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été commis dans nos plus admirables mununienls ; nous flétrissons de toute l'énergie dont nous sommes capable le faux goût et le vandalisme aveugle qui ont poussé à remplacer do curieux meubles antiques par des meubles modernes : mais nous engageons les sincères amis de notre art chrétien à ne se pas désespérer , à ne pas faire fausse route , a ne pas rétrograder. Or, je dis que l'opinion trop absolue de certains archéologues est propre à désespérer les amis de notre art religieux, et à les lancer dans une ma .vaiso voie. Comment aslreinirez-vous un artiste de talent à copier tel crucifix, aux formes maigres et irrégulières, au visage difforme, à la pose contre nature, à la chevelure hérissée, en un mot, sans dessin, sans expression, sans grAce, et cela, parce
3ue c'est une des œuvres les plus curieuses u xni' siècle? Certes le xni' siècle, au point de vue de l'architecture, est b.en à nos yeux le plus étonnant des siècles renommés pour la culture des beaux arts et pour le point de perfection au(]uel ils ont atteint ; mais nous n'admirons pas les fautes de dessin commises ai XIII' siècle; et, quand nous poussons à suivre l'art du xiir siècle dans laconslruction de nos nouvelles églises, nous ne prétendons pas que les grandes cathédrales d'Amiens, de Reims, de Chartres, de Bourges, de Paris, de Tours, de Troyes, de Rouen, soient sans aucun défaut. S'il y a des défauts reconnus des connaisseurs , il faut donc choisir ; et, puisque les artistes sont obligés de faire un choix, ils doivent suivre les bons modèles et abandonner les mauvais.
Nos idées seront-elles partagées par le plus grand nombre des antiq^uaires qui unissent l'amour de l'archéologie sacrée au désir de voir nos églises meublées et décorées convenablement ? Nous en sommes assurés ; car nous avons émis sauvent ces idées en présence d'archéologues érudits et d'artistes aussi éminents dans la connaissance de l'antiquité sacrée que dans la pratique de l'art, et elles ont été approuvées vivemont. Elles ne sont d'ailleurs que l'application à l'ameublement des églises des principes que nous avons exposés dans les Annales archéologiques « relativement aux restaurations à faire dans nos monuments du moyeu âge. » Nous en placerons ici l'abrégé.
Les études archéologiques, aujourd'hui cultivées avec une si noble ardeur, tendent naturellement à un double but. Elles posent d'abord les bases de la science elle-même ; elles appliquent ensuite les principes que l'observation et le raisonnement ont acquis et démontrés. 11 y a entre ces deux tendances relation intime et déi)endance si absolue, qu'elles réagissent fortement l'une sur l'autre. Lorsque les principes sont clairement et scientitiquonient formulés, l'application est rationnelle, irréproc'iable ; si au contraire la science est incomplète, la pratique est embarrassée, fautive, souvent impossible.
L'élude des principes estactuellement fort avancée. Plusieurs antiquaires, par des efforts persévérants, ont travaillé avec succès à reconstituer la science sur des fondements solides. Ils- ont observé, comjiaré ; ils ont fécondé leurs observations et leurs comparaisons par des considérations philosophiques. De leurs recherches est née une sciénco historique qui, dès son berceau, a su prendre une place honorable parmi les sciences humaines. De nombreux obstacles étaient à vaincre, la plupart ont été heureusement surmontés, et nous croyons fermement que les autres le seront avec un égal bonheur.
Depuis quel(}ues années surtout, des travaux de la plus haute portée ont été accomplis dans le domaine archéologique. Des Suestions demeurées obscures s'éclaircissenl; es points indécis sont fixés ; des problèmes difliciles sont résolus : nous verrons bientôt l'époque oiî l'archéologie nationale élèvera un monument scientifique digne des labeurs constants des antiquaires français.
