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iéi;ulièrtMiient sur neuf files parallèles, se dirigeant encore du nord au sud dans un espuce de près d'une dorai-lieue d'étendue, (les rangées de pierres présentent ([ucUiuefois des lacunes, parce que ici, comme à Karnac, on en a détruit beaucoup. Quelquefois aussi elles se trouvent interrompues par une haie, un foi^sé, un sentier, mais elles se retrouvent au delà exactement coïncidentes et se continuent ainsi jusqu'un peu au dilà du village deKercouno, près des bonJs d'un étang. Il est à remarquer qu'en cet endroit, c'est-à-dire, vers leur extri'niité sud, les alignements, qui d'abord ét.iicnt directs, dévient un peu de ci4te direction et prennent une courbure sensible vers l'ouest.
De toutes les pierres qui les composent, les unes sont des menhirs veiticalement plantés en terre, d'autres, d'énormes blocs posés sim[)lement sur le sol. Si dans hnir totalité ces [lierres sont plus nombreuses qu'à Karnac, elles sont aussi en général moins élevées. Les pi us hautes se voient aux deux extrémités des tiles et n'ont guère plus de dix ou douze pieds, mais elles sont fort g.osses.
Le monument de Karnac nous offre la même singularité ; les plus hautes pierres s'y voient aux deux extrémités des alignements.
On a vu qu'au commencement des alignements de Karnac était une rangée de pierres disposées en demi-cercle : on n'en trouve pas de pareille à Ardven ; mas on y remarque une autre particularité : c'est une ligne droite diagonale, qui part de la première pierre de la tète des files et se dirige vers le nourg d'Ardven. Cette rangée diagonale est composée de gros blocs de pierre posés à nu sur le sol, et à chacune de ses extrémités on trouve un menhir. ( De Fréminville. )
Les deux monuments que nous venons de décrire sont incontestablement les plus considérables et les plus curieux qui existent dans ce genre. Il en existe un troisième dans le même département du Morbihan à Plouhinec, beaucoup plus simple que les précédents et composé seulement de deux rangées de pierres. Les pierres sont brutes et assez régulièrement alignées, les unes plantées debout, les autres posées à la surface de la terre. L'S deux tiles se dirigent du nord au sudsurune longueur de 35 pas et il règne entre elles un intervalle d'environ dix pas.
M. de (lerville, un des plus habiles arcliéologues normands, a découvert à Tourlaville, dans l'arrondissement de Cherbourg, une avenue de pierres, également composée d'un double rang de pierres brutes dirigé d(! l'est à l'ouest et long de 50 pieds. On en trouve une descriptionassez détaillée dans le i" volume des Archives normandes, p. 160. Dans la Coinouaille, en Ecosse, dans l'ancienne Scandinavie, dans le nord de l'Allemagne et en Russie, il existe des alignements de [)ierres à peu près semblables h ceux que l'on rencontre en France.
On a formé un grand nombre de conjectures sur la destination des alignements et
en particulier sur celle du monument do Rarnac. Des auteurs, entre autres Borlase, ont jirétendu que la réunion des menhirs représentait un vaste cinietière celtiriue, et que ces pierrcîs avaient été dressées sur la tombe des guerriers morts en combattant. D'aulres auteurs, et l<ur opinion est plus vraisemblable, ont pensé que cet assemblage de pierres donnait ras[)ect d'un temple n'ayant d'autre voi'ile que celle du ciel, comme les tem[)les des Pei'ses, et ceux en général des peuples adonnés au sabéisme, adorateurs dr^s astres.
A l'ariicle Doi.mkn, nous avons comparé les monuments druidi(iues avec ceux des Juifs et des plus anciens peu[)les de l'Asie. C'est le meilleur nioyen d'éclairer les questions d'origiric (jui sont toujours fort obscures.
Voi/ez DOLMEV.
ALLEE COUVERTE ( Monument druidique).—Le principe de construction simple et durable adopté pour les dolmens se développe SI r une plus grande échelle dans un genre de monuments complètement ignoré, d'origine ceUi(|ue, et (ju'on nomme Allées couvertes, Grottes des fées, Coffres de pierre, etc. Ces monuments sont formés de deux rangées parallèles de pierres brutes, dressées verticalement et contiguës ; un toit en terrasse, ressemblant à la table des dolmens, couvre cette longue suite de ])ierres plus ou moins bien jointes. Quelques-uns de ces monuments nous fournissent une preuve matérielle que les Gaulois savaient travailler la pierre avec des instruments tranchants. Les allées couvertes ressemblent aux dolmens et n'en diffèrent (jue par de plus grandes dimensions ; c'est pour cela que plusieurs antiquaires les ont parfois confondus sous une môme dénomination.
