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La France et l'Angleterro possèdent aujourd'hui d'excellents archéographes : il est difficile de pousser plus loin lalidulilé, le scrupule, avec lesquels on dessine tous nos vieux monuments. Nous citerons comme modèles dos travaux à suivre dans la reproduolion de nos chefs-d'œuvre du moyen Age , la Monographie de la cathédrale de Chartres, la Monographie des monuments de Paris, celle de la cathédrale de Noyon : ces publications ont été ftiitcs par le comité des arts et monuments, aux frais de l'Etat. Nous citerons encore le grand ouvrage sur les vitraux de Bourges , par les Pères A. Martin et Ch. Cahier, les Vitraux de Tours, par M. Marchand, texte par MM. les chanoines Bourassé et Manceau , la Monographie de l'église de Brou par MM. Dupasquier et Didron, les Mélanges d'histoire et d'archéologie, les Annales archéologiques, etc., etc.
(Juel([ues auteurs donnent au mot Archéographie, le môme sens qu'à celui &' Archéologie.
ARCHÉOLOr.IE. — I. Préliminaires. On dit et on répète chaque jour que l'archéologie est une science qui appartient à notre siècle. Cette parole est très-vraie, surtout si on l'applique à l'archéologie religieuse. Depuis un certain nombre d'années, beaucoup d'hommes instruits se livrent avec ardeur à l'étude de l'histoire, delà philologie, de l'archéologie et de cette partie de la philosophie qui s'occupe des beaux-arts et de leurs rapports avec ce qu'il y a de i)lus grand dans le monde et avec ce qu'il y a de plus élevé dans l'homme. A nulle autre époque, on ne s'appliqua avec le même zèle, la même persévérance, le môme enthousiasme, à la recherche des monuments du passé. 11 faut rendre cet hommage aux courageux efforts des érudits du xix* siècle, qu'ils ne sont effrayés par aucune difliculté, et que leurs travaux sont dirigés par un rare esprit d'impartialité. Que nous sommes loin de cet entraînement passionné, si faussement décoré du nom de philosophique, qui s'exerçait chez la plupart des savants qui vivaient à la tin du siècle dernier 1 Dans ces temps de funeste mémoire, il semblait qu'il fût nécessaire d'attaquer la religion, tant les idées pseudo-[)hilosophiques dominaient universellement ; aujourd'hui, la science dirigée dans la voie qui seule mène à un résultat certain, c'est-à-dire débarrassée de l'influence des systèmes irréligieux , paye un juste tribut de respect à l'Eglise catholique et à la religion chrétienne. Admirable conduite de la Providence 1 A mesure que de nouvelles attaques sont entreprises contre nos livres sair4ts et contre l'enseignement ou la discipline de l'Eglise, de nouvelles découvertes sont faites dans l'histoire, la linguistique et l'archéologie, qui vengent l'honneur de nos livres sacrés et de l'Eglise fondée par Jésus- Christ!
Il y a certes de ce grand phénomène quelque bel enseignement à retirer. Nous y voions ra((om]jlisseiue!it des piomessei divines, et notre foi y trouve un aliment nou-
veau. Lorsque Dupuis et les incrédules qui partageaient sa haine contre la religion révélée faisaient grand bruit, in Eurojie, de la découverte du fameux zodiaque égyptien de Denderah, qui, à ce qu'ils [)rétendaienl , donnait un éclatant démenti aux livres écrits par Moïse, nous étions à la veide du jour où Champollion le Jeune retrouvait l'alphabet énigmaticiue de la vieille terre des Pharaons, et allait fournir des armes victorieuses pour combattre les folles rêveries de l'astronome Dupuis. Ce monument, qui devuit convaincre les plus obstim-s en mettant en évidence les grossiers mensonges de l'auteur du Pentateuijue, relativement à la création du monde, ([ui remontait authentiquement à plusieurs milliers d'années avant répo<jue fixée par Moïse à la création d'Adam! eh bien! ce monument portait en caractères hiéroglyphiques une inscri; tion qui nous apprit qu'il avait été exécuté sous les premiers empereurs romains , quelques années après la naissance de Jésus-Christ!
La découverte de Cliami)olliiin, qui excita dans l'Europe savante une si vive suri)rise au moment oiî elle fut dévoilée, fut une clef qui nous ouvrit le sens obscur do certains passages de la Bible et des anciennes coutumes de la Judée. Roseliini, l'émule de Champollion, dans son grand ouvrage sur les antiquités égyptiennes, a déjà mis en lumière de curieux renseignements pris dans la connaissance des hiéroglyphes et des inscriptions qui recouvrent les monuments égyptiens. Nous assistons au début des recherches et des explorations qui seront tentées pour venir en aide à l'exégèse biblique : nous aurons sans doute la consolation de voir de nos propres yeux de nouvelles c- nfirmations , aussi édatantes que les premières, des textes inspirés.
Que ne devons-nous pas attendre en C3 moment des merveilleuses découvertes faites par M. Botta, consul de France à Bagdad, sur le territoire assyrien, à une petite distance des ruines de Ninive, et dans remplacement d'un magnilique pa'ais bâti et occupé jadis par un des princes de ce grand empire d'Assyrie La Bible nous avait raconté des choses extraordinaires des richesses et de la somptuosité des palais de Babylone et de Ninive. Certains écrivains traitaient de fables ces récits, parce que les historiens grecs ne paraissaient pas les conlirmer. Et voilà que des ruines qui dormaient sous terre, depuis de longs siècles, sont exhujnées et réveillées , pour ainsi dire, par la science moderne, pour porter témoignage en faveur de nos livres saints! Ayons patience; l'Angleterre, marchant en cela sur les traces de la France, déployant, en fait de science , une louable rivalité contre notre pays, a dét(Tré également des ruines importantes, des inscriptions nombreuses , des monuments do toute espèce. Les savants anglais et français travaillent avec un incro.able zèle à lire les inystf'i'ieuses inscriptions cunéiformes tlrs momnnents de B.ibylone et de Ninive. Déjà les érud.'ts français lisent de longues lignes
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de ces écritures qui semblaient dëfier à jamais la sagacité d'un sphinx. Nous posséderons bientôt de nouveaux et précieux documents à ajouter à toutes les preuves qui militent en faveur de nos saintes lettres.
Voy. AnCHlTECTlRE ASSYUIËNNE, BaBEL, Ba-
BYLONE, NiMVE, OÙ uous dounous quclques détails sur les monuments de l'Assyrie, dnns leurs rapports avec la Bibje et avec l'histoire sainte.
