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existe aussi derrière l'église de Sai-nle-Ua icgonde, et l'on voit toujours le passage secret, obstrué par des arbustes et des broussailles, q li conduisait à cette caverne. Le même évèijue, suivant une tradition, aurait fonil('' huit églses paroissiales, doi.l S'i^'cs serait la seplit'mp, cl Huismes la huiti me.
Saint Lidoire, 3'iî-';87, consacra la première église dans l'intérieur de la cité et bAtit la première basilique (I). 11 eut pour suc- C'sseur saint Mariin, (pii fonda des églises à Laugeais, h Sonm;, à Amboise, à Chisseaux, à Tournon el à Candc (2).
Saint Brice, troisième évèque, 397-'i-V'i, lit construire une petite basili([ue sur le tombeau de saint Martin, son maître et son prédécesseur; il éliblit des églises à Gravant, à Bniy ou Keignac, h Pont-de-Rouen, à IJrizay et à Chinon (3). 11 bâtit aussi à Tours la seconde église, sous le titre de saint Pierre et de saint Paul, la première étaiV. insuftisante : elle fut connue plus lard sous le nom do Saint-Pierre -du-Bode {Sandus Pttrus de Ballo seu Vallo).
Saint Kustoche,ili-iGl, constr.dsitàTours l'é dise des saints Gervais et Protais, qui disparut en 1G58, au moment où l'on agrandit le palais archiépiscopal; peut-être en trouverait-on les restes dans les murailles inférieures d "- la chapelle de l'archevêché. Il avait fondé des églises paroissiales à Brèches, Yseures, Loches et Dolus (i).
Saint Perpet ou Perpétue, kdï-ïdk, rebâtit à grands frais et sur un plan plus vaste la basiliijue élevée par saint Brice sur le tombeau de saint ASartin. Saint (Grégoire nous en a donné une description fort curieuse, quoi(]ue assez obscure : « Voyant , dit-il, les miracles qui s'opéraient continuellement au tombeau de saint Martin, Perpetuus jugea que la petite chaj)elle ou celle élevée sur les restes de ce grand saint, n'était pas digne de tels prodiges. 11 la fit disparaître et bâtit à la place une grande basilique, qui subsiste encore aujourd'hui, à cinq cent cinquante pas de la ville.
« Elle a cent soixante pieds de long sur soixante de large; jusipi'au plafond elle a cpiarante-cin([ i)ieds de haut. 11 y a trentedeux fenêtres dans le chœur et vingt dans la nef, et quarante-huit colonnes. Dans tout l'édiiice on compte cinquante-deux fenêtres,
(l) Ilic oedillcavit ecclcsiam priniam intra urbciu Turonicain, ciim jam miilli essent christiani, priiiiaqucab eo ex «loiiio cnjtisdam seiialoris, basilica fada osl. (rireg. Tiir., Ilhi. Franc, lib. x, caj». 51.)
[^1) In vicis (|ii()(]»e, id csi, Aiiiigavieusi , Soloiiarousi , Ambaciensi , Cisoniagcnsi , Toriiuniagi'iibi , Coiulalciisi, dcslriiclis dclnliris l):i(tlizalisqiie {,'tMilibiis, ecclcsias ;iîdificavil. (Gieg. Tiir. ibid.)
(3) lliiiic fcrmil iiisliliiisse ecciosias |ht vicos, iJ osl , GalatDiiir.im , nricoain , UoloiiiagiuH , Briolrcidoiii, CaiiiDiiem. (Ibid.)
(\) lliiiic fcriiiit iiisliluissc ecclcsias per vicos niixeis, kiodonim, Liiccas, Dolos. IbU. .Kdilii-avit diaiijccclcsiam iiilra imintscivilalis. in qiia reli(|iiias SS. Gervasii l'I Prolasii condidit, .iiij; a !S. MarliiiO de Iialia suul delaUc. {Itii.)
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ceni vingt Cûlonni'S ot huit porlos, iloiil Imis dans le chœur etcinij dans la nol'(l). »
Lorsque Ci'tte l)a.sili(inc, d'un travail admirable (2), futaclievc^e, on en lit la dédicace en i92, et on transporta dans l'abside (3) le corps du saint évèque.
Des débris de la basilique construite primitivement par saint Brice, saint Perpet éleva une église sous le vocable de saint Pierre , coiuiue jus ]u'à prés -nt sous le nom de Saint- Pierre-le-Pueliier. Il fonda en outre des églises i\ Montlouis , à Esves ou Saint-Mars , à Monnaie, à Butou, à Ballanet à Vernou (i).
Pendant la courte durée de son épiscopat, saint Volusien ton la l'église de xManthelan. I/évé(|ue Injuriosus bUit celles de Saint- Cierinain, de Neuillé et de Luzillé; et saint Baud, celles de Verneuil et de Neuillé-le- Lierre (5).
Entin, saint Euphrône, mort en 573, auquel succéda notre saint (Irégoire, consacra l'église de Sainte-Maure et fonda celles de Saint-Vincent à Tours, de Cér ■, d'Orbigny et de Sorigny. 11 n'était pas encore évèque lorsqu'il fit construire une église dans le faubourg de Saint-Symphorien, qui n'avait qu'une petite chapelle bâtie par sanit Perpet (G).
Saint Grégoire se complaît dans l'énumération des œuvres de ses prédécesseurs : il consigne avec attention dans son Histoire tous les faits que lui a appris la tradition ou qu'il a trouvés mentionnés dans les archives de son église. Voilà 4|onc au moins quarante églises du diocèse de Tours dont nous connaissons positivement l'origine, bâties en moins de deux siècles, depuis le milieu du IV' siècle jusqu'à la Cm du vi% temps auquel notre historien écrivait et siégeait sur le trône épiscopal de Tours.
Pouvons-nous espérer d'y retrouver quelques fragments de la construction primitive ? Avant de répondre à cette question et d'examiner ces églises sous le point de vue archéologique, nous devons étudier certains passages des écrits de saint Grégoire, relatifs au çQode de bâtir usité de son temps.
Au témoignage de Sulpice Sévère, de saint
(1) Qui cum virtutes assiduas ad scpulcrum ejus fieri cerneret, cellulam qu« super eum labricata fuerat videns parvulam, indlgiiam lalibus luiraculis judieavit. Quasubmola, magnam ibi basilicamquai usque hodie pernianet fabricavit : qu:e hal>etur à civilale passas quingentos quinquaginla.
Habct in longum pedes centum sexaginla, in latum sexaginta. Habel ia altuin usque ad cacieram pedes qiiadraginta quinque , fenestras in altario liiginta tiuas, iu capso viginli; coluninasquadraginla unam. In loto sedilicio feneslras quadraginta duas, coluninas cenlum et viginli ; oslia octo, tria in altario, quinque in capso. {Ilist. lib. u, cap. 14.)
