‹ Dictionnaire d'archéologie sacréeChapitre 57 sur 195 · AI · texte numérisé non relu

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naturel à riioinme. Sans juger jusqu'h quel {loiat le sYslèinc d'arcades sur les colfinnci est admissible comme boimc construction ou comme forme architecturale, nous ferons remarquer que ce type inventé ou ado[)té par les architectes clinUiens , est celui (jui servit de base à l'architecture byzantine , puis, par suite, à rarchitecturc romano-byzantine et h celle dite gothi(]ue, et qu'après avoir été accepté par les maîtres de la Renaissance, il est parvenu jusiju'h nous sans avoir jamais été abandonné, l'oy. Arcade.

Un architecle a dit avec raison qu'en architecture un arc n'est rien autre chose qu'une voûte étroite ou resserrée , et qu'une voûte n'est qu'un arc dilaté.

Dans la grande Encyclopédie, on voit exposés dansplusieurs théorèmes, dus h Henri Wotton, la doctrine et l'usage des arcs.

1° Supposons différentes matières solides, telles que les briques, les pierres, qui aient une forme rectangulaire : si on en dispose plusieurs h côté les unes dos autres , dans un môme rang et de niveau , et que colles qui sont aux extrémités soient soutenues entre deux supports , il arrivera nécessairement que celles du milieu s'atfaissoront , môme par leur propre pesanteur, mais beaucoup plus si quelque poids pose dessus ; c'est pourquoi, afin de leur donner plus de solidité, il faut changer leur ligure ou leur position;

2* Si l'on donne une forme de coin aux pierres ou autres matériaux , qu'ils soient plus larges en dessus qu'en dessous, et disposés dans un môme rang do niveau avec leurs extrémités, soutenues comme dans le précédent théorème, il n'y en a aucun qui puisse s'alfaisser, h moins que les suj)ports ne s'écartent ou ne s'inclinent; parce que, dans cette situation, il n'y a pas lieu à une descente perpendiculaire : mais ee n'est qu'une construction faible , attendu que les supports sont sujets à une trop grande impulsion, particulièrement quand la ligne est longue : ainsi, l'on fait rarement usage des arcs droits, excepté au-dessus des j ortes et des fenêtres où la ligne est courte : c'est pourquoi, afin de rendre l'ouvrage plus solide , il faut non - seulement changer la figure des matériaux, mais encore leur position.

3° Si les matériaux sont taillés en forme de co'n, disposés en arc (.irculairo et dirigés au même eewtre, en co cas aucune des [)ièces de l'arc ne pourra s'affaisser, puisqu'elles n'ont aucun moyen de descendre perpendiculairement, et que les sujiporls n'ont pas à soutenir un aussi grand effort que dans le fas de la forme précédente; car la convexité fora toujours que le poids cpii pèse dessus portera plutôt sur les s qip.orts cpi'il ne les

I)0ussera en dehors; ainsi, l'on peut tirer do h ce corollaire, que le plus avantageux do tous les arcs dont on vient de parlrr est l'arc demi-circulaire , et que de toutes les

voûtes rhémisphéri(pie est préférable. Voy. VoÛTi:.

lY.

Presque toutes les formes de l'arc cnt été employées dans le cours du moyen ^ge.

Mais les deux périodes principales de l'architectiire religieuse sont caractérisées par l'emploi de l'arc plein cintre et de Varc ogival. C'est h la prédominance de ces formes caractéristiques que l'on reconnaît au premier coiqi d'oMl les monuments qui appartiennent aux deux grandes divisions généralement admises par les archéologues, et qu'on désigne sous le nom de période roniano-byzantine et de période ogivale.

Indiquons mointenant les diverses espèces d'arcs usités dans les édifices au moyen âge, depuis le v' siècle jusqu'au xvi' et à la Renaissance.

La pinte-bande ou arc droit, ainsi que nous l'avons déjà ci-dessus indifjué d'après Henri Wotton, c'est la réunion de jdusicurs claveaux destinés h. remplacer un linteau d'une seule pièce ; l'intrados qu'ils forment est horizontal.

Les plates-bandes sont extrêmement rares au moyen âge , dit A. Berty, parce que les baies carrées étaient contraires au génie architectural de l'époque. On ne retrouve, en eîret , qu'un petit nombre de ces dernières baies. Ce n'est guère que dans les fenêtres des châteaux et aux portes pratiquées dans les portails qu'on en rencontre ; et encore, dans l'immense majorité des cas , elles no sont point couronnées par de véritables plates-bandes, mais bien par des linteaux d'une seule pièce et portant des deux bouts. Presque toujours, dans les portails, ces linteaux, surmontés d'arcs en décharge , ne su])portent que les pierres peu épaisses sur lesquelles sont sculptés les bas-reliofs du tympan de l'arcade; dans les fenêtres des châteaux, c'est l'élroitesse des baies qui assure la solidité des linteaux.

La coupe des voussoirs des plates-bandes romano -byzantines est généralement fort compliquée. Nous devons signaler comme fort curieuse sous ce rapport une porte construite au moyen âge dans l'épaisseur des murs d'enceinte de l'époque gallo-romaine h Tours. La disposition des pierres était fort ingénieuse, et on ne connaît qu'un très-petit nombre d'exemples en ce genre.

L'arc angulaire ou brisé, aj'pelé fiuelquefois par lis Anglais arc rampant, est formé do deux parties droites, inclinées eemmeles deux côtés d'un triangle. On en trouve des exemj îles en Angleterre dans les monuments anglosaxens , notamment aux fenêtres du cloclior de l'église deCooduestone près de 'NViughain. On en trouve également des exem| les assez nombreux dans l(>s monuments de l'Auvergne au XI' siècle. M. Malîay, dans sou ouvrage sur les églises romanis et romano-by^ zaïitinrs de l'Auvergne, en a ligure [-lusieurs. A Saint-Lticnne cle Nevers, l'une des plus curieusrs ronstructions de la période romano-byzanline soconJairc, on vc.it. plusieurs

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arcs de nième foraie : on on voit également au clocher de Saint -Saturnin ou Cernin de Toulouse. C'est improprement que l'on donne le nom d'arc à cette forme toute primitive et empreinte d'une sorte de cachet barbare : quelejucs auteurs l'ont désignée sous le nom d'arc en mitre ou d'arc en fronton.

L'arc plein cintre, ou l'arc roman, emprunté h la dernière i)ériodc de l'architecture romaine , est formé de la demi-circonférence d'un cercle. C'est l'arc le plus communément usité dans les monuments religieux jusqu'à la fin du XI' siècle. Au xii" siècle, il est em- ])loyé, pendant quelque temps, concurremment avec l'ogive , jusqu'à ce (pic celle-ci domine entièrement.

L'orc en fer à cheval, ou byzantin, est formé de plus de la moitié d'un cercle. Cet arc, que l'on voit dans nos monuments religieux dès le XI' siècle , n'est pas aussi rare qu'on ]'a prétendu. On en trouve des exemph^s assez nombreux dans le cenîre et dans le midi de la France. L'arc en fer à cheval est prolongé au-dessous du diamètre, soit par la continuation de la circonférence, soit par des droites suivant l'inclinaison des cordes de ces prolongations.

L'arc surhaussé est celui dont les retombées sont prolongées par deux verticales ; leur hauteur est variable, suivant le goût ou le besoin. On voit des arcs surhaussés à ogive au sommet , aussi bien qu'à plein cintre, et on en rencontre à toutes les époques , principalement aux endroits d'une construction, tels que les absides des églises, où les espaces , en se rapprochant , ne permettraient de tracer que des pleins cintres d'une hauteur insuffisante pour se raccorder avec les autres.

