‹ Dictionnaire d'archéologie sacréeChapitre 38 sur 195 · AMA · texte numérisé non relu

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donimaî^écs; elles ont été ilécouvertcs, il y a quelques années, sous une épaisse couche de batiigeon.

Les tableaux de Strasbourg, pris en niasse, sous le rapport de l'idée première et de la disp.isition, ressemblent h la danse des njoils de Bâle, si connue des antiquaires ; mais dans les détails, ils sont d'une composition plus originale et sont préférables. Le sermon du Dominicain, par lequel ouvre cette danse dos morts, est surtout d'une belle composition et se trouve très-peu endommagé. D'autres groupes ont sou tfert davantage. Ces altérations doivent remonter au temps où l'église, abandonnée par les moines en loV6, après avoir servi pendant quelque temps de magasin, fut. en 1681, définitivement consacrée au culte évangélique. Les murs durent en être blanchis à cette époque, ou peut-être à une époque antérieure, lorsque les protestants l'occupèrent une première fois, pendant le court espace de J5i9 à 1561. Ces tableaux commencent à sept pieds au-dessus du sol et ont plus de sept pieds de hauteur. Les tigures sont un peu plus grandes que nature. Les groupes, séparés par de petil^^s colonnes peuites, et surmontés chacun d'un arc également peint, ont de cinq pieds et demi à six pieds de large. Le premier tableau ne fait pas partie de la danse des morts : il représente, dans trois compartimeiits, un grand nombre de saints; il y en a neuf ou dix dans chaque compartiment, et les noms sont écrits audessous de chaque figure. La peinture paraît être d'une autre main que la danse des morts, et plus ancienne. Ensuite vient le sermon, composition de d suze figures : trois femmes sont assises sous la chaire; à côté d'elles se tiennent deux personnages mal caractérisés, puis un évêque, un cardinal, un page, etc. immédiatement après le sermon, c est la mort qui vient chercher un pape : une figure accessoire complète ce tableau. Dans le troisième, la mort enlève trois cardinaux; dans le quatrième, un empereur et une impératrice, derrière lesquels une suivante regarde avec indifférence ; et dans le cinquième, quatre personnages, parmi lesquels on remarque un jeune homme dont la tête est ornée d'une couronne de fleurs.

Les quinze tableaux qui suivent représentent des évêques, des abbés, des moines de tous les ordres, dont la mort fait sa proie. Le reste de la série est très-endoramagé et à peine distinct; cependant la suite est indiquée par une inscription presque effacée et qui contient une maxime de morale. La tête de la mort dans ces tableaux est moins décharnée que dans les tableaux de Bàle; les traits de son visage otirent une expression toujo.irs variée. Les vivants que cette hideuse figure traîne à sa suite sont souvent ingénieusement groupés. La danse des morts de Strasbourg est une pointure du xiv' ou du commencement du xv' siècle.

ALPHA. — Dans l'Evangile, Jésus-Christ parlant delui-môme, dit ces paroles: «Je suis l'alpha et l'oméga, le commencement et Ja

fin. » Ego sum alpha et omeyi, primipimn *.t finis. Aussi, dès la plus liante antiquité chrétienne, on se servit des deux lettres grecques A et a pour désigner Notre-Seigneur. Dans les Catacombes de Udiiie, on voit frécpiemment ces deux signes séparés par le chi-rô, X p, ou Chrisme. Sur les monnaies des princes chrétiens, on trouve quelquefois les mêmes caractères, qui furent ensuite remplacés par les lettres x r c, qui signifient Christus. Ces dernières lettres furent gravées sur les monnaies françaises par le roi Louis VL et elles furent conservées jus(]u'au règne de François L'.

On connaît un certain nombre de pierres fines gravées, qui portent l'A et l'ii ( l'alpha et l'oméga): elles furent primitivement montées en or et les c uétiens en faisaient l'o»nement de leurs anneaux et s'en servaient comme d un sceau à leur usage. Au moyen âge, on retrouve les mêmes lettres sur les vases sacrés, comme les patènes et les calices, et jusque dans le tissu des vêlements sacerdotaux. Voy. Moivogramme.

ALVÉOLAIRE (dessin). — Genre d'ornement qui affecte des formes d'alvéoles, et qui décore quelquefois les fiits des colonnes au \iV siècle.

AMAMDE. — Petit ornement en forme d'amande et qui est ordinairement disposé en chapelet : on le trouve assez fréquemment dans les monuments antiques.

Amande MYSTIQUE. — 1. L'amande a étéconsidérée comme symbole de la virginité de la sainte Vierge. L'origine de cet emblème trouves n explication dans le ssns mystique attaché à la verge d'Aaron, qui fleurit en une nuît et porta une aman Je. Nous citerons en {)reuve cette inscription, placée sous une miniature du xiv' sièie et qui représente la floraison de la verge d'Aaron :

Virjia Aaroii protulii fruclum sine planladone ; Maria genui( Fil. uni sine virtli conjunciione. Virga flurens Aaron dignum sacerdoliiini iiwnstravit; Maria pariens nobis niaymnn saterdolem paruvil. In lesta umggdalma dulcis nucleus laleba', A quo data est nobis lani dukis medicina (1 ). La même signification mystique de l'amande est encore attestée par une autre inscription curieuse, que l'on voit sur une belle tapisserie en laine à l'archevêché de Reims. Les vers, comme la tapisserie, sont en style du XVI' siècle et tissés dans la laine : Comment Moyse fust irès-fort esboiiiy Quand apperçut le verd buisson ardaat Dessus te mont Horeb ou Sinay, El n'estait rien de sa verdeur perdant ; Pareillement la Pacelle eut enfant Sans Iraclion ne avenue ouverture :

Et la vir^^e d'Aaron l'ut florissant En une imii, cela nous le figure.