{'■1) Miro opère. (Lib. x, cap. 31.)
(5) lu cujus apUda beatum corpus ipsius vencrabilis sancti Iranslulit. {Ibid.)
(i) Basilicain qno;|ue S. Laurenlii monte Laudiaco ipse construxit : hujus lenipore setlilical^ie sunt ecclesiae in vicis , id est, Evena , Mediconno, Barrao, Bdloluiline et Vcrnado. {Ibid., lib. x, cap 51.)
(o) Lib. X, cap. 51. #
(0) Hujus temporc basilica S. Vincontii redlKcala est. Tauriaco, Ccniicci Orbiniaco vicis ecclesiic tedificatx sunt. (/(il/.)
Ft^rttmat de Poitiers, de saint Grégoire de Tours et de quehjues autrtvs, il païaîi (pie la plu|>art des églises, connue^ les autres édifices, étaient consiriiites en bois. Ainsi seulement s'expliquent les récits des historiens (jui racontent qu'une église ou une ville entière était dévorée entièrement par les flammes en quelques heures. « Vous avez relevé, dit saint Fortunat dans son style poétique, en s'adressant aux évoques, vous avez relevé les temples de Dieu ruinés par l'incendie ; vous en avez balayé les cendres légères |)our en rétablir le faîte dans sa glo re primitive : ainsi le phénix devenu vieux trouve la vie dans la mort et s'élance plein do jeunesse des cendres de son bûcher (1). » Ce système de construction en bois est ce que l'auteur de la Vie de saint Didier, évèque de Cahors en 630, appelle la coutume gauloise, notre co%itum» gauloise (2), par oppos tion àla méthode romaine, suivant laquelle les vieilles murailles de fortifications avaient été bâties, et qui semblait revivre au temps où le mémo écrivain l'appelait nouvelle manière de bâtir, novum œdifîcandi genus. A peu près dans le môme temps, au ranport du vén 'Table Bède, Benoît Biscop traversa l'Océan et alla dans les Gaules chercher des maçons pour bâtir une église en pierre, sel>n la coulume romaine, qu'il nimaii toujours (3). Voilà donc les deux procédés usités communément dans notre pays depuis Constantin jusqu'à Charlemagne. Le plus grand nombre des ég'ises paroissiales et des basiliques qui s'élevaient comme par enchantement avec une incroyable rapidité, réparées et reconstruites a la hâte et comme en courant, étaient évidemment construites en bois ; et quelques monuments religieux plus importants, fondés à grands frais, comme les églises épiscopales et les basiliques dont il est dit qu'elles furent construites avec un travail admirable {miro opère), telle que la basilique de Saint-Martin, étaient bâties en pierre. iDans les campagnes, où les ouvriers sont moins habiles, oiii les nouveaux procédés pénètrent difficilement et à la longue, on conservait la c^tutume gauloise; dans les villes, où les traditions des premiers conquérants s'étaient plus fidèlement gardées, on suiva t la coutume romaine. Soit insuffisance des ressources, soit timidité de l'art, soit plutôt secret instinct qui attache les hommes aux coutumes de la patrie, les traditions gauloises, affaiblies par le temps, étaient encore en vigueur dans la Gaule celtique au commencement duxi' siècle. « Chez nous, dit Wandelinus, dans son Glossaire salique, j squ'à l'an 1000, presque tous les monastères et les basdiques étaient en bois (i).»
[H Fortunat. ap. D. Bouquet, tom. II, passim. "1) Non quidem nostro galiicano more, sed sicut anliquorum murorum ambitus magnisque, quadrisque saxis exslrui solet.
(5) Cainientarios , qui lapideam sibi ecclesiam , juxta Romanorum, qucm seniper aniabat, morcm lacèrent. (Yen. Biida, lib. i, num. 5.)
(4) Lignca siquidem, ad annum Christi millcsimum, apud nos omnia prope monasteiia et basilicas exstilisse , tradit Wandelinus in Gtossario sultco ,
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T.os conslniclions niontioniiccs par saint (•réj^oirc do Tcnirs, et <lftiit nous avons l'ait réiiuinrration, ('•laiont-ellcs hAlics h la manière gauloise ou .\ la manière romaine ? On a prc'tondu (ino, iionr rinlellijj;cn(;c du toxto do uoIim; historien, il fallait entendi'O lo mot falirica'e par bâtir en bois, ot le mot œdificare ])»v bâtir en pierre. C'est ainsi qu'il est dit de s.iint Eustoche : « Magnam ibi hasilieam, quas et usquo liodic permanet, fabricavit. » Kt ailleurs : « Multas et alias basilieas aMlilicavit, quw usqiie hodie in ('liristi nomine constant (1). » Mais nous n'a Imettons point re mode il'inlerprétation ; il no nous paraît pas suflisamment fondé. Il nous suflit de savoir que les édilici^s ilc ces Apes reculés étaient plus souvent en bois qu'en pierre : ce qui nous ex[)lique amplement {)Ourquoi la plupart ont entièrement disparu s-ms même laisser de ruines.
Quelle était alors la forme des églises ? Le plan en élait varié , mais il était ordinairement en croix, avec uni; nef al'onjjji'O et une abside semi-circulaire au clievet; (juelques églises furent entièrement rondes, d'autres carrées. Les unes étaient surmontées de plafonds et les autres do voûtes; toutes étaient tournées vers l'orient. On no saurait piendre une idée plus exacte des princi|ia!es dispositions d'une grande basilicpie dos Gaules (pi'en lisant la (lescri[)tion do l'église bâtie *à Cl or m'ont i)ar l'évôviue saint Namatius :
« Celui-ci fit construire sous sa direction l'église qui existe actuellement et qui pa>se pour la plus anc'enne dans les nui! s de la cité. Elle a en longueur cent cinquante pieds, en largeur soixante pieds , en liauteur, dc- })uis le pavé jusqu'au plafond, cinquante pieds; elle présente, en avant, une abside ron le, et, de c!ia([ue côté, des ailes construites avec un travail élégant ; tout réditice s'étend en forme de croix. On y voit (juaranto- (leux fenêtre?, soixantc-dix colonnes, huit portes. La crainte de Dieu y règne, et une grande clarté brille dans toute l'enceinte. Les murs du sanctuaire sont oinés en mosaïque d'une grande quantité de marbres différents (2). »
Celte église devait assurément être fort belle; celle de Saint-i^L^rtin d(! Tours élait encore i)lus S{)lendide, puisqu'on y comptait cinquante colonnes et dix icnèlres do plus
3u'à Clermont ; mais c'étaient , sans nul outo, les chefs-d'œuvre du temps, et l'on se
\orl)0 Ihsilica. (Ap. Marlot., Melrop. Eccl. Ilhem. UiH., loin, f, pag. -iTt).)