L'arc déprimé est un arc dont on n'a signalé jusqu'ici l'existence qu'en Angleterre; mais il n'est pas impossible qu'on en trouve aussi des exemples en France, dans quelques monuments romans contemporains de l'invasion anglaise, surtout dans les cryptes. Un archéologue anglais dit qu'il représente la figure que tracerait un homme ayant la

Eoitrine appliquée contre une muraille , les ras étendus et promenant, sans les fléchir, de chaque main, un morceau de craie sur cette muraille , jusqu'à ce qu'elles se rencontrent au-dessus de sa tête. Disons plus simplement que c'est l'image d'un arc plein cintre , dont le sommet aurait fléchi sous une forte pression, qui lui aurait fait contracter une légère courbure inférieure.

L'arc surhnissé est un demi-cercle tronqué

f>lus ou moins au-dessus de S:.n cintre. On e trouve dans les édifices du xi' siècle, concurremment employé avec l'arc plein cintre.

L'arc en anse de panier est la section d'une ellii)se dont le grand axe est horizontal. Nécessairement sa flèche est moindre que la raoilié de sa corde. Il se construit sur trois centres. Il ne faut pas con!ondre l'arc en anse de panier avec l'are aplati. Celui-ci, qui date du xii* siècle, où il apparaît rarement,

se montre fré(juemment au xV et au xvi' siècle : c'est un arc à quatre centres, déterminés par un carré abaissé de la corde de l'arc, dont les cùtés sont égaux au tiers de cette corde. L'arc en anse de panier se voit trèsrarement durant la pério le romano-byzantine : il a été fréquemment employé dans les monuments de la dernière époque ogivale, principalement à l'amortissement des portes.

iJorjive, l'arc aigu, ïarc en pointe , Vare gothique. Nous n'entrerons ici dans aucun détail sur l'origine de l'ogive et du style ogival : nous renvoyons au mot Ogive, nous bo:nant à faire connaître les diverses modifications de la forme élémentaire de l'arc ogival. L'ogive est un arc terminé en j)ointo à son sommet, et formé par deux lignes courbes qui SG rencontrent. On dis ingue : 1" l'ogive aiguë; 2° l'ogive équilatérale; 3" l'ogive obtuse; 4° l'iigive lancéolée; 5° l'ogive mousse ; 6° l'ogive à contre-courbe,

Uogive aiguë est celle dont la largeur est moindre que le rayon qui sert à la décrire. Les anli'iuaires français ont adopté, pour la désigner, le nom dé lancette, qui lui a été donné en Angleterre, à cause de sa ressemblance avec l'instrument de chirurgie ainsi appelé. La lancette est de toutes les ogives la plus forte ; elle a été peu employée dans les portes, qu'elle eût rendues trop étroites; elle a été réservée pour les fenêtres. Elle forme un des caractères principaux de l'architecture' ogivale primitive.

Nous devons noter ici que Vogive équilatérale, quoi qu'en disent les antiquaires an glais , auxquels nous empruntons la définition précédente, se montre dans nos édifices du xin' siècle , dont elle constitue le caractère le mieux tranché. Vogive aiguë paraît plus fréquemment au xii' siècle, et forme ce quo nous avons, sur le continent, nommé Vogive romane. Cette arcade, en eifet, est usitée dès le XII' siècle dans nos monuments de la phase de transition, et se trouve souvent à côté du plein cintre; quelquefois encore Voqive aiguë est formée par l'entrelacement des pleins cintres.

Par suite de nombreuses expériences faites dans nos plus beaux et plus purs monuments de style ogival , on est arrivé à ce résultat que Vogive à lancette n'est pas autre chose, communément , que l'arc en tiers point. L'expression empruntée aux Anglais avait donc besoin d'être modifiée : c'est ce qui a été fait, c'est-à-dire qu'elle a été appliquée chez nous plutôt à l'arc en tiers point qu'à Vogive aiguë. On peut consulter à ce sujet les ouvrages de M. de Caumont et des autres antiquaires français.

Vogive équilatérale est celle dans laquelle on peut inscrire un triangle à côtés égaux : on l'appelle encore arc ou ogive en tiers point.

Vogive obtuse est celle dont la largeur est plus grande que le rayon qui sert à la décrire. La forme en est dépourvue d'élégance. On la rencontre peu au xiii' siècle, où elle n'est

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eniplo/t'C que par iit'cessitii : elle est plus commune au xV ot au xvi' siècle.

Vogive à contre-courbe , au lieu de présenter une forme concave, en offre une convexe. Elle est rarement usitc-e dans les membres considérables d'une construction : elle €st employée plutôt dans les crédences et dans l'ornementation.

Vogive lancéolée est une o.^ive out epassée, c'est-à-dire gui va en se rétrécissant au-dessous de la ligne de ses centres. Ses rayons, comme ceux de l'ogive à contrecourbe, peuvent êtie plus longs que sa largeur, ou même l'ôtre autant ou moins. On n'en connaît qu'un petit nombre d'exemples. Il en est de même de Vogive mousse, (lui est arrondie à son sommet au lieu d'y former une pointe.

11 arrive quelquefois que les ogivei sont tronquées, c'est-à-dire (pie leurs centres sont au-dessous de leur naissance. Cette combinaison n'a lie.i qu'accidentellement, et elle n'est pas d'un heureux etfet. On {);'ut regarder comme appartenant à celte variété d'ogive les arcs aigus tronqués de la curieuse église d'Airvaux, au diocèse de Poitiers. Vogive surhaussée est gracieuse et commune.

L'arc en accolade, en talon, ou arc gothique prolongé, est décrit de quatre centres et .alternativement convexe et concave. 11 est propre au xv' siècle. Le sommet en est presque toujours surmonté d'un bouquet de feuilles épanouies ou de feuilles grimpantes, accouplées de manière à figurer une espèce de croix gothique. Il couronne ordinairement un arc surbaissé ou aplati, avec lequel il se fond par ses extrémités. Dans un pet t nombre de cas , cependant , il est isolé et il communique sa forme à l'intrados de la baie qu'il ferme.

L'orc en doucine est formé des rajmos éléments que le précédent, sauf que l3s lignes courbes sont en sons inverse. Son contour, au lieu d'avoir la forme u'un talon, a celle d'une doucine. L'arc en doucine est ex'rômement rare : il ne se voit qu'aux XV' et xvr siècles, surtout dans l'cnementation et dans les formes qui dépendent plus du caprice et de la fantaisie que des lègles et des exigences de l'architecture.

Varc Tudor est décrit également de quatre centres; c'est une sorte d'ogive surbaissée. 11 n'y en a que très-peu d'exemples en France ; l'usage, au contraire, en est fort commun en Angleterre, où il a commencé. {Voy. Style anglais.) 11 a reçu ce nom de la famille dos rois d'Angleterre qui était sur le trône au moment de son apparition et de sa plus grande fa\eur. Les antiquaires français, quoi qu'en disent certains auteurs, n'ont jamais confondu l'orc Tudor avpc l'arc surbaissé proprement dit : la différence cntr.; ces de.ix formes d'arc est tellement sensible et si bien caractérisée, qu'il est h peu jirès im[)Ossible de les confondre.

A]>rcs avoir cnunicié et décrit lt>s prin-

cipales formes et modifications des arcs, nous devons brièvement indiquer quelques autres formes moins communes que les précé lentes et n "'anmoins fort curieuses.

