‹ Dictionnaire d'archéologie sacréeChapitre 72 sur 195 · AUT ?^J · texte numérisé non relu

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aujourd'hui à l'usage commun de tous les (idoles indistinctement.

A des intervalles égaux, on voyait s'élever au-dessus des chancels ou balustrades , do petites colonnes élanci'-es, appelées regulare$ d ins les plus anciens écrivains. Klles ékiient généralement très-ornées et parfois formées de matières précieuses. La destination en était, comme cela se prntifjue toujours dans les églises qui suivent la liturgie de saint Jean Chrysostomc , de porter des voiles ou rideaux très-riches. Après ce que nous avons écrit précédemment des splenuides courtines qui entouraient l'autel et que l'on suspendait au ciboire, nous n'avons rien h ajoulei', sinon un mot de notre saint Grégoire , qui dit que les courtines du chancel étaient décoréesd'images peintes (ju brodées. Ce trait rappelle évidemment l'iconostase des (jrecs.

Nous avons peine à nous figurer actuellement l'éclat et la magnificence de ce genre de décoration des basiliques primitives. Les chancels en argent où brillaient les pierres Unes, les ciselures déliées exécutées sur dii riches métaux, les colonnes surmontées do statues, les grantis voiles aux couleurs éclatantes, devaient produire un effet admirable. Le mouvement de ces belles draperies, quo l'on fermait et que l'on ouvrait à certdns moments solennels de l'office, devait inspirer aux fidèles un sentiment de profonde vénération j)0ur les cérémonies (Saintes qui accompagnent la consécration et la consommation de nos augustes mystères Aujourd'hui, on no croit jamais pouvoir trop mettre à découvert l'autel et le prêtre : c'est un usage bien éloigné des coutumes antiques.

Quant aux chancels qui entouraient les tombeaux des martyrs et des confesseurs, c'étaient de simples grilles en bois ou en métal,destinées à modérer la dévotion parfois indiscrète des pèlerins. La confession des martyrs, dans les églises de Rome et do l'Italie, était toujours prot<'gée par une bnlustrade , comme nous l'apprend Anast-iso lo Dibliothécaire, ainsi quo saint Grégoire dj Tours qui, entre autres faits, raconte le larcin sacrilège d'un voleur qui rompit les chancels du tombeau de saint Martin pour les emp.orter.

A l'un des côtés de l'autel se trouvait Vobinlionarium, ou la protheais, comme on l'appela dans la sui'e : c'était une table destinée h recevoir les oblations des fidèles [i]. Elle était recouvertedelingespropres, et outre les vases sacrés et les offrandes, on y déposait tous les objets qui pouvaient servir dans le cours de l'oltice. L'usage de la procession dos dons chez les Grecs, usage couse vé dans quelipies-unes de nos |ilus anciennes églises, tomme aux églises métro- I olilaines de Tours et de Reims, suppose nécessairement l'emploi de la jirolhèse. Les (b'tails dans les(juels entre saint Germain de Paris, dans son exposition de la messe gallicuie, ne laissent pas .n moindre inceititu.io à cet égard. Nous ignorons cependant (jnelk

(1) (hif/in. lin Utrnhan., par le D' Doeiliiiget tom. Il, jin;,'. 3G0.

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i'U\t la forme et la dt'cop.ntion do cette ospôco de table, qui a été remplaeée iiar la crédence chez les modernes. Il en est ae môme de la liïscine,dent nous ne retrouvons des vestiges «rue dans les édifices postérieurs au xr siède. La jiurilication des vases sacrés se lit constamment avec les plus grandes | récautions' et le plus [irofond respect. Les croyances calh.nliques exerçaient en cela leur in- Ikrcnce connne en tout ce qui se rapporte j>lus ou moins directement à r;idorable ^^- ©ritico de nos autels. y./

Dbs le iK' siècle, divers documents font connaître rétablissemoût des piscines dans le voisinage de l'autel. Le pa,>e Léon IV, dans la curieuse instruction qu'il adresse aux évêques, veut qu'il y ait près de l'autel un lieu où l'on puisse jeier l'eau qui a servi à laver les vases sacrés, et que le prêtre y trouve de l'eau et du linge blanc pour se laver les mains et se les essuyer après la communion (1). C'est le plus ancien monument historique où il soit fait mention des piscines.

Les paroles du pape Léon IV sont rapportées dans l'Epître synodale de Ilathérius, évoque do Vérone, mort après le milieu du X' siècle. Le pontilical romain de Clément VIII et d'Urbain Vlil les a «mi)li(iées dans sa gran;!e exhortation synodale, et aujourd'hui elles constituent la règle en vigueur qui régit cette partie des rubriques (2).

Le célèbre Hincraar, archevêque de Reims nu IX' siècle, dans les instructions qu'il adresse aux prêtres de son diocèse, recoramande l'établissement dos piscines dans les églises et près de l'autel j)rinci[)al. Saint LMal rie, moine de Cluny, fait mention de deux piscines, dans les anciennes constitutions de son monastère : l'une où l'on nettoyait le calice, l'autre où les sous-diacres et les autres ministres iriféricurs lavaient leurs niains : toutes deux do briques ; toutes doux proches de l'autel, en sorte, néanmoins, que l'une était plus éloignée que l'autre (3). Nous compléterons l'idée que l'on doit se former de cette partie du mobdier ecclésiastique par les détails dans lesquels nous entrerons plus tard. Nous terminerons ce chapitre en donnant la description d'une nappe d'autel brodée au IX' siècle. Cette description d'un monument peut-être unique en son genre, et assurément fort curieux, est extraite de l'Histoire ecclésiastique du diocèse de Lyon, [-ar

(1) f Locus in secrol.irk» .'vul jiixia all.uc sit pr;eparaliis, iibi aqiia elfiintlipossii, qiiaiidovasa ablimiitnr, Cl il)i liiileiim nilidmn ciiin a([iia dcpcndcal, ul ubi saccrdos nianus lavel post c(»minuiiioiiem. > (Léon. IV, pana- lioniil.Collcct. coiicil.,ap. Siruiond., loin XXI, pag. 570.)

("2) < In sacrisliis sen sacrariis, ant jnxta allare majus sit locns pneparalus ad iiifiindcndani aquani ablulionis corp tialiuni et vas()ruin sacrorum ac manuum, paslquam sacrum clirisina, nul olcuin catechunicnonun vcl iniirmornin Iraclaverilis. Ibique pendeat vas cuni aqua munda, pro lavandis manibiis saccrdouwn et alioruni qui rem sanclam et officiuni divinum sunl peraeluri et prope linteum rauuduin ad iilas abslergendum. »

(3) Ann. archiol., lom.lV, pag. 88.

De la Murefi). «Cette nappe, qui est un des plus curieux monuments de l'antiquité sacrée qui paroisse dons Lyon, y a été heureusement conservée dans le thrésor de l'église de Saint-Estienne, et on l'y void encor anjourd'huy enrichie et ornée de jilusicurs vers ancicnsfians lesqiiolsce que l'Eglise enseigne touchant le très-Saint-Sacroment, et les dispositions qu'il faut ajtporter pour le recevoir, est nettement et dévotement exprimé. Ces vers sont marqués et écrits sur cette nappe en lettres d'or, et font connaître qu'elle lut donnée à saint Remy, archevêque de Lyon, par une dame nommée Berthc. Et d'ailleurs, par les documents de cette église de Saint- Estienne, on apprend que ce fut du temps de Charles, roy de Bourgongne, petit-fds du roy et empereur Louys-le-Débonnaire, et dernier fds de l'empereur Lothaire, et dont le règne commença l'an 855, que cette nappe, riche et curieuse, fut donnée et offerte par saint Remy pour ladite église , le 8 des ides do novembre, qui est le 6 dudit mois, par Berthe, appelée simplement comtesse, en latin comitissa, ce qui montre que ce fut Berthe d'Aquitaine, tille de Pépin de France, fils puîné dudit roy et empereur, Louysle-Débonnaire, femme du comte Gérard, surnommé de Roossillon , appelé prince par Niihard et Loup, abbé de Ferrières, anciens historiens,auxque!s plusieurs gouvernements furent successivement donnés dans le royaume, et successivement celui de Lyon et pays adjacents, qui lui fut donné par les sus-nommés Lothaire et Charles. Cette na})pe paraît encore maintenant fort belle, quoy-qu'elle ressente bien le vieux temps. Vénérable messireLouysDevillc,cy-devant sacristain de ladite église de Saint-Estienne , et à présent sacristain et chanoine de l'église collégiale de Saint-Just et digne grand vicaire du diocèse, a eu soin d'en tirer et communiquer les vers qui y sont avec les susdites remarques, portées par les documents de ladite église, auxquelles il ajoute encor celle-cy, que cette nappe parait être encor aujourd'huy de mesure pour l'autel de cette même église.

« En voici donc la description :

« Au milieu de cette ancienne et dévote nappe, à l'endroit où doit être rais le corporallier (corporal) lorsqu'on dit la messe, paraissent encore les traces de la figure d'un agneau qui est représenté avec ces deux Mtres en bas, A et £i (alpha et oméga), et ces deux vers autour d'un rond ou cercle qui enferme la dite ligure :

....Aque Dei, qui criminn dira tnltstî.

Tu ttoslri miserans cunclo absolve realtt.

« De chaque côté de ce cercle, tout au long sur ladite na[»f)C, sont ces deux autres vers, à savoir, celuy-cy du côlé droit :

Hic panis viviis cœlesiisqne esca paratnr;

et cet autre de l'autre coté :

lit cnioi nie sq,cer qui Cliriili ex carne cucurrit.

(1) Uisl. ecclés. de Lyon, par Dé la Mare, 1G71.

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«Kn travers sont cos deux antres, croisant In Inr^cur (io ladilc nai)pe, à savoir, cetuy-cy K cûlé ilii cercle :

SutHiU pcrpclnam pro fncio Ucrllin coronnm; et cet .•iulro au-iiosotis :

llax cvjits studio juillii Itœc e/fulgiiral auro. « Tout autour, sur les l)onls et extn'^uiilrs de ladite naj>|)e, sont les ■•lutres vers iiui s'ensuivent, et [tremièreiucnt sur le l)ord d'eu liaut sont ces trois :

Jiemigins prœsul Clirhto pcr mcuii vivnl KxuUis vitiis ciiljiunnn cl tube })ialus lloslia vha Dco sunciuquc in CQrporc {actn$.

« Sur le bord du côté droit sont ces deux : Cni Deuiomniiwtens qnolifns liœc liba sacrabit Comedat vemum tnnloipic ùi uviiiiire pur:em.

« Sur le t)ord d'en bas de ladite nappe sont ces trois autres :

Atipie suis sitnciis xorict pont funern mortis.

Qui cupil hoc epiilmn sunclumque hiinrire cruorein

Si> inius iuspicidt, cordisque secrela révoltât.

«Et puis sur le bord de l'autre enté sont ces deux derniers vers, qui achèvent la suite des prtVétlents :

tu quidipiid ti'lrum ronspexerit et tnaculosum. Diluât o'iensus omnesque relaxet et irjs.t

Cette nappe ne nous est filus connue maintenant que par cette description : elle a disparu à la (évolution de 1789, avec une si grande quantité d'objets dont l'archéologie déplorera la p^rte à jamais. En comparant le récit de saint Grégoire de Tours avec cette description et en prenant à la lettre un mot qui indique la nature du don olFert par la comtesse Berthe, peut-être devrions-nous regarder celte belle étoffe comme une pale, et non comme une nappe d'autel proprement dite. La pii.le ^vait pour usage, comme nous l'avons montré plus hiut, de recouvrir les fe--pèces eucharistiques déposées sur l'autel, et le plus ordinairement elle était assez ample pour reco\ivrir l'autel en entier. Nous inclinons à adopter ce dernier sentiment, qui nous semble mieux concorder avec certains passages de nos vieux écrivains ecclésiastiques.

À{i(elt(fçla période romQno-bi/zantine (\r et \\i* siècles].

