‹ Dictionnaire d'archéologie sacréeChapitre 40 sur 195 · VU · texte numérisé non relu

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Afin de compléter de plus en plus les documents que nous avons ci-dessus exposés, au sujet cfe l'ameublement des églises modernes, nous ajouterons la description d'une éçlise nouvellement bâtie à Londres sous l'invocation de saint Georges, patron de l'Angleterre, par M. A. "Welby Pugin. Cette église est entièrement meublée et décorée dans le style (ie l'architecture : c'est un spécimen curieux des progrès qui ont été faits en Angleterre dans les diverses branches des arts chrétiens. Dans cette description, qui sera

courte, nous nous attacherons spécialement à faire connaître ce qui est relatif à la décoration et à l'ameiiblemont.

Cette église a été construite dans le style avancé du XIV' siècle. Elle consiste en uneiief, accompagnée de collatéraux, une grande tour, un chœur, deux chapelles, dont l'une est dédiée au saint sacrement et l'autre à la sainte Vierge. Le vaisseau de l'égli-e est calculé de manière à contenir environ 3,000 personnes. La ne!' est remplie de petits bancs ouverts, dont les extrémités sont découpées à jour et les dossiers évidés en quatre feuilles, semblables h quehjues vieux sièges qui restent encore dans d'anciennes églises ['aroissiales.

II n'y a piànt de cleresiori/, mais cliacun des toits est terminé par in gable, arrangement dont on voit de bons modèles i.aiis les belles églises de Grantham et de Grand Yarmouth.

Chaque travée de la nef est divisée par des piliers surmontés de riches pinacles; alternativement dans chaque travée est un confessionnal placé entre les pdiers et divisé en trois com{)artiments, pour le prêtre et les pénitents. L'entrée qui y conduit est ornée d'emblèmes appropriés au sacrement de pénitence.

L'orgue est placé sur une tribune élevée dans la tour et composée d'une charpente solide, avec des jioutres unies ensemble et richement sculptées. Une grande arcade de 11 pieds de large et de 40 de haut donne ouverture à la tour sur la nef de l'église.

A droite en entrant sont les fonts. Ils sont élevés sur une plate-forme octogone en pierre, sur laquelle on monte par des degrés sur quatre côtés et entourée d'une clôture en bronze. La fontaine du baptême est octogone ; huit anges en saillie sur les angles du support soutiennent la cuve bai)tismale ; le support est divisé }>ar de petits piliers à pinacles en huit comi)artiments, enfermant les images des quatre évangélistes et des quatre docteurs de l'Eglise.

La chaire est appuyée contre le troisième pilier à partir du fond du sanctuaire. Elle a été exécutée d'après quelques-uns des modèles du plus beau style italien ancien, comme à Pise et àPistoie.La forme est hexagonale ; le support est en marbre; le centre s'appuie sur une base sculptée, où l'on a représenté les emblèmes des quatre évangélistes. Sur quatre côtés du corps de la chaire sont quatre bas-reliefs dans des panneaux, représentant le discours de Notre -Seigneur sur la montagne, saint Jean-Baptiste dans le désert, et saint François et saint Dominique prêchant. Ces sculptures sont exécutées avec la sévérité de l'ancienne école florentine , et quelques-unes des figures, ainsi que \vs draperies , sont étudiées d'après nature.

L'(^scalier ['our monter à la chaire consiste en une série de marclies isolées, dont chacune repose sur un sujtport en marbre et des chapiteaux richement sculptés : h cet escalier est attachée une rampe en fer travaillé, d'un dessin soigné. La chaire est entièrement exécutée en pierre de Cacn ;

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les supports sont en marbre d'Angleterre.

La nef est séparée du sanctuaire nar un double screen de pierre supportant la tribune de la croix ou le jubé. Celte disposition antique, symbolique et élégante, sépare la partie de l'église réservée au clergé et .^ la célébration des rites sacrés, de celle qui est destinée aux tidèles : elle a été rétablie dans toute sa gloire. La partie antérieure est composée de trois arcades ouvertes, reposant siu" des pilliers de marbre ornés de chapiteaux à feuillages élégants, surmontés d'un string-course , avec des modillons sculptés et des anges supportant une balustrade découpée à jour. La partie opposée est également composée de trois arcades : l'arcade centrale sert de ])orte d'entrée ; les deux autres sont remplies de riches découpures à jour ; et une clôture en bois de chône est placée entre les deux screen et immédiatement sous la tribune sur laquelle est fixée la granue croix. Cette croix, œuvre originale du xv' siècle, a été achetée en Belgique et restaurée dans le magnifique état où on la voit présentement. C'est un des plus beaux modèles que l'on possède, en tout égal à celui de Louvain et probablement exécuté par le môme artiste.