Nous devons ajouter que certains écrivains, entre autres M. de Montalerabert, regardent l'amande comme une forme consacrée à la Trinité (2).

(!) Voir le Spéculum humanœ salvationis, ms. de la bibliotiièquede l'Arsenal, à Paris, Théol. fat. 42'', fol. 10 verso.

("2) Oe Montaiftmbert, Du VanduHsme et du CidhO" iic snie dans Cari, pag. lOU.

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II. Beaucoup d'auteurs ont donné le nom iVamande mystique k ce qui a été désigné plus tar.l sous le nom (Vauréole par plusieurs écrivains. Cette auréole, déforme ovale, entoure constamment les personnes divines, ■ dans les compositions les plus anciennes , soit en peinture, soit en sculpture. La sainte i Vierge est ordinairement entourée d'une ' auréole de môme forme, sans doute à cause de la signification symbolique que l'on y attachait. Les antiquaires anglais ont donné à l'amanie mystique ou à Tauréole elliptique le nom barbare de vesica piscis, vessie de poisson. Cette étrange dénomination, trop facilement adoptée en France par plusieurs antiquaires, doit être rejetée comme fausse et comme inconvenante. Elle est fausse , puisque l'amande mystique n'a certainement aucune ressemblance avec la vessie des poissons; elle est inconvenan'e, et comme le dit avec raison M. Didron, dans son Iconographie chrétienne, une terminologie qui se respecte doit repousser une pareille expression. L'auteur que nous venons de nommer regarde l'amande mystique comme une variété de l'auréole, qu'il définit, considérée en général : Le nimbe de tout le corps, comme le nimbe est J'auréole de la tête. L'auréole et le nimbe sont de même nature, un nuage transparent, une lumière qui enveloppe le corps entier. M. Dilron, mentionnant le nom à'amande mystique, s'élève contre le mot de mystique, qui préjuge, selon lui, avant tout examen, une intention symbolique dont on peut fort raisonnablement douter. Il ne donne aucune raison de cette désapprobation formelle, sinon que l'auréole n'est pas toujours de forme elliptique. C'est vrai : aussi ! es auteurs qui acceptent la dénomination primitive , après examen, n'ont-ils jamais prétendu que toutes les auréoles étaient en forme ;d'aman;le. Quoi qu'il en soit, nous pensons que l'on peut fort bien ( onserver le nom d amande mystique pour désigner particulièrement cette espèce d'auréole ovale qui , sur le tympan des portails de l'époque romano-byzanline et ogivale, dans les vitraux, dans des sculptures sur bois et sur pierre, dans des peintures à fresque, enca ire la figure de Notre-Seigneur ou de la sainte Vierge.

L'amande mystique ou l'auréole elliptif|ue Sfîmble convenir parfaitement pour entourer le corps d'un personnage debout. On {)cut la regarder comme la traduction de ces mots du Psalmiste : Amictus tumine sicut vesiimento.

Chez les Italiens, dit M. Didron, le rebord extérieur qui embrasse tout le champ de l'auréole est régulier, géométrique, comme toutes les lignes de l'art chrétien en Italie. Kn France, les lignes extérieures (jui forment le contour ne sont pas toujours aussi r'gulières, quoique commuiK'ment, aux plus anciennes époques do l'art, l'amande soit parfaitement tracée. Nous enavous vu fré(pieniment des exemples dans les monuments de la [tériole romano-byzantiiie. Nous nous coiitentcronsdc citer les beaux christs byzantins (jui

DicrioNN. D'AncniioLOiiiL siCnÉE. I.

décorent les portails de plusieurs églises dans la Bourgogne, comme à Autun, à Vézelay, h. Cervon d à Mars, dans le Nivernais.

Au W siècle, le rebord saillant do l'amande est quelquefois tout rempli d'anges, comme on garnit d'arabesques le cadre d'un tableau. Ainsi, une peinture sur bois qu'un voit dans l'église de l'abbaye de Saint-Uiquier, et qui représente l'Assomption de la sainte Vierge, montre en haut, dans le ciel, la Trinité qui se dis[)0se h recevoir Mario que des anges enlevant et emportent eu paradis. La Trinité est au sein d'une largo auréole en ovale, mais presque ronde, et dans la bande du cercle brille un cordon d'anges. Le magnifique volume de \aCite de Itieu, de saint A'ugustin, traduite par Raoul de Presles, et que possède la bibliothèque Sainte-Geneviève, offre plusieurs exemples de ces auréoles qui environnent JDieu et qui sont tapissées de chérubins et de séraphins d'azur, d'or et de feu (1).

