‹ Dictionnaire d'archéologie sacréeChapitre 70 sur 195 · AL'T · texte numérisé non relu

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ries. L'or fait lo fond de la face antt'riciiro : Jésus-Christ, assis au centre d'une croix, tient un livre et un glaive, entre les symboles des évangélisles ailés et nimbés. Audessus et au-dessous de la traverse de la croix, les douze apôtres tenant des livres sont distribués en quatre groupes. Douze bas-reliefs en or repoussé encadrent ce sujet principal ; ils sont consacrés à la vie de Nûtre-Seigncur. Les bandes qui séparent ces divers sujets sont émaillées de coideurs qui tranchent sur le fond général. Dos j)ierreries y sont harmonieusement distribuées au milieu de guillochures et d'ornements en relief- La face antérieure, consacrée à la vie de Jésus-Christ, est en or; la face postérieure, consacrée <i la vie de saint Ambroise, est en argent, et l'or ne s'y montre que sur les encadremen's et sur quelques draperies des personnages. La croix centrale est remplacée par quatre bas-relie's circulaires. Les plus élevés représentent en pied les archanges Michel et Gabriel. Au-dessous, Angilbort ofl're son présent à saint Anibroise. Wolvinius, revêtu comme Angilbert d'une tunique et d'un pallium, s"incline pareillement devant lesaint. Douze bas-reliefs, carrés comme ceux de la face antérieure, retiacent les principaux faits de la vie de saint Ambroise. remarquons en passant nue ce goût de la symétrie, ce parallélisme ae la vie d'un saint et de la vie du modèle divin, s'est conservé sur les œuvres d'orfèvrerie jusqu'au xiii* siècle. Ici la >ie du maître et celle du disciple se correspondent trait pour trait, et l'argent est opposé à l'or, saint Ambroise au sauveur. Sans entrer dans une étude qui nous sourit, nous rencontrons cette intention à l'extrémité des deux séries de reliefs. L'annonciation de la venue du Sauveur est opposée à un relief représentant l'essaim qui se logea dans la bouche de saint Ambroise, fait merveilleux qui annonçait ses hautes destinées : i'bi examen apum ot pveri eomple:it Awbrosi. L'ascension de Jésus-Christ a pour pendant la réception de l'ûmede saint Ambroise dans le ciel :

Vbi anima in cœlum ducitur corpore in leclo posito. L'ilmc est représentée par un corps d'enfant couvert d'une draperie ; une main qui lance des rayons la l)énit et l'accueille : c'est la main du Seigneur.

Des inscriptions en vers latins courent sur les bandes lisses qui séjjarent les divers sujets de la face postérieure. Les faces latérales, au n)ilieu d'encadrements variés d'un goût simple, vrai, monumental, représentent des anges et des bustes de saints, environnés de cercles, images en boucliers, imagines clypeatœ, (jue connut l'antiquité et qu'adoptèrent les Grecs du I5as-Empire. Jésus-Christ, les anges et les apôtres ont les pieds nus ; tous les personnages honorés comme saints ont la tète honorée du nimbe circulaire. Une croix est inscrite dans le nimbe des personiies divines. Cette symbolique a été onservée jus(pj'au XV* siècle. Wolvinius, auteur de ce Leau travail, ix'rte lui nouj twil occidental.

Son autel se distingue déjà par la distribution symétrique, les ligures symboli(iues, l'emploi de l'émail et des pierreries, et les travaux divers de dorure et de repoussé que nous trouvons dans les œuvres de Limoges. En plarant l'atelier de Wolvinius dans cette ville, M. Didier-Pelit a donc émis une conjecture vraisemblable. Pour faire la i)art de la critique, nous dirons que plusieurs détails manquent de linesse. Ce défaut 6ta t attaché à l'exécution des (L'uvres repoussées en mêlai précieux. Le peu d'épaisseur des lames employées ne permettait pas ces r* touches h la lime et au burin qui atlermissent la mollesse des cont(un-s et des détails (1). »

Les docunjents et les faits que nous avons mentionnés et interprétés sont bien pro; res h nous faire concevoir une juste idée de la forme, de la disnosition et de la décoration des autels aux époques les plus reculées de l'antiquité ecclésiastique. Atîn de ne rien omettre d'essentiel en ce que nous possédons sur les autels antérieurs au xi' siècle, nous devons ajouter, d'à; rès saint Grégoire de Tours et quelques autres écrivains de l'époque carlovingienne, que, dans notre { ays, les autels ne dilféraient pas sensiblement, quant aux formes principales, de ceux que nrius venons de décrire. Il nous a semblé superflu d'extraire de ses écrits les nombreux passages où il est question des autels : on aurait peine à y trouver de nouveaux éclaircissements. Nous aimons mieux j)laci r encore ici quelques faits curieux, quoique communément connus des archéologues ; nous finirons en ajoutant quelques mots sur les autels portatifs, tels qu'ils étaient connus et usités avant le siècle de Charleuiagne et jusqu'au XI' siècle. En cette matière nous serons assez heureux pour citer plusieurs monuments qui ont heureusement échappé à la destruction et aux atteintes du temps.