(1^ Greg. Tiir. Uisl. lib. ii, cap. 14.
(2) Uic ecclt'siam qiia' mine constat , ot vctorrinia iiilra niuros civitatis iialicUir, siio stiitlio i'abricavil, habcnicm in longiun pcdos centnui (|ulni[iiaginla, in laliini pedcs scvaginla, in ailnni intra caplsiini nHipic canierain pcilcs qiiin((iiaginla : anic al)siili'ni rolundani liabcMs, ab ulnxiiic lalcrc relias eleganli eon- Struclns opère, tolunnpie aHlificinni in nioduni crneis hat>elnr exposituni. llabet lene-,tras xlii, eoliimnas i,xx, ostia oclo. Terror nnmqnc il)idcni Dei et claritas magna eonspieiliir.... parieles ad allarinm opère sarsurio ex nmllo niamioi iim gencre exornalos babct. (Greg Tur. liv. n, cap. IG.)
IrompeicHl élruii-emeiit si l'on prétendait retrouvée celte pompeuse décoration ilans les modestes bisili(pies de nos campa.nps, dans ces édilices (juo saint Grégoire appelle phbanas ccclenas.
Nos plus anciennes églises ont été nAties sur le plan simple de la basilique primitive : on le retrouve parfaitement conservé h Saint- Michel-sur- Loire. L'édifice consiste en une seuh> nef, terminée h l'orient par une abside en hémicycle. Quoique cette église oITre les caractères de la [ilus haute antiquité et que la muraille du nord soit en ])etit appareil, nous n'osons pas cependant la l'aire remonter à une époque antérieure au xr siècle, parce que les documents historiques nous maufiuent pour ajtpuyer solidement notre ofjinion. 11 n'en est pas do même pour Saint-Mars-la-Pile : la partie supérieure de l'église est de la fin du xi' siècle ; nous en connaissons la date positive (1). Cette portion du monument est construit(5 en pierres de moyen et de grand a|)pareil, et dilfère essentiellement de la nef l)/!tie en pierr, sde petit appareil, quadris Inpidibits : il y a évidemment ici deux procédés ditl'érents, et , puisque la région absidalc et lo clocher appartiennent authentiquement au XI' siècle, on no saurait nier que la nef soit (hi style romano-byzantin primordial. Une fois ce point admis, et nous le croyons incontestable, y a-t-il une si grande dilficu té à admettre que cette antique basilique remonte au temps de saint Grégoire ? Peutêtre CCS belles muradlos, d'une solidité à l'épreuve du temi)s, d'une conservation parfaite à côté des murs du w' siècle, lézardés et écrasés par lo poids des voiUes, sontelles de la basilique lV Evena, nom primitif, de Sa nt-Mars, d'après M. Clia-lmel (2j ?
Un monument dont la vétusté est plus frap; anto encore est celui dont on voit les débris dans le bourg de Vernou. Un grand pan do muraille, percé de fenêtres en plein cintre, se dresse au milieu des consructions, défiant les in.ures des saisor.s, bravant les elforts des hommes. Les instruments les. mieux trempés s'émoussent sans j^iouvoir, l'endommager. Les pierres régulières do }>elit appareil sont unies par un ciinont épais, plus dur que les pierres e'.lvs-mêmes. Les cintres sont formés de briques accole es, séparées par des claveaux de distance en distance. On connajt cette- ruine sous le nom de Palais de Pépin le Bref; peut-être faudraitil y voir les res'es de la basilique de Vern idum, fondée par saint Perpet? Quelles que suent d'ailleurs les conjectures hasardées sur ce curieux débris, il n'en demeure pfls moins cert.un pour les antiquaires éclairés, qu'il remonte à une éjHi(]U(MiifticiIe h déterminer sans le secours de riiistoire, et qui no saurait être postérieure au \' siècle.
Des restes non moins authentiques quo
(I) L'oglisc de Saint-Mars-Ia-Pile fut consaerée le vu des i.les de dée:'nibre m\(.i (1001). — Extrait dn Marlyrologe de saint Julien de 'lt»urs.
(:!) ll'it>luire de Touraine. Chalnicl, toni. 111.
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ceux d) Vornou subsislcnl encore 5 Chisst^aiix, h Sonuay, à Saint-Germain-sur- Vienne et cl Pont-ile-Uouen ; et il ne faudrait pas grand ellort pour en reconnaître dos vest'igos à Sorigny, .H Reignac et à Manlhelan. A Gravant nous voyons une muraille ent ère qui remonte à cotte époque reculée.
Cette Langue énumération d'édifices, ou, pour p;irler plus exactement, de fragments d'édifices contemporains de saint Grégoire d î Tours, excitera l'étonnement, un sentiment d'incrédulité peut-être chez plusieurs archéologues. Nous ne nous sommes pas dissimulé la difficulté de notre thèse. Mais nous avons acquis une conviction profonde «l'.ie nous possédons réellement d'assez nombreux débris des constructions religieuses les plus anciennes des Gaules. Voici quelques-mis des arguments sur lesquels elle s"appuie.
Quiconque a tant soit peu étudié la science archéologique, sait quelle iraport.inco nous attachons K l'analogie. Lorsque nous rencontrons un édifice dont les formes architecturales sont fortement caractérisées, mais dont la date est inconnue, en le comparant à un monument analogue, nous en déterminons l'c^ge aisément et sûrement.
ContPStiT ce prmcipe , serait ébranler la science jusque dans sa base.
L'église de Gravant présente dans son état actuel des signes architectoniques propres à guider l'antiquaire de manière que l'erreur soit presque impossible. L'abside porte tous les caractères du style romano-byzantin secondaire, et ils y sont très-nettement accusés. L'œil peut donc facilement comiiaror la part'e primitive avec la partie postérieurement ajoutée : deux styles sont là en \wé- .*;encf^ ; toute confusion disparaît. Or, entre la nef et l'abside de la basilique de Gravant il y a une distance infinie. H faudrait faire violence aux principes les mieux arrêtés de la critique des monuments pour les attribuer h une seule et même époque artistique. Pour i'archéologue attentif, il y a certainement une ditVércnce aussi prononcée entre les deux parties, qu'entre les constructions ogivales du xin' siècle, graves et sévères, et c^'lles du XVI' siècle, surchargées de lignes et d'ornements.