L'image de Notre-Seigneur appartient au ciseau du célèbre M. Durlet, d'Anvers, l'architecte des nouvelles stalles de cette ville. Les figures de la sainte Vierge et de saint Jean ont été sculptées en Angleterre. La dorure et la peinture de cette croix sont une restauration de la décoration primitive dont des traces fort apparentes restaient encore sur la sculpture.

On monte à la tribune du jubé par deux escaliers terminés par des tourelles en forme de pinacles ornées de feuilles recourbées.

Le chœur est long de 4-0 pieds, et d'une hauteur h peu près égale. L'espace entre le jubé et le sanctuaire est garni de panneaux en bois de chône, découpés à jour, et rempli de stalles et de pupitres ou lutrins de môme matière : il peut contenir quarante clercs. Des arcades, entourées d'archivoltes à feuillages, s'appuient sur des colonnes qui, reposant sur un banc de pierre, sont construites autour du sanctuaire. Trois de ces arcades plus hautes que les autres servent aux sedilia et sont embellies d'emblèmes, appropriées au prôlre, au diacre et au sous-diacre. Les autres sont destinées aux assistants.

Le pavé est composé de briques émaillées. Le pdafond rst divisé en trois compartiments, par des arbalétriers sculf)tés, appuyés sur des encorbellements en forme d'anges. Chacun des trois compartiments est subdivisé par des nervures en panneaux carrés, qui doivent être enrichis de peintures sur lond d'or.

La grande fenêtre, donnée par le comte de Shrewsbury, représente la tige de Jessé ou la généalog-'e de Nolre-Segneur.

Les trois fenêtres latérales contiennent les images de saint Georges, de sa'nt Etienne et de saint Laurent, sous des dais élégants,

avec des anges portant des couronnes et des branches de laurier.

Le maître autel est fait en pierre de Caen, surmonté d'une table de marbre. La partie antérieure est divisée par trois qualre-feuilles remplis de bas-reliefs représentant la transfiguration, la résurrection et l'ascension de Nolrc- Seigneur. Au centre de l'autel est placé le tabernacle, sculpté en pierre de Caen. Il consiste en quatre faisceaux de clochetonspoursupporter un driis élégant orné de feuillages. Celuici est surmonté d'un autre dais contenant un pélican, emblème de Notre-Seigneur versant son sang pour l'humanité. Le tout est richement peint et doré, et les portes du tabernacle sont en métal ciselé, doré et enrichi de beaux cristaux. Immédiatement derrière l'autel est un retable en pierre délicatement travaillé, composé de dix petites niches et de deux grandes, où se trouvent des statuettes d'anges, portant des emblèmes et les statues de saint Pierre et de saint Paul,

Tout le mobilier servant au grand autel a été exécuté en harmonie parfaite avec le reste de la construction.

Deux grands candélabres en bronze, supportant des couronnes de lumière, sont placés de chaque côté de l'autel sur des piédestaux en pierre. Six grands chandeliers en bronze et de forme hexagonale sont placés sur les gradins de l'autel avec de petits chandeliers en grand nombre, des lustres, et des vases de fleurs. Un riche devant d'autel ou aniipendium est suspendu en avant de l'autel pour la bénédiction.

Une lampe et une couronne à six lumières sont suspendues devant l'autel, ainsi que deux autres lampes plus petites de chaque côté.

Plus bas, dans le chœur, est suspendue une grande couronne en fer,artistement travaillée, peinte et dorée, avec ornements en bronze, écussons, inscriptions et bosses en cristal. Elle est composée de deux cercles superposés et peut porter de 50 à 60 cierges.

A gauche du chœur est la chapelle du saint sacrement , si'parée de l'église par une balustrade en fer haute et richement ouvragée, ornée d'agneaux et de calices en cuivre placés alternativement. La partie supérieure de cette balustrade forme une crête avec des chandeliers pour porter des cierges.