Il existe c\ Ravenne plusieurs a^utels antiques d'un intérêt pinssant. Comm'ençons par décrire celui que Ton voit aujourd'hui dans l'église des saints Nazairo et Celsc. La face antérieure présente un cadre rectangulaire orné d'oves, de feuilles d'eau et de moulures élégamment profilées. Au centre s'élève une croix appuyée sur les moulures inférieures et atteignant la ligne supérieure ; les extrémit s s'élargissent de la même façon que dans les croix nommées pattces par les heraldistos. De chaque côté se tiennent deux agneaux, olfrovté.i, symboles de la douceur et de la siu)plicité chrétiennes ; au-dessus d'eux est suspendue, de chaque côté, mie couronne de laurier , emblème de la récompense. Les faces latérales du même autel olfrent des moulures d'encadrenu;nt semblables h celles que nous avons indiquées, et le champ qu'elles circonscrivent est occui>é par une croix greccjue, h. croisillons égaux, surmontée d'une couronne. On j)résiune généralement (juecet autel remonte au vi' siècle. 11 fut j)rimitivemcnt érigé dans l'égiise do saint Vital, d'où on le transféra, au corn-

{\) M. VAhhôJe\\er, Auteli ('niaillén, kmvA. i'Z chtol., toiii. IV, \i.ng. 285.

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nioncoment du siècle donner h la i^larc qu'il occupe actuellement. Cet autel, dont les trois faces principales sont formées de tables d'albAtre oriental transjiareiit, se trouve visà-vis du sarcophage de l'im )éralriee (lallia IMacidia et non loin du tombeau d'Hono-

nus.

M. do Caumont (1) mentionne plusieurs autres aui'ls de Ravenne. Les plus curieux incontestaSilement sont en marbre, composés d'un cinpe quadrangulaire au centre duquel on a percé une ouverture donnant accès à une cavité dans laquelle étaient enfermées des relicpics. Le cippe est recouvert d'une table de marbre formant le dessus de l'autel, débordant à droite et à gauche, de sorte que les angles portent sur des colonnettes détachées ou à peine engagées. x\u Jugement du savant arc iéologue que nous venons de nommer, ces autrls appartiendraient au V ou au VI' siècle.

Les autels chrétiens dont nous avons parlé jusqu'à présent sont des autels fixrs : nous devons faire connaître la d^iférence qui existe entre ces sortes d'autels et les auiels mobiles ou portatifs dont il nous reste à dire quelques mots. L'autel tixe est celui qui est attaché à sa base : la table qui le recouvre doit être d'une seule pierre, et il s'appelle proi>rement al tare. L'autel portatif, appelé ara dans le lan,j;a^e liturgique et vulgairement pierre sacrée ou pierre d'autel , n'est pas nécessairement adhérent à une base ou support. Le premier perd sa consécration, non-seuk'ment par la rupture , mais encore par le s^^ul déplacement, c'est-à-dire , par la disjonction de la table ei du support, tandis que l'autel mobile peut ê re iransporté d'un lieu à un autre sans aucun inconvénient. Autrefois les autels fixes étaient fort communs dans les églises ; aujourd'hui ils'yont très-rares : ils ont été partout remplacés par des autels mobiles.

Des be'soins divers firent imaginer d'atîacher la consécraîion à une pierre réduite à des dimensions médiocres, facile à ti ansporter : telle fui l'origine des autels mobiles. Dans le principe, ils furent composés d'un disque de bois , de pierre ou de marbre, de 30 centimètres environ sur chaque côté, ordinairement resserré dans un cadre de métal, avec une ou deux poignées sur les parties latérales. Nous lisons dans l'histoire ecclésiasliqiic qu'il était expressément recommandé aux ])rôtres qui marchaient sur les traces des apôtres en se dévouant h la prédication de l'Evangile chez les nations païennes et barbares, d'emporter avec eux un autel de voyage. Les missionnaires français, Italiens et anglais qui travaillèrent plus spécialement à la conversion de l'Allemagne, se soumirent à cette prescription , ainsi qu'il est constant par des témoignages posit.ls et nombreux. Quand on étudie l'histoire dans SCS sources , seule manière rationnelle de connaiire exactement la physionomie des Siècles passés, on trouve fréquemment men-

(1) Autiq. Monuni., loin. \I.

tionnée dans les ch ;rtei et les chron ques l'existence des autels portatifs ; ils y sont désignés sous divers noms dont les plus fréquenis sont ceux d'allaria viatica, poriatilia, gestatoria, lapides portatihs : quelquefois encore on les apj)elait tables , ou autels itinéraires, altaria itineraria. En outre, tous les auteurs liiurgistes en i)arlent et leur attribuent la même dénomination.

Les archéologues sont fort embarrassés pour déterminer le mode d'usage de ces tables portatives : quelques-uns i)enseiit qu'on les pl.içait sur des piédestaux ou sur une espèce de colonne isolée. Malgré les contradictions que peut fournir l'histoire, nous inclinons fortement à croire que ces autels, dont l'emploi s'est maintenu jusqu'à nos jours, étaient déposés sur une table de bois, do lùerre ou de métal, d'une dimension plus grande, d'une façon analogue à ce que nous pratiquons aujourd'hui.

Il existe dans une église du diocèse de Poitiers, à Faye-l'Abbesse, près de Bressuire, département des Deux-Sèvres , un morceau de marbre oblong, entouré d'un cercle de cuivre, surmonté d'une poignée, et qui est l'objet de la vénération publique. On regarde ce fragment comme ayant servi à saint Hilaire et comme ayant fait partie de l'autel mobile qui lui servait quand il parcourait son vaste diocèse. Cet autel, ou ce fragment d'autel, dont l'antiquité est incontestable, est une relique vénérable des vieux autels Itinéraires des premiers évoques des Gaules. L'existence en a été plusieurs fois signalée aux archéologues, et, en dernier lieu, par un membre de la Société des antiquaires de l'Ouest.