La })artie antique de l'église de Gravant est bàlio en pierres très-bien appareillées. Le }>ciit appareil domine dans l'édifice et se fait iomir(juer par une symétrie spéciale et par une liaison de ciment fort épaisse et fort solide. G'est une imitation, ou au moins un souvenir, des murs gallo-romains de Tours. j>es fenêtres à l'extérieur sont accompagnées d'une archivolte très-simple, appuyée sur de liotits modillons, régulièrement espacés, taillés en quart de rond. Entre chaque fonèlre, la grosse moulure qui sert d'archivolte se 1 élève de man ère à tigurer une espèce do fronton triangulaire : les lignes en sont soutenues sur les mêmes modillons. Cette décoration, par sa régularité symétrique, proiJuit un etfet agréable. On voit une disposition samblabl'j à l'église de Saint-Géncroux,
au diocèse de Poitiers, qui a été depuis h.n^temps signalée par M. M 'rimée, M. de Caumont et d'autres ant'quaires.
L'église do Pont-de-Rouen {Rhotomngi(s) est moins belle que celle de Gravant, mais, comme cette dernière, elle offre do curieux vest'ges de doux styles d'architeclure : on dirait vraiment que cett' opposition de caractères architeotoni(|ues s'y trouve à souhait pour la facilité de la démonstration. La partie romane primitive est bUie en petit appareil irrégulier et avec une certaine bir. ario. Les fenêtres sont petites, étroites, on fo me de meurtrières, fermée? en haut par une espèce de linteau. Toute cette construction montre l'aspect de la vétusté, à côté du portail, qui date du xi" siècle. A quelle époaue peut-on rapporter un bâtiment qui est évidemment bion plus vieux que le xi° siècle? Des antiquair^'S prévenus hésiteraient à répondre. Pour nous, nous pensons rester dans les limites les plus étroites de l'analogie et do l'induction, en attribuant à saint Brice d'antiques murailles incontestabîem nt antérieures au x^ siècle, bâties suivant un système conforme aux procédés des siècles les plus éloignés.
Quant à l'église paroissiale de Sonnay, fondée par saint Martin, mentionnéepar saint Grégoiie et par l'historien de la translation du corps de saint Léger, évoque d'Autun, il serait assurément difficile de prouver que le moindre fragment remonte au y siècle, malgré l'apparence de la plus haute antiquité. Nous n'essayerons pas de le faire, nous contentant ici de publier une très-curieuse inscription récemment découverte par M. l'abbé Fleurât, curé de Sonnay. Après l'avoir lue, les antiquaires les plus sévères seront forcés de reconnaître dans le vieil édifice des restes de l'architecturs du ix« siècle. A ce sujet, notre raisonnement est toujours le même : l'archéologie nous montre une construction qui précèiie le style usité au x* siècle; pourquoi ne pas s'en rapporter à des documents historiques parfaitement aulhenli iues,quine sont pas en contradiction avec les principes de la science ?
Voici cette inscription ;
Hic reqiiescil Alderamnus SdCCidos, vir vcru' vitœ AitKitor, fuie plenns et charitalis AiHore, ]n-odi(j'(i ergn pdiipercs Laitjilor, liane quo(iite qunm lernis ACdem ipre (undavil iib imo.
Obiil in p'ice viii" («/. iiKtiaiino Dni Il cti: i.xxiv (874).
Plusieurs aulros églises, dont nous avons déjà cit(^ les noms, portent (.«noore (luelcpie empreinte des art.«; chrétiens primitifs dans nos ccmtrées. A Gliisseaux, >L de Caumont signalait des rostes île construction 5 petit appareil, dont l'étal ne démentirait {»as l'origine ; à S;iint-Germain-sur-ViemK',on <-iperçoit à la base de la tour et dans le mur soplentrional de la nef, des débris antiques analogues à ceux de Gravant, avec quelques dessins grossièrement sculptés, dans le genre Je ceux qui ont été publiés par le s*-
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Y.int M. (lo Caiimont dans la première partie (ie son coins d'Antiquilùs nationales. H en (\st (le niOiue à Sorigny, à iManthelan et à Ueignac.
Nous n'avons fait qu'effleurer une des plus graves questions de Tarchéoloyie. Nous en avons (lit assez pour appeler l'attention des ,inti(iiiaires sur nos V(^'n(!' râbles basiliques plébéiennes, comme les appelle saint Grégoire (le Tours. Nous avons la ferme conviction que, malgr(3 les ravajj;es des siècles et les ellbrts des hommes, qui font plus de ruines (pic le temps, la Toiu-ainc possède encore de pri'cieux déhris de ses monuments chrétiens primitifs. On peut nier nos preuves, contester nos raisonnements, mais nous pensons qu'on ne le peut pas fair.^ saiss s ■ jeter dans d'inextricables diflicultés. N'avons-nous pas eu notre faveur les principes l(>s mieux aflermis de la science des anti([uit's religieuses ? Comment souteniv([ue des éd. lices élevés suivant des systèmes opposés, dont les caractères sont esscnticllenK^nt ditférents, appartiinnent néanmoins h une même époque et à un même style architectonique ?
L'Age des édificf^s à coupoles en Franco a vivement préoccupé les antiquaires. 11 n'existe i)eut-ètre aucun écrit sur notre architecture nationai.î où il n'en soit plus ou moins longuement question. Les principales églises à coupole du midi de la France sont au nombre de huit : Saint-Htienne de Cahors, Saint-Front de Périgueus, l'église de Sonillac, Notre-Dame du Puy en Vélay, Saint- Pierre d'Angoulème, l'églis^ du Roulet, près (i'Angoulème, l'ancienne collégiale de Loch s, au diocèse de Tours, l'église paroissiale de Higny, dans lo même diocèse. Ces églises sont couvertes decou])oles ou dômes sphériques, comme celles de Sainte-Sophie do Consîantinople et de Saint-Marc à Venise. L'existence de ces monuments à coupoles l)ien formées est très-curleus 'dans une cerliiue région de la France, qui a la Loire pour limite extrême. Kn de(;à de ce ILnive, nous remartpions d'ailleurs que l'architecture romano-byzantine a pr.s des dévelopj)ements particuliers, qu'elle n'a jamais reçus dans le nord. ( Voi/ez Ryzantin.)