• Aux antiquaires païens, l'auréole, quand elle a la forme d'un cercle ou d'une amande, pourrait rappeler les imagines clypeatœ si fréquentes chez les Romains et même chez les Grecs. Dans un manuscrit de la bibliothèque Royale, Dieu, armé d'un glaive et do llèches, en buste et en saillie dans un cercle comme sur un bouclier, ressemble entièrement à ces images sur bouclier qu'on voit sur les sarcophages romains particulièrement. Il serait donc facile, suivant M. Didron, de trouver dans l'archéologie romaine uno des origines de l'auréole, en songeant que des bustes du Christ sont fréquemment p'acés au front des basiliques de forme païenne, en ce lieu oii les gothiques ont depuis percé une rose; oii, avant les gothi- ([ucs, les architectes romains avaient ouvert un oculus; oi^, avant cet ocu/us à jour, on remarque un oculus aveugle et rempli par le Christ et les attributs des évangélistes. Notre-Dame de Poitiers, qui est du xii* siècle, a conservé encore la trace de cet usage : elle nous montre ainsi Jésus-Christ entouré des attributs des évangélistes et enfermé dans une espèce d'ovale, un oculus, ou une rosace aveugle.

Sur cette manière de représenter le Christ en buste, dit M. Raoul Rochette ( Discours sur l'art du christianisme, note 2 de la page 25 ), imitée des images en bouclier, voyez Ruonarotti, qui en cite pour exemple la mosaïque aujourd'hui détruite du grand arc de Saint-Paul-hors-les-Murs , Ditiico sacro , etc., pag. 262. Cet usage durait encore au VII' siècle, et l'on en a acquis la preuve par la peinture de l'oratoire de Sainte-Félicité, découvert en 1812 dans les Thermes de Titus, en haut de laquelle était une image pareille du Sauveur en buste. ( Guatlaui, Memorie enciclopcdiche, etc., tom. 1, tav. XXI.)

11 est reconnu que l'auréole est le plus souvent de foi'ine ovale ou en amande ; mais cet ovale est rpiehfuefois ligure [tardes branches d'arbre ({ui se croisent, s'écartent |)our

(I) Iconograpliie chrétienne, pag. 90.

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laisser un espace vide, et se recroisent ensuite, composant ainsi comme une double ogive, l'une en haut, l'autre en bas, et retournt^e. Presque tous les arbres g(^néalogiques, surtout ceux du xn" et du xiir siècle, le long desquels s'échelonnent les ancêtres de la sainte Vierge et de Jésus-Christ, sont ainsi disposés. On en trouve un curieux spécimen dans l'une des verrières du chœur de l'église métropolitaine de Tours. Le vitrail représente la tige de Jessé. Le patriarche est figuré couché dans une grotte, au plafond do mquelle sont suspendues deux lampes. De ses flancs sort un arbre vigoureux q ù envoie des rameaux jusqu'au sommet de la fenêtre. Ces rameaux verdoyants, parés de feuilles, s'unissent pour former des cadres en ovale, où l'on voit quelques-uns des annôtres de la sainte Vierge et de Notre-Seigneur. Au sommet de la tige repose Jésus- Christ, la tête entourée du nimbe crucifère ; à l'extérieur de l'auréole voltigent des colombes, ayant également la tête entourée du nimbe divin, parce qu'elles représentent î'Esprit-Saint. On en peut voir la description dans l'ouvrage intitulé : Verrières du chœur di l'église méiropolitaine de Tours, in-folio, avec (le magnifiques planches chromolitho-

fraphiées, au nombre de dix-huit. Voy. URÉOLE.

AMBITUS.— L Dans les auteurs ecclésiastiques, cette expression fréquemment employée désigne particulièrement un espace consacré autour d'une église : c'était un lieu saint, où les réfugiés trouvaient un asile inviolable. Parmi les lieux d'asile, jadis si respectés, il y en avait peu en France d'aussi célèbre que la basilique de Saint-Martin de Tours. Il ne faut pas croire que les fugitifs cherchaient un refuge dans l'église seulement et au pied des saints autels. C'est bien ainsi, sans doute, que le droit d'asile s'était introduit dans la société chrétienne ; et nous trouvons chez les historiens plus d'un témoignage pour montrer que l'on regardait comme un crime et un sacrilège d'arracher les coupables de l'église ou du sanctuaire où ils s'étaient retirés : on ne voulait pas porter des mains violentes sur des malheureux qui étaient protégés, pour ainsi dire, par Dieu lui-même. Mais plus tard, lorsque la législation eut reconnu le droit d'asile aux églises, et en eut fixé en quelque sorte les diverses conditions, YAmbiius, le parvis, le péristyle, les abords du temple, entourés d'une enceinte fortifiée, servirent de retraite aux réfugiés. On y disposa des constructions spéciales, assez spacieuses quelquefois, comme à Saint-Martin de Tours, pour recevoir de nombreux fugitifs, des princes même, accompagnéi d'une suite considérable. Pour en donner une idée complète, nous emprunterons aux Récits mérovingiens de M. Augustin Thierry quelques détai's puisés dans les écrits de saint Grégoire de Tours, etre'atifs à rhistoire de l'infortuné Mérovée, fils de Chilpéric.

Avant d'entrer en matière, nous devons ajouter que l'on donnait encore le nom d'4m-

bitus aux cimetières qui entouraient les églises, et même aux terrains qui avoisinaient un monument funèbre. Dans les tombeaux souterrains, les (jrccs et les Romains appelaient de ce nom une niche destinée à recevoir une urne, et il a été quelquefois employé à une époque moins reculée, pour désigner ces sortes d'excavations profondes , pratiquées dans les murailles d'un caveau sépulcral, ou sous un enfeu, pour y insérer des cercueils.

