AMO
AMP
l'empire de Cliarlemagne il semble qu'on n'a ccnraoncé de s'en servir dans l'Eglise latino qu'au IX.' siècle, et que les prières que l'on ait en le metlarit ne .>ùnt pas plus anciennes. C'e3t peut-être pour cela que dans l'église de Milan et dans celle de Lyon, l'on no met l'emict qu'après l'aube oi la ceinture, comme le témoigne M. le cardinal Bona. La même ciiose se pratiquait autrefois h Rome selon ïo premier et le cinquième Ordre romain du Père Mabillon, et les Maronites la pratiquent encore présentement.
II. Parce que les ecclésiastiques n'ayant assisté à l'office la tête couverte que vers le milieu du xiii' siècle à i^l'exception toutefois des évoques, s'il est vrai qu'ils y aient assisté on mitre avant ce temps-là), il est extrêmement probable que les prêtres n'ont dit la messe la tête couverte que longtemps après, jîarce que, comme on vient de le dire, ils ont toujours marqué plus de respect on célél)rant les divins mystères, qli'en assistant aux autres offices de l'Eglise. r
III. Parce que l'amict, de soi et par son institution, n'est pas tant pour couvrir la tète que pour couvrir le cou et les épaules. Fortunat, archevêque de Trêves, ne le rapports qu'au cou pour la conservation de la voix et delà parole. « Amictus, dit-il, est primum veslimenlum nostrum, quo collum undique cingimus. In collo est namquo vox, ideoque per collum loquendi usus expriinitur. Per amictumintelligimuscustodiam vocis. » {De divin, offic. lib. ii, cap. 17.)
AMORTISSEMEN T. — Dans sa signification la plus large, l'amortissement est une forme d'architecture ou d'ornementation qui couronne un bûtiment ou une partie d'architecture quelconque. Ainsi une balustrade qui se trouve au sommet d'une tour en est 1 amortissement ; le fronton est l'amortissement de la façade, et les statues, les vases portés par les acrotères , sont l'amortisse- 'mcnt du fronton. On donne donc, par extension, le nom d'amortissement aux ornements de sculpture qui s'élèvent en diminuant pour terminer quelque décoration.
Les anciens étaient extrêmement sobres de ces espèces d'amortissement dont les modernes ont abusé dans leurs constructions, tols que les génies, les coquilles, les pots à feu. Les architectes du moyen i1ge, durant la période ogivale, ont employé l'aoïortissement dans les monuments qu'ils ont bâtis, il'autant plus souvent qu'ils adoptèrent presque exclusivement les formes pyramidales.
L^s couronnements variés qu'ils eiécutôrent sont généralement fort élégants et communiquent beaucoup de caractère et de mouvement à leurs compositions.
Lorsque l'on prend le mot amortissement dans son sens le plus restreint, il s'applique spécialement aux ornements qui terminent une partie d'édifice qui offre une forme pyramidale, comme le bouquet ou le finial, suivant la terminologie anglaise, q ii couronne le haut des dais ou pinacles, des frontons aigus, des pignons, des cloc'ictons et des aiguilles.
Dans les Instructions du comité historique des arts et monuments, l'amortissement est défini : « La partie supérieure d'une baie lorsqu'elle va en diminuant vers le sommet. » C'est dans ce sens que l'on trouve fréquemment le mot amortissement employé dans la description des églises gothiques; c'est dans ce sens que nous l'avons nousmôme fréquemment emj)loyé dans notre ouvrage sur les cathédrales de France et dans nos notices diverses sur les principaux monuments religieux de notre pays.
L'arcade curviligne qui terniine une fenêtre ogivale en forme Famortissement, de même que larcplus ou midns orné, qui s'appuie sur les piliers et couronne l'entre-coloniK'ment dans les nefs des églises, constitue à ])roprement parler l'amortissement de l'entre-colonnement. On peut ajouter que la flèche ou la coupole sont l'amortissement de la tour qui la sui)porte. Les antéfixes, les crêtes des faîtages, les clochetons ou pinacles des contre-forts sont de véritables amortissements.
Il y a aussi des amortissements latéraux : tels sont, par exemple, ces consoles renversées que larchitecture moderne attache quelquefois en forme d'ailes ou d'ailerons aux lianes de la face d'une lucarne, ou à ceux d'un étage supérieur d'une grande façade composée de plusieurs ordres superposés, soit pour lui donner plus de solidité, soit pour masquer les arcs-boutants qui soutiennent les iaces latérales, soit pour racheter sous une forme moins disgracieuse qu'une énorme échancrure à angle droit, la différence d'importance géométrale des deux étages.
Les auteurs, qui se sont occupés de décrire les édifices de style ogival, ont fait remarquer que l'amortissement des fenêtres aux diverses époques de ce style, aux xiii% xiv% XV' et XVI' siècles, était rempli de formes diver.ifiées et caractéristiques. Ainsi, au XIV' siècle, les formes rayonnantes dominent, tandis que, au xv' et au xvi' siècle, ce sont les formes flamboyantes.
Yoy. AcROTÈRE , Antéfixe , Arc , Arcade , Cloc:heto>' , Co-xsoLE , Contre-fort, CoDPOLE, Faîtage, Pinacle.
AMPHITHEATRE. — I. L'amphithécltre ne peut pas être regardé comme un monu-;ment chrétien; mais il en est fait mention si souvent dans les auteurs ecclésiastiques, que nous avons jugé h propos d'en donner la description abrégée dans un livre cons icré aux antiquités sacrées. C'est à l'amphithoAtre (|ue la plupart des martyrs ont généreusement versé leur sang pour la défense de leur foi. L'arène a été teinte du sang des gladiateurs ; mais le sang chrétien y a coulé h flots , et ce sang rend certains amphithéâtres particidièrement respectables à nos yeux. C'est à ce sentiment que l'on doit la conservation du jtlus célèbre amphitliéàtre de Rome, du Colisée, oii les martyrs souffrirent la mort par milliers, où le pape Benoît XIV, en mémoire de si glorieux souvenirs, établit les stations du Chemin de la croix.
AMP
AMP
Nous commonccrons par faire connaître les amphitlirAtres en général et nous terminorons en donnant une notice spéciale sur le Colisée de Rome.
L'amphithéAtre, selon l'étymologie du mot, est un double théâtre : deux thé.Uros en iiémicvcle sont tournés en face l'un de l'autre, en laissant entre eux un espace vide ap})e!é orène, parce qu'il était couvert de sable pour absorber et cacher le sang répandu. L'arène était !a partie de l'amphilhéAtre danskuiuclle se donnaient les différentes espèces de jeux Ou de spectacles, surtout les combats de gladiateurs et de botes féroces. La nature de ces jeux, qui obligeaient les combattants à se fuir alternativement, fît allonger un peu le terrain du milieu; il en résulta un ovale au lieu d'un cercle.
