécier, parce que les détails y sont peu considérables, et que l'ordonnance se déploie sans obstacle sous les yeux. Le préjugé, qui prévalut dans tant d'esprits au xvii' siècle et au xvni" contre les monuments d'architecture ogivale, naquit de la distraction ou de la mauvaise volonté des architectes qui appréciaient mal l'efl'et de nos grandes cathédrales, et qui les jugeaient uniquement d'après les principes d'un art différent. Aujourd'hui, que les idées sont rectifiées sur l'architecture du moyen âge, on se rend un juste compte de l'effet de ces édifices, et l'on voit que la raison et le goût y sont également respectés.

ÉGLISE. — L On désigne les églises sous un grand nombre do dénominations particulières ; nous en indiquerons les principales. Une église patriarcale est celle oiJ il y a un patriarche ; une cfjlise me'tropolitaine, celle oij il y a un archevêque : une e'^jUse cathédrale. Cille où il y a un évoque; une église collégiale, celle où il y a un chapitre de chanoines ; une église abbatiale, celle d'un monastère ou abbaye où il y a un abbé ; une église paroissiale, celle où il y a des fonts baptismaux; une église conventuelle , r/Mla d'un couvent ou d'une communauté religieuse.

On désigne encore h s églises d'après la forme du plan, qui est circulaire, en croix grecque, en croix latine, à bas-côtés simples, à bat-côtés doubles, etc. Voy. Plax.

Les diverses parties qui peuvent composer une église sont le parvis extérieur; le porche ou narthex extérieur ; le porche ou narthex intérieur ; la nef majeure, les nefs mineures, ou bas-côtés, ou collatéraux; les chapelles latérales des bas-côtés; ïintertranssept; le transsept ; le croisillon méridional du transsept ; le croisillon septentrional du transse{)t; le chœur ; le sanctuaire, ou abside, ou rond-point, ou chevet; les bac-côtés du chœur; le déambulatoire ou nefs latérales tournant autour du sanctuaire ; la chapelle terminale ou du chevet, consacrée ordinairenvuit à la sainte Vierge; les chapelles absidates, qui accompagnent la chapelle du clievet, autour du sanctuaire ; les chapelles 1 )téralcs des bas cotés du chœur. Quelques grandes églises sont accomp-agnées d'un c/oître, d'une bibliothèque, d'une salle capitulaire et de sacristies.

Après avoir donné les courtes complications qui [)r<'cèdent, nous ulluns entrer dans des

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(ic'lails iruiio autre nature et dau^ l'onlie suivant : Kylises ai)ost(>li(|U('S ol églises pri- • niilives; notions liistori»iiies ; é^^lises anté- . rieures aux t'i)i)(iues soumises aux classifications archéologiques ordinaires ; notice curieuse du cardinal Bona s'.ir les églises i lirijuitivcs ; autre notice du inèiuc auteur sur jj'orig-ne apostolique des ég'ises; notice de CaUassut sur les églises anciennes; synibolisiue de Téglise chrétienne, [)ar (luillaïune Durand, évé(iu.' de Mende, dans son ilulional des divins ojliccs.

Dans sr.n giand ouvi-age : Vdera mommenta, le savant (.ianii)ini mentionne un nombre considérable d'églises chrétiennes élevées dés les i)remiers temps du chrislianisnie, c'est-h-dire même à partir des années 33, 3'i-, 30, 37, .'^o, W, hl, iS et suivantes, sous l'enil)ire de Tibère lui-même et sous le sanguinaire Caligula. Ciampini cite un grand nombre de témoignages, mentionne Ks lieux où s'élevaient ces églises et le nom des écrivains grecs et lalins qui ont parlé de ces edilices. 11 serait facile d'accorder de ce que dit Origène (m Cell., lib. vni, pag. 389), « que les lieux oi:i s'assemblaient les pi^em ers chrétiens ressemblaient à des écoles et ne pouvaient être assimilés aux temples païens qui n'étaient jamais sans idoles de reliet, ni sans autels, » avec la pensée de Ciampini qui, en traitant d'édifices, de monuments, les abris que le modeste troupeau du Bon Pas eur devait s'être réservé pour ses assemblées rel.gieuses et ses agapes ou re|)as de charité, n a pas sans doute entendu que ces édilices participassent en rien, comme ceuvies d art, même des basili(!ues constanlinunncs qu il décrit si bien. Ciampini s'exprime ainsi luimême en faisant la conclusion de sa dissertalion: Qm contra acatholicos demonslratur in tribus primis Ecclcsiœ sœcuiis persccultonnin tempore, publica œdificia fuisse in quibus Cliristi Jidelcs sacras synaxas pera(jebunt. On lit encore: Liquct irjitur, ex his omnibus unam faUacibus futi'libusque oryiimcntis iittantur, qui in prioribus tribus EccUsiœ sœcuiis sacra œdificia, quœ acœmcteriis cryptisque distincta publiée a fidclibus adircntnr H sœpcnumero ecclesiœ vocitarentur , CInistianjs fuisse, vocant. {Vctera Monim., cap. 17,