Dès que les premiers mots de la science des édifices du moyen âge furent articulés, sans attendre qu'on pût les joindre entre eux selon les lois harmonieuses de la syntaxe, on voulut passer prématurément à des restaurations et même à des compositions nouvelles. Il advint ce qui devait nécessairement arriver. L'incertitude dans l'exécution trahit l'incertitude de la pensée directrice. On s'aventurait sur un terrain inexploré, sans être conduit par un guide expert : on s'égara. De là furent commises des fautes que nous déplorons amèrement, d'autant plus qu'elles sont consommées d'une manière irréparable. Nous ne voulons en ce moment en jeter la responsabilité sur personne ; nous aimons mieux la faire reposer sur les trop généreuses qualités de notre pays. Nous possédons en France uaie intraitable vivacité, qui nous a valu d'éclatantes victoires et de beaux triomphes, aussi bien dans le domaine de l'inspiration scientiliquo et littéraire, que sur les champs de bataille; mais souvent elle nous a occasionné de cruelles déceptions et de sanglants malheurs.
Quelles sont donc les idées qui doivent guider dans les réparations devenues malheureusement nécessaires dans un si grand nombre de nos monuments religieux ? Nous les exposerons sommairement.
Nos vénérables édifices du moyen âge ont soufi'ei't de rudes atteintes de la part du temps, et surtout de la main des hommes. Devons-nous réparer ces injures ? ou bien faut-il les laisser, comme de glorieuses cicatrices qui attestent les fureurs du combat et les résistances <le la lutte? Chercheronsnous à faire disparaître les traces- que les siècles ont imjirimécs sur nos monuments? Conserverons-nous les tristes mutdations opérées par des mains barbares qui se sont brutalement posées sur les merveilles des arts chrétiens ?
Pour répondre à ces questions, il est nécessaire d'«''l,'ltlir une distinction. !1 y a des
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réparations urgentes qui remédient h do graves acci<lents, propres à compromettre la solidité môme de l'éditice. 11 y a aussi des réparations qui ont pour i3ut de remplacer des parties importantes, que les tempêtes du temps ou les orages des passions politiques et religieuses ont emportées : ces parties ne sont pas indispensables à l'existence des monuments, mais elles sont nécessaires à leur régulière organisation. Entin, il y a des restaurations qui s'étudient à refaire l'ornementation ou même à jeter des ornements dans des endroits où les artistes du moyen âge avaient jugé à propos de garder une réserve absolue.
Pour ce qui concerne les réparations de la première espèce, il ne pourra jamais demeurer un seul instant en doute qu'elles doivent être entreprises le plus promptement et le plus efficacement possible. Ce serait un crime que de laisser périr un monument par respect pour l'art. Ne serait-ce pas une ridicule retenue que celle qui s'abstiendrait de porter secours à un édifice menacé dans sa vie même, sous le sot prétexte qu'il ne faudrait pas gâter l'œuvre de nos devanciers ? Ne portons pas des mains violentes et sacrilèges sur les reliques de notre architecture chrétienne et nationale, mais aussi n'hésitons pas à y porter des mains respectueuses et amies. La postérité nous demandera compte aussi bien de notre inaction que d'un empressement trop hâtif.
Quant aux réparations du second genre, quelle conduite tenir? Gonsidererons-nous nos églises comme un objet d'art qu'il faut conserver intact aux études et à l'observation? ou bien chercherons-nous à les guérir de leurs cruelles mutilations, de leurs blessures saignantes ?
C'est uniquement sur cette seconde question que la polémique est possible, parce que c'est seulement ici que les idées peuvent aller en différentes directions. Des débats ont déjà été ouverts sur cette matière. Nous serons d'abord historien fidèle et impartial. Ensuite nous indiquerons rapidement notre manière particulière d'envisager la question et de la résoudre.
Dès le commencement, les esprits, sur ce sujet, se sont divisés en deux camps. Les raisons apportées de part et d'autre sont très-puissantes ; si quelquefois elles ont été poussées jusqu'à l'exagération dans l'ardeur de la lutte, elles n'en gardent pas moins leur valeur, quand on sait les dépouiller de leur forme passionnée, pour les considérer dans leur nature intrinsèque.
Les u!is veulent que nos édifices du mnyen âge soient absolument conservés tels qu'ils sont arrivés jusqu'à nous, à travers les siècles et les agitations des hommes. Ls les regardent comme des monuments historiques qui ne seront des témoins irrécusables qu'autant qu'une main étrangère ne viendra
Sas y insérer de mensongères additions et es interpolations fâcheuses. Ce sont des chartes authentiques en pierres, dont la signification n'est pas moins importante que
celle des chartes en papier ou en parchemin; cegue nul ne permettra jamais pour les unes, qui le souffrira pour les autres ? 11 y a d'ailleurs un parfum d'antiquité qui s'exhale des unes et des autres et qui disparaîtra pour jamais, si des formes nouvelles remplacent des caractères anciens.