Les amphithéâtres devaient toujours contenir une si prodigieuse quantité de spectateurs , que Ion cherchait par tous les moyens |)ossii)les à augmenter le développement des places, favorisé par la forme elliptique. Les amphithéâtres sont particuliers aux Romains ; ils étaient inconnus aux Grecs. Ceux-ci n'ont connu ni les barbares combats de gladiateurs , ni ceux d'animaux féroces. Les amphithéâtres , ainsi que les théâtres des anciens, n'étaient point couverts. L'arène était entourée de loges ( carc:res) dans lesquelles on enfermait les animaux féruces qui devaient combattre dans les jeux. Immédiatement au-dessus de ces carceres, il y avait une galerie qui faisait le tour de l'arène et dans laquelle se trouvaient les spectateurs les plus distingués. Derrière cette galerie s'élevaient les sièges ou gradins jusqu'au sommet, de sorte que de chaque place on pouvait voir l'arène , et que 1 ensemble du bâtiment avait l'air d'un cratère dont la cavité allait en diminuant du haut en bas. Les gradins inférieurs étaient pour les citoyens distingués ; les suivants, pour ceux des classes inférieures du peuple.
La façade extérieure des amphithéâtres était partagée en étages ornés chacun d'arcades, de colonnes et de pilastres en plus ou moins grand nombre, et quelquefois raôme de statues. Outre les gradins circulaires qui servaient de sièges dans l'intérieur des amphithéâtres , il y en avait qui servaient d'escalier et qui coupaient les autres de haut en bas. Ces gradins formaient ies précinctions ou baltei. Les portes des avenues voûtées par lesquelles on entrait dans ramjjhithé tre, étaient appelées vomitoria. Une suit(! de raiigées de sièges contenues entre deux escaliers, portait le nom de cunei ou de coins, parce (jue les gradins les plus élevés étaient plus étendus que ceux qui étaient près de l'arène, et que leur ensemble présentait la forme d'un coin. Les amphithéâtres pouvaient contenir de 3.) à 80 mille spectateurs.
Le plus grand am[)hithéUre de Rome et
de l'univers est le Co/i's^e. 11 fut ainsi appelé l)ar corru})tionde colosscum, suivant les uns, h cause du colosse de Néron, qui était dans le voisinage ; suivant les autres, et plus i:)robablement, à cause d(! sa grandeur colossale et gigantesque. Placé au-niilieu des sept collines de Rome, cet édifice égalait le sommet des plus hautes. Selon .luste Lipse, ses gradins contenaient 87 mille | crsonnes. Fontana, en ajoutant seulement dix mille places sur les portiques situés au-dessus des j~radins et douze mille dans les autres enceintes, taint du bas que du haut, où l'f n plaçait des sièges portatit's, a trouvé que 109 mille spectateurs pouvaient y voir h l'aise les jeux et les combats de l'arène. Vespasien commença la construction de cet édifice immen-e, dont les ruines excitent encore aujourd'hui l'admiration. Il choisit l'emplacement de cet amphithéâtre au milieu de la ville, parce que Auguste avait déjà eu le projet d'y con>truiro un édifice pareil; mais il mourut avant d'avoir terminé cette construction. Elle ne fut achevée que sous Titus, son fils et sou successeur.
L'élévation extérieure de cet amphithéâtre est comj osée de quatre ordres. Le rang de portiques inférieur est orné de colonnes doriques, entre les pieds droits des arcades. Ces colonnes , ainsi que les piliers des arcades , portent sur un soubassement de quatre marches. Le second ordre de portiques est orné de colonnes ioniques posant sur un stylobate continu; le troisième rang l'est de colonnes corinthiennes, dont le socle très-haut pose sur un stylobate plus élevé encore.
La proportion, l'ensemble et la distribution de tout l'édifice offrent à l'œil un spectacle imposant, un tout harmonieux. La masse totale est si belle qu'elle ne permet pas d'apercevoir de légères imperfections , qui résultent probablement, plutôt du défaut d'exécution et de la précipitation avec laquelle cet ouvrage a été conduit, que de la faute de l'architecte. Dans la manièrÉ" dont les profils sont (dirigés et suivis, on rema.'-que beaucoup d'irr.gularité et d inccititiule; ce qui semble annoncer qu'un n'a [las aiportô beaucoup de temps ni de soin à la perlection do ces détails. Toute la hauteur de cet édifice est d'environ 15(5 pieds. Pour garantir les spectateurs des injures de l'air , on tendait au-dessus de la partie circulaire des gradins une grande toile. Qimni h. la partie intérieure de cet amphithéâtre, elle est tellement'en ruines, qu'on ne saurait ai'lirmer bien positivement quelle en était la disposition.
Nous renvoyons les i)ersonnes qui voudrijnt avoir di'S notions i)lus ('tendues sur les amphithéâtres, et en particulier sur lo Colisée, aux ouvrag 'S sp;'Ciaux ((ui ont été écrits sur celte matière. <)n consultera avec avantage V Histoire de Cari par les monuments, de St'roux d'Agincourt cl lo Dictionn'dre des beaux -arts, par Millin; nous avons emprunté les détails précédents à ce dernier ouvrage. Voy. encore Lis 7';c>js Rome, par M. labbé <lauuie.
AMP
AMP
Les souvenirs clirétieiis se pressent en foule dans hi mémoire du pèlt>rin (jui visite les ruines gigantesques du Colisée. L'arène avait été imbibée du sang des martyrs, et par respect pour le sang des saints, on a reeouvert de terre le sol ancien, et à l'endroit où jadis était érigé l'autel de Jupiter, se dresse aujourd'hui la croix de Jésus-Ciuist. Sur la porte de ramphitlié'lre , par où entrèrent tant de héros chrétiens, on a placé une pla .^ue de marbre ijui re lit la sainteté d^ ces lir-ux baignés du sang de nos pères da[\s la foi. Saint Ignace d'Anlioche, le 20 décemiire IIG, soulfrit le martyre au CoMsée : au mom^'ut où les lions poussent d'af- Ireux rugissements, saint Ignace se met à genoux et dit : Je suis le froment du Seigneur ; il faut que je sois moulu par lu dent des bêtes pour devenir le pain de Jésus-Christ. A peine a-t-il fini sa prière que deux lions se jettent sur lui et le dévorent en un moment, sans rien laisser de son corps que les plus gros et les plus durs de ses os.
Pondant deux siècles, marchant sur les traces de saint Ignace d'Antioclie, les chrétiens entrèrent à l'amphithé Ure pour y mourir. Au nombre de ces glorieux champions t)ur à tour entrés dans l'arène, on voit Eustache, capitaine de cavalerie sous Titus, au siège de Jérasalem, général des armées romaines sous Adrien , et avec lui son épouse et ses deux fils, nobles rejetons des l)lus anciennes familles ; les illustres vierges Martine, Tatiane et Trisca, toutes trois filles de consuls et de sénateurs ; le sénateur Julius; Marin, fils d'un autre sénateur; les évoques Alexandre et Eleulhère ; les jeunes princes persans, Abdon et Sennon ; deux cents soldats à la fois, et une foule innombrable de héros et d'héroïnes de t jut âge et de tout pays, dont le triomphe illustra ce Capitole des martyrs, suivant une heureuse expression de M. l'abbé Gaume.
Les souvenirs païens qui se rattachent au Colisée sont éminemment propres à nous donnor une juste idée de la cruauté des mœurs et de la barbarie des jeux qui amusaient la société romaine , parvenue à son plus haut point de civilisation. C'est donc là que le paganisme c induisit la société antique. C'est au Colisée que se réunissait la population de Rome, tandis que les disciples de Jésus-Christ, peu nombreux encore, se réunissaient au fond des souterrains des Catacombes, préparant les éléments d'une civilisation nouvelle, autrement sainte, grande, pure, majestueuse, noble, que celle de l'idoîiUrie cl de la philosophie.
