‹ Dictionnaire d'archéologie sacréeChapitre 31 sur 195 · XI, PONT. MAX · texte numérisé non relu

XI, PONT. MAX

2. EcGE A. Dei qli tol. p. ml-ndi. — Audessous de l'Agneau : Innocen. XL font. MAX. A. 1GS3. — Au revers : sanctls Domi- MCLS. — Au-dessous de l'image du saint :

InNOCEN. XL PONT. MAX. ANN. VII.

3. EccE Agn. Dei qli tol. p. mundi. — Au-dessous de l'Agneau : Clemen. XL PONT. MAX. AN. XIV. 17U. — Au rcvcrs : S. Pateu Benedictls. O. P. N. — Au-dessous ; Clemens XL PONT. ma. an. XIV. i71i.

k. Ecce Agn. Dei qui tol. p. mlnoi. — Au-dessous de l'Agneau : Clemens. XIL PONT. MA. AN. 1. 1731. — Au rcvcrs : la sainte Vierge et l'enfant Jésus tenant tous les deux un rosaire.

Il n'entre pas dans notre sujet de fai o connaître les nrières usitées dès la plus haiiie antiquité ecclésiastique pour la l)énédietion des Agnus Dei. Nous ne devons traiter ce su;et (ju'au point de vue archéologique. C ux (]ui vo;idr(5nt avoir de plus am|»les reiisoigneiuenls sur celle uialière n'auront

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(jii'a C0H5 ;l(er un t ail(^ spvV^ial ilo Molanus, taisant suite à son grand traité De sacris ima~ ijinibiis.

Los Agnus Dei en cire paraissent remonter auv temps voisins du trionplie do l'Eglise, et peut-ôtro moine au siècle de Consiantin le Grand, s"d faut s'en rapporter au témoignage d'^ jUusie'irs écrivains dignes de foi. Widmanstad prét'ud qu'il existe dans les mosaïques de l'abside do la basilique Vatican»', des peintures relatives à la cérémonio d(^s Agnus Dei; et ces mosaiipies, suivant le ijjôme auteur, daieraii'nt da règne do Constantin. Le célèbre Aleuin et son disciph Amalaire en font mention, le premier dans son ouvrage des divinn Offices, le s:'Cond dans son traité t/u sicrrmp.nt de Baptême. La preuve la plus reinariju ib!-; (pie l'on peut invo({uer en faveur de l'ancienneté des Agnuf Dei, est rapportée par le cardinal Prospor Lambertini, depuis [)ape sous le titre de Ik'uoît WV. « On trouva, dit-il, à Kome', en lo'i-i, dans le tombeau de Marie-August s femme de l'empereur Honorius et lille do Stdicon, morte avant le m lieu du v' siècle , un Açnus de cire, au miliou d'une grande quantité d'ornemr'nts et de bijoux de toute espèce. Par conséquent l'usage des Agnus est d?. beaucoup antérieur au ix° siècle, quoi qu'en disent P.jnvinius et autres écrivains eccl 'siastiqucs. » [.a déco-ivert3 du tombeau de Marie-Auguste est un fait archéologique tellem^^nt curieux que nous croyons devoir citer ici le passage de la Cosmographie univ rselle de Sébastien Munster, où il est raconté : « Au Vatican, en l'an de Notre-Seigneur lo'ti et au mois de février, non loin du Tibre, en creusant les fondations de la basilique de Saint-Pierre, on trouva un coffre en marbre, long de huit pieds et d'Miii, large de cincj pieds et huit de six pieds. C'était le t()m!)eau de Marie- Auguste, femme de l'empereur Honorius, morte vierge, surprise par une mort subite avant d'avoir été unie à l'empereur. Dans le sarcophage, le corps était consumé, on trouva seulement quelques dents, des cheveux et les os d s jambes ; en outre une robe et un manteau dans le tissu desquels entr.dt une si grande (juantité d'or, qu'en 1 s brû- I.Hit on obtiïit àij livres d'or. On y trouva encore une cassette d'arg nt, longue d'un jiied, sur un demi-pied de larg^ et 12 doigts de profondeur, dans laquelle étaient beaucoup de petits vases en cristal, quelques-uns en agate délicatement travaillée. 11 y avait 4-0 anne.iux d'or, garnis de pierres précieuses de différente espèce. Une émeraude , enchâssée d'or, éta t finement gravée : on y voyait une tète, que l'on regarda comme le portrait d'Honorius ; cette émeraude seule fut estimée 500 pièces d'or de notre monnaie. On t;0uva de plus des pen lants d'oreille, des colliers et d'autres bijoux de femme, entre autres une bulle dans le g'ure de celles que nous appelons aujourd'hui Agnus Dei, autour de laquelle était gravée l'inscription suivante : Maria nostra floren- TI2SÎMA. Une kuio do.- portait cettj autre

