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maintenir on }ilacc les pierres do grand ajipareil les retiennent avec beaucoip de loree et les empêchent de se séparer. On en a fait peu d'usage au moyen /Ige : leur emploi est préférable aux tenons en fer extérieurs.
ARQUÉ.— On donne le nom de tombeaux arqués, monuvienta orcwa^a, dans lesCatacombcs, à des tombeaux creusés dans le tuf volcanique et surmontés d'une espèce d'arcade semi-circulaire. Les monumenta arcuala ont ctO décorés avec grand soin. C'est sur les parois extérieures de ces tombeaux, sur la courbure et sur l'intrados de l'arc, que l'on Q retrouvé les l'rincipales peintures chrétiennes primitives.
C'est à la disposition des monuments arqués que l'on reconnaît les différents tiges auxquels les Catacombes ont été peuplées de corps chrétiens. On observe, en effet, un grand nombre de tombeaux arqués, décorés avec luxe, dont les peintures ont été en partie détruites par l'établissement de nouvelles sépultures. On voit ainsi que, les corridors souterrains étant remplis par la mort, on a été forcé de détériorer les tombeaux primitifs, pour en creuser do nouveaux. Les auteurs de la Rome souterraine ont reproduit, à l'aidcde lagravure, plusieurs monuments ainsi détériorés. Voy. Catacombes.
ARKACHEMENT.— On appelé arrac//emenr, en terme d'architecture, les pierres d'attente et les inégalités laissées h dessein à une partie de maçonnerie pour former liaison avec d'autre maçonnerie que l'on voudra joindre. Quand on étudie un édifice ancien, construit à diverses époques, la trace des arrachements est un des meilleurs moyens de distinguer l'œuvre primitive des parties ajoutées. C'est encore à l'aide des arrachements que l'on parvient à reconnaître les restaurations faites, môme peu de temps après la construction primitive, dans les monuments du moyen dge. N'est-ce pas souvent pour avoir manqué à faire des remarques de ce genre, que certains arcliéologues sont tombés dans de graves erreurs dans la description de quelques-uns de nos plus vieux monuments ? Il arrive en effet assez fréquemment de rencontrer dans une vieille muraille romane une fenêtre ogivale, voire môme de l'époque flamboyante. L'œil le plus distrait aura peine à se laisser égarer, en cette occasion. Mais, quand à une chap.'Ue du xni' siècle, on verra une belle fenêtre rayonnante du xiv% comme cela existe dans deux chapelles absidales h. l'église m:?tropolitaine de Tours , comment reconnaitra-t-on le travail d'une époque postérieure, si l'on ne fait pas attention à la dilférence des appareils et aux vestiges des arrachements? Il n'y a peut-être pas d'église antique, de grande dimension, où l'on ne trouve matière à faire des observations de ce genre.
On dit quelquefois qu'une portion de bâtiment est construite en arrachement, quand elle forme saillie sur le plan du bâtiment principal. Ainsi, les croisillons du transsept d'une église seraient en arrachement sur la ïief. Dans certaines églises romano-byzau-
tincs, les chapelles sont en arrachement sur les croisillons. Il y a aussi des porches qui s nt b*tis en arrachement.
ARRIÈRE-CHOEUR. — Suivant d'ATiler, onapj)eIle arrière-chœur celui d'un couvent qui est derrière le grand autel, et contenu dans le corps de l'église, ou sépa'é par un mur percé de quelques ouvertures, conmie à plusieurs églises de l'ordre de Saint-François.
On avait divisé anciennement la région absidale de certaines grandes églises en trois parties : le chœur, le sanctuaire etl'arrièrechœur. Cette disposition existe encore à la cathédrale de Reims : on en voit également des souvenirs dans plusieurs antiques églises d'Angleterre. Le chœur de l'égHse métropolitaine de Reims, trop étroit pour les grandes cérémonies du sacre des rois de France, a été agrandi aux dépens de la croisée et même delà nef majeure, sur laquelle il empiète de la longueur de trois travées. Ce chœur, démesurément vaste pour les cérémonies ordinaires, semble rétrécir les proportions de l'intérieur. Resserré dans ses véritables dimensions, il produirait certainement un meilleur effet que dans l'état actuel 011 il occupe à lui seul h peu près la moitié de l'église. Comme nous le disions tout-à-l'heure, il se divise en trois parties : le chœur proprement dit, le sanctuaire et l'arrière-chœur. Les deux premières ont une destination toute naturelle ; la troisième était jadis occupée par le trésor de l'église, précieux dépôt des riches offrandes des monarques, des princes, des prélats, des seigneurs. Il renfermait un nombre prodigieux de chefs-d'œuvre d'orfèvrerie, vases sacrés, reliquaires, images de la sainte Vierge et de différents saints en or et en argent massifs. Tous ces objets, inappréciables aux yeux de la religion, et d'une valeur inestimable considérés simplemont sous le rapport artistique , ont été anéantis dans le creuset révolutionnaire. Aujourd'hui que de toutes ces richesses on ne conserve plus que le souvenir, on pourrait placer l'autel au lieu qui lui est spécialement consacré.
Nous pourrions citer quelques faits encore analogues à celui de la cathédrale de Reims. Mais ces exemj)les ne remontent pas généralement à une haute antiquité, et nous pouvons ajouter que lacréation de l'arrière-chœur est plutôt condamnable que louable. Il faut une grave raison liturgique pour en motiver l'existence. Ainsi, à Saint-Remi de Reims, le tombeau du grand évêque de Reims, dans l'éjilise qui lui est consacrée, est placé dans l'arrière-chœur. Ainsi jadis, à Saint-Martin de Tours, on voyait le tombeau du Thaumaturge des Gaules également situé dans i'urrière-chœur.
ARRIÈRE - CORPS. — Terme d'architecture qui sert à désigner les membres d'un édifice qui sont en arrière de la ligne du [ilan , ou bien qui sont renfoncées jiar rapport à certaines parties saillantes ou en avant-corps.