Les allées couvertes, au lieu de présenter une largeur égale d'un bout à l'autre, s'évasent quelquefois sensiblement à l'une de leurs extrémités ; il y en a même qui offrent l'aspect d'un corridor terminé par une espèce d'appartement grossièrement arroJidi ou carré. Quelques-unes sont divisées à l'intérieur en deux ou trois pièces, comme des chambres, ainsi qu'on l'a remarqué dans certains dolmens de grande dimension.
Les allées couvertes ou grottes aux fées sont encore de nos jours l'objet des superstitions du peuple des campagnes. On d t que d'immenses trésors sont enfouis en terre au milieu des chambres ; jiendant le silence desnuits, on entend des bruits étranges, comme do pièces d'or (pii sonnent sur la pierre ; mais des fantômes, des mniistres, dos spectres, des fées, veillent à leur garde. Malheur à limpridont (jui tenterait do violer le monument dos fées !
Les deux plus beaux monuments do ce genre (jui soient en France smit [)Oul-êtrfl la Roche aux fées d'Fssé, à sept lieues do Rennes, et celui de Ratjnoux, à une petite distance de la ville do Saumur. Ces deux monuments ont la f( rme d'un carré très-allongé et s'élargissent vorsh^ foml. La grotte d'Essé a 50 pieds de longueur : elle est divi-
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si''C intérieurement en deux parties. La première pièce a environ quatre mètres 60 centimètres (Je longueur sur un peu moins de trois mètres dans œuvre. On entre clans la seconde par une ouverture en forme de p rte. Cette seconde pièce a quatorze mètres 35 centimètres de long sur ([uatre mètres de Jargeur à l'une des extrémités, et dix mètres 25 centimètres à l'autre extrémité : elle est divisée dans sa longueur, sur un des c<'»tés seulement, par trois grandes pierres plates qui forment quatre cellules ou alcôves. Les murs de tout léditice sont en pierres brutes énormes plantées verticalement ; ils sont recouverts par des quartiers de roches posés d'un côté à l'autre, sans ciment, sans attache, mais que leur poids rend d'une solidité inébranlable. L'une de ces pierres est longue de plus de six mètres, épaisse de deux mètres, et large de trois mètres ; les autres ont de moindres dimensions.
Le monument de IJagneux, a dix-neuf mètres 33 centimètres de long, sept mètres de large, sur trois mètres de haut. Il est composé de quinze pierres de grès, dont neuf posées de champ, quatre pour chaque côté t't une dans le font). Deux autres sont denout : l'une, à l'entrée de la grotte, sert à rétrécir l'ouverture et fermer la porte ; l'autre, placée dans l'intérieur, sert de support à la plus grande pierre du toit, qui est fendue. Ce toit est composé de quatre pierres de ditlVrenle largeur ; la plus grande a sept mètres 50 centimètres de longueur sur sept mètres de largeur. L'épaisseur de ces pierres varie depuis 10 centimètres jusqu'à 80.
Les pierres qui forment les côtés et le fond ne sont pas posées verticalement; elles inclinent leur partie supérieure en dedans du monument ; mais celle qui est à l'entrée et celle qui sert de support sont d'aplomb.
On trouve dans les Antiquités de la France, par Caylus, une gravure de ce curieux monument qui a été souvent dessiné depuis. Le célèbre Dolomieu, alors oflicier au corps des carabiniers, se trou\ant, en 1775, en garnisou à Saumur, eut la curiosité de le faire fouiller, pour connaître la mesure de l'enfnnceuient des pierres, et voir s'il ne trouverail point (jueh^ues indices de l'usage auquel il avait anciennement servi. On ne trouva rien qui |)iU doinier là-dessus quelcpie éclaircissement; on reconnut seulement (|ue les jiierres entraient enterre d'environ trois mètres.
On trouve la description du momimont do Ijagneux dans le livre de Hodin. Recherches sur la ville de Saumur, ses monuments et ceux de son arrondissement, loin. I'^ diap. 2 ; dans le V oyage dans l'Ouest, |iar W. .Mérnnée; dans l'ouvrage <le M. Codard-Faullrier, inlilulé : L'Anjou et ses monuments.