Il serait malaisé de faire connaître la cause de la disposition universelle que l'on remarque actuellement dans les esprits, et qui les porte à explorer le passé, à vivre au milieu des monuments du passé , au milieu d'institutions, de coutumes, de mœurs, qui ne sont plus les nôtres. Ne serait-ce pas un peu par lassitude du présent et par incertitude de l'avenir? Dans nos jours de discorde et de révolutions sans cesse renaissantes, on trouve dans les souvenirs un monde tranquille et enchanté. Hélas ! si les hommes voulaient réfléchir, les leçons de l'histoire et de l'archéolo.^e sont bien éloquentes ! La société a passé par des secousses non moins fortes que celles qui nous agitent présentement. Si la société n'a pas été complètement ruinée, à quoi faut-il l'attribuer ? Est-ce au triomphe des idées qui étaifnit le principe de ces agitations? Non, mille fois non. L'histoire nous crie à haute voix, du milieu des débris de l'ancien monde , que la société n'est solide sur ses fondements qu'au tant que l'on respecte la religion, l'autorité, lamorale, que l'on accepte lagrande loi du sacrifice et de l'abnégation, que l'on détruit ce vil égoïsme qui est l'ennemi de toute vertu, de toute noble pensée, de tout généreux dévouement, de toute haute pensée. Rien n'est nouveau sous le soleil, disait jadis le roi Salomon. Les mêmes causes produiront toujours les mêmes effets. L'archéologie qui remue les souvenirs de l'histoire, comme on remue les pierres d'un édifice qui vient de tomber, nous apprendra, dans ses réflexions philosophiques, comment les empires s'écroulent et comment les rations dégénérées sont remplacées par d'autres nations plus jeunes et plus vigoureuses. Mais à quoi servent la science et la philosophie pour régénérer les peuples abâtardis ? Elles constatent le mal ; elles sont Impuissantes à le réparer. Pour nous, qui regardons comme indigne de notre étude toute science qui n'a pas un but religieux et moral, nous désirons de toute l'ardeur de notre âme que la contemplation du passé ne soit pas un sfjectacle stérile, et que les amères déceptions de ceux qui ont traversé l'agitation du monde présent avant nous, nous attachent de plus en jilus au seul Biev qui ne change jamais, q -i ne trompe pas, qui peut suftire au genre humain entier et à toutes les générations qui se succéderont sur la terre 1 Homines Iranseunt. sed vcrilas Domini manet in œlcrnum.
En sera-t-il de la philosophie de l'archéologie comme de la philosophie de l'histoire ? Cela est bien à craindre, en voyant le chemin que lui font i)rendre certains écrivains systématiques, qui détournent trop souvent les faits de leur véritable sigiiitication pour les faire servir à appuyer des idées préconçues. Nous avons souvent stigmatisé la fausse science des Allemands, en ce qui a rapport à la philosophie dans la manière dont elle envisage l'esthétique : nous nous élèverons toujours avec la môme vigueur contre les paradoxes de certains archéologues français qui veulent suivre les Allemands dans leurs théories nuageuses, et qui, par leurs réflexions étranges, ruineraient la science archéologique elle-même, si elle n'était pas pleinement indépendante de leurs vaines rêveries. Voy. Esthétique.
Les prétentions de notre siècle sont montées à leur comble au sujet de la philosophie de l'histoire. Chacun veut, à toute force, résumer l'expérience des siècles passés, et tracer h l'avance les phases du pro^ grès humanitaire , comme l'on dit. Les annales du monde sont devenues comme un vaste champ de bataille oii chaque jour des philosophes (c'est ainsi qu'ils se qualillent eux-mêmes) se livrent leurs combats. 11 n'en est pas un seul qui n'avoue ingénument qu'il a deviné l'énigme des temps, inconnue jusqu'à lui, et qu'il a donné la véritable explication des temps, des événements, des hommes, de la mission et de la destinée des hommes. Quelques-uns des systèmes inventés par eux étonneront peut-être la postérité par leur hardiesse et leur profondeur. Malheureusement leurs auteurs, s'inspirant trop de leur propre génie, ont vu les faits à travers le prisme de leur imagination, plutôt que dans leur réalité.
Cet écueil, qui n'a pas été évité dans la philosophie de l'histoire, est le même contre lequel viennent échouer les systèmes de la philosophie de l'archéologie. Voici en quels termes nous signalions ce danger, à propos de la peinture sur verre, dans l'introduction au grand ouvrage Verrières de l'église métropolitaine de Tours, dont nous avons écrit le texte en collaboration avec M. le chanoine Manceau. « L'histoire de la peinture sur verre n'a pas encore été écrite d'une manière satisfaisante. La science des modernes a découvert, il est vrai, soit dans les monuments, soit dans les écrits des anciens, plusieurs traits curieux relatifs à la fat)rication et à l'emploi du verre dès les temps les plus reculés : virit ible conquête de l'érudition sur le silence et l'oubli des siècles. Malheureusement l'esprit de système a conduit la plume de la plupart des auteurs qui ont traité ce sujet. L'imagination s'est emparée des faits, et, sans tenir compte de l'espace et du temps, elle a été séduite par les théories. Des antiquaires graves, doués d'une intelligence forte et élevée, d'un jugement ferme et droit, iront i)as toujours su r.ésis-
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ter à des considérations plus brillantes que solides : loin do s'opposer à rcntraîncment général, ils Font favorisé de toute l'autorité de leur science et de leur nom. C'est que la science historique, quand elle veut trop généraliser en réunissant, comme dans un inventaire, tous les legs du passé, se laisse emporter au delh des limites en considérant comme contem|iorains des héritages d'origine diverse et des événements fort éloignés les uns des autres. De Iti les illusions de ce que l'on a pompeusement appelé la philosophie de l'histoire et la philosophie de l'art. On attribue les faits h l'humanité, on les envisage d'un point de vue abstrait, oubliant qu'ils a[ipartiennont à des peuples séj'arés par d'iunuenscs intervalles de temps et de lieux. Ainsi, dans l'ordre de faits qui nous occiqie ici spécialement, on recueille des observations relatives aux Egyptiens, aux Ass.v riions, aux Etrusques, aux Phéniciens, aux Grecs ; et, sans s'inquiéter de leur succession chronologi([ue, on les réunit suivant le caprice de l'arbitraire, et l'on en tire des inductions liasardées , pour ne rien dire de pli;s. Et ce qu'il y a de plus dangereux dans CCS vaines théories, ce qui contribue le plus fortement à propager l'erreur, c'est que les faits, pris isolément, sont vrais ; les conséquences qu'on en prétend tirer seules sont fausses.
