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deux du saint corps du Chiist; elle en prit une parcelle qu'elle cacha dans son sein, et aussitôt elle suivit les soldats (1). »
Le passage si remarquable de Sandelli nous fournira des lumières pour éclaircir quelques endroits obscurs de nos auteurs ecclésiastiques. Saint Fortunat, évoque de Poitiers, loue vivement , dans son stvle poétique, le zèle d'un évêque de Bourges qui avait fait faire une tour d'or où le corps de Jésus- Christ était enfermé. 11 n'y a aucune ambiguïté dans le texte : la tour dont il est question est bien un tabernacle. Le passage suivant de saint Grégoire de Tours a donné Heu à plusieurs interprétations : « Le temps du sacrifice arriva, et le diacre, ayant pris la tour dans laquelle se trouvait' le mystère ( quelques éditions portent le ministère ) du corps de Jésus-Christ, se mit à marcher vers la porte : quand il fut entré dans l'église et qu'il se disposait à plarer la tour sur l'autel, elle lui échappa des mains, et on la vit portée dans les airs (2). » Quelques auteurs, et parmi euï M. de Caumont, ont pensé que la tour dont il s'agit était simplement une espèce d'étui destiné à renfermer le calice et la patène. Cette traduction nous semble fautive. Certains usages de la liturgie gallicane et surlout la couiume de déposer sur l'autel la réserve eucharistique au moment de l'oblation des dons, autorisent suftisammenl notre interprétation. Le miracle qui s'opéra à l'instant où le diacre laissa tomber la tour s'explique aisément pour ceux qui admettent que l'Euch; ristie y était enfermée, et telle devait être l'intention de saint Grégoire de Tours (3).
Dans le testament de saint Aredius, abbé de saint Yrieii, près de Limoges, il est plusieurs fois fait mention de tours parmi les objets qui avaient une destination ecclésiastiqi;e. Voici l'extrait de ce testament que nous trouvons dans le traité de Mabillon déjà plusieurs fois cité : « Quatre tours, trois couvertures d'autel en soie, quatre calices en argent, dont deux à anses, et un autre calice en or ; une couverture de lin, plusieurs robes, divers autres objets journellement en usage pour l'autel et un grand nombre d'autres ornements précieux. Il y ajoute, deux
(1) < Verum antequam traderet uUio se lupis agiia Clirisli, brevi iwora impelrata prodeundi, accuiril ad ;iidem sacram, rcëeralaque illic arcula, in qua divinuin donum reliquiarum sancli corporis Christi servabalur, Inde parliculam acccplani s'mu rccondulit et sic slatiin cuin inilitibusabiit. > (Boiland., Act. SS., meus, uiart. toni. I, pag. 19, cap. 1^2, n. U.)
(2) « Tempus sacrificii adveni! ; acccplaque ttirre diaconus in qua myslerium {^eii niinislcriuni ) doniinici corporis habebalur, ferre ca pil ad ostiuui : ingressusque lempluni, ni eam allari siipcrponeret, elapsa de manu ejus ferebalur in acra. > (Greg. Turon., de Glor. Martyr, cap. 36.)
(3) D'après les liturgies romaine et gallicane, à chaque messe on réservait une partie de l'hosiie consacrée pour le sacrifice suivant, et alor.«: on la mêlait dansie calice avec le sang précieux ; on voulaii ex^îrinier par cette coutume la durée perpétueUe et sans intei-roplicm du sacrifice eucharislique, aussi Lien (jue liâentilc ùe la Yictin.e.
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tribunaJia, trois rideaux, des tours et plusieurs autres objets. » Les tours dont il est question parmi les legs de saint Aredius doivent être du même genre que celle dont parle saint Grégoire de Tours. Mais que faut-il entendre par cette expression tribunalia? Etaient-ce des sièges d'honneur? Ces sièges eussent été vraisemblablement de la même espèce que celui que le pape saint Grégoire le Grand donna à notre saint Grégoire de Tours, et qui était d'or : c'était un témoignage éclatant de l'estime du pontife romain envers le célèbre évêque de Tours, et en même temps une marque de distinction pour l'Eglise qu'il gouvernait.
