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moins éloignées, on plnra la réserve eucliaristiqiie, non pas dans la colombe, mais dans un sacrarium ou armoire pratiquée dans la muraille , du côté droit de l'autel. Le sacraire faisait face à la piscine, lorsque collefei devint d'un usage général. Dans notre I)ays, remploi en fut adopté au xiii' siècle et pGut-élre antérieurement, simultanément, avec celui de la tour, de la colombe et de la pyxide : c'est un fait qui ressort évidemment de certains passages d'écrivains ecclés astiques. Le .journal des visites pastorales d'Odon Rigaùlt(l) relate plusieurs faits de cetto nature. L'archevêque de Rouen, à la visite quil lit en l'26(), dans la province ecclésiasti([ue dont il était le métropolitain , prescrit au prieur do Rohon , au diocèse de Coutances, d'adopter, pour la réserve de l'eucliaristie, ou l'usage de la pyxide, ou celui du sacraire, sur l'autel ou auprès (2).
Au XV' siècle , cette coutume donna naissance, à un magnifique tabernacle, toujours j)lacé à côté de l'autel et dans un lieu consacré par le temps à cette destination. Ce n'est plus une simi)le armoire creusée dans un mur, munie de fortes serrures , c'est une construction à part , bâtie d'après un plan spécial, ayant ses tourelles et ses contreforts ei surmontée d'une pyramide élancée. L'art a épuisé toutes ses ressources et a su atteindre aux suprêmes limites du goût et de la magnificence pour décorer le monument où d.tignait reposer le corps de Jésus-Christ. Il est difticile à ceux qui n'ont pu en être témoins de se figurer les prodiges créés par le génie des beaux-arts })Our orner le repos du corpus Domini , suivant une expression appliquée au tabernacle dans la langue catholique de certaines contrées. Il en existe ( ncore plusieurs en France, à la cathédrale de Grenoble, à Germenay, au diocèse de Nevers, à iMaltot et à Tracy-Bocage, au diocèse de Bayeux ; à la cathédrale de Saint-Jean-de- Maurienne , en Savoie. Nous en avons vu plusieurs en Belgique , notamment h Tournay et à Saint-Pierre de Louvain. Autrefois il en existait un magnifique à la cathédrale de Cologne ; il a été détruit par suite des ]»réjugés funestes du siècle dernier. Le chefd'd'uvre du genre se trouve en Allemagne, à Ulm et à Nuremberg. Le tabernacle d'Ulm, inférieur sous certains rapports à celui de Saint -Laurent de Nuremberg, est l'œuvre, cf.mme le second , d'Adam Kraft , sculpteur d'un génie fécond et d'une patience inaltérable. L'architôctuie du premier de ces monuments est d'une exquise délicatesse, d'une grAce et d'une élégance au-dessus de toute expression. Les dessins sont flexibles , les feuillages vivants , les statuettes animées. Malgré le caprice de la com[)Osition, l'œil démêle à travers mille broderies diverses les lignes princi[)ales et les formes essentielles.
(1) Le ms. delà Bibliolhc(iuc royale vient d'être publié par M. IJoiiiiin d'Evreiix.
(2) < Hogaviiims wt corpus Domini faceret et pro- «^iiraicl re|)Oui in aliquo vasi jiixidc vel luijusinodi, il) aiiipio Inro telcbii el einii.cule, supra altarc vel juxla. > Od, Hij.
Il y a unité , malgré la multiplicité des formes. Le regard aime à monter d'étage en étage, à la suite des anges et des saints, dont les images vont se perdre jusque dans le ciel. L'expression et la pose des statuettes font voir qu'à cette époque l'Allemagne catholi(pie possédait, avec les autres véril's chrétiennes, la croyance à la présence réelin de Jésus-Christ sous les voiles eucharistiques. Ce malheureux pays, en répudiant sa foi , a perdu en môme tem|)S tout enthousiasme pour les œuvres religieuses. Comment faire connaître rordonnancc établie par l'artiste dans la distribution dos personnages? Tout le long de la rampe , des moines lisent avec recueillement les livres oii sont renfermées les traditions de l'Eglise ; aux angles de la rampe , comme en une place plus importante , les évoques sont debout dans une attitude méditative ; en d'autres endroits apparaissent des saints de divers ordres, rangés suivant les lois de la hiérarchie. Tous ont une physionomie grave et semblent jouir de cette joie calme et pieuse dont parle le Psalmiste : « Je me suis réjoui des choses qui m'ont été dites : nous irons dans la maison du