Certainement ces arguments ont une grande autorité. Quand ceux qui combattent en faveur de cette opinion s'appuient sur l'ignorance des architectes, ils apportent des arguments plus vigoureux encore. En effet, dans plusieurs localités, les architectes sont entrés dans nos églises comme dans un pays conquis. Dieu sait, et nous savons aussi quelles déplorables réparations ils ont commises, quelles horribles restaurations ils leur ont infligées, de quels détestables embellissements ils les ont souillées 1 C'est en face de ces hideuses opérations que l'on comprend toute l'étendue des plaintes des amis des arts chrétiens !
Les partisans de cette opinion ajoutent encore qu'il serait absurde de tolérer un seniblable mensonge artistique. Comment, disent-ils, jugerions-nous le téméraire qui aurait l'audace de porter la main sur la peinture inachevée d'un tableau de quelqu'un de nos grands maîtres ? Nous n'aurions pas d'expression assez énergique pour stigmatiser une telle profanation. Tous les amis de la vérité dans les arts crieraient anathème contre une entreprise aussi folle. Eh bien, poursuivent-il s, comment admettre ce fâcheux mélange des produits de notre science incomplète avec les œuvres si pures de nos artistes anciens ? Poser la question en ces termes, n'est-ce pas la résoudre ?
Tels sont les arguments développés par les archéologues admirateurs des magnifiques productions du génie artistique du moyen âge, et jaloux de léguer intact à la postérité l'objet de leur légitime admiration. Ecoutons maintenant les raisons alléguées par les partisans d'une autre opinion.
Ceux-ci ne considèrent pas nos vieux édifices chrétiens uniquement comme des monuments historiques des âges passés ; ils les voient toujours servant à la célébration du même culte, abritant les mêmes cérémonies, prêtant asile à des chrétiens que lient des traditions non interrompues aux auteurs de ces grandes œuvres architecturales. Vivement émus par les souvenirs de l'idstoire, ils n'en sont pas moins sensibles aux besoins actuels et quotidiens du culte. lisse persuadent facilement que nos cathédrales et nos belles églises sont vivantes et qu'elles ont besoin qu'on les protège centre les ravages du temps, mais non comme on garde une momie descendue dans la tombe depuis des siècles. Par conséquent, ils refusent avec une louable énergie d'admettre pour ces monuments les mêmes principes qu'ils regardent comme incontestables pour les monuments d'une autre nature. Ils avouent qu'il existe certaines constructions, des débris, des ruines, dont toute l'importance git dans les souvenirs d'autrefois et dans les détails
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artistiques. Que l'on défende sévèrement, au nom de la science et du bon sens, de restaurer les arcs romains d'Orange ou d'Autun, cela se conçoit. One l'on prohibe toute addition aux vieux resti>s gallo-romains, oii sont gravés d'une façon si fra]ii)ante et si pittoresque des souvenirs si nombreux et si in)portants, cela s'explique. Il faut se contenter d'étayerces vénérables débris qui n'ont de mérite qu'en restant eux-mômes. Chacun crierait malédiction contre le barbare qui concevrait Tidée de remplacer les formes antiques par des formes rajeunies. Quand ces fragments, subissant la loi universelle de tout ce qui existe, s'en iront en poussière, ils seront perdus. On gémira sur une ruine irrémédiable , mais on ne s'en préoccupera pas davantage. 