Dans les A/cmojre.î de 7'rei-oMjr on lit que l'Eglise de Saint-Pierre de Rome et les églises bd-
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lies h son imitation, nesont pas les plus beaux monuments d'arcliiletHureqiii soient au monde, parce que-ce n'est qu'un com[)Os6 d'une grande quantité d'arcades très-massives, dont les pieds-droits aussi massifs servent d'arrière-corps à des pilastres.
Kn orfèvrerie, en seirurerie et dans la sculpture, quand il s'agit de bas-reliefs, tous les ornements ou morceaux ajoutés au nu d'un ouvrage, sont tlits en saillie sur l'arrièrc-corps. Cette dernière manière 'de parler est moins usitée que celle qui s'a;)[!]ique aux monuments d'arcliitecture.
AIUUÈRE-VOUSSUUE. — L'arrièrc-voussure est une sorte do petite voûte, dont le nom exprime la position, parce qu'elle n<^ se met que derrière l'ouverture d'une baie de porte ou de fenêtre, dans l'épaisseur d'un mur, au-dedans de la feuillure du tableau, des pieds-droits. Son usage est de donner de l'évasement, soit en dehors, soit en dedans, h l'ouverturo de la baie, et de la raccorder avec (juelquc autre partie de l'architecture. Les arrière-voussures sont en plein ceintre ou en arceau: dansée dernier cas, on les appelle bombées. On distingue trois sortes d'arrière-voussures : celle qui est pratiquée du côté de l'intérieur de l'édifice, qu'on appelle arrière-voussure de Saint-Antoine, parce qu'elle a été exécutée à la porte Saint- Antoine, à Paris ; celle qui est pratiquée du côté extérieur de la façade, que l'on appelle arrière-voussure do Mont[)ellier; et enfin, l'arrièrc-voussure de ^îarseille, dont J'arc est surbaissé, et qui s'applique à une baie cintrée de plein cintre.
Quelquefois les arrière-voussures sont destinées à faire fermer la porte plus exactement ; d'autrefois et le plus souvent au moyen âge, les arrière-voussures ne sont que des arcs en décharge, placés i)our soula:ïer le linteau.
ART. — JJans un ouvrage spécialement destiné h faire connaître et apjirécier le produit des arts religieux, nous devons exposer quelques réflexions sur l'art, considéré en général, et sur le caractère de l'art chrétien et de l'art iirofane. Nous donnerons peu de considérations philosophiijues, et nous aimons mieux, dans cette matière délicate etdifficile, nous en tenir h ce que nous avons appris des maîtres, que de nous lancer dans des spéculations où nous pourrions nous égarer. Nous avons traité la même question sous un autre j)oint de vue au mot Esthétique. — (Voy. ce mot.)
L'art, pris dans sa plus générale signification, est une représentation. L'Ame humaine , vivement impr(;ssionnée par ses pensées et par ses sensations , tond h en représenter l'objet h l'extérieur. Tant que la pensée et la sensation restent à l'intérieur, elles n'appartiennent i)as h l'art. L'objet manifesté par la représentation artisti(jue, c'est-h-dirc, par ce qui se représente dans l'art, est une lorme sensil)le. Or, cette fom]esensibl(?|)eiil avoir sontype,soit dans l,-^ vue et l'imitation directe d'un objet que roui
voit et contemple dans la nature, soit dans l'imagination, c'est-h-dirc dans la faculté de notre Ame qui réveille des impressions endormies ou qui cn'e des images fantastiques, résultat et combinaison d'images différentes. Dans l'un et l'autre cas, comme la faculté de voir la plus ordinaire, et surtout celle dont le caractère est artistique , sont consid n'S connue une activité de l'imagination, on regarde l'imagination comme le trésor le plus pri deux de la repréfentntion artistique, a Le peintre, dit un philosophe, peint réellomenf avec l'u'il ; son art est l'art de voirie régulier et le l)eau.Vo;r est ici tout à fut actif; c'est une activité entièrement plastique. »
Les lois les plus simples et les plus générales de l'art ne sont rien autre chose que les conditions essentielles qui régissent la reproduction ou représentation extérieure de l'objet artistique, suivant des convenances que nous reconnaissons découler de la nature même (\c>i choses. Quiconque produit une œuvre en violant ces lois nécessaires, soit en littérature, soit en musique, soit dans les arts ] lastiques, ne tarde pas à s'apercevoir que son œuvre est plus ou moins difforme, et qu'elle est destinée à périr ou à être oubliée promptement.
En premier lieu , la forme artistique doit avoir la régularité. Cette régularité s'obtient par l'entière et exacte observance des rapports qui doivent exister entre les diverses [•arties d'un même tout. Dans les corps orginiques rè^ne une harmonie qui ne peut être violée ni même altérée sans qu'il en résulte une grave difformité. La régularité est tellement dans la nature et dans les objets sensibles , que toute œuvre d'art est jugée imparfaite , môme par les ignorants , quand elle est entachée de la moindre irrégularité.
La beauté est une condition non moins importante que la régularité de toute forme artistique. Nous nommons belles les formes qui exercent sur l'Ame une impression conforme à sa nature, bienfaisante et réellement utile et noble. Dans cette idée de la beauté, et sans en donner une définition rigoureusement exacte , ce qui est du ressort de l'estliétique , on trouve la différence qui existe entre le beau et ce qui plaît aux sens.
On verra plus bas de magnifiques développements sur le beau chrétien, empruntés à l'un des ouvrages philosophiques de M. lo comte Joseph de Maistre.
On peut considérer le sublittie et le gracieua: comme les points extrêmes des sensations produites par le beau. Le ««^/mie élève l'Ame jus^iii'aux limites suprêmes de sa puissance; de sentir; le gracieux excite en elle des sensations délicates , sans la moindre surexcitation et le nifnndre trouble.
11 est encore de l'essence d'une œuvre d'art d'avoir une unité h laquelle tout se rapporte, et au moyen de laquelle les parties diiVérentes sont harmonieusement unies les unes aux autres , suivant leur dépendance leiiproque. L'œuvre, selon une expression
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bien des fois répétée, doit former une unife et un tout.
L'art se compose de la réiiniiiii de différents arts appelés en général les aris , les beaux-arts. Ce nom do beaux-arts indique sufiisannnent, selon Millin, que leur essence consiste dans la réunion de l'agréable et de l'utile. On les appelle aussi arls libéraux, parce que , comme dit le même auteur, ils sont les enfants de la liberté ; et on comprend sous ce titre la peinture, la sculpture, l'architecture, la musique.