Les tours n'étaient pas seules en usage aux V', VI' et vu' siècles pour déposer la réserve eucharistique. Nous voyons dans le testament de saint Perpet, évoque de Tours, le legs suivant : «Je donne et lègue au prêtre Amalaire, une cassette commune garnie de soie; de même un élui et une colombe d'argent pour servir de reposoir (1). )i Quoiqu'il y ait incertitude pour le sens qu'il faut attacher à cette cassette ou coffret , nous pensons que c'était un petit meuble destine à recevoir en dépôt les saintes espèces de l'Eucharistie, et que c'est précisément à cause de cela qu'il était enrichi de soie. Il en est de môme de la colombe d'argent. Ce cotfret est un conditoire d'un usage commun, la colombe est un reposoir dont l'emploi avait quelque chose de solennel. Rappelons ici à la mémoire ce que nous disions il n'y a qu'un instant de l;i colombe suspendue au milieu et au-dessous du ciborium. Pendant les périodes archéologiques postérieures à celles dans laquelle nous sommes actuellement, nous verrons encore la colombe adoptée pour servir à garder l'Eucharistie du viatique.
Sigebert, roi d'Austrasie, avait déclaré la guerre à son frère Chilpéric roi de Neustrie, à l'instigation de la reine Brunehaut pour venger le lâche assassinat de sa sœur Gales- "svinthe ; mais avant d'en venir aux mains, les deux rois firent un accommodement dans les plaines de Chartres. Les soldais à moitié barbares qui formaient l'armée du roi de Metz, mécontenis de voir finir sans combat une guerre dans laquelle ils avaient espéré s'enrichir dans le pillage, commirent toute espèce d'excès contre les personnes et contre les propriétés. « Le roi pailait et conjurait, dit saint Grégoire de Tours, pour que ces choses n'eussent pas lieu, mais il no pouvait prévaloir contre la fureur des gens venus de l'autre côté du Rhin. » Les églises ne furent pas respectées. Dans la riche basilique de Saint-Denis, un des capitaines de l'armée prit une pièce d'étolfe de soie brochée d'or et semée de pierres précieuses qui couvrait le tombeau du mart\r ; un autre ne craignit pas de monter sur le tombeau même pour atteindre de là et abattra avec sa lance
(1) « Do et lego Amalario presbytero capsulam unani comniunem de serico; item peristeriimi et coliimbam argenleam ad lepositorium. > {Thés, aneca, il art.)
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uuo colombe d'or sus|>eiHiuc aux lambris do 1,1 cliapello. Ces |>illa,^es ol ces proianations indif^naieul Sigeberl comme roi et comme c'irélien; mais, sentant (lu'il ne pouvait rien sur l'esprit de ses sol.Ja s, il agit envers eux conuTie son aïeul (llovis envers cel i qui avait brisé le vase de Heims. Tant (jne l'armée fut en marclie, il laissa faire et dissimula son dépit ; mais, au reiour, quand ces lioumies indisciplinablos, rogaj^naut cliacun SI iribu et sa maison, se iurcnl dispersés en ditlerents lieux, il lit saisir un à un et mettre à mort ceux qui s'étaient le pius sij^nalés par des actes de mutinerie cl de bri^^and.ge (1).» ^ , . .
Ce passage curieux n est pas le seul qui nous fasse connaître que les colombes d'ur et d'.irgent étaient jjlacées, non-seulement au-dessus de l'autel majeur, mais encore au-dessus du tombeau des martyrs et des confesseurs, et jusque dans le baptistère. Les cttlombes mises en ces divers endroits avaient-elles toutes la même destination que celle (jui fut donnée par le s lint évoque de 'l'ours, Perpet ? Dom Mabillon s'est posé cette ([uestiou dans son bel ouvrage de la li.urgie gallicane, et l'a résolue avec son érudidon accoutumée, c'esL-à-diro en ern- I runtant aux auteurs contemporains des textes qui ne laissent subsister nulle obscurité. Il résulte des dilTérents passages interprétés par lui-même, que les colombes placées au-dessus du tombeau des saints, et même quelquefois au-dessus du tombeau des grands personnages, avaient une signification symbolique, sans être consacrées h renfermer la réserve de l'Eucharistie. Il paraît, au témoignage de Paul "NVarnefrid, que les Lombards avaient coutume de placer une colombe au-dessus du sépulcre de leurs an^s, de leurs parents et de leurs al iés. Voici un des passages les plus curieux que l'on puisse cUer relativement à cette matière : « Si quelqu'un des leurs Hes Lombards ) venait à mourir, soit à la guerre, soit ae toute autre manière, ses parents plantaient en terre une longue perche audessus de son tombeau : ils y attachaient au sommet une colombe en bois, tournée vers l'endroit où le défunt avait rendu le dernier soupir (2). »
Les colombes suspendues dans les baptistères étaient une ligure du Saint-Ksprit qui descendit sous cette forme sur la tète de Notre-Seigneur, recevant, dans les eaux du Jourdain, lebaptème, des mainsde saint Jean- Baptiste. Il parait encore, d'après l'interprétation de certains antiijuaires l.tiiTgiste.s que souvent on plaçait l'huile du saint-chrême dans l'intérieur de C(îs images d'or ou d'argent. Des auteurs, ennemis du surnaturel,
(1) Aug. Tiiicrry , lléciis mérovhig., lom. II,
Ci) t Si qnis enirii nul in bclln, aiil qnoinodooiinquc exsliiulus liiisscl, coiisaiimiiiici sni iiilia sopiil- '•ra sua pfïrtiram li^'clniiil in ciijiis suiiimiUUe coiiimb.<iii e\ limio faclaiii |M>iic!)aiil, iniri' illiic versa es- »(!l, iiiii coiiiiii ihitclua obiiscjcl. » ^Paiil. WariR'fiiil., Iib. V, raj). r>i.)