L'orc polylob% c'est-à-dire composé de plusieurs portions do cercle, ordinairement en nombre impair. Cet arc, d" forme singulière, se rencontre à la fois dans les monuments de la période romano-byzantine et dans ceux do la période ogivale". La différence la |»lus notable à signaler, c'est que, durant la |)éroie ogivale, les arcs j)olylobés donnent très-rarement leur forme aux intrados des baies ; ils sont ordinairement surmontés d'une ogive qui les encadre et dont ils ne sont que l'accessoire. Dans l'architecture de la période romano-byzantine, certaines arcades polylobées ont leur intrados véritablement découpé. On en observe des exemples dans des monuments du xi* et du xii"" siècle : j'en ai vu plusieurs dans quelques églises du diocèse actuel de Nevers, notamment à Prémery et à la Charitésur-Loire.

A la même époque, c'est-à-dire, durant les deux derniers siècles de la période romano-byzaii!ine, on trouve aussi des arcs dont l'intrados est découpé en zigzags.

Cette forme semble avoir été d 'terminée par les ornements ou chevrons brisés qui en décorent l'archivolte.

Enfin, on trouve au xir siècle et très-fréquemment au XIII' une plate-bande soutenue de chaque côté par une sorte de corbeau : c'est ce qu'on appelle arc droit en encorbellement. Cette forme se rencontre dans les monuments du centre de la France si souvent qu'il serait superflu de nommer des éditicos en particulier.

Varc flimboyant ou contourné, qw'i n'ajiparait guère que dans les découpuces des balustrades, des pignons à jour et des tympans des fenêtres du xvi' siècle, imite, par ses inflexions, une flamme tantôt droite, tantôt renversée.

L'arc extradossé est celui dont tous les voussoirs sont d'égale longue ir, de sorte que son int ados et son extrados soient des courbes conCi'nlri(pies.

On appelle arc rampant celui dont les naissances sont placées à des hauteurs inégales; ce qui lui donne une forme parabolique : ou trouve des arcs rampants à la plupart dos arcs-boutants.

On afipelle arc renversé celui dont lo sommet est en bas, au lieu d'être en haut, comme cela a lieu d'ordinaire. Cette espèce d'ac peut être faite ensuivant diverses courbures, et on peut lui donner toute sorte de modilicatioiis. Les arcs renversés sont em- })loyés pour relier deux piliers entre eux, ou [)0Uir augmenter leur solidité en donnant naissance à une base plus large. Dans la cathédrale de Salisbury, en Angleterre, on voit des arcs de ce genre fort rema."- (pialilos ; ils sont en ogive et ils surinonient d'autres arcs (|ui sont dans une position naturelle. On en voit aussi à Wilh ; mais ces arcs ne in-oduisenl jamais unelfet agréa-

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ble ; la nécossité soûle peut les faire excuser.

Varc en décharge est construit en piorres ou en briques, au-dessus d'un linteau, d'un \ide quelconque, ou môme dans l'épaisseur d'un mur plein, pour diviser le poids d'une construction supérieure, ou le faire porter sur des points d'appui plus résistants.

ARC-BOUTANT. — En voyant la disposition intérieure de nos grandes é^^lises du m(.\yen âge, où les voûtes semblent n poser sur' de frôles appuis que la moindre tempèe paraît devoir ébranler et rcnve.ser, l'imagination serait ellrayée, si la raison n'était pas satisfaite par mille précautions de solidité qu'elle devine sans que l'œil en puisse découvrir les ingénieuses combinaisons. Les hautes murailles des nefs majeures des cathédrales, percées de nombreuses et larges fenêtres, paraissent trop faibles pour porter le poids de voûtes en pierre d'une immense portée : mais l'architecte a su, par un artitlce admirable, ménager en dehors de l'édifice des points d'appui robustes qui empêchent tout accident. Les contre-forts et les arcs-boutants soutiennent les murailles et viennent les fortifier précisément à l'endroit oh la poussée des voûtes tendrait à produire un écartement. C'est ici que nous ne saurions trop louer le génie inventif.des artistes chrétiens du moyen âge. En architecture toute forme nécessaire à la solidité doit être franchement accusée, et le triomphe de l'art est de transformer en ornements les objets indispensables à la construction. Inventer des formes uniquement pour la décoration, est le propre des époques de décadence. Les architectes du xiii* siècle étabhrent les contre-forts et les arcs-boutants qui entourent leurs monuments de manière à produire un effet imposant. Quand on regarde à distance une de nos cathédrales, on est étonné de la majesté de la masse et du mouvement des longues lignes des contre-forts et des grands cercles des arcs rampants. L'abside de la cathédrale de Tours, par exemjile, est particulièrement remarquable par l'heureuse distribution des Ugnes architecturales nécessitées par l'établissement des eontre-forts et dos arcs-boutants. Qu'on la considère de l'extrémité de la place Grégoire-de-Tours, et l'on comprendra qu'il serait impossible de produire un effet aussi grandiose si la construction était simple et nue, comme cela a lieu dans les monuments antiques ou dans les monuments modernr>s. Quelle différence, en effet, entre les flancs de Notre-Dame de Paris et ceux du Panthéon 1 Comme les premiers sont animés et vivants, . et les seconds froids, sans vie, sans mouvement, sans élégance, sans variété 1

Peur remplir l'objet çle sa destination, l'arc-boutanl forme une arcade semi-séculaire ou ogivale, appuyée sur un vigoureux contre-fort d'un côté , et de l'autre côté sur la partie de la muraille qui a besoin d'être consolidée. L'arcade, au lieu d'être semiséculaire ou ogivale, se réduit quelquefois tt un quart de cercle ou dessine un arc ram-

pant ou une portion d'ellipse. Dans le langage vulgaire orî confond souvent l'arc-boutant avec le contre-fort. {Votj. Contre-fort.)

L'are-boutant a été introduit dans la construction des églises en même temps que celle des voûtes ogivales à large portée. Ce q li avait empêché les architectes de la période romane de construire des voûtes soli;les, c'était surtout la difliculté d'arrêter récartenient des murailles poussées au dehors par le poids des voûtes en pierre. L'art de bâtir les voûtes fit un double et immense progrès, au xii' siècle, par l'emploi de l'ogive dans toutes les courbes q ii la constituent et par l'établissement des contre-forts et des arcs-boutants à l'extérieur. Au xii" siècle, et au moment de son apparition, l'arc boutant affecte la forme du plein-cintre plus ou moins tronjué. Durant la période ogivale, il prend la direction de l'arc rampant, et dans certains édifices du xv' siècle il a la forme ogivale.

Timide au xu' siècle, il prend bientôt un immense développement; dès le xni' siècle, il reçoit ciuelquefois des ornements il l'intrados et quelquefois il est renforcé par des arcades et des colonnes qui l'embeîiissent en môme temps. D'autres fois c'est son extrados, qui est ainsi décoré ; mais le plus souvent cette élégante décoration est remplacée par un mur plein, s'il a peu de hauteur, ou allégée par des ouvertures, s'il a une élévation assez considérable. L'arcaturo ou le mur est toujours couronné d'un bahut rampant, quelquefois orné, sur son arête, de fleurons ou de crochets, mais presque toujours creusé en caniveau pour l'écoulement des eaux pluviales des grands toits.