On aurait tort de penser que l'invention des beaux-arts n'est due qu"^ un seul peuple, et que de là ils se sont répandus chez les autres nations. Ils sont , au contraire, indigènes dans tous les pays où la raison humaine est parvenue à un certain degré de développement ; mais , semblables aux productions de la terre, ils prennent des formes différentes suivant la nature du climat et les soins qu'on leur donne, et ils demeurent en arrière dans les contrées sauvages. Nous trouvons la musique , la danse , l'éloquence et la poésie chez toutes les nations qui sont parvenues au moins aux premiers degrés de civilisation ; il en a été de même, sans doute, dans tous les temps; et, pour voir les beauxarts dans leur première origine , on n'a pas !)esoin de remonter jusqu'aux Egyptiens et aux premiers Grecs : on les observe encore aujourd'hui, dans l'état d'enfance, chez les peuples qui n'ont que le môme degré de civilisation qui existait alors.
L'histoire des dilïérentes révolutions du style chez les différents peuples dans les différentes i arties de l'art, est ce qu'on appelle proprement l'histoire de l'art : c'est celle dont se sont principalement occupés Winckelmann, Heyne et les auteurs qui ont écrit sur les origines et les développements des arts et de l'archéologie proprement dite.
Jusqu'à une époque qui touche à celle dans laquelle nous vivons, on ne considérait l'art qui) dans \&s monuments de l'antiquité. Si on jetait un rapide coup d'œil sur les œuvres du moyen âge, c'était uniquement a!ln de combler historiquement l'intervalle qui existe entre l'antiquité et la Renaissance. On regardait todes les œuvres artistiques chrétiennes comme un produit de dégénérescence et de corruption do l'art véritable. N'était-ce pas par suite d'un aveugle préjugé que l'on condamnait tant de magnifiques édifices, tant de gracieuses (euvres d'art ? Il s'est opéré, depuis un certain nombre d'années , un changement complet dans les idées : il y a eu réaction contre les fausses appréciations et los faux jugements du siècle passé. N'a-t-on pas, dans l'ardeur de la lutte , dépassé cjuelquefois les limites de l'impartialité et de la justice en faveur des œuvres insi)irées par le christi.-inisme, et exécutées durant le moyen âg ' ? C'est possible ; mais nous sommes disposé à excuser des excès qui ne tarderont pas à être oubliés,
tandis que la réhabilitation d'iuie époque artistique méconnue subsistera à jamais.
il faut convenir que l'étude de l'art en général , soit dans l'antiquité , soit au moyen âge, entreprise par des hommes remplis de généreuses convictions, et surtout éclairés par le flambeau de la philosophie chrétienne, cjui est la seule vraie philosophie, peut conduire à de belles et utiles considérations sous divers points de vue. Partout on remarque une alliance intime entre l'architecture d'un l)ouple et la nature de ses idées religieuses elles-mêmes. De là cette conséquence naturelle, que l'art chrétien doit avoir un caractère supérieur à l'art païen, surtout si Ton en considère les tendances morales. Jetons un coup d'œil rapide sur l'antiquité.
L'Egypte s'est montrée à nous avec son !)euple grave et sérieux , son respect pour les morts , avec ses sites tristes et mornes, entrecoupés de rochers et de cavernes. Le voisinage des déserts, les régions de la mort qui, selon les idées re'igieuses, planaient autour d'elle, tout cela s'est admirablement reflété dans l'architecture de ses tombeaux, de ses temples avec leurs pylônes, de ses pyramides, cfue le sable du désert peut bien 'menacer d'erisevelir, mais aux pieds desquelles viennent expirer les flots impuissants des siècles. Puis ses statues à proportions gigantesques, véritables momies, les mains jointes ensemble et les bras collés au corps ; ses longues avenues de sphinx mystérieux conduisant à des templ s plus mystérieux encore , temples aux sanctuaires sombres, aux masses colossales , dont la majestueuse immensité se modela sur les rochers et les vastes cavernes qui pressaient de toute part l'étroite vallée du Nil. Partout , au lieu du mouvement de la vie , l'éternel repos des tombeaux.
L'Inde , aussi gigantesque , aussi capricieuse dans sa mythologie, mais moins sombre dans ses croyancps. s'élève également à la Divinité en exagérant la nature matérielle, en lui consacrant tout ce qui, dans l'univers, peut écraser par son poids et sa masse. Les jdus bizarres associations dans ses statues, les plus grandes exagérations dans l'emploi des richesses de la nature, qu'elle a reproduites dans ses temples sous des formes colossales, tout confirme cette alliance intime des arts et des idées chez un peuple.
Mais dans la Grèce, où brille un ciel si ])ur, où vibre une langue si harmonieuse, si compassée dans ses formes, où la mythologie la plus riante s'allie à la nature la plus délicieuse, nous ne trouvons plus ces masse-;, cette immobilité, cette roideur de la mort. Là, toute la beauté de l'architecture, aussi bien que de la statuaire, est dans la perfection des formes, le lini et la grâce des contours. Point de symbolisme dans les tempîes, point d'exagérations dans les statues des dieux, mais la j il us grande élégance dans les détails, l'harmonie la plus parfaite entre les différentes parties de tous les objets qu'enfanta son génie artistique. Ainsi la sérénité de son ciel, la richesse de son sol, la
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[•uielù de son climat, ia douceur de sa langue : tout dans la (irùcc s'harmonise avec les caractères do son architecture.
Ainsi (Jonc l'Inde et l'Egypte exa^^rent la nature pour l'élever jusqu'à Dieu, la (Irèce en saisit toutes les grAces pour s'élever i/ar le beau juscju'au ciel. Les uns font réi^ner les (lieux par la crainte, les autres par la >éduction des formes.
Mais Rome fut conipiéranto avant tout, et, chez elle, les arts, les sciences, V(''C(iront (J'emprunts. Servile imitateur des (iiecs, le Romain n'a point (Je caractère (fiii lui soit profire dans les arts lilnTaux. Le sriû dans lequel Home ait été véritablement grande, c'est 1 architecture, non pas par ce qu'elle inventa, mais par la magnilicence que le peuple-roi y dévelo(>pa.