DJ^s le commencement du xr siècle ^ l'architecture ecclésiasiiquo subit des modifications nombreuses et profondes. Le changement qui exerça une influence di-: rrole sur les objets que nous étudions spécialement, fut le prolong-ment des nefa mineures autour de l'abside, qu'elles entourèrent complètement. Cette addition atteste dans l'art de bâtir des progrès étonnants, et dans les architectes des ressources jusqu'alors inconnues. Du moment où les collatéraux embrassèrent le chevet, on ajouta au plan géométral de la basilique priniiiive plusieurs chapelles accessoires, chaque chapelle eut son autel particulier, et le nombre des uns çt des autres alla toujours en croissant jus<ju'à ce que le jilan des grandes églises eût reçu sa l'orme parfaite au xiv* siècle.

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Il y eut donc rapport exact entre les principales modifications architectoniques et les parties les plus importantes de l'ameublement des églises. C'est ainsi que chaque siècle apporta successivement son tribut dans la construction et la décoration de nos magnili- (|ues édihces chrétiens. A mesure que la piété révélait ài l'esprit catholique de nouveaux é|)anchements et de ifouveaux besoins, l'art prenait un nouvel élan et produisait des œuvres nouvelles, dont beaucoup passent à juste titre pour des chefs-d'œuvre.

Autant que noussommesàmômed'enjuger d'après les rares monuments qui ont écha|)pé h la destruction et dont les derniers débris sont arrivés jusqu'à nous, les autels du m' siècle furent généralement très-simples. Ils consistaient pour la plupart en un massif do pierres sans ornements, sans système do décoration architecturale , supportant une large table consacrée. Le centre du massif était communénient creux, pour recevoir un corps saint : Quelquefois cependant les reliques étaient placées dans une petite cavité , au-dessous même de la table de l'autel. Celte d'sposition rappelle l'austérité des époques primitives : on ne s'éloigne pas do la tradition du tombeau. Mais aux jours de grande solennité, cet autel, simple jusqu'à la rudesse, était recouvert de dr.tperies et de parements p!us ou moins riches. Chaque église possédait des ornements en soie, en lin, ou en étoffes pliis modestes, qui servaient à vêtir l'autel au moment oii le prêtre devait y offrir l'auguste sacrifice. Une foule de prescriptions liturgiques nous font connaître cet usage et entrent dans des détails propres à expliquer clairement l'emploi des ornements mobiles.

Dans plusieurs moni^ments du xi* siècle ^ on a découvert des auieîs aussi anciens que la construction de l'édifice lui-môme, mais dilTérents entre eux. Ainsi à Saint-Quinin de A'aison, l'autel central ou le maître-autel est en tombeau, tandis que, dans les chapelles latérales du nord et du sud, les deux autels sont en table : l'un est porté sur une colonne cannelée en spirale, l'autre sur un petit pilier carré. On voit encore un aulro exemple de la même disposition dans l'église de Binson, près d'Epernay, qui ne date que du xn* siècle : dans la chapelle latérale du nord, un autel en table est porté au centre par un faisceau de quatre colonnes, et sur les deux angles libres par une colonne doublée. Ne pourrait-on pas interpréter ces faits en disant que l'autel principal où se célèbre la messe est un tombeau, tandis que les autels latéraux des églises anciennes saiit en tab e, parce qu'ils servaient de crédences î Cette hypothèse, émise par M. Didron, est très-hasardeuse, car les faits nombreux des épO([ues postérieures semblent la contredire ouveitement. Nous connaissons un certain noQd)ro d'autels à colonnettes du xir et du xnr siècle, qui étaient certainement destinés à servir nour la célébration de la messe. Quoi qu'il en soit, celte observation n'en est pas inoins intéiesyante.

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Nous lisons (i.ins ] 'histoire de l'abbaye de Saint-Denis un passage fort curieux, sur lequel nous nous artôterons un instant, d'autant plus que dorénavant nous serons ex- Ircmeirient sobres do citations purement )iistori(jues. « Lo tombeau destiné à recevoir les reliques »'tait de marbre noir; il était enrichi h l'intérieur de tables d'or et recouvert en dehors de tables de bronze travaillées et dorées en or fin. Un tabernacle en bois merveilleusement ouvragé, et qui, dans d( s j)roportions réduites, offrait l'image d'une église à hautes et basses voûtes, portées sur trente piliers avec leurs bases et leuis chapiteaux, le tout incrusté d'or et revôîu de riches couleurs, recouvrait lo tomb^-au. Devant le tombeau s'élevait un autel de porphyre gris dans l'une des faces duquel était enchâssée une table d'or du poids de quarante-deux marcs, que Suger avait fait enrichir d'hyacinthes, de rubis, de saphirs, d'émeraud'^es, de topazes, de perles fines et de toutes sorlesde pierres précieuses, en si grand nombre qu'a peine pouvait-on les compter. Aussi l'abbé Suger rapporte-t-il que le roi Louis le Jeune, la reine Âliénor, Thibault, comte de Champagne , les évêques et les prélats avaient tiré à l'envi les anneaux surmontés de pierres précieuses qu'ils portaient à leurs doigts, pour l'aider à décorer les tombeaux des saints martyrs. Ce ne furent pas là les seules merveilles dont Suger enrichit son é.^lisc. Le maitre-autel était revêtu , sur la face qui regardait le chœuf, d'une table d'or donnée par Charles le Chauve ; Suger fit faire trois autres tables d'or, deux pour revêtir les côtés de l'autel, et la troisième, encore plus magnifique que les autres, pour le recouvrir.'Toutes ces tables étaient enrichies de pierres précieuses. Des chandeliers d'or, du poids de vingt marcs, décoraient cet autel. Enfin, aux deux côtés de ce même autel s'élevaient sur deux colonnes de porphyre les images de saint Pierre et de saint Paul en or fin de grandeur naturelle : c'était un don du roi Pé| in. »

Le luxe qui régnait dans l'ameublement des grandes églises abbatiales dès le commencement du XII' siècle, qui ressort assez bien des paroles que nous venojis de reproduire et qui ressortira bien mieux encore de la description que nous donnerons bientôt du célèbre autel en or de Bûle, est propie à nous faire sentir les extrêmes qui se rencontraient dans les édifices religieux d'une même époque. Les églises des campagnes , pauvres et délaissées, avaient un modesie autel en pierre à peine revêtu de parements de toile blanche, tandis que les somptueuses églises des monastères avaient des autels d'or chargés de pierreries. Toute l'histoire des autels durant la période romano-byzantine, aux XI' et xii' siècles, so trouve dans ce rapprochement. Les cathédrales et l.-s collégiales rivalisaient avec les églises conventuelles, parce qu'elles étaient desservies par un clergé riche et puissant et qu'clhs recevaient de nombreux présents des rois, des princes et des seigneurs. Du reste , on

comprend les motifs toujours honorables nui guidaient dans la décoration des églises : les mêmes principes inspiraient partout des actes généreux. Partout, chacun suivant sa fortune, on se plaisait à consacrer ce que l'on possé- . dait de plus rare, de plus précieux, de plus splendide, pour la décoration de l'autel où la fui nous découvre l'Agneau sans tache s'immolant chaque jour pour les péchés du monde. Djns certains sanctuaires piivilégés, où Dieu manisfestait sa jmissance par l'entremise de saints illustres, de magnifiques témoignages de reconnaissance venaient encore ajouter aux libéralités des princes chrétiens et des populations religieuses.

Dans les documents anciens, nous trouvons quelquefois des plaintes au sujet de la trop grande somptuosité déployée dans la construction et la décoration des édifices religieux: ces plaintes venaient surtout de certains moines, pleins de ferveur et de simplicité, mais en même temps d'une austérité poussée jusqu'à l'exagération. C'est ainsi que l'annaliste du monastère de Nuys blAme la grandeur et ce qu'il appelle le faste que déploya Sigisvinus, archevêque de Cologne, dans la reconstruction de l'église de ce monastère, vers 1091. «Les anciens moines, dit-il, avaient des habitations et des cellules humb'es et obscures ; mais leurs cœurs étaient éclairés do l'amour de Dieu. Aujourd'hui on bUit do belles églises ; on rend les cellules agréables et claires ; mais les cœurs sont obscurcis par la paresse et par le vice. »

Ces différents détails peuvent nous aid^ à expliquer plusieurs passages des écrivains de cette époque. Quelques auteurs parlent avec enthousiasme des merveilles produites par l'architecture dans l'édification ou la restauration des églises ; d'autres, au contraire , semblent proscrire les ornemenis, comme un vain étalage de luxe dans le lieu saint. On y reconnaît comme l'écho des jugeraenis divers qui occupaient alors l'esprit des hommes , au miOment même où l'art chrétien s'élançait dans une nouvelle carrière et préludait à ces œuvres sublimes qu'il créa plus tard. On y retrouve encore l'expression de l'état des choses dans la plupart des monuments anciens : la simplicité des anciens âges disparaissait pour faire place à un genre de magnificence inconnu jusqu'alors.

A la cathédrale de Spire, nous avons observé , à deux rcfirises dilTérentes, dans les cryptes, des autels en pierre de forme cubique, au nombre de cinq. Us représentent cet e simplicité presque grossière dont nous parlions tout à l'heure : ce sont des blocs à peine dégrossis, sans vestiges d'ornementation sculpturale ; on n'y voit pas môme de ces assemblages de moulures régulières communiquant un caractère aixhilectural aux parties qu'elles accompagnent. Si ces autels n'étaifnt pas décorés de draperies aux jours de fête, ils étaient éminemment propres à rappiier la pauvreté chrétienne et la rude époque des persécutions. A la face antéiieure de ces autels, on remarque une

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pclile riiivorlure ranéc, où élaionl jndis dos rcli«{ucs : dans lo langage lilurgi(|iio cotlc cavi'é s'appcllo le sépulcre. La disposilioii de ces autels rappelle une eoulunic longtemps en usage dans les premières basiliques à Komc et dans les (iaules : dans le mur et par ilerriùre l'autel, on a creusé une espèce déniche semi-circulaire; à la pirtio inférieure existe un gi-aiiin, ce qui pourrait donner à croire que le célébrant avait la ligure tournée vers l'assemblée en disant la messe. •

Les autels de Saint-Savin, au diocèse de Poitiers, sont très-connus et plus curieux encore ({ue ceux de Spire. Ils ont été mentionnés au siècle dernier par les iJénédictins, et dom Martenne parle des inscriptions qu'ils portent sur la tranche de la table. Plusieurs auteurs s'en sont occupés depuis et M. de Caumont assez récemment. Ces autels, également au nombre de cinq, ne se recommandent guère aux yeux de l'artiste par la perfection de la forme et par l'élégance des proportions : ce sont des masses énormes, que leur solidité rend propres à symboliser cette pensée que Vautet en pierre représente le Christ y pierre angulaire de tout l'édifice. Nous donnons à la lin du volume la ligure d'un de ces autels. Quatre de ces autels ont la forme indiquée par la gravure et sont placés dans les quatre chapelles qui garnissent les bas-côtés du chœur ; le cinquième, porté d'un côté sur deux colonnes, et de l'autre engagé dans la muraille, occupe la chapelle absidale. Les inscriptions, déchiffrées par les antiquaires et assez difficiles à interpréter, sont relatives à la dédicace des autels et font connaître le nom des saints auxquels ils sont dédif'S (1). Nous devons ajouter que quelques archéologues ont attribué au ix*^ siècle les autels de l'église de Saint-Savin : ils appuyaient leur sentiment sur la ressemblance des caractères paléographiques des inscriptions dédicatoires dont nous venons de parler avec ceux d'une inscription funéraire, aujourd'hui détruite, mais dont on conserve un fac-similé aux archives de Poitiers. Cette dernière inscription était écrite au-dessus de la tombe de Dodo, abbé de Saint-Savin et mort en 853, à l'âge de quatre-vingt-dix ans.