On a longtemps hésité pour savoir à quelle époipie il fallait rapporter ces curieux édifices, et nous devons avouer que la question n'est pas encore entièrement résolue, malgré le beau travail de M. de Vernh -il sur la catli(''drale de Saint-Front. Nous avons essayé de jeter (pielipie lumière sur ce sujet dai?s l'ouvrage intitulé : Les Cathédrales de France. Nous attachons une extrême importance, disions-nous, h la page 80, à la détermination d>^ l'.ige des monuments byzantins (pie nous avons précédemment nommés. On a débité tant de fables sur cette matière, que la vér.té aura peut-être quelque pein-' à i révaloir. La catîiédralede Saint-Front de Périgueux, mieux connue et plus exactement appréciée' par M. de 'Vernheil, a été considérée comme uue construction du x' ou du xi* siô-
cl ', tandis que autrefois on avait osé reculer la date de sa fondation à une é|!0(iu(; antérieure au XI' siècle, et même, chose incroyable, juscpi'au iv" ou v* siècle. L'opinioii do M. de Vernheil, plus vraisemblable quo celle de ses devanciers, n'est pourtant pas encore démonlr(;e, car l'aiiparition de l'ogivo dans les arcs [U'incipaux, au xi' siècle, daiis cette partie de la France, serait un fait extr.iordinaire. La cathédrale d'Angonlèmi avait été regardée, dans sa pf^rtion antique, comme un débris d'un temi)le païen, et les moins obstinés ne voulaient pas admettro une date plus récente (jue la lin du vi' siècle, époifue à laquelle le monument a été rebAli par les soins de Clovis. Cependant, en compulsant les titres relatifs M'œuvre de Saint- Pierre, on a trouvé que l'église fut rrconstruite entièrement, a primo lapide, au commeucementdu \n* siècle. L'ancienne colh''giale de NotrcvDame de Loches présente deux belles coupoles en pointe qui ont conservé leur disposition j)rimitive : leur construct'on ne remonte qu'au xii' siècle, ainsi que nous en avons la preuve [ ar des pièces authentiques que nous avons entre les mains. De ces faits ainsi posés, nous tirons la conclusion que les églises à d(jmes byzantins du Périgord et du Quercy ne doivent pas être attribuées à une époque antéri-nre aux premières années du xir siècle.
Nous ne partageons pas l'opinion de M.
Calvet, auteur d'une curieuse et savante Notice sur la cathédrale de Cahors, qui attribue aux coupoles de Saint-Etienne une antiquité b ^aucoup trop reculée, en les reportant à la date du vir siècle. La ressemblance de la disposition générale entre Saint-Front et Saint-Etienne démontre que ces deux édifices ont été b'tisà peu de distance l'un de l'autre. On pourrait même aller plus loin et considérer Saint-Front comme le modèle de la basilique de Cahors, ce qui lui assurerait la priorité et par conséquent une plus grande ancienneté. En mettant do côté toutes les considérations archéologiques, on ne saurait concevoir par quelle protection spéciale la cathédrale de Cahors du vu' siècle aurait échap])é aux mallieurs des temps, h l'invasion des Sarrasins, aux tro' blés du règne du brave mais infortuné Vaifre,duc d'Aquitaine, aux fureurs des Normands et aux guerres continuelles qui désolèrent Us deux. j)remiers tiers du moyen Age. Vers lo milieu du xn' siècle, le pape Calixte II lit la consécration du nouvel autel de Saint-Etienne. Cet acte solennel, si important cians la liturgie catholi(pie, n'indiquerait-il |vas (lue l'on venait d'aL^liever des travaux considérables dans la cathédrale? Ne serait-ce pas h cette éi)0(pie que les voûtes, en paiticulicr, auraient été achevées '}
La ratliédrale de Coutances estinconte.MablenuMit un Les monuments les plus remarquables de la période ogivale. On y voit, à un haut degré de perfection, toutes les formes usitées ea France à. la lin da xir siècla-
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ot au pomnvnronr'nt du \ui'. A ne consulter ^[\ic l'annlogio, cet c'Jitico est contemporain tlos catluVlrali'S de Paris, de Chartres, de Teurs , tle Bourges, d'Amiens et de Reims. Le style est le même dans toutes ces g;randes (.'églises ; les caractères architectoniques sont identiques. Certains archéologues normands, plus v 'rsés dans la connaissance «•les monuments littéraires que dans l'étude com[)aréedes monuments d'architecture, ont prétendu que Notre-Dame de Coutances avait été commencée vers l'an 103J et torminée en 1083, sauf quelques parties évidemment «•onstruites au xn' et au w' siècle. Ce serait nn phénomène inexplicable que la construction de la catlié irale de Coutances, au milieu ilu XI' siècle, suivant un système d'architecture qui n'était mémo pas annoncé ailleurs par des essais, des ébauches, qui pussent le fiire pressentir ; de sorte que le style si compliqué du xur siècle aurait pris subit-m nt. naissance en basse Normandie et aurait créé un chef-d'œuvre pour son coup d'essai. Cett^ prétention, soutenue par MM. de Gerville et J'abbé Delamarre, a été combattue par M. Vitet, dans sa Description de Ja cathédra'e de Noyon, et par nous-môme, dans notre ouvrage intitulé : Les Cathédrales de France, publié en 18i3. Chacun peut aisément comprendre de quelle importance pour la science archéologique est une discussion de c tte nature. Nous sommes forcé de l'abréger ici ; nous exposerons néanmoins les princrpaux arguments qui ont été apportés de part et d'autre. Les antiquaires anglais ont apprécié la gravité des débats relatifs à cette question : ils y ont eux-mêmes pris part dans plusieurs écrits, malheureusement peu connus en Fr.ince jusqu'à présent.
Dès 1824, M. de (.erville publia un mémoire «ans lequel il soutient que la cathédr.de de Coutances est du m lieu du xi" s ècle, sauf des restaurations que le temps et les guerres civiles avaient rendues nécessaires. 11 signale spécialement quelques ciiapelles et la partie de la façade occidentale comprise entre les deux flèches, comme offrant des caractères d'une date moins ancienne. Le monument serait donc, dans son enseml)le, le même qui fut prespic entièrement éditié par les soins de l'évèque Geoffroy de Montbra ^'j que les fameux Tancrède et les autres soigneurs normands aidèrent puissamment de leurs trésors.
« L'architecture de notre cathédrale, dit ^1. l'abbé Delamarre (1), qui, pour la beauté du travail, ne le cède peut-être à aucune autre en France, dérange les idées reçues sur la théorie de l'art : il me paraît nécessaire de prouver qu'elle fait exception. Les deux clochers, cette admirable lanterne (|ui est au-dessus du chœur, la plus grande portion du côté septentrional de ce cliœur et pres-
(1) Ksai sur la rrriiable orUjine et sur les vicisxitj.iies de In cathédrale de. Coutances , par M. i'abl)é Ddaniarrc, vicaire généra! de Coulances, 1 vol. in-4% extrait des Mémoires de l;i Société des antiquaires de Nornia?u!ie, XU' vol., 1810-1811.