Bient(jt le Nord s'agite, et ses peuples, qui n'avaient pu s'inspirer dans leurs forêts d'aucun goût pour les arts, fondent sur le colosse chancelant, renversent tout sur lenr passage et couvrent la terre de sang et de ruines. Mais (lé]h. le christianisme a paru, et son action sur la société s'est bicntiH fait sentir. Romains, barbares, chrétiens, tels sont les éléments de cette société qui s'élève sur les débris de l'ancienne. Et l'art, toujours le reflet de l'état intime de la société, se montre tout à la fois romain, barbare et chrétien. De là cette architecture bâtarde où l'on ne trouve ni la pureté classique, ni le type exclusivement chrétien. Cependant la religion du Christ a bient(>t dominé ce chaos formé de mille nations différentes, sa lumière dissipe les ténèbres, sa charité ai)privoise ces coeurs sauvages ; et, quand sa sévo vigoureuse a parcouru tous ces membres éiiars, bientcjtils se réunissent pour ne former qu'un seul corps, un peuple de frères (ju'une môme foi rallie, que les mômes espérances animent, et que les mômes efforts vont diriger pour ressusciter l'art.
Le génie chrétien s'est donc rais à l'œuvre, déjà il a fondu tant de peuples divers en un seul peu|)le : des idées nouvelles, un vif élan vers le ciel, une foi ardente dans les mystères chrétiens surgissent de toutes ]iarts. A ce peuple nouveau, il faut ini temple nouveau, un lem])lo à forme n(iuvelle qui rej. résente à la fois et l'Eglise mystitpic de la terre avec ses joies, ses douleurs, ses combats et ses espérances , et l'Eglise du ciel avec ses triomphes, ses anges et ses saints.
Les premiers essais , dit M. le comte de -Maisire, et les plus grands efforts de la .sculpture et de la j)einture, rei résentèrent jadis les héros et les dieux. A la renais.-ancc des arts, le Christ et ses héros s'ollVirent à l'imagination des artistes , et lui demandèrent des chefs-d'(euvrc d'un ordre supérieur. L'art antique avait senti et rendu le beau idéal ; le christianisme exigea [in beau céleste , et il en f(jurnit des modèles dans tous les genres : ses vieillards, ses jeunes gens, ses enfants, s;'S femmes, ses vierges, sont des êtres nouveaux qui ^emblent délier le génie. Saint Pierre rcce-
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vaut les clefs, saint Paul parlant devant l'aréopage , saint Jean écoutant les trompettes, ne laissent rien à désirer à l'imagination tout à la fois la plus brillante et la plus sage. La beauté niAle dans sa flein- resjiire sur la figure des anges ; en eux se réunit la grâce sans mollesse, et la vigueur sans rudesse ; ils n'ont pas les deux sexes, comme le dégoiltant hermaphrodite ; ils ont la beauté des deux sexes, et cependant ils n'ont point de sexe. Le goût môme se croirait coupable s'il y pensait. Une éternelle adolescence brille sur ces visages célestes ; jamais ils n'ont été enfants, jamais ils ne seront vieillards ; en les conlemi)lant, nous avons une idée de ce que nous serons lorsque nos corps se relèveront de la poussière i)0ur n'y plus rentrer.
L'enfance surnaturelle se montre déjà dans ces inimitables chérubins que Raphaël a placés au-dessous de la Reine des anges, dans l'un de ses plus benux tableaux. Ces têtes sont pleines d'intelligence, d'amour et d'admiration. C'est la grâce des amours fondue dans l'innocence de la sainteté. Mais tous ces efforts de l'art ne sont que des préi)arations, et comme des degrés qui doivent élever l'artiste jusqu'à la figure de l'Enfant-Dieu. Le voyez-vous sur les genoux de sa mère? Elle embrasse son créateur, qui lui demande du lait (1). La Parole éternelle balbutie ; elle joue ; elle dort ; mais le Verbe, qui se rapetisse pour nous, en voilant sa grandeur, n'a pas voulu l'éclipser. Le nuage qui couvre l'astre, épargne l'œil, sans le tromper, et, jusque dans les moindres traits de l'enfance mortelle on sent le Dieu.
Bient(jt nous le verrons, dans le temple , étonner les docteurs ; ensuite il commandera aux éléments; il ressuscitera les morts; il instruira, il consolera, il menacera les hommes ; il parlera, il agira pendant trois ans comme ayant la puissance (Matth. vu, 29). Il se livrera enfin volontairement aux tourments d'un supplice affreux ; il nnjntera sur la croix ; il y parlera sept fois , et toujours d'une manière extraordinaire. Sa voix se renforçant à mesure que la mort s'a;)proche pour lui obéir, sa dernière ])arole sera jilus haut(î ; et, libre entre les mourants, comme il sera bient(jt libre enire les morts ( Ps. Lxxxvii, 6), il mourra quitnd il voudra, en trom[)ant ses bourreaux étonnés , qui n'avaient pu calculer que sur des hommes la durée possible du supplice.
L'art antique a su montrer dans le Laocoon le plus haut degré de souffrance physique et morale, sans contorsions et sans ditformité. C'était d/jà un grand effort de talent (lue celui de nous représenter la doulein- à la fois belle et reeonnaissable ; cei)endant il ne nous suflît plus pour j)eindre le Cdirist sur la croix. Oui pourra nous montrer le Dieu humainement tourmenté et l'honnue souiVrant divinement? C'est un chef-d'œuvre idéal dont il
(1) Veigine intidre, fiijlia del luo {''ujl'io, Huiiiil cd (ilta pin che crcitiuia !