On a calculé que le peuple de Rome, ce peuple r »i du monde païen, passait près des doux tiers de l'année au titéàtre, à l'amphithéâtre et au cirque. On comprend maintenant toute la vérité de cette dégradante devise, résumé de sa vie : Duas tantum rcs anxius optât, panem et circcnsc^. Quant à sa fureur pour les spectacles sanglants, les détails suivants pourront en donner quel {ue
idée. Les Romanis ne pouvaient se passer des combats des gladiateurs; ils b.Uii'cnt des amphithéâtres dans toutes les villes imi)orlantcs de l'empire; ils les introduisirent jusque dans leurs festins, ils y couraient avec plus d'ardeur qu'aux comices mêmes [Strab. V, p. 121). Gtcéron, étant consul, lut obligé de poitt^r une loi q ii rendait inhabile le candidat qui, avant les élections, aurait promis au peuple un présent de gla.iiatcuis, tant on étnit certain d"ol)tenir les suiîrages en faisant une semblable promesse! Les triomphateurs, les édiles, les principaux magistrats, les riches citoyens, et surtout les empereurs, se faisaient un devoir, pour être agréables au peuple, de prodiguer les gladiateurs. On en donna d'ab ^rd 59 paires, puis 300, puis 700. Trajan en donna 10,000; on ne peut compter ceux que donnèrent Titus, Domition, Héliogabale. Quelques-uns de ces monstres couronnés avaient une telle passion pour ces horribles fêtes, que, dès le matin, ils descendaient à l'amphithéâtre, et à midi, lorsque le peuple allait dîner, ils restaient dans leur loge, et à défaut do gladiateurs désignés, faisaient combattre les premiers venus [Sud. in Claud»). Jules César ne rougit pas de se faire le laniste du peuple romain. Il entretenait à ses frais une école de gladiateurs (5ue/., Cœsar. 26). Auguste adopta cette institution, et les empereurs possédèrent des gladiateurs toujours prêts à combattre à la deraanle du peuple [Mart., De spect. 22). Jamais les prisonniers de guerre, les malfaiteurs, les esclaves fugitifs, n'auraient pu suffire à cette effroyable consommation de victimes humaines : les chrétiens se trouvèrent là pour y suppléer. Qu'on juge de l'immensité de ces boucheries prolongées durant plus de 500 ans, par le nombre des animaux amenés dans larène.
C'est par milliers qu'arrivaient successivement, de toutes les parties du monde, les ours, les léopards, les rhinocéros, les taureaux sauvages. Scipion Nasica et P. Lentulus firent paraître dans leurs jeux 60 panthères et ko autres animaux, tant ours qu'éléphants (Tit. Liv. xLiv, 18). Scaurus donna 150 panthères; Sylla, 100 lions à crinières ; Pompée, 6'JO hons, dont 315 à crinières, ilO panthères et 20 éléphants ; César, 400 lions; Diusus, 20 éléphants; Servilius, 300 ours et autant de bêtes africaines ; Tilu«, 5,00;) bêtes en un seul jour ; Trajan, 10,000 pendant les jeux ; Domitien, 1,000 autruches, 1,000 cerfs, 1,000 sangliers, 1,000 chamoisgirafes et autres animaux herbivores. Pour subvenir aux dépenses des jeux, on f, appail de lourdes contributions en argent sur les provinces ; et pour avoir des animaux, on mettait l'impiM en nature. Les gouverneurs obligeaient leurs administrés à faire des battues générales, dont le produit s'expédiait à Rome, où ces animaux étaient amenés à grands frais; puis renfermés dans des cages et nourris dans des virai ia, jusqu'au moment où l'on en avait besoin (l'rocop.. De Bdl. Golhic. i). Enfin ce gibier devint rare, ei une loi fut portée qui défendit de
2oa
Awr
AMP
tuer lin lion en Al'riquo {Cod. Theod., t. VI,
Tel était le monde païen aux jours du christianisme naissant. « Il faut, dit un écrivain distingué, M. de ChampaiAny, dans son Histoire d'S Césars, tom. II, i)ag. 188, que les témo'gnages soient unanimes, que toutes es choses nous strient racontées parfois avec un faible mouvement de pitié, {dus souvent arec un sang-froid indifférent, quelquefois môme avec une joie entlnusiaste (Plin. Paneg. xxxiii), par ceux qui, tous les jours, on étaient spectateurs ; il faut qu'une centaine d'amphithéâtres soient demeurés debout, que nous ayons pu pénétrer dans la caverne où l'on achevait les victimes, dans la loge oii les lions et les tigres étaient enfermés à côté du prisonnier humain ; que nous ayons Iule programme de ces horribles fêtes ; que nous ayons ramassé le billet qui donnait droit d'y assister; que les bas-reliefs antiques no s aient transmis l'image de ces épouvantables plaisirs, pour que nous pu'ssions y croire, pour que le philosophe chrétienarrive àdémêler dans le fond ducœurde l'homme cette fibrehideusequiaimele meurtre pour le meurtre, le sang pour le sang. »
Terminons cet horrible tableau en mettant en parallèle deux traits historiques. Les V ctimes dévouées aux bétes sont la plupart de pauvres esclaves fugitifs, des prisonniers de guerre, des chrétiens et des chrétiennes, jeunes enfants et vieillards blanchis par les années. Précéd.'es d'un héros, elles font le tour de l'arène, et en passai t devant la tente de l'empereur, elles s'inclinent en dis.int : Cœsar, morituri te suintant. « César, ceux qui vont mourir te saluent. » Au lieu de ce mot, les chri' tiens faisaiect entendre aux juges de sévères avertissements. Ainsi, en passant devant le balcon du proconsul Hilarien,les martyrs de Cartnage lui dirent: Tu nous juges en ce monde, mais Dieu te jugera dans l'autre.
AMPOULE. — I. Dans les anciens écri- "vains et dans les plus vieux documents historiques, on trouve le mot ampou/c employé pour désigner une petite fiole ou bouteille, destinée à contenir le chrême et les saintes huiles. On le rencontre fréquemment dans l'inventaire du trésor des grandes églises : M. Pugin en c te plusieurs exemples dans son ouvrage sur les ornements ecclésiastiques. Mais il est plus spécialement usité pour désigjier le vase de verre, conservé autrefois à Saint-Remi de Reims, et renfermant Thuile qui servait h sacrer les ro s de France.