Plus les églises s'élèvent, plus les arcsboutants acquièrent d'imporlance: ainsi, l'on en voit deux placés l'un au-dessus de l'autre, si la voûte est tron élancée et les pleins des murs trop faible^. Ailleurs, l'édifice est entouré d'iui double rang d'arcs-boutants et de contre-forts dont l'extérieur sert à contrebouter l'autre. Il arrive encore que, dans le dernier cas, les contre-forts intérieurs de l'abside sont contre-boutés chacun par deux arcs extérieurs, convergents de manière que leur disposition relative figure sur le plan des Y dont le pied touche à l'église. On voit cette disposition à l'abside de la cathédrale du Mans.

On a eu le mauvais goût et l'imprudence à la fois, dit M. Schmit, auquel nous ayon:> emprunté quelques-unes des observations précédentes, d'établir, vers la fin du xvi' siècle, des arcs-boutants à contre-sens, c'est-àdire, ayant la concavité de la courbe en dessus.

ARC DE CLOITRE. (Toy. Voûte.)

ARC DE TRIOMPHE.— I. Dans les anciennes basiliques c retiennes, l'arcade qui précède immédiatement le sanctuaire était ornée de sculptures et de peintures à fresque. On y représentait ordinairement les mystères glorieux de la vie de Notre-Scigneur : quelquefois aussi e.n y figura plus tard les principales scènes de la Passion. On voit en-

core en Italie dans qweiiiues basiliques an- . tiques, et dans un j^rand nombre d'églises îplus ou moins anciennes, le triomphe de Jésus-Clirisl peint dans ci'tte i)artiede Tcdilice. Le Sauveur, as.^is sur un trône, tien^ un livre d'une main et bvnit de l'autre. Il est aecomi'aiiné des quatre évarigélistes ou d'autres saints |)crsonnages, selon la dédicaGC des églises ou selon la dévotion partieuliére des lieux. C'est h cause de cela qtie cette arcade a reçu le nom d'orc de Iriomphe. Dans la plupart de nos églises et jusqu'au fond des plus humbles villages, la tradition de l'arc triomphal s'est per[)étuée jusqu'à nos jours. A l'arc de triomphe on a suspendu un grand crucifix qui domine l'assemblée entière des fidèles. En Angleterre on élevait autrefois au-dessous de cette mémo arcade une espèce de clôture en bois, en pierre ou en métal, richement travaillée, que l'on appelle rood-screen. On l'a rétablie dans toutes les églises catholiques, et les architectes religieux ne manquent jamais de l'élever dans leurs constructions nouvelles. Au centre du rood-screen et sur un support élégamment sculpté, est placé le crucifix, ordinairement accompagné de la sainte Vierge et de saint Jean l'Evangéliste. Celte disposition est mieux en rapport avec la traditif n primitive de l'arc triomphal que les jubés, qui étaient jadis fort communs en France et dont les magnifiques débris nous font aujourd'liui si amèrement déplorer la perte. Quoique les jubés soient communément surmontés de la croix ou d'un crucitix, ils sont formés d'une construction trop compliquée et trop importante pour répondre entièrement au léger et délicat roorf-.^crem des Anglais. Nos jubés répondent plutôt à l'idée de l'ambon antique, modifié dans les siècles du moyen -âge où l'on cherchait à leur donner une destination nécessitée par de nouveaux besoins. Yoy. Ambox, Jubé, Chaire.

Les anciens ont élevé un grand nombre d'arcs de triomphe pour consacrer le souvenir des hauts faits des empereurs et des généraux vainqueurs : quelques-uns durent leur origine à la Uattcrie et à la bassesse des courtisans. Nous n'en devons pas entreprendre la description : cet ol)jet ne rentre pas dans celui de notre ouvrage. Nous donnerons seulement quelques détails sur l'arc de Titus à Rome, oii l'on voit des bas-reliefs relatifs à la guerre de Judée et à la destruction de Jérusalem. Nous finirons en faisant coni:aitre com- 'Bûent les arcs de triomphe d'Autun et de Langres ont exercé une forte influence sur le style d'architecture employ(^ dans ciuelques-uns des principaux monuments de la liourgogne.

L'arc d ' Titus est le plus considéralile, à Rome, a;.rôs ceux de Septime Sévère et de Constantin. 11 estcomposéd'une seule arcade, et c'est le pr.'iDier où l'on voie employé l'ordre composite. Il fut composé ai)rès la mort de l'empereur Titus, qui y est ap|)elé div >$ et dont on voit i'u])otnéose au milieu do la

voiHe. « BAtis sur les frontières du monde ancien et du monde nouveau, dit M. l'abbé (iaumc, h l'époque où le judaïsme et le [)aganisme disput.iiint à l'Eglise naissante Ttin- I ire do l'iiumanité, ces trois monuments, l'arc de Titus, l'arc do Constantin et le Coiisée, indcslruetiblc soudur ' de l'histoire profane et de l'Iiist'.-ire chrétienne, immortalisent, avec le nuui des trois puissances belligérantes, et l'existence, (t les moyens, et le succès de la grande lutte. Le premier ([ui frappe les regards, c'est l'arc do Titus; il redit dans sa double inscription, gravée juar des mains romaines, l'autifpie prophétie de Daniel, hi déicide du Calvaire, le |)rince étranger venu à la tète de son armée, détruisant Jérusalem et le temple et emmenant captifs les enfants d'Israël ; il dit encore l'issue de la lutte engagée par ce peuple contre le Christ en personne, et montre h toutes les générations l'effet de cette parole déicide : Que son sang soit sur nous < t sur nos enfants I »

On voit la (U'scrii)tion des plus Ci'lèbres arcs de triomphe de l'antiquité dans un grand niimbre d'ouvrages. On peut consulter h ce sujet l'ouvrage de Bellori, celui de Suarès, ainsi que Montf'aucon, VAnii'iuilé expliquée par les monuments ; Histoire de l'art par les monuments, par SéroiiX d'Agincourt.

• La France méridionale offre plusieurs arcs de triomphe antiques. On ne voit plus que les ruines de ceux de Cavaillon et de Carpentras. Celui de Saint-Remi est plus entier ; il n'a qu'une seule arcade, au-dessus et aux deux côtés de laquelle sont placées des victoires. Sur le pont antique de Saint- Chama, entre Aix et Arles, sont deux arcs de triomphe, aux deux extrémités du pont. Mais le plus beau monument que la France possède en ce genre est l'arc d'Orange, qi;e l'on croit, sans aucune certitude, être celui de Marius, érigé en l'honneur de sa victoire sur les Cimbres, les Teutons et les Ambrons. Ce qu'on appelle à Reims la Porte de Mars, dont les colonnes sont engagées dans les murailles de la ville, n'est autre chose que les restes d'un arc de triomphe h. trois portes, érigé, suivant l'opinion commune, en l'honneur de Jules César ou de Julien.

En décrivant la cathédrale de Langres dédiée h saint Mammès, plusieurs auteurs ont avancé qu'on y voyait des fragments remar(pu\bles d'arcliiiecture anliiiue, et rntre autres objets des ornements arrachés h un temple païen consacrée Jupiter Ammon. i'.n qui a donné naissance h cette fable, co sont les colonnes ornées de tètes de béliers et (lo chapiteaux corint!iiens , telles iju'elles existent dans la région absidale. Cette décoration, qui ne remonte pas au delà du xr siècle, a été exécutée sur le modèle de l'arc de triomphe qui se trouve encore dans les anciennes murailles de la cité. Plusieurs écrivains ont parlé de cet arc de triomiilie en cherchant a faire connaître l'influence qu'il avait eue sur liinaginalion des architectes constructeurs de la cathédrale; nous-mème, nous l'avo'is fait dans notre Archéologie chrétienne, en indi(]uant les divor:>cs

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écoles qui régnèrent en France aux mômes périodes arGhitectoniqiies dans le cours du moyen ûge. Nous avons déjà publié, dans les Cathédrales de France, pag. i5-2 et suiv., la description de l'arc de triomphe de Langres, description empruntée à un travail savant de M. Luquet, alors architecte à Langres, depuis prêtre et évoque d'Hésébon in parlibus infidelium.