( UuHlc, Purad., 55, ve.s 1 e/ 2. )
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parait qu'on peut seiileniont approcher. Je ne crois pas que, parmi les plus graiuls artistes, un seul fait ait pu jamais contenter ni lui-même, ni le véritable connaisseur; cependant le module, même inarrivahle , no laisse pas que d'élever et de perfectionner l'artiste. Le talent fatigué par ses etTorts pouvait se délasser en s'exerçant sur la ligure des martyrs. C'étaient encore de superbes modèles que ces témoins sublimes qui pouvaient sauver leur vie en disant non , et qui la jetaient en disant oui. Sur le visage de ces victimes volontaires, l'artiste doit nous faire voir, non-seulement la douleur belle, mais la douleur acceptée , mêlée dans leurs traits à la foi, cl res])érance, à l'amour.
La beauté ayant été donnée à la femme, la femme devait être le modèle de choix jiour les deux premiers arts d'imitation. L'antiquité , chez qui le vice était une religion , pouvait se donner carrière sur ce point ; mais le christianisme, qui n'admet rien de ce qui peut altérer la morale , a prononcé, h. cet égard, une loi bien simple. Cette loi proscrit toute représentation dont l'original offenserait dans le monde, l'œil même de la sagesse humaine. Comment la femme ne rougirait-elle pas d'être représentée aux yeux û'une manière qui la ferait chasser d'une assemblée , comme une folle dégoûtante , si elle osait s'y montrer ainsi ? Et pourquoi l'homme, plus hardi que la femme, oseraitil cependant demander à l'art la copie d'une rJalité qu'il aurait accablée de ses sarcasmes? On n'a pas manqué d'observer que celte réserve nuit à l'art ; mais c'est une erreur qui repose sur une fausse idée du beau, que le vice définit K sa manière. Il me souvient que dans un journal français très-répandu, on demandait au célèbre auteur du Génie du Chrisiianisme, « si une nymi)he n'était pas un peu plus belle qu'une religieuse.» En les supposant représentées par le même talent, ou par des talents égaux (condition sans laquelle la demande n'aurait point de sens), il n'est point douteux que la religieuse serait plus belle. L'erreur la plus faite pour éteindre le véritablo sentiment du beau, est celle qui confond ce qui plaît et ce qui est beau, ou, en d'autres termes, ce qui plaît aux sens, et ce qui plaît ti l'intelligence. Le beau, dans tous les genres imaginables, est ce qui plaît à la lertH éclairée. Toute autre définition est fausse ou insuffisante. Pourquoi donc la religieuse serait-elle moins belle que IS nymphe? Parce qu'elle est vêtue peut-être? Mais par quel aveuglement immoral veut-on donc encore juger la représentation autrement que la réalité ? Qui ne sait que la beauté devinée est plus séduisante que la beauté visible? Quel homme n'a remarqué, et dix mille fois, que la femme qui se détermine à satisfaire l'œil plus que l'imagination, manque de goût, encore plus que de sagesse? Le vice même récompense la modestie, en s'exagérant le charme de ce qu'elle voile. Comment donc la loi changerait-elle de nature en changeant de place? Evidente, incontestable dans la réalité, ccmmcul serait-elle
fausse sur la toile? Ces maximes pernicieuses ne sont propagées que par la médiocrité qui se met à la solde du vice [)Our s'enrichir. Le beau religieux est au-dessus du beau idéal, puisqu'il est l'idéal de l'idéal ; mais peu de gens pouvant s'élever à cette hauteur, l'artiste vulgaire quitte ce qui est beau pour ce qui plaît. Ecrasé |)ar le talent qui produit la tronsfguratioji et la vierge dilla Seggiola, il s'adresse aux sens pour être sûr de la foule. Il sait bien que le vice i appelle légion. La foule acourt donc en battant des mains, et bientôt le peintre |)Ourra s'écrier au milieu des applaudissements :
inventorient, revincmus ipsa.
Une loi sévère qui se mêle à toutes les pensées de l'art, lui rend le plus grand service en s'opposant à la corruption, qui détruit à la fin le beau de toutes les classes, comme un ulcère malin qui ronge la vie.
La femme chrétienne est donc un modèle surnaturel comme l'ange. Elle est plus belle encore que la beauté , soit que pour confesser sa foi, elle marche au supplice avec les grAces sévères de son sexe et le courage du nôtre, soit qu'auprès d'un lit de douleurs, elle vienne servir et consoler lapauvretémalade et souffrante, ou qu'au pied d'un autel, elle présente sa main <i l'homme qu'elle aimera seul jusqu'au tombeau: dansloutes ces têtes d'un caractère si ditférent, il y a cependant toujours un trait général qui les fait remonter au même principe de beauté.
Facics lion omnibus ttna,
Nt-e dirersa lumen, qualem decet esse sorornm.
A l'aspect de ces figures, quelque belles cju'on les puisse imaginer, aucune pensée profane n'oserait s'élever dans le cœur d'un homme de goût. On leur doit une certaine admiration intellectuelle pure comme leurs modèles. Jusque dans leurs vêtements, ilya quelque chose qui n'est pas terrestre. On doit y voir l'élégance sans recherche, la pauvreté sans laideur, et si le sujet l'ordonne, la pompe sans le ïasie. Elles sont belles comme des temples ( Ps. cxuii, 13 ).
Et comme de la réunion d'une foule de traits empruntés h différentes beautés, on vit naître jadis un modèle fameux dans l'antiquité , tous les traits de la beauté sainte se réunissent de même comme dans un foyer ]:our enfanter la figure de Marie, le désespoir et cependant l'objet le plus chéri de l'art moderne dans toute sa vigueur. Il semble que l'empire du sexe pénètre juscjue dans ce cercle religieux, et que les hommes saisissent avec empressement l'idée de la femme divinisée. La fabuleuse Isis ayant aussi un cufant mystérieux sur ses genoux, obtenait déjà je ne sais quelle préférence de la part des imaginations antiques. Chacun voulant en posséder une image, un poète a dit :
Par Isis, comme on sait, les peiiUres sont nourris. ( JU\EN. xu, 28. )
Dans l'ordre de la vérité et de la sainteté, Marie peut f;ure naître une obseivalion semiilablc. Toitjows la m.me cl luujoursnouvclle,
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niiUo figure n'a [)his exercé le talent imitalif. L(! pinceau des plus {^çrands maîtres semble en avoir fait un objet (rengagement et d'émulation. Sur ce sujet mille et mille fois répé é, tantôt ils surpassaient leurs rivaux et tantôt ils se surpassaient eux-mômes. Il n'y a pas un cabinet distingué en Europe qui ne renferme (jnelque chef-d'œuvre de ce genre, et tandis que l'amaleur s'extasie devant eux, le missiotniaire armé de la même ligure, quoi(fue faiblement exécutée, comtnence eflicacement l'œuvre de la régénération humaine.