De grandes niches, appelées enfeus, se voient dans un grand nombre de chapelles, et souvent pratiquées dans la partie inférieure du mur ou de l'écran qui enclôt le chœur. Ces niches, quelquefois fort simples, quelquefois richement décorées, étaient préparées pour placer des tombes. On voit de ces enfeus, qui ont un petit autel dans le cube duquel est une cavité destinée à servir de sépulcre. Le droit à'enfeu était anciennement, dans certaines provinces, un droit seigneurial. Voy. Enfeu .

IL Après la mort du roi Sigebert, Mérovée, fils de Chilpéric, s'éprit d'amour pour la veuve de son oncle, Brunehaut, et l'épousa à Rouen, en 576. Prétextât, évèque de Rouen, parrain de Mérovée, et qui, en vertu de cette paternité spirituelle, conservait pour lui, depuis le jour de son baptême, une véritable tendresse de père, célébra secrètement la messe du mariage. Selon les rites de l'époque, tenant la main des deux époux, il prononça les formules sacramentelles de la l)énédiction conjugale, acte de condescendance qui devait un jour lui coûter la vie, et dont les suites ne furent pas moins fatales au jeune imprudent qui le lui avait arraché.

Le roi de Neustrie, irrité, courut à Rouen à la tête d'une armée. Les deux jeunes époux se réfugièrent dans une petite église de Saint-Martin, bâtie sur les remparts de la ville. C'était une de ces basiliques de bois, communes dans toute la Gaule. Quoiqu'un pareil asile fût très-incommode à cause de la pauvreté des logements qui, attenant aux murs de la petite église et participant à ses privilèges, servaient d'habitation aux réfugiés, Mérovée et Brunehaut s'y établirent, décidés à ne point quitter ce lieu tant qu'ils se croiraient en péril.

Chilpéric fit des promesses, et les deux époux quittèrent leur asile. Ce prince était naturellement soupçonneux. Frédégonde lui inspira des sentiments de défiance et même de fureur contre son fils. Le roi irrité le fit désarmer ignominieusement et jeter en prison. Il fut condamné à perdre sa chevelure, à prendre la tonsure ecclésiastique, et même ordonné prêtre malgré lui. Exile à Saint-Calais, Mérovée, sur l'invitation de Gonthramn- Boson, se retira auprès de Saint-Martin de Tours.

« Dès que le fils de Hilperik, avec Gaïlen, son ffè.e d'aimcs, ses jeunes compagnons et de nombreux serviteurs, eut pris un logement dans le parvis de la basilique de Saint- Martin, l'évoque Grégoire de Touis se hûta de remplir certaines formalités qu'exigeait la

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loi romaine, et dont la principale consistait pour lui à déclarer au magistrat compétent et à la partie civile Tarrivéc de chaque nouveau réfugié. Dans la cause présente, il n'y avait d'autre juge et d'autre partie intéressée que le rolHilperik; c'était donc à lui ({uc la déclaration devait être faite, quelle que fût d'ailleurs la nécessité d'adoucir par des actes de déférence l'aigreur de son ressentiment. Un diacre de l'église métropolitaine de Tours partit pour Soissons, ville royale de Neustrie, avec la mission de faire un récit exact de tout ce qui venait davoirlieu.il eut pour compagnon, dans celte ambassade, un [)arent de l'évêque, appelé Nicetius, qui se rendait à la cour de Hilperik pour des allaires personnelles. »

Le roi, de plus en plus irrité, animé en outre par les insinuations de Frédégondo, fit jeter le diacre en prison et le dépouilla de tout ce qu'il possédait. Il écrivit en môme temps à Grégoire de Tours une lettre conçue en ces termes : « Chassez l'apostat fiors de votre basilique, sinon j'irai brûler tout le pays. » L'évêque répondit simplement qu'une pareille chose n'avait jamais eu lieu,

Eas même au temps des rois goths qui étaient érétiques, et qu'ainsi elle ne se ferait pas dans un temps de véritable foi chrétienne. « Mérowig, léger et inconséquent par caractère eut bientôt recours à des distractions plus d'accord avec ses habitudes turbulentes <{ue les veilles et les prières auprès des tombeaux des saints. La loi, qui consacrait l'inviolabilité des asiles religieux, voulait que les réfugiés fussent pleinement libres de se procurer toute espèce de provisions, afm qu'il fût impossible à ceux qui les poursuivaient de les prendre par la famine. Les prêtres de la basilique de Saint-Martin se chargeaient euxmêmes de pourvoir des choses nécessaires à la vie leurs hôtes pauvres et sans domestiques. Le service des riches était fait tantôt ]iar leurs gens qui allaient et venaient en toute liberté, tantôt par des hommes et par des femmes du dehors, dont la présence occasionnait souvent de l'embarras et du scandale. A toute heure les cours du parvis et le péristyle de la basilique étaient remftiis d'une foule affairée ou de promeneurs oisifs et curieux. A l'heure des repas, un bruit d'orgie, couvrant parfois le chant des offices, allait troubler les prêtres dans leurs stalles et les religieux auîbnd de leurs cellules. Quelquefois aussi les convives, pris de vin, se querellaient jusqu'à en venir aux coups, et des rixes sanglantes avaient lieu aux portes et môme clans l'intérieur de l'église.