Passons maintenant îi des autels plus ornés que ceux de Spire et de Saint-Savin. L'archéologie sacrée ne pourrait probablement pas citer un monument plus important en ce genre et plus curieux ()ue celui de Saint-Guilhera-du-DL'sert,<i Cellone, au diocèse de Montpellier, autrefois au diocèse de Lodève. Il date du xr siècle et il est orné do panneaux en marbre. Nous empruntons les détails suivants h un curieux ouvrage de M. Jules Kenouvier, un des plus savants et des

(I) L'inscriplion qui s»; trouve sur l'autel donl nous donnons le dessin doit se liie ainsi :

Prfpollet in hoc ullare Prudenciiit Marais Clémente

pap'i Et Laurenno nrcindincono nec von Vcortjii At-iue Muiiriiio et omnium martirum.

plus laborieux nnli(piaires du midi d(î la France (1). « Nous savons qu'on lOvG, Grégoire VII, voulant rendre un hommage particulier aux reliques de saint Guilhem, aloi» l'objet d'une vénération universelle, leur destina un autel magniliipie. Amat, év6(|ue d'Oléron, envoyé par Grégoire dans la Gaulo Narbonnaise, la Gascogne et rKs()agne, pour rét.iblir la discipline ecclésiastifjue, en lit la dédicace. Cet autel quadrangulawe est celui que l'on voit îi Gellone. C'est un ouvrage qui particij.e h la fois de la sculpture et delà peinture et rentre dans la classe des mosaïques. Sur un largo panneau de marbre blanc, d( ux cadres d'arabesques entourent deux ligures du Christ, l'une assise, tenant un livre dans ses mains et entourée des quatre symboles évangéliques ; 1 autre en croix, accompagnée des figures de Marie, de saint Jean et de deux anges. Les côtés reproduisent seulement la bordure d'arabesques. Ces figures et ces arabesques ont été sculptées en relief plat, et l'inlervalle entre les reliefs est rempli de verres colorés de teintes trèsfoncées. Comme le j-elief plat ne pouvait rendre que le contour extérieur dans les figures, on a indiqué par un trait léger les détails intérieurs. Ces représentations d'un style com{)létement hiératique, ne mjnquent pas pourtant d'une certaine grâce ; mais la beauté de l'autel résulte surtout de l'effet général que produisent ces figures blanches et mates, sur un fond coloré et poli. Il était recouvert d'une dalle de marbre noir, qui gît dans une autre partie de l'église ; car, aujourd'hui méprisé, ce vieux sanctuaire des os de Guilhem reste caché à tous les yeux dans une abside latérale obscure. »

Il faut a: tacher à ce fait la plus haute importance, et heureusement il n'est pas isolé : nous y trouvons la solution à un difficile problème. Les antiquaires sont grandement embarrassés quand il s'agit de remplacer des autels modernes et insignifiants dans nos églises de l'époque romano-byzantine, par des autels d'un style conforme au monument lui-même. On a prétendu que les autels devaient toujours être en pierre, avec de simples ornemmits d'architecture, mais sans autre décoration de peinture, de sculpture ou de dorures. On avait été môme jusqu'à dire que les ornements à demeure des tombeaux d'autel étaient une invention toute récente. Voilà un exem[)le qui démontr e victorieusement le contraire. Cela nous démontre, ainsi que mille autres faits d'une autre nature, qu'en archéologie, comme en tuuie science d'observation , on doit toujours se tenir en garde contre les idées systématicpies.

On connaît un autre autel de la mémo époque que le précédent et dont les dispositions remarquables corroborent puissaimnent la pensée que nous venons d'émettre. Il est

(1) Monuments de quelques diocèses du bas Languedoc. — L'aulel donl il est ici (jucslion, a o\o. dessiiK- \y.\v M. Laurent et le dessin en a élu («ublio dans le livre de M. J. Kcnonvicr.

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plus orné enroro que relui de Ciollonc et se trmive dans l'église d'Avenas, prC's de M.\con. L'^ centre oll're l'imagi' du Clirist; les douze apùtres sont figurés en bas-relief sur deuï lignes à cùté de leur divin maître. Cet'e ordonnance est comme un souvenir de la décoration des sarcophages chrétiens des Catacombes.

H serait absolument inutile de travailler h dresser ici l'inventaire exact des autels du xr siècle découverts par les archéologues et dont on trouve la description dans divers recueils. Nous ])référons appeler ratlention sur quelques autels porlatifs de ce mùuic xi* >iècle, et arriver ensuite promplemeiit à parler des autels du xii* siècle.

M. Ch irles Heidelo4V, architecte à Nuremberg, a publié le dessin d'un autel portatif très-intéressant par sa décoration syudjulique. Le funi du cadre en cuivre doré est couvert dimbricaliotis. Sur ce fond jouent des arabesques élégantes, au milieu desquelles les (}uatift fleuves du paradis, Pinson, iléon, Tigre, Euphrate, jeunes gens imberbes, à demi-nus., répandent l'onde de leur urne è long col. Dans l'intervalle, des anges ailés et vêtus sont debout ; ils alternent flvfc des séra[)hins ocellés, vôtus de six ailes cl [>orlés sur les roues ailées décrites par le prophète. Les personnes auxquelles l'Ecriture sainte est familière ont compris la triple allégorie. On a là une image de ce paradis où coulaient l'Euphrate et les fleuves ses rivaux, où fleurissait la plus riche végétation, séjour défendu à la race d'A<lam après sa chute, et confié à la garde des anges. C'est là cette pierre d'où jaillissent les eaux de cette vie éternelle que figurait le paradis terrestre, et à laquelle il a y)r6té son nom. Cette pierre était le Christ. De l;i coulent ces eaux fécondes qui désaltèrent éternellement. C'est une allusion au sacrifice eucharistique, où le Seigneur abreuve lui-môrae les Ames qui ont soif de la justice. Pour trouver le sens de ces représentations, il suffit de rapprocher quelques textes bien connus. On aurait donc pu graver sur cet autel les vers qui servaient d'inscription à une Bible d'Ada, sœur de Charlemagne :

Hic laphest vitœ, paradhi et qualtnor nmnes Clata iuluHl'cri pandenl tniracula Clirud.

Ou bien ces vers de saint Paulin, évèque de Noie :

l'etram snperstal ipse petra ErcL si(e De qua soiiori quatuor jonlex meant Kvangeliilœ v'wa Clinsli (lumina (i).

Nous ne saurions partager l'avis de M.

Heidelofl", dit M. l'abbé Texier, auquel nous avons emprunté les lignes précédentes. 11 voit dans cet autel une œuvre conlemj)orainc de Charlemague : l'ornementaiion, le style des figu'-es, la forme desc.iractères, ne nous permettent pas de lui assigner une date antérieure au xi' siècle.

Le trésor de l'église de Conques possède un autel portatif en porphyre. C'est une

(1) S. Paulin., Op., pag. loO, edit. Roswcid.

plaque de porphyre rouge, carrée, enchâssée dans un cidre d'argent niellé, estampé d'ornements. Sur la tr.inche de cette plaque on voit gravés et niellés avec beaucoup de soin et d'a<lre-^se dix-huit jietits bustes représentant le Christ, la Vierge, sainte Foy, patronne de l'église, sainte Cécile, saint Capraise, saint V'incent et les douze ai)ôtres. L'inscription, également niellée, donne la date précise de l'exéculion de ce curieux travail, qui eut lieu aux calendes de juillet 1106(1).

Les croisades, prèehées k là fin du xi* siècle et remplissant les deux siècles suivants, donnèrent lieu à rem[)loi très-fréquent des autels portatifs. Beaucoup d'évèques et d'ecclésiastiques, appartenant à tous les degrés de 11 hiérarchie, prirent part à ces saintes expéditions, et, pour satisfaire à la dévotion générale ou à leur piété particulière , ils emportèrent des autels itinéraires , dont les chroniques du temps font souvent, mention.

Durant la dernière partie de la pério(Je romano-byzanline, les autels furent encore quelquefois très-simples , mais communément ils furent plus ornés qu'au xi* siècle. Ici d'ailleurs, comme précédemment, nous rencontrons la même variété, due sans doute à des causes identiques. Cependant l'architecture ayant fait d'immenses progrès sous le rapport de l'ornementation, on appli(pia les mille ornements, feuillages, bandelettes j)erlées, entrelacs gracieux, broderies fines, festons élégants, formes de fantaisie, moulures variées et nombreuses, à la décoration du tombeau en pierre de l'autel principal et des autels secondaires. L'autel de Saint-Gcrmer, dont nous donnons plus bas la description, est un des plus curieux spécimens eu ce genre.

A l'église de Sainte^Marthe, à Tarascon, en descendant l'escalier qui mène à la chapelle du crucifix, puis à la crypte, on trouve un autel fort ancien et très-intéressant apporté d'ailleurs et provenant d'une église des environs. Cet autel, si curieux au point de vue arctiéo'ogique, est d'une exécution négligée sous le rapport de l'art. Il mérite toutefois d'être signalé dans l'histoire comme un document instructif. La table carrée qui a 48 centimètres environ sur chaque face, repose sur cinq colonnes, dont une correspond au centre, et les autres aux angles, La partie antérieure de la table, les chapitaux des colonnes de face, la [lartie antérieure du socle

(!) Voici cette inscription curieuse :

Anno nb incnrnatione Demtni mitlesimo : C sexte K^. juin (lemnns Ponrirs Barbiistiensi$ episc pus et sancte h'idii vi-ginis monnchus Hoc al tare Bigonis nbbalis deékavit el de f xi'l el sepulcro ejus tnullmqne alias sauctas reliquias liic reposuit.

On renitinpicra que la croix qui précède le mot Chriiti écrit en abrégé el on grec, remplace le mol crtice. M. Mérimée, dans son ouvrage intitule : ÎSoti'* d'un vo-iage en Auvergne, en rapporlant cette inscription, a omis cette croix sans laquellQlQ $ci)s est iuiutelligibic.

poricnt dos cra\\ f;ror.quos. Il est h romaruutT que tout a (''tV; laillé (J.iiis le mt^mc hloc lit) pierre calcaire. C'est donr, malgré les colonnes, un autel monolithe, dans I.) construction duquel on a tenu à taire l'application des tratiitions de l'autel m l'orme de table. La lijuteur est d'environ un mètre 10 cenlini. Au centre de la tabli; est une cavité carrée do onze centimét., (jui a renfermé des reliques. Cet autel doit ôire rapporté aux premiers temps du xii' siècle (1).

Danslamémeéglise de Sninte-Marthe, consacrée en 1197, on voit un bas-relief d'une exécution assez barbare, indi(iuant la cérémonie de la dédicace de l'éj^lise, par la consécr.ition de l'autel majeur. Sur le premier plan est dressée une table d'autel portée sur quatre petites colonnes. Les évoques consécrateurs sont assis au\ extrémités. Ils tiennent la crosse d'une main, et de l'autre ils font les onctions surl'aulel; au milieu sélève la croix, aux côtés de laquelle sont deux vases rem[)lis des huiles bénites, destinées aux onctions. Ces évéciues portent de petites mitres fort basses et dont les cornes ou pointes correspondent aux épaules des prélats, selon l'usage alors adopté dans plusieurs diocèses do Provence. Le bas-relief et l'inscription sont gravés sur une table do marbre (2).

Nous parlions tout à l'heure d'un autel monolithe à Tarascon ; on en connaît un autre plus intéressant encore, dont on voit la figure et la description dans le tome VI du Cours d'antiquités nationales de M. do Cauinont. Il présente une forme très-singulière et se trouvait primitivement placé dans une église circulaire du xii' siècle. Cet autel, haut de 83 centimètres et large de 90, est semicirculaire. Il devait être adossé à un mur, mais sans y être incrusté, de sorte qu'il pouvait aisément être déplacé. La table semicirculaire repose sur trois colonnettes ; elle est légèrement creusée en dessus, et offi e un demi-cercle orné de six lobes ; les trois supports s'appuient sur une table arrondie comme la première. Ce qu'il y a de remarquable dans cet autel, c'est qu'il est d'un seul morceau, en marbre : la table et les colonnes ont été taillées dans un môme bloc, qui provient, selon toutes les apparences, des Constructions antiques de Vienne. Les chapitaux des coloimeltes, ajoute M. de Caumont, si bon juge en cette matière, me font croire que ce petit monument est de Doèiue temps que l'église dans laciuelle il était originairement placé.