Le pavé est formé de briques émaillées de couleurs variées, représentant des agneaux, des croix et autres emblèmes appropriés. Les muraUles et le plafond sont entièrement couverts de décorations peintes; les nervures du plafond sont doréos, avec des panneaux rouges remplis de reliefs représentant des chérubins, des feuilles de vigne ou des grappes de raisin.

Les murs sont revêtus de mosaïques entremêlées d'anges portant des banderoles sur fond d'or. La fleur de la passion est représentée dans les bordures et sur les divisions des qualre-feuilles.

L'autel est porté sur quatre chérubins engagés sur les piliers. Dans le panneau central est VAgneaude Dieu avec quatre anges

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enoenseuis pl doux cJiérubins dnns los p.uiiioaiix lat'raiix. L'autel est sunnonlé d'un retable et d'un tabernacle d'un dessin él'gant, sculptés en pierre de Caen. Les deux })lus gran !s quatre-feuilles sont remplis par des bas-reliefs ligurant le sacritice de Melchisédech et les Juifs recueillant la manno dans le désert; les autres panneaux contiennent dos cbérubins et des fouilles de vigne. Deux rideaux de riche étoffe sont suspendus sur des tringles de fer de chaque côté de l'autel. Ces tringles ou baguettes sont a Imirabloment travaillées ; sur chacune d'elles on voit en cuivre découpé à jour rinscri[)tion suivante : Adoremiis in œterniim sanclissimum sncrament im

Les fenêtres s mt garnies de vitraux peints : la plus grande contient une image de Notre- Seigiieur, entour.*e de chérubins ; les deux autres sont composées de beaux quatrefeuilles, renfermant dos anges tenant des bandoroles. En avant de l'autel est suspendue une lampe ou couronne d'argent. Cette couronne est de forme hexagone et présente les six attributs de Dieu écrits et d'autres inscriptions.

A droite du chœur est la chapelle de Notre-Dame, également peinte et dorée entièrement ; seulement la couleur bleue symbolique y domine. Les nervures du plafond sont dorées avec des panneaux bleus, contenant le monogramme de la Vierge, entouré de roses blanches et d'étoiles. Les murailles sont peintes en bleu avec des fleurs de lis d'or. Les vitraux peints contiennent une image de Notre-Dame avec l'Annonciation et la Salutation.

L'autel est divisé en trois compartiments, séparés par des anges dans de {)etitcs niches à dais. La division du centre contient un vase rempli de lis avec Notre-Dame et l'ange Gabriel de chaque côté. Le retable est surmonté d'une rangée de niches et d'un tabernacle, avec une image de la Vierge et des anges portant des chandeliers. Les deux extrémités des pinacles de chaque côté de la fenêtre sont surmontées de ligures d'anges. Le mobilier de l'autel est en métal argenté ; les panneaux sont dorés et émaillés; le tout d'une extrême magnificence.

La chapelle est séparée de l'église par une balustrade en chêne, surmontée d'un rang de chandeliers; du côté de l'angle gauche un support saillant sur la muraille et bien travaillé soutient une statue de No're-Dame richement dorée et drapée.

Au milieu du siècle dernier, un écrivain d'un caractère fort indépendant cpiand il s'agissait d'art, l'abbé Laug or, publia sous ce titr.', Observations sur V architecture, un petit livre oij il résume pleinement les idées que l'on avait de son temps sur la décoration et 1 ameublemenl des édifices gothiques. Nous ne conseillons pas assurément d'adopter toutes les observations de labbé Laugier, mais on y trouve d'excellentes appréciations. Nous en donnerons un chapitre inti-

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lui '• : De la difficulté de décorer les églises gothiques. Nous n'avons pas b'soin de prévenir d'avance que nous n" souscrivons pas à tous les jugements de l'auteur. Ou reconnaît dans certaines pages rinfluence manifeste des fu;iestcs théories en faveur à l'époque 011 écrivait l'abbé Laugier.