La commune do Saint-Antoine du Hoclier, à peu do distance de la ville de Tours, possède le monument celtique le |)lus grand et le mieux conservé de ceux qui se trouvent en Touraine et l'un des plus remcinjuables de la France; ses proportions iiermelleiit de le classer parmi les allées couvertes. On le
connaît dans le pays sous le nom de Grotte des Fées ; il est composé de douze énormes quartiers de roche à la disposition desquels M3 système ternaire semble avoir présidé. Deux à l'ouverture semblent tigurcr une espèce de vestibule ; trois sont placés du côté gauche, un au fond, et trois à droite; supportés horizontalement par ceux dont la position est verticale, les trois derniers, de dimensions plus considérables, forment la couverture. Celui du milieu étant plus épais d'environ 60 centimètres , cette différence ferait présumer que ce bloc était véritablement la table de l'autel et le lieu oii s'accomplissait le sacrifice, en supposant à ce monument une destination religieuse. Toutes les pierres sont complètement brutes et de la nature des roches du voisinage.
Le monument de Saint-Antoine du Rocher est placé à mi-côte, à cent mètres environ de la petite rivière de la Choisille, à quelque distance du bourg de Mettray. L'entrée est à l'orient, suivant l'usage presque constant des constructions de ce genre. La longueur totale dans œuvre est de onze mètres, la largeur de trois, et la hauteur de deux environ : la partie intérieure a sept mètres 50 centimètres de longueur, et le vestibule trois mètres 50 centimètres. Le plus gros bloc de cette construction, ayant environ six mètres de longueur, sur trois mètres 50 centimètres de largeur, et un mètre 60 centimètres d'épaisseur, cubant environ cent soixante-dix mètres, doit peser i2,500 à ip3,000 kilogrammes. On ne peut s'empêcher, en voyant de telles masses, de penser aux forces prodigieuses dont il a fallu disposer pour en opérer le dépincement et la pose, dans des temps surtout où la mécanique ne fournissait i)as les |)uissanls moyens qu'on ])Ourrait employer aujourd'hui. Les druides n'avaient j)U trouver de symbole plus exact de l'éternité de Dieu, s'il était possible de rien comparer à l'inlini, que ces roches énormes dont le volume et la dureté semblent devoir résister à la m.inlie des siècles et aux ravages des élémenls.
La de^(•^iplion du monunu'iit de Saint-Antoine du l^iclier a été laile pour la première lois par M. Nitèl Champoireau , et publiée dans les Tableaux chronologiques do \'\nsUnre de 1 oiiraine.
Eu Angleterre, il existe une très-belle allée couverte à New-Grange : on en voit la ligure dans le deuxième volume de V Archéologie britannique.
M. de Fréminville en a découvert une fort curieuse dans le golfe du Morbihan : elle n'est pas si considérable par le volumedes pierres, la largeur et la hauteur de l'allée intérieure, mais elle est plus longue encore. « Ce monument, dit M. de Fréminville, a l'apparence d'une longue galerie, arquée vers l'une de ses extrémités, et formée de deux rangs i)arallèles de pierres verticales, soutenant une |)late-forme, composée de li pierres plates posées en travers, les unes à côté des autres, de manière à former un plan horizontal. La longueur de celte galerie est de soixante-trois
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pieiJs ; on compte quatorze pierres verticales sur chacun des cût('^s ; l'extrémité arquée est ouverte, l'autre est fermée par une pierre plantée sur champ. Dans l'intérieur, une pierre disposée de môme fait une cloison qui forme vers cette extrémité une petite cellule d'environ quatre pieds et demi en carré. La hauteur totale de l'édifice, mesurée endehi rs, est de cinq pieds et demi. »
Dans le déjiartement de la Manche, M. de Gerville a observé des allées couvertes fort curieuses sur le bord de la forôt de Briquebec ; il en a remarqué deux autres, en partie détruites, dans les communes de Vauville et de Breteville, arrondissement de Cherbourg : la première a quarante pieds de longueur, et la seconde environ cinquante pieds ; on en trouve la description dans le tome 1" des Archives de la Normandie.
Les allées couvertes, s'il est permis d'émettre à ce sujet quelques conjectures, avaient une triple destination , comme les dolmens ; ils étaient à la fois grotte sacrée, autel et tombeau.