« N'est-ce pas k cette déplorable tendance qu'il faut attribuer les étranges systèmes qui ont eu cours en archéologie, dans ces derniers temps, sur l'origine de l'ogive, sur la fdiation des formes et des procédés architoctoniques, sur la naissance de l'architecture elle-même, enfin sur l'origine, le développement et les progrès de la peinture sur verre ? La marche de la science n'a-t-elle pas été longtemps entravée par des recherches stériles , dont elle n'est pas encore entièrement libre aujourd'hui ?
« Signalons une tentative plus triste encore.
« Dès que l'antiquaire chrétien met en évidence, par un travail consciencieux et justement applaudi, quelqu'une des uuvres admirables du moyen Age catholique, alors, sans plus tarder, certains écrivains, (]ui semblent avoir pris à tâche la contradiction en tout point, s'en vont Ofiniàtrément remuer tous les débris des plus vieux monuments, fouiller les ruines de l'antiquité , feuilleter les pages des écrivains grecs et latins, et quand ils ont cru entrevoir une lointaine ressemblance entre les furmes surannées de l'art païen et les formes rajeunies de notre art religieux et national, ils triomphent ; ils proclameraient volontiers à sonde trompe, sur toutes les places i)ul)liques, qu'ils ont démontré la fécondité iné|)uisable de l'antiquité païenne et l'impuissance irrémédiable du génie chrétien. A les en croire, les Catacombes (le Rome ne sont (pi'un plagiat des nécropoles de l'Kgypte et des hyj)Ogées de l'Etrurie, et le signe de la croix sur nos monuments chiétiens et jusque sur le sépulcre des martyrs ne sera bientôt plus qu'une
parodie de la clef d'Horus ou de quelqu'un des signes inconnus de l'Inde ou de l'Assyrie. I.s ne se décident à admirer les cryptes qui régnent sous quel;iues-unes de"^ nos églises que jiarce qu'elles leur rap;)ellent les cavernes d'Ellora ou d'Eléphantis. Le système ogival , selon eux , était connu des Pharaons, et les vitraux f)einls ornaient les somptueuses demeures des Romains dans les derniers temps de la république. Quelle singulière folie! Pour nous, nous protesterons avec énergie contre de si bizarres paradoxes ; nous combattrons toujours ave." force pour la défense des droits saerés de la vérité. De son souffle puissant, le catholicisme a créé une civi'isation nouvelle et un art nouveau. Nous en contemplons l'expression magnifique dans les monuments et dans la société du moyen âge ; nous en ressentons encore de nos jours les bénignes et .salutaires influences. Jamais puissance humaine ne réussira à nous faire lâchement apostasier nos convictions ! Est-ce qu'on voudrait ni;us persuader que le principe c^ui s'est si splendidement dév(doiii)é dans nos cathédrales, fût contenu, même en germe, dans la grossière arcade (h; l'une des ouvertures de la grande pyramide d'Egypte ? Qui donc admettra que les Romains connaissaient l'art de la peinture sur verre, tel qu'il a si richement fleuri dans nos églises du xni' siècle, parce que le savant AVinckelman trouva par hasard un fragment de verre verdAtre ajusté, dans un châssis de fenêtre, à un édifice d'un âge incertain ? » {Verrirres de réglise mélropolit. de Tours, in-fulio. Tours, 18i9.)
Avant de clore ces idées préliminaires sur l'archéologie, nous citerons un passage fort remarquable de la préface du livre intitulé : Origines de l'Eglise romaine, parles membres de la communauté de Solesmes. « Il est ujie cause qui rendrait à jamais infé'conds les efforts d'une science véritable, c'est le défaut d'appréciation chrétienne, l'absence du point de vue catholique. Qu'est l'histoire du genre humain, sinon une pensée éternelle (le Dieu réalisée successivement dans le temps? Or, cette pensée divine, il faut la savoir pour juger l'cBuvre qu'elle ju'oduit; et qui la saura, si Dieu ne l'a révélée ? Heureusement pour le monde, l'énigme est depuis longtemps expliquée ; Dii'U a tout ilit h l'honnne sur les lins de la création, et son feuvre, si vaste et si magnitiijue qu'en soit l'ensemble, est demeurée pleinement justifiée aux yeux du fidèle. La mission de Jésus- (^hrist, Rédenq)leur et Doeteur des houunes, les destinées de l'Eglis»' qu'il a fondée, voilà ce qu'il faut comprendre pour saisir l'enchaînement des temps anciens et modernes, et c'est I our l'avoir raconté avec plénitude que Bossuet, danssa grande synllièse historique, a mérité d'être [ rodamé le prophète du |)assé.
« Que si l'on venait nous dire que la foi dans'une révélation, raj»[)réciatioii du Christ
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et de l'Eglise comme unique flambeau dos temps, ne saurait être dans un degré universel, ni môme absolument, le partage de quiconque désire travailler sur riiistoirc du monde ; tout en faisant nos réserves pour les droits de la vérité , qui n'est vérité que parce quelle est souverainement exclusive, nous pourrions d'abord demander si le scepticisme ou le fatalisme, pris pour point de départ dans l'investigation des faits de l'humanité, ont inspiré jusqu'ici à certains auteurs de nos jours une bien lucide et bien consolante philosophie de l'histoire. Ensuite nous demanderions pourquoi tant d'auteurs, malheureusement désintéressés de toute question religieuse , se permettent chaque jour d'apprécier des événements, des mœurs, des résultats, un ensemble, qui tiennent à ces mêmes questions, sans avoir daigné faire la plus légère étude spéciale sur ces croyances et ces usages, sans s'être procuré même un énoncé exact des principes de vérité ou d'erreur qui se remuent au fond des événements qu'ils racontent. L'abus est arrivé au degré le plus monstrueux. C'est ainsi, et nous choisissons cet exemple entre dix mille, c'est ainsi, disons-nous, qu'un de nos premiers écrivains d'histoire, dans un livre admiré, a osé soutenir que le dogme de la virginité de Marie, dans son enfantement divin, était une idée du xii' siècle, confondant, par un trait de la plus inconcevable ignorance, un article de foi évangélique, apostolique et traditionnelle, avec la croyance pieuse de l'immaculée conception. Il est vrai que l'auteur avait besoin d'étayer une idée assez neuve et inattendue d'ailleurs , c'est-à-dire, « qu'au xii^ « siècle, dans l'Eglise, Dieu changea, pour « ainsi dire, de sexe. » Et ce sont là les hommes que des esprits imprudents ou séduits proclament les restaurateurs des annales de l'humanité, chargés de réhabiliter le christianisme dans l'histoire !... » {Préf., pag. xvii et seqq.)