Hincmar, archevêque de Reims, qui vivait du temps de Charles le Chauve, ra porte, dans la Vie de sa^nt Rémi, quune colombe blanche rap[)orta du ciel, suspendue à son bec, lorsque les saintes huiles h.i manquaient, h cause de la foule qu'il y avait au[)rès des fonts baptismaux ; qu'elle disparut aussitôt ; que celte huile parfuma toute l'église, et (jue le roi Clovis en fut oint h son baptéjue. Il a été composé un beau Traité (ij>ologéliqne de la saitite atitpoulr, par
Alexandre Le Tanneur, contre Jacques Chifflct, imprimé en l(i52. On peut consulter à ce sujet : Du Cange, au mot Ampoule ; Aimoin,liv. i, chap. 16; Flodoard, llist. Rem., \\\). I, cap. 13 ; Annales Bertiniacenscs, au chap. 868; Caguin, du Haill.in, lib. m, licrum Gallic. : le P. Sirmond sur la lettre d'Avitus, Concil. Galliar., tom. I, ad ann. kkG, pag. 1268 ; Mon.'s, De socris unctionibus; Lcsueur, calviniste, Histoire de l'Empire et de l'Eglise, h l'an de Jésus-Christ 496 ; les notes du P. Ruinart sur saint Grégoire de Tours, Hist. Franc, hb. ii, cap. 21 ; le P. Doriguy, jésuite, qui a composé la Vie de saint Rémi, inq rimée en iiiï, à Châlonssur->Iarne. Ce dernier auteur a fait une dissertation sur le miracle de la5ain/c Ampoule qu'il prétend être véritable. Il n'y entre point dans le détail des mêmes objections que les critiques modernes ont faites contre ce miracle. Marlot, Le Tanneur et Dusaussay y ont répondu. Il s'attache à la plus forte, tirée du silence d'Avitus et de Grégoire de Tours. II dit sur cela que la lettre d'Avilus est fort suspecte de supposition ; que Henri Derford a écrit qu'il avait vvi des manuscrits de Grégoire de Tours, où le miracle de la Sainte Ampoulo était raconté ; que les arguments tirés du silence des auteurs sont bien faibles ; que le silence de Fortunat ne fait douter personne du baptême de Cb vis i>ar saint Rémi. 11 oppose à Av^tus et à Grégoire de Tours lautorilé de ïlincmar et la tradition.
La sainte ampoule était formée de verre antique ; elle avait un pouce et demi do haut, dix lignes et demie de tour au cri et un pouce se})t lignes et demie à la base. Le baume qui y était enfermé avait une couleur rouge;\lre, et il était si é[)a's qu'il n'était \\&s transparent. En l'année 17C0, le vaso parut environ aux deux tiers ])lein. Peu de temps après la mort de l'infortuné Louis XVI, cette vénérable i clique fut brisée par un démagogue insensé du nom de Ruld.
Lorsqu'un roi de France devait être couronné, on prenait, avec la pointe d'une épingle, une petite portion du baume de la sainte ampoule que l'on mêlait avec le saint chrême.
Le jour du couronnement, la sainte ampoule était portée par le pr'eur de Saint- Remi, avec grand appareil, de son monastère à la cathédrale, où la }irocession était reçue par l'arc' evêque qui déposait le vase sur l'autel. Après la cérémonie, il était cnnfié à la garde du grand prieur qui le rapportait h l'église de Saint-Remi avec la même pompe.
Dans le trésor de la cathédrale de Reims, on montre aujourd'hui quehjues débris de la sainte ampoule, qui ont été pieusement recueillis.
Quant (Ma manière dont la sainte ampoule aurait été miraculeusement apportée du ciel il l'évêque saint Reuii, plusieurs écrivains la mettent au nombre des faits qu'une ]>ieuse croyance a consignés dans les légendes, sans en prouver la vérité et l'autlienli-
AMP
AMP
cité. M. Piigin, tout en rejetant l'origine miraculeuse de la sainte ampoule, convient qu'elle renii nte à la plus haute antiquité, sans qu'on puisse faire connaître une époque déterminée. En expliquant naturellement l'apparition delà colombe, on a dit que l'écrivain primitif avait employé dans son récit un style poétique, dont on peut saisir U vrai sens, si l'on se reporte aux usages de nos églises primitives. On avait coutume de suspendre, dans le baptistère, une colombe d'argent, dans l.iqueîlc on enferma t les saintes huiJcs, de môme que l'on suspendait audessus du maître-autel une autre colombe d'argent où l'on plaçait la réserve eucharistique. Lorsque saint Kemi ba[)tisa Clovis, l'évoque prit les saintes huiles dans la colombe du baptistère, et dans son enthousiasme, le narrateur aura parlé d'une colombe descendue du ciel. Nous avons parlé r.illeurs de ce fait et de cette explication, en parlant des colombes destinées à l'eucharistie ; nous y renvoyons le lecteur. Nous n'avons pas la prétention de trancher une question aussi déUcate, quoique nous inclinions à admettre l'explication naturelle des écrivains modernes.
On possédait aussi à l'abbaye do Marmoulier, près de Tours, une sainte ampoule qui était en grande vénération et qui servit au sacre du roi Henri IV, en 1 59 'i-. Nous empruntons à l'Histoire manuscrite de Marmoutier, par dom iSLiitenne, les détails suivants: « L'on garde encore h Marmoutierune sainte atnpmle pie na d'une espèce de baume, qu'on prétend avoir été apportée au saint par un ange, pour le guérir de ses blessures. Elle se conserve dans un petit reliquaire d'or, et sert tous les jours d'instrument à la guérison de plusieurs malades qui viennent de fort loin implorer l'assistance de saint Martin et lecevoir la santé par l'attouchement de celte ampoule. E le servit pour le sacre de Henri IV, roi da France, qui n'ayant pu se transporter à Reims, selon la coutume, voulut être sacré à G' artres, avec la sainte ampoule de Aîamioutier. »
On trouve d !ns la môme Histoire manuscrite, dont l'o.iginal se trouve à Paris, à la bibliothèque royale, et dont la bibliothèque de la ville de Tours possède une bonne copie en deux y; il urnes in-folio, des détails fort étendus sur la cérénionie de h translation de celte ampoule de Tours à'Chartres.
Dans une note marginale du manuscrit de Tours, écrite delà main de M. Gliauveau, ancien bibliothécaire, on lit les lignes suivantes : « La petite fiole de verre que l'on appelle la sainte ampoule, n'est pas entièrement pleine et ne doit i)as l'être, puisqu'on s'en est servi au sacre de Henri IV. La matière qu'elle contient est rougeAtre et figéo. 11 n'est point de monuments qui constatent que ce soit un baume appori-é miraculeusement à saint Mai lin. Il y' a plus d'apparence que c'était de l'huile bénite par ce saint, d mt il se servait quelq:;efois pour guérir les mala-
des. Des personnes pieuses pensent que ce n'est autre chose en effet que de l'huile du sépulcre de saint Marliii, de l'efficacité de laquelle Grégoire de Tours rapporte des exemples parmi les miracles qu'il nous a transmis. Les peuples ont encore beaucoup do vénération pour la sainte ampoule ; ils s'estiment heureux de baiser Je reliquaire d'or qui la*renlerrae et qui est conservé dans une armoire, aup.èsde l'autel, du cô:é de l'Epître. »
Après la cérémonie du sacre, le roi Henri IV tit présent aux religieux de Marmoutier d'une très-belle émeraude enchâssée dans un anneau d'or, qui demeura depuis ce temps annexé à la sainte ampoule, jusqu'en 1791, que les députés d'Indre-et-Loire à l'assemblée législative l'en détachèrent pour eu faire hommage à Louis XVI. Gette tiole, dépouillée de quelques pierreries qui l'entouraient, fut brisée en 1793.
AMPHORE. — Nous ne donnerons pas sur l'amphore tous les détails archéologiques que l'on trouve dans les écrivains qui ont trojté des antiquités grecques et romaines. Bornons-nous à ce qui se rapporte plus directement à l'archéologie sacrée.