(t| HuIrUt-t Monum., lom. XI, pag. 102. {i) L'iiiscripliun doit se lire ainsi :

Mille dncctilit

Irnnsartii miniis at tribus an

hit Jinberlui presnl, llnslagno

premie sec m in prima

junii coniecrat ecclesium.

C'CSt-.'i-dire mil (icux conis moins U'ois (1197) ;ins E'cl.inl écoulés (depuis rincani.ilion ) le [>iélal imbert, accompagné du prflal Uoslang. I(; l"jnin, consacre ceUe église, {iionum. de i>a\Htc-)lurllie, pjg. 84 cl buiv.)

Mais rautel de Sainl-Gormer, au diocèse de lîeauvais, est l'un des i)lus importants qui nous soient restés du xii* siècle. M. Bœsvilvald en a doiué une magnifKjue gravure dans les Annales arch/olof/iques diiigéos par M. Didroii, et plusieurs anti(juaires en ont donné la descrijjtion. Cet autel, en carré long et en forme de tombeau, a lesdimensionssuivantes: hauteur, 1 mètre 2V centimètres ; longueur, 1 mètre 72 centimètres ; largeur, 80 centimètres,

La décoration de l'autel de l'église de Saint- Germer consiste en quatre arcs à plein cintre, reposant sur (piatro colonnettes régulièrement espacées. Ces colonnettes ont une base pr-sque attique, avec un tore aplati, muni d'appendices au lieu de plinthe ; le fût en est court et les chajnteaux sont ornés do volutes épaisses, comme on en sculptait si souvent au xir* siècle. Le bandeau, qui s'apl>uio sur le tailloir du chapiteau, se prolonge tout autour du monument, en suivant les ressauts et les enfoncements : il est ponctué. Les archivoltes des arcades sont ornées d'espèces do pointes do diamants en creux ; elles sont séparées les unes des autres f>ar deux feuilles dont les divisions ressemblent un peu à la moitié d'une i)almette antique. Au-dessous des arceaux, le tympan est recouvert entièrement d'une feuille polylobée largement épanouie. Entin la table repose sur des moulures vigoureusement profilées. Les flancs de l'autel sont ornés de doux arcs semblables à ceux de la face antérieure et appuyés sur trois colonnettes. L'autel de Saint- Cermer, dont les détails ne sont pas traités avec délicatesse, produit cependant beaucoup d'effet par l'ensemble de la composition. Le système général d'ornementation permet à l'œil de saisir à distance, sans la moindre confusion, les motifs adoptés par l'artiste. Les saillies et les creux, par le jeu prononcé de la lumière et des ombres, rendent toutes les formes apparentes. Il est raro de rencontier unecorapositionarchitecturale à la fois aussi sévère et aussi élégante. Le XII' siècle y a fortement imprimé son cachet, si distinct dans toutes les œuvres de la phase transilionnelle, oïl les qualités essentielles de la solidité sont tempérées par un heureux mélange d'ornements variés et gracieux.

Nous jiourrions décrire quelques autres autels semblables ou analogues à celui do Saint-Germer. Nous croyons que celui-ci sulUl pour prouver la justesse d'une pensée que nous avons émise fréquemment et sur laquelle nous aurons à revenir souvent encore : c'est que le xn" siècle, comme le siècle précédent, construisit des autels à décoration sculpturale permanente. Durant la période do tran.sition, on avait adopté dans de grands édifices un système bien caractérisé, aussi éloigné des louids autels deSpire et de Saint- Savin, que le style de cette belle époque diffère de celui des premiers temps de la rénovation au XI' siècle. Ne l'oublions pas cependant, ce système ne fut pas exclusif. A côté des autels en tombeau, dont la décoration était fixe et adhérente à la coustruclioii inô-

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me, il y en avait d'aulres dont la (l('r.oralion <^tait essentieilemenl mobile et variable. Ces faits ont une valeur Irùs-sijjniticalive : nous tenons h les bien constater.

Les traditions du siècle de Constantin et de celui de Charleniagne, relaùvemenl h l;i d >coraiion des autels avec des tables d'or ou d'autres métaux éuiaillés et artisteiuent tr-ivaillés, ne se perdirent pas durant la pérode roiuano-byzantine : elles reçurent niôuit! une nouvelle consécration [)ar l'élan qui se manifesta presque univer^ellemont dans cliaque brinche des beaux-arts. Dans les dive ses contrées de l'Europe chrétienne, on possède des monuments de ce genre, ou au moins des documents historicpies propres à donner (juelque idée des ricbesses du passé.

D'après les recher(;lies du savant Sulpico Boisserée, dont on doit nécessairement invoquer le nom d ms les questions d'archéolo.^io germanique, il subsiste encore en Al- Iciuagne trois autels en mêlai ornés d'émaux. Le premier provietit de l'église de Lendesdorf, près d'Andernach, et se trouve entre les mains de la famille Finck, à Goblentz. L'autre est conservé à Cologue, dans la collection Wallraf. Le devant d'autel de Lendesdorf, d'après M. Boisserée , ressemble en tout point à celui de l'église collégiale de Combourg, près de la ville de Hall, qu'il a tiguré dans un de ses ouvrages. Dans ce dernier, le Christ occupe le milieu du tableau, entouré d'un encadrement elliptique émaillé, la main droite levée pour bénir, et la gauclie ap[)uyée sur un livre; le nimbe eu émail b eu. semé de petits fleurons eu émail rouge, est surhaussé et tend à prendre la forme d'un ovale ; la Cioix en est richemr^nt ornée de pierreries. Lps apôtres sont disposés sur deux rangs, sépnrés i)ar des pilastres élégamment éinailiés, où les couleurs bleue, rou .;e, verte, iaun,3 et blanche, sont habilement distribuées. Uiie inscription est plac-'-e autour de l'auiel ; elle se rapporte à la vie des apôtres ; une autre suit les contours du cadre elliptique qui environne le Christ ; enlin les apôtres ont leur nom inscrit près de la tète, de manière que la ligne se trouve couftée en deux par le nimbo. Au devant d'autel conservé à Cologne, il n'y a que les colonnes et les arceaux formant des compartim^^nts, qui soient en mHal émaillé ; les ngu.es des saints sont dessinées avec la plus grande simplicité au moyeu d'un trait noir sur fond d'or.

L'a u tel di'Bàhi, actuellement en îre les mains d'un antiqu dro, est un des monum 3nts les plus somptueux de ce genre : on y admire la plus rare perfection de travail unie à la richesse de la matière. Ce magnitirjue autel, devenu la propriété de M. le colonel Theubt't, serva.t à décorer le maitre-autel (h' la cathédrale de Elle aux jours de fêles solennelles. Ce devant d'autel tout en or, pèse au moins -25 lu.ircs ; il a trois pieds et huit pouc*s de hauteur, sur cinq pie Is six pouces de largeur.

En voici la description sommaire (jue la gravure rendra plus intelligible. (Voir à la Un du volume.]

La planche d'or travaillée an repoussé est afipliquée sur un fond de bois de cèdre de 3 pouces d'épaisseur, selon les dispositions suivantes. A la prlie supérieure règne une esi)èce do cornicbe (jui soutient la table : elle est ornée de nombreux enroulements de feuillages au milieu des(piels on apc-rçoit quelques ligures d'animaux ; elle s'appuie sur une sorte d'arclnlrave ou de plate-bande sur laquelle on lit un vers latin. La face antérieure est encadrée de deux bandes do riiceaux et d'arabesques ; au centre on voit cinq ligures en relief, de 22 pouces d'élévation, qui re|)résentent Notre-Seigneur, les tr-is archanges Michel, Gabriel et Ra|>haëL Ces statuettes sont placées sous des arcad 'S en plein cintie, dont l'archivolte indique, au moyen d'une inscription, le nom de chacun des personnages. Les arcs reposent sur des coloimettes annelées, dont le chapiteau est composé de végétations fantastiqu! s et dont 1.1 base est formée de moulures semblables à celles de la baseattique, sauf quelques modiiicalions. La ligure du centre représente le Rédeiupteur, l.i tète entourée du nimbe crucifère, bénissant à la manière latine, de la main droite, et tenant de l'autre nuin un globe sur lequel on aperçoit le Chrisme (xp) et les lettres A et a (alpha et oméga). Les vêtements sont amples , bien dra[)és, rattachés par une ceinture, avec un manti'au à grands plis : les détails accusent ouvertement le style byzantin. Les pieds sont nus; K côté, on voit prosternés deux personnages Irès-petits, représentant Henri II, empereur d'Allemagne, et CunégonJe, sa femmi'. Autour du cintre de l'arcade qui surmonte la tète, on lit les mots suivants : Rex régit n <t Dominas dominantiiim. A la droite du Sauveur sont saint Michel et saint Benoît, à la gauche saint Gabriel et saint Raphaël. Les archanges et le saint |)alriarche des moines de l'Occident ont la tètê entourée du nimbe en bouclier arrondi, orné de pierreries. Les anges sont revêtus de longues robes flottantes, tenant en main un bâton de voyage : saint Michel porte un globe sur lequel on distingue une croix. Toutes ces représentations sont pleines de syiubolisme. Saint Michel porte le signe de la rédemption humaine , sans doute comme un emblème de sa victoire sur Lucifer et sur les mauvais anges. D'après le sentiment de plusieurs d'entre les saints P.'res, les angi'S rebelles ont refusé de rendre à Dieu Ihomif^ur qui lui est dû dans la personne adorable de Jésus-Christ, qui réunit en elle l \ nature divine et la nature humaine, ('/était donc par la vertu mystérieuse de la c oix que l'archange Michel devait triom|)her des puissances célestes que leur crime transf rmait en anges de ténèbi-es. Les deux autres portent à la main le biton du voyageur, parce qu'ils furent envo. es en mission sur la terre, l'un pour guid r le jeune Tobie, l'autie pour annoncer à la sainte Vierge l'admirable prodige de l'inc irnation du Fds de Dieu. Les trois anges ont les pieds nus, tandis que saint Benoit a Ls pieds chaussés. En iconographie, cettij

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circoiislnncc n'est |».is imliiri'Tonîe ; cllo a iiiôiiu; une siynilicalioii Irè.s-|K'II(\ Le S,niveiir, les apAlres et k's envoyés célosles sont i-ppiésontés les pieds ims : c'est un si'^ne de saiiilelé priviléj^iée. Saint Benoît , vôiu de riiabil de moine, la tiHe couverte, tient d'une main la crosse abbali.ile et do l'autre un livre fermé, sans doute le livre de ses constitutions. Sur un Ibnd d'arabestjues élé^amineiit disposées au-dessus des arceaux, se dessinent quatre mécKiilions, pareillement en relief, et représentant sous une forme humaine, ]tar une inu;énieuse allégorie, les quatre vertus cardinales, la Prudence, la Justice, la Modération ou la Tempérance, et la Force ou le Courage. L'artiste a choisi pour encadrement un jeu d'arabesques emprunté au règne animal et au règne végétal, et dans la composition duqu(>l il seml)le avoir voulu réaliser cette pensée biblique : Toute créature loue le Seiijncur Dieu. Sur la ligne supérieure du soubassement on lit encore un vers latin. Eulin les parties inférieures sont semblables de dessin et d'ornementation aux parties du somm'^t.