inscripl'on en lettres greccpiPS : Micuahi. , (ixinuui-, Ra!'ii\el, Ukiim,. Une espèce d(» raisin était formé d'émeraud es et «l'au 1res pierreries. Sur un discriininalc, long de dou/.o doigts, on lisait, d'un côté, cette inscri|)tion : DoMiNO NosTRo H;»\ouio;(le l'autre cAté, DoAUNA NosruA Maria. Près de ces objets éta ent une souris en pierre de cliélido ne, un limaçon et une coupe en cristal ; un petit globe d'or, semblable à une balb' pour jouix, mais pouvant se séparer en deux [larties. Il y avait une intinité de pierres Mues, dont les unes étaient détériorées par la vétusté, les. autres avaient conservé leur éclat et toute leur beauté. Tous ces objets avaient été donnés en dot par Stilicon à sa lille. On les voit aujouril'hui danô le jardin du Vatican. »

Le savant dom Mabillon, dans sa Liturgie gnllicane, émet l'opinion (}ue les Agnu^ Dei en cire étaient connus au [ilus tard au cummencemcnt du vi° siècle. Quoicfue liaronius {ad ann. Christi 58, n^TG) rapporte un fait ([ui semble infirmer le sentiment du bénédictin français, on doit regarder le sentiment qui attribue les Aunus Dei au siècle de Constantin, ou à celui qui le suivit immédiatement, comme le plus probable, attendu qu'il est appuyé sur des preuves arcliéolog'ques.

Les protestants, et surtout Matthias Flach Francowitz, plus connu sous le nom do Flaccius llliricus , dans les Centuries de Magdebourg, ont attaqué par des paroles violentes lacioyance catholique relative aux Agnus Dei. En cela, comme en beaucoup d'autres choses, ils sont en désaccord complet avec l'antiquité ecclésiastique. L'archéologie chrétienne fournit aux catholiques des armes irrésistibles pour combattre les prétentions des novateurs du xvi' siècle.

Urbain V, souverain pontife, en envoyant trois Agnus Dei à l'empereur Jean Paléologue, surnommé Kalo-Joannes, à cause do la beauté de sa figure, écrivit les liuit vers suivants :

Batsamns, el munda cera, ciini clirismalisunda, ConficiiiiH Agnum; quod munus do tibi magnum ; Fonte velut natum, per mijslica santificntam. Fulgura desursuin depellit, et omne maliqnnm : Peccatnm frangil, ut Chrisli sanguis el nngil : Prœqnans servalur, simui et partns liberalur : Donuque (ert dignis : virlutem deslruil ignis : Portaïus munde, de flucl bus eripit undœ.