« Toute espèce de décoration ne convient pas à toute sortu d'édilice. Il faut que l'ornement soit adapté à l'esprit et au système d'architecture, et que la broderie n'altère jamais le fond. L'architecture donne les massifs et les percés ; le devoir du décorateur est de s'y assujettir et d'éviter tout ce qui peut corrompre les uns et olfusquer les autres : de là la grande difiiculté de décorer les églises gothiques. Dans ces sortes de bâtiments, les massifs sont d'ordinaire fort légers, et les percés multipliés h l'infini. 11 en résulte une bizarrerie, une variété d'aspects qui occu[)ent agréablement la vue , et qui produisent le spectacle le plus séduisant. Détruire ce spectacle, ce serait anéantir le principal mérite de ces églises et faire disparaître leur plus grande beauté.

« On a commis cette faute dans les siècles oii régnait un goût barbare. Les architectes ne furent jamais si attentifs à diversifier les aspects d'une manière piquante; les décorateurs ne les otfusquèrent jamais avec tant de maladresse. Entrons dans quelqu'une de nos belles églises gothiques, telles que les cathédrales d'Amiens , de Reims, de Paris même ; plaçons-nous au centre de la croisée ; écartons en imagination tous ces empêchements qui gênent la vue. Que v. rronsnous ? Une diilribution charmante, où. l'œil plonge délicieusement à travers plusieurs files de colonnes dans des chapelles en enfoncement dont les vitraux répandent la lumière avec profusion et inégalité ; un chevel en polygone oii ces aspects se multiplient, se diveisifient encore davantage; un mélange, un mouvement, un tumulte de percés et de massifs, qui jouent, qui contrastent, et dont l'etfet entier est ravissant.

« Considérons maintenant coi mômes églises avec tous les sots ornements que le goût du xiv° et du xv siècle leur a prodigués. Un affreux jubé se présente qui jette sur ses beautés inimitables le voile le plus déplaisant. Entrons dans le chœur à travers celte horrible barricade. Des stalles informes avec do hauts dossiers, masquent la vue des collatéraux. Au chevet, un retable avancé, des colonnes et des courtines convient tous les percés et tous les massifs ; et dans cette partie de l'édifice la plus brillante règne une lumière sombre ou une fatale obscurité. Coniprend-on que dans le même temps les archi tectes aient conclu de si grandes idées, el les décorateurs aient employé de si chétives inventions (1)'?

(I^ Nous ne sommes pas tout à fait de l'avis de l'ibbé Lancier. C'est aux itices qu'il omet ici et qui •iviicnl cours de son temps, que nous devons l;i perle il j.imais ref^roUable de plusieurs beaux jubes , dc Llalles niav-nilicpies, dc retables d'autel, etc.

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« On a enfin connu l'absurdilc' do ce système de dt^coration. A mesure que les arts se sont perfectionnés parmi nous, les idées se sont rectifiées et agrandies, et on a voulu, dans nos églises gothiques, substiiuer aux ridicules colitichets qui les défiguraient des ornements d'un goût plus relevé et plus pur; wais il s'en faut bien qu'on ait partout égaiement réussi.

« Nous avons dans Paris trois églises gothiques, dont le chœur et le sanctuaire ont été décorés dans ces derniers temps avec assez de dépense : Notre-Dame, Saint-Médéric et Saint-Germain-l'Auxerrois.

« A Notre-Dame, les choses ont été faites avec magnificence. Les marbres, les l)ronzes, la dorure, les richesses de peinture et de sculpture, rien n'a été épargné. Mais avec quel succès? C'est ce qu'il convient d'examiner. On a donné une meilleure forme au jubé ; on a élargi et exhaussé la grande porte du chœur; on a donné aux stallrs dos dossiers du plus beau travail ; on a mis au-dessus de beaux tableaux des meilleurs maîtres; on a incrusté tout le pourtour du sanctuaire de marbres précieux. On a construit un riche autel et de grand goût; on a mis, derrière, un groupe digne de l'admiration de tous les siècles ; mais le système d'architecture a été dénaturé. Les aspects ont été offusqués. Le fracas, le tapage, résultant des deux files de colonnes autour du chevet, des nervures, des ogives, des renfoncements de chapelles, des jours de leurs vitraux, tout cela a disparu. Ce chœur, qu'on aurait vu de cent manières dilTérentes en circulant autour, n'est aperçu que très-difûcilement en deux ou trois endroits, à travers des grilles épaisses. J'ai dit plus haut combienil est contre nature de roir ici des colonnes porter sur des bordures de tableaux ; j'ajouterai que , dans le sanctuaire, le contraste de l'architecture d'en bas avec celle d'en haut est contre le bon sens. Ainsi voilà bien de la dépense perdue. Le chœur de Notre-Dame est un des plus riches morceaux que l'on voie dans les églises chrétiennes; mais malheureusement il n'y a rien d'analogue à l'édifice. Le décorateur qui en a donné le dessin est tombé dans le même défaut que les décorateurs du XV' siècle; il n'a fait qu'éviter leurs incorrections, et exécuter en grand ce qu'ils avaient imaginé en petit.