Dans la Vie de saint Gérard, abbé de Braine-le-Comte, qui vivait au x° siècle, il est d't que ce saint moine, en partant de Saint-Denis pour aller gouverner l'abbaye dont il venait d'être nommé le chef, em;)orta 1 autel itinéraire dont saint Denis, premier évoque de Paris, se servait lui-même durant sa vie. On lit aussi dans la Biographie de Vulfran, évoque de Sens, qu'il portait en voyage un autel en forme de bouclier, et que cet autel, consacré aux quatre angles, enfermait au milieu quelques saintes reliques. Ducange, en son Glossaire, rajjporte que de son temps on conservait dans le trésor de 1 abbaye de Fécamp, on Normandie, un vieil autel portatif. « C'était, dit-il, un morceau de marbre ayant un pied de longueur et de largeur, orné d'or, d'argent et de pierreries(l).» > ers la fin du x' siècle , nous vo.ons Goteliedus ou Godefroid , archidiacre de Milan, donner à Saint-B<jnigne de Dijon un autel d onyx, convenablement orné de lames d'or et d'argent (2). Il est évidemment question d un autel portatif dans ce passage ; on a tou-

(1) < Fn ecclesia sanclissima Trinitaiis Fiscaiiensis asservaUir rnarnioreuiu uno pcde laUini el Imi- 'A'im, auro, arg-Mito, geinniisqui; dislincUiin. » (Ducange, Oloss., vocab. Altare.)

(2) Allare onychiiim auro et argento rite décoraluin. ( Annal. Ueiied. I, 41. j

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lelbis peine à comprendre comment un onyx était assez gnuul pour former un autel.

L'église de Conques, dans l'Aveyron, possède encore deux autels port;itifs décrits par M. l'abbé ïexier. Le plus ancien est en agate. Dix médaillons en éiuail inserusté sont coulés dans le cadre en métal doré qui renferme la jnerre. Us présentent au sonnnet Jésus-Clnist, jeune et imberbe, reconnaissablc au nimbe crueilere et à rali)!ia^ et l'oméga qui l'avoisinent : dans le bas, l'Agueau de rApocalyi)Sc. Aux anj;les sont les symboles des éva'ng 'listes ; dans les intervales, les bustes de la sainte Vierge et de sainte Foi, i atronne de l'abbaye de Conques. Ces deux ligures sont couronnées de nimbes en losanges. Tout ce travail a un cachet de grande ancienneté. Les tigures sont en émail incrusté d'une seule coulée. L'émailleur n'a pas cherché à rendre le mouvement des draperies, comme on l'a fait plus tard, par la juxtaposition des teintes variées. L'émail em[)loyé par lui est vert, bleu, bleu-clair, blanc, rose et rouge. Cet autel a été rcstauié et décoré de cabochons, fdigranes et intadles du XIII' siècle. Nous aurons l'occasion de parler du second autel portatif de Conques un peu plus bas, en donnant la description d'un magnifique autel portatif du xi' siècle dessiné et publiée par M. Ch. Heidelolf, architecte à Nuremberg.

Dans les premières églises, il n'y avait qu'un seul autel : nous avons à ce sujet le témoignage précis d'un grand nombre d'écrivains ecclésiastiques, entre lesquels nous nommerons seulement saint Ignace d'Antioclie, saint Irénée de Lyon, saint Cyprieu de Carthage, Tertullien et Eusèbe de Césarée. L'unité de l'autel avat une signilicalion symbolique : elle représen ait l'union de Jésus-Christ, de l'Eglise et du sacerdoce Les Grecs ont conservé jusqu'à présent l'usage de n'ériger qu'un seul autel dans chaque église, car nous ne saurions appeler do ce nom les tables de la prothèse qui, dans les églises grec(iues,accompagnent l'autel, et sont destinées à recevoir les vases et les oblulions du sacritice.

Afin de ne point commettre d'inexactitude, nous devons ajouter que, dès les temps les 1)1 us éloignés, on joignit au corps des édifices religieux de petites chapelles accessoires qui en étaient à peu près coinpléteinent séparées : des autels particuliers étaient placés dans ces constructions secondaires. Il ne faut pas perdre de vue cette curieuse disposition dans certaines églises des époques primitives si l'on veut saisir le vrai sens de i)]usieurs t)assages des historiens. Faute d'avoir c.)nnu cette modilication au plan des ancienni's basiliques, des auteurs modernes, d'une science non suspecte sous beaucoup de rapports, sont tombés dans une étrange confusion et dans de déplorables erreurs.

L'unité de l'autel fut donc un fuit généralement admis dans les premiers siècles du christianisme. Nous sommes cependant des premiers à convenir (pi'il serait imprudent d'avancer d'une manière absolue et sans ré-

serve l'unité de fautel uans toutes les églises, sans exce[)tion, b.'ties aux premières années de l'ère chrétienne. Ici, comme en mille autres circonstances, il faut se garder d'une exclusion qui ne tarderait i)as h être démentie \)i\r les découvertes de la science arcliéologiipie. Arringhi etBoldrtli, deux des plus érud ts antiipiaires de Rome, mentionnent la présence de plusieurs autels (ians une même basilique. Ouand bien même les documents histoi'iciurs ne s'exiTimeraiciit j)as à ce sujet avec une évidente clarté, les monuments eux-mèines parleraient avec une autorité irrécusable. Dans certaines églises, on avait placé, dès l'origine, plusieurs tombeaux de martyrs ; et ([uicontpie a tant soit l)eu étudié ranti(iuité ecclésiastique coni- [)rendra facilement l'in'ime liaison qui se trouve entre l'érection des autels et rétablissement des sépulcres des mart\rs. Les deux archéologues romains dont nous avons cité les noms ne sont pas les seuls qui aient émis une telle opinion ; bien d'atitres auteurs ont soutenu la même propo^^ition. M. llaoï'.l Uochette, dans le second chapitre du Tableau des Catacombes, semble partager le môme sentiment, en s'appuyant sur des consiléralions que nous sommes loin d'approuver touchant l'influence exercée par certaines dispositions des Catacombes chrétiennes de Home sur les édifices reUgieux postérieurs au iii' sioc! G

Dès* que Constanlin, converti h la religion chrélienne, se fut montré le i;rotecteur d"un culte trop longtemps ])roscrit, nous trouvons dans les auteurs de précieux renseignement s sur la multiplicité des autels dans une foule d'églises. Nous n'essaierons pas de dresser la liste des monuments chrétiens qui reçurent plusieurs autels dans leur enceinte ; ce serait fatiguer inutilement le lecteur : nous choisirons seulement quelques exemi)les.