N'est-ce point dans ces enceintes de pierres brutes que les druides se retiraient avec nlusieurs disciples auxquels ils enseignaient leur théologie {Comment. Cœsar., alin. xiv, /i6. vi). Vienne l'imagination en aide à Ihisfoire ; quel tableau 1 d'épaisses furets, un lac, des arbres brisés, humides, sans soleil ; des allées de pierres taillées en géants, d'autres noires, cendrées, couvertes de lichens gluants, de mousses pendantes comme des herbes négligées; des fontaines cachées sous l'épaisseur des algues et des nénuphars; de j)eli(s sentiers étroits, raboteux, obliques, conduisant au sombre dolmen, à la mystérieuse caverne ; tels furent les lieux sacrés des druides. Au sein de cette nature sauvage, dans ces grottes silencieuses, assis sur des rochers que leur robe blanche couvre de ses plis, le symbole du croissant à la main, la faucille d'or (Sacerdos candida vesle... fulce aurea.. [Plin., lih. xvi, cap. ii-j), ils apprennent à compter le temps par les nuits {spaiia omnis temporis, non numéro dierum, sed noctium [Caes., Comm., lib. vi, num. 18]) ; ils méditent sur le cours des astres, l'ét; ndue de la terre, les phénomènes de la nature ; sur Dieu, sur l'immortalité de l'ame : toutes connaissances qu'ils défendent d'écrire, mais qu'ils mettent en vers, afin de mieux aider la mémoire.
N'est-ce point sous ces grottes et ces dolmens que la jeunesse appelée au sacerdoce passait vingt années à étudier la science et les mystères ?
Les allées couvertes et les dolmens servaient encore de tombeaux, ainsi que le prouvent des amas de cendres et d'ossements humains, des haches et des pointes de flèches en silex, des armes de serpentine ou de bronze, des ossements de petits animaux, des vases de terre, des os de cheval et d'antres grands quadrupèdes, tous débris trouvés sous ces moninnents. Kn rapprochant ces découvertes d'un texte des Commentaires de César, où nous lisons (jue les Gaulois faisaient
à leurs morts de riches funérailles; qu'ils confiaient au bûcher les objets les plus chers au défunt, tels que ses animaux et même ses esclaves et ses clients, il nous sera facile de conclure que les grottes des fées et les dolmens furent les témoins de ces barbares sacrifices. Funera sunt pro cultii Gallorum magnifica : omnia quoique rivis cordi fuisse arbitrantur in iynem inftrunt, eliam animalia ; ac paulo supra hune memoriam servi et clientes quos ab iisdilectos t-^se constabat, justis funeribus confectis una cremabantur.
{Comm. Cœsar., lib. vi).
Les allées couvertes et les dolmens furent encore des autels. Lucain,en parlant du bois sacré situé près de Marseille, nous apprend que les nymphes et les sylvains n'en gardaient pas 1 enceinte , mais qu'on y v yail des autels de nierres brutes, desarbres inondés de sang liumain, qui attestaient un rite eiïrayant et barbare Ne sont-ce pas là nos dolmens et les traces des sacrifices ?
Sed barbara ri tu
Sacra Deum, slructœ diris allaribun arœ ;
Omnis et liumanis luslrala cruoribus iirbor
Llcan. lib. ui.
ALLÈGE. — Mur d'appui dans l'embrasure d'une fenêtre, qui a moins d'épaisseur que cette fenêtre. Dans ce cas les pierres en harpe des pieds droits de la fenêtre, réduites à l'épaisseur du mur d'appui qu'elles pénètrent, prennent aussi le nom d'allégés. Ce n'est que dans les constructions destinées à servir d'habitation que l'allège est moins épaisse que le reste de la muraille et mérite ainsi son nom : la disposition qu'elle olfre alors est nécessaire pour que l'en puisse regarder au dehors. Les allèges des fenêtres propres seulement à donner du jour ne dillèrent en rien des parties environnantes. On trouve la disposition architecturale des allèges dans la plupart des monuments du moyen Age. On peut même dire qu'elle était beaucoup plus en vigueur dans les robustes édifices de cette époque que dans les constructions modernes.
ALLÉGORIE.— En î8U,M.Ch. des Moulins a publié un intéressant Mémoire sur quelques l)as-reliefs emblématiques des péchés capitaux. Ce savant antiquaire a commencé son travail en cherchant à définir ce qu'il faut entendre par les mots symbole, emblème et allégorie. Ces expressions ont été employées en divers sens par grand nombre d'écrivains modernes; il n'est donc pas hors de propos d'en établir la vraie signification.
Nous allons d'abord reproduire ipielqucs pages du Mémoire de .M. Cii. des .Moulins.