Les deux vers latins dont nous avons déjà parlé ,

Quis sicnt Hel fortis mcdicui soler beiiedicltts l'rospice lerrigenas démens mediatcr itsias.

ont donné naissance à plusieurs interprétations. Un passage de Guillaume Durand , dans son Rational des divins offices, pouvait facilemerat mettre sur la voie. « Qu dquesuns des archanges ont un nom particulier , qui désigne par sa signification ce qu'ils ont fait d'après les ordres de Dieu. — Le mot hébreu Gabriel se traduit en latin par Force de Dieu. Lorsqua la puissance ou la force de Dieu se manifeste, Gabriel est envoyé. C'est lui qui annonça la naissance du Christ qui vainquit le démon et qui dans l'humilité vient combattre les puissances de l'air. — Le nom hét)reu Michael, Michel, signifie Quis ut Deus, qui est comme Dieu. Lors donc que quelque chose de merveilleux s'opère dans le monde, cet archange est envoyé, et son n rn lui vient de l'œuvre elle-même , parce que ce que Dieu fait est au-dessus de toute puissance humaine : c'est pourquoi il fut envoyé en Egypte pour frap[)er lo pays des s 'pt plaies mé.riorahh s. ()uelques-uns cependant ont dit que Michel était le nom d'tin ange. — lla[>:!aël signiiie guérison ou médecine de Dieu. En eilet, (juand il est (juestion de gu/rir ou de procurer des re nièdos, c'est l'archange Raphaël qui est envoyé : aussi fut-il envoyé à Tobie pour le guérir de son aveuglement (1). »

(1) < Quidam .iiileiu arcliangelornni privalis nniiiinibus apiielhdUiir, ut per vocabiila ipsa in opcie Eiii) «piid valeaiil desi^nieUir. — Gal)ricl naiiKpic lichraice interprclalur lalinc Fortiludo De'x. IJIii cniin ipsa potciilia diviiia vi;! idrliuiilo iiiaiiirestaUn-, Ga- IjiiL'l iiiiUilnr.Unde ipsc aiiinintiavil (luistuiii nasciluriim qui diabolum devicit cl limnililer ad doliellaiidas acKîas poleslatcs vonit.— Aii< liacl inlcritrclalur [luis ni Deus. Quaiido cniiii ali()uid mira! virUUis in imiii.lo lil, hic archanj^elus miuiliir, cl e\ ipso opère no.iicn Ci', ei, (juia nciuo poloslfatcrcipiod TuCM-po-

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Avec ces exf^lications préliminaires, en lisant la légeiule curieuse qui fait connaître l'oi'igine (le ce monument , on comprenilra lo sens des inscriptions et de la composition générale. Voici cette légende historir|ue. Henri II, empereur d'Allemangne, était atta(pié (!(• la i)ierre, et la médecine avait en vain essayé de le guérir. Dans cette extrémité, il implora l'intercession de saint Benoît, lui promettant de consacrer par un monument splendide la mémoire de sa guérison. Sa prière fut entendue, et pendant la nuit le saint vint déposer dans la main du prince la cause de ses soulfrances. Fidèle ;i son vœu, l'empereur dédia h son céleste médecin la table d'autel en or fin que nous venons de faire connaîlr.^ et qui fut conliée aux soins du clergé de la cathédrale do Bille, dans la première moitié du xi' siècle.

Le premier vois ,

Quis sicul Helfforlis, medicus, sotir, benediclus, renferme les noms, dans un ordre nécessité par la mesure du vers, du Sauveur, des trois archanges et de saint Bcnoî?, personnages représentés aux milieu des cincj arcoaux de la face antérieure (1).

Le second vers ,

Prospice terrigenas,mediator démens, usias.

se traduit ainsi : « Abaissez vos regards, médiateur clément, sur les natures terrestres. » Telle est l'interprétation de M. l'abbé Cousseau, de Poitiers. M. l'abbé Crosnier, de Nevers, propose un autre système d'interprétation; mais quel({ue ingénieux qu'il soit, il n'est guère admissible (2j.

Il résulte dun document historique cité par M. le colonel Thcub>'t, dans sa Notico sur l'autel de Bdle, que ce magnifique |)areraent ne servait qu'à certaines lèt s, et seu-

IcslDcus.Uiule ipse missus eslin^ïlgyp'.um adiinmittentlasiliasplagas famosas. Quidam laiiteii dixeriml quodMicliael esttiomciumius augoli. — Uaphuolinlerprelalur Curatio vel mcdicitiu Dei. UbicurKpie eiiiiu inedicandi vel curandi opusneccssarium est, ll.ipîiaol arcliangelus miltilur. Uiide ad Toliiam missus osl ut eum a c;i!ciiate libcrarct. » (Guill. Duiand., liutiun. div. ojf., de l'iœ'iiiln no

(1) Le mot liel, El, en hébreu, siguinc Diei. Quis ut llel est la mcmc chose que Quis ut l)eus, nom de l'auge Michel.

{i) « L'a ex-voio est tout à la fois un acte de recniuiaissancc et un monument qui conserve le soiiTenir du bienl'ait ; il est donc naturel de trouvei sur le reiabic saint Benoît, au'.cur du bienfait. Mais il faut que les siècles à venir sachent que ce bienfait fut une guérison miraculeuse : il faut donc parler de la maladie. C'est eu eflct ce (|ui est exprimé dans le second vers du disli(pie. L'si«, d'apr s D:icaugc, est le nom d'une maladie : Grnmmulici us'nm, quasi ab urendo, vacant. C'est peut-elre un mol gentjîiipie convenant a loiilcs 1(!S maladies (pii foui éprouver iiu sentiment de brûlure, une douleur cuisante. Or, quelle maladie plus cruelle , quelle douleur plus cuisante que celle de la pierre? Ce nmt vient donc ici tout naturellement. l>e prince guéri fait des vœux pour le sBulagement de ceux quis(uit atteints de maladies aussi cruelles. La Iraduciion du second \ers sérail : « Médiateur clément, jeie/, un regard bienveillant sur les douleurs «iiisanles des mortcli. » ( M. l'abbé Crosnier, In». aiJt. \

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leinent pour la di^coraliou du maîlre-aatol de la cathédrale (l). ,

Tout concourt donc h donner un haut intérêt Ji lautel de BAle. Le Iravail est d'une perfection surprenante : on a obtenu au moyen du repoussi> un relief considérable pour tous les détails, et l'on a la preuve de la grande habileté de l'artiste auquel on <loit ce chef-d'œuvre. D'autres églises possédaient des retables du même genre, moins la richesse de la matière : les érudits savent que certaines vieilles clironiques font mention d'autels en cuivre ém.iillé. Les rolables en métal forment donc un parement d'a.itel parffiitement en harmonie avec l'état des arts au moyen Age et l'idée que s^ formaient les artistes du temps de la décoration des autels principaux. L'orfèvrerie consacrait toutes ses ressources et les matières les plus j)récieuses à rembellissement de l'autel. Pourquoi , hélas ! sommes-nous aujourd'hui dans l'impuissance , non-seulem(>nt de renouveler ces merveilles, mais encore d'en faire exactement l'histoire à l'aide des monuments eux-mêmes? L'archéologie religieuse a fait des pertes immenses dans les diverses branches qui en constituent le domaine, mais peut-être n'eu a-t-elle pas fait de plus nombreuses et de plus sensibles (jue diiis les objets précieux (fui forment le mobilier des églises? L'appAt des richesses a stimulé encore l'ardeur déplorabh; des vandales dont les atteintes ont tant déshonoré nos monuments religieux.

Ainsi, comme on a pu s'en convaincre, les autels en pierre et en métal sont également intéressants pour l'art et pour la science. Le génie artistique y a épuisé ses trésors. Dans le rapprochement entre les monuments d'architecture et les parties accessoires destinées h orner ou à meubler ces mêmes monuments, on découvre une preuve nouvelle de I,i marche progressive et parallèle de toutes les branches de l'art ecclésiastique au moyen âge. Et ce qui n'est pas moins curieux pour l'observateur, c'est que chaque branche de l'art a ses procédés particuliers entièrement distincts : on y remarque une physionomie commune , avec des caractères spéciauTr.

C'est cette observation, fondée sur des faits nombreux, qui embarrasse actuellement les architectes habiles chargés de la restauralion de nos vieux édifices; ils craignent toujours , et avec raison, d'appliquer aux œuvres de menuiserie, dorfévrerie , de décoration, des principes exclusivement réservés aux compositions architecturales.

On pourrait encore tirer quelque lumière des monuments secondaires où sont figurés des autels. Nous n'en ferons pas usage,

(\) « Ordinalum est per capiuilmnqutul aiirea tabula in subsequeiUibus lesLis ad suiuiiiuui alturc non allier. ► M. de Caumoni, dans la vr pailie de son Cours (Cauti.qiiUésmonumentalei, a analysé la notice de M. le colonel Tlieubel. Dans le partage des.londs<l'église qui a élc fait en 185^ endc la ville et la campagne de Baie, Taulel en or est écline à la canjpagne, ei le ijouvernenicnt du canton eu a ordoiuic la vcnic.

parce cpio U\s faits que nous aVons signalés sufiisenl.au but que nous nous sommes proposé d'atteindre. Ces détails , quelque curieux qu'ils soient, exigeraient une interprétation qui nous entraînerait trop loin.

Nous;nous contenions (hi donner le dessin d'un fragment do la célèbre chAsse deMozat. Ce rclicpiaire intéressant, véritible type des œuvres d'oriévrerie h cette époque, a été li- (lèlerannt dessiné et représenté sous tous les aspects dans l'-nivrag;; de M. Mallay, intitulé : La é(/lises romanes et romano-hi/zsniines de l Auvergne. On y voit un autel couvert de drap -ries et orné d'une croix et de deux chandeliers ; au-dessus est une lampe susp ndue.

Durant la période romano-byzanltno, on ne connaissait pas l'usage des contre-retables,qui jouèrent plus tard un si grand rôle dans la décoration des autels. Le tombeau ou la table n'était point encombré d'ornemen's accessoires, comme cela eut lieu fréquemment dans des temps plus rapprochés de nous : c'est encore le règne de la simplicité des premiers Ages chrétiens. Sur l'autel on plaçait uniquement les offrandes qui devaient servira la confection de l'Eucharistie, et le saint livre des Evangiles qui renferme la parole de Dieu. En certaines églises et h des époques diverses, on établit près de l'autel deux tabernacles en forme d'armoire ou de sarrarinm, destinés à recevoir la réserve eucharistique et le livre des Evangiles, auquel on témoignait un respect presque égid à celui que nous devons au sdcrement do l'autel, d'après cette belle parole si connue dans la langue ecclésiastique : Verbum J)ei, siciit corpus Christi.

Aux XI' et xir siècles, on plaça la réserve eucharistique dans des touis ou colombes semblai»les à celles que nous avons décrites à l'époque f)récédente : c'est à peine si \\)n pourrait citer quelques exeept ons à cette règle, ou quelques modifications aux formes précédemment consacrées. Les mêmes u>ages demeurèrent constamment en vigueur. Nous pourrions apporter un grand nombre de témoignages pour confirmer cette assertion : on en trouve un grand nombre dans les documents historiques contemporains, et les Bénédictins en ont recueilli une grande quantité dans leurs savants ouvrages sur la liturgie. Nous citerons un seul fait relatif 5 l'Angleterre et qui prouve que cet usage était commun h la plupart des pays de la chréti uité. Matthieu Par s raconte qu'en 1140 Edenne, roi d'Angleterre, avant d'assiéger la ville de Lincoln, voulut entendre la messe, et que pendanl la cMébration du sa ni sicrifice, le lien (]ui retenait la colombe où était enfermée l'EucliariStje suspendue au-dessus de l'autel vint à se rompre, ce que le roi regarda comme un fâcheux présage (1).

Nous donfions une gravure représentant une colombe eucharisti([ue de la fin du xii* siècle, provenant de l'église de Raincheval, au diocèse d'Amiens.

(1) Mallluci Paris., vlufjf/..// il/, maj. in Steplian., pui;. 75.

tr.3

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O» ignorait non-seulpriiont l'omnloi <|ps conlre-rotablcs au ir «'t au xii* sit'dle, nwiis encDrc celui îles gradii^s sur la lahie de l'aulel. Le tabernacle accouipagiié de ses giadins, cuinme uousle voyons aujourd'lnii dans toutes nos églises et sur tous les a' tels, est une innovation qui n'est pas antérieure au xvi" siècle : nous y reviendrons longuement [)lus bas. A l'époiiue romano-byzantine, la croix et les chandeliers étaient posés sur la table elle-ni6nie, ainsi qu'on le voit daiiS la figure de la cliAsse de Mozat. Mais quelle était la forme des chandeliers durant coite périod(r? Les croii oUVaient-clles Finiage du crucidx, comme celles (luo nous pl.i(;ons aujourd'hui sur l'autel ? Questions difticdcs à résoudre, auxquelles nous répondrons brièvement.