DiLT10>M. U'AUCIIÉOLOGIE SIUmP.E. I.
qui d'ailleurs en cette circonstance ont quelque ap, arence en leur faveur, ont soutenu que 11 colondjo qui descendit du ciel au baptême de Clovis, et qui donna la saint • ampoule à saint Keun , n'était ras autre chose que la colondjc d'or attachée a la vqùq du baptistère, ({ui contenait les huiles bénites nécessaires aux oncti(jns du baptême.
Quant aux colombes en met il précieux susj)endues au-dessus des autels, elles servaient la plupart du temps à conserver l'Eucharistie. Par exception, dans certaines églises de l'Orient, elles olfraient seulement la représentation syndjolique du Saini-Esprit. C'est ce qui ressort assez clairement d'une phrase extraite de la siq)plique des ch-rcs cl des moines d'Antioche, adressée au pnt.iarche Jean et au synode de Constantinojile. On y élève des plaintes graves contre un certain Sévérus, qui pillait les vases sacrés et dépouillait les autels : « Cet impie porta les mains sur les colombes d'or et u'argeni, image de l'Esprit-Saint, suspendues dans les baptistères et au-dessus des saints autels , disant qu'il ne convenait pas de représenter le Saint - Esprit sous la ligure d'une colombe (1). »
Pour achever de donner les renseignements que nous possédons sur le sujet j)résent, nous ajouterons que parfois on ht des reliquaires sous la forme de colombes. Cette asseriion se preuve | ar une parole du moine Hermann, dans son histo re des miracles de la bit'nheureuse Vierge Marie. Cet historien raconte qu'un voleur nommé Anselme pénétra dans l'église de Notre-Dame de Laon (Laudunensis), brisant les croix d'or et les phylactères, et entre autres choses précieuses une colombe d'or qui était l'objet d'une grande vénération et d'une grande renommée, parce qu'elle renfermait, suivant la croyance générale, du lait et des cheveux de la sainte Vierge. Cette colombe était suspendue à son autel aux jours de fêtes qui lui sont consacTt^s (2). Ce fait est à peu près unique dans cette période historique : il ne faut donc jias y attacher trop d'impiitance.
Dans les églises d'Italie, et dès la plus h lUle antiquité, on conservait l'Eue aristie dans une espèce d'ouvertuic ou de nicho pratiquée dans la nuiraille , soigneusemeiu fermée et dont la porte était munie de serrures très-fortes, ce que l'on nounna.t arniariuni, d'où par corruption est venu notre mot français armoire. Peut-être aussi [ laea^t-
(I) « Cdiumbas argenteas et aurcas xpjo-u.; wi «-.yj&a; T.a.iT'ip'xç in ligiiran» Spiriuis Saiicti super divina lavacra elaltaria ai»ponsas, una ciun aliissibi appropriavil, dirons non oporlere in specie coinnihx SpiriUnn Sancluiu noiuinare. » (Toui. V Cdncil ,
[-1] « An- olnius quidam fur crucos anroas et p!iilacieria conrr.ngcns, inler coilera eliani auicani l'olunibani conlifi^it, {\\r,\' pn» lacté cl tapiilis sanola' Mari:i' ( nt IVrciiaUir ) iiitiorsuni iTconciiUs, niuiliini erat fainnsa et lionoraliilig, uiide et in inajoiihus feslis super cjns allare s(»it;i)al a;.pendi. > (llcrmaniMis nionacli. , liJ. ni de ilhaculis iauriw Mniiœ, cap. 2H.)