Symbole. « J'ouvre le dictionnaire de l'Académie (édition de 1802) et j'y trouve la définition suivante du symbole : Figure ou image qui sert à désigner quelque chose, soit par le moyen de la peinture ou de la sculpture, soit pur le discours. Des exemjiles evjtli'puMit la définition. Ainsi le chien est le symbole de la fidélité ; la colombe est le symbole de la simplicité ; le renard est le symbole de la ruse, de la finesse ; la girouclle, de l'incons-
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tance; le lion, de la valeur; la palme et le luurior, de la victoire.»
Quant h Vadji'ciiï si/mboliqite (qui sert de synibolo), le dictionnaire donne pour exeni- })le : « L'hermine est une figure ou image symbolique de la pureté. »
Considéré sous le point de vue qui nous occupe, le symbole sera donc la tigurc d'un objet maléiicl, irrationnel, animé ou inanimé, servant à désigner une qualité ou un acte de Tètre moral.
La ligure de l'homme est essentiellement exclue de tout vrai symbole.
Pour qu'il y ait symbole, on le voit, une condition est absolument nécessaire ; c'est qu'il y ait dilTérence radicale de nature entre la chose représentée et la chose désignée : ainsi, un cliien n'est pas une vertu, quoiqu'il soit le symbole de la fidélité qui est une vertu. Le chaînon qui unit la chose représentée à la chose désignée est donc une abstraction , c'est-à-dire la compaiaison de l'une des propriétés ou qualités de la chose représentée avec la chose désignée : — Le chien se fait remarquer par sa fidélité à son maître ; — le propre de la girouette est de tourner au moindre vent ; — la palme et le laurier se fanent difficilement.
De tout ceci résulte une définition plus haute, plus métaphysique, plus générale du symbole : le symbole est un enseignemenC mystérieux , partant un chiffre dont il faut avoir la clef pour le lire. Donc le symbole convient pour rappeler les mystères : il convient aussi nécessairement aux temps de persécution.
Ainsi les nefs , les absides , les fenêtres, lorsqu'elles sont ternée.t, peuvent offrir une véritable allusion symbohque à la sainte trinité.
Ainsi le pélican est le symbole de la charité, et le lis celui do la chasteté.
Ainsi la palme est le symbole direct du martyre, par cela même qu'elle est celui de la victoire.
Ainsi les colombes (symbole de la simplicité, de la douceur) avec ou sans queue de serpent ( symbole de prudence, saint Matthieu, chap. x\ et qui se désaltèrent dans un calice ou bec(iuètent des raisins (images naturelles de l'une des espèces sous lesquelles est voilée la présence réelle de Jésus-Christ), sont le symbole le plus rigoureux , le plus parfait de la foi catholique au mystère de rpucharistie ; et Clément d'Alexandrie les met au nombre des symboles chrétiens. [Pedagog., cap. 3.)
Ainsi les poissons, les ornements funéraires en forme d'écaiîles de poisson, sont des symboles du christianisme, parce que le poisson vit dans l'eau, matière du baptême (Tertull., De baptismo); Clément d'Alexandrie {'ibro supra citato) compte aussi le poisson parmi les symboles chrétiens.
Ainsi le poisson est encore le symbole de Jésus-Christ lui-même , parce que son nom se compose, en grec, des cinq lettres initiales de cette phrase : Jésus Chnslus, Filius Dci,
Salrator. { S. Optât. , De schism. Donat. ) 1. X. 0. V. s.
Ainsi, entin, la sirène est probablement, comme on l'a pensé , un véritable symbole du chrétien, parce que l'union de ses deux natures humaine et animale représente, par sa portion supérieure, l'excellence et la supériorité de l'Ame ; par sa |)ortion inférieure, la subordination du corps, et celui-ci puritié visiblement par l'eau du baptême, etc., etc.
Les vrais symboles sont probablement en petit nombre et remontent tous à une anti-
3uité reculée : cela ressort nécessairement e la circonstance déterminante de leur adoption, la persécution. Quanta leur application partielle, comme simple motif d'ornementation (ceps, feuilles de vigne, raisins, colombes, écailles de poisson, etc.), elle est et doit être très-fréquente dans la sculpture chrét'enne, sans cependant que l'on puisse toujours donner h ces détails le nom d'ornementation symbolique : il faudrait pour cela un ensemble, une concordance, qui ne laissassent pas de doute sur l'intention du sculpteur. {Voy. Symbole.)