Si nous n'étions pas rytenus par les limites étroites dans lesquelles nous nous sommes enfermé, nous aimerions h faire l'histoire des représentations diverses de la croix de Notre-Seigneur, des formes diverses ju'on lui a attribuées, de la place (ju'on lui a aonnéc dans les édilices religieux, en y rattachant plusieurs traits accessoires, aussi intéressants pour la piété du chrétien que curieux pour la science de l'archéologue. Molarms, dans son traité dos saintes images, on a esquissé légèrement quelques traits : nous nous contenterons d'en analyser les chafàtres les plus importants, afin de ne pas trop nous éloigner de notre sujet.

Dès le temps de la prédication apostolique, les chrétiens manifestent une vénération profonde pour le signe de la croix, ainsi qu'il est surabondamment prouvé par le témoignage des premiers écrivains ecclésiastiques et par les monuments. Rulin , Soiomène, saint Jérôme, Lactance, saint Ambroise, saint Augustin et beaucoup d'autres saints Pères dont il serait superllu de citer les noms, entrent à ce sujet dans des détails pleins d'intérêt. Saint Jean Ghrysostome parle de la croix avec ei-tto éloquence vivo et entraînante qui se retrouve dans toutes ses paroles.

En comparant entre eux les différents |>assagr-s extraits de leurs écrits, on hésite pour savoir si la croix était communément ornée de l'image du crucifix. Certains antiquaires, suivant l'impression produite en eux par quelques textes particuliers , soulieiuient que, pendant les dix premiers siècles do lEglise,on ne voyait pas do crucifix, mais^eulement des croix ; d'autres, au contrait e, admettent que la coutume de représenter loChrist en croix s'est toujours conservée dans l'Eglise sans nulle interruption. Les premiers apportent à l'appui de leur opinion une observation d'une haute valeur, c'estque, dans les monuments les plusanciens de l'antiquité ecclésiastique, on ne voit jamais de crucifix. Los autr»s apportent en faveurde leur sentiment des textes si clairs et si précis, qu'on ne peut résister à leur autorilé. Nous admettons [ileimment lesenlimeut des derniers, (jui s'accorde mieux avec l'osprit de l'Eglise et qui relie ensemble tous les faits dans les iiiéuies tr^iditions (générales.

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La croix fut représonféo sur do nombreuses méilailles en or, on argent et en bronz<«, h l'effigie de Const•^n(in le Grand (I). Dans les sculptures et les jiointures des Catacombes de Rome, on voit assez souvent la figure de la croix ; (juehpiefois elle est ornée et enrichie de pierres prs^cieuses; elle est mônui parfois couverte de fleurs et perdue, i»our ainsi dire, au milieu d'une décoration luxuriante ; jamais elle no [)orte de crucifix (2).

L'n dt's plus anciens auteurs qui parlo d'une image du crucifix dans une église e>l Lactance, si toutefois il est l'antiMU' des \cv:i sur la pussian du Sauveur [3), qui lui ont été longtemps altribués.Voicisesparolcs remarquable s :

Qnisqitit a'le<, mcitiitue mibix iti limUm lempU, Sisle piiium, itisontem'fue luo jno ciimine pu.>$imt liespice me, me cuude anhnu, })ie in pecluie serva.

Elles supposent évidemment la coutume de placer un crucifia au milieu de l'égliso, comme cela se jiratiqua pendant toute la durée du moyen âge. C'est ainsi qu'elhs sont interprétées par les historiens ecclésiasliques et les auteurs liturgisles. Saint Ainbroise, cependant, dans un de ses discours, compare la croix à un mût de navire, en disant qu'à son ombre les chréfiens n'ont rien à craindre du naufrage du siècle. Le saint évoque de Milan paile un quemcnt de la croix, sans donner à entendre qu'elle fût ornée de l'imago du crucifix. Au vr siècle, suivant le rapport du vénérable Bède, le moine saint Augustin, apôtre de l'Angleterre, et ses compagnons, avaient coutume de porter devant eux, comme un étendard sacré, un.< croix (l'argent avec un tableau sur lequel était peinte la figure de Notre-Seigneur. Dans ce même vi' siècle, saint Grégoire de Tours 1 apporte un fait bien connu des savants, qui prouve évidemment que dans certaines églises on représentait Jésus-Christ en croix (4). De ces divers passages on pourrait tout au plus conclure que l'image du crucifix n'était pas constamment représentée sur la croix ; mais qu'il y a loin de cette conclusion. aux prétentions de nos adversaires I

Quelle était la forme véritable de la croix ? Le sentiment le plus probable est celui de saint Thomas d'Aquin, a[)puyé sur certains passages do Lucien et iloTiutuilion.: il pense que la croix ressemblait à la lettre T TJiau,

(1) « Suporsiint hodiedmii .inrca, nrgcntca, aurc.i Coiisiantint miinismala, in (;uiitus cxprc.^sa Chrrisli crux. » rej/. (ilaionius ad ann. 3:2o, n. 'iO'ô.)

(2) Les Ircs-raics exroplioiis qdo iV»ii poun'ail citer à l'encuure de ceuea^seriiwn jiouvenlvtrc^'jitribuces à une époque poslérieuie à l'cie dos persécutions cl au leiiips où l'on oinail les C-,aac»»nibes do scidptiires et de pcîinturc*. Les Irails r.dsanlaIiusi#H) au supplice des niarlyrs ne s'y rcntviHlrwit Jauiais. Dans une savante disscrlalion sjir cotte ujalièir, M. Iladul llochelle démontre péienijUoiieinent ♦jue cpi talnes Images de ce genre ont éle lutrtMiultes dans les soulcnaius sacres à une épotjue (jui n'esi pas «witcricurcau ix'' sièele.

(5) S'il en faut croire la criilipie niojlcnie, lactante n«? sriail point l'auicur4iu,pocuie.s«r la ./-'«ssimi du Sduvenr.

(l) Cicijoi .Tui\,n.

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Cl à ce que les héraldistes appellent aujourd'hui croix potencée. Le passage suivant de saint Jérôme ne laisse pas subsister la moin- (Ire incertitude : «Dans les anciennes lettres des Hébreux, dit-il en son commentaire sur le chapitre ix d'E/échiel , dont se servent encore aujourd'hui les Samaritains, la dernière lettre Thau ressemble h la croix qui est peinte sur le front des chrétiens et dont ils font fréquemment le signe avec la main (i). »

Mais j)liisieurs passages de saint Au^^ustin combattent cette opinion et supposent évidemaient que la croix avait quatre branches, selon la forme u.sitée de nos joui s. Saint Grégoire de Nysse , saint Jean Damascène, saint Isidore de Séville,s"expiiment de la même manière. Ce dernier dit expressôment que la croix du Sauveur ressemblait à la lettre Tliaii, à laquelle on devait ajouter une partie supérieure, au-dessus de la ligne transversale ^^2).

Dans cette divergence d'opinions, il serait difficile de se prononcer dogmatiquement pour l'un ou l'autio parti. Nous inclinons fortement vers le sentiment adopté par saint Tliomas, parce qu'il s'accorde mieux avec le témoignage des auteurs profanes qui parlent de la croix, comme instrument de supplice pour les esc aves et ceux qui n'étaient pas citoyens roma.ns. Or, rien ne porte à croire que les Juifs, en préparant la croix de Jésus- Christ, s'écartèrent de la forme généralement adoptée par les Romains. On expliquerait les passages de saint Irénée, de saint Augustin et des autres, en disant que la croix avait été modifiée en certaines églises par l'addition du titre, (jui, au lieu d'ôtre une tablette de bois fixée au centre de la croix à l'aide de longs clous de f> r, fut changé en une véritable branche tixe et semblable aux parties transversales. Cette explication serait d'autant plus plausible qu'elle ne serait, pour ainsi dire, que la traduction d'un passage de saint Cyprien, qui dit qu3 « Pilaie prit une tablette, écrivit dessus le titre en trois langues et fixa cette tablette au moyen de trois clous au sommet de la croix avec le nom du roi des Juifs (3). »

Quel était le nombre des clous qui servirent à attacher à la croix lo corps du Sa jveur ? Saint Cyprien, saint Grégoire de Tours et un grand nombre d'auteurs après eux disent expressément que les clous furent au nombre de quatre. Leur sentiment cependant n'est confirmé par aucun témoignage positif de la tradition. Nous ne connaissons aucun texte des temps apostoliques propre à éclaicir

(1) Voyez à ce sujet une irès-savantc ei très-curiensc dissertation dans la Démonslration évangéliquc de Huet, évèque d'Avranclics, propos. 9.

(2) Isie trecentoruin (Gcdoonis militum ) nunienis in T litleia conlinelur, qurr» crucis specieni le::et, ciii si snper transversam lincani id ipiod in cruce cininet addetur, non jam cruels spccies, seJ ipsa crux essei. » (Isidor. in cçp. v Judicwii.)

(5) « Pilulus acccplt tabulain, cl tiluliun scripsit Irib slinguis, et in capite ligni clavis tribus labuiain, cuui noiuine régis Judxorum, conlixil. >

cette question. Mais il est très-rraisemblahle que les pieds du Sauveur furent a: tachés avec deux clous ; il eilt été extrêmement difficile de fixer les pieds l'un sur l'autre avec un seul clou, surtout sans briser les os : or, saint Jean applic^ue à Notre-Seigneur en croix la célèbre prophétie: « Vous ne briserez aucun de ses os : » Os non comminuetis ex co. Tous les crucifix anciens, antérieurs au xni* siècle, ont toujours quatre clous, et si ceux postérieurs à cette epo(iue n'en ont que trois , il est évident que les anciens po.ssèJent une autorité plus grande que les modernes.

La tète du Christ en croix doit-elle être couronnée d'é[)ines ? La réponse à celte question est donnée par les saints Pères qui a.lmetlent que Notre-Seigneur a conservé jusqu'à sa mort la couronne d'épines placée sur sa tête par les soldats. Ils y voient une signification myst que admirable , Jésus- Christ, dar.s sa passion, étant devenu par son sang et ses humiliations, le véritable roi de ce monde, le roi des chrétiens. Nous devons néainnoins ajouter que le sentiment des écrivains ecclés astiqu( s à ce sujet n'est pis entièrement certain, quoiqu'il soit trèspioLab'e.

Si l'on demande de quelles épines était formée la couronne du Christ : je crois , dit Molanus, qu'elle était faite de branches entrelacées de l'arb e qu'on appelle en français nerprun ou vulgairement bouc-épine. Les observations de Pierre Bellon motivent assez fortement cette opinion. On lit le passage suivant dans un livre intitulé : les Observations de plusieurs singularités: «Cherchant les plantes en tournoyant les murs de Jérusalem , avons veu d'une espèce d'tiyoscyame qui ne croist point en Europe ; et en les examinant diligemment, pour ce que désirions sçavoir quelles épines trouverions, pour entendre de quelque espèce estait celle dont fut faicte la couronne de Notre-Seigneur ; et n'y ayant trouvé rien d'espineux plus fréquent que le rhamnus ; dont nous a semblé que sa couronne fusl d'un tel arbre. Car nous n'y avons vu croistre nulles ronces, ou autre chijse épineuse; il y a bien quelques câpriers épineux. Parquoy voyants que les Italiens appellent vulgairement le rhamnus spina santa ( et principalement entour Macerata, et à Pezaro, auquel lieu avons trouvé les haies n'estre faictes d'autres arbres, comme aussi en Jérusalem ) , l'avons bien voulu mettre en Ce passade; joinct que les anciens Arabes nomment l'arbre, duquel fut fait la couronne, alhansegi, que les interprètes tournent en latin par coronaspinea.»