AGRAFE. — L'agrafe est un ornement destiné à unir plusieurs membr s d'architecture. On appelh; encore ainsi la décoration dont on embellit le parement ext'rieur, la clef d'une fenêtre ou d'une arcade. Les anciens sculptaient souvent sur ces clefs des figures entières ou des masqu s. La clef de l'arc de Titus, celle qu'on voit au Capitole dans la cour des conservateurs, celle de l'arc de Pola, sont des chefs-d'œuvre de forme, de richess \ de bon goût et d'exécution. Les architectes du moyen âge ont rarement fait usage de l'agrafe : on en voit cependant des exemples durant la jiériods romano-byzantine, surttjut dans les monuments du midi de la France. Le portail de la cathédrale d'Avignon, Noti'e-Daïuo aes Doms, en offre un

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spécimen fort curieux. Nous avons (m aussi l'oG-casion d'on ohscivcr dans plusieurs édifices de Ja jjér^ode oLjivale. Il faul noter que retle forme est telleuient insolite, (pie l'on serait tenté au premier al)or(l de ic^arder les agrafes qui se trouvent à eertains portails comme une addition postérieure. Un examen attentif démontre [)ar la nature des appai-eils (lue les agrafes appartiennent réellement à la construction primitive. A Sainte-.Maure, au diocèse de Tours, dans une église où l'ogive est bien tracée et qui, dans sa masse, appartient à la dernière moitié du xii' siècle, on voit dans une arche, qui se trouve au-dessus du puits de l'œuvre, une agrale saillante et bien dessinée, (jénéralcmont au xr siècle, les cintres des portes et fenètr(^s sont formés de pierres régulièies, taillées en claveaux ; dans les égl'ses de l'Auvergne et du Velay, où l'on emploie fréquenunent des matériaux de diverses couleurs, on voit que le claveau central, qui tranche par sa couleur foncée , simule une sorte d'agrafe connue dans les monuuients antitjues.

Dans l'aichitecture moderne, la fonction apparente de l'agrafe est d'attac :er,i)Our ainsi dire, l'archivolte ouïe chambranle au nu du mur. L'usage trop multiplié de cette forme dégénère facilement en abus : aussi quelques architectes, d'un goût sévère, le réprouventils absolument.

AIGLE. — l. L'aigle fut considéré, dès la plus haute antiquité, à cause de sa force, de sa hardiesse, delà fierté de son regard, de la puissance de son vol, comme l'emblème du courage, du pouvoir souverain, de la majesté. Les Perses et les Romains en avaient adopté la figure pour leurs enseignes militaires. On en trouve souvent l'image sur les médailles des empereurs romains pour marquer leur consécration et leur apothéose. Les chrétiens l'adoptèrent, et nous la rencontrons dans les Catacombes romaines ayant une s gnification analogue, c'est-à-dire, symbolisant le triomphe des martyrs et leur glorification dans le ciel. Le paon, comme oiseau consacré à Junon dans l'antiquité profane, devint, à l'époque romaine, le s./mbole de l'apothéose des impératrices, de même que l'aigle avait été adopté pour celui de la consécration des empereurs. Sur les monuments funéraires on voit fréquemment Caigle et le paon, tant(jt placés au haut du bûder, tanl(jt volant les ailes déployées.

Les enseignes romaines [)Oitèrent raii;le jusqu'au règne de Constantin. Elle lut restituée sur les étendards militaires par Frédéric \", empereur d'OccidiMit.

Dès l'an 1197, l'aigle éployée se voit sur le sceau do Matthieu de Lorraine, depuisévôque de Toul. C'est peut-être la première fois qu'elle fut employée dans les sceaux.

(irand nombre de savants ont prétendu que sigismond, fils de Charles IV, était le premier emj)ereur qui eût introduit l'aigle à deux tîntes sur les sceaux de l'empire veis 14-10. Cependant Ludewig, conseiller du roi do Prusse, a doiuié la dcscriiition du conti-i^-sctd d'une charte do Wincc3lus datée de 13-37,

0,1 l()n voit Vaiyle ('j^oyc'e à (Jeux léiex. Saint Grégoire re;;7ir(le l'aigle cnmnu! lo symhoîo de la vie couitemp'ative, à cause de la hauteur de son vol. « Cet oiseau, ajoutet-il, va poser son nid dans h-s rochers et sur les lieux les plus élevés, se mettant ainsi h 1 abri des orages. »

L'aigle est l'attribut de saint Jean l'évangéliste.