Le seul grand monument de l'époque gallo-romaine consei-vé à peu près inlact dans la ville de Langres est l'arc de triomphe enclavé dans la muraille du rempart, entre les portes du Marché et de Saint-Didier. Cet arc regarde le nord-ouest, et termine la voie romaine qui de Langres se rendait au camp de Sainte-Germaine, près de Bar-sur-Aube. La beauté de cet arc, qui, presque dépourvu d'ornements, frappe au premier coup d'œil par l'élégance de ses proportions, a fixé l'attention de tous les antiquaires qui ont pu l'observer ; cette même élégance leur a fait regarder comme erronée l'opinion traditionnelle qui en assigne la construction au commencement du iV siècle. Mais une observation qui n'a pas été faite, c'est qu'à l'inverse de presque tous les autres monuments, cet arc perd à être dessiné, surtout géométriquement ; ce qui tient, sans doute, à des conditions de perspective.

L'arc, tel quil nous reste aujourd'hui, est à peu près complet sur la face extérieure, à l'exception de l'attique, qui n'existe plus depuis un temps immémorial. La décoration se compose de cinq pilastres corinthiens, dont deux à chaque extrémité et un dans le centre, séparant deux grandes arcades d'égale hauteur entre elles. Des cinq chapiteaux trois sont bien conservés. L'architrave est également bien conservée, à l'exception de quelques parties détruites pour pratiquer des meurtrières et des embrasures; la frise était ornée d'armures sculptées en demi-relief et formant une suite continue de faisceaux où l'on remarque surtout des boucliers de différente forme. Dans la corniche très-dégradée, à peine peut-on distinguer quelques moJillons mutilés, des oves et des denticules à peine indiqués, dont la découpure est loin de la pureté et du relief des beaux temps du haut empire.

Les arcades sont accompagnées d'archivoltes bien nettes encore et d'une belle exécution, reposant sur des impostes profilées du côté des pilastres comme à l'intérieur des arcades ; ces impostes sont, en outre, suj)portées par une sorte de pieds-droits ayant la même largeur que l'archivolte, mais dont la saillie est peu sensible. Cette disposition indique encore une époque qui s'écarte déjà du beau style de l'art romain. Une autre imposte profilée de chaque côté se continue entre les pilastres ; les cannelures qui décorent ces derniers sont pleines dans la partie inférieure, et ne sont pas très-profondément senties. Les feuilles des chapiteaux ne sont pas non plus découpées avec beaucoup d'éléganee. L'appareil est d'une très-grande beauté, et ne le cède en, rien à celui, qu'on

admire dans les plus célèbres constructions antiques. On a émis bien des conjectures sur l'origine de l'arc de triomphe dont nous venons de donner une esquisse : l'opinion la plus vraisemblable est qu'il date du règne de l'empereur Marc-Aurèle. Les principales dimensions sont ainsi établies : longueur totale au-dessus de la base , 19 mètres 95 cent.; hauteur depuis le pied du socle jusque sur la corniche, 10 mètres 70 cent.; largeur dans œuvre des arcades, i mètres 25 cent. ; hauteur sous clef, 7 mètres 95 centimètres.

L'arc de Langres est donc d'une haute importance dans l'histoire de notre architecture chrétienne et nationale : comme ceux d'Autun, il a été un objet d'étude aux architectes de la Bourgogne, qui se sont oflorcés d'en reproduire certaines dispositions dans It^urs constructions. Ce qui est bien remarquable, c'est que cette imitation des formes antiques n'a eu lieu d'une manière spéciale que dans le cours des xi' et xii" siècles. A cette époque, en effet, il y eut dans les diverses provinces de la France, surtout dans le centre^ un mouvement de renaissance très-marqué. Il n'est pas surprenant que les antiques débris des ai'ts aient été distingués et aient servi de modèles. Ce n'est pas que les architectes aient cherché à imiter l'antique , dans toute l'étendue que nous attachons aujourd'hui à cette expression : ils s'efforçaient seulement de reproduire le plus exactement qu'ils pouvaient les dispositions et les formes qui les avaient frappés davantage. Ainsi les pilas^ très cannelés, si fréquents dans les monu-^ ments de toute la Bourgogne au xr et au xu' siècle, n'ont pas eu d'autre origine : ils constituent même un des caractères aui nous servent actuellement à distinguer les monuments d'architecture bourguignonne d'avec les monuments érigés sous d'autres influences artistiques.

A Autun, deux arcs de triomphe ou portes monumentales ont exercé la môme action sur les développements de l'architecture dans cette partie de la Bourgogne. La porte d'Arroux, ainsi nommée à cause de la proximité de la rivière de ce nom, offre deux arcades principales ayant de chaque côté une arcade plus petite, correspondant autrefois à des trottoirs qui bordaient la rue. Ces quatre portes sont couronnées d'un entablement formé d'une architrave, d'une frise et d'une corniche avec ses modillons. Au-dessus de ce premier ordre règne une galrrie, composée autrefois de dix arcades dont il ne reste plus que sept. Les pilastres corinthiens qui supportent l'entablement de ce second ordre, sont ornés de cannelures. La galerie qui existait derrière les arcades, servait évidemment à passer d'un côté de la porte à l'autre, et correspondait au chemin de ronde qui existait, selon toute apparence, dans le rempart antique au milieu duquel s'ouvrait la porte. « On admire dans la porte d'Arroux, dit Millin, la richesse du grand entablement; les larmiers et les principjiles moulures sont couverts d'ornements

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qui offrent le travail le plus délicat; les chapiteaux sont du meilleur goût. La solidité de la construction est aussi remarquable

3ue l'élégince de l'architecture. Les pierres e grand appareil ne sont liées i)ar aucun ciment ; et, m.ilgré le poids de la galerie qu'elles supportent, les voOtes se soutiennent par la seule coupe des pierres. »

La porte de Saint-André offre la inCme ordonnance que la précédente, et doit avoir été construite dans le môme temps. Elle en diffère cependant en ce que les pilastres qui décorent la galerie sont d'ordre ionique, et que les petites portes destinées aux piétons, de chaque côté des deux grandes portes centrales, forment saillie sur celles-ci, et s'ouvrent dans deux corps avancés ou pavillons angulaires. Elle est mieux conservée q ue la porte d'Arroux : les murs de la galerie existent non-seulement du côté de la campagne, mais aussi du côté de la ville; tandis que, à la porte d'/Vrroux, le mur extérieur est seul conservé. Les deux murs de cette galerie, éloignés l'un de l'autre de dix pieds et construits sans ciment comme ceux de la porte d'Arroux, ont à peine dix-huit pouces d'épaisseur; et l'on s'étonne qu'ils aient pu subsister si longtemps, et résister aux agents destructeurs auxquels ils sont exposés depuis tant de siècles.