Constantin tit placer trois autels dans l'église du Saint-Sé[)ulcre qu'il avait bûtie h Jérusalem : déjà dans la basilique du Vatican on coin[)tait plusieurs autels. Le même empereur, assistant h un concile d'Ulyrie, ordonna la construction de plusieurs églises. Nous connaissons un titre mentionné dans le Gallia Ckrisliana i[m nous apprend que l'égUse d'Avignon fut de ce nombre : elle était placée sous l'invocation de la sainte Vierge. L'évêque Aventius en lit la solennelle dédicace au mois de septc'mbre 320, et consacra en môme temps trois autels qu'il y avait fait élever.

Des écrivains protestants, entr» autres le ministre Roques, dans son tlisioire de l'Eucharistie, en cherchant un sujet de reproches contre l'Kglise calholiipie romaine, ont prétendu qu'avant le vui' siècle il n'y avait jamais eu qu'un seul autel dans cha([ue église : de là ils prennent thème pour déclamer contre des abus ima.;inaires. Les citations que nous venons de fa re, relatives au siècle ne Constantin, montrent déjà sufàsamment q;i(' cette iHvienlion hasardeuse ne saurait résister aux démoîUis de la crili(iuo historique. Saint Léon le Grand , au vi° siècle.

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dans la lettre lvi' du livre v, adressée k Pallade, évoque de Saintes, parle de treize autels érigés par le môme Pallade dans sa propre ôglise, en l'honneur des douze apôtres : le pape lui envoie dos roliques de saints pour quatre de ces autels. Saint Grégoire de Tours, dont les écrits olfrent une mine inépuisable de rensjîigni'uients sur les usages de son temps, parle de doux autels dans u :e églisedo Bordeaux, dédiée h saint Pierre (1). Le môme saint Grégoiro célébra trois messes sur trois autels di[lorents dans l'église de Bronnes, au diocèse de Soissons , pour se j stilier d'un «rime dont on l'accusait. A partir de cette époque nous rencontrons sans cesse dans les titres ecclésiasti(iues la mention de plusieurs autels dans nos édifices sacrés, jus({u'à ce que l'arcliitecture, profondément moiiitiéo ])ar une coutume déjà ancienne, ajoutât k la basilique dos cliapolles accessoires, qui devinrent fort nombreuses au xiV siècle.

C'est ici le lieu de citer quelques passages extraits do la Vie de saint Benoit d'Aniane, écrite par saint Ardon. Ce saint Benoit, après avoir rudement guerroyé, sous Charlemagne, dans le Languedoc et l'Espagne, se tit moine et fonda le célèbre monastère de Saint-Guilhem-du-Dés{ rt, qui devint très-florissant e: dont nous contemplons encore aujourd'hui les ruines gigantesques.

Les citations que nous allons faire sont aussi intéressantes sous le rapport du symbolisme, que sous celui du fait lui-même de la pluralité des autels.

« Quant à l'ordonnance du monastère de Saint-Guilhem et à l'h^-rmonie dos nombres qui l'a réglée , la voici en peu de mots. On sait que les objets servant au cidte y sont consacrés par sept : ainsi sept candélabres d'un art merveilleux et du tronc desquels s'élèvent des branches, des pommes, des lis, des roseaux et des calices, à l'instar de celui qu'avait créé le génie de Bézélicl (2). Devant Je maître-autel sont encore suspendues sej)t lampes de la plus grande beauté , produit d'un travail inappréciable et vraiment saloraonien (3), au dire dos habiles qui aiment h les voir. Un i areil nombre de lampes d'argentformcntcommcune couronne sus,)endue dans le chœur de l'église, et su[)portant sur t>a circonférence des coupes pleines d'huile sur des cercles enlacés les uns dans les autres : de sorte que, lorsqu'elles sont allumées pour les fêtes solennelles , l'église brille autant de leur clarté durant la nuit , que do la lumière du soleil durant le jour. Enfin dans cotte même basilique , ou dans l'église de la bienheureuse Marie , qui fut la i;remièrc fondée , ou dans celle de saint Jean-Baptiste , construite dans le cimetière , on compte en tout sept autels : celui du Christ, roi des rois ; celui de Marie , la reine des vierges ; et ceux de Michel, le premier parmi les anges ; de Pierre et de Paul, les chefs des apôtres ; d'Etienne , le prince des martyrs ;

(1) S. Gregor. Turon., de Glor. covfess., lib. i. Ciip. 53.

(i) Artiste de la Bible.

^5) < Saloinoniacuin. i

de Martin , la perle dos évôrpi 'S , et Ac Benoit , le père des moines. Ainsi donc se[)l autels , sept candélabres , sept lampes , qiii sont la figure des sept dons du Saint-Esprit (1). »

Dans un autre endroit, saint Ardon, le disciple et le biographe de saint Bcmoit d'Aniane, nous donne encore dos détails fort curieux sur la symbolique chrétienne, détails qui so rattachent étioitement au sujet fpie nous traitons.