^ On observe souvent «lans les sculptures de répo([ue romano-bvzuntine des aigles buvant dans un calice. C'est un euiblèiue de la force que le chrétien puise dans la divine Lucharis'ie.

On rencontre encore souvent à la m(*me époque des aigles qui se battent contre des serp.nts : on a considéré cette image comme un emblème de la lutte; qui existe sur la terre entre la gnlce et la nature.

Autrefois, dans le clucur des églises , on voyait une es èce de lutrin en forme d'aigle. Dans le lu-incipe, le livre de IKvangile était le seul qui fût posé sur les ailes déplo ées de l'aigle, qui était regardé comme le svmboled. -saint Jean, le ])lussublime de tous les évangélistes. Plus tard, l'aigle du chœur servit hporterlesgraduels, antiphoniers et tous les livres de plain-chant. C'est ce qui nous explique le sens de cette rubrique qu'on lit si iréquemment sur ks livres d'église : Ad aquitain chori.

A Aix-la-Chapelle, dans le chœur de l'église, on voit un aigle en métal qui avait d'abord été placé dans le tomb.-au de Charlemagne. {Voy. Llthin, Pupitre.)

AIGUILLE.— On appelle aiguille une pyramid ; en pierre ou en charpente établie sur la tour d'un clocher, (!U le comble d'une église , pour lui servir de couronnement. {yoy. Flèche, Clocher, Pyramide, Clocheton.) On donne encore ce nom à des espèces de couronnements aigus (|ui surmontent des contreforts, des panneaux, des montants de menuiserie ou de maçonnerie et môme des arcades ressirrées, trilobées ou ogivales.

Nous n'avons pas l'intention d'entrer dans des détails qu'on peut lire à l'article Clocher. Nous voulons seulement les compléter. Sans parler de l'origin.' des tours et des clochers, sans faire l'histoire des formes arcintectoni(|ues do cetle partie caractéristique des temples chrétiens, bornons-nois à fa;re connaître les plus curieuses aiguilles ou fièches en bois. Nous terminerons en donnant une courte description des plus célèbres aigu lies en pierre des monuments religieux de lAngleterre et de l'Allemagne.

Les pyramides en bois, élevées communément au-dessus du transsept des églises, jiréscntent dans leur mode de consliuction (les diS|Ositions savantes, dignes de l'attention des architectes et des constriu-leurs jilus encore que de celle dos archéologues. Ixs j)r.)blèmes les plus difficiles de lart du charpentier y sont résolus, hî plus sou enl, avec une habilet' dont (ju a peine à se faire une

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juste itk''e. Les conditions essentielles do solidité sont remplies, sans que la It^gèrelL^ et l'élégance en aient soulVert, soit à Tintérieur s'oit il l'extérieur. Les principales pièces de charpente sont bien choisies et reliées entre elles par des traverses en croix de Saint-André, de manière à résister aux orages et h offrir une résistance égale à tous les points de l'horizon. Nous avons souvent vu des architecfes modernes s'extasier en examinant avec attention des clochers en bois du xvi' siècle, en voyant avec quel art et quel bonheur les difiicultés avaient été vaincues et avec cpiel soin les causes de ruine avaient été prévues.

C est à partir surto-it de la fin du xv' siècle que les aiguilles en cliarpente, recouvertes d'ardo se, devinrent communes siu- les é.,lises des campagnes, c!ans le centre de la France. Dès le xnr' et le xiv' siècle, on en avait construit qui furent regardées, à juste titre, comme autant de chefs-d'œuvre.

A la cathédrale d'Amiens, un clocher en pierre avait été primitivement bâti sur la partie centrale du transsept : cette construction avait eu lieu vers 12'i-0. 11 était, à la base, en forme de tour carrée ; et la llèche, en charpente couverte en plomb, était d'un style en harmonie avec l'ordonnance générale du monument. La foudre le détruisit entièrement le 15 juillet 1527, ainsi qu'il est attesté par l'inscription suivante :

Cest an durant quinze juillet Par foudre l'ut le clocher de céans Espris du feu, et rasé tout net ; Duquel niesfait pleurent maintes gens.