qu2 toute la partie centrale de rédiUco intérieurement, sauf les réparations faites aux colonnes et à leurs cha()iteaux, sauf aussi celle de la voûte, me semblent du travail primit f. »
M. l'abbé Delamarre appuie son argumentation sur des pièces histor'ques, dont plus eurs ont d'sp;iru depuis quelques aimées, dont les autres sont conservées au palais épisco:uil de Coutances, aux arch ves capitula" re's. Ecoutons les conclusions de son Mémoire :
« Il ne peut y avoir de doute sur la perpétuité de la cathédrale, depuis l'épiscopat de Sylvestre jusqu'à nos jours. Outre que les motifs péremploiros que j'a tirés du monument même, considéré à cette époque crititiue, r vivraient dans toute leur force et se grossiraient en traversant les temps qui nous en séparent ; les délibérations cap tulaires de plusieurs siècles, conservées jusqu'à présent, la belle collection des comptes annuels du chapitre, les visites officielles des chapelles par les chanoines, les prises de possession des divers titulaires, les procès séculaires du chapitre con're les évêques concernant les réparations mêmes de la basilique, nous offriraient des moyens irréfragables de prouver jour par jour et l'identité du monument et la nature, souvent môme le prix des travaux intérieurs et extérieurs qui y ont été exécutés. J'ai parcouru dans les sources tous ces détails historiques, indiqués avec scrupule par l'habile correspondant des auteurs du Gallia Christiana, M. rab!)é Pourret, et aussi dans l'analyse remarquable qu'il a faite des délibérations capitulaires de trois siècles.
« Je crois avoir démontré que si les églises ogivales n'ont paru en foule qu'à la tin du \n' siècle et dans le xni% et que, si celles de ce genre, sans date certaine, qui n'ont pas encore revêtu le style flamboyant, doivent plus vraisemblablement se rapporter à cette époque, la force de l'analogie ne saurait, dans l'espèce, détruire les faits, peutêtre plus nombreux qu'on ne le suppose, de constructions ogivales plus anciennes; secondement, qu'une première lenteur dans le perfectionnement et dans la propagation du genre peut s'expliquer par la longueur môme de semblables travaux et par les circonstances propres à ces temps reculés, où les communications et les rapports, étaient difticdes ; troisièmement, que des exemples viennent appuyer ces hypothèses plausibles.
« Nous avons vu ensuite, même dans les basiliques en plein cintre du xr siècle, témoin la nef de Baveux, le fini du travail, la richesse des ornements, quand tel était le go.U des fondateurs, briller à côté de monuments contemporains qui ne nous otfr.nl que la massive sim|>lic té des constructions de Guillaume. Nous avons cru trouver en partie, dans l'humble ferveur des moines de l'époque, la solution des objections tirées des monastères. La pensée d'élever une église entière dans le genre ogival existait d'ailleurs dans les contrées dont les Nor-
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man^ls faisaicïit alors la conquèlc sous la bannic'Te du iainoux Taucrôdo. A la vérité, cette og ve n't'tait pas ce ([u'elle est dans la cathédrale de Coutnices; mais l'idée mère était tou-jours \h : l'ogive était dès lors généralisée (iaus des basiliciuos aux([uelles le ciseau iiorinand a jirotbndémeiit iiu|irirné son cachet. Et si, dans ces contrées lointaines, ce st\le est demeuré stationnaire, même après qu'i-1 était dtn'enu si partait chez nous, les sceaux, dans lesquels l'architecture des difl'érents ;'iges est toujours venue se refléter, nous montrent l'ogive même en lancette, enfantée, ou du moins rejiroduite dès avant le \i' siècle, par le g'''nie f'cond des artistes français. No dira t-on pas d'ailleurs que, dans ce même xr siècle, nos architectes normands seml)laient vouloir lutter avec la hauteur des deux, en élevant ces majestueuses églises de Bénédictins, dont la date n'est pas contestée ?
« Ne trouvons-nous pas dans ces faits tous les éléments de l'heureuse conception de notre catliédrale, dont l'élégante et r'gulièro simplicité accuse la fraîcheur et la jeunesse du genre? Et toutes ces vraisemblances ne prennent-elles pas l\ plus grande force do ces rapports continuels des nouveaux Normands avec la mère province, du voyage do Geoffroy de Montbray, dans ces pays éloignés, et de cette circonstance que les Tancrède ont sans doute tenu h honneur d'être les principaux fondateurs de la cathédrale <{ui abrite leur berceau? L'église de Morlain, les cathédrales de Séez, de Baycux et de Chartres, ne sont-elles pas venues f irtifi r notre système, et lis sceaux (ies prélats normands ne nous ont-ils pas révélé combien les arts étaient relativement avancés et combien l'ogive était belle et répandue au xii* siècle dans notre r. ligieuse prorince ? Ne trouverait-on pas dans nos tradi ions le moyen de concilier l'opinion de Cv'^ux qui attribuent aux Croisades l'introduction de l'ogive en France avec celle des antiquares qui soutiennent qu'elle est un produit indigène du Nord de l'Europe?
« Et toutes ces probabilités et ces vraisemldances sur la date de notre cathé raie, ne se sont-ello-s pas changées pour nous en certitude, quand nous avons vu cette basilique offrant encore aujourd'hui les traits nombreux conservés dans une charte contemporaine, dont la lecture enchante par le naïf enthousiasme du témoin oculaire ? Les caractères qu'd assigne à la basilique du XI' siècle et .pie je me suis attaché à faire ressortir dans mon Mémoire, conviennent si bien h celle (pic nous avons sous les yeux, qu'il est im|)ossible de ne pas reconnaître l'évidence lîe l'identité. Nous avons fait jaillir du monument même l'impossibilité de consituclons lentes appartenant à plusieurs siècles, et (pji aura'ent renouvelé ladicalement tout le i)rcmier travail; nous avens d'ailleurs constaté, en suivant pas à pas les siècles et en scrutant la tradition jusque dans ses plis 1rs plus cachés, qu'aucun évêque n'a deituis cllcclué la reconslruclicn
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générale de la calhé»lrale de Coutauces, mais (ju'elle a conslamnuMU été livrée au culte. Si le mot de faliriijue se fait entendre une fois, au xm' siècle, un.' foule de faits et (les documents précis nous apprennent qu'il est impossible de supjioser une réédilicalion entière, mais qu'on y ajoutait seulement qucl({Uis chapelles, (pii confirment c.lles-mèm(>s l'existence antérieure du principal monunu'nt. Que n'avoiis-nous pu dérouler cette masse d'actes (|ui dessinent si nettc»ment les ten][)s de calme où les cérémonies saintes y suivaient leur cours régulier, et tant de faits qui mettraient d'ailhurf dans un nouveau jour cette vérité, qu'aucune crise n'a nécessité autre chose ciue des réparations! Le xnr siècle et les siècles suivants, imprimant successivement leur sceau sur quelques-uns des accessoires de notre cathédiale, ont constité (ju'ils n'ont fait que passer devant elle en l'admirant. Je n'ai rencontré dans mes recherches aucune pièce, aucun acte qui fasse objection contre ce système con.i[)let qui"présent(! tous les caractères de la vérité. J'ignore si ma cou.victio» sera partagée par mes maîtres et mes juges dans une science qjej'ai pou cultivée. Quant h la mienne, elle demeure parfaite sur le fait local que j'ai essayé d'approfondir et auquel j'ai entendu me borner exclusivement, laissant à d'autr(S le soin d'explorer les manuscrits ({ui concernent les monuments remarquables qu'ds 0!it aussi sjus 1rs yeux : c'est le moyen d'établir do plus en plus l'archéologie sur ses véritables bases. 11 ne restera encore h l'incertaine analogie que trop de monumen's h classer. »
On peut opposer au système de ^L de Gerville et de M. Delamarre, une ol)jection insoluble. Comment pouva t-on b;\iir à Coiitu'ces un monument du \V siècle dans un style qui ne régna qu'un siècle et demi plus tard dans les autres villes de la France occidentale, un monument complètement à ogives, tandis que les monuments b;Uis au xif' siècle par les hommes les plus illustres et les plus opulents, ne présentent que des arcades cintrées? Pour citer un exeniple, Guillaume le Conquérant fonda une abbayo à Caen en 1066, et la reine Mathikie, son épouse, en fonda i ne autre la même année et dans la même ville. Comme on n'épargna pas la dépense pour ren Ire ces deux monuments dignes des fondateurs et de l'événement extraordinaire en mémoire du(piel ils furent élevés, il y a lieu de croire que l'on aura employé le style le plus moderne et le plus parfait. Nous voyons cependant cpi'ils sont en un style [ilus ancien (pie celui de la cathédrale dc'Coutances, qui aurait été bilio près de vingt ans plus tôt, suivant le document cité i)ar M. de Gerville et si éhupiemment défendu par M. labbé Delamarre.