11 n'en est pas de même de nos monuments religieux. Des populations entières sont vivement intéressées à leur conservation ; elles aiment leur grandeur, leur richesse, leur magniticence. Ce ne sont pas encore. Dieu merci, des débris d'une civilisation éteinte ni des productions d'une foi morte. Ces édifices ont une signification que beaucoup de nobles cœurs savent comprendre. Nous y reconnaissons non-seule ment des beautés artistiques d'un ordre élevé, et les lois d'une heureuse symétrie ; mais nous y contemplons encore avec ravissement l'expression de tout ce qu'il y a de grand et de saint dans le cœur de l'homme ! Et, nous le demandons, avec nos convictions et dans notre position , laisserons-nous nos monuments sacrés déchirés par les armes impies des vandales , meurtris par leur marteaux, mutilés par leurs haches, afin que nos neveux voient de leurs propres yeux que les vandales ont passé par la ? Regarderonsnous toujours d'un œil impassible les blessures profondes que leur a faites le fanatisme ? Certes, nous éprouvons autant d'amour que personne au monde pour les souvenirs des siècles écoulés ; nous professons un culte ardent et dévoué pour les monuments chargés de traduire à nos yeux les mœurs des temps passés, les croyances de nos ancêtres, les actions des hommes qui nous ont précédés sur cette terre oiî nous sommes fiers d'Être leurs héritiers ; mais cependant nous ne consentirons jamais à léguer à l'avenir nos statues mutilées, nos portes démentelées, nos tympans défoncés, nos verrières effondrées, nos stalles à moitié brûlées, nos contreforts découronnés, n s murailles déchirées 1 Hélas 1 si nous voulons laisser à la postérité des témoins qui racontent les malheurs de nos discordes intestines, nous avons assez de débris dans nos villes et nos campagnes ; ces ruines parleront un langage assez intelligible et assez éloquent!
L'ameublement des églises ainsi aue nous l'avons montré, doit être dans le style général de l'édifice, sans nu'il soit toujours nécessaire que les meubles nouveaux soient une copie des meubles primitifs. Si dans
certaines restaurations , larchitecte peut remplacer des formes entièrement détruites par des formes nouvelles, approfriées à nos usages liturgi(pies, pounjuoi ne le [)Ourraifil pas également faire pour des parties accessoires et moins importantes? Nos monuments du moyen Age ne sont pas seulement des œuvres d'art curieuses ; ce sont avant tout des édifices consacrés au culte; et il serait téméraire, pour ne rien dire de plus, de s'opposer aux développements de certaines parties de la litur;;ie qui ont varié de s ècle en siècle et (jui nécessitent des objets et des formes également variables.
Nous renvoyons le lecteur h chaque article particulier où nous avons tracé l'histoire des meubles ecclésiastiques et où nous avons fait la description des meubles les plus célèbres qui existent encore dans les églises. Voy. Al TEL, Fonts baptismaux, Cuahie, Table DE COMMLMON , SXALLES, C0NrESSI0X> AL,
etc., etc.
En entrant dans une de nos magnifiques cathédrales du xni' siècle, nous sommes frappés d'admiration en contemplant les merveilles de l'architecture. Le plan se développe dansde nobles proportions, comme à Amiens, à Reims, à Chartres, à Bourges, à Paris. Les lois de la plus étonnante harmonie unissent entre elles les diverses parties qui entrent dans la composition de ces grandes basiliques. Si l'ensemble est majestueux, les détails sont également en rapport parfait avec l'ordonnance générale. De beaux piliers à colonnes cantonnées, couronnées de chapiteaux à feuillages, se rangent dans une perspective pittoresque. L'œil qui suit les lignes du plan se dirige de lui-môme au centre du monument, vers l'aliside et l'autel, l'Ame de nos églises, oiî chaque jour se renouvellent les mystères de la religion. Les hautes fenêtres, garnies de verrières historiées, répandent dans les nefs une lumière douce et mystérieuse. Les galer es transparentes, également ornées de vitraux peints, forment comme une ceinture, couverte de pierres précieuses, autour du corps de l'édifice. Les voûtes construites avec un art et une hardiesse que l'antiquité ne connut jamais, s'étendent, comme un berceau , au-dessus des nefs, du chœ^ur et du sanctuaire. Notre surprise et notre admiration, excitées unii{uement par les beautés de l'architecture-, seraient éveillées bien jilus fortement encore si des objets d'ameublement et de décoration n'avaient pas disparu.