Deux ans après cet accident l'évêque d'Amiens, François Halluin, de concert avec le chapitre de la catihédrale, prit une décision par laquelle il ouvrit un concours aux architectes pour la reconstruction de ce clocher. Les projets présentés n'offraient pas toutes les garanties désirables, et cet état d'incertitude ne faisait que prolonger les regrets des fidèles, lorsqu'un pauvre compagnon char[)entier, originaire de Cottenchy, près d'Amiens, nommé Louis Gordon, de concert avec Simon ïanneau, autre charpentier, dirigea la construction avec tant d'adresse et d'habileté que le clocher est encore aujourd'hui un objet d'admiration et l'une des merveilles de l'art : il fut fini le 22 mai 1533. La décoration extérieure de ce clocher se compose de hubt pieds-droits ou grands pilastres, posés sur un stylobate octogone et surmontés de statues de huit pieds de hauteur, représentant Jésus-Christ, la sainte Vierge, saint Jean-Baptiste, saint Pierre, saint Paul, saint Jacques le Majeur, saint Firmin, premier évèque d'Amiens et sainte Ulphe. Ces figures sont placées sur des colonnes qui s'élèvent de dessus les acrotères et se rattachent au corps du clocler par de légers arcs-boutants. La partie supérieure du clocher est ornée de statues d'anges tenant chacun un instrument de la passion. Les autres ornements en saillie, qui

embellissent cette llèche, sont des dragons h deux tètes servant do gargouilles, des spli'ux et des salamandres (jue l'on reconnaît être le cachet de toutes les onivres d'art exécutées sous le règne de François I". Cette flèche est haute de 59 mètres 4-3 centimètres, depuis sa base jusqu'à l'extrémité de la croix, et de 130 mètres 5'f centimètres depuis le pavé de l'église jusqu'au même endroit.

Sur la partie la plus élevée de l'abside et h l'extrémité des combles de la calhé(irale de Reims , se dresse une aiguille non moins élégante que celle de Notre- Dame d'Amiens. Elle a rési.sté aux «itteintes du temjJS et des hommes : on la nomme la Flèche de l'Ange, j^arce qu'elle porte à sa point' un ange doré qui tient une croix. L'originalité et la débcdtesse de sa structure attirent les regards autant que sa situation pittoresque. Sa hauteur est de dix-huit mètres au-dessus des toits de l'église. Celte aiguille est en charpente et recouverte en plond3. Sa base en encorbellement est supportée par huit figures courbées ou es[)èces île cariatides, dont l'attitude, l'expression et les attributs singuliers ont in vain exercé la sagacité des curieux qui n'ont pu encore expliquer d'une manière satisfais snte à quel sujet, historique ou emblématique, ces figures avaient rapport. Nous n'en avons trouvé l'explication dans aucune des descrii)tions de la cathédrale de Reims, mais l'iconographie qui fait tous les jours de remarquables projets, ne sera pas longtemps sans découviir le sens de cette composition.

La ilèciie si célèbre de la cathédrale de Chartres, dont nous avons donné la description adleurs, remplaça une aiguille en bois, comme nous l'apprenons par une curieuse inscription gravée sur une grande pierre blanche, placée dans la chambre de la sonnerie ; elle est conçue dans les termes suivants :

Je fu jadis de plomb et de bois consiniict Grand, liault, et beau et de somptueux ouvrage, Jusques à ce que tonnerre et omge M'ha consommé, dégasté et délruicl.

Le jour de sainte Anne vers six heures de niiict. En l'an compté mil cinq cens et six Je fus brûlé, démoli et recuit Et avec moi de grosses cloches six.

Après, Messieurs en plein chapitre assis Ont ordonne de pierre me refaire A grande voulte et piliers bien massifs. Par Jean de Beaulse ouvrier qui le sieut faire.

L'an dessus dict, après pour me refaire Firent asseoir le vingt-quatrième jour Du mois de mars pour le premier allaire Première pierre et aultres sans séjour.