Les détails dans lesquels nous venons d'entrer, tout imcomplds qu'ils sont, sont utiles pour se former une juste idée de la manière dont on a représenté Notre-Seigneur en croix, dès les siècles les plus reculés. Nonseulement l'image de la croix dominait l'église tout entière et l'assemblée des fidèles, comme nous l'avons vu d'après Lactance et saint Ambroise, mais encore elle était placée sur l'autel lui-même, au rapport de Rufin, (jui laconlc comme une femme d'Alexandrie

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recouvra miraculf^usemcnt la sanlé en priant devant la croix do l'autel. En cela le lémoi-

fnage deThistoir'^ est conlirmé par toutes s liturgies qui prescrivent, comme une règle importante, de mettre une croix sur l'autel où doit être offert l'auguste sacrifice delà messe. Aussi, dans les monuments iconographiques les plus anciens, nous voyons constamment l'autel distingué par la croix qui le domine. Souvent même la présence de retic croix est le seul signe (jui serve à nous fa:>rc discerner l'autel couvert de longues draperies des tables communes, également couvertes de draperies flottantes. Les croix placées sur ces autels sont constamment dépourvuesdecrucifix,ainsi(]u'onpeut s'enconvaincrepar l'inspection des miniatures des manuscrits et des vitraux du xu* siècle. Quelque sig-nilication que l'on prétende attachera cette observation archéologique, elle ne peut exercer aucune influence sur la pratique actuellement en vigueur, lors môme qu'il s'agirait de rétalilir des autels de la période romanobyzantine dans leurs formes primitives, avec tous leurs accessoires anciens.

Il serait aujourd'hui fort difficile de retrouver exactement et pour tous les cas la forme des ch:inde!iers, si l'on voulait uniquement s'en tenir aux monuments qui ont échappé à la destruction des siècles et qui sont venus jusqu'à nous. Mais si les pièces ont trop souvent péri, on trouve dans les monuments iconographiques la représentation de divers objets mobiliers. Dans les vitraux peints, les peintures murales, sur les pierres tombales, dans les missels à miniature , on rencontre fréquemment des chandeliers figurés soit isolément, soit entre les mains d'anges on de jeunes clercs.

Il ressort de la comparaison de ces diverses représentations des remorques très-variées soit sur la forme , soit sur l'ornementation , soit sur la hauteur de ces chandeliers. Une étude attentive nous a de plus en plus convaincu que sous ces différents rapports il n'y eut rien de fixé d'une manière définitive. L'uniformité n'existait point en celte matière, du moins jusqu'au point oii l'on a prétendu qu'elle eut lieu. Il y avait des chandeliers très-riches et très-ornés, il y en avait de très-pauvres et de très-simples; il y en avait de petits, il y en avait de gran:is. Il ne faut pas confondre les chandeliers portatifs, tels que les portent encore aujourd'hui les céroféraires dans nos églises, et les chandeliers immobilesqui restent à demeure sur l'autel : les uns et les autres pouvaient varier en raison de leur destination. On ne saurait disconvenir toutefois que , dans certaines circonstances, il a pu y avoir une ressembl.ince entre ces deux espèces de cliaiukliers, d'autant plus complète que, d'après certaines règles du cérémonial, les acolytes posaient leurs chaiideliersaux angles doTauti-l, comme cela se pratique toujours chez les Grecs.

Quelques archéologues, surtout dans ces derniers temps, ont soutenu ([ue les chandeliers ou candélabres de l'atilel étaient extrêmement petits, de même ({ue ceux des aeo-

DlCTlON.N. n'ARCnÉOI-OGIE SACI'.KE. I.

lytes. Nous ne partageons pas entièrement leur avis ; tout en [jrolestant contre la hauteur démesurée que l'on donne aujourd'hui aux chandeliers et aux cierges (Ij. Si ces chandeliers eussent tous été si courts et si bas, n'eussent-ils pas été ridicules entre le.s mains des clercs? D'ailleurs, dans plusieurs sculptures et surtout sur des chaf)iteaux du XII' siècle, dans des translations de reliques ou autres cérémonies religieuses, nous en avons observé qui, comparés à la taille do ceux qui les portaient, étaient d'une hauteur assez considérable. Kn cette matière, comme en beaucoup d'autres, nous croyons que les opinions exclusives sont fausses.

Les Annales nrcliéotogiques, diiigées par M. Didron, ont publié au tome ÏV deux chandeliers d'un modèle charmant, appartenant au musée de l'hôtel Cluny, à Paris. « L'un, le plus riche, accuse la forme roman' , tandis que l'autre est plutôt contemporain du système ogival primiiif. Les dragons ailés qui se recourbent et s'enchevêtrent dans des rincaux vomis par une gueule de lion , les lézards qui lèchent et soutiennent à la fois le bord de la bobèche, appartiennent au style roman, qui est court, trapu, énergiqueniènl cmpatté. Ce chandelier est en cuivre fondu et légèrement ciselé. L'autre chandelier, en trépied comme son voisin, est beaucoup plus simple. Il est lisse, sans a-jour, égayé seulement de petits émaux bleuâtres à la base et au nœud. La tige semble imiter celle du palmier à feuilles en écailles. Celte forme de chandelier, plus élancée, mais beaucoup moins belle que l'autre , semble avoir été préférée (2). »

Si nous passons maintenant à l'étude des piscines qui accompagnent l'autel, nous serons plus heureux que pour l'époque précédente. Nous ne sommes pas réduits h de simples textes empruntés aux chroniqueurs : nous jjossédons encore des piscines de l'époque romono-byzantine, quoique par le malheur des temps elles soient rares, il paraît constant que le célébrant, après avoir purifié le calice avec le soin et le respect qu'ont toujours réclamé les croyances catholi(jues, descendait à la piscine pour se laver les mains, il n'était pas alors prescrit de verser du vin et de l'eau sur les doigis au-dessus du calice et de piendre celle ablution de la manière qui se pratique de nos jours. La double cuvette que l'on remarque aux piscines anciennes nous aide à comprendre les prescriptions liturgiques. Le conduit qui servjil à recevoir l'eau de l'ablu-

(1) Depuis le commencement du siècle actuel on donne aux chaniielicrs cl aux cierges une ôlévalioii tellement contre nature, que l'on a été forco de remplacer les cierges de cire par un simulacre de cierijes (jui porle une bougie; et encore, souvent est-on oliligo de soutenir ce frêle et giganlesque ccljafaudage. On ne devrait pas ouldicr (jne les cierges sont alluuius par honneur pour le cruciNx ou pour le saint sacrement, et qu'il est inconvenant de les voir placés à une liaulcm' démesurée au-dessus du labernaclc.

(2) Annal. arclUoL, lom. IV, p. 1. I,e premier de rc5 rliandeliers a 0,iS ccntimcircs de haut cl le second 0,:2i centimètres.

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tion dos mains aprùs la coramunio!i no pouvait servir à aucun usage profane; on y versait encore l'eau qui avait été employée à puritier les linges sacrés, tels que les corporaux et les purificatoires. La seconde eu* velle recevait le vin et l'eau qui restaici.t dans les burettes après la messe ; elle servait encore au lavement des mains que la rubrique prescrit au prêtre qui se prépare à monter à l'autel. Nous aurons occasion de revenir sur ce sujet en citant quelques passages de l'abbé Thiers sur les piscines du xvi*'siècle.

Dans l'église de Notre-Dame de Surgères, au diocèse de Poitiers, il y a une piscine du XII* siècle. A la cathédrale de Lausanne, en Suisse, dans une des chapelles absidales, on voit également une piscine de la même époque. Nous donnons la figure d'une autre piscine qui existe dans l'église de l'ancien prieuré de Saint-Gabriel, au diocèse de IJayeu'c.

Durant la période romano-byzantine, les piscines étaient rarement adhérentes aux murailles, et encore moins souvent établies et creusées dans l'épaisseur des murs : c'étaient le plus communément des espèces de colonnes ou de pédicules isolés portant une cuvelte dont le fond se continuait en un canal qui conduisait l'eau sous le pavé de l'église. Ces colonnes mobiles auront disparu dans la suite des temps, mais surtout au XVI' siècle ou au xvii* siècle, à une époque où les rubriques du missel les rendaient inutiles.

Autels de la période ogivale (xiii% xiv% et xy*

siècles).

La fin du xn' siècle et le commencement du xiii* furent témoins de la plus étonnante révolution qui se soit jamais opérée dans l'art de bâiir; et comme cette époque était éminemment religieuse, c'est dans les édifices chrétiens que nous pouvons aujourd'hui en contempler l'origine , les progrès et le développement. Les idées artistiques subirent une modification profonde, non-seulement en architecture, le plus noble des beaux-arts, mais encore dans toutes les branches qui en composent le riche domaine. Alors prit naissance un magnifique système dont l'application apparaît jusqucs en ces mille petits détails accessoires que 'on rencontre dans toutes les parties d'une église, auxquels il imprime un cachet caractéristique. Un antiquaire ne reconnaît-il pas sans peine et sans hésitation le moindre fragment, la plus petite feuille, le profil on apparence le plus insignifiint , qui appartiennent au xiir siècle ? Dans les arts et dans les lettres grecques, le siècle de Périclès est synonyme de la perfection ; en les arts chrétiens du moyen ûge le xin* siècle possède le môme privilège. Si l'art ogival a su communiquer tant de grandeur , de majesté, de magnificence, aux monuments d'architecture , n'était-il })as juste qu'il réservât ses plus riches trésors du génie, de goût et de délicatesse, pour la décoration de l'autel, cette pierre angulaire du

temple chrétien, comme Jésus-Christ est Ig pierre angulaire de l'édifice spirituel de l'Eglise? L'ornementation des principaux membres de la basilique ogivale est toujours abondante , gracieuse et originale ; celle des autels est encoie })lus élégante et plus splendide. L'imagination aimait à accumuler ses plus charmantes créations autour de cet autel oiîi la foi nous fait découvrir les plus augustes mystères.

Nous parlons en ce moment des chefsd'œuvre du style ogival qui resplendissent encore dans plusieurs de nos églises, sans cependant étendre ces considérations à toutes les compositions do celte longue période. Nous sommes encore plus éloignés d'attribuer exclusivement à l'ornementation architecturale la décoration des autels du xm* siècle au xvi'. Mais nous tenons avant tout à bien constater qu'entre les mains pieuses des artistes du moyen âge, les arts contribuèrent sous toutes les formes, avec une inépuisable variété, à l'ornement des autels. Les étofies les plus précieuses, les tissus les plus riches, les matières les plus rares, prenaient mille et mille formes pour prêter leur éclat à la gravité du sanctuaire : on consacrait à Dieu ce que la nature et les arts produisaient de plus somptueux.