Pour avoir une idée complète d'une cathédrah- du moyen Age, qu'on s'imagine une de nos grand, s basiliques ornées du pavé jusqu'aux voûtes. Le pavé est formé de dalles tumulaires comme celles de Rouen. deChAlons ou de Troyes, ou de dalles historiées comme celles de Saint-Remi, de Reims, ou de carreaux émaillés comme ceux de Saint- Omer et de Ndre-Damc de l'Epine. Les murailles sont couvertes de peintures comme celles de la Sainte-Chapelle à Paris, de la cha-
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pelle d« la Sainte-Vierge, au Mans, de l'église de Saint-Savin, en Poitou, de la chapelle de Montoire, au diocèse de Blois. Les voiltes sont également omises de peintures comme à Sainte-Cécile , d'Alhy, et à Saint- Jacques, de Liège. Les fenôtres sont garnies de vitraux comme h Bourges, à Chartres, à Tours, à Reims, à Rouen, à Auxerre, h Sens, à Auch, etc. Le chœur est séparé de la nef principale parun juhé en dentelles de pierre comme à la cathédrale d'Alby et à Sainte- Madeleine de Troyes, en Champagne : il est séparé iies nefs mineures par une clôture en pierre, comme celles d'Amiens, de Chartres, de Paris, d'Alby. Dans la nef majeure se dresse une chaire comme elles de Strasbourg, de Mayence, de Saint-Jean de Vienne, en Aufriche,'de la cathédrale d'Ulm. Enfin, le chœur est garni de stalles comme celles d'Amiens, d'Auch, de Vendôme, d'Anvers.
C'est donc en les supposant meublés convenablement, c'est-à-dire, d'objets en rai)port avec le style de l'éditîce, que l'on peut se faire une juste idée d'un monument chrétien, tel que l'avaient compris les artistes du moyen âge. Voy. Décoration.
Décorer et meubler une église selon le style de l'architecture qui domine dans la construction, tel est le principe dont on ne doit jamais se départir. Dans le cours du xvu' et du xviii* siècle, les esprits, imbus de théories contraires à l'architecture du moyen âge, firent prévaloir un système de décoration et d'ameublement dont nous avons aujourd'hui à déjjlorer les conséquences. Durant ces deux siècles surtout, on a détruit une immense quantité d'autels, de chaires, de fonts baptismaux, de stalles et autres objets semblables de goût tudesque, comme on disait alors, et on les remplaça par d'autres objets plus ou moins beaux, plus ou moins riches, mais en complet désaccord avec les Heux oii ils furent placés. Que faut-il faire aujourd'hui, quand nous possédons dans nos églises des meubles de cette époque? Faut-il les faire disparaître pour y substituer des meubles d'un meilleur goût? Telle est la question qui se présente naturellement et qui nous a été adressée mille fois. H n'y a qu'une réponse â faire, à notre avis. Lorsque les autels ou autres meubles dans le style du siècle de Louis XIV ou de celui de Louis XV sont d'un travail vraiment remarquable et d'un incontestable mérite, ils doivent être conservés avec autant de soin que les meubles antiques. Les (Buvres de ce genre intéressent vivement l'histoire de l'art, et les bons modèles qui nous restent doivent être soigneusement gardés. Mais, quand ces autels ou autres meubles sont des compositions vulgaires, sans caractère, sans mérite, sans délicatesse d'exécution, sans originalité, sans distinction, en un mot sans quelqu'une de ces quablés qui recommandent un ouvrage d'art, il ne faut pasavoirscrupule de les détruire, afin de les remplacer par des meubles mieux
appropriés au style archéologique de l'édifice.
Le comité historique des arts et monuments, établi à Paris près du ministère de l'instruction publique, a été souvent consulté au sujet de l'ameublement des églises. M. de Montalembert développait au sein de ce comité, dans la séance du 8 juin 18't2, une pensée qui fixa l'attention de tous : c'est que de nos jours il faut se préoccuper plus peutêtre de l'ameublement des églises anciennes que de la construction des églises nouvelles. Pour les unes on trouve de nombreux modèles ti imiter, pour les autres, on en manque absolument.