Les considérations précédentes expliquent pourquoi nous avons été, suivant toutes les apparences, aussi supérieurs aux anciens dans la peinture, qu'ils nous ont eux-mêmes sur[)assés dans la statuaire, ou du moins pourquoi nous n'avons jamais pu {>arvenir a la même |icrfeclion dans les deux genres: c'est que la peinlur(^ n'ayant point eu de modèle parmi nous, elle est née tout simplemi'ut dans l'Eglise, et que cette naissance étanl naturelle, elle a proluit librement tout ce qu'elle [)ouvait produire. Dans la scidpture, au contraire, nous avons copié ; et c'est encore une loi universelle, que toute coi)ie demeure au-dessous de l'original. C'est en vain d'ailleurs que pour les re[)résentalions religieuses on chercherait un ange dans l'Apollon du Belvédère, une Vierge dans la Vénus de Médicis, un martyr dans le Laocoon, un saint Jean dans Platon, etc. Ilsn'y sont pas.
Lorsque autrefois quelqu'un dit h Phidias f(ui pensait son Jupiter : v( Où cherches-tu ton modèle? Monteras-tu sur l'Olympe? »
Phidias répondit : « Je l'ai trouvé dans Homère. »
Pareillement, si l'on eût dit à Kajjhai'l : « Où donc as-tu vu Marie ? » il aurait pu répondre : « Je l'ai vue dans saint Luc ; » l)arce qu'il n'y avait en effet, de part et d'autre, qu'un modèle intellectuel.
Est-il nécessaire de parler de l'architecture ? Non : dans tout ce (pi'elle a de grand et d'éternellement beau, elle est tout entière une production de l'esprit religieux. Depuis les ruines de Tentyra, jusqu'à Saint-Pierre de Rome, tous les monuments parlent ; le génie de l'architecture n'est véritablement h l'aise que dans les temples : c'est liuju'audessus du caprice, de la mode, de la petitesse, de la licence, cnlin de tous les vers rongeurs du talent, il travaille sans gène pour la gloire et pour riinuiortalilé !...
Les pages précédentes sont empruntées au chaj). 7 d'un ouvrage de M. le comte de Maisire, intitulé : h'.xnmen de l<i philosophie de //acon. (le chapitre a |)our titre : Union de la science et de la religion.
Ajoutons aux pages éloquentes de >î. de l^Iaistie une page n(Mi m(»ins élcxpuMite de madame la comtesse de (Iranville, au sujet des nudités ri'voltantes (jne l'ar-t païen a si souvent reproduites et que l'on chercherait à tort h rcgar.ler comme la perfection de la Statuaire. « Je suis allée voir l'atelier do
Canova, dit-elle [tom. /, pag. 295); ma première sensation fut pénible ; je ne m'habitue pas à ces nudités ([ui toujours font détourner la tète ; la pudeur est la première des gn'ices ; il doit être facile de la concilier sur le marbre avec les formes les plus suaves. On regrette qu'un talent aussi élevé ne se soit [)as cons;icré exclusivement à exciter do jnires, de religieuses émotions, ou bien encore, h entlammer les jeunes cœurs par des sujets héroïques. P(uirquoi ces statues enchanteresses n'ont-elles pas le caractère des plus nobles alfections? Pourquoi, dirais-jo encore, faire toujours des enq)runts h ce I)aganisme si froid, si vide , si stérile en sentiments , si étranger à nos mœurs , h nos pensées ? Le type de l'innocence n'est-il pas plus touchant, celui de la vertu aussi aimable, et la douleur n'est-elle j)as assez patliéti([ue pour suffire au génie? Ces divinités n'enseignent rien de grand, de généreux. Et comment cela serait-il? Elles ne sont pas ; c'est l'absence du vrai, lemefisonge et le néant. Quel intérêt peut avoir aux yeux du chrétien la statue de ^L^rs ou d'Endymion ? Elles ne parlent pas à mon âme. Leur fantastique existence est évanouie ; l'objet de la superstition a disparu.
« Le christianisme a développé les arts, en donnant aux aft'ections une plus grande profondeur, et en versant sur le malheureux la céleste espérance et la pieuse résignation
« Les belles pro]iortions et la pureté du style grec réveillent des idées de paganisme. A des dieux tout matériels il fallait des temples où le beau extérieur et le bonheur terrestre fussent en quelque sorte exprimés dans tout leur éclat. Notre religion à nous, religion pleine de mystère et de spiritualité, a dû créer l'architecture gothi(|ue en faveur de la prière, de l'humilité et du repentir. Sous ces arceaux obscurs et profonds, sous ces ogives qui s'entrecroisent comme des arcs-en-ciel, dans ces chapelles retirées et silencieuses, la Divinité semble plus accessible à nos prières, h nos gémissements. Elle y vient dans l'ombre écouter l'aveu de nos fautes, non pour les punir, mais pour les pardonner et les rejeier tain d'elle, selon l'expression du prophète.»
On a prétendu que la distinction entre Varl paien et l'ari chrétien n'était pas fondée; qu'il n'y avait qu'un art, qu'une seule expression du beau. Nous tenons à établir solidement que ce n'est pas, comme on a dit, « par un abus et un jeu de mots perpétuel, » que l'on a distingué deux arts essentiellement (litlerents.
Laissons d'abord parler nos adversaires : L'honun(\ disent-ils, est esjirit et corps, et ce n'est (jue par l'intermédiaire des corps (jue, dans le monde [irésent, les intelligences se rencontrent, s'entendent, se communi(pient. L'art aussi a, en quehjue sorte, un corps et un esprit. Les anciens, « dont le cieur di'pravé par le culte des sens avait obscurci rinlelligence , » ne connaissaient
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guère que le premier ; mais encore est-il vrai qu en s'arrôlant là, ils ont jiorté à sa perfection une partie essentielle de l'art, une partie qu'il n'est pas possible de nt'^giiger sans rétrograder pas à pas. jusqu'à la barbarie, et la barbarie de cette vieille ('■cote lombarde qui, dans k'S mcMncs lieux qu'avaient embellis les merveilles du ciseau grec et romain, avait fini par faire plus grande la tète seule que le reste du cori)S des [personnages qu'elle représentait.