Et en Aprvil huictiesme jour exprès, René d'illiers, évesque de renom Perdit lu vie, au lieu duquel après Fust Erard mis par postulation.

En ce temps-lii qu'avais nécessité Avait des gens qui pour moy lors veiliaiftit De bon cœur, fut iiyver ou este.

Dieu leur pardcint car pour lui travaiilaiejjt.

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LY'glisc de Saint-Bénigne (le Dijon, actuolleiiient cifiédi-alo, est surmontée d'une grande et belle aiguille en charpente, placée au centre du transsept. L'exécution en est savante et hardie, et cette flèche mérite avec raison d'être comptée au nombre des plus célèbres constructio; s du même geitre. Elle a 295 pieds de haut, à partir du sol ju'^qu'à l'extrémité de la pointe, et 200 pieds seulement au-dessus de la vnûte. La base est formée d'une charpente h jour, sans ornomonts : sous ce rapport, l'aigidlle de Dijon ne peut soutenir la comparaison avec celles d'Amiens et de Reims. Du reste, comme le fait judicieusement remarquer M. de Joiimout, dans 1(1 description de Saint-Bénigne de Dijon, elle ne mérite pas les éloges exagérés qu'en ont faits naïvement les historiens du pays ,qui disent, par exemple, que cette flèche passe pour être la plus belle de l'Europe (1).

La flèche de Rouen, élevée également au milieu du trans:-ept, et si malheureusement détruite par le tonnerre le 15 septembre 1822, était incomparablement plus belle que celle de Dijon. Elle avait 39G pieJs de hauteur. L'élégance et la richesse des détails s'y trouvaient appliquées à une construction fort ingénieuse. Elle remplaçait une autre aiguille qui avait elle-même été frappée de la foudre. A sa place, on voit aujourd'hui se dresser une aiguille oij le fer a remplacé le bois. Quoique commencée depuis de longues années, cette aiguille est loin d'être achevée: peut-être même ne le sera-t-elle jamais. A peine était-elle conduite à la hauteur qu'elle atteint aujourd'hui, que l'on s'aperçut que les supports n'étaient pas assez robustes pour soutenir une charge aussi lourde. 11 est assez probable que tOt ou tard en sera forcé de la détruire pour la réédifier d'après un autre plan et sur de nouvelles bases. Nous devons ajouter que dans son état actuel l'aiguille en fer de Notre-Dame deR'iuen produit l'effet le plus disgracieux. Cela tient S'.irtout à ce que les côtés de la pyramide, destinés à être revêtus en cuivre doré, demeurent entièrement à jour, ce qui donne à la construction un aspect de maigreur et de dureté vraiment déplorable ; on dirait de loin le squelette desséché d'un reptile ou d'un poisson.

L'aiguille qui se dressait autrefois sur la Sainte-Chapelle de Paris , et qui doit être restaurée par le savant architecte M.Duban, peut être citée comme un vrai modèle du genre par sa grâce, sa légèreté et son ornementation. 11 serait difficile d'imaginer une composition [)lus originale et plus élégante à la fois. Le dessin en a été souvent reproduit. En Angleterre, ce pays si riche en monuments religieux, où les édifices b:Uis jailis l)ar les populations catholiques ont un caractère si remarquable de grandeur et d'élégance, [)lusieurs cathédrales sont justement célèbres par leurs llèches. La cathédrale de Lichlield présente trois aiguilles en pierre d'une rare magnificence ; deux sont placées

(1) Guide du voyageur à Dijon ; Noellaf, 18-2?..

DiCTIONN. D'AuCnÉOLOGIF. svcnÉE. I.

sur les flancs du frontispice occidental, la troisième se dresse au milieudelinlertranssept.