Dans l'Ecriture sainte, amphore se prend souvent, dans un sens appellatif, pour une cruche ou un vase à mettre des liqueurs : par exemple : « Vous rencontrerez un homme portant un vase plein d'eau, » amphoram aquœ portans. Luc. xxii, 10. Ailleurs, il signitie une certaine mesure : ainsi il est dit dans Daniel, qu'on donnait par jour au dieu Bélus ou Bel six amphores de vin, vini amphorœ sex. Dan. xv, 2. Mais l'amphoro n'était pas une mesure hébraïque.
Ghez les Grecs et les Romains, l'amphore était un vase de terre servant de mesure aux choses liquides. Elle est appelée dans Homère «ufirjiopeîii ; d'où par syncope on a dit «urjiofiz-iç. Ce nom vient des deux anses qui étaient placées aux deux côtés de ce vase, pour le porter plus facilement. La capacité de l'amphore a varié considérablement. Lo P. Galmet prétend que l'ampnore romaine contenait deux urnes ou 48 setiers romains, ou quatre-vingts livres de douze onces chacune ; et que l'amphore altique contenait trois urnes ou cent vingt livres aussi de douze onces chacune, qui n'en font que quatrevingt-dix des nôtres, c'est-à-dire, environ ..5 kilogrammes de notre poids métrique, pour l'amphore altique, et 30 kilogramrnes pour l'amphore romaine. Ce poids paraîtra énorme à celui qui se rappellera le trait historique suivant. Suétone parle d'un certain homme qui 1 riguait la questure et qui but une amphore de vin à un seul repas avec l'empereur Tibère.
Les amphores romaines se terminaient généralement par une base trôs-étroitc et quelquefois pointue : aussi pour les melire debout, les enfonçait-on un peu en terre. Elles servaient à renfermer le vin, l'eau, l'huile, etc. De môme que les urnes, les ani • phores sont faites d'une terre rouge ou jauiiàtrc commune.
itz
AMU
AML'
Pour avoir des notions plus étcndacs sur l'aiiipliore et les vases ruiuaiiis, on consultera avec avantage Antiq. Bom. par A. Adam, tom. II, p.ige 3G7 et suiv.
AMULETTES. — I. Les amulettes sont des images, figures, caraclèrcs ou autres objets, auxquels la crédulité ou la .'^uperstit'on attribuent beaucoup do propriétés 1 1 qu'ils font considérer spécialement comme un préservatif contre les maladies et les enchantements. On prétend qu'en portant les i nmlettes suspendues au cou, leur présence seule suffit pour préserver ou guérir de divers maux.
LesRomainsleur donnaient plusieurs noms, entre autres ceux dephy!acte)ia, (ïamolimenta {quia mala amolliri dicebanlur) , et d'amolela, d'oii vient le mot français amulette. Les Romains étaient dans la persuasion que les athlètes qui en portaient, ou remportaient la vicloiie sur leurs antagonistes, ou empêchaient l'etret des charmes que ceux-ci pouvaient porter sur eux. Rusiici didicerunt luxuriam, dit l'ancien Scholiastc, et palestris uti et phylacteriis, ut atJtletœ ad vincendum; nam et niceteria phylacteria sunt quœ ob victoriam fitbùnt, et de collo pendentia gestabantur.
Les Juifs attribuaient aussi les mêmes vertus à ces phylactères ou bandes de parchemin qu'ils affectaient de porter, par une fausse interprétation du précepte qui leur ordonnait d'avoir continurllement la loi de Dieu devant les yeux, c'est-à-dire de la méditer et de la pratiquer.
Les Latins les nommaient encor>? prœpscini, c'est-à-dire, préservatifs contre la fascination, et ceux qu'ils pendaient à cet effet au cou des enfants étaient d'ambre ou décorai! et représentaient souvent des figures obscènes.
Le concile de Laodicée défend aux ecclésiastiques de porter des phylactères ou amulettes sous peine d'être dégradés. Saint Jean Chrysostome reproche aux chrétiens de son temps de se servir de charmes, de ligatures, et de porter sur eux des pièces d'or qui représentaient Alexandre le Grand, et que l'on regardait commti des préservatifs. Quid vero diceretaliquis dehis qui carminibus etligaturis utuulur et de circumligantibus aurea A!ej.andri Macedonis numismata c^piti vel pedtbus? [Ilomil. ad pop. Anlioch. 25.) Ces pratiques avaient été condamnées par Constantin et par différents conciles, enti e autres par un concile de Tours, tenu sous Charlemagnc ; ce prince les défend aussi dans ses Capitulaires {lib. VI, cap. 72). Li! môme saint Jean Chrysostome en psrio encore dans quelques-unes de ses homélies sur les Epîties de saint Paul, et il les regarde comme une espèce d'idohUrie, ne pouvant souffrir que les chrétiens se servissent d'amu/e^/c5 pour guérir les maladies, quoi(^u'ils crussent ne point pécher, sous prétexte ([u'ils ne faisaient autre chose que d'invocjucr le nom de Dieu. Saint Jérôme n'est pas jrius favorable aux amulettes dans son commentaire sur le chapitre XXIII de sdint Matthieu, où il con-
damne de superstition tous les phylactères des Juifs, bien que, sous certains rapports, ils fussent d'une autre nature que les amulettes. 11 prend de là occasion de rejeter comme su[>erstitieuse une coutume qui était de son temps parmi le peuple, surtout {larmi les femmes, qui portaient au du de petites parties des Evangiles, du bois de la croix ( t quehjues autres choses semblables, faisant paraître en cela [ilus de zèle que de véritable piété. Hoc apud nos, dit ce saint docteur, superstitiosœ mulierculœ in panulis Ev^ngeliis et in cnicis ligna, et istiusmodi rébus, quœ habent quilrm zelum Dei, sed non juxta scientium, vsque hodie fcctitant.
Le P. Kircker, dans son OEdipus /Egyptia eus, parle assez longuement des amulettes des anciens. (Tom. II, cap. k, pag . lio, et tome m, pag. 219, 335, UIO , 518, 528, 56i, etc.)
Delrio rapporte que dans cette armée do reitrcsqui, sous le règne de Henri III, passa en France, commandée par le baron de Dhona, et fut défaite par le (uc de (iuiso àVimori et à Auneau, presque tous les soldats qui restèrent sur le champ de bataille portaient des amulettes, comme on le reconnut en les dépuillant après la victoire.
Les Arabes aussi bien que les Turcs ont beaucoup de foi aux talismans et aux amulettes. Les nègres les appellent des gris-gris ; . ces derniers sont des passages de l'Alcoran, écrits en petits caractères sur du papier ou du parchemin. Quelquefois, au lieu de ces passages, les raahométans portent de certaines pierres auxquelles ils attribuent do grandes vertus. Les Dervisleur vendent fort cher ces sortes d'amulettes , et les dupent en leur promettant des merveilles qui n'arrivent point ; et quoique reipérience eût dû détromper ceux qui les achètent, ils s'imaginent toujours que ce n'est pas la vertu qui a manqué , ma'S qu'eux-mêmes ont manqué à quelque pratique ou circonstance qui a empêché la vertu des amulettes. Ils ne se contentent pas d'en porter sur eux, ils en attachent encore au cou de leurs chevaux, après les avoir enfermées dans de petites bourses do cuir; ils prétendent que cela les garantit do l'effet des jeux malins et envieux. Le chevalier d'Arvieux, de qui nous empruntons ces détails, dit que les chevaux arabes, dont quelques émirs lui firent présent dans ses voyages, avaient au cou »le ces amuleites dont on lui vantait fort la vertu, a qu'on lui recommandait de ne point (Mer à ces chevaux, à moins (ju'il ne voulût bientôt les voir [i<'rir. (Mém. du chev. d'Arvieux, tom. III, pag. 2i7.)