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on la p<5serve dans r.iutd liii-m^me, comme è donnent h penser (luelques vers de saint Paulin de Noie adressés à Sévérus (1).
Continuation du chapitre précédent. Accessoires (les autels chrétiens antérieurs au XI* siccle.
Les autels anciens n'dtaient pas surmontés de gradins comme aujourd'hui. Il était expressément défendu de rien déposer sur i'aulcil, h l'exception des choses qui devaient immédiatement servir pour la messe. Les reliquaires eux-mêmes ne se placèrent pas d'abord sur la table de l'autel : plus tard 0:1 les y admit, mais les exemjiles de ce fait ne remontent pas au delh du vm* siècle. Les Yases sacrés , le livre dos évangiles , se voyaient seulement sur l'autel.
Nous sommes porté à croire que l'on plaçait quatre chandeliers aux quatre angles de l'autel des basiliques latuios, comme cela se pratique toujours chez les Grecs. Mais ces chandeliers n'y restaient pas h demeure; ils étaient apportés par des ocolytes au commencement de la cérémonie, et disparaissaient à la iin de la messe. Selon Bocquillot et quelques autres auteurs liturgistes, il n'y aurait pas enco:e aujourd'hui quatre siècles que les chanderers sont devenus iia ornement permanent des autels.
L'usage des candélal)res et des cierges dans l'église est aussi ancien que la célébration publique du culte chrétien. C'est une transmission de l'ancienne loi. Dans le temple de Jérusalem, image de l'église catholique, il y avait des chandeliers nombreux, et aux jours de solennité l'on allumait beaucoup de lampes. Salomon fit p'acer dix chandeliers d'or d'un travail admirable ; mais le plus remarquable était le candélabre à sept branches, qui pesait un talent d'or au poids du sanctuau'e. La forme en ressemblait à une sorte de tronc d'arbre assez épais, du sommet duquel s'écliappaient sept tiges , portant à leur extrémité une lampe semijlab!e à une amande, que l'on ôta t et jdacait à volonté. On allumait ces lampes le soir et on les éteignait le matin. Les intor[)rèles des saintes Ecritures regardent le chandelier à sept branches comme la figure de Jésus- Christ , qui a institué les se[)t sacrements.
Nous voyons dans certains écrivauis que les pieds des chandeliers dont on se servait dans la primitive Eglise pour porter les lampes ou les cierges étaient a:tj>uyés sur un socle carré oii étaient représentés les quatre animaux de la vision d'Ezéchiel.
Selon ces mêmes auteurs, les chandel ers modernes auraient gardé comme un vestige de la forme antique dans les gritfes de lion qui en ornent les pieds ou supports. Quant à la fonne elle-même des chan leliers primitifs, il résulte des documents archéologiques qu'elle ne fut pas constamment la
(1) Divinum veiieranda tegunlaUaria fœdu$,
Composiiiiqtte sacra cnm cruce marlynbus. Cunctd salutiferi coeunt insiynia Clins ti : Ciux, corpus suiignis murlyris, ipte Oeu$.
même. Le goût des artistes n'était point circonscrit dans des limites sévèrement arrêtées par la liturgie ou par le symbolisme. Les traditions n'avaient rien réglé dedélinitif sous ce rapjiort : aussi les rares exemples que nous pouvons mettre en avant pour appuyer nos assertions , nous montrent-ils la plus grande variété. En cherchant dos modèles à des époques moins reculées, nous aurions des caractères plus précis à olfrir. Non-seulement nous jiossédons des spécimens remarquables de ces instruments durant la période ogivale et de la fin de la période romano-byz.intine ; ma'S encore nous rencontrons dans les monuments iconographiques de curieux modèles et d'intéressantes représentations. Dans les vitraux peints et dans les manuscrits à miniatures, nous voyons fré(juemment des images de chandeliers portatifs aux diverses époques arcliéologiques si bien caractérisées par les monuments d'architecture. Le pied de ces chandeliers est généralement rond, ovale, multilobé, polygonal, et quelquefois carré.
lilais nous ne devons pas empiéter sur l'ordre que nous avons adopté ; plus tard nous reviend ons sur les chandeli>:»rs depuis le XI* siècle jusqu'au temps appelé de da Renaissance.