a Les grands tableaux qui décorent la nef et la croisée de Notre-Dame ne sont pas d'une invention plus heureuse, que que mérite qu'ils puissent avoir d'aideurs. Dans la /(cf, ils obscurcissent les bas-côtés; ils les J>nt paraître plus écrasés. Ils masquent l'aspect des nervures et des ogives des voûtes, aspect toujours précieux dans les églises gothiques. Dans la croisée, ils sont entassés pêle-mêle, sans ordre , sans idée , comme dans une exposition faite au hasard. Je le dis hardiment, l'église de Notre-Dame serait beaucoup mieux si on enlevait tous ces tableaux. La parure est riche; mais au lieu d'embellir le fond, elle le gâte; il faut donc la suiti.iimor.

<i A Saint-.Médério, on a décoré le chœur d'une minière diiîérente : on a conservé les massifs et les {)ercés , mais on a dénaturé les formes. Les arcades à plein cintre ont été substituées aux arcades à tiers point. Lfs pilastres ont pris la place des piliers gothi- (jues. Ces pilastres ont été guindés sur un socle très-haut, tandis que les piliers gothiques portent à cru sur le pavé. Cette décoration brille par l'imitation des marbres, par l'assemblage des bronzes, par la perfection do la dorure; mais elle ne convient point à l'édiiice. Elle altère, elle corrompt mal à propos le système de son architecture. La partie d'en haut ne symétrise point avec celle d'en bas. Le chœur entier est en opposition avec tout le reste de l'église.

« A Saint- Gormain-l'Auxcrrois, on a tiré un parti excollent de l'architecture gothique de cette église. Ici on ne voit ni marbre, ni bronze, ni dorure, et la décoration est d'un goût infiniment plus sage et plus pur. Les piliers gothiques , môtamoiphosés en colonnes cannelées, font l'effet le plus grand et le plus agréable fi). Aucun des percés n'est offusqué; les lormes sont perfectionnées; l'ornement est semé avec modération. Tout est assujetti à l'architecture du bâtiment, et ce morceau est digne de servir de modèle. Si la paroisse pouvait faire la dépense de décorer de la même manière la nef et tous les bas-côtés, cette église, l'une des plus médiocres de Paris, deviendrait certainement une des plus belles. On n'a pu éviter de faire porter à faux les petites colonnes d'en haut dont le chapiteau reçoit la retombée des nervures de la voûte ; leur base est assise sur la tête d'un chérubin en encorbellement- Ce défaut est sensible et choquant. Mais il n'y avait pas moyen de le sauver ; et on le pardonne en faveur des heureux changements que le décorateur a faits, et de la grande amélioration qui en résulte.

« En général, quiconque entreprend de d 'corer une église gothique, doit, avant toutes choses, bien saisir et bien méditer tous les avantages du système particulier d'architecture que l'on y a employé. Loin de les détruire, il doit s'appliquer à les faire ressortir et à en tirer le meilleur parti possible. Son étude ensuite doit se borner à donner aux massifs , s'il le peut , une forme plus simple, plus naturelle et plus coulante. S'il y a des ornements obligés et qu'il en puisse épurer les contours, qu'il le fasse. S'il y a des ornements superflus, qu'il les retranche. Sur les fonds lisses il peut tailler des panneaux (2), pourvu qu'ils soient grands et très-sensibles ; car s'ds donnent dans le petit, il vaut mieux laisser le fond tel qu'il est. En un mot, le décorateur doit, dans une église gothique, rectifier, soigner, embellir tout ce qui peut l'être ; respecter, ménager,

(1) Dans notre Archéologie chrétienne (chap. 16), nous avons vivement blâmé cette opération fatale.