Nous pourrions ajouter que c'est h une cause analogue qu'il faut attribuer la sécheresse qui se remarque dans les travaux d'archéologie exécutés par les Anglais protestants. Que peuvent-ils comprendre au génie de ces magnifiques basiliques, si éminemment empreintes des croyances catholiques, ces hommes qui ont repoussé les dogmes catholiques pour refaire à leur guise une religion nom elle, vraie parodie de la religion établie par Jésus-Christ et prêchée par les apôtres 1
Définition. — L'archéologie (du grec ùp- X^^toç, ancien, làya, discours, science, connaissance) est une science qui comprend l'étude de l'antiquité tout entière, d'après les produits de l'art et les écrits des auteurs. Elle est, en d'autres termes, ainsi que l'a dit Millindans son discours d'ouverture du cours d'archéologie professé à la bibliothèque Nationale en 1799, « elle est l'application des connaissances historiques et littéraires à l'eiplication des monuments, et l'application
des lumières que fournissent les monuments à l'explication des ouvrages de littérature et d'histoire. » On peut donc dire avec vérité
3ue l'archéologie, prise dans toute son étenue, comprend la réunion des plus belles conceptions des hommes de lettres et des artistes, commentées les unes par les autres.
Le mot archéologie a été pris, chez les anciens, dans un sens restreint. L'archéologie avait pour but uniquement de recueillir les souvenirs les plus anciens d'un pavs ou d'une nation : c'était, à proprement parler, l'étude des origines instoriques. C'est ainsi que Dcnys d'Halicarnasse, Pausanias et le juif Josèphe ont reçu le titre d'archéologues.
Il y a un siècle et demi à peine, on attribuait, chez nous, à l'archéologie, une signification bien plus étroite encore. Elle traitait des locutions vieillies et des origines du langage.
L'archéologie, quand il s'agit de l'étude de l'antiquité, est la science de tout ce qui est relatif aux mœurs et aux usages des anciens, à leurs arts et aux monuments qui nous en sont restés.
On appelle archéologie littéraire celle qui traite de l'antiquité sous le rapport de l'histoire, de la critique des écrivains et de l'épuration des textes. On distingue de l'archéologie littéraire celle qui s'occupe do l'histoire des ouvrages des anciens auteurs» et on ne doit pas la confondre avec la littérature ou plutôt la bibliographie de l'archéologie ou la connaissance des livres qui traitent de l'antiquité. On appelle encore quelquefois archéologie littéraire celle qui s'occupe des monuments qui portent des caractères alphabétiques : on V appelle paléographie lorsqu'elle s'occupe d'inscriptions sur les pierres, et diplomatique lorsqu'elle s'occupe de titres , de chartes ou de diplômes. Nous reviendrons bientôt sur ce sujet.
L'archéologie artistique, c'est-à-dire celle qui s'occupe spécialement des œuvres d'art, peut être considérée comme l'archéologie proprement dite, et c'est d'elle qu'on entend parler quand on mentionne simplement l'archéologie. On peut envisager les monuments d'art sous deux aspects différents , d'abord en ce qu'ils sont destinés à conserver la mémoire des événements et des personnes, ensuite, comme objets d'art et relativement au plaisir qu'inspirent leur forme et leur perfection. On peut donc considérer les monuments comme tels en faisant abstraction de leur mérite artistique, et n'avoir pour but que d'étudier les mœurs, les usages, la constitution politique , la théologie, les cérémonies religieuses, les lois, la police» la vie publique et i)rivée, etc., des anciens. Alors les monuments , de quelque nature qu'ils soient, quoi que soit leur mérite artistique, ont une très-grande importance aux yeux de l'antiquaire et du philosophe. Les moindres restes, des débris informes , des monnaies à moitié frustes, des inscriptions à moitié effacées, une pierre gravée, un marbre S(ul|)té, peuvent fournir des renseignements aussi précieux que les œuvres les
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mieux conservées et les plus estimées sous le rapport de la forme, d;' la correction et do la perfect on. C'est ce qui fait que, dans l'arclu'olngic, l'antiquaire donne le nom de movtitnent h des objets que le vulj^aire dédaigne; et ([ue, dans les collections d'anti([ues, l'œil de l'homme du monde est étonné de rencontrer des objets qui lui paraissent inutiles et méprisables à côté d'objcis recommandables par la richesse de la matière et celle du travail.
Les ouvrages des beaux -arts peuvent être étudiés aussi comme expression du l-»eau et pour le plaisir que l'on é[)rouve h contempler des tormes sur lesquelles est empreint le cachet divin de la perfection. L'antiquaire habile dans la coiniaissance des œuvres d'art saura ap[)récier le sujet, l'idée, l'esprit, le style, l'exécution. L'objet de cette science su[ipose beaucoup plus que la patience et l'éru'iition : il exige le goût, et surtout ce sentiment délicat des beautés de l'art, qui ne se contente pas des émotions, mais qui comprend, apprécie et juge.
L'antiquité tigurée est la base de l'archéologie. C'est par la vue et la comparaison des monuments de toute espèce, monnaies, médailles, bas-reliefs, pierres gravées, vases, mosaïques, instruments, inscriptions, édifices, statues, que l'on acquiert la connaissance des mœurs, des usages, des coutumes des anciens et de leur goût dans les arts. Demême que les historiens nous racontent les faits généraux qui tiennent h la politique et au-x grandes révolutions des empires, qu'ils nous instruisent des croyances religit^uses, des opinions, des lois, des événements remarquables qui composent l'histoire générale d'un peuple, les archéologues nous initient aux détails de la vie domestique et })arlent à nos yeux, en même temps qu'à notre esprit, en donnant, pour ainsi dire, un corps à l'antiquité.
La première base des études archéologiques est la connaissance dos langues anciennes, celle des historiens et des jioëtes, et celle des monuments écrits ou figurés. 11 faut que l'archéologue s'appuie sur les sciences positives pour parvenir à l'explication des ojjjets représentés sur les monuments, ou à la connaissance des matières employées par les artistes anciens, et qu'il ait une grande connaissance des auteurs classiques, pour appliauer à un monument un trait d'histoire ou ue mythologie, ou un usage de la vie privée. L'étude de l'archéologie olfre donc autant de j)laisir que d'utilité : elle nous transporte vers les temps primitifs et vers l'origine des sociétés ; elle déroule à nos yeux le tableau progressif de la civilisation, nous fait connaître les munirs, les croyances, les opinions, les arts et l'industrie des nations qui n'ont laissé sur la terre que leur souvenir ; elle nous fait connaître le style des momiments de chaque peuf»le, et mémo les diverses époques auxquelles aftpartiennent les divers styles de ces monuments. La comp.iraison des chefsd'œuvre de l'art avec les chefs-d'œuvre de
la lilti'raturo forme une des parties les plus intéressantes de cette étude.