Longtemps après la date ass gnée à la fondation de la cathédrale de Cuulances, on construisit une vaste église i»our l'abba.ve de Bénédictins, fondée h Lessay, h la porte même de la vdle de Cout.inces. On serait porté à croire «pie l'arciiitccle chargé de cet
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ouvrage, nvniil poui- .lin.si dire sous h-s youx \iii aussi beau ino;lMe (jue la callu^draio do CoHt.uiccs, aurait dû riuiiter dans qiiol(]ues parties. Il n'en est rien pourtant. Nous ne voyons h Lessay (]ue des arcades h j)li'in einire. L'église abbatiale ap|)artient au s ylo louiano-by/antiii, sans mélange.
On a dit : TiCitlVoy de Montbray, sous l'épiscopat du(juel la cathédrale de Coutances lut b.Uie, était ail ' en Pouille, près de Kol)ert (iuiscard et des autres barons normands, ses amis et ses parents. 11 en ra[)porla des sommes considérables. Ne prut-on pa-^ supjiQser qu'il rameiia de ce pays des ouvriers pour couslruire sa cathéilrale dans un stylo inconnu jusque-là en Normantlie?
Cette explica! ou , séduisante au premier abord, est loin de satisfaire quand ou a examiné les belles vues des monuments de la Sicile, publiées par M. Sittorf. Que voyonsnous, en elïet, dans les églises bâties dans C(^ pays, au xn* siècle, cent ans après la cithédrale d' Coutances, nolammnit dans la curieuse église de Monréal, près de Palerme, élevée pir Guillaume le C m ? Nous y trouvons des ogives, pour ainsi dire, de transition, qui n'ont pas à b aucouj) près l'élancement de celles de Coutances, et le goût byzantin domine dans les ricîics ornements qui décorent l'éditice. Bref, si le st\le ogival émit comme dès le xi' siècle, il ddférait considérablement de celui que nous voyons à la cathédrale de Coutances, et ce dernier no peut en être regardé comme l'.mitalion (1).
M. Vitet com!)at avec vivacité le sentiment de M. l'abbé Delamarre, et en termes qu'il no se donne pas toujours la peine d'adoucir suilisammenf. « Malheureusement, dit-il, l'auteur était mieux préparé aux recherches j)aléographiqU''S qu'à l'étude des monuments. Il paraît en avoir peu vu, peu comparé : de là vient qu'il fait si bon marché de toute classification chronologique, fondée sur l'étude et sur la comparaison des monuments euxraômes. 11 lui semble presque pué, il d'attacher, en pareille matière, quelque importance aux analogies et aux dilférences, comme si, en quelque matière que ce soit, la science humaine pouvait reposer sur autre chose. Si M. Delamarre avait pour un moment laissé là les textes qu'il étudie si bien, et visité avec les yeux d'archéologue seulement (piinze ou vingt monuments du xui' siècle pris au hasard; si, retnjuvant dans tous ces monuments les mômes principes générateurs, au travers de qu-'lqucs différences secondair s, il avait ensuite porté S'S regards sur un certnn n;)mbre de monuments de tr.insition, et (ju'il eût retrouvé en eux les germes e;icorc incomplets de ces principes communs à tous les monuments du Mil' s èc'e, ne se serait-il pas dit , en refermant prudemment ses nécrologes et ses archives capituiaircs : Il y a quelque chose de inoins trompeur que les écrits des hommes, ce sont les lois nécessaires et constantes de
(1) Voy. Cathédrales de Franr, \y,\r M. Rourassé, paj. 5a0 et suiv.; Je Cauiuoiit, Anitq. titon., lojn. IV.