« Si de pareils désordres ne venaient point à la suite des festins où Mérowig cherchait cl s'étourdir avec ses compagnons de refuge, la joie bruyante n'y manquait pas ; des éclals de rire et de grossiers bons mots retentissaient dans la sa le et accompagnaient surtout les no.ns de llil|»e:ikct de Frédégondo. Mérowig ne les ménageait pas plus l'un que l'antre. Il racontait les crimes de son père et les débauches de sa belle-mère, traitait Frédogonde dint'Anie prostituée, et Hil[ierik

de mari imbécile, persécuteur de ses propres enfants. « Quoiqu il y eût en cela beaucoup de vrai, dit l'historien contemporain, je pense qu'il n'était pas agréable h Dieu que de telles choses fussent divulguées par un fils. » Cet historien, Grégoire de Tours luimême, invité un jour à la table de Mérowig, entendit de ses propres oreilles les scandaleux propos du jeune homme. A la fin du repas, Mérowig, resté seul avecson pieux convive, se sentit en veine de dévotion et pria l'évêque de lui faire quelque lecture pour l'instruction de son Ame. Grégoire prit le livre de Salomon, et l'ayant ouvert au nasard, il tomba sur le verset suivant : L'œil qu'un fils tourne contre son père lui sera arraché de la télé par les corbeaux de la vallée. Cette rencontre, faite si à propos, fut prise par l'évêque pour une révélatioi\ de l'avenir.

Cependant Frédégonde,plus acharnée dans sa haine et plus active que son mari, résolut de prendre les devants sur l'expédition qui se préparait, et de faire assassiner Mérowig au moyen d'un guet-apens. Le comte de Tours, Leudaste, qui tenait à s'assurer les bonnes grâces de la reine, et qui d'ailleurs avait à se venger du pillage commis dans sa maison l'année précédente, s'offrit avec empressement pour exécuter ce meurtre. Comptant sur l'imprévoyance de celui qu'il voulait tuer par surprise, il essaya différents stratagèmes pour l'attirer hors des limites oii s'arrêtait le droit d'asile; mais il n'y réussit pas.

Frédégonde envoya près de Gonthramn une personne affidée qui lui remit de sa part ce message : « Si tu parviens à faire sortir Mérowig de la basilique, afin qu'on le tue, je te ferai un magnifique présent. » Gonthramn-Boson accepta ue grand cœur la proposition. Persuadé que l'habile Frédégonde avait déjà pris toutes ses mesures, et que des meurtriers apostés faisaient le guet aux environs de Tours, il alla trouver Mérowig, et lui dit du ton le plus enjoué : « Pourquoi menons-nous ici une vie de lâches et de paresseux, et restons-nous assis comme des hébétés autour de cette basilique? Faisons venir nos chevaux , prenons avec nous des chiens et des faucons, et allons à la chasse nous donner de l'exercice, respirer le grand air et jouir d'une belle vue. »

Le besoin d'espace et d'air libre que ressentent si vivf-merit les emprisonnés parlait au cœur de iMérowig, et sa facilité de caractère lui faisait approuver sans examen tout ce que proposait son ami. Il accueillit avec la vivacité de son âge cette invitation attrayante. Les chevaux furent amenés sur-lechamp dans la cour de la basilique, et les deux réfugiés sortirent en complet équipage dédiasse, portantleurs oiseaux sur le poing, escortés par leurs servrteurs et suivis de leurs chiens tenus en laisse. Ils prirent pourbut do leur promenade un domaine anpartcnant à l'église do Tours et s. tué au village do Jocondmcum, aujourd'hui Joui , à peu de distanee de la ville. Ils passèrent ainsi tout le

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jour, cliassant et courant ensemble, sans aucun accident et sans que les émissaires de Frt^dé^onde se fussent montrés. »

Chacun sait comment l'infortuné Mérovée quitta l'asile de Saint-Martin de Tours, fut errant peml.int quelque temps et périt misérablement aux environs d'Arras.

AMBON. — L'ambon est une tribune élevée, d'où se fait au peuple la lecture de l'Epître et de l'Evangile,

On a beaueoup écrit sur la forme, l'emplacement et le nombre des ambons dans les anciennes basiliques chrétiennes, sans réussir h résoudre ces questions. Les auteurs ne sont pas môme parvenus k s'accorder sur l'étymologie du mot ambon. Les uns le font dériver d'un mot grec qui signifie monter, parca qu'en etiet on y montait par plusieurs degrés; les autres, du mot latin am6 ), rfeujf, parce que, disent-ils, il y avait deux ambons : ce qui est rrai pour certains tas.

Dans un Irarail intitulé : Idée d'une basilique chrétienne des premiers siècles, travail iu>éré dans le tome XIX des Annales de philosophie chrétienne, M, l'abbé Cahier a donné un excellent résumé de ce qui a été écrit sur l'ambon par les ditïérents auteurs. Il existe encore beaucoup de difticullés sur ce sujet non encore résolues. L'ambon portait les divers noms de Sà^«, 7rOp/&f, pulpitum, su^jgeslus, gradus, auditorium, ostensurium, etc. Morin, toujours un peu tranchant, voit dans l'ambon tout simplement une sorte de chaire placée au même endroit que les chaires actuelles. Il se contente d'affirmer ; il ne donne aucune preuve de son assertion. Que l'ambon ait généralement servi à chanter l'Evangile et les leçons de l'Ecr.ture sainte, c'est ce qui est reconnu, sans qu'il faille multiplier les citations pour le démontrer (1). Entendu de cette façon, on le trouve indiqué comme placé au milieu de l'église ; mais faut-il en conclure qu'il occupait précisément le point central, ou seulement qu'il fut placé de cèté dans la nef du milieu? L'uneetl'autre indication peuvent s'appuyer sur d'anciens textes, et plusieurs fuis elles se vérifièrent toutes deux en même temps. Lorsque plusieurs ambons s'élevaient dans une même église, il s'en trouvait jusqu'à trois, l'un pour la récitation des prophéties et de l'Ancien Testament ; un second, communément à gauche de la nef (au sud dans les églises oiientées) pour l'Epître ; et le troisième à droite, pour l'Evangile. Quand il ne s'en trouvait qu'un, la distinction des fonctions y était signalée extérieurement par le cérémonial. L'Epître se lisait sur un degré moins élevé, et le visage tourné vers l'autel, tandis que le plateau supérieur était réservé pour le diacre lisant l'Evangile, le visage tourné vers le côté des hommes : un chandelier, qui se voit dans plusieurs ambons, pourrait bien avoir été destiné plutôt au