Dans les basiliques latines et dans les églises primitives de l'Occident, ainsi que nous avons eu l'occasion de le dire ailleurs, l'autel majeur était })lacé dans le chœur, en avant de l'arcade de l'abside dont l'hémicycle était occupé par l'évêque ou le célébrant, accompagné des prêtres, des diacres et des clercs. Cette disposition demeura la même durant de longs siècles ; on lui fit éprouver des modifications dans les derniers temps de la période romano-byzantine , et enfin on la changea généralement pendant la période ogivale. Alors on plaça le maître-autel, au fond de la courbure de l'abside, et le chœur prit des dimensions et une distribution jusqu'alors inconnues. Au lieu de se grouper autour du sanctuaire, les membres du clergé se rangèrent de chaque côté du chœur, suivant l'ordre des dignités ecclésiastiques , ayant à leur tête l'évoque lui-même. C'est par suite de cette organisation hiérarchique que les grands chœurs des cathédrales gothiques conservent toujours la même dispo- .«iition. Ce ne fut que dans de très-rares églises que le siège épiscopal resta dans l'abside : Les insignes églises de Vienne et de Lyon furent le plus longtemps fidèles à leurs antiques usages; elles admirent les autres changements amenés par le progrès naturel des choses, tel que l'établissement des nombreux autels accessoires, sans vouloir abandonner une tradition qui remonte aux premiers âges du christianisme. Dans l'église épiscopale d'Autun, aujourd'hui détruite, on voyait autrefois au fond du chevet le siégî épiscopal de saint LégiM- ; il en était de même à Reims, avant la réédification de la c;ithédrale, où se trouvait le siège de saint Rigobert. Quoi qu'il en soit, et tout en accordant à la tradition les droits qui lui sont légiti-

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menicnt dus, nous devons convenir que les importantes tnnsformations opérées dans le plan basilical par rarchitccture ogivale ont nécessité le déplacement du trône de révoque et de l'autel majeur. Comment, en elTot, eût-on pu ne pas placer au centre de l'a-uvre architecturale, à ce point vers lequel toutes ïf-s lignes convergent, où elles se réunissent, où la perspective dirige l'œil comme malgré lui, le maître-autel, l'iime de l'église? Ce placem nt est si impérieusement commandé, que toute l'ordonnance de Tédillce semble brisée, que Iharmoiiio est détruite dans les vastes monuments de style ogival où l'on a établi l'autel dit à la romaine. Dans ce cas, le rayonnement des chapelles absidales n'est plus motivé, les dispositions du plan, où reluit un symbole admirable, sont inexplicables. Nous n'avons vu nulle part un autel plus ren.ar(}ual)ie que celui de Saint-Maurice d'Angers produire un plus détestable elTet. Celte catiiédrale, si intéressante pour l'antiquaire, d'une construction si hardie, S' curieuse sous tant de rapports, perd consid'rablement de grandeur, de dignité, d'harmonie par l'existence d'un immense autel, élevé sous la travée de l'intertr.mssept. Il en est de même à Reims, cette cathédrale que nous aimons à regarder comme le joyau de l'écrin monumental de la ïVance, où le déplacement du maîtreautel et en même temps une nouvelle délimitation du chœur ont occasionné l'abandon de la partie la plus sacrée de l'église. A Reims donc le chevet de la cathédiale est désert ou bien il est rempli de laïques. C'est un devoir pour nous de réclamer hautement en faveur des traditions ecclésiastiques des différ'ents Ages : de même que ce serait un ridicule contre-sens de placer le siège épiscopal ailleurs qu'au fond de l'abside et l'autel à la tête du chœur dans les basiliques de Saint-Clément , de Saint-Agnès , de Saint- Paul, à Rome; de même aussi ce serait violer les premiers principes de l'art chrétien de la période ogivale en plaçant l'autel majeur ailleurs qus dans l'némicycle du chevet. Adopter le parti contraire, est un contresens aussi choquant que de bâtir des autels en style primitif, avec rideaux et grands voiles de soie, dans des églises construites à une époque où ces autels étaient totalement tombés en désuétude.

Au xin» siècle, il y eut des autels érigés suivant le double système que nous avons vu précédemment en vigueur, c'est-à-dire, eu forme de table ou de tombeau. Nous croyons toutefois pouvoir afTirmcr que le premier type fut plus fréquemment suivi que le S''Cond. Dans quelques églises on rencontre d s autels en table, soutenus sur des colonriettes ou sur des tranches latérales, faciles à reconnaître à la forme des moulures et des feuillages, comme appartenant à l'époque ogivale. Du reste, l'apparence de ces autels leur donne une grande ressemblance avec les autels de ré[)oquc précédente.

Les autels en t,djle étaient communément bâtis avec la plus grande simplicité. C'est à

peine si la sculpture a orné de feuillages les chapiteaux des colonnettes de support. C'était aux draperies et h. des parements mobiles que l'on empruntait la décoration des autels, au moment où l'on y célébrait la messe et dans (es circonstances solennelles. En beaucoup de lieux on avait coutume de placer do grandes châsses contenant d'S reliques sous la table de l'autel. Ces chAsses y restaient quelquefois h demeure , d'autres fois elles étaient mobils. Rien, du reste, ne rentre mieux dans l'esprit de lEglise que l'usage de plare.le corps des saints martyrs au-dessous de l'autel sur le juel s'immole la victime sans tache.

Parfois les au[els delà période ogivale, en forme de table, ayant h la partie antérieure seulement des colonnes fiour supports, présentent de petits trous au-dessous de la tal)le, destinés à fixer d?s chAssis sur bois couverts de peintures. On y voyait représentés ou des sujets pieux ou de simples arabesques d'ornement. Nous ne saurions concevoir une idée plus juste de ce genre de décoration qu'en rappelant les gracieux panneaux qui parent Fautel de Fiésole, en Italie, peints par Jl Bealo, le peintre anyélique, connu sous le nom de Jean de Fiés de, de l'ordre de Saint- Dominique, auteur de compositions si siaves et si plemes de sentiment. Non-seulement les panneaux peints étaient placés sur le tombeau de l'autel, mais encore sur le retable, et jusque sur la muraille de chaque cûté d:^ l'autel. Ce système d'oruementation produit un admirable effet : les tableaux de ce genre bien compris et bien exécutés inspirent des pensées graves et remplissent lo sanctuaire comme d'une image des cieux.

Les autels ainsi décorés au xiv' et au xv' siècle ne sont pas très-rares en Italie : ils peuvent servir de modèles pour des œuvres de même nature, sawf certaines modifications indispensables.

Quantaux autels en tombeau, ils sont rares, il est vrai, mais ils comportent une décoration plus riche et plus abondante. Autant que nous en pouvons juger, d'après les monuments, ils étaient ornés d'arcades simulées, decr.lonneîtes à chapiteaux, d'archivoltes à feuillages, de pinacles ou de panneaux simulés, d'un travail plus ou moins compliqué, selon le siècle auquel appartient la composition. Il y a sous ce rapport toute la différence qui existe entre l'architecture du xwr siècle, grave et sévère, et celle du xv'etduxvi' siècle, surchargée de moulures prismatiques et de formes tourmentées. Souvent aussi la façade de l'autel était animée par la présence d'un grand nombre de statuettes placées dans des niches couronnées d'un baldaquin gracieux.

L'autel ancien de la cathédrale de Cologne était très-remarquable ; nous regrettons vivement qu'il ait disparu. C'était un modèle où le goûi était entièrement satisfait; une table simple de marbic r.oir élevée sur des degrés, ornée tout-autour de statues du plus beau marbre blanc, sortant chacune de petits labcrnaclcs particuliers. Cette table fut

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employée dans la maçonnerie, el l'on n'en voit plus que la face antérieure, dont les parties conservées sont fort intéressantes. Dans l'ancien autel, les chandeliers étaient au milieu de l'autel, et en faisaient le principal ornement, avec une grande croix dorée et les st.ttuelles des douze apôtres , revêtues d'or et placées entre les chandeliers. Aux (|uatre angles de cet autel s'élevaient quatre colonnes surmontées de figures de chérubins.

L'autel en tombeau était encore orné de médaillons encadrés dans des dessins capricieux, avant au milieu des nis-reliofs représentant des traits de l'Evangile ou de la Vie des saints. Ces cartouches étaient parfois indépendants les uns des autres, parfois unis et enchaînés. Si la variété doit être regardée comme l'un des plus glorieux attributs de l'art ogival, c'est dans la décoration surtout qu'il en faut chercher les plus beaux exemples. N'était-ce pas là, en effet, un cîiamp sans limites, ouvert à l'inspiration d-^ l'artiste, oiJ il pouvait se laisser aller aux caprices de l'imagination ?

Quelle que fût la forme de l'autel, la table en était couverte de draperies et de nappes blanches (1), et dans certaines églises on y plaçait un coffret ou tabernacle pour y déposerle corps deNotre-Seigneur et lesreliaues des saints (2). Telle est l'origine des retables qui apparaissent au xni^ siècle, et qui prendront cle si grands développements au xiv' siècle, et surtout au xv' et au xvi' siècle. Les autres ornement 5 de l'autel, d'après Guillaume Durand, évèque de Mende, écrivain liturgisto du XIII* siècle, consistaient en châsses, pales ou grands corporaux très-riches, phylactères ou reliquaires (3) en forme de vase en or, en argent, en cristal ou en ivoire, candélabres, croix, aiirifrisium, bannières, livres, voiles et tapis (i).

Le même auteur nous apprend que l'usage des voiles ou rideaux était conservé au XIII* siècle et était en vigueur au moment et dans le pays où il écrivait. 11 distingue trois espèces de voiles : celui qui caehe les mystères,celui qui sépare le sanctuaire du chœur, et enfin celui qui séparait le chœur de la nef, oli sont réunis les laïques.

Les rideaux de la première espèce sont suspendus de chaque côté de l'autel et se déploient lorsque le prêtre est entré dans le sanctuaire. On les enlève le soir de chaque samedi de carême, quand on commence l'office du dimanche. Ceux de la seconde espèce ne ss tirent que pendant le carême : ils étaient très-ornés, à l'imitation du voilo du

(1) Porro linleaniina alba quibiis operilur altare, clc. (Guill. Durand, Ration, div. 0//jc.,cap. 2, n. M.)

(2) In quibusdam ecclesiis super allare coilocalur arca seu labernaculum in quo corpus Domini et reliquise ponuntur. Ibid,, cep. 2, n. o.

(3) Phyjacleria vero est vasculum de argento, vel auro, vel ci7Slallo, vel ebore et hujusmodi, in quo sanclorum cineres vel reliquiie lecondunlur. liât, div. Ojfir.

(•i) Altaris vero ornalus consislit in capsis, in palleis, in pliylac'.eriis, in candelabris, in crucibus, in aurifrisio, ia vexillis, in co<licibus, in vclaniinibus et in cortiats. (Guill. Duraud., t^td., lib. i. p. 15.)

temple juif (1). Les artistes catholiques anglais, tels nue M. Welby Pugin, dans l'élablissement des autels nouvellement consacrés, ont entrepris de faire revivre l'antique usage des voiles du sanctuaire. En France, autant qu'il nous est permis de hasarder une conjecture, la coutume des voiles ne fut pas générale et surtout ne subsista pas durant le XIII* siècle tout eHtier. On y adopta de préférence les clôtures du clueur, dont on s'étudia à dissimuler la lourdeur et l'opacité par un système d'ornementation plus ou moins somptueux. Les autels eux-mêmes, quand les lieux ne s'y opposèrent pas, furent accompagnés de retables. On en retrouve dans plusieurs cathédrales, dans un état déplorable de mutilation. A Saint-Cyr de Nevers, il en existe plusieurs fort curieux, dont quelques-uns sont assez bien conservés (2). Dans le diocèse de Nevers, à Champallement, nous avons observé un beau contre-retable en pierre, élégamment sculpté, dans une petite église charmante, bien bâtie, dont le portail est orné de statues du xvi* siècle, d'un bon style. Malheureusement le tombeau en a été détruit pour faire place à une insignifiante menuiserie.

Nous citerons encore l'autel de Saint-André à Troyes. Il est en pierre et on y découvre facilement des restes de dorure et de peinture. C'est un des plus beaux monuments que nous ayons en ce genre, parce qu'il est complet : on voit le tombeau, le retable, le contre-retable et la piscine. Le tombeau est très-simple : c'est un massif cubique, supportant la table sur un faisceau horizontal de moulures élégamment profilées. Le retable est un bas-relief représentant la crucifixion de Noire-Seigneur, et le contre-retable renferme trois statues, Vlicce homo, la sainte Vierge et saint Jean l'Evangéliste , surmontées d'un couronnement ou tabernacle d'une richesse éblouissante. La piscine est également recouverte d'un dais, où la sculpture a prodigué, comme dans tout le reste de la composition, les moulures prismatiques, les formes flamboyantes et les feuillages.

Nous dépasserions toute limite, si nous cherchions à décrire tous les beaux retables d'autel de la dernière période ogivale qu?^ nous possédons encore en France. Dans chaque diocèse on possède au moins quelques beaux restes de ce mode de décoration : contentons -nous de citer les curieux retables de Saint-Malo, à Dinan ; de Saint-Bertrand de Comminges; de Mariul, prèsBeauvais ; de Nouâtre , au diocèse de Tours ; de Noyon, dans une des chapelles de l'ancienne catiiéJrale. Nous aimons mieux nous étendre un peu davantage sur l'établissement des tabernacles qui amenèrent promptement la pratique actuellement suivie dans toutes nos églises.

En Italie, dès les temps les plus reculés , et en d'autres pays , à des époques plus ou

(1) Guill. Durand, Ration, div. G/fic., lib. i. (-2) Voir Esrinisse archéologique des fnincipales éylises du diocèse de Nevers.

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