(2) On a eu la malheureuse idée d'en agir ainsi à la cathédrale de Tours : les panneaux qu'on a taillés au dessus des grandes arcades produisent un uiauvais eilei.

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faire valoir rarchitcM tiire autant (juil so peut.

a Cos principes sont certains. Mais il est moins aisé qu'on ne pense de s'y assujettir dans la pratique. Le décorateur veut hriJior, son ima.d nation l'emporte ; elle ne trouve point le champ libre flans des espaces donnés, elle les franchit. Ceux qui payent veulent faire sensation par leur dépense. Ils préfèrent h une décoration naturelle et sage des ornements multipliés et entassés. On est accoutumé à un genre de décoration , l'habitude en seul faire un usage partout ; il on résulte des mélanges d'architecture incompatibles. Ainsi à Notre-Dame, à Saint-Jeanen-Grève, à Saint-Sauveur, aux Grands- Augustins et dans beaucoup d'autres églises gothiques, on voit des décorations d'autels où l'architecture grecque contraste mal à propos avec l'ordonnance du bâtiment. Ces décorations sont riches et de grand goût ; mais elles pèchent en ce qu'elles ne sont pas dans l'esprit de la chose. C'est un style qui ne convient point au sujet ; c'est un tableau sans union et sans harmonie ; c'est un amas de choses qui, loin de faire un ensemble et un tout, ne composent qu'un mauvais agrégat de parties disparates et discordantes. »

On a confondu souvent l'ameublement d'une église avec ce que l'on nomme la décoration et l'embellissement. On voit que l'abbé Laugier parle souvent des principaux meubles d'une église dans ses observations sur la décoration des monuments religieux. Cette remarque justifiera la place que nous avons cru pouvoir donner aux extraits précédents. Voy. Restauration, Décoration.

Les textes suivants, extraits desOEuvres de saint Athanase, évêque d'Alexandrie , sont propres à jeter quelque lumière sur l'am-eublement des églises les plus anciennes.

Saint Athanase nous apprend qu'il y avait dans l'église un lieu spécialement destiné à la célébration des mystères, et ce lieu s'appelait sacraire. Sacraria nostra, et semper fuere, sic in prœsenti pura sunt, solo Christi sanguine ejusque cullu ornata. ( S. Athan. Opp., tom. I, pag. 710.) •

Dans l'enceinte du sacraire ou sanctuaire était la table que l'on appelait sacrée ; elle était de bois, de môme que les sièges où les prêtres s'asseyaient, ainsi que le trône de l'évoque. Ecclesia et sacrum baptisteriiim incen(iuntur....in sacramaulem mensam quanta iynpietas, iniquilasque commissa I Aves strolibosque sacrificabant, idola quidem sua efferentes.{Ibid., pag. ll.'{.)

Le trône épiscopal était orné, c'est-à-dire couvert de quelque étotfe ou toile, comme on le voit dans la Vie de saint Cyprien, et il paraît que celui de saint Athanase élait couvert richement puis(}u'on en regretta la perte. Siibsellia, tronum, mensam, nam tignea erat, velu eccleiœ, ac cœlera quœ poluere, direpla et asporlala, avte oslium in mugna plntea combtissrrunt, thufqw injecerunt in iyncm. (Jbid., pag. 378. )

L'éj^lise d'Alexandrie avait aussi des lapis

et (les voiles à son usage, du vin, do l'huile, des cierges fichés sur des chandeliers attachés aux murailles, des vases sacrés qu'on ne sortait point de l'enceinte de l'église.

Dans son Histoire des auteurs ecclésiastiques, le savant Dom Ceillier cite [)lusieurs passages des écrits des Pères de l'Kglisedont l'archéologue peut user pour s«s études spéciales. Nous en avons profité et nous enrichirons nos articles de certains passages que nous avons trouvés dans son savant et volumineux ouvrage.

Nous ne terminerons pas cet article sur l'ameublement des églises, considéré en général, sans citer quelques notes fort curieuses sur l'ameublement des églises aux xv, XVI et xvii* siècles, empruntées à iM. de la Fons, baron de Mélicoq.