l'esprit humain, et, parmi ces lois, il en *st une (pii n'est ni la moins constante ni la moins nécessaire, celle (jui veut que rhonnne et l'espèce humaine ne fassent rien de complet et d'achevé du i>remier coup? Les plus gran<ls siècles comme les [ilus grands génies ont obéi à cette loi : j)o;nt de chef-d'œuvre sans ébauche. Kt vous voulez que cet admir blc système de l'architecture à ogives, avec tous ses etfets, avec tous ses secrets, avec sa coupe de pierres si compliquée et si neuve, avec cette audacieuse légèreté, résultat d'une fouie de combinaisons que nous voyons écloro successivement et laborieusenient pendant plus d'un siècle, vous voulez que tout cela, sans que rien y manque, ait été improvisé un certain jour à Coutances, près de deux cents ans avant qu", dans aucun autre lieu du globe, ce système eût été complètement réalisé, et quatre-vingts ans au moins avant que partout ailleurs on scngeât à introduire (}uel(iues pauvres ogives au milieu des fintiques pleins cintres 1 A quelle causi; attribuer un tel prodige? L'auleur no le dit pas, et c'est à peine s'il le cherche, tant il paraît avoir peu conscience qu'il y a là quelque chose qui révolte la raison. Il croit soutenir une opinion comme une autre, et bouleverse avec une tranquillité parfaite nonseulement toutes les données de l'histoire, ma s les conditions de notre nature. Parce qu'il a lu, dans je ne sais quel regisire, dont on ne trouve plus nu'le part l'original, registre désigné sous le nom de licre noir, qu'en 1030 une église a été fondée à Coutances, il se croit en droit d'affirmer que celte é,-;lise est bien celle qui existe aujourd'hui, et prétend que ce n'est pas lui qui est tenu d'en administrer la preuve, mais que c'est à ceux qui voient dans ct^te église une œuvre du XHi' siècle à fotn-nir ladémonstratiou écrite de ce qu'ils avancent (1). »
Outre la controverse au sujet de l'/lge de la cathédrale de Coutances, de beaucoup la plus connue, il en existe encore d'autri s au sujet de la cathédrale de Séez, de celle de Laon, de la collégiale de Mortain, de l'abbatia'e de Fécamp. Il y a quelques années la discussion à ce sujet ^tait bien plus animée qu'aujourd'hui. Depuis que la critique monumentale s'est exercée sur ces questions pour la première fois, la science a fait des découvertes, la fo ce de l'analogie s'est affermie. D'un autre côté, les documents historiques ont été compulsés, et l'on est parvenu à concilier ensemble et les prétentions de l'archéologio et celles de l'histoire. Ainsi, pour ce qui concerne la cathédrale de Séez, d'un style foi t remarquable, quoique moins pur que ceiui qui règne à Coût nces, il est certain que l'idilice actuel est postérieur à 11 1i, époque à laquelle s'écîoala l'église qui n'était pas encore achevée, quoiqii'on y liavail-
(1) Monegraplii? de Notre-Dame de Noijon , par M. L. Vilci, de l'Académie française, la-4% de l'impriiiicric royale. 18-iG.
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l'>l(lfi{)Misran!u'e lOo.'î. La nouvelle église 11.- fui tons.icii'c ([u'cii 112G, cl alors elle ('tait loin d'èlro Icrniinnc, puisqu'on y Irnvailhiit encore ciualre-vingls ans plus laid. Par conséqucnl c(^ nionuuienl. dont op. attribue la eoiistruclion en'ièe à Yves de Hellesinrs, ne fut terminé (iu"à la findi xiT sièele et au couinionc» ni 'Ul du sièele suivant.
(Juaht à la belle ealli 'dralc de I.aon, dont nous avons écrit la monographie, il est constant qu'elle fut ruinée i)ar l'incendie en 1112, à la suite de violentes ipierellcs qui accompagnèrent rétablissement do la commune. En 1151, l'évèque lîarthéleniy de Vir mourut sans voir la tin des travaux de sac.ilhédralc : j)reuve convaincante que cette église n'était pas terminée en 1214, comme on Ta prétendu un peu troj) légèrement. Ne suftil-il pas de visiier ce grand et magnitique monument pour être convaincu (pi'il n'avait i)u être b.iti en deux années? Nous ci oyons ôire en dîoit d'afiiimer que Notre-Dame de Laon date du xii' et du xiii' siècle.
Les églises do Mortain et de F(Jcamp appartiennent en grande partie au style de transition : elb'S sont plus anciennes environ d'un demi-siècle q'ie les cathédrales de Coutinces, de Séez et de Laon. A Morlain, il ne reste évidemment de la construction de 1082 qu'une seule porte, et cette porte est à plein cintre. Pour ce qui regarde l'église ; bbatiale de Fécarap, on oublie, lorsqu'on veut y voir un monument fini en 1108, qu'en 11G7, un violent incendie réduisit en cendres tout le monastère et aue rabl)é Henri de Sully travaillait encore a relever l'église de ses ruines lorsqu'il mourut en 1188.
Nous devons conclure de tout ce que nous avons dit sur l'âge des monummts que Ihistoire et l'archéo'ogie doivent se donner la main, comme diux sœurs, et qu'il est imprudent de les séparer (juand on cherche h établirlépoquede la fondation d'un grand édilice. La science des antiquités est })iésenlement assez fe, moment établie, pour que riiislor.en refuse ou dédaigne d'en tenir compte dans ses appri^ciat ons. Les erreurs dans lesquelles sont tombés ceux cjui en ont méconnu l'autorité doivent servir à mettre en garde les éi udits qui feuillettent sans cesse les chartes ei les titres historiques, sans étudier ks monuments d'architecture. D'ailleurs on ne s.-^urait tiop insister sur cette recommandation, c'est qu'il f Ait étudier les monuments d'una manière comparative. Si Ion se renferme dans une étroite région, sans tenir c nipte de ce (pii s'est ûiit à une épo- (};ie contemporaine, au moins dans les contrées limitrophes, on s'ég ire à pou près inlailliblement.
ACENCFMKNT. — Dans le langage arlislique on entend paragencement l'ai rangement, la disposition des parties d'une ligure, des draperies sur une statue ou dans un tableau, ou de plusieurs personnages sculptés ou peints groupés ensemble. Ce mot signilie encore la disposition des accessoiies d'un tableau ou d'un bas-relief. Kniin, il désigne quelquefois la manièic eloiil les crnemciilb
sont mis on rapport entre eux, dont certains membres d'architecture sont combinés ensemble.
Les sculpteurs, durant la p/riode romanobyzantine de transition, au xri' s'ècle, ont déployé beaucoup de goût dans l'agcncemcnt'dos feuillagfs fant.is i([ucs, des bandelettes perlées, des ornements capricieux et des moiisli (S qui forment les chapileaux des colonnes. Cet o ornemontalidn est communément pleine d'oiigin-dité. il en est de mémo [lour celle qui est employée h la décoration du port.iil principal des églises, il y a certaines façades de monuments romano-byzantins qu*i peuvent le disputer h tout ce que l'art de la Renaissance a créé de plus p.jrfait, soit par l'heureux agencement des rinceaux, des arabesques , des végétations fantastiques, soit par 1 agréable symétrie des motifs de décoration, soit par l'harmonie qui règne entre toutes les parties.
Ouant aux draperies -qui recouvrent les stalues des églises, l'agencement en varie aux diverses périodes du moyen âge. On sait que la statuaire n'a commencé i\ prendre quoUiues développements qu'au \iv siècle, et qu'elle semble avoir atteint son plus haut degré d'expression au \ui' siècle. A Saint- Maurice d'Angers, à Notre-Dame de la Couture au Mans, à Saint-Etienne de Bourges, aux portails latéraux, les riches stalues byzantines qui ornent les voussures des portes sont vêtues de longs habits à plis tins et serrés, embellis de franges élégantes, bordés de galons d'un travail oriental. L'agencement des draperies est généralement fort simple. Les connaisseurs estiment beaucoup les statues du xn' sièele (|ui se trouvent dans l'ancienne église conventin lie de Eontevrault et représentant Henri li et Richard Cœur do Lion, rois d'Angleterre, avec E'éonore do