Dans \fS premiers temps, les chandeliers mobiles gardèrent à l'église la forme commune a io|)tée pour les usages ordinaires de la vie domestique. Ce furent par conséquent des lampes plus ou moins riches, plus ou moins pauvres, suivant que l'Eglise était libre ou persécutée. Nous possédons une quantité prodigieuse de lampes de bronze ou d'argile prove*iant d-^s Catacombes, dont quelques-unes auront servi certainem^ent h l'exercice du culte chrétien. Les lampes susi)endues à des chaînes, mun.es de plusieurs becs, d'un travail soigné, reitrésentent les lampadaires, tandis que las lampes simples rappellent les chandeliersisofés. Nous n'en ferons pas ici la description détaillée, parce qu'on la trouve dans une infinité d'endroits et que nous l'avons nous-môme donnée dans un autre ouvrage. Nous préférons indiquer en passant, à propos d'une lampe qui se voit au musée de Florenœ, commer>t les objets en apparence les moins importants peuvent fournir de précieux auxiliaires à la science et à la théologie. Celte lampe en bronze, en forme de vaisseau, fut découverte à Rome dans le cimetière de Sa nle-Priscille. On y voit re[)résentés deux personnages, saint Pierre assis au timon, et s tint Paul debout h la proue, prêclKuit l'Evangile. On voit par là sous quel symbole les j)rcmiers chrétiens avaient coutume d^ représenter l'Eglise de Jésus-Christ, et quel rang ils assignaient dans cette Eglise au prince des apôtres. Saint Pierre et saint Paul sont placés dans ce monumentintéressant d'après nos croyances catholiques.
Le biographe des papes, Anastase, fait mention très-souvent d'instrunvents destinés à porter des cierges ou deslampcs. Malheureusement il ne sort yuère des limites d'une
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ardo noinonclature, sans rion dik^rire avec précision. Los canihnra ceiostntn «''taient, sans doute, des cliandeliers doslinés à soutenir d>'S cierges et des boui:;ies.
Si les chandeliers n'étaient pas habituclienienl nombreux dans le sanctuaire, il parait qu'eu certaine circonstance les autels euxin(^ines , au témoignage de saint Paulin , évcMpie de Noie , brillaient d'une multitude de lampes allumées j»ur et nuit :
Clara coronantur densis altaria lych/iis Hocle dieque muant.
Outre les chandeliers destinés à orner l'autel et le sanctuaire, il y en avait d'autres qui étaient portés par des clercs autour du livre des Evangiles, quand le diacre travci sait le chœur pour g"'io'i^'" l'ambon. L'Ordre gallican, par un souvenir de l'Eglise orientale , dont les Eglises di^'S Gaules tiraient leur origine , prescrit sept chandeliers pour les ol'dces solennels. C'était, sans doute, en mémoire desse,it chandeliers de l'Apocalypse au milieu dest^uels saint Jean vit lo Sauveur qui se promenait. Saint Grégo re de Tours mentionne sept et cinq chandeliers qui accompagnaient le diacre portant l'Evangile durant la messe. L'église métropolitaine de Tours a conservé jusqu'îX nos jours l'usage des sept chandeliers dans les fôîes d'un rite su[)érieur. La collégiale de Saint-Martin à Tours avait également gardé les mêmes coutumes jusqu'à sa destruction, à la révolution française.
Mais rien n'est plus curieux h mentionner que les phares ou couronnes que l'on suspendait soit dans le chœur , soit dans l'abside elle-même. Anastase, au livre du luel nous avons si fréquemment recours, ra;)|)orte une foule de traits relatifs à ces grands lampadaires. Plusieurs papes se plurent à orner les églises de monuments de celte nature.