Si le moyen ;1^e n'a rien négligé pour nous laisser de magnifiques témoignages de sa foi, en élevant à grands frais les sublimes cathédrales qui excitent HOtre admiration, nous devons lui rendre encore cette justice qu'un goût parfait a présidé presque toujours à l'ameublement de ces vénérables édifices aujourd'hui encombrés pour la plupart doltjets plus ridicules les uns que les autres. Aux siècles où le roi, le haut baron, le gentilhomme et le bourgeois oubliaient tout pour aller mourir aux plaines de Crécy, de Poitiers et d'Azincourt, tout était grand et majestueux dans nos temples. Les plus habiles artistes s'empressaient particulièrement d'orner et d'embellir l'autel sur lequel la victime sainte était chaque jour od'erte. Des documents que nous ont fournis les archives de l'église Saint-Pierre de Koye nous feront amplement connaître les immenses sacrifices que s'imposaient à cet effet les cités les moins importantes.

Le culte le plus populaire au moyen âge, comme de nos jours, fut celui de la Vierge, Déclarée bienheureuse par toutes les générations, elle devait doter l'art de ses créations les plus ravissantes, alors que, traduisant sur la pierre la sublime épopée qu'elle lui avait inspirée, l'art étalait si énergiquement sur les porches de nos basiliques des scènes de joie et de douleur. En li9i, pour contribuer à parer la mère du Crucitié, la jeune épouse livrait volontairement les joyaux qui avaient contribué à parer les derniers jours de sa virginité : celle-ci, un bAton d'or estimé un estrellin ; celle-là, un anneau d'argent. Les dépenses étaient grandes, il est vrai ; d'abord il fallait rémunérer le travail de Gilles Savary, qui avait peint le retable, puis acquitter le prix du velours et des htiches de la robe de Marie ; celui de la soie, enfin, employé pour les courtines. De son cùlé, la fabrique se montrait généreuse, en aluuidonnant au creuset une louche d'argent de la « calipse saint Georges, pesant un sixain; une chaînette d'argent qui était à la croix, pesant quatre estrelins ; ung sainct Nicolas d'argent, pesant huit estrelins, et du frailtm qui restait aux reliques, nesant neuf estrelins : le tout du poids d une onche et ung cstrelin. »

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Cent ans après (159i), Jehan de Franssiùres, tailleur d'images à Amiens, recevait douze écuspour la table du grand autel qu'il avait couverte de gracieuses images, et on comptait à François de Beauraine, peintre à Noyon. cent sept écus pour avoir peint et doré la table et les images. Fidèle à une pieuse tradition, le clergé conservait avec respect sur cet autel la crosse, les vases et, los quatre colombes d'airain (celles de l'autel de Saint- Nicolas étaient de bois) que soutenaient quatre anges de laiton. Malgré tous ces sacrifices, l'église appauvrie sans doute par les guerres, se voyait forcée d'emjiloyer des calices d'étain; car nous voyons qu'en 1562, « deux galisses et six sallières d'étain avaient coûté xLun ^ » En l't89, on avait déboursé XVI • « pour une coupe de bois, en ce compris les clous et la dorure. » Quatre porcfienetz à mettre du vin pour chanter la messe, revenaient, en 1+88, à un ^

Il serait bien difficile de décrire d'une manière exacte les tabernacles de cette époque; nous nous contenterons donc de dire qu'au XV' siècle Johan Pochelle avait « fait ung molinet à avaler le corpus DominI, et deux pentures hl'aumaire par où on l'avalait. » Au xvn* siècle, on remarquait au-dessus du repositoire du grani autel de l'église de Douvrin une magnifique couronne dorée. Les registres de l'église de Sempigny, près Noyon, font mention (1626), de deux anges d'argent doré à porter le saint sacrement. Vers la même époque, on avait fait peindre à Roye des gnlloses sur le drap du sacrement, tandis qu'à Douvrin , un fronteau de damas rouge servait au pavillon.

De nombreux reliquaires devenaient l'ornement indispensable de ces autels déjà si splendides. Ainsi à Roye, on observait, ici le chu de saint Quentin dans une fioUe de voirre de pré ; là, les reliques de saint Germain renfermées dans un bras doré. Plus loin, l'épaule de saint Arnal était confiée à la garde de deux anges dus à Ihabile ciseau de Jehan Horel et d'André.