Emblème. « Espèce de figure symbolique, qui est ordinairement accompagnée de quelques paroles sententieuses. » Si je ne me trompe, dit toujours M. Ch. des Moulins, cette définition de l'Académie est encore incomplète. Qui de nous ne dirait pas une statue d'Hercule, emblème de la force; une statue de Minerve , emblème de la sagesse ? Cependant l'Académie, en faisant ressortir la différence d'acception des mots emblème et devise, nous donne quelques éclaircissements précieux, qui sont reproduits par le Dictionnaire universel des synonymes, tom. I, p. 380. Nous y voyons : « que les paroles de Vemblème ont toutes seules un sens plein et achevé, et même tout le sens et toute la signification qu'elles peuvent avoir avec la figure (ce qui n'existe pas dans la devise , où la figure et les paroles sont nécessaires); que Vernblème est un symbole plus général (tandis que la devise est déterminée, personnelle); enfin , que Vernblème suppose souvent une comparaison entre des objets de même nature, tandis que la devise porte sur une métaphore. » Le dictionnaire des synonymes définit b la fois l'emblème et la devise, comme étant l'un et l'autre la représentation d'une vérité intellectuel par un symbole sensible accompagné dune légende qui en ejprime le sens.
Remarquons que , d'après l'Académie , l'emblème n'est qu'ordinairement accompagné d'une légende, et concluons que si, dans l'art chrétien , il existe des figures qu'on puisse nommer emblématiques, la leçon du catéchisme qui apprend à les exidiquer remplace surabondamment la légende qui ai:rait pu être gravée auprès d'elles. Tenons compta de l'usage, cette licence qui, en vieillissant, prend forme et force de loi. Rappelions-nous ce sens plein et achevé qui appartient à la fégende de l'emblème, même en l'absence do la figure , et tirons de là cette conséquence que si la légende ne peut recevoir de la fi-
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gui-e aucun complément de sens et de force, la figure , de son côté , ne doit pas être le C' niplénii'nt de la légende, mais son exposition h nos sens, sa manifestation vulgarisée, en un mot, et comme le dit le dictionnaire des synonymes, « la représ(»ntation , par un syml) le sensible, de la vérité intellectuelle énoncée par la légende. » N'oublions pas , enlin, le caractère de généralisation qui semb'e attacbé à l'emblème , et la comparaison qu'il admet entre objets de la même nature , condition, comme nous l'avons montré, qui est repou5sée parle symbole.
I) après ces considérations , continue toujours M. des Moulins, il me sera permis, j'espère, de proposer la détinition suivante pour l'emblème, en matière d'iconographie chrétienne : « L'emblème est un enseignement dogmatique , moral , non mystérieux, mais direct , exprimé par une personnification de l'homme vertueux ou criminel en général, représenté dans la situation où le place le précepte religieux, observé ou enfreint, qui se rapporte à l'emblème. » Cette situation est exprimée soit par la représentation de l'acte louable ou criminel, soit par l'adjonction à la figure principale, des attributs qui caractérisent la vertu ou la passion dont il s'agit, soit par la personnitication de la suggestion qui pousse au bien ou au mal, soit enfin par l'image sensible du remords et de la punition, ou de la récompense, qui suivent l'acte.
La figure de l'homme est donc l'élément nécessaire de l'emblème dans Fart chrétien. Quant aux accessoires , ils sont fournis par les attributs caractéristiques dont je viens de parler, et dans certains cas par la figure d'un personnage historique, auquel, comme je l'expliquerai bientôt , la qualification d'emblématique ne peut jamais être donnée.
Exemple : La charité sera représentée par un homme qui distribue de l'argent, des vivres, des vêtements à des pauvres ; voilà l'acte lui-même. Le pauvre , les vêtements , les vivres, l'argent, sont de simples attributs. Ajoutez un ange qui montre les pauvres à l'homme, voilà la suggestion représentée par l'ange, personnage historique. Ajoutez une main bénissante sortant d'un nuage, voilà la récompense.
Le péché (ïavarice sera représenté par un homme qui tient serrée sur sa poitrine une auraonièie pleine : celle-ci est l'attribut caractéristique. Ajoutez un démon, personnage histoiifiuc, qui parle à l'oreille do l'homme ou lui })résente une autre bourse ; voilà la suggestion. Que le démon pousse dans les tlammes l'homme ayant l'aumonière détachée du cou, comme au portail de Moissac, voilà la i)unition.
Ainsi, au résum*', l'emblème est une personnilicalion de riiomme moral dans l'état où le placent ses actes, leurs causes, leurs suites.