La façade de la cathédrale de Lichfield se développe dans de belles et harmonieuses [proportions : le spectateur peut aisément en découvrir la perspective entière, car le monument est suffisamment dégagé du cùté de l'occident. A la partie inférieure, trois p tries en ogive donnent accès aux trois nefs intiM'ieures. La porte centrale a une voussure ]>rofonde et est encadrée extérieurement k son sommet dans de légers festons en j)ierre très-finement découpés. Les deux autres portes man(|uenl de grandeur et sont trop resserrées entre de belles arcades simulées, couronnées de formes rayonnantes, ayant servi autrefois à accompagner des statues détruites à l'époque fatale de la prétendue réformation. L'ensemble des trois portails et des dix arcades, formant comme le rez-dechaussée, est très-satisfaisant pour l'œil et forme un support admirable à toutes les autres formes architecturales de la façade.

Au-dessus des portails se développe une galerie composée de petites arcades trilobées, ornées de feuillages, où se trouve une rangée de statues. Si Ion voulait acce[)ter a ce :;ujet la comparaison de l'édifice avec une des maisons qui se trouvent dans les rues modernes de n< s grandes cités, la galerie représenterait l'entre-sol. Le premier étage au-dessus de l'entre-sol est formé, au centre, d'une large fenêtre, d'un style original et sévère, et sur les côtés de panneaux simulés, partagés en deux, dans le sens do la hauteur, p;ir de gracieux couronnements de niches et terminés par de petits frontons triangulaires ornés de feuilles grimpantes. La fenêtre, par un renfoncement assez considérable, produit un elfet heureux, à distance surt lut, à cause de l'opposition des ombres fortement prononcées, à cùté des panneaux de maçonnerie très-légèrement construits. .

Le deuxième étage est formé par le galbe qui surmonte la fenêtre du centre, et par les deux tours carrées qui supportent les deux aiguilles du frontispice. Le galbe est Oi né d'une espèce de tracery, comme disent les Anglais, sortede réseau de nervures délicates fantastiquement tissu; seulement l'espace des réliculations n'est pas k jour, comme cela a lieu dans les fenêtres et les divisions des compartiments de menuiserie à l'époque du xv* siècle. Une statue est appuyée sur l'acrotère qui termine les lignes du fronton aigu de l'ogive. Les deux tours sont [lercées d'une fenêtre à deux divisions, et ont leur face antérieure décorée d'arcades simulées et de petites aiguilles en application. Ajoutons h cela sur chaiiue angle extérieur de la façade un contre-fort carré qui en forme, pour ainsi dire», l'encadrement, et l'on aura une description exacte du riche frontispice do la cathédrale de Lichfield.

Les tours, au point de départ des aiguilles, ont à leurs (jualrc angles un clo-

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chelon élégant, destiné à déguiser à l'œil la disposition (ie la ilôche à sa base, puisque cette flèche est octogone et s'appuie sur une base carrée. De distanco en distance, le corps de la flèche est entouré d'un anneau qui le partage en divisions qui vont toujours en diminuant jusqu'à la pointe. Les quatre premières divisions ont une fenêtre fort ornée sur chaque face de l'octogone. Cette disposition contribue à communiquer beaucoup de légèreté à sa construction. L'aiguille centrale présente, en outre, des crosses végétales tout au long des nervures saillantes des angles. Ces trois aiguilles sont parfaitement consorvéos , moyennant d'importantes restaurations opérées dans le cours des deux derniers siècles, non-seulement à la façade, mais aux diverses parties du monument. C'est la seule c;Uhédrale d'Angleterre qui possède trois flèches.

La tour centrale de Lichfield et sa flèche ont 353 pieds anglais de hauteur ; les deux tours de la façade occidentale ont chacune 183 pieds anglais d'élévation. La longueur da cette cathédrale hors œuvre est de 400 pieds anglais.

La cathédrale de Salisbury ofïre une aiguille en pierre dont nous devons donner ici une courte description. La cathédrale de Salisbury est incontestablement un des plus beaux monuments de l'Angleterre et l'un des éditices les plus complets du moyen âge. Son plan est en forme de croix archiépiscopale et l'église est accompagnée de beaux cloîtres et d'une salle capitulaire fort élégante. La flèche est bâtie sur le milieu des transsepts. La partie inférieure de la tour ainsi que ses contre-forts et la flèche furent élevés sous le règne du roi Edouard IlL Le corps de la tour au-dessus des toits est formé de deux étages distingués par des ouvertures ornées, surmontées de petites arcades et de frontons d'ornementation. A la base de la pyramide, quatre clochetons aigus se dressent aux angles et rachètent par leur ordonnance régulière le changement de plan de la construction qui de carrée devient octogone. L'aiguille, sans être très-efûlée, est assez élancée, et les longues lignes en sont interrompues par des ornements d'un bon effet.