Les indications qu'il nous en donne, et toutes celles que nous rencontrons dans d'autres écrivains postérieurs, manquent de clarté. Sous les termes vagues qu'il emploie nous aurions certainement beaucoup de l)eine h découvrir la forme véritable des p/zare$, si le moyen âge ne nous avait pas légué un monument de ce genre parfaitement conservé dans le dôme d'Aix-la-Chf pelle. On s'accorde généralement à considérer comme appartenant au môme genre dc^rarides lampes composées de plusieurs vases ou récipients, les pfiarœ, pharacantlinrn , çoronv, d'Anastase le Bil)liolhéc^iire. C'étaient des cercles d'un diamètre plus ou moins considérable, dont le pourtour était chargé de cierges ou de lanternes, suspe.idus àla voiUeaumoyen de cliaincs.ou de cordons. D'ni>rès certains passages denos auteurs ecclésiastiques, nous savons (jue l'usage de ces instruments se maintint longtemps en Fiance. Quoique nous n'en ayons jamais vu dans aucune de nos grandes églises, cl que jusqu'à pi-ésent nous ne coniiaissiivns que le phare d'Aix-la- Cha[)elle, dont nous avoiisfait une d -scription spéciale sur hs lieux mêmes, nous pourrions nommer plusieurs cathédrales,
comme l'église métropolitaine de Tours, où l'on conserve un lampadaire îi trois ilambeaux, comme un vestige de la coutumcj ancienne. La lampe simple uui bn'ile dans nos églises en face de raulcl , d'après las prescriptions de la liturgie, doit son origine a une autre cause dont nous aurons occasion de parler plus bas.
Rappelons ici les citations que nous avons faites antérieurement au sujet (io5 afttels érigé'S dans le monastère de Saint-t'iuilhemdu-Déserl : il y est fait mention d'une coufonne fort curieuse et dont la forme était très-originale.
La couronne d'Aix-la-Cha[)ellc fut donnée h cette église par l'empereur Frédéric 1°', dans la seconde moitié du xiT siècle. C'est un grand cercle en bronze doré et émaillé , dont le pourtour, sur lequel est écrite un<; inscription, se divise en huit lobes. Dans chaque {)arlie de ces segmons de cercle se trouvent des lanternes aw forme de toureile.f arrondies ; des tours plus grandes et carrées sont placées au centre de la courbure des arcs du cercle. Entre chacune de ces lanternes on peut placer trois cierges, de sorte qu'il y en a quarante-huit sur la circonférence de ce beau candélabre Les lanternes sont au nombre de seize, huit carrées et huit rondes. Ce beau monument, actuellement situé au-dessus même. du tombeau dj Charlem ign? et au centre du dôme, produit beaucoup d'effet dans se.? belles proportions, qui sont pourtant loin d'être gigantesques. Les segm.'nls du phare se relieni à un centre en forme do croix ou p;irtie solide, qui les maintient exactement diins leurs rapports. Los espaces libres mire les tours et les tourelles sont assez délicatement ornés, et les lettres de rinscrip:ion suivent deux lignes {lara'lèles qui circonscrivent un,Gham|i lisse. Le bord su[)érieur et le bord inférieur sont charg''.s d'ornements symét icjues. Enfin, la crête est décorée de feuillages largement épanouis et flabelliibrmes, placés entre les supports des cierges.
La cathédrale de Rayeux avait r-^çu. en présent d'Eudes ou Odon, frère utérin de Guillaume le Conquérant, une grande couronne de cuivre doré et émaillé, ornée d'un grand nombre de lames d'argent et suspendue à la voOte au moyen d'une chaîne de fer. Cette couronne, de seize pieds de hauteur et ornée d'autres couronnes. en forme de tours, était d'une largeur considérable. Elle servait, dit lo chanoine Béziers, auteur d'une histoire de la cathédrale de lîayeux, h porter quantité de cierges, qu'on allumait dans les grandes fêtes. 11 y avait quaraute-cin(i .vers kilins gi-avés tout autour. Ce lustre, (jui vraisemblablement du teiU; s d'Odon était j^lacé d vaut le maitre-aul<'l, se trouvait, en 1502, devant le crucilix, près del'en'rée du chœar; il fut alors brisé par les protestants, qui en emiJortèrcnt les morceaux (1).
Si l'on conservait l.i moindre incertitude ju sujet de la re>semblance des phares avec
(I) De Ca.uuonI, CiMri iCantiq. mon., lom. YL
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li'S couronnes dont parle le biographe pontilical, il siilliiait, après les indications (pic nous venons lie donner sur les couronnes d'Aix-la-Chapelle, de saint Guilhera-du-Désert et de Bayeux, de jeter les yeux stu- le passage suivant : « Le pape Léon 111 lit faire un phare, c'est-à-dire une très-grande couronne d'argent avec douze touis saillantes au dehors, d'où pendaient trente-six lampcs-(l). »
Quant à l'idée du genre d'éclat et de magnificence que produisaient ces immenses candélabres , nous pouvons facilement la concevoir en répétant les paroles d'admiration de l'historien de saint Benoît d'Aniane. « Lorsque les lampes sont allumées pour les fêtes solennelles, l'église brille autant de leur clarté durant la nuit que de la lumière du soleil pendant le jour. » Les anciens avaient d'ailleurs attaché des idées symboliques à ces phares splendidement décorés et source d'une si élincelante lumière durant le cours des divins oflices.