Ainsi encore l'emblème est un enseignement qui doit, il est vrai, être développé par l'instructifjn religieuse, mais qui est jiublic et hon mystérieux, puisiju'il ne peut pas,
comme le symbole, être méconnu par es profanes. Au temps des persécutions, on employait des symboles ; on se serait compromis en employant des embirmes. Au temps où la foi est triomphante, générale, on n'a plus à créer de symboles : on fait des emblèmes.
Allégorie. Dans lelangage usueL les mots figure allégorique désignent la personnitication, sous forme ordinairement humaine, accompagnée d'attributs caractéristiques, d'une vertu, d'un vice , d'un penchant, d'un être abstrait, d'un être collectif, d'un résultat moral. On dira : des statues allégoriques de la Forcp, de la Justice, de la Mollesse, de la (iHoire, de la France, de la ville de Paris, de l'Industrie, de la Musique, de la Victoire. Dans l'iconographie chrétienne, les vertus, auxquelles les saintes Ecritures n'assignent aucune représentation spéciale , sont souvent représentées sous la forme de femmes, avec attributs constants et déterminés, comme la Foi , l'Espérance et la Charité , ou sans attributs, comme les vertus cardinales (au portail de Moissac), ou armées et combattant des monstres qui figurent les vices, comme à Notre-Dame de la Coudre, àCivray, à Parthenay. Le bien opposé au mat est aussi figuré par iin combat, et le combattant qui représente le mal se fait reconnaître par un attribut, comme le serpent ou le dragon.
Il existe une autre acception vulgaire du mot allégorie, et celle-là nous devons la repousser de toutes nos forces. L'allégorie serait prise dans un sens poétique, de manière à exclure toute réalité : ce serait, pour ainsi dire, le mythe des Allemands. Ainsi les démons ne seraient que l'allégorie des passions; les anges, l'allégorie des bons penchants. Nous reviendrons sur ce sujet.
FiGCRES HISTORIQUES. Sous Ics titres précédents, on peut classer un grand nombre des figures que nous trouvons sur les monuments chrétiens. Mais il en est un nombre bien plus grand encore qui échappe à la classification proposée. Celles-ci sont de deux sortes. Les unes n'ont de raison d'être que les besoins ou les fantaisies de l'ornementation : telles sont probablement les gargouilles, peut-être aussi les figures d'une grande partie des consoles et des modifions, etc. Toutes les autres sont des figures historiques. Je dois justifier en peu de mots l'adoption de ce terme ; il suffit pour cela de remonter aux principes.
Toutes les paroles de l'Ecriture sainte obligent la foi du chrétien.
Donc tout fait menlionn • dans l'Ecriture est un fait historique.
Donc tout être, tout personnage mentionné dans l'Ecriture est un être, un personnage historique.
Donc toute forme, toute figure sous lesquelles l'Ecriture rapporte (lu'un être immatériel s'est rendu visible, est une forme, une figure historique.
"De ces trois conséquences il résulte en
fait : , • -, ,
Oue le Saint-Esprit sciant rendu visible,
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au baptême de Jésus-Christ sous la figure d'une colombe, Ticonographie chrétienne a dû représenter la troisième personne de la Sainte Trinité sous cette forme, laquelle est historique, et non symbolique , ni emblématique ou allégorique.
Que les anges s'étant montrés aux hommes sous la tigure humaine, I'icono;j^aphie les a ainsi représentés, en k'S caractérisant au moyen des ailes, attribut prescrit parles paroles mêmes de l'Ecriture {Ezech., cap. x, vers. 5 et 19). Us ont encore d'autres figures également historiiiues, telle que celle des trônes dans l'usage constant de l'Eglise grecque, citée et figurée par M. Didron dans son intéressant travail sur la damaltique impériale (Ann. orchéol., tom. 1, pag. 156). Cette figure de roues enlacées, enflammées, ailées et oculées, est tirée des chapitres i'"et x* d'Ezéchiel, combinés avec le verset neuvième du chapitre vu de Daniel, où il est dit : Aspiciebam donec throni positi sunt, et antiquus dierum sedit... Thrunus ejiis flammœ ignis : roiœ ejus ignis accensus. La forme des chérubins est aussi décrite par Ezéchiel dans les mêmes chapitres i" et x'.
Que par conséquent les d'mons, anges rebelles, ont dû être représentés pareillement sous la forme humaine, mais avec traits, attributs ou circonstances caractéristiques de leur malice et de leur état de damnation.