L'archéologie comprend non-seulement l'étude des mommients de l'antiquité profane, mais encore ceux de l'antiquité chrétienne et ceux du moyen dge. Jus(pi'au commencement du siècle" actuel, on donnait une médiocre im[»ortance aux monuments qui ne remontaient pas au delà de l'ère chrétienne, ou au moins, au delà de .la conversion de Constantin. On a fait bonne justice de ces préjugés, et l'on comprend bien aujourd'hui que l'étude des antiquités chrétierinfs, qui pour nous ne peuvent pas être séparées de celle des antiquités nationales, pouvait être aussi utile et aussi intéressante que la connaissance des antiquités de l'Egypte, de \i Grèce et de l'Italie. La réaction contre les vieilles idées de certains archéologues, exclusivement épris d'amour [)our les beauxarts inspirés par le paganisme, a été suivie des plus heureux résultats. On connaît présentent nt et on apprécie mieux le caractère admirable des arts qui ont reçu leur développement sous l'influence des idées clirétieimes. De magnifiques travaux ont été cntrejjris sur un sujet fertde, jusqu'à présent inexploité, et ils resteront désormais comme un permanent témoignage de la révolution scientifique et intellectuelle opérée sous l'influence de pensées généreuses, chrétiennes et patriotiques.
Les auteurs de rEncyclojiédie pittoresque se plaignent amèrement des efforts que nous avons laits et que nous faisons encore chaque jour pour amener le triomphe de plus en plus complet de notre archéologie religieuse et nationale. Permis à eux de regretter la religion poétique des anciens, et de voir avec chagrin que l'on travaille avec ardeur à détrôner les vieilleries mytliologif^ui's dont la brillante imagination des anciens avait peuplé le monde idéal. Nous api'laucHrons toujours aux savants travaux des archéologues français , italiens et anglais, qui mettent en lumière les anivres artistiques d'un Age dont les croyances sont les nôtres et dont la foi, qui a déjà sauvé le monde, sauvera encore nos sociétés modernes ébranlées jusque dans leurs fondements par des doctrines destructrices.
Nous ne prétendons pas qu'il faille abandonner le champ de l'archéologie iirotàne. Dieu nous en garde! Nous y trouverons d'utiles enseignements; et la science y moissonnera longtemps encore d'intéressantes observations, propres à compléter ce que n»us possédons déjà. Que l'archéologie s'élance, dans ses hardies recherciies,jusiprau berceau des sociétés, jusqu'au berceau du monde ; qu'elle ne s'arrête qu'où les monuments cessent d'olfrir à Thistoire leurs [>reuves et leur ai'pui. Dans les hypogées de la vieille Egypte, {[u'eile inliTroge les restes de l'écriture et de la peinture q*ui ornent encore ces anlitiues sépulcres, et les hier tgl\^phes tracés sur les bandelettes gui envelop[»erit les momies. Chez les Assyriens, les Phéniciens, les Etrusques et les Pélasges, qu'elle
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remue les ruines amoncelées par cent générations : nous jiroelamerons avec bonheur les découvertes qui seront faites par les explorateurs qui marcheront sur les traces des nombreux érudits qui ont arraché de si curieux secrets au silence de Tliistoire et à loubli des hommes ! Nous le reconnaissons d'ailleurs, et il est impossible de ne le pas reconnaître : toutes les branches d'une même science peuvent être rattachées au môme tronc; et celui qui cultiverait l'archéologie dans quelqu'une de ses divisions, sans tenir compte des travaux et des découvertes (jui ont été faites ou qui peuvent se faire dans d'autres divisions de la même science, serait dirigé par des idées étroites et bien pou philosophiques.
Division. — L'archéologie se divise en plusieurs parties, suivant les diverses espèces de monuments dont elle traite. L'archéologie proprement dite s'occupe spécialement des monuments d'architecture. On entend [lar céramique l'étude des poteries ; par mimismalique, celle des monnaies et des médailles ; par ylypli'/ue, celle des pierres gravées, intaUles ou camées ; et par toreuiique, celle des ouvrages de ciselure. Viconoyraphie s'applique à l'explication des compositions sculptées, peintes ou gravées, et Vép.grophie, à celle des inscriptions. Lapaléographie traite des inscriptions sur pierre, et la diplomatique, des chartes, diplômes, titres et documents historiques du genre des actes publics et privés n'digés par les notaires ou autres ofticiers publics.
Telles sont les principales divisions établies dans le vaste domaine de l'archéologie générale. Chacune de ces divisions otîre un large cham[) aux investigations des savants, et chacune a été cultivée par des hommes spéciaux. Pour en avoir une idée plus complète, voyez chacun de ces mots.
Uiililé. — L'utilité de l'archéologie ne saurait être contestée après les remarquables travaux scientifiques qu'elle a inspirés. Nous ne reviendrons las sur ce que nous avons déjà dit sur ce sujet. Nous nous bornerons à y ajouter ici quelques courtes rétlexions.
La connaissance des langues et des monuments otfre à l'historien un fil qui le conduit dans le labyrintiie des siècles; au poète et au littérateur, des souvenirs et des images propres à embellir leurs tableaux ; au philosophe, une série non interrompue de faits et d'observations qui se prêtent un appui mutuel et qui fiurnissent une ample matière à ses réflexions. Ces connaissances fécondent l'esprit et l'imagination, et sans elles les dons du génie ne peuvent rien produire de parlait. Le savoir olfre un guide au talent, et perfectionne, en les cultivant, les qualités naturelles. C'est en vivant au iijiliea de l'antiquité, en étudiant les monu-
ments qui nous en restent, que l'on produit et que l'on nourrit en soi cet animus antiquus, dont parle Titc-Live {Lib. lxhi, cap. 13), qui comprend les belles et grandes choses et qui dispose à les imiter.
Quels avantages l'étude de l'archéologie ne procure-t-elle pas à ceux qui cultivent spécialement la science ecclésiastique 1 Nous ne pouvons nous défendre d'exposer quelques réflexions à ce sujet.
Il est impossible de bien entendre l'Ecriture sans avoir quelques connaissances en archéologie. L'Ecriture est tout ensemble le plus ancien et le plus important de tous les livres , lequel renferme l'origine de toutes choses. Mais toutes les choses qui y sont enfermées n'y sont point expliquées. 11 a été écrit sur les lieux mômes d'oii toutes les nations sont sorties , pour se répandre dans toutes les parties de la terre habitable. Chaque nation a donc emporté d'abord les mômes coutumes. 11 est donc d'une extrême importance d'étudier et de recueillir les moindres traces qui se sont conservées dans chaque nation. Plus on pénétrera profondément dans la connaissance de l'antiquité, mieux l'on pourra espérer d'avoir l'intelligence du texte sacré.
Ce serait une grave illusion que de dédaigner la science archéologique sous prétexte qu'elle fait partie de la science profane, qui est inutile pour comjirendre les divines lettres, puisque l'Esprit saint seul peut nous donner l'intelligence des textes inspirés. Les saints Pères, qui seront à jamais nos modèles sous tous les rapports, nous ont donné un bel exemple par leur ardeur et leur persévérance à cultiver les sciences dites profanes, et par leur habileté à s'en servir pour la défense de la religion chrétienne. Si nous avions mis autant de zèle à conserver les écrits des premiers chrétiens, qu'ils en avaient mis à les composer, quels trésors précieux ne posséderions-nous pas 1 quelles richesses magnifiques seraient entre nos mains! quelles armes terribles dont nous pourrions faire usage contre les incrédules modernes et avec lesquelles nous pourrions vaincre les sophistes descendant des sophistes anciens déjà vaincus par ces mêmes armes 1 Les secours que nous tirons de ceux qui nous restent, malheureusement en si petit nombre, feront à jamais beaucoup mieux sentir le prix de ceux que nous avons perdus. Quel fonds pour nous que les Apologies de saint Justin , d'Athénagore , de Théophile d'Antioche , de Tatien ; les ouvrages de Clément d'Alexandrie , d'Origène, d'Eusèbe de Césarée, de saint Cyrille d'Alexandrie, l'Apologétique et plusieurs écrits de Tertullien, l'Octave de JNJinucius Félix, le traité de saint Cypricn de la Vanité des idoles, les ouvrages d'Arnobe , les traités de saint Augustin et de plusieurs autres Pères grecs et latins !
Nous devons étudier les écrits des saints Pères ; c'est une vérité reconnue et procla-
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rnoo |*nr tous. Mais nous rencontrerons ('•gn- Iciiitiit dans ces ouvrages des difficultés qui ne seront résolues qu'à l'aide des connaissances archéologiques. Quand bien niôrae nous su|)poserions qu'un nombre de difiicultés très-restreint ne peut être éciairci [lar la science des antiquités, ce que tous n'adluettent pas, ce ne serait pas encore une raison suftisante pour négliger une étude (^ui peut rendre service à la science sacrée. Tous les honunes instruits qui ont lu les ouvrages des Pères savent que leurs écrits sont semés de traits, de p'irases, d'exj)ressions et d'allégories très-obscures et trèsdiliiciles : toute l'obscurité et la difliculté consistent dans le rapport et l'allusion qu'elles ont avec les usages, les coutumes et le génie de leur siècle et de ceux qui les avaient |)récédés. Il faut donc étudier ces siècles sous tous les rapports, sous peine d'être privés des fruits que l'on relire de la lecture des Pères.
Mais les saints Pères ne se sont pas contentés de nous donner d'excellents modèles de l'usage que l'on doit faire des sciences profanes , ils se sont encore portés jusju'à les conseiller aux tidèles et même jusqu'à leur en faire un précepte. Saint Augustin, dans son grand ouvrage de la Doctrine chrétienne, met dans tout son jour la nécessité d'étudier toutes les sciences profanes. Il n'exclut que celles qui sont nécessairement mauvaises, comme la magie. «Hors de là, dit-il, il n'est point de science stérile, et elles renferment toutes des trésors dont la possession est aussi légitime que celle des dépouilles de l'Egypte à l'égard des Hébreux.» CePère confirme ce qu'il dit par l'exemple de saint Cyprien, de Lactance, de Victorin , d'Optat, dé saint Hilaire et d'une infinité de Grecs.
Saint Grégoire a écrit de fort belles pages sur le même sujet. 11 finit en disant que Dieu a établi un ordre dans les sciences, par lequel il a voulu que les profanes servissent comme d'échelle pour monter aux sacrées, et que la facilité avec laquelle on acquiert les premières, et les lumières qu'elles répandent, fussent la clef desdernières. «Moïse, continue-t-il, à qui l'Eglise est redevable des premiers livres de l'Ecriture , n'a eu garde de renverser cet ordre ; il a commencé j ar former son esprit, et s'instruire dans toutes les sciences des Egyptiens, avant de songer à pénétrer et écrire les vérités divines. L'éloquence d'Elie ne l'a emporté sur celle des autres prophètes que parce
Îu'il n'était pas né dans l'obscurité comme érémie, ni réduit à conduire des bœufs comme Amos; mais qu'étant d'un sang illustre , il avait eu d'excellents maîtres. Entln saint Paul n'a été choisi pour vase (l'élection, et pour être enlevé jusqu'au troisième ciel , qu'après avoir été formé aux pieds de (ianialiel. Il est même hors de doute qu'il n'a surpassé en doctrine les autres a{>ùtrcs que parce que le progrès qu'il avait lait dans les sciences humaines était en quelque sorte la mesure de celui qu'il devait faire dans les connaissances les plus
profondes et If s plus saintes : Fa ideo fartasse per doctrinnm aliis npostolis excellit , quin fulu'ns iii cœlestibus, lerrenn prius studiosus didicit.» (Greg. Magnus, papa, lib. v Expos, in lib. Ucg., cap. vni, sub (in.)
Si nous voulions citer le témoignage du vénéra île Bède, nous aurions à ce sujet des paroles assez curieuses à faire entendre. Bède dit que priver l'esprit de l'étude des sciences profanes, c'est émousser et hébéter l'esprit de ceux qui veulent avoir l'intelligence de l'Ecriture sainte; c'est les arrêter et les empêcher d'y faire aucun progrès. Turbal ocumcn Icgentium et defîcere cogit, gui eos a legendis sœcularibus litteris omnino œstimat prohibendos. (Bed., alleg. Expos, in Samuel.)
Sans aller aussi loin que le Vén. Bède, nous pouvons cependant dire que négliger l'étude des sciences profanes et en particulier de l'archéologie, c'est se priver volontairement d'une fo le de connaissances utiles.
ANTIQUITÉS. — I. On entend communément par aniiquiie's tous les objets qui sont dus à l'art antique et qui sont antérieurs à l'établissement de la religion chrétienne, ou au moins à son triomphe et à la conversion de Constantin. Nous entrerons plus bas dans quelques détails sur la division historique des temps en antiquité, moyen âge et temps modernes. L'art antique auquel on doit les plus beaux monuments de la Grèce et de Rome, comprend l'arcliiteciure, la sculpture, la peinture, la glyptique, la numismatique, la céramique, la plastique, la mosaïque et toutes les productions dans lesquelles le dessin entre pour quelque chose.
Les auteurs ont toujours été fort embarrassés pour déterminer d'une manière exacte ce qu'il faut entendre par V antiquité et le moyen dye, en indiquant une limite naturelle entre ces deux divisions ; de même qu'il a toujours paru diflicile de déterminer à quel moment huit le moyen ;lge et s'ouvrent les temps modernes. Dans son Dictionnaire raisonné de diplomatique, dom de Vaines dit, à la page IG, que par la fiante aniiquilé, en général il faut entendre celle qui précède l'établissement de la domination française; par moyen âge, les siècles suivants, jusqu'au xi'; par bas temps, la durée subséquente, mais antérieure à la renaissance des lettres. Cette dernière division n'a pas été Communément admise. On partage ordinairement l'histoire en trois parties : ïanfiquiié, qui finit à la conversion de Constantin, en 312; le moyen âge, qui commence à cette dernière époque et qui finit à la prise de Constaiitinople par les Turcs en liS-J; enfin les teinpa modernes s'ouvrent à cette époque. Si ces divisions sont conununément admises, sont-elles également rationnelles? C'est une question qui a été longtemps et fortement débattue : elle intéresse plus vivement l'histoire que l'archéologie. Nous ne pouvons pas nous y arrêter longuement.
II. L'Académie française, dans son Dictionnaire, a fixé les dates du moyeu âg9
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aux années iTo et lio3. Ainsi cette période iiistorique commence h la chute de Home et tinit k la prise Je Constantinople. C'est une période de dix siècles.
Un écrivain moderne a fait une réflexion judicieuse sur la première des dates fixées par l'Académie. « Ceux, dit M. Granier de Cassagnac, qui allégueraient l'opinion de l'Académie sur le sens du mot moyen âge, tomberaient évidemment dans deux erreurs : premièrement, ils confondraient le moyen fige avec le Bas-Empire ; secondement, ils feraient tomber l'empire romain un an trop tôt, le dernier empereur d'Occident, Augustule, n'ayant été pris et relégué dans le château de Lucullane, par Odoacre, roi des Hérulcs, qu'au mois de septembre 476, d'après VArt de vérifier les dates. »
Cette critique est juste. Elle eût été plus complète et })lus instructive, si elle eût indiqué la date qui sépare le Bas-Empire du moyen Age. Les Bénédictins de Saint-Maur, dans leurs écrits sur la diplomatique et la paléograpliie, ont émis une opinion ditîérente de celie de l'Académie sur les bornes du moyen âge. Dom de Vaines l'a résumée dans la phrase que nous avons citée cidessus. Ainsi, selon ce sentiment, le moyen âge commencerait dans l'année i20 avec Pharamond 1", roi des Français, et serait antérieur de 56 ans à la date fixée par l'Académie. La confusion du moyen âge avec le Bas-Empire subsisterait donc, et il y aurait même une dilférence d'un demi-siècle.
Quant à la fin du moyen âge, elle précéderait de quatre siècles et demi la date fixée par l'Académie ; et ce sont ces quatre siècles et demi auxquels dom de Vaines a donné le nom de bas temps.
Un autre auteur, d'une autorité non médiocre, Dumersan, dans ses Elémnts numismaiiques, professe une opinion toute op])0sée à celle des Bénédictins sur l'époque des bas temps. En parlant du denier et du quinaire d'or, Dumersan s'exprime de la sorte : « Quelques pièces d'or de plus grands modules se trouvent sous les empereurs ; il en existe même des bas temps de dimension fort grande. Il est probable que ces pièces, nommées communément médaillons d'or latins, n'étaient pas des monnaies. »
Il ne nous appartient pas de donner notre âvis dans une question de cette nature. Nous ei[)Oserons ici le sentiment du colonel Quentin. « Au miheu de ces opinions toutes contradictoires, qu'il nous soit permis d'en établir une que nous appuierons sur la numismatique et l'histoire. Elle sera exempte de la confusion reprochée à la limite fixée par l'Académie, et fixera avec probabilité les incertitudes sur l'époque des bas temps.
« Un grand événement nous paraît séparer le Bas-Empire du moyen âge, et cet événement est la fondation de l'empire de Charlemagne. Ce prince fut couronné em- ])ereur des Komauis le 25 décembre 801. Or le Bas-Empire avait cessé alors d'être latin ; il était devenu Uyzantin. La numismatique vient au secojrs de l'histoire pour
appuyer ces deux faits. L'un est justifié par l'introduction des lettres grecques dans les légendes des monnaies de l'empire d'Orient, introduction dont les premiers signes parurent sous les deux Tibère, dans les vingt dernières années du vi' siècle. L'autre fait est établi par un sceau frappé à Rome, à l'effigie de Charlemagne, sceau publié par Leblanc et qui est placé aujourd'hui dans la collection des médailles de la bibliothèque Royale. Ce sceau porte la légende latine D. N. Karu s iMP. PERPETuus, et au revers la porte d'une ville surmontée d'une croix, avec cette légende d'une signification importante et positive : Re:<ova.tio Romam iMi'ERii , et à l'exergue, RoMA. Plusieurs monnaies de Charlemagne, frapiiées à Rome, luidonnentle titre d'empereur: Karolus imp., et portent au revers l'effigie de saint Pierre, avec la légende S. C. S. Petrus. Voilà donc le renouvellement de l'empire romain constaté par des monuments numismatiques qui nous semblent d'autant mieux indiquer le commencement du moyen âge, qu'il exempte de toute confusion avec le Bas-Empire et avec le bas temps.
« Mais comment désigner le temps écoulé depuis la chute de l'empire romain jusqu'à son renouvellement par Charlemagne? Ce temps forme une période de 325 ans, pendant laquelle s'éleva en Italie la domination des Lombards, et dans les Gaules celle des Francs et de nos rois de la première race. Cette époque ne pourrait-elle pas être appelée celle des bat temps ? »
L'opinion de M. Quentin paraît bien motivée. Nous ne poursuivrons pas plus longuement cet exposé historique : nous serions entraîné trop loin de notre but spécial. Nous acceptons les divisions généralement adoptées; et, pour nos études archéologiques proprement dites, elles ^'adaptent assez aisément aux périodes artistiques généralement admises. Voy. Classification.
IIL Dans le Dictionnaire d'Arch 'ologie sacrée, comme dans nos autres écrits, nous employons souvent l'expression d'antiquité ecclésiastique. Il n'est pas hors de propos d'en indiquer la signification précise. Les ouvrages d'art qui appartiennent à l'antiquité ecclésiastique sont ceux qui ont été exécutés depuis l'établissement du christianisme jusqu'à la conversion de Constantin le Grand. C'est donc dans la profondeur des Catacombes qu'on les retrouve communément et ils portent un cachet d'archaïsme tout particulier. Ces ouvrages, de quelque genre qu'ils soient, ont une importance très-grande et un charme spécial, en raison môme du temps auquel ils ont été exécutés. Voy. Catacombes.
IV. Pour bien connaître l'antiquité ecclésiastique , pour exposer exactement les ]ihases diverses de l'art chrétien pendant toute la durée du moyen âge, il ne suffit pas d'avoir une éruiitiou variée et profond(^ de recueillir un grand nombre de faits méthodi(iuement classés ; avec toutes ces qualités on peut être un antiquaire inexact ou
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superficiel : il faut surtout un cœur sympathique et probe, qui saclie sentir et comprondre ; il faut outrer dans l'étude de l'anti(juité et du moyen Age religieux en chrétien et en catliolique. De notre temps, on a cru qu'il n'était point nécessaire de croire à l'Eghse catholique, de connaître ses dogmes, d'être plein de son esprit, pour apprécier la marche, le développement, les progrès, la haute portée et la belle signilication des arts inspirés par la religion et protégés j)ar l'Eglise. De là des erreurs nombreuses, des sophismes, des mensonges. C'est que la froide science est insuftisante à donner l'entière compréhension des faits soit artistiques, soit historiques. Quand on n'est pas guidé dans l'étude des œuvres religieuses par le flambeau de la foi, on se laisse entraîner à des systèmes plus ou moins ingénieux, plus ou moins erronés, qui n'ont aucun fondement dans la réalité et qui ne reposent que sur les rôves dorés de l'imagination. Ne l)oint voir Dieu dans l'histoire , ne point voir l'Eglise catholique dans l'histoire du moyen âge, c'est se condamner à l'aveuglement. N'en est-il pas de môme quand on prétend étudier l'archéologie chrétienne en dehors des croyances chrétiennes et de l'enseignement divin de l'Eglise catholique ? ARCHITECTE. — I. L'architecte, c'est-àdire l'artiste qui conçoit et dresse les plans d'un édifice, d'un monument, et qui en surveille l'exécution, était désigné primitivement sous le nom de maître-ès-œuvres, de maître de l'œuvre, de maître-maçon. Celui qui était spécialement chargé de diriger les travaux de construction, quant aux détails, était nommé cœmenlarius. Il paraît, d'après quelques auteurs, dont l'opinion est appuyée sur des documents historiques, que le titre d'architecte fut donné pour la première fois aux ingénieurs militaires, et que l'emploi n'en remonte pas au delà du xvr siècle.
La plupart des architectes qui élevèrent les plus beaux monuments du moyen âge étaient des évoques, des abbés, de simples prêtres et de simples moines, dont le talent naissait, croissait, se développait, se perfectionnait à l'ombre du sanctuaire et du cloître. Cette circonstance, ainsi que le génie profondément chrétien du moyen cige , nous explique le caractère éminemment religieux des édifices de cette époque. Nous y trouvons aussi la seule explication possible à la rapidité extraordinaire avec laquelle on élevait ces monuments gigantesques, à l'enthousiasme jneux avec lequel les j)opulations se livraient à l'exécuiiuu de l'œuvre sainte, à l'harmonie merveilleuse qui règne dans fouîtes les parties de ces immenses basiliques, 'où tout est en rapport avec les besoins du culte et avec les prescriptions de la liturgie. Tandis que la société était sans cesse agitée par dos passions ardentes et diverses, et que la féodalité remuait la multitude au profit de rivalités ambitieuses, la religion entreprenait et aihevait de vastes éditices qui fout aujourd'hui et qui feront à jamais l'admiration dco hommes.
Nous avons donné quelques détails sur ce fait remarquable dans nus Cathédrales de France (pag. 459 et suiv.) Il a été mentionné par tous les écrivains, sans exception, qui ont étudié l'histoire du moyen Age. C'est do nos jours seulement que l'on s'est ofrorcé d'en diminuer l'importance et d'en amoindrir la portée. Nous ne saurions souscrire aux assertions erronées de certains arciiéologues qui prennent les fantaisies de leur imagination [)Our guide et règle de leurs jugements. Suivant eux, l'architecture romanobyzantine représenterait le régime ecclésiastique et ce qu'ils a[)pelk'nt l'art sacerdotal, tandis que l'architecture ogivale serait le magnifique symbole de l'alfranchissement de l'esprit laïque repoussant les exigences de l'école cléricale. Il suffit d'être initié aux connaissances vraiment archéologiques et historiques pour réduire à leur juste valeur des théories qui sont condamnées partons les faits historiques et qui répugnent essentiellement aux idées dominantes du siècle auquel on les attribue.
Pendant toute la durée du moyen Age, les architectes les plus habiles et les plus illustres furent des ecclésiastiques. Durant la même période, un certain nombre d'artistes laïques se fit justement distinguer, sans que jamais entre les premiers et les derniers on vît cet esprit de rivalité et de jalousie qui divise si fréquemment et si malheureusement les architectes de nos jours.
Au XI' et au xii' siècle, nous voyons se former en France, sous la direction des ecclésiastiques, des corporations religieuses uniquement consacrées à la construction des églises, sous le nom de Bâtisseurs d'églises et de Logeurs du bon Dieu. Si la société, considérée dans son organisation générale, n'est pas propre à seconder les grandes entreprises, le principe d'association y supplée autant qu'il est possible ; il augmente les ressources, et en crée, pour ainsi dire, de nouvelles. Aussi trouvons-nous fréquemment au moyen Age des corporations pour l'exercice des principales industries : corpo' ration des orfèvres, des forgerons, des imagiers, etc. Chaque corporation a sa bannière et son saint. La bannière devient le drapeau de l'association ou de la petite nation d'ouvriers qui la suit. L'enseigne est le blason particulier de chaque fîmiille , blason marchand qui n'est pas moins respecté par ceux à qui il appartient, que le blason nobiliaire parles hauts barons.
Ce n'est guère qu'à partir du xv* siècle que l'architecture fut plus s|)écialement cultivée par des artistes laï(iues. C'est aussi à dater de cette époque que les belles traditions anciennes dépérissent et tombent. L'allégorie détrône le symbolisme , l'esprit prend la place de la naïveté. Le caprice de la modo pénètre jus(fue dans l'église et bientôt , à l'épociue dite de la Renaissance, nous verrons entrer jus |ue dans le sanctuaire des compositions moitié [»aïeiines, moitié chrétiennes, où s'étaleront a l'aise les idées saliri-
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