‹ Dictionnaire d'archéologie sacréeChapitre 60 sur 195 · AT\C · texte numérisé non relu

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quos, bouiTonnes et môme licencieuses du xvr siècle.

Si nous voulions nommer les architectes chrétiens les plus anciens et les plus renomni(5s, nous aurions à dresser un catalogue presque infini. Nous ne saurions toutefois passer sous silence les noms de saint Grégoire de ïouis, de saint Perpet et de Léon, aussi évoques de Tours; de saint Germain et de Maurice de Sullj, évoques de Paris; d'Asricola, évoque de Châlons; de Fulbert, évoque de Chartres; d'Arnoul de Beauvais, évèque de Rochester, en Angleterre ; d'Alexandre, né en Normandie, et évoque de Lincoln, en Angleterre; de Jean de la Villette, né à Tours, et évoque de Wells, en Angleterre, etc., etc.

Depuis quelques années, et sur l'invitation du comité historique des arts et monuments, on a recherché avec ardeur, dans toutes les parties de la France, lenom des architectes et des artistes qui ont fleuri au moyen âge. Il est résulté de cet appel qu'un grand nombre do noms a été signalé dans chaque province, et que M. Didron, secrétaire du comité, a été chargé de publier à paît les documents nombreux qui ont été recueillis à ce sujet. Il est bien à craindre que, dans les longs catalogues envoyés au comilé et qui vont être publiés, il ne se trouve beaucoup plus de noms de simples ouvriers que de véritables artistes. Au moyen âge, l'art et l'industrie ne sont pas distincts comme aujourd'hui. II n'y a pas alors entre la profession et le métier cette distinction que les idées modernes ont faste. L'encyclopédiste du xni' siècle, Vincent de Beauvai s, dans son specii/umdocfn"na/e (il/ îroir de la science), comprend tous les arts et tous les métiers sous le titre général d'art mécanique. Dans la langue du moyen âge, seit savante, soit vulgaire, les mêmes mots s'appliquent à l'art et au métier. Ariifex, qu'on a voulu opposer à operarius, rarement era[)loyé d'ailleurs, désigne aussi l'ouvrier, comme artificium désigne le métier. Ars a une signification plus générale , mais ordinaiiement littéraire. Arlista veut dire l'homme habile dans les arts libéraux. Operarius serait peut-être une expression plus noble, ainsi que opus, désignant plutôt le produit du génie de Ihomme que le travail de ses luaius ; mais il est aussi communément employé pour simple ouvrier. Officium est un autre mot qui prend quelquefois un sens ]ilus ambitieux, vnnisterium ou misterium, s'appliquent également au métier. Les mots itKKjister , scholaris , discipulus, empruntés aux professions littéraires, sont employés pour désigner les maîtres et les apprentis dans tous les métiers. Il y a donc synonymie constante entre le tiavad des mains et la production de l'esprit, au moins quant à la production des œuvres où le beau artistique a son expression. Par là se manifeste une véritable égalité entre les travailleurs, au moyen ;lge, que l'art lui-môme, du reste, s'est chargé de figurer et de traduire à tous

les yeux; les arts libéraux et les métiers se montrent sculptés au môme titre et à des places également honorables sur le portail des cathédrales. Cet esprit d'égalité a de quoi nous surprendre depuis la prépondérance des académies et la manie de privilège et de distinction qui en est sortie; mais iJ n'a rien que de conforme à ce que nous savons des sentiments de dévouement religieux et de hiérarchie sociale qui caractérisent le moyen âge. Il n'est pas inouï d'ailleurs dans riiistoire de l'art, puisque ce n'étaient que des ouvriers, ces potiers de Corinthe ou de Vulci, dont les ouvrages font l'admiation des juges les plus difficiles. L'égalité entre tous les travailleurs était consacrée, au moyen âge, par les idées religieuses. Les monastères, où se pouvait le mieux réaliser la société chrétienne, avaient accueilli sans distinction le travail des mains, celui do l'intelligence et cet autre travail qui suppose un égal exercice de l'esprit et do la main. Dans l'enceinte des villes, les mêmes habitudes s'étaient conservées au sein des corps de métiers qui composaient l'organisation industrielle de la cité. La corporation, la confrérie des travailleurs, tout en maintenant légalité du travail, explique l'harmonie, la constance et la pureté de l'art religieux ; surtout si l'on y joint l'influence des idées hiératiques, influence que l'on contesterait en vain , puisqu'elle est apparente et évidente dans le plus grand nombre des monuments chrétiens.

Dans cet article sur les architectes du moyen âge, nous ferions un grave oubli si nous passions sous silence un ouvrage remarquable de MM. J. Renouvier et Ad. Ricard, intitulé : Des maîtres de pierre et des autres artistes gothiques de Montpellier. Quoique cetouvrageofTre spécialement un intérêt de localité, on y trouve cependant des détails fort curieux sur les artistes au moyen âge. L'organisation du travail et des travailleurs étant à peu près la même dans toutes les villes de France à cette époque reculée, c'est donc un service éminent rendu à celte partie de notre histoire de l'archéologie, par MM. Renouvier et Ricard, que le livre qu'ils viennent do publier. Nous en citerons seulement quelques lignes.

« Les artistes et les ouvriers constru'sant en pierre sont désignés à Montpellier par les noms de magister lapidum, mnghter de petra , peijrerius , lapicida, dans les titres latins ; maistres de peyra et pcyrier, dans les textes en langue vulgaire ; et enfin , quand l.'î français s'introduisit, masson et architecte. Ces termes sont employés inuilféremraont ; bien que celui de maître de pierre paraisse généralement plus relevé, celui de peyrier s'applique certainement à l'architecte ; nous le verrons donné à des maîtres des œuvres royaux, et tous se montrent souvent appliqués aux mêmes inliviiius

« Le règlement des n^açons d'Etienne Bol-

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leau {Livre desmeslicrs, paij. 108), dans Ic-

3iK'l saint Louis donne la mestrise , et (jni éclarc les tailleurs de pierre exempts du guet très le tans de Charles Afartel, indique déjà (|u"il n'est [)oint tii-ccssairc de faire de ce métier une institution exeeptionnelle, d'y voir une soeiiUé plus s crête, un cor-ps p us libre que les autres. Les corj s de métiers, tels qu'ils nous apparaissent dans la eité du moyen A ie, ne laissent jkis de place pour les franes-maeons. Nous ne voulons j)as nier l'association maeonniipie de Dolzingcr au xv' siècle, la logo dlù-win de Steinbach au xnr, et même des associations plus secrètes et plus anciennes; mais, quand ou les aura dévoilées , ce ne seront encore que des exceptions. Les constructeurs sont u abord dans l'Eglise, puis dans la commune; c'est dans l'Eglise et dans la commune qu'il faut chercher riiistoiro des architectes, comme celle des autres artistes. {Voy. Artiste, Franc-Maçon.)

« Les statuts de la confrérie des peyriers de Montpellier sont de 1365. Il n'y a rien qui concerne l'exercice du métier. On peut supposer, si l'on veut, des statuts particuliers restant secrets et concernant les pratiques de la profession; mais rien n'indique une de ces associations secrètes cachant sous des rites géométriques les procédés de leur art , et remontant à l'architecte biblique Iram ; rien ne dénote une de ces loges de francs-maçons comme celle que fonda , dit-on , à Strasbourg Erwin de Steinbach , loges dont on a tant parlé, sans les connaître, et auxquelles on a attribué tant d'influence et jusqu'à l'origine de l'ogive. Les règlements des maçons de Paris, enregistrés par Etienne Boileau, ne sont pas plus explicites. Le secret du métier y est cependant mieux constaté par l'engagement que prennent les maîtres de ne montrer nul point de leur métier aux aides et valets qu'ils peuvent prendre, et qui sont ainsi bien distingués des apprentis.

« Deux cents ans après la rédaction de ces règlements, les maçons architectes de Montpellier se plaignaient que leurs statuts étant brûlés, perdus et adirés, plusieurs ignorants s'étaient entremis et ingérés d'exercer la maçonnerie et l'architi'Cture, au grand dommagedu public, l'ouvrage n'étant fait suivant l'ordre d'architecture ; et Henri III, qui , dans son édit de 1581, avait donné le règlement le plus général sur les maîtrises, confirma et octroya, en 1586, les nouveaux statuts qu'ils avaient rédigés et soumis à la cour de son gouverneur à Montpellier. Il n'est plus question ici de charité le jour de l'Ascension, et de lampe à Notre-Dame-des- Tables, mais de la sublimité de l'architecture et de l'érudition. L'art est encore confondu avec le métier, comme au moyen Age, mais il est loué dans des termes ap- [tartenant à la langue de la Renaissance. On établit dans ces statuts les conditions de l'apprentissage et du compagnonnage, la Cf)nfection et la réception du (■hcl'-d'(L'Uvre ; on fixe des cotisations et des amendes, applicables moitié au roi, moitié à la botte DiCTioNN. d'Arcuéglogie sacrée, 1.

du métier, destinée à assister les pauvres maîtres et compagnons sou(rreteux;on pose les règles de l'élection des prévôts, qui tiennent la boîte du métier et font l'inspection des ouvrages de maçonnerie exéeuli'S dans la ville , pour s'assurer qu'ils sont iails suivant l'art de l'architecture. Ces règlc'ments tout civils ne se confondaient pas, du reste, avec les règlements de la confrérie, qui étaient gardés dans l'église de Saint-(iuillem.

ARCHITECTONIQUE. —Cette expression est employée en deux sens. Prise adjectivement, elle signifie, qui a rap[)ort à l'architecture, qui a pour objet l'arcliitecture, ([ui tient à l'architecture. Prise substantivement, elle signifie, l'art de l'architecture : on dit, dans ce sens, enseigner rarchitectonique.

ARCHlïECTONOr.RAPHE. — Dessinateur ou écrivain cpii s'occupe de la reproduction ou de la description et de l'histoire des monuments d'architecture. Autrefoi."^, en France, il y avait un architectonogra[)ho chargé d'écrire l'histoire des bâtiments de la couronne : on le qualifiait dhistoriographe des bâtiments.

ARCHITECTONOGRAPHIE. — L'art ou la science qui consiste à reproduire par le dessin ou à décrire les monuments de l'architecture. Palladio, Piétro, Bellori et Sandrat de Nuremberg ont traité de l'architectonographie.

ARCHITECTURAL. — Qui tient à l'architecture. On dit l'art architectural, la science architecturale.

ARCHITECTURE. — I. L'architecture esl l'art de bien bâtir, suivant des règles et des proportions déterminées, de sorte que chaque édifice ait toutes les perfections dont sa destination le rond susceptible, et qu'il se distingue par l'ordre, la convenance de la distribution intérieure, la beauté des formes, un caractère convenable, la régularité, et le bon goût des ornements extérieurs et intérieurs.

On divise communément rarchitecturo en :

Architecture religieuse,

Architecture civile,

Architecture militaire,

Architecture navale.

Indépendamment des règles générales qui leur sont communes, chacune de ces classes a ses règles, S'Ui style, ses convenances particulières.

Nous nous occupons seulement de l'architecture religieuse. C'est celle qui a pour objet la construction des édifices consacrés au culte, et, par suite, leur réparation, leur restauration, leur entretien.

L'architecture religieuse, entendue dans son sens le i)lus large, comprend deux périodes:

La période païenne,

La période chrétienne.

La première embrasse le temps qui a ivV'cédé l'établissement du christianisme

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(Il en faut toutefois excepter rarohitectiire qui fut en vigueur dioz les Juifs et qui lut consacrée h riionn»mr du vrai Dieu). La seconde comprend tout celui qui s'est écoulé depuis l'établissement du christialiismc jusqu'à l'époque dite de la Renaissance, où 1 architcclure, après quelques nioînrnls d'hésitation, est revenue au style usit.'durant la période païenne. Il faut not-T q le, durant les premiers siècles de l'Eiilise jusqu'à la conversion de Constantin le Grand, l'architecture chrétienne n'avait point encore de style propre et caractérisé. Ce n'est f[:i'h partir de la cessation des persécutions ()uc l'architecture chrétienne entra dans lino voie nouvelle, et qu'elle commença cette marche glorieuse qui devait conduire aux immortels édifices du xin* et du xiv' siècle.

I/architecturo païenne, ou classique, se caractérise par ses ordres.

L'architecture chrétienne, ou du moyen tige, se caractérise p^r ses époques.

L'ordre se déteriidne par la ffïrrac et les pro;;ortions particulières delà colonne et do l'cntaMement. Les anciens avaient cinq ordres darchiteclurc ainsi dénommés :

Ordre toscan.

Ordre (lori(iuo,

Ordre ionique,

Ordre corinlliicn.

Ordre composite.

Ils no les employaient pas indifféremment pour toute construction : il y avait, pour chaque ordre, une destination spéciale.

{Voy. OuDRE, Chapiteau, Colonne, Entablement.)

Les époques de l'architecture du moyen figG ne sont pas moins bien définies que les ordres de l'architecture classique. Celui qui le contesterait tomberait d.ms une grave erreur. Et ce serait étrang^micnt s'abuser que de croire que les ordres antiques d'architecture ont toujours et partout possédé la régularité et la perfection que nous avons observées dans ceux qui ont été regardés comme types. Il y a quatre époques principales qui ont dominé dans l'architecture religiîusc en France «t dans le centre et le nord de l'Europe, durant le moyen «Ige, si no<is y comp-renons le style de la itenaissance, qui n'a[)partient pas au moyen ilge proprement dit.

La première é[>oquo , ou l'architecture

rouiano-byzanlino primordiale, autrement

'^ dite aichiiecture ^allo- romaine, romane

primitiv:flr, style latin, etc., qui, chez nous,

conunence à Clovis et se termine à l'an 1000.

L'époque romano-byzantine proprement dite, (jui embrasse le xi' siècle tout entier el la plus grande partie du xn'.

L'ép.oq ;e ogivale, qui commence à la fin du \\\' siècle et s'étend jusqu'au commencrment du x\\'.

Enfin l'époque de la Renaissance, qui ré,!;na dejMns le commencoment du xvi' série et ne s'étendit guère au delà du milieu ,!e ce même xrr siècle. {Voy. Age des

MuNtMEMS, ClASSUICATIÛN.)

AUC t;î

Nous renvoyons aux articles Onrmr, Ionique, DouiQL'E, etc., ce que nous avons k diro de particulier sur l'architecture antique. Nous exp.osorons ici et très-hrièvement les caractères de rarchitecture propre aux plus anciennes nations civilisées : nous envisagerons les monuments qui en ont été le produit uniquement au point de vue religieux. î\îais avant de commencer cet exposé, nous donnerons quelques considérations sur les causes delà décadence de l'architecture romaine sous les premiers empereurs.

Si cela ne nous entraînait pas hors de notre sujet, nous montrerions par des détails histoiiques que l'art fut entraîné vers sa ruine par les mêmes circonstances civiles et politiques qui flétrirent cette fleur de sentiment et détruisirent ce goût épuré pour les belles choses, qui semblent être le résultat de la paix, et, nous pouvons le dire, surtout de la vertu.

Il paraît constant que c'est dans l'intervallo du règne de Commode à celui de Constantin que commence la réui.ion des ca ses générales de la décadence de l'empire romain, dont celle des sciences, des lettres, des arts, fut la suite.

Comment alors aurait-on pu se livrera leur culture? Dans quelles contrées leurs monuments auraient-ils été exécutés avec le soin et le goût qu'ils exigent ? Certes, ee n'eût pas été à Rome. Avibs sous le despotisme, privés de leurs richesses par des proscri})tions successives, ou liv/és aux intrigues de cour, les sénateurs, les chefs des anciennes et illustres familles, en perdant le calme de l'esprit et le repos de l'âme, avaient perdu l'amour des arts; ils ne s'en occuj aient guère, et bien moins encore cette jeunesse dépravée, abandonnée à tous les vices, dont souvent elle trouvait sur le trône l'exemplo et l'excuse.

En suivant la série des empereurs, que voyons-nous? Des empereurs avilis dans le l'jxe et ta débauche, ou des soldats de fortune, non moins vicieux que les autres.

Sous de tels princes les beaux-arts ne pouvaient prospérer.

L'inllueiice des nations barbares ne fut pas instantanée ; mais précisément parce qu'elle fut lente et insensible, elle n'eu fut que plus puissante. Peu à peu les principes s'altèrent sous une action, [lour ainsi dire, inapprécialile, et dont les effets ne devinrent que plus apjtarerits après de longues années. Les soldats que le bonheur de la guerre ou des causes plus ou moins extraordinair;'S portèrent sur le trône n'avaient pas le gOut assez épuré pour donner à la culture des belles-lettres et des beaux-arts une direction éclairée. Cependant tous voulaient par les monuments laisser un souvenir de leur furtune : leur puissance avait besoin d'ôtro attestée à la postérité par quekpie édifice de grande dimension. De là ces constructions de toute e£['ècc dans lesquelles nous voyons

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