(1) Voyez à ce sujet saint Cyprien, Ep. 53 et 34 ; Suzomèiie, Hisi. eccl., lib, viii, cap. 5; lib. ix, cap. 2; Goar, Thiers, eic.

flambeau ordinaire de l'Evangile qu'au cierge pascal. Tel est entre autres le sentiment de Sarnelli dans sa Basilinographia.

Lorsque le concile de Laodicée {Can. 15) parle do ïambon, il y place les chantres, et nous donne lieu de reconnaître que ce mol indiquait souvent tout l'espace occupé par le clergé des ordres inférieurs. C'était donc le chœur proprement dit ; et c'est ce qui explique pourquoi saint Grégoire de Nazi mze l'appelle le grand /SÀfxa, par opposition à Vlspàv ^finx, qui était le sanctuaire : ^e fait est contirmé, non-seulement par Goar, mais par ce qui nous reste d'anciennes basiliques à Rome. A Saint-Clément, l'enceinte du chœur subsiste encore dans la nef centrale, avec ses ambons et ses sièges pour les chantres. A Sainte-Marie in Cosmedin, oii le jubé seul, l'ambon proprement dit, s'est conservé , on reconnaît encore l'emplacement du chœur, à la ditférence de niveau dans cette partie de l'église.

On comprend dès lors comment l'ambon pouvait avoir une entrée assez considérable pour qu'elle eût un nom parmi les portes de la basilique : elle était désignée sous le nom de porta speciosa. On la trouve nommée çà et là porta regia. Cette dernière expression pourrait avo;r pour origine l'usage byzantin de couronner les empereurs dans le chœur. Telle est l'opinion de l'abbé Thiers. Du reste, Goar fait remarquer que ce nom de porte royale se donne également à l'entrée du sanctuaire ; et Jean Diacre, cité par Mazzocchi, nomme regiolœ les petites portes d'argent çjui s'ouvrent sur le tombeau de saint Janvier, pour permettre l'introduction des linges que l'on voulait faire toucher à ses reliques. {Voy. SL-lvaggio, lib. ii, p. 1, cap. 2, § 4.)

Le jubé, d ailleurs, pouvait occuper à peu près le point central de la nef principale, s'il était placé à l'entrée du chœur, comme on le voit encore dans plusieurs églises ; et les pénitents de la classe des prosternés et des consistants auront pu être placés, soit devant la grande porte du chœur, soit autour de l'enceinte qui l'entourait, lorsque cette enceinte, comme à Saint-Clément, n'atteignait pas les nefs latérales. Les enfants que nous trouvons placés entre le chœur et le sanctuaire [Constit. apost., lib. viii, cap. 11 ; Jean Moschus, Pré spirituel, cap. 196) pourraient bien avoir rempli là le rôle des enfants de chœur, d'autant que la plus ancienne hymne grecque connue semble spécialement destinée à être c'ianlée par des enfants. (Voy. Clément d'Alexandrie, à la lin du Pédagogue.)

L'abbé Thiers, qui avait étudié assez sérieusement cette question dans sa Dissertation sur les jubés, les chœurs et les autels, a néanmoins confondu entièrement le chœur avec le sanctuaire. Quelques passages empiuntés au moyen âge semblent, il est vrai, prêter à celle confusion ; mais les écrivains ecclésiastiques les plus anciens s'accordent à n'admettre dans le sanctuaire que les prêtres et les diacres. Encore est-il douteux que

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l'évoque lui-mônio (ai toujours dans le sanctuaire hors du temps de la messe ; alors il s'y trouvait comme célébrant ; mais durant les autres offices, Goar avait vu les évoques grecs siéger, c )mme les abbés, îi l'extrémité du chœur la plus voisine du sanctuaire, du côté du midi , c'est-à-dire à droite. Les diacres , comme ses ministres immédiats, prenaient place du même côté que lui ; Ks prêtres occupaient les sièges de la gauche, larchiprêtie vis-à-vis de l'évéque , et les autres à la droite de celui-là. Mais, comme la place d'honneur accordée aux diacres prés de l'évêciue leur avait donné lieu de s'en faire accroire et de s'enorgueillir, on régla dans l'Eglise latine qu'ils siégeraient départ et d'autre après les prêtres.

a L'ambon, dit M. Batissicr, dans ses Eléments d'archéologie nationale, pouvait être assez grand pour qu'il y eût un autel, comme celui de Saint-Jean, à Lyon, où l'on disait la messe te us les jours après matines. » M. Batissier pourrait bien avoir confondu l'ambon avec le jubé. Quoique le premier soit l'origine du second, on croit que le jubé fut, au moyen âge surtout, construit dans des dimensions bien plus considérables que les ambons primitifs.