Près de l'autel et appuyés par terre étaient placés de grands candélabres sur lesquels nous ne possédons pas autant de renseignements que sur les couronnes ou phares. C'étaient de 1 aules tiges ou troncs, qui laissaient échapper des ramifications nombreuses auxquelles étaient attachées des lampes. -Quelquefois c'était comme un arbre dont les branches multipliées portaient des feuillages, des fleurs, des fruits, entremêlés avec des lampes et des cierges.
Les antiquaires traduisent ordinairement par lustres le mot pharacanthara d'Anastase, et ils entendent par là à peu près ce que nous venons de faire connaître de certains •candélabres gigantesques. Rien cependant en •ce genre ne peut approch; r de la dimension colossale du phare en forme de croix que le pape Hadrien fit placer dans le sanctuan e de l'église de Saint-Pierre, et qui pouvait rece- •%oir treize cent soixante-dix cierges (2).
En finissant ce que nous avons à dire sur les candélabres, nous ne saurions nous dispenser de mentionner le cierge pascal et le support destiné à le mettre en évidence. Dès l'antiquité la plus reculée, nous en connaissons l'existence sans posséder des documents aussi
1)récis sur la place que celui-ci occupait et sur a forme CjU'on lui donnait communément. On .pense généralement que c'était une espèce <ie colonne, plus ou moins ornée, située au -€ôté gauche de l'ambon. La basiîiquc de -Sainte-Agnès, à Rome , nous montre encore <*iujourd'hui une colonne de ce genre : peutêtre cette colonne, d'une anti([ui.é douteuse, a-t-elle conservé la forme p.imilivcment affectée à cette espèce desuppoit; peul-èlie aussi, par suite d'une tradition qui se serait
(1} « Fccit ( Léo III ) et pharum, coronam scilicet iriaximain arj^euteain cuin auodcciiii exlriusecus proîiiiiienlibus tuniljus, scx el Uiginta lampadibuscxca peiideulibus.» (Anasl. Uibliolli. Vita Lcon. 111.)
(2) « Fecii pharum inajoiein in eaderu B. Peiri •«cdesia in lypum crucis, qui pen<let anle presbyleriiin» habcnitni candelas mille trecentas el sepluagiala. t (Anablas. Vil. Uadriant.)
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perpétuée jusqu'au temps présent, la colonne que l'on voit dans certaines églises , malgré quelques modilications , serait-elle un vestige ^^^.'S dispositions j)remicres ?
Les historiens parlent fréquemment des chancels , cancelli ; mais les écrivains ecclésiastiques ne paraissent pas attacher to s le même sens à cette expression. On a fait de longues et savantes dissertations propres à éclaircir ce point intéressant d'archéologie sacrée : nous en présenterons à peine l'analyse succincte.
On dstingue plusieurs espèces de chancels sous le rapport de la destination : il y en avait autour de l'autel , autour du chœur et autour du tombeau des martyrs. Ceux de la première et de la seconde espèce étaient généralement très-riches et d'un travail remarquable ; primitivement ils avaient pour but ue séparer le clergé d'avec les laïques. Nous citerons quelques exemples pour donner une idée de leur magnihcence et da l'importance qu'y attachait l'Eglise. Le pa, eLéoii ill, du temps de Charlemagne^tit élever autour do l'autel du prince des apôtres, dans l'église de Saint-André, un chancel d'argent qui pesait 89 livres. Etienne IV en fit confectionner un autre pour entourer un autel : il était du poids de 130 livres et d'argent le plus [)ur, ex argento piiriss mo. Pascal i" en ht établi r un de môme métal du poids de 78 livres. Les chancels les moins p.écieux pour la matière é aient en ivoire, eu bronze, en marbie, en pierre et en bois : ces derniers Cependant le disputaient an beauté aux chancels les plus somptueux par la délicatesse du travail, la profusion des ornements, le goût et le mérite artistique. Des passa^^es d'Anastase nous a[>prennent que l'on appliquait des lames d'argent aux chancels en bois et que l'on en variait la déco.'aàon suivant les circonstances et , sans doute aussi , selon le degré des solennités.