Il ne fallait donc pas briser le moule antique, mais en l'ai^pliquant à des su ets chastes et nobles avec lesquels il a une disposition d'harmonie qui étonne et qui parait presque jiFOvidentielie par sa belle et majestueuse simplicité, il fallait seulement l'agrandir, y ajouter l'esfirit, l'àme, la vie, l'expression, le sentiment. Et cela, est-ce une chimère, une utopie irréalisable ? Allez voir plutôt les basiliques chrétiennes de l'Italie. Allez voir les œuvres du j inceau des maîtres chrétiens du xvr siècle. Ils s'appuient sur l'art antique, mais ils n'en sont point les esclaves ; leur [)ensée tendre ou sublime, rayonnant de foi et de vues immortelles, sait revêtir des formes tour à tour suaves ou majestueuses, qui semblent empruntées du ciel , et qui pourtant se trouvent partout sur la terre, cachées jusque sous les haillons de la partie la plus jauvre et la plus humiliée de cette famille humaine si grande dans son origine et dans ses destinées ; et à ces traits si purs, si gracieux, si nobles, s'ajoute une âme de feu, une pensée surhumaine, une expression que l'antiquité n'a point connue. Voyez surtout ces grandes fresques, ces admirables coupoles, où le pinceau chrétien, dans d'immenses et magnifiques épopées, ouvre le ciel tout entier aux yeux de l'humble fidèle qui prie et espère, prosterné sur le pavé du tem[)le. Non, le génie anliîjue n'a rien produit, rien soupçonné de pareil. Il avait bien le corps de l'homme , mais l'aile de l'ange lui manquait ; et cependant sans s'appuyer sur le premier échelon, le principe sage et lucide posé par les premiers artistes de l'Occident, l'artiste chrétien ne serait point parvenu au sommet.
L'art que Ton veut à toute force appeler absolument art grec ou art païen, n'a rien qui commande cette dénomination exclusive. C'est l'art humain dans la véritable voie du la nature et de la perfection. Les Grecs se trouvent avoir marché les premiers dans cette voie, mais elle n'est point fermée, elle est restée ouverte à tous, tous peuvent la suivre, et elle a été, en effet, suivie après eux, par tous les peuples assez avarices pour en couiprendre et en apprécier le mérit© et les ressources : les Romains d'abord, et plus tard, avec plus d'élévation sous plusieurs rapports, avec toute la supériorité d'une pensée religieuse intiniinent i)lus haute, l'Italie catholique des xv et xvr siècles, puis enfin successivement tous les peuples qui composent le faisceau actuel de la civilisalion chrétienne. Ce que l'ait anli(jue eut de local et do particulier chez les Grecs est fa-
cile h élaguer. II est absurde do demander pourquoi on n'a point aussi bien ressuscité l'art égyptien, l'art persan, ou tout autre art particulier: tous ces arts de l'antiquité s'étaient résumés , complétés , perfectionnés dans l'art de l'ancienne civilisation occidentale. Et quand cela ne serait pas, l'art d'un {)euple n'est pas en lui-même plus païen ou plus chrétien que sa langue. Quelqu'un dir;i-t-il que la langue latine, employée par l'Eglise, est une langue païenne ? Il est encoio à remar(pier que cet art n'arriva à la perfection que vers l'époque où déjà de loin, au milieu du monde païen et à son insu, la Providence , aplanissant les montagnes et comblant les vallées, conimençait à préparer de toutes parts les voies à l'Evangile.
Mais Vari gothique, objet depuis quelque temps d'une si étonnante prédilection, qu'eu ferons-nous ? L'architectuie et la scul|)turo sarrazine ou gothique, comme l'on voudra, adoptées par nos pères, et les œuvres que leur génie et leur foi ont produites selon ce style, admirables à leur place et brillant do tout l'éclat que donnent les siècles , les grands hommes et les grandes actions qu'ils ont vues, doivent être appréciées et conservées avec une vénération religieuse , étudiées même et approfondies par ceux qui sont appelés à faire aux monuments les réparations ou substitutions devenues indispensables ; car nous n'entendons pas qu'on les répare, les embellisse ou les régularise, comme l'ont fait le xvnr siècle et la Révolution. Mais hors de là, et sauf peut-être pour quelque branche particulière de l'art, nous croyons cette mine épuisée. L'esprit des Croisades qui les a élevés, est éteint parce que l'obstacle qu'elles avaient mission de combattre n'existe plus. On ne refera plus rien de pareil à nos vieilles cathédrales, et pourtant combien ces chefs-d'œuvre même du genre laissaient-ils encore à désirer ?
Répondons maintenant aux adversaires de notre art chrétien. Nous n'avons pas dissimulé leurs raisons ; nous n'avons d'ailleurs aucun intérêt à les dissimuler : notre cause est assez bonne pour que nous n'ayons rien à redouter de la cause contraire.
La véritable question n'est pas de savoir si l'art ogival est [)lus régulier ou jilus conforme à la nature que l'art païen, mais s'il rend mieux le symhohsrae chrétien, s'il a mieux réussi à re|iiésenter la pensée chrétienrie, les besoins tout nouveaux créés parlechristianisnie, pour l'àme humaine.