En Angleterre, l'habile architecte M. Welby Pugin a publié un savant ouvrage in-i", orné de nombreux dessins imprimés en couleur, sur les ornements ecclésiastiques et le mobilier des églises. Ce livre, que nous avons lu avec la plus grande attention et dont nous donnerons quelques articles dans notre Dictionnaire d'Archéologie sacrée, porte ce titre : Glossary of ecclen'istical ornament and costume. Toutes les parties n'en sont pas également irréprochables , mais on y voit le soin apporté par un artiste instruit dans la reproduction des anciens meubles et vêtements religieux. Nous ne saurions mieux faire connaître les travaux de M. Pugin, l'artiste catholique de l'Angleterre, et l'influence qu'il exerce si justement aujourd'hui, nonse dément dans son pays, mais encore dans les pays étrangers, qu'en transcrivant ici une lettre écrite par lui-même et publiée dans le Bulletin du comité historique des arts et monuments.
« Mes travaux, dit-il, ne se bornent pas. aux monuments religieux ; je m'attache encore à la restauration des moindres accessoires, et je m'occupe même des étofTes pour les chapes et les chasubles. Je n'ai pas besoin de vous dire, en efl"et, que rien n'est plus choquant à l'esprit d'un véritable connaisseur de l'art chrétien que de voir une église magnifique avec des autels, des chandeliers et des ornements dans le style moderne ou rococo, comme ceux qu'on trouve dans les plus belles cathédrales de France et de Belgique. J'ai donc établi, il y a quatre ans à peu près (cette lettre est de 18i3), des fabriques de tous les objets qui peuvent contribuer à la décoration et à la richesse des monuments ecclésiastiques.
« Dans ces fabriques, on confectionne des objets en or, en argent et en cuivre, tels que burettes, calices, ciboires, ostensoirs, chandeliers, lampes, couronnes ardentes, tabernacles en l'orme de tour, croix processionnelles, reliquaires, châsses, et enfin tout ce qui appartient au culte catholique. J'ai fait copier ces objets d'aprèsdes modèles anciens, et je suis parvenu à former des ouvriers qui travaillent tout à fait dans l'ancien style.
« Les calices, larges à la coupe, sont portés sur des pieds émaillés, même enrichis de pierreries et dessinés dans des formes géométriques. Les chandeliers sont de toute
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grandeur, mais moins élevés que ceux qui s'exécutent à présent ; je n'ai nas trouvé dans les autorités anciennes que les chandeliers fussent très-éievés autrefois. Je dois vous dire que ces objets sont exécutés dans l'ancienne manière : ils sont ciselés, gravés, émaillés, battus, et non pas coulés en fonte comme on a l'habitude de le fa re aujourd'hui. Le procédé de la fonte rend tous ces ouvrages lourds, tandis que les anciens ornements en métal sont légers, travaillés avec art et sentiment. Pour les ostensoirs et les reliquaires, j'ai imité les plus beaux quon trouve en Belgique.
« J'ai fait faire pour les cierges une couronne ardente qui a trente-six pieds de circonférence ; elle est chargée d'écussons couverts d'inscriptions , et suspendue avec des chafnes ornées. Lorsau'elle est allumée pour les grandes fêtes , cela produit un effet magnifique.
« J'espère que le temps n'est pas éloigné où. tous les mauvais lustres , qui proviennent des salles d»-^ bal et qu'on voit aujourd'hui dans les éj^lises, seront remplacés par des couronnes de cuivre doré, qui sont d'un caractère tout à fait ecclésiastique. J'ai déjà envoyé en Amérique plusieurs ornements de ce genre, et toutes les églises que j'ai bâties sont décorées d'objets qui portent le même caractère et sont dans le style de l'époque reproduite par le monument.
a L'autel de la chapelle de la sainte Vierge, dans l'église de Birmingham , est extrêmement riche et dans le style gothique du temps de saint Louis ; il porte un tabernacle précieux en forme de tour ornée de pierreries et des quatre évangélistes, en émail. Cet autel est tout couvert de bas-reliefs dorés et peints dans le style chrétien ; de chaque côté sont suspendus des rideaux richement brodés. Tous nos autels ont des rideaux, comme on en voit dans les tableaux anciens et dans les miniatures. Nous avons plusieurs triptyques avec des portes couvertes de peintures : nous les plaçons au-dessus des autels, dans les chapelles.
« J'ai parfaitement réussi à faire des payés incrustés ; l'église de Nottingham sera pavée avec ces briques émaillées de différentes couleurs, chargées d'inscriptions et de divers ornements coloriés en bleu, rouge, jaune et vert. Ces pavés produisent un effet magique et rappellent la richesse des vitraux peints. »