« Notre vénérable père, dit-il, au lieu d'ordonner la nouvelle basili(}ue qu'il avait dédiée au Sauveur, d'a|)rès le vocable do quelque saint , l'avait consacrée de préférence d'a;)rès lo nom do la Trinité , et il avait tout disposé sur ce pieux motif. La }>reuvo en est plus qu'évidente dans la disposition merveilleuse du maître-autel, auquel il a subordonné tiois autres autels plus petits , atin qu'on vît dans ceux-ci la signification typique dos trois personnes divines, tandis que le premier représente la nature essentiellement immuable de Dieu dans son indivisible Trinité. De plus, ce maître-autel, qui est solide à l'extérieur, est creux au dedans, figurant ainsi par un symbole ce que Moïse cachait dans le désert , et offrant j)ar derrière une petite ouverture qui sort , les jours privés , h y tenir enfermées les reliquaires des saints (2). »

Accessoires des autels chrétiens antérieur* au XI* siècle.

Les autels dos basiliipies latines et généralement de toutes les basiliques d'Occident étaient ornés de ciboires ou de baldaquins supportés sur dos colonnes. En parcourant les écrits des auteurs ecclésiastiques, on retrouve fréquemment ces expressions, qui offrent aujourd'hui quoique obscurité , parce que, depuis de longs siècles, ce genre de décoration a disparu complètement de nos églises. Les édifices religieux ffe Rome, sous ce rapport , ont subi autant de cli ngements que ceux qui sont le plus éloignés du centre de la catholicité; mais, dans certaines basiliques antiques, on découvre des réminiscences , des pratiques des premiers âges. Les confessions ou cryptes situées au-dessous de l'autol majeur renfermant le tombeau ou les roliques (ies saints , s'y voient toujours suivant les dispositions primitives. Rien n'est plus digne de l'attention et de la vénération du chrétien que cotte forme qui accompagne les autels les plus anciens et qui s'est conservée jusqu'au moment actuel à travers tous les siècles. La confession rappelle toujours, et par sa position et par sa destination, les souterrains obscurs où ies fidèles se réunirent d'abord pour échapper à la persécution, et où ils déposèrent les i estes précieux des martyrs.

Pour donner une idée complète de l'autel latindesbasiliques,nous nous attacherons spé-

(1) Yita snncti Ueiieftktiy np. Acla snnctorwv, l\Iabilloii, pag. 20.0.

(2) Vicia bunct: Dene:iicii, Ac:a SS., pag. 200 201

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cialomoni h tli5ciire l'aulcl majeur tlt! Saïuî- Pioi re do Komo. Le grand autel de Saint- Pierre , (l;.ns son état actuel , est certainemont un monument prodigieux au sein d'un prodigieux édilice; mais nous dt.'vons ici remonfiT à la l'orme premier ■. I.a Confession de saint IMcrre S(> trouve décrite d'une manière assez détaillée dans noire saint (irégo're de Toucs, description écrite à l'époque inéi.-ic où un aulr.î Grégoire, C;lui qui fut surnonuné liî (iranJ, et opii sit'gea sur la chaire de Saint-Pie re, de l'an 5'JO àl'anGO'i., avait enrichi le tombeau des a[totres de (juatvc eolonnes d'argent massif, sins compter cent autres colonnes de marbre précieux et d'un travail exii is. Ces colonnes en marbro av.dent été arrachées, sans doute, à des édifices antiques et profanes dont elles formaient prob.iblement le péristyle extérieur, comme cela se j)ratiqua souvent à Rome , à Consfantinoplo et dans toutes les parties de l'empire.

Le tombeau de saint Pierre, la mémoire ou confession proprement dite, était placé sous un autel orné de quatre colonnes ; ces colonnes d'argent soutenaient l'espèce de dais ou de coupole, nommé ciborium, qui couvrait le sépulcre et qui devait être lui-même dargent massif, puisque nous savons que du temps de Symmaque un ciborium d'argent du poids de cent vingt livres avait été érigé par ce poniife au-dessus de l'autel principal. Cet autel était entouré d'une grille qui s'ouvrait pour quiconque allait y faire sa prière. Dans cetteintention, on se plaçait audessus du tombeau ; on ouvrait une [)etite fenêtre qui donnait immédiatement dessus ; puis on passait la tète par cette ouvertu, e nommée jugidum, et, dans cet état, on demanilait à Dieu, par î'interce-^^sion du saint, les gr,':ces dont on avait besoin. On faisait ensuite descendre sur le tombeau une espèce de linge appelé palliolum, et quelquefois sanctuarium ou sudarium; dans les écrits de saint Grégoire le Grand, elle est dé-ignée sous le nom de Brandea; et ce pape faisait fréquemment des envois de ces linges bén:s soit aux princes île son temps, soit aux maisons religieuses. Dom Mabillon, auquel ces détails sont empruntés, nous apl)rend que ces l.'nges, regardés comme des reliques, étaient conservés avec le plus grand respect. Au moment où il écrivait, c'est-àdire, au commencement du xviir siècle, on gardait h Sâint-Germain-des-Prés, à Paris, des linges sanctifiés de cette manière, en \oyés [)ar saint Grégoire le Grand lui-môme.

Mais revenons au tondjeau ou à la Confession de saint Pierre. Nous devons ajouter qu'il y avait deux petites fenêtres, l'une plus liasse, l'autre plus élevée, appelées l'une et l'autre citnractœ, par lesquelles on faisait descendre sur les restes du saint les linges dont il a été question, mais pas indifféremment par l'une ou l'autre des cataractes, attendu que c'était une prérogative bien plus considérable, et [tar consécjuent beaucoup n'us enviée, de pouvoir faire descendre ces linges [)ar la seconde fenêtre, qui s'ouvrait

plus près du corps, et d'où une vertu plus efiicace était conununiquéi; à tout ce qui y touchait, que par la première, qui en était plus éloignée (i).