pat". Mi.) , ., ,

Quant aux édifices chrétiens du m' siècle, Ciampini puise un argument irès-puissant dans une letlie de Constantin h Kusebe, sur les restaurations ([ue réclamaient alors, c està-dire veis 313, les édilices chrétiens qui, par consé(]uent, n'avaient i)as tous été lases par Dioclél:en, comme le dit Kusèbe {JJtsl., lib. VIII, cap. ^; hb. x, cap. 2), témoignage bien plus |>ositif de leur ancienneté, des ce temps, qu'il ne le sera.l de nos jours, eu égard à la nature de nos coiibti uclions actuelles, comparées à l'appareil romani : Omnium eccUsiarum œdificia, dit l'emiicreur, aul prr incuriam corrupta, aut prœ meta mnrucntis tcmpurum iniquilalis minus lionoriticc, asulla cssc. Le savant antiquaire italien,

après avoir fait la citation [précédente, passe il rinterprélation suivante: /'.'a: supra relatacpistolœ tenorc, jtvtcris, bcnitjne lector, colligère, jam ante (■onstantini tempura fuisse Dca œdificalas eeclcsias, quod a neolericis, ac a vera reiujione alienutis fratribus in dubiuin revocal ur.

Contre le reproche que les chrétiens n'avaient ni statues, ni temples, ni autels, ni sacrilices, Minutius Fé.ix S(! contente de répondre que l'homme est la vraie image do Dieu, (pie le monde même e>t trop petit jjour y renfermer une majesté inlinie ; qu'il convient beaucoup mieux dv- lui dresser un temple dans notre esprit et de lui consacrer r.n autel dans notre cœur. 11 ajoute: Quoique nous ne voyions pas le Dieu que nous ador ions, il nous est présent i)ar ses œuvres; il n'est pas seulement aujjrès de nous, il est dans nous. ^Minutius l'élix, pag. 250.)

Ce serait a tort que l'on voudrait concl rc des paroles précéuenles que les |)iemiers chréliens n'avaient ni temples, ni autels. Les monuments historiques nous fournissent la meilleure interjjrétaton de ce pas.^age. D'après les traditions transmises jiar les auteurs ecclésiastiques, il paraît certain que, dès le 1"' siècle du christianisme, les fidèles eurent des lieux d'ass.mblée ])ublique. Ce point de fait a été savamment discuté par Ciampini {Vet. Monim., tom. 1, jrrop. 17). Il y jirouve, à l'appui de ce qui est inaïqué implicitement dans ic Liber pontificalis, que ces assemblées publiques fuient en usage jusqu'à l'ej oque de la première persécution, qui eut lieu sous Néron, l'an 00 ou 08, et qu'elles se maintinrent dans l'interval.e d'une persécut.on à l'autre, sous queltiucs-uns des empereurs moins décidément ennemis de la religion nouvelle : tels furent Adrien, qui eut de l'indulgence, on pourrait presque dire du goût pour toutes les espèces de culte ; Alexandre Sévère, qui tenait dans son laraire une statue du Christ ; et Phili[)pe, que l'on soupçonna d'avoir, ainsi que rim[)ératrice son éi)Ouse, embrassé le christianisme.

Origène nous api)iend que, de son temps, les chrétiens n'avaient point d'image de Dieu, ne voulant pas qu'on imitât par des figuies la Ibrme de Dieu qui est un è re invisible et immatériel; mais ils avaient d. s églises dans tous les endroits du monde, dont la pluiiart furent brûlées dans la persécution de iMaxi-

inin

Ne imagines quidem corum {deorum) putamus statuas, ut qui Deum incorporcum cl invisibilrm nulla figura circumscribamus (Origen., lib. vu contr. Cels., pag. 370).

Scimus auteni et apud nos lerrœ motum faelum in locis quibusdam et factas fuisse qnasdam ruinas, ita ut q^ti erant impii eatra pdein, causam tcrrœ motus dicercnt Clirislianos, proptcr quod et persccutioncs passée sunt Jùclesiœ et incensœ sunt. ^,Orig., Tract. 28 in Matlh., loin. H, i«. 28. Ceneb.)

Ce dernier ]tass;ige est fort remarquable. 11 nous fait connaitre comment les chréliens

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