Qu'en outre le démon, ayant pris la forme du serpent pour tenter nos premiers parents, et avant été vu par saint Jean sous la forme du dragon {Àpoc. xx), ces figures sont historiques au même titre que les précédentes. Cependant on ne peut disconvenir que le démon étant père du mensonge, routeur de tout le mal, les figures des reptiles, des dragons et surtout du serpent, ont souvent été employées symbohquement ou allégoriquement comme images sensibles du mal, du vice, etc.
Il résulte encore de là :
Que l'agneau représentant Jésus-Christ est, de sa nature, un vrai symbole, d'après les paroles des prophètes et celles de saint Jean- Baptiste : Ecce Agnus Dei; mais qu'ayant été vu par saint Jean l'Evangéliste, dans'^le ciel, comme forme visible de Jésus- Christ immolé pour le salut des hommes et recevant les adorations des vingt-quatre vieillards, l'agneau passe, par ce fait, de la classe des symboles dans celle des figures historiques, lorsqu'il est représenté avec le nimbe ou d'autres attributs caractéristiques.
Que l'ange, le lion, le bœuf et l'aigle, trèsjustement nommés symboles des quatre évanyélistes, joignent à cette qualité, s'ils sont oculés et pourvus de six ailes, celle de figures historiques, parce qu'ils ont été vus ainsi par saint Jean {Apocal. cap. iv). De plus, en qualité d'altribuls des quatre évangé;isles,ils peuvent les remplacer comme figures historiques.
Que les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse sont aussi des figures historiques, puisqu'ils représentent les docteurs de l'an-
cienne loi et de la nouvelle loi, comme l'explique Guillaume Durand, évoque de Mende, dans son Rational des divins offices.
Qu'enlin la représentation du Père éternel sous la figure d'un vieillard vénérable est pour ainsi dire dessinée par ces paroles du prophète Daniel (cap. viii, vers 9j qui le fait connaître sous le nom d Ancien des jours : Et Anliquus dierum sedit... et cnpilli capitis ejus quasi lana mrmda.
II y a encore dans l'iconographie chrétienne des ligures que la nécessité a fait créer et qui rentrent dans la classe des figures historiques, bien qu'elles ne soient pas déterminées ou comme dessinées par la sainte Ecriture : telles sont les représentations de l'âme humaine sous la forme d'un corps nu, de la divinité en général par une gloire triangulaire, par une main bénissante qui sort des nuages, etc.
Restent, enfin, les représentations des paraboles de l'Evangile; mais ces paraboles sont si étroitement liées au récit des faits évangéliques eux-mômes, qu'il serait superflu de créer une nouvelle dénomination pour les désigner. Par la même raison, les faits énoncés par les prophètes (comme seraient les visions d'isaïe , de Daniel , d'Ezéchiel) ne peuvent pas être séparés de Ihistoire des prophètes, et leurs représentations devraient être considérées comme figures historiques.
Ces explications étaient importantes à faira. La terminologie archéologique n'est pas encore parfaitement fixée : il règne par conséquent beaucoup de vague dans certaines expressions employées en difl"érents sens par les antiquaires chrétiens. iM. Ch.des Moulins aura contribué par ses intéressantes interprétations à déterminer la vraie signification de plusieurs termes fort obscurs, à cause de leur presque synonymie.
Chacun sait que, dans ces derniers temps, une école dont nous ne saurions trop énergiquement flétrir les tendances et les travaux, s'est élevée et constituée en Allemagne. Les partisans de ces doctrines détestables se sont lancés dansles spéculations les plus téméraires et les plus impies sur le contexte des livres saints et surtout sur le Pcntateuque et l'Evangile. Ils découvrent partout ce qu'ils nomment des mythes, c'est-à-dire une forme extérieure que l'on donne à un fait imaginaire (u à une série d'idées qui n'ont d'existence que dans l'intelligence. Cette forme poétique n'est qu'une écorce qui enveloppe la vraie doctrine, et il suffit de l'enlever pour découvrir la pensée de l'auteur. Les faits de l'histoire du monde primitif, racontés par Moïse, la création de la lumière, celle de l'homme et de la femme, l'arbre de la science , l'arbre de vie, le paradis terrestre, etc., seraient, selon eux, autant de mythes ou de récits symboliques et allégoriques, propres à nous faire connaître les progrès de l'esprit humain, l'union qui doit régner entre l'homme et la femme, etc. Nous ne combattrons pas