Telle était donc au vi* siècle de notre ère la disposition de la Confession de sa'nt Pierre, et tel était l'usage auquel la fit servir généralement la dévotion de cet âge. Mais, pour avoir une idée com()lète du goût et de la richesse qui régnaient dans la décoration de ce te partie si importante des basiliques clirétiennes, il faut ajOuter à ces délais d'autres renseignements qui datent d'une époque peu éloiguf'e, car ils appartiennent à l'Age d'Adrien 1" et de Léon III, c'est-à-dire, au siècle de Chailemagne. A celte époque, la confession était précédée d'un [)ortique de douze colonnes qui faisaient partie de la Construction primitive, puisque la tradition les attribuait à Constantin. C'étaient des colonnes torses ou cannelées de porphyre , d'alb.Ure ou de marbre précieux ; une grille de bronze en fermait les entre-colonnements. Le sol, à partir de celte colonnade jusqu'à la confession , était revêtu de lames d'argent du poids de cent cinquante livres. L'entablement que supportait ce portique était aussi plaqué en argent, et l'on y avait sculpté en bas-relief, d'un côté le Sauveur entouré des apôtres, de l'autre la sainte Vierge, Mère de Dieu, avec les saintes femmes. Le couronnement était formé de lampes et de candélabres d'argent pesant sept cents livres. De là on descendait dans la Confession, où la grille qui l'entourait et les candélabres étaient d'argent : une partie des ornements était en or ; les colonnes et les arcs étaient décorés de tentures précieuses, e-t on y voyait des chérubins d'or. On admirait à l'entrée une croix d'or massif du poids de cent livres : c'était un monument de la piété et de la générosité de Bélisaire, qui y avait fait représenter ses victoires. Ce dernier trophée dt='S armes impériales, qui avait écliappé au pillage des Sarrazins, n'est pas arrivé jusqu'à nous.

La Confession avait même été ent'èrement revôtiiedelamesd'or par Léon III; le placage du pavé n'avait (lasexig 'moins de quatre cent cinquftnte-trois livres. Ce revêtement joignait le mérite de l'ai't au [irix de la matière : on y avait sculpté plusieurs traits du Nouveau- Testament. Les statues du Sauveur, des deux apôtres saint Pierre et saint Paul, de saint André, et, à ce que l'on présume, des quatre évangélistes, décoraient l'enceinte de la Confession : ces statues étaient d'argent jusqu'au pontificat d'Adrien l', qui y substitua des statues d'or. Q:iant au tombeau de l'apotre, principal objet de la Confession, c'était un sarcophage de bronze doré, sur lequel s'élevait une croix d'or massif de cent cinquante livres pesant, où Constantin, auteur de ce monument, avait fait graver, par uu procédé qui ré|)on(lait au nietlo des modernes {lilteris puris nt7e//<A'j, rinscr.[)tion ijuo nous a conservée Anastase le Bibliothécaire,

(1) SoWTaH (la ùtlac. U. Rociicuc.

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et qui im-i'ite d'(Hrc rapportée ici textuclleuuMit :

C0>STANT1NUS AUG. ET ITELENA kVG.

IIANC OOMIM REC.Ai.lS SIMILI FULGORE COUUSCANS AULA CIIICUMDAT.

L'autol principal, placé au-dessus du tombeau, avait reçu, sous le pontificat du mèine Adrien 1", un revêtement de lames d'or pesant cinq cent quatre-vingt-dix-sept livres: d'après une inscri[)tion qui nous reste et qui est relative à ce monument, on y voyait représenté le pape et l'empeieur. Le ciboire, qui couronnait l'autel et qui était resté d'argent depuis le pontiticat de saint Gréi,'oire le Grand, fut remplacé par un ciboire d'argent doré I orté sur quatre colonnes d'argent, le tout pesant sept mille sept cent quatre livres. Telle était donc dans son ensemble la décoration de ce précieux monument de l'art et de la piété du viir siècle, aut;Hit qu'on en peut juger par les trop rares et trop imparfaites données du biographe pontifical (1).

Il s'en faut de beaucoup que la Confession et lautel de toutes les basiliques aient été décorés avec la môme magnificence et la même somptuosité. Mais ce qu'il importe de noter, c'est que partout le môme système d'ornementation fid en vigueur. Saint Grégoire de Tours, en plusieurs endroits de ses écrits, parle de la Confession et du ciborium dans les églises des Gaules. « L'autel de saint Pierre de Bor.leaux, dit-il, est placé dans une position élevée : au-dessous se trouve une cry[)te, dont l'entrée est fermée par une porte et oii se trouve un a.itre autel avec les reliques des saints (2).» Il y avait autrefois en France, ajoute doniMabillon, en citant ce texte, beaucoup d'autels ainsi élevés et établis sur des cryptes; on montait à ces autels par plusieurs degrés, de manière que les fidèk'S pouvaient se tenir pour prier au bas de ces degrés. Quant au ciborium dans sa plus grande simplicité, c'était un édicule élevé, appuyé sur quatre colonnes et couvrant l'autel tout entier. Nous devons ajouter fjue l'emiiloi du ciborium ou baldaquin ne Jut pas aussi général dans les Gaules qu'en Italie et en Orient.

Suivant quelques auteurs, cette espèce de dùme serait d'origine grecque; mais les autorités sur lesquelles ils appuient leur sentiment démontrent seulement que l'usage du ciborium était commun aux Grecs et aux Latins. Ducange cite un passage curieux de Paul le Silencieux relatif au ciboire de Sainte- Sophie. « Au-dessus de la table sans tache de l'autel s'élève dans les airs une tour immense appuyée sur quatre arcs d'argent, reposant eux-mêmes sui' quatre colonnes d'argent (3). »

(I) Cf. Ruma cri^t. — Tabl, des Culacoinbe*. — Aiu>sl., «;i Viia potiiif. rom.