La cathédrale de Norwich, dont la façade, moitié romane, moitié ogivale, n'a de remarquable qu'une immense fenêtre en style perpendiculaire, présente sur l'intertranssept une haute aiguille, qui produit un merveilleux eff'et dans le paysage. Rien ne communique à une ville ancienne une physionomie animée et pittoresque comme les tours et les clochers des édhices religieux. L'nspect de la plupart de nos villes de France a perdu considérablement depuis qu'un grand nombre de flèches a disparu par suite de la tourmente révolutionnaire. L'aiguille de Norwich a 313 pieds anglais de hauteur. Elle est octogone et repose sur une tour carrée, flanquée aux angles de contre-forts couronnés de clochetons et entourés au som-

met d'une balustrade crénelée, di.vposition inusitée en Franco et commune en Angleterre. La pyramide de Norwich est mo ns riche, sous le rapport de l'ornementation, que celle de Lichfield, mais elle n'est pas moins hardie, sous le rapport de la construction. Les nervures d'angles sont ornées de crochets et feuilles grimpantes. La pointe en est merveilleusement effilée.

Nous ne nous arrêterons pas à faire Is description des deux aiguilles de la façaae occidentale de la cathédrale de Peterborough. Elles no sont ni gracieuses ni très-élevées. Nous dirons néanmoins qu'elles donnent au frontispice, d'une disposition si étrange à cause de ses trois énormes arcades à profondes voussures, un caractère assez remarquable, parce qu'elles sont accompagnées de hauts clochetons en forme d'aiguilles.

La cathédrale de Chichester, dont le frontispice occidental est si sévère, avec ses deux grosses tours inégales et inachevées, possède une aiguille centrale, comme l'église de Norwich. La tour et l'aiguille de Chichester peuvent être comparées aux tours et aux flèches de Salisbury, quoiqu'elles soient moins hautes et moins ornées. Les proportions n'en sont pas moins heureuses et l'effet général n'en est pas moins agréable. Les angles de l'octogone sont décorés à leur base de clochetons fort élégants et de fenêties surmontées de frontons à feuillages, dont le tympan est découpé à jour. Vers le tiers de la hauteur, la pyramide est entourée d'une espèce de ceinture formée de moulures nombreuses. La disposition en est originale et l'œil aime à voir les longues lignes des pans de l'octogone interrompues de la môme façon en deux endroits différents. L'aiguille de Chichester a 271 pieds anglais de hauteur.

Avant de passer à la description de quelques flèches célèbres de l'Allemagne, nous lerons quelques observations générales. En Angleterre le style romano-byzantin fut importé par les Normands; les monuments indigènes antérieurs à la conquête sont peu nombreux et peu remarquables. C'est à peine si l'on retrouve des aiguilles en pierre qui puissent être attribuées authentiquement à l'époque romano-byzantine secondaire. Le XII* siècle, soit en Normandie, soit en France, vit s'élever des pyramides en pierre d'une hardiesse inconnue auparavant. A quelle cause faut-il attribuer le développement prodigieux des tours et des clochers à cette époque? Est-ce à l'influence militaire, parce que les châteaux-forts, construits alors en grand nombre, étaient garnis de hauts donjons? Quelques auteurs, entre autres M. de Caumont, ont proposé à ce sujet des hypothèses que nous ne voulons ni combattre ni admettre. Le langage des faits doit être seul écouté : quand les documents historiques sont muets, les suppositions les plus ingénieuses trompent souvent. Les flèches du xii' siècle sont généralement moins aiguës que celles des siècles suivants :

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