Nous avons dit précédemment que la forme des ambons variait beaucoup. 11 y en avait de carrés, de ronds, de formes polygonales. Ils étaient fréquemment en marbre et ornés de bas-reliefs. Ils étaient posés sur des soubassements de diverses formes , et quelquefois ils ressemblaient presque à un ciborium [Voyez ce mot) soutenu par des colonnes et placé au-dessus d'un autel.

Le plus ancien ambon dont on connaisse la date positive se voit dans l'église du Saint- Esprit, à Ravennes ; il est du vi" siècle. Le plus moderne, au contraire, est, dit-on, celui de Saint-Pancrace, à Rome ; il porte la date de 12i9.

Le savant cardinal Bona, dans son Traité de Liturgie, chap. 6, n° 3, donne de curieux détails sur la destination de l'ambon. Nonseulement, dit-il, on y lisait l'Epître et l'Evangile, mais encore l'évêque y prononçait les discours qu'il adressait à la foule. A cause de cela, l'ambon est désigné dans les écrits de plusieurs saints Pères sous le nom de tribune ou de tribunal. On en trouve un exemple dans ce passage de saint Cyprien, od il parle de Célerin qui avait été ordonné lecteur : Quid aliud qucan super pulpitum, id est, super triijunal ecclesiœ oportebat imponi, ut loci altioris dignilale subniccus et plebi uniiersœ pro honoris suiclnritale conspicuuit, légat, prœcepta et Evangelium Domini, quœ furtiler et /iddiler ser/uilur ?

Dans une hymne h l'honneur de saintHippolyte, Pruiience s'exprime en ces termes :

Fronle sub adversa gradibus sublime thibunal Totlilur aniisie», prcedicat unde Deum.

Saint Grégoire de Tours emploie la même expression au Tvre ii do]R Gloire desmariyrs, chap. 2. Drnigue oratio*\e fncta erigo ocutorum aciem ad tribunal. Kntin le i)0('lr Sidninc

Apollinaire désigne le môme liousousle nom d'ora ;

Seu te conip'Cttis çiradibus venerabilis \n.E Concioiialurum phbs scdul'i ciriumsislil.

Les Grecs, continue le cardinal Bona, appellent proprement arabon un lieu supérieur et très-élevé, comme le sommet des montagnes ol toute éminence qui s'élève dans une plaine. En transportant cette dénomination dans l'Eglise, ils l'ont appliquée à la chaire ou tribunal, d'où l'on fait lecture non-seulement do l'Epître et de l'Evangile, mais encore des diptyques, et d'où les orateurs débitent leurs sermons. C'est donc à tort (pie Wilfrid Stiabon fait venir le luol ambon du latin ambire.

Il ne faut pas sans doute attacher trop d'importance à l'étymologie donnée par le cardinal Bona. Comme nous l'avons noté eri commençant, les auteurs ont beaucoup vari('; h ce sujet, et de leurs discussions il n'est sorti aucune décision que l'on puisse regarder comme définitive. Ajoutons, néanmoins, d'après le môme auteur, que, dans certaines églises, il y avait à l'ambon doux rangs do degrés, l'un à gauche, du côté de l'orient, pour monter, l'autre à droite, du côté de l'occident, pour descendre. Dans d'autres églises, afin de montrer un [)lus grand respect pour le livre des saints Evangiles, le diacre montait par l'un des escaliers et le sous-diacre par l'autre.

On trouve des détails fort intéressants sur les lectures qui se faisaient de l'ambon dans le chapitre 6 du bel ouvrage du cardinal Bona. Nous engageons à y recourir ceux de nos lecteurs qui voudraient ajouter aux notions archéologiques que nous venons d'exposer quelques notions liturgiques sur une }3ratique ancienne qui se rattache étroitement à la question de l'ambon. Voy. Chaire,

"ameublement des EGLISES. - L La

question do l'ameublement des églises est une des jilus importantes et, nous devons ajouter, une des plus difficiles, que puisse traiter l'archéologie dans l'état actuel de la science, et surtout au point de vue praticjue. Elle préoccupe vivem^^nt les antiquaires qui se livrent à l'étude de l'archéologie sacrée ; et, dans plusieurs recueils , on trouve des dissertations plus ou moins intéressantes sur le trésor des anciennes églises et sur dillVrents meubles qui les garnissaient. Malgré certains travaux, qui ne sont pas sans mérite , cette matière est hérissée de nombreuses dillicultés. Il ne sulllt pns de faire l'histoire des principaux meubles ecclésiastiques à l'aide des textes histori(iues ou des monuments, il faut encore en montrer l'appropriation à nos usages, d'après les moddications qui se sont introduites dans notre liturgie et nos habitudes religieuses.

Nous savons que certains archéologues, plus empressés de visiter nos églises en amateurs qu'en véritables chrétiens, tiennent absolument à établir dans nos sanctuaires des dispositions, des formes, des objets qui ne sont plus en rapport avec nus prescnp-

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lions liturgiques, ei ils y tiennent uniquement, parce qu'ils trouvent des dispositions, des formes, des objets analogues dans les «églises du raoven âge. Pour nous, qui trouvons les lois de la liturgie aussi respectables dans leurs prescriptions actuelles que dans leurs règles anciennes, aujourd'hui tombées en désuétude, nous ne saurions admettre de semblables prétentions. Est-il possible de meubler nos églises suivant le style de leur architecture, sans faire revivre toutes les formes antiques ? Telle est la question que l'on doit poser et résoudre avant tout. Nous croyons qu'on peut y répondre affirmativement, et nous allons en donner brièvement quelques preuves.