(î) S. Gregor. Turon., de Gloria mail., fib. l, cap. 55.

5) « Apud qiios (grx'cos) supra incontaminatam nieiisam vasluin in aerem iiiiineiisa lurris ecsiirgit : quaili'iîidis vero argeiUcis arcubus incumbeiis, argenleis perinde coluiunis attolUlur, in quaruinverdcc argenteos pedes slatuit arcus quadruplex. » ( Paid. Silcnliar.,ap. Cangium.^

Le sommet du ciboire était ordinairement surnu^nté d'une croix. On en trouve la preuvedans le témoignage pos'tif d'Anastase, qui dit du pape Léon IV qu'il ht placer une croix an-dessus du ciboire (1).

Dans la chronicpie de Saint-Uiquier (2) on lit ce trait d'Agiulf : « Au-dessus des trois autels sont trois ciboires formés d'or et d'ar.;ent; au milieu de chacun sont suspendues trois couronnes d'or ornées de pierreries, avec de peîites croix d'or et d'autres ornements (3). » Cette coutume peut aider à l'interprétation d'un passage fort obscur du second concile de Tours, tenu en 567, sous l'épiscopat de saint Euphùne, on il est dit au troisième canon : « Que le corps du Seigneur soit déposé sur l'autel, sous le signe de la croix et non au milieu des images ou tableaux ('i-). » Non-seulement les ciboires élevés au-dessus des autels , mais encore ceux qui surmontaient les tombeaux des saints poitaient une croix à leur sommet, au témoignage do saint Grégoire de Tours, au chapitre" 20 du second hvre de /a Gloire des martyrs.

Au-dessous du baldaquin on suspendait des colombes d'or ou d'argent dans lesquelles on déposait la réserve de l'Eucharistie, ou des couronnes enrichies de pierres précieuses, dans le genre de celles qui se trouvent mentionnées dans la chronique de saint Riquier. Nous en dirons encore quelques mots en parlant des tabernacles.

Les dais, ciboires ou bald.a({uins, étaient garnis de rideaux ou voiles de soie que l'on faisait glisser sur des tringles, afin de cacher l'autel au moment le plus solennel de la messe. A la basilique de Saint-Clément, à Rome, on voit encore entre les chapiteaux des colonnes du ciborium des verges de fer et des anneaux auxquels les rideaux étaient attachés. Anastase le Bibliothécaire nous fournit suc ce sujet les plus amples renseignements. Il parait, d'après certains passages de ses écrits, que les voiles du ciborium étaient quel ^uefois brodés avec une splendide magnificence : c'étaient souvent des tissus d'un grand prix, relevés de broderies en or et enrichis de pierreries. L'usage des rideaux ornés autour de l'autel était en vigueur chez les Grecs et chez les Latins. Le plus commu-

1) Sacrum desuper construxit altare et ciborium cura cruce (Léo IV). (Auast. Bibliolh., Vil. Léon. I V .)

(2) Clirouicon Centuletise.

(5) Super illa tria aliaria habentur tria ciboria ex auio et argenlo parata ; in quibus 1res dépendent corona;, singuhe per singula, ex auro gemniisque paralae, eum aureis cruciculis, aliisque ornamentis.

(4) « Ut corpus Douiini in altari, non in imaginario ordine, sed sub ciiicis liUilo componalur. h (Conc. Turon. n, can. 5.) — Ce texte fort obscur a été l'objet d'un grand nombre d'interprétations diverses. Don) Mauiilon, après avoir exposé trois opinions émises par de savants honnnes, opinions qu'il ne partage pas, exprime ainsi son sentiment personnel: « Uis observatis, planissimus est pr:emissi canonis sensus, nempe ut corpus Do.mni non in secrelariis cum vasis aut libris sacris, adeoque non inter imagines, sed sub cruce ipsa componalur, ita ut e cruce, qu3C in sumnio ciborio, ita ut exposuimus, eminebat, pcuderct. » (0«; lilunjia gallicana, lib. i, cap. 9.)

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nLMuent ces ruloauv l'iaiciil au nombre de quatre et lonibaient conmie uiu^ iinmcnse dra|ieric en re|)lis oiuluvauts autour du saint des saints. Celte coutuiiK! était, sans doute, une rtMiiiniscence du voile du temple chez ks Juifs; et celte hypothèse prendra queliuc certitude quand on saura que, dans certaines églises, les voiles étaient placés à l'ouverture du sanctuaire, de manière à établir une barrièic inlranchissable à l'œil entre les li- (lèles et l'autel. Le sanctuaire ou presbi^the était de cette manière entièrement isolé de la multitude, selon la prescription du treizième canon du Concile de Narbonne. Les ministres inféiieiirs avaient po.ir emploi de Soulever 1rs voiles, à In porte du sanctuaire , lorsque les prêtres on /e< vieillards y etilrnicnt.

Dom Mahillon, dans son t.aité de la Lituryie g(dlic:ne, dit (pi'il ne connaît dans les auUnu-s de notre javs aucun i»assage où soient mentionnés de"s voiles semblables h ceux dont nous venons de parler. C'est probablement h caus;' de l'absence de ces rideaux qu ' l'on exigeait toujours l'emiiloi des pâlies ou corporaua;. Ces pâlies étaient di s espèces de coin'tines d'une étoli'e éi)aisse et serréo' qui couvraient l'autel tout entier et que l'on élaulait par-dessus les espèces consacrées, atin que les mystères fussent cachés. Saint Grégoire de Tours parle d'une palle de celte eSj.èce somptueusement ornée , uestinée au service de l'aulel , et qui l'ut refusée parce que le tissu en était léger et transjUTrent.