L'archéologue attentif qui visitera la cathédrale actuelle d'Autun, après avoir vu les deux portes monumentales dont nous venons de donner une description sommaire, ne tardera pas à découvrir plusieurs éléments em})runtés évidemment aux monuments romains. Non-seulement M. de Caumont les a signalés dans son Cours iVantiquités monumentales, mais encore tous les antiquaires qui ont écrit sur les monuments religieux d'Autun. Nous reviendrons sur ce sujet en parlant des diverses écoles architectoniques durant le moyen âge. Mais nous ne pouvons nous empêcher d'insister de nouveau sur ce fait intéressant, que les débris des édifices gallo-romains, partout où ils étaient vraiment remarquables, surtout dans le midi de la France, ont fait une vive impression sur l'esprit des architectes et lancé l'art romano-byzantin dans une voie fort curieuse à explorer.

AKC-DOUBLEAU. — Les architectes ont un peu varié dans la signification propre du mot arc-doubleau:ils l'ont appliqué à diverses formes qui ont été soigneusement distinguées, particulièrement depuis que l'on s'occu[)e beaucoup plus de la construction des voûtes gothiques.

La définition générale de l'arc-doubleau, telle qu'on la trouve dans les meilleurs auteurs, est conçue en ces termes : Arc en saillie sur le nu d'une voûte. D'où il résulte une véritable confusion entre l'arc-doubleau jH-oprement dit, la nervure ou croisée d'ogive, le formeret, les tiercerons et les bernes. L'aic-doubleau est l'arc en saillie sur le^ voûtes dont il suit la courbure et qu'il divise en travées. Voy. les mots ci-dessus énoncés.

DicTioNN. I)'Aiu:hfolo*;ie sackée. 1.

Les arcs-doubleaux sont d'un très-grand usage en architecture : il est impossible do b<Uir solidement une voûle sans les employer. Les voûtes en berceau de peu d'étendue, élevées sur une superficie étroite et allontjée, peuvent, à la vérité, se passer d'arcsdoubleaux ; mais ces sortes de voûtes ne jif'uvent être construites que sur des galeries ou des i)assages de petite dimension : on n'en voit point dans les grandes églises. La nef majeure de l'église de Preuilly, dont nous avons donné la description ( Voy. Abbatiale ), est couverte d'une voûte à plein berceau : on a été obligé, en la construisant, de la diviser en travées par des arcs-doubleaux en forme de [tlate-bande.

On peut regarder les arcs-doubleaux comme la partie la plus solide du squelette d'une voûte, s'il est permis d'employer cette expression. L'ossature des voûtes se compose de toutes les autres nervures qui sont en saillie sur le nu des valves ou divisions de ces mêmes voûtes. La plate-bande est la forme primitive et élémentaire dos arcsdoubleaux : elle se complique plus tard de moulures et d'ornements de toute espèce, A mesure que l'art de bâtir les voûtes se perfectionne, la forme des arcs-doubleaux se modifie et prend des caractères particuliers. Au xii° siècle, les arcs doubleaux sont lourds, épais, saillaiits, sans élégance : c'est la platebande entourée de deux boudins. Seulement, dans les édifices où l'art a déployé uni)lus grand luxe, la plate-bande est couverte de zigzags, de rinceaux, de fleurons, de feuillages. Au xiii% les arcs-doubleaux sont bien plus légers et plus élégants. A partir de cette époque, les moulures qui accompagnent la plate-bande primitive, réduite à de très-pciites dimensions, sont tellemeut variées, qu'il serait impossible d'en suivre les différences et d'en indiquer les caractères.

Les arcs-doubleaux sont toujours soigneusement appareillés en claveaux : un constructeur nabile en surveille l'établissement avec sollicitude ; de là dépend la sohdilé de l'ensemble des voûtes.

ARCADE. — L On appelle arcade l'espace ménagé entre deux colonnes ou deux piliers et surmonté d'un arc de forme quelconque, dont elle em{)runte le nom : l'arc est tout uni ou orné d'une archivolte. L'arcade est réelle ou seulement simulée, soit en relief, soit en incrustation, soit en peinture.

Voici les différentes parties qui constituent une arcade (voir la figure à la fin du vol.) : F G 1 1 C D claveaux ou vous>oiis. — C clef. — D D contreclefs. — F F cousninels ou sommier.s. — Z S naissance de l'arc. — V K montée de lare. — K son point de centre (Celui d'où est décrit l'arc (|ui forme sa courbure et auquel tendent tous les joints des claveaux ).— G l' claveaux formant sa retombée. — Eiu>cmble des moulures M, son arc/nuo/fr. — Ligne ZVS, son intrados. — L'espace triangulaire H H, ses reins, dont le parement, c'est-adire la partie visible, se nomme tympan. - W impostes (\m couronnent les pieds" droits ou jambages A A. — Dans ces der-

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niers, représentés aussi en plan A' A', on distingue Vécoinçon, espace qui s'étend, à l'intérieur, à partir de l'arête B de la feuillure T. — Le tableau, épaisseur du mur depuis l'arête W jusqu'à l'arête P. — Valette, espace qui s'étend depuis l'arête P jusqu'au pilastre E. — L'espèce de piédestal continu 0 0' se nomme stylobate ou soubassement.

IL On désigne quelquefois spécialement sous le nom d'arcade, une série d'arcs à plein cintre ou à ogive, soit réels, soit simulés, appuyés sur des colonnes en pierre. On les emploie fréquemment pour décorer les murs des églises à l'intérieur ou à l'extérieur. Voy. le Glossaire d'architecture publié en anglais par H. Parker.

IlL L'architecture chrétienne a emprunté l'arcade aux derniers temps de l'architecture antique. Elle règne exclusivement sous la forme semi-circulaire dans l'église romanobyzantine, aussi bien que dans la basil que latine qui la précède. A partir du xii" siècle, c'est l'arcade gothique ou ogivale qui tend à la remplacer, et qui, à la fin de ce même xn* siècle, la remplace définitivement. Cependant ces deux espèces d'arcades offrent de trèsnombreuses variations ( Voy. Arc ) durant l'espace de dix siècles ; jamais on ne voit reparaître l'architrave antique. — L'arcade forme donc le caractère essentiel de l'art chrétien : elle couronne la baie de la fenêtre, aussi bien que l'entre-colonnement. Elle domine la porte, qui, seule, dans sa forme élémentaire, demeure carrée, et forme, au-dessus du linteau, un tympan que la sculpture ou la peinture s'empresse de décorer.

L'arcade semi-circulaire ou à plein cintre distingue la période rowano-6y«an/ine. L'intrados peut en être découpé d'un trèfle ou profil à trois lobes, qui le remplace même (juelquefois en se déprimant. Lorsque, au XI' siècle, la fenêtre s'élargit, elle se divise souvent, surtout aux façades i)rincipales, en deux petites arcades qu'on appelle géminées, ou même en trois qui s'inscrivent ordinairement dans une plus grande, dont l'arc décrit ainsi, au-dessus, une espèce de tympan fréquemment percé d'un œil-de-bœuf. Nous avons remarqué cette disposition dans un grand nombre d'édifices de l'Allemagne rhénane. Nous citerons en particulier le Munster de Bonn. On retrouve cette môme disposition aux ouvertures des tours servant de clocher. On voit, au reste, de ces sousarcades géminées plein cintre inscrites dans des arcades ogivales, et des sous-arcades en ogive inscrites dans des arcades semi-circulaires de l'époque de la transition du style latin au style romano-byzantin.

Quelquefois la fenêtre se compose de trois arcades, dont celle du centre, au lieu d'être cintrée, est angulaire en forme de mitre. On en voit un curieux spécimen à la belle église de Saint-Etienne de Nevers.