Les laits que nous venons d'appo ter sont em{)runtés à l'histoire des souverains pontifes ; nous en trouvons de semblables da s nos annales ecclésiastiques des Gaules. Saint Grégoire de Tours , en particul.e -, en mentionne plusieurs ; mais nous préférons ici nous servir du quatrième canon du second concile de Tours : «Que les laïques ne se tiennent pas auprès de l'autel où s'ollVent le5 saints mystères, ni au milieu des cleics, so.» l)endanl les vigiles , soit pendant la messe ; ma. s que la paitie située du côté de l'autel, qui est séparée par les chancels, soit ouverte seulement au chœui- des chantres (1). » Toul le monde connaît le trait édifiant de la vie de s.dnlCésaire d'Arles, qui vendait les chancels ju'écieux de son église [lour payer le prix de rachat d s cai)tifs , au témoignage de saint Cypricii.
il y avait des chancels de grande dimension ; il y en avait de très-peiils. Les uns
(1) « Ut laici secus altare, quo sancta mysleria celebranlur, inler clericos, luni ad vigilias. quaiu ad inissas, stare penitus non pncsumant : sed pais illa qua? a canceilis versus aliare dividilur, choris laiv tuni psaiientium paicat ciericornui. »
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etaionl en usago pour circonscriro do largos espaces , les aiilros entouraient l'autel ou servaient »i établir une barrière entre le cbu'ur et le presbytère ou sanctuaire. Saint (ir.'^oire de Tours parle d(î cliancels [dacés h l'église de Saint-Pancrace, dans la campagne romaine, sous l'arc de l'abside. Duc^ingc, dans la descri[>tion de Sainte-Sophie de Const^iiitinople, alïlrnic que, cliez les Grecs, les chancels étaient conslammont placf^s h l'entrée du sanctuaire, parce que, suivant les prescriptions de leur liturgie , les jirètres seuls, à l'exclusion des clercs, ont le droit de pénétrer plus avant.
La clôture du chœur et du sanctuaire est donc un lait qui remonte à la plus haute f\nti(|uité ecclésiastique : il nous serait aisé de faire ressortir des textes précédemment ex^)0sés , la mauvaise foi de certains écrivains protestants qui ont prétendu que cette barrière avait été inventée en des temps d'ignorance , et pour symboliser faussement une diirérence entre l'ordre ecclésiastique et la condition laïque. Nous laissons à chacun le soin de tirer les conclusions d'une prétention si extraordinaire de la part des écrivains de la prétendue réforme, qui ont commis presque autant d'erreurs en histoire que d'hérésies contre le dogme.
Les chancels qui environnaient le chœur et le sanctuaire reçurent encore la dénomination <le pecloralia. Dans l'ordre romain, il est dit souvent que les évoques, les prêtres et les diacres doivimt s'approciier du pectoral, et qu'ils s'y appuyaient quelquefois. C'était un mur régulièrement bâti , s'élevant à hauteur de poitrine, si'rvanl de soutien aux balustres des chancels, et parfois dépourvu do tout couronnement. Le pectoral était l'endroit où se plaçaient les fidèles pour recevoir la sainte communion. C'était là encore que la multiîude venait, aux solennités consai-rées par l'Kglise, recevoir les rameaux bénits , signe d'allégresse , et les cendres, emblème de pénitence. Saint Augustin, en parlant de la j)articipation à la sainte Eucharistie, s'ex|)rime en ces termes : «Que ceux qui savent (pie je suis instruit de leurs péchés s'éloignent de la communion , s'ils ne veulent fias être chassés des chancels (1). » Dans les églises des (laules, le même usage était en vigueur. Aussitôt après la commu- 1. ion du célébrant , qui était ordinairement révèijue , et de tous les clercs qui l'accomnagu.ncnt, le diacre annonçait aux fidèles que le temps de se présenter à la siin:e table était arrivé ; il le faisiit en ces termes : Snncta snnclis , les choses saintes pour Us saints. Les connuuniants venaient auprès des chancels, vl là, debout, hîs hommes re- (•(îv.ient une pai celle de rEiicharislie dans la main nue, et les femmes dans la main recouverte d'un ling(î appelé dominical. Telle est l'origine des tables de communion usitées d ns nos églises. Le dominical des femlues a donné naissance aux nap[)es destinées
(1) S. Aug., scr.n. cccxxn, n. l,.