Personne n'ignore (jue chez les Hébreux le tabernacle était une tente destinée à recevoir et à protéger l'arciie d'alliance. Chez les chréliens, on appelle du même nom le meuble destiné à renfermer l'Encharislie, gage de la nouvelle alliance. Le tabernacle, dans la foime que nous lui donnons acluellement, ne remonte pas à une très-haute antiquité. Nous savons cependant que dès les premiers siècles de l'Eglise on eut la coutume de réserver une ])ortion de la sainte Eucharistie pour le viatique des malades. Nous nous bornerons, pour le moment présent, à parler des moyens usités aux époques les plus reculées pour garder décjmment la réserve eucharistique.

Un des plus curieux et des plus anciens témoignages relatifs aux meubles dans lesquels on conservait l'Eucharistie résulte d'uij monument très-intéressant, mentionné par San lelli dans son livre intitulé Des s icrc'es synajes. Une es[)èce de tour, destinée à renlérmer les es[)èces consacrées, formée d'argile rougefitre, fui trouvée dans les cimetières souterrains de Home. Le même auteur en donne la ligure de la grandeur de l'objet d'après un dessin qui lui fui envoyé par It^ chevalier Jean Passeri. En voici la description : « Cette tour est carrée de manière à représenter, jusqu'à un certain point, la forme de l'autel (}u'on avait coutume de faire d'une seule fiierre carrée... J'en possède un tout à fait intact, provenant del'anti.jue monaslèicde Sainle-Marie-.Madclcine : sur la partie anléiieure on a gravé le signe

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de la croix, avec une image du Christ bénissant. » Le même Passeri ajoute qu'il a lecuciili plus d'une fois des fiagmentsde semblables petites tours dans les catacombes de Rome. Quelques-uns portaient encore adhérentes à leurs parois, ou appuyées à leuis lianes, des lampes en bronze ou en argile, afin de ren ire un honneur perpétuel à un si auguste sacrement, \nême dans les édifices privés. « Il n'y a rien d'étonnan', dit-il, de retrouver de nombreux débris de ces vases ou petits meubles, précisément dans les lieux oiJi les premiers chrétiens se réfugiaient durant leur vie, et étaient ensevelis après leur mort. » Ce trait d'archéologie sacrée est trèsirai)ortant pour la science des antiquit(''S : nous lui trouvons une valeur plus grande encore en faveur des croyances catîioliques; on peut hardiment ropi:oser à Le Courrayer et à une toute dhéréticjues (\m osent avancer que , dans les premiers âges de l'Eglise, on ne ren ml aucun culte a lEucharislie (1).

C'est ici le lieu de rapjieler cpie les fidèles avaient chez euv une petite arche , boîte ou coffret, pour y garder respectueusement l'Eucharistie, qu'un leur pei-mettait d'emporter dans leurs maisons. Plusieurs saints Pèies parlent de la coutume et mentionnent le petit coffret, ordinairement de bois, dans lequel chacun conservait le précieux dépôt qui lui était confié. Saint Zenon tle Vérone parle du pain eucharistique qui est donné dans un vase de bois, yous trouvons des exemples de la même coutume dans les actes de sainte Indis et de sainte Domna, dans la collection de Surius, au 26' jour de septembre, et dans les actes de sa nte Eudoxie, dans le recueil des Boliandistes , actes des saints du mois de mars. Bornons-nous à citer le passage relatif à cette dernière sainte ; le texte d'ailleurs respire cette suave poésie que les premiers écrivains ecclésiastiques ont répandue à profusion dans leurs ouvrages : « Avant que cette douce brebis du Christ se livrât d'elle-même aux loups, elle obtint la permission de se retirer pendant quelques instants : elle courut à l'édifice sacré , elle y ouvrit la petite arche où reposait le présent descendu des

(1) Sandclli de sacrh sunajibuf, cap. 19, iibi liirriciiiain saoraiiicnlariam ex argilla rubricala, l\.Miia> c («'nieteriis cnossaiii, oxhibel ail inolulypi iiiagnitudinum exprcssani, ciijiis iconein eit^eiii iiiisit o'ines Joaiin. Pastori, doseriptioiit» liac addila : Forma «luadrala est, ul <iii(»daiuiiio.!o allari-, isiiagiiioiii redoioal, quod ex quadruU) lapide alqiie luiieo coiislai e t.olebal.... Hiijusiiiodi uiiu.n inlcgirriiniiiH liaheo l'isauri, ex antiquissiuio sancUc .Marie .MajidaleiivT iiioiias'.erio enilum, in ciij:is Ironie criix anipla exiisa est cum Ciiri.sli bciiediienlis imagine. Teslalur pr;eterca idem eipu's, similium uirriciilaruni Uagmenla non semel se llomain coMiieleriis collogisse, adli;elenlibus, sive aliipian.lo divulsis liicernis non adinic argilla lurricula' aggiutinalis, ul pcrcnni liiniine aliquis eliam in piivalis a'dibns lionor myslorio lani venerabiii Iriliucirlur. «Miru.ii vero non ec^sc, snltdil, si vasculorum iniiuMnoili IVagnn'nla p'.iuinia in lis In. is invoiiinnlur in qnibns sa'po vivi lalilabanl et nioiUiilunndabanlnr.t^Cilal. ap. l'iœUcl. llienl., Mxci,. l'iMTonc, toni. M, pag. ii'> , eail. Lovanii, 1841.)

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