On voit les arcades figurées, dont les arcs s'entrelacent de manière à former des sousarcades en ogives : c'est de là que le style Oj^ival aurait tiré son origine, d'après le docteur Milner. Ce sentiment, qui a été admis

autrefois avec faveur, n'est guère soutenable cl a été gén;^^ralement abandonné.

La forme ogivale pure n'est pas absolument inconnue aux architectes de la période romano-byzantine, au xr siècle. On la voit quelquefois ( très-rarement, il est vrai J apparaître dans leurs édifices, comme dans quelques édifices de l'antiquité môme, mais seulement d'une manière accidentelle. Ce n'est qu'à dater du xii' siècle qu'elle commence à devenir plus commune, et qu'elle entre comme élément dans le style architectural.

Il faut remarquer que l'arcade proprement dite, celle de construction , portant une grande charge, ne se prêta pas à toutes les flexions qu'on fit subir à l'arc purement décoratif. Pour les arcades qui sont faites dans un but d'utilité, les lobes, les flammes, les moulures capricieusement contournées, ne sont jamais que de simples appendices internes, ou des amortissements externes à l'ogive simple. 11 n'en est pas de même pour celles qui n'ont d'emploi que dans l'ornementation, ou qui sont de moindre in^portance pour la solidité : telles sont les arcades formant la claire-voie d'un écran, la face d'un triforium, la découpure d'une balustrade.

Au xir et au xiii* siècle, l'arcade à trois lobes arrondis se montre souvent sans autre couronnement dans une balustrade à jour, une arcature pleine, à l'ouverture d'une niche, dans le champ d'une grande -rose de vitrail ; mais, dès que le lobe supérieur prend la forme d'une lancette, l'arcade ne se montre plus que couronnée d'une ogive ou d'un pignon.

Quelquefois l'arcade est simple, quelquefois elle est couronnée par une archivolte, soit sur sa face extérieure, comme dans les ordres de l'architecture antique, soit sur plusieurs faces en retraite les unes sous les autres, comme dans l'architecture romane, soit sur son profil obliquement découpé, comme dans l'architecture gothique.

L'arcade, vers la fin de l'époque romaine, s'appuie soit sur des colonnes, soit sur des pieds-droits.

L'époque romano-byzantine et l'époque ogivale adoptent la colonne; mais la première en fait un lourd pilier auquel la seconde substitue d'abord le faisceau decolonuettes, puis enfin le faisceau de moulures. Au xvi* siècle, ces moulures ne sont plus que la prolongation de celles de l'archivolte qui descendentjusqu'àlabase du pilier, sans interruption. A partir du xiii' siècle, un pignon couronne fréquemment les arcades des portes et des fenêtres.

L'intrados de l'arcade est quelquefois, aux XV* et xvi' siècles, orné de festons pendants, ou bien Ton voit des feuilles se développer dans les parties creuses des moulures.

La Renaissance, durant la première moitié du xvr siècle, emploie toutes les formes de l'arcade gothique ; enfin, clic les abandonne peu à peu pour revenir à l'arcade plein cintre des Romains et à l'architrave antique.

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AlirATURE. — Oïl donne conniiuni'inent le nom û'arcaliire h un système de petites arcades (]iii ornent les nuiroilles des grands édilices. Ces petites arcades sont en jjierrc et en relief, ou figurées et simulées en peinture, en inerres de diverses couleurs, en nîosai(]ue. L'emiiloi de l'arcature dans les monuments religieux ne remonte pas au delà du XI" siùcle. A cette époque môme il est rare. 11 ne devient commun qu'au \n' siècle et aux siècles si-iivants. ( Voy. Aucade.)

On appelle encore arcalure de petits arcs portés sur des consdes, modillc-ms ou corlocaux. Ces arcs, de forme variée, arrondis, trilobés, aigus, s'apjiuient quelquefois alternativement sur une colonnette et un modillon.

Il y a de plus des arcatures qui ressemblent à des mâchicoulis : dans de vieilles églises furtitiées, elles en avaient la destination {Voy. Macuicoulis). Nous aurons occasion d'en parler, lorsqu'd sera question des églises fortitiées. 11 faut compter l'existence des églises à créneaux et mâchicoulis au nombre des faits arcliéologi(|ues les plus curieux. Nous ferons à ce sujet la descri[)tion de quelques monuments de ce genre qui sont venus jusqu'à nous dans un bon état de conservation.

Les arcatures, ou mieux les arcades éforrxementalion dont nous avons {)arlé à l'article Arcade, sont désignées par quelques autenrs sous le nom de panneimx, du mot anglais panels. Cette dénomination est vicieuse.

(Voy. Panneaux). Dans plusieurs Glossaires d'architecture anglais, nous trouvons faite la distinction que nous avorvs adoptée. Il n'y a de confusion possible dans certaines expressions que dans les écrits de certains arcliéologues plus versés dans les connaissances de l'histoire que dans celles de l'architecture.

ARCEAU. — Le mot arceau a été pris en divers sens. Pour beaucoup d'écrivains il est synonyme d'arc et d'arcade. Suivant sa signilication propre, il désigne un segment de cercle qui ne doit pas dépasser un quait de cercle. L'ogive simple est formée de deux arceaux ; l'ogive composée est formée do quatre arceaux.

Dans l'arctiitecture classique, l'arceau est un ornement de sculpture en forme de trèfle, qui est ordinairement garni d'un fleuron. Dans l'architecture roinano-byzanline on en retrouve des vestiges, mais avec des modilications particulières à ce stylo.

ARCHAÏSME- — Les monuments archaïques sont ceux qui touchent au berceau de l'art, et que l'on peut considérer comme le jiremier | rodiiitctlepointdedéiartdetelleou telle branche de l'art, architecture, sculpture, peinture. Les historiens qui ont écrit sur les diverses phases de l'architecture, do la sculpture, de la i)einture et delà musique, ontatt.iché une grande importance à la description des monuments archaïques, et, grAce à leurs travaux, il n'est persoiujequi n'appréci(^ le haut intérêt des (euvres primitives do la Crôcc et derilalie. L'archaïsme, quand on l'étudic avec un es^-rit dégagé de tout pié-

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jugé de système, oi'.vre à l'antiquaire une source abondante d'observations de tout genre.

L'archéologie chrétienne, moins heureuse en cela que l'archéologie païenne, n'a point encore d'iiistorienqui ait patiemment étudié ses monuments prunitifs, de manière à en faire connaître le caractère original et à en distinguer les éléments propres. Ce n'est d'abord que dans des écrivains, aveuglés par des théories systématiques, qm» nous voyons quehjues a|)préciations de nos monuments archaïques : mais ces premiers essais portent évidemment l'crapreinte des préoccupations sous l'influence desquelles ils ont été tentés. Il semble que ce soit uniciuement pour chercher à établir des contrastes avec les monuments de l'antiquité classique, que l'on a regardé les monuments d'antiquité ecclésiastique. II est vrai que c'est à une époque où il était reçu de mépriser tout ce qui appartientà nos arts religieux du moyen âge, et oiî il était de bon ton de dédaigner les églises dites gothiques. Dans un grand ouvrage. Histoire (le V art par les monuments, Séroux d'Agincourt n'a pas su se préserver toujours des préjugés communs; il donne cependant des appréciations assezjustes sur certaines œuvres chrétiennes primitives: on peut l'en louer, car il fallait avoir du courage pour les émettre au moment où il écrivait. Séroux d'Aginaourt n'était pas préparé à l'élude de l'archéologie chrétienne : il ne comprenait que l'art antique, et il ne soupçonnait pas qu'en dehors de cet art il pût y avoir un art différent, capable de produire des œuvres de mérite.