Commençons en disant que nous ne partageons pas le moins du monde le sentiment de certains auteurs, des Anglais en particulier , qui soutiennent que l'on doit reproduire intégralement les meubles ecclésiastiques anciens, avec leurs accessoires, quand bien même ils ne seraient pratiquement d'aucun usage. Ils seraient placés dans le monument comme un vestige de l'antiquité et comme un ornement. Pdr exemple, on doit, suivant eux, placer des rideaux autour de l'autel, quoique ces rideaux ne soient jamais tirés , comme cela se faisait jadis. Les meubles et leurs accessoires doivent avoir leur raison d'être : il en est de cela comme de toute bonne ornementation, qui doit être constamment motivée par le besoin, l'usag?, la nécessité ou l'utilité.

D'après les écrivains les plus dignes de foi, en ce qui concerne l'ameublement et l'ornementation des églises, nous savons que les coutumes variaient, surtout dans l'emploi des accessoires, suivant les contrées et même suivant les églises. Il existe encore de nos jours un grand nombre de cérémonies et d'usages particuliers qui remontent jusqu'au moyen âge. Comment serait-il possible de contraindre maintenant toutes nos églises à adopter les usages en vigueur dans une autre église à une époque déterminée? Il faudrait d'abord prouver que dans toutes les cathédrales, sans exception, à une époque archéologique donnée, toutes les pratiques liturgiques fussent absolument les mômes, et nous sommes convaincus que l'on ne saurait prouver cette identité. Alors, pourquoi imposera-t-on aux églises du midi de la France des objets d'ameublement ecclésiastique qui étaient en usage exclusivement dans le nord? Comment surtout introduirat-on cans un pavs des formes adoptées dans un auire? On voit que les difficultés sont plus faciles à présenter qu'à résoudre. Si nous entrions dans lo détail, nous prendrions en main le Rational des divins offices, par Guillaume Durand, évêque de Mende, et, en parcourant chaque page, nous montrerions comment, au xm' siècle, il y avait des différences profondes dans la célébration des offices et par conséquent dans les diverses parties au mobilier liturgique, entre les églises les plus illustres. Guillaume Duvaod a soin de nous faire remarquer que

cette infinie variété ne doit ni surprendre ni scandaliser. Que serait-ce si nous comparions les textes de (iuillaurae Durand avec d'autres textes contemporains ! nous verrions que les divergences étaient beaucotii» plus nombreuses qu'on ne l'imagine communément. En parcourant les savants ouvrages des Bénédictins sur la liturgie ancienne, ceux de Dom Martène en particulier, on se convaincra de plus en plus aue les rites et les cérémonies étaient variés dans les églises des principaux ordres monastiques, comme dans les églises épiscoioales.

Quelle conséquence peut-on tirer de ces faits ? C'est assurément, que le mobilier n'était pas identique dans tous nos édifices sacrés, même aux meilleures époques archéologiques, quand l'art de bAtir était soumis aux mêmes règles dans la plus grande partie de l'Europe centrale. Nous savons, par exemple, que les rideaux ou courtines, dont parle longuement Guillaume Durand, au i"" livre de son Rational, étaient fort communes en Italie, et presque inconnues en France à l'époque oh il écrivait. Le fait mentionné dans les Annales archéologiques, tome IX, i"liv, de 18i9, au sujet de l'autel principal de l'ancienne cathédrale d'Arras, détruite par suite de la première révolution française, n'est pas d'une autorité sans réplique, d'autant plus que le dessin, aidé un peu par le graveur, a été pris sur une peinture de la Renaissance faite probablement par un artiste italien.

Ne semble-t-il pas beaucoup plus raticnnel de construire les meubles liturgiques dont on a besoin de garnir nos églises, u'après le style du monument, d'après les traditions de l'antiquité, suivant les exigences de l'archéologie , nous ne contestons nullement ces principes, mais en même temps dans une forme, des dimensions, avec des détails, des accessoires en rapport avec notre liturgie, nos cérémonies, nos habitud s et nos prescriptions liturgiques modernes ? Les évêques, gardiens sévères des coutumes religieuses, ne souffriraient pas, et avec raison, selon nous, que l'on introduisit dans nos sanctuaires des dispositions et des objets en désaccord avec le rituel et le cérémonial. Nous sommes intimement convaincu que l'on peut faire de l'art chrétien et de l'archéologie sans copier servilement certains modèles d'autel, de crucifix, de chandeliers, de baldaquins, d'antipendium ou devants d'autels, etc., exécutés au moyen âge. Que les artistes étudient attentivement les œuvres anciennes ; qu'ils se pénètrent du génie qui a présidé à l'érection de nos magnifiques monuments chrétiens, et ils réussiront k renouer la chaîne trop longtemps interrompue des bonnes traditions artistiques pour l'ameublement et la décoration des églises.

Nous n'ii^norons pas que des tentatives malheureuses ont eu lieu, hélas ! trop souvent et en beaucoup de lieux. Nous savons encore que les artistes n'éludientpas partout suffisamment les chefs-d'œuvre qu'ils aspirent à reproduire ou à compléter. Nous déplorons vivement les anachronismes qui ont

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