Les amulettes depuis longtemps ont penJu toute leur réputation en médecine. Malgré la reconuuandation qui en est faite dans un grand nond)re de livres, persurme no les emploie aujourd'hui. Ce ne sont plus ni des préservatifs ni di's médicaments, ce sont sinijtlement des objets de cur osité, recueillis et étudiés par l'arehéoldgue.
M. le comte de Ca^lu;, dans son Hecuiil
AMU
AMU
(l'antiquiies, en traite d'une manière assez étendue.
a Je suis persuadé, dit-il, (|ue les amuleltos ont toujours eu un double objet: celui de fla'ter la supers;i;ion des peuples et celui de servir de sceau, ou de signe d'aveu ou de présence, par le moyen de leur enfreinte. Celte opinion est d'autant plus Yraiseinl>lable qu'il es. rare d'en rencontrer dont les sujets soient Ge relief. Il eût été possible d'employer ces dernières aux mômes usa,-es ; mais l'empreinte aurait causé j)lus d'embarras, et l'elfet en aurait été beaucoup moins facile à distinguer. Ainsije c.viAs que les anciens ont commencé h porter au cou ces sortes d'aveux dans ces temps où l'écriture était moins pratiquée. Ces hommes , qui étaient presque tous ouvriers, lab ureurs ou soldats, n'imaginaient pas qu'il fût naturel d'embarrasser leurs mains de b.igues qui les auraient empochés de travailler et de manier les armes, surent dans des siècles oti la grossièreté du travail et des métaux donnait à cet ornement une épaisseur considérable. Au reste, je ne donne ces réflexions que comme des c njectures à l'appui desquelles Pline me paraît cependant venir, lorsqu'd déclame contre les anneaux; il assure que les Egyptiens n'en ont jamais porté ; et il ajoute d msle môme endroit, que les bagues ont précédé l'argent monnayé. 11 est vrai que la fabrique en est moderne, en comparaison des anneaux que nous voyons cités dans les plus anciens auteurs. Pline croyait donc que ce genre de parure n'était connu dans le monde que depuis peu do siècles ; et ce sont les amulettes sans doute qui leur ont donné naissance. Mais on ressemble, en parlant de ces choses éloignées, à des aveugles qui touchent plusieurs corps avant de trouver celui qu'ils cherchent, et qui le plus souvent tournent le dosa leur objet.
« Il me paraît que les Egyptiens ont employé constamment pour leurs amulettes la lorme des scarabées; nous en trouvons de toutes les matières h la réserve des métaux. Cependant l'art de la fonte leur était connu. Peut-être quelque superstition pariiculière que nous ignorons , leur défendait d'emjiloyer les métaux à cet usage. Les scarabées de terre cuite, couverte d'émaux de couleur verte et bleue, étaient préférés par ces peuples, du moins je n'en ai point vu d'au re couleur; ils (n faisaient de toutes les pierres fin s et do tous h s marbres. Dans quelque ^:rl que ce puisse être, les manœuvres difTérentes et nécessaires sont une preuve de ses | rogrès : de sorte que les moyens d'opérer, examinés avec soin, nous font connaître la date des. moni:ments et la route qui a conduit les talents à divers degrés deperfecli n. Les amulettes de lerie indiquent celte progression; car, outre les premiers procédés et la gravure, la couverte, le degré du feu et le moule exigeaient d'autres manœuvres nécessaires pour la production de ces ouvrages. D'abord on dut se servir de corps cylindiiqMes, carrés ou py-
ramidaux : on vint ensuite aux scarabées et on s'y arrêta. A quoi l'on fut porté sans doute, non-seulement i)ar le respect que la religion inspirait pour un animal qui était l'emblème du soleil , mais encore i)ar des raisons d'usage et de commodité. Le corps du scarabée servait de tenue à la main, et sa base permettait de placer le sceau ou le cacÎK't avec autant de sûreté que de facilité. Les Etrusques ont admis cet usage et l'ont pratiqué. Mais les Grecs ont dans la suite supprimé le corps du scarabée et conservé la forme ovaie que sa base présentait pour le corps de la gravure ; enfin, ils ont monté ces pierres dans des anneaux qui leur servaient d'ornements, et offraient aux yeux les belles gravures que leurs arîistes avaient exécutées , sans exclure l'utdité attachée à ces sories d'ouvrages. 11 no faut pas ce- P; ndant croire que ces dernières opérations aient succédé promptement aux premières.
On doit avoir été longtemps à produire la soudure d'un anneau, et encore plus la sertissure d'une pierre dans le métal. On pouvait fondre, forger un anneau, le réparer même à la l:me , sans savoir cependant établir les pierres dans les métaux, rabattre des parties fines et déliées, qu'il fallait dv''tacher et réserver sur la |)lace, pour fixer et assuier solidement une pierre, en un mot, ce qu'on appelle la sertir. On évitait tous ces dét ils qui paraissent de peu de conséquence à nos artistes éclairés par l'habitude et la réflexion, et qui étaient très-difiicdes alors, parce qu'on perçait la pierre avec le même instrument qui servait cà la graver, et qu'on 1 passait ensuite dans une ganse. Telle est, à mon sens, l'origine des cachets; tels ont été les progrès des arts, telle esi la marche C{ue les [ierres gravées ont saivie avant que de parvenir à l'état où nous les voyons.
« Je ne dois ras finir cet article sans avertir que les basilidécns ou les gnostique'=, chrétiens hérétiques du i" siècle , qui vivaient en Egypte , voulant avoir entre eux des marques certaines de reconnaissance et des signes qui leur assuraient l'hospitalité, signes appelés (esserœ par les Romains qui en portaient aussi, ont adopté la plus grande 1 artie des {ierres anciennement travaillées par les Egyptiens, et les tables des scarabées. Quelques-unes de ces tables étaient nues et sans ornement, comme on en trouve encore aujourd'hui. Ils les ont rempHes en tout sens de mots bizarres, et de caractères grecs, cophtes et 1 élireux, qui n'avaient de signification que pour eux et dans lesquels on pouvait reconnaître la religion qu'ils jrofessaient. Souvent, i)rur rendre ces caractères encore plus inintcliigibl-cs, ils les ont jilacés aux côtés de différentes figures, antiq es à leur égard, que ces tables portaient déjà. Ces pierres, qui forment un ass;'mblage bizarre, sont répandues dans tous les ca, inets de l'Europe et connues sous le nom d'obraxas. Elles ne sont recommandables qu'autant que les dessins égyptiens peuvent encore s'y distinguer. Considérées sous ce point de vue, elles ont une sorte d'utilité et mérite-
AMU
AMU
raient plus l'atlontioii dos curiouN. qui [xnill'Ire les négligent un pou trop, r» [Antiquités (fjyptiennes, comte de Caylus, tom. II, pag. 3(i et suiv.)