Aux grands jours de la vie chrétienne, non contents d'orner l'église, nos bons Picards « torquaient de feure sainte Barbe, et paraient pompeusement l'image d'argent de sainte Catherine , que Gravai avait livrée moyennant xx 1. » Au moyen âge, et même jusqu'à une époque assez avancée du xvii' siècle, des courtines ou rideaux, que soutenaient des verges de fer maintenues au moyen des crampons, entouraient l'autel et dérobaient le célébr.mt à tous les regards, alors qu'il prononçait les paroles de la consécration. Il est à observer que ces courtines devaient toujours être de la môme couleur, et sans doute de la môme étoife, que les auîrrs ornements employés suivant les diverses fêtes. Au XVI' siècle, celles de Saint- Pierre de Guise étaient en drap de serge de couleur verte ; au xvii% de taffetas à fleurs, de satin de Florence, fond blanc, à fleurs. Ainsi, en 1675, mademoiselle de Guise donnait à cette église un ornement de damas

rouge, consistant en devant d'autel, rideaux, chasuble, tuniques , étoles , manipules et voiles. S'il faut s'en rapporter aux registres de Saint-Pierre de Roye , les courtines du grand autel (x.vi' siècle) étaient ornées, aux grandes solennités, de 19 aunes de rubans, et il fallait i aunes de soie pour le devant d'autel. Outre les rideaux des autels, on remarquait encore à Roye les courtines qui préservaient de la poussière les imagt-s des saints patrons. Ainsi , 12 aunes de toile , teintes en pers par Jehan Le Roy, servaien* de courtines aux apôtres , ornées qu'elle.* étaient de franges rouges, de rubans divers e' du glorieux insigne de la vieille monarchie qu'y avait peint Esloy. Chose extraordinaire ! Belot, peintre, recevait xlviii^ pour avoir peint le drap mortuaire, et le teinturier. qui l'avait teint en noir exigeait m*. Dans un testament de 151)8, on oblige l'officiant à chanter, à l'issue de la m^ss- « ungsa/t'c Regina et Libéra, où sera mis le drap au trépa.ssé devant le crucifix. » En 1623, on parle d'une « table sur laquelle on a accoustumé de poser les morts. »

De magnifiques tapisseries appendues aux murs rappelaient aux fidèles les soutlrances du Sauveur, son glorieux triomphe, ou bien des traits de l'Ancien Testamf^nt. Parmi ces dernières figurait, à Guise, celle qu'avait léguée Antoine de Blondel , seigneur de Vadencourt, et sur laquelle on observait le jugement de Salomon. Celles que possédait celte église étaient si nombreuses, au reste, que les registres mentionnent souvent les deux grands coffres aux tapisseries. Ils nous apprennent aussi qu'en 1699 Prosper Tliuillier , tapissier, exigeait 66 1. « pour avoir travaillé et remis en couleur les tapisseries du chœur. » Au xv' siècle, à Roye, l'estaplier (lutrin\ couvert « d'une piau de truye » était orné de quatorze chandeliers placés devant les apôtres, cinq desquels , avec une image de saint Biaise, avaient été achetés VII 1. lui' à Gilles Savary. En 1562, Pierre Vaisseur, fondeur à Beauvais, recevait xv livres tournois pOur un aigle de mywe, un airain d'estaplier, que l'on recouvrait ordinairement de camelot violet enrichi de passements et de franges.

La même année , on allouait au libraire Broutel vi sols pour avoir racoutré le manuel, et va maistre Jacques Lartizien qui l'avait écrit et remis à point. A peu près dans le même temps, un antipbonier, acheté à Adrien Allou , revenait à xlviii sols vi deniers, en ce non compris xviii sols, prix de deux mains de papier lombart qu'il avait fournies. A Guise, au xvii' siècle , un serrurier racoustrait , moyennant xxx sols la ferrurededeuxlivresdutempsd'été,ety faisait despièces pourmettrenn cadenas, avec crampon et broche. Fnl5i9,Elui deGraval,orfèvre à Roye, faisait à l'encensoir d'argent « ung grand carré , deux petits medalles et ung petit chapeau de triumphe. » La chaire disparaissait souvent sous de riches ornements, puisque à Roye, il fallait, en Hîi2, « trois aulnes de treillis, et aulne et demy de km-

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