On pourrait regirder les auteurs qui ont travaillé à la description des Catacombes romaines et des objets d'art qui en proviennent, comme les premiers liistDriens de nos monuments archaïques. Mais, outre queleiu'5 ouvrages sont généralement fort incomplets , on voit cpie leurs travaux ont été entrepris dans un but entièrement difTi-rent. On y peut prendre des matériaux pour écrin,cette histoire, qui attend toujours et qui attendra lontemps encore peut-être un homme de science , de goût , de courage et de foi, assez fort pour l'exécuter. M. Raoul Rochette, dans son Tableau des Cntacomhcx, n'a pas été bien ins[)iré dans la comparaison qu'U établit entre différents sujets de l'art antique et de l'art chrétien. On regrette vivement de voir un liomme d'inie intelligence si distinguée sacrifier si souvent à l'amour de la nouveauté, quand il se débarrasse des réminiscences do l'école académique. Nos savants ne sont-ils pas troji dominés par cette fausse honte qi'.e leur a fait trop souvent sidiir celte supcrbin ilalicnne, qui ne veut rien voir de beau hors de l'Italie et dnr.s ces régions qu'ils considèrent comme habitées encore par les barbares? Nos artistes, en étudiant les chefs-d'œuvre de l'Ital:e, n'ont-ils pas tro;> aisément oublié les cb.efsd'œuvre de leur pays? Ne sont-ce pas les Italiens qui ont les premi&rs attache l'épitlicte

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Ag gothique à nos édifices d'architecture ogi-' vale ?

Nous ne saurions trop vivement combatîro l^s paradoxes émis par de prétendus ariiéologues chrétiens au sujet de rarchaisme de nos monuments ecclésiastiques. A les entendre parler , on serait tenté de croire que la religion chrétienne , aux premiers siècles de l'Eglise, professait une haine systématiquccontre tous les beaux-arts et en proscrivait sévèrement les produits. A Tappui do leur sentiment, ils citent des passages des écrits des saints Pères, dont ils ne comi^rennent pas le sens. La confusion est volontaire chez les uns , pour lesquels tout prétexte est bon quand il s'agit d'attaquer le christianisme ; chez les autres, elle provient du défaut d'études ecclésiastiques. Lorsque les Pères de l'Eglise combattent les représentations de la sculpture et de la peinture dans les monuments chrétiens, entendaient-ils les images saintes, les figures inspirées par les croyances chrétiennes, les sujets puisés dans la Bible et dans l'Evangile? Evidemment, non.

Ils défendaient avec raison d'introduire dans les églises les représentations profanes, ou celles qui se rapprochaient trop du sensualisme païen, et qui s'éloignaient de la pureté de la nouvelle religion. N'est-ce pas par une ignorance complète de la tradition que l'on a osé avancer que les saints Pères avaient condamné même les images qui représentaient la figure de Jésus-Christ ?

Que l'on consulte les monumenis de la tradition, que l'on examine les monuments historiques qui sont parvenus jusqu'à nous, et l'on verra que l'esprit de l'Eglise, pas plus que son enseignement et sa discipline, ne sont hostiles au dévelo,ipement des beauxarts. Assurément, il y a un abîme entre l'esthétique chrétienne et l'esthétique païenne : chacune {)rocè(le d'après des principes différents. La nudité païenne n'a jamais été approuvée par l'Eglise ; la beauté purement physique des statues antiques n'a jamais été recommandée par les évêgues et par les docteurs catholiques, au détriment de vertus mille fois plus essentielles que les sensations produites par certaines œuvres plastiques. Mais peut-on en conclure que la religion a condamné la pratique des arts, et que c'est pour cela que l'archéologie chrétienne est dépourvue de ce parfum d'archaïsme qui plaît tant dans l'art antique ? Allez donc étudier nos vieux monuments, ceux qui remontent au berceau même du christianisme, et vous ne tarderez pas à vous convaincre que les assertions des pseudo-philosophes archéologues sont aussi dénuées de fondement que les assertions des autres pseudo-philosophes en tout genre, dont nous avons été affligés dans le siècle dernier.

M. Daniel Ramée avance à tort, dans un livre destiné à développer les principes de l'art chrétien, que l'usage des tableaux religieux chez les chrétiens est sorti du foyer domestique et non point de l'Eglise. A-t-il donc oublié le témoignage des auteurs de

r.lge apostolique? Ne connatt-il pas les tableaux des Catacombes, les sculptures des sarcophages ? Quelque opinion que l'on adopte sur l'époque à laquelle ont été exécutées peintures et sculptures dans les Catacombes, n'est-ce pas un fait admis par les antiquaires les plus érudits que beaucoup de ces compositions remontent aux temps primitifs? Les scènes tirées de l'Ancien Testament ou de l'Évangile, et qui ont été figurées avec une préfblection marquée dans les souterrains décorés par des mains chrétiennes, ne démontrent-elles pas surabondamment que les chrétiens, dès le principe, ornaient les lieux de leurs réunions religieuses avec toute la somptuosité dont ils étaient capables? Voy. Catacombes.

Le fameux canon du concile d'Elvire qui défend de peindre des images sur les murailles. Ne quod colitur et adoratur^ in parietibus ^de.pingaliir, n'a pas été compris dans sa véritable signification par l'auteur que nous venons de citer, ainsi que par plusieurs autres. On en trouve l'explication dans l'histoire ecclésiastique : les Pères du concile d'Elvire défendaient umijucment de peindre sur les murailles des tableaux fixes et immobiles, représentant les mystères de la religion chrétienne, qu'il était impossible de soustraire aux protanations des infidèles, dans les moments de persécution.

Dès l'ouverture, pour ainsi dire, du iv" siècle, quelques années après la conversion de Constantin, l'art chrétien se développe avec une vigueur qui suppose qu'il n'était pas à ses premiers essais et à ses premières ébauches. La basilique de Tyr, décrite avec tant de soin par Eusèbe de Césarée, en est une preuve pour l'Orient. Quant à l'Occident, nous connaissons, dans le cours du même IV' siècle, une lettre remarquable d'Isidore de Pelusium, dans laquelle il reproche à son évoque le luxe déployé dans son église, où l'on voyait trop de marbres précieux. Ces plaintes nous montrent qu'en Italie, l'Eglise, dans la personne des évêques, favorisait, autant qu'il lui était possible, les progrès de l'art religieux. Que l'on consulte la Vie des papes, par Anastase le Bibliothécaire, et l'on verra avec une évidence plus claire encore comment, de tout temps, dans la personne de ses pontifes et de ses chefs, î'Eghse a employé toutes les ressources de l'art pour décorer les églises, les autels, les baptistères, les ornements sacerdotaux et les mille objets qui sont nécessaires aux cérémonies ecclésiastiques.

On ne saurait trop recommander aux artistes de nos jours qui aspirent à enrichir nos églises de compositions peintes ou sculptées de recourir fréquemment à l'étude de nos monuments archaïques. Ils s'y pénétreront de ce style simple, grave, recueiUi, religieux, qui convient éminemment aux arts chrétiens. Voy. Catacombes , S.culpture, Peinture, Musique, Caractère, Stïle, Art, Archéologie.

ARCHE. — On donne communément k

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