Nous dovons ajoutor quelques mois sur un genre d'amulettes fort curieux, quoique peu connu, ce sont les cylindres. On donne ce nom à des corps en l'orme de cylindre dont le volume et le travail sont analot^ues <i ctlui des pierres gravées, tlont elles diffèrent 50US plusieurs ra[)ports, et vraisemblablement |.ar l'usage. Les cylindres sont de matière dure, naturelle ou artiticielle, basalte, jaspe, turquoise, hématite , lapis, agat'ie, porcelaine, terre cuite, etc., de ju-oporlions variant d'un à trois pouces de longueur, de quelques lignes à un ]iouce de diamètre, percés d'outre en outre dans le sens de la longueur, et dont la surface est couverte de figures et d'inscrij'tions. On connaît des cylindres égyptiens et |)ersépolitains. On les trouve en Egypte et dans la Bai)ylonie : l'origine de ce genre d'amulettes n'est pas encore bien connue. On les croyait particulières aux Perses ; on a trouvé en Egypte des cylindres portant des ligures égyptiennes et des inscri[)tions persépolitaines , ce qui ne contredirait pas l'opinion générale sur leur origme, ces objets ayant pu être fabriqués en Egypte sous la domination des Perses. Mais on a recueili des cylindres purement égyptiens,de matières travaillées parles Egyptiens , c uverts de ligures et d'hiéroglyphes égyptiens et portant des noms de rois égyptiens antérieurs de [«lusieurs siècles à l'invasion des Perses en Egypte. Ces monuments, dit M.Champollion-Fig^ac, paraissent donc être a'invention égyptienne, et ils auront pu passer à d'autres peuples comme les scarabées. Les cylindres égyptiens portent des figures de dieux, avec leurs noms en hiéroglyphes ; on y trouve aussi des cartouches où les noms royaux sont inscrits. Les cylindres persépolitains offrent des sujets tirés de la religion persane, accompagnés d"inscri|it:ons en caractères qu'on a.l)elle cunéiformes, parce que l'alphabet de ce caractère se réduit à un seul signe ayant la forme d'un coin ou triangle allongé ; se combinant en divers sens et en nombres divers, il forme toutes les lettres de cet alphabet, qui n'est ] as encore entièrement connu. Quel juefois les cylindres de cette espèce ne portent que des inscrij.tions. Ils n'en sont ras moins intéressants pour l'histoire et pour l'archéologie.
Au moment où 0. Muller écrivait son Archéologie, les savants connaissaient peu de statues et de sculptures de l'antique civilisation assyrienne. Aujourd'liui nous avons à Paris un musée très-riche d'objets d'art provenant des environs de Ninive et dusaux découvertes de M. Botta, consul de France èi Mossoul. Nous aurons occasion d'en parler ailleurs. L'archéologue allemand re.j;ardait les cylin ires connne émincnmieul propres à donner une idée du stylo de l'art
babvloruen. Nous avons, en eîTet, une quantité innombrable de pierres gravées ou cylindres, trouvées dans les environs de Habvlone, princi])alement à Borsippa, on il exisla assez tard une école chaldéenne célèbre. Ces cylindres, bien que l'usage en ait passé des Chaldéens aux Mazes, et «le la religion de Baal au culte d'Ormuzd, doivent néanmoins être expliiiués et interprétés surtout h l'aide des mœurs et des usages babyloniens auxquels, suivant beaucoup d'auteurs, ils doivent leur origine; opinion contraire à celle de M. Champollion-Figeac. On y reconnaît encore , selon toutes les apjtarences, quelques-unes des principales div nités du culte babylonien, qui nous est, du reste, trop peu connu dans son ensemble, pour proposer d'essayer un système d'interprétations et d'explications complètes. Le travad de ces cylindres est d'un mérite très-inégal , consistant souvent presque exclusivement en cavités rondes , quelquefois exécuté avec élégance. Le st. le du dessin rappelle tout à fait celui des monuments de Persépolis.
On peut voir des figures et des descriptions de cylindres et de cachets babyloniens dans le Recueil de Caylus; dans le Worwelt, Monde primitif, d'Herder, œuvres complètes publiées ]^ar Cotta, vol. I, pag. 3i6; dans Tassie, Catal. de pierres gravées, pi. IX-XI ; dans les Mines de iOiient, III, pag. 199, planch. II; IV, pag. 86 et 156; dans Ousely's, Travels, tom. I, pi. XXI ; III, pi. 59; Dubois, /'irrci égyptiennes et personnes; Dorow's , Morgenl., Antiquités orientales, I cah. pi. I; J. Landseer's , 5abœnn Rescarches ; Guigniault , pi. XXI-
Les figures et les emblèmes des divinités s'employaient quelquefois en guise de joyaux suspendus aux colliers, ou bien isolément en guise de pendants d'oreilles ou d'agrafes placées sur la poitrine. Cela me rappelle, dit Rosellini, une expression du prophète Isaïe, lorsqu'il prédit des humiliations à la vanité et à la luxure des fdlcs de Sion [Chap. m). Entre autres parin-es et ornements dont Dieu les dépouillera au jour de la vengeance, le prophète nomme les bandeaux," les boucles d'oreilles et certains autres joyaux appelés dans le texte dune expression qui signifie littéralement maisons de l'âme. Les interprètes anciens et modernes ont traduit diversement cette expression figurée; la Vulgatc, suivie par la jtluparl, traduit olfactoriola (| etits vases renferniant des essences odoriférantes), et de celte façon on donnerait au mot hébraïque le sens de Ijarfums. Mais, je doute que ce soit là l'idée (pic le prophète entendait exprimer par ce mol, cl il me semble que si telle eût été s n intention il se fût servi du mot qui signifie proprement les exhalaisons légères et volatii(^s des substances od(iriférantes. Je suis di)nc disposé h croire qu'il est ici question (Piiiio amulette égy|itienne exprimant le nom de la Vénus égypliennc Allier ou Alhyr, cl
ANA
ANA
qui pour cette raison était au nombre des parures les j)lus agréables aux femmes. La l'orme de cette amulette est rimajj;e d'une maison dans laquelle se trouve l'épervier, emblème de IJonis, ce qui exprime d'une manière figurée le nom même de la déesse à laquelle l'amule'.te se rapporte, nl-hur , atUvr, c'est-h-dire, habitalion d Ilorus. Maintenant il faut savoir que la figure de i'épervier (représenté 1j plus souvent avec une tôte humaine, mais aussi quelquefois avec sa tète naturelle d'oiseau), est en môme temps le signe ordinairt' indiquant rdme fiuinnine; doù il résulte que l'expression hébraïque maison de l'dme appliquée à un joyau représentant la forme du nom de la déesse égyptienne Àthor, est une chose entièrement conforme à l'image et à la signification do l'objet représenté. 11 n'est donc pa^ éloiinant que les femmes hébraïques, dans leurs dérèglements, aiejit cherché à se parer d'ornements étrangers, imités et aciietés en pays étranger, et que les abominations de la somptueuse Egypte se soient trouvées parmi ces ornements.
Cetie note curieuse est empruntée au grand ouvrage de llosellini sur' les monuments et les hiéroglyphes de l'Egypte. On trouve dans ce savant ouvrage plusieurs eil'iications (.'e certains passages de la Bible, de certaines coutumes du peuple juif, fournies par l'interprétation des hiéroglyphes.
ANAGLYPHES. — Les ancens appelaient uinsi tous les ouvrages ciselés, tailUs ou relevés en bosse; ce qu'on nomme aujourd'hui les ouvrages en relief. On appelle camées les pierres gravées que les anciens nommaient unajh/pltes, parce qu'elles sont travaillées en relief, par opposition aux intailles qui sont gravées en creux. Voy. Ca>iée.
ANALOGIE. — Comme toutes les sciences d'observation, l'arc; léologie invoque souvent l'analogie pour appuyer ses jugements et ses appréciations. 11 arrive fréquemment, dans l'étude des monuments anciens, à l'antiquaire laborieux, de ne pas trouver, dans les documents historiques écrits, des renseignements précis sur certains édilices, sur c 'rtains mijnumeuts , de quelque nature qu'on les suppose. 11 n'en découvrira l'âge, il ne déterminera l'époque et l'école à la- (juelle il appartient ; il n'en connaîtra bien exactement les qualités artistiques, qu'en usant de la comparaison et de l'analogie. Plus la science fera de progrès, plus les documents historiques écrits seront nombreux, mieux ils seront connus, plus l'histoire locale sera étu;iiée dans ses sources, plus on publiera de chartes et de pièces historiques provenant des abbayes, des collégiales et des cathédrales; plus aussi les jugements de l'archéologue seront assurés, sans qu'il soit forcé de recourir à I analogie. 11 est évident que l'argument d'analogie ne saurait avoir de valeur cpi'en l'absence des témognages écriis da l'iiistoire. Mais nous devons ajouter que dans un grand nombre de cas l'alicdogie gu dtTd rauti(iuaire dans rai>[!iica-
tion des documents écrits h la déterminalion de l'Age des constructions du moyen âge. C'est laute d'avoir usé des ressources de l'analogie que certains auteurs ont commis de si grossières erreurs en attribuant certaines églises, ou certaines portions d'églises, à une époque beaucoup trop recul e. Les écrivains des deux derniers siècles, et même du commencement du siècle actuel, ne font pas difliculté de rapporter aux siècles de l'établissement primitif du christianisme dans les Gaules des monuments où domine l'ogive, quelquefois même où elle se montre accompagnée d'ornements nombreux, tels qu'on les exécutait au xv° siècle et au commencement du xvi'. Quand ils avaient prononcé le nom de gothique, il leur semblait sans doute qu'ils n'avaient plus à s'inquiéter du style qui régnait dans les diverses parties de l'édifice; et, sous leur plume, on voit se placer, sans scrupule, les mots de carlovingien, de lombard, de normand, de gothique, de gothique ancien, de tudesque, de saxon, etc., etc., sans qu'ils aient conscience de leur signification. L'analogie seule peut guider en cette matière et jeter la lumière sur les questions obscures.
Quand nous lisons dans nos plus anciens chroniqueurs que telle église fut fondée par tel évêque, il s'agit le plus ordinairement de la fondation première de cette église, et non de la construction de lédifice dans son état présent. C'est ainsi que la plupart de nos églises paroissiales de Touraineont été attribuées aux évoques prédécesseurs de notre saint Grégoire de Tours. Il a été commis de la SOI te d'étranges anachronismes. Par quel moyen redresser les erreurs des historiens ? Par l'analogie.
L'architecture, au moyen âge, a suivi une marche uniforme. Elle présente à des époques déterminées des caractères nettement tranchés et tellement précis qu'on ne les rencontre jamais ni à une époque antérieure ni à une époque postérieure. Si l'archéologue, instruit de ces diverses phases de développement, vient à rencontrer un monument sur lequel l'histoire garJe un silence absolu, ne peut-il pas en reconnaître, à première vue et à l'aide des caraclères distinctifs, l'origine et ce que l'on pourrait appeler la filiation arlislique ? Or, c'est là précisément ce que nous nommons l'analogie architectonique.
On admet universellement que l'architecture s'est développée en France avec certaines modifications [)ropres à certaines provinces. C'est ce que les auteurs ont reconnu et ce qu'ils ont désigné sous le nom d'écoles ou zones arche ologiquefi. Comment a-t-on réussi à caractériser ces différentes écoles? n'estce pas encore par la comparaison et l'analogie ?
Nous ne saurions trop insister sur ces considérations, quelque simples et éviden es qu'elles paraissent, parce que l'oubli de ce grand principe de l'analogie a entraîné des cs(irits distingu<''S dans les plus graves erreurs. Il est certain svilèûie, par exeiople,
ANA
par lequel on pré end (s'ablir que rarchiîecture à o;4iv('S a pris naissance daiis la h;isse Normandie dès le milieu du xr siècle, et(]ui est ruiu<'' de fœid en comble par l'argument irrésisliMe de l'analogie. (Ko//. Age des mo- M'MENTs.) Nous l'avons employé pour combattre les idées systématiques dévolopi ées par .M. l'abbé Delamarre, dans son grand Mémoire sur la calliédralc de Couiauces. M. L. Vitet, dans son beau livre sur la calliédralc de No; on, la mis en parfaite évidence, avec une justesse de raisonnement et une élégance de style qui emportent la conviction des plus obstinés. Nous en citerons seulement quelipies lignes :
« Pour déterminer api'roxiraativementràgo d'un monument antique, il suffit, tout le monde le reconnaît, d'examiner le monument lui-même. Vous découvrez sur le sol de la Grèce ou de l'Italie les débris d'un édifice dont Pausanias ni Pline n'ont jamais fait mention, dans un lieu dont aucune trailition na conservé le souvenir, et à la seule insjiect:on de ces fragments, selon que les moulures ou les protils atfectent telle ou telle forme, selon que la pierre et le marbre sont taillés ou appareillés de telle ou telle façon, vous prononcez avec une sorte de certitude que l'éditicecst du siècle de Périclès ou de celui d'Alexandre, qu'il appartient au temps de la république ou à l'époque des empereurs.
« En peut-il être de môme pour les monuments du moyen c1ge? Portent-ils aussi sur leur front, pour ainsi dire, la date de leur naissance ?
« On commence à le croire aujourd'hui ; mais l'épo jue n'est pas éloignée où l'opinion contraire était , chez nous, universelle et incontestée. Il était passé en force de chose jugée que jamais aucune règle, aucune méthode , n'avait i résidé à la construction des monuments du moyen âge; que depuis la chute de l'empire romain jusqu'à la Kenaissance, depuis Clovis jusqu'à François I", le hasard avait seul, en France, dirigé l'art de bâtir, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre; que, par conséquent, le môme lieu, la môme année, avaient dû voir souvent s'élever des monuments entièrement différents, tandis que des monuments identiques pouvaient avoir été construits à plusieurs siècles d'intervalle et aux deux extrémités du royaume ; que, dès lors, on ne devait attribuer spécialement à aucune époque aucun caractère déterminé, et qu'l fallait se garder do jamais chercher à classer dans un ordre chronologique les monuments du moyen âge.
« Celte opinion n'était pas seulement une tradition, une routine datclier; elle était professée par les maîtres de la science. Le criticjuc éminent qui, dans l'étude de la sculpture anti(iuc, a complété l'œuvre de Winckelmann, (|ui a développé les [)rincii)cs tliéori(iues et prati(iucs de l'architecture des anciens avec une si savante précision, M. Qua- Iremère de (Juincy, n'a laissé échapper aucune occasion de proclamer dans ses écrits i^ue rarchilccluie du mo^-en âge n'est pas