Les temples antiques assurément avaient de belles proportions ; ils étaient parfaitement adaptés à la religion pour laquelle ils avaient été faits. Cette religion était toute politique, civile, ofticielle ; elle consistait en sacriUces, en offrandes, en processions, en supplications extérieures. La foule inondait les parvis et les péristyles, pleurant ou se réjouissant, suivant l'occurrence; mais il n'y avait pas de prière ]iarliculière, il n'y avait pas de colloque seci et, de ces conversations qui ont lieu dans nos églises chrétiennes, où les lidèles i»arlent à Dieu, à la
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Vierge mère, aux saints patrons, « coinnio un ami i)arle h son ami. » De ]h la nécessité d'avoir cies temples grantlement ouverts , vastes, souvent d'une seule pièce, et formant un seul vaisseau. Il existe un beau modèle en ce genre, c'est l'église de la Madeleine, h Paris. A ne considérer que l'extérieur et l'ensemble, quoi de plus majestueux, de plus grandiose, de plus parfaitement régulier ? On peut dire avec vérité ipie c'est de Vnrt antique : mais qui pourrait dire que c'est de ïart chrétien ; qui pourrait dire surtout que c'est une église ? Voilà donc l'art antique applifp.é aux besoins du culte catlioli(]ue, et cela avec toute la magniticence imaginable. Kt pourtant, malgré des prodiges d'art, de talent, de patience et de richesse, ce n'est point un monument chrétien , ce n'est point une église. Comparez-la donc à nos édi lices sacrés du moyen âge, élevés par ïart chrétien. Voyons une de nos gi-andes églises. A l'entrée, c'est d'abord la grande nef dans sa majesté, avec son chœur, son sanctuaire et son maître-autel, lequel, dégagé de tout ap-
f»ui, pénétré de tous côtés par des flots de umière, détaché delà muraille, oITre quelque chose de sur|)renant et de divin. C'est là l'église de l'olïrande publique et du sacritice solennel. La vaste étendue du monument est pleinement en rapport avec la majesté des cérémonies et la multitude des assistants. Mais la religion n'est pas seulement pour le peuple réuni en masse, elle est aussi pour les individus, et en particulier pour les individus blessés, malades, « déshérités du bonheur , » comme dit un poëte. Or, pour ces pauvres souffrants , il y a les nefs latérales et les chapelles basses et enfoncées. Là se trouvent les bienheureux
Eatrons, jadis hommes comme nous et maleureux comme nous. Qui n'a pas éprouvé que la prière y est plus à son aise, qu'il y a communication plus facile de l'humanité à la divinité ?
11 paraît évident que l'église du moyen âge, sans rechercher si elle est de style roman ou gothique, répond merveilleusement au sentiment chrétien ; et nous n'en avons examiné que l'ensemble. Mais si l'on y ajoute les colonnettes Unes et élancées du gothique, ses dentelles en pierre , son symbolisme mystérieux, ses vitraux coloriés, tout cela n'est-il pas plus conforme à l'esprit chrétien, que toute la grandeur et la régularité de l'art antique ?
Nous pourrions entrer ici dans do jjIus long-; développements; nous aurons occasion de revenir sur le mémo sujet. — Voy. Esthétique, (îothique. Roman, Ken aissanck.
ARTICULÉ. — On dit en sculpture et en peinture, que les parties sont bien ariiculéesy et bien prononcées, pour dire qu'elles sont bien marquées ; que tout y est certain, et non exprimé d'une manière é(juivoque.
Généralement les statues et les bas-reliefs du xin' siècle jx-ssèdent le caractère que nous venons d'indicpier. Les membres et les d."a|)erif» sont bien arlicuh'-s. Il n'en est pas de même au xn' siècle, où communément
les membres n'ont i)as de mouvement eî sont, en partie, cachés sous les vêtements, sa{i,s qu'on en distingue la masse et les proportions ; les draperies, à cette même épo- (|ue, sont mal exprimées, le plus souvent.
ASILK. — Les |)remiers asiles furent établis à Athènes, s'il faut s'en rapportera l'histoire des Crées, en ce qui concerne les temps héroïques. Les autels, les tombeaux et les statues des héros étaient, dans l'antiquité, la retraite la plus ordinaire de ceux qui étaient pressés parla rigueur des lois, ou opprimés |)ar la violence des tyrans. Les temples étaient les asiles les |)lus inviolables.
Dieu avait établi lui-môme six villes de refuge chez les Israélites ; et les coupables allaient se mettre en sûreté dans ces villes privilégiées , lorsqu'ils avaient commis un crime involontairement et sans propos délibéré.
Les empereurs Honorius et Théodosc avaient accordé le droit d'asile aux églises ; ensuite, alin de fixer les limites au delà desquelles devaient s'exercer ces immunités, on planta des bornes autour des églises, oiî s'arrêta la juridiction séculière.
Le chambellan de l'empereur Arcadiusfut le premier qui abolit le droit des asiles. 11 fut le premier à s'en repentir. Car, un an après, il fut contraint d'y venir chercher un refuge qu'il avait voulu' fermer aux autres. C'était Eutrope, favori d'Arcadius, en faveur duquel saint Jean Chrysostome prononça une de ses plus éloquentes homélies. En o9i), Arcadius, après la mort d'Eutrojie, rétablit l'immunité des églises.
Sous la première race des rois de France, ce droit d'asile dans nos églises était un droit très-sacré, dont les concdes anciens des Gaules reconunandèrent fortement l'observation, afin de protéger la vie des innocents ou des faibles, dans un temj)s où malheureusement le droit du plus fort était souvent le meilleur. Le droit d'asile s'étendait juscju'au parvis des églises et aux maisons des évêques, et à tous \es lieux enfermés dans leur enceinte. L'asile le plus respecté en France était, sans contredit, celui de Saint-Martin de Tours. — Voy. Ambiïus.
ASPERSOIR. — Voy. Goupillon.
ASPHALTE. — Nous plaçons ici le mot asphalte pour avoir l'occasion de jirotesttr énergiquemcnt contre rem[)loi qui a été fait du bitume et de Vasphnlte dans les réparations de nos grands édifices du moyen c1ge. 11 en est de ces matières comme du ciment dit romain et autres substances éco- U'iniques qui déshonorent certaines cathédrales. On ne saurait trop sévèrement en proscrire l'emploi dans les monuments d'architecture. Nous avons vu, en déplorant un tel abus, les statuettes charmantes des portails de la magrnli(pie cathédrale de Bourges restaurées en ciment romain. On a recouvert de bitume les l)as-côlés de la cathédrale de Nevers ; on a remji'acé j-ar l'asphalte le pavé de certaines églises : ce sont des actes de vandalisme, autant que de mauvais goût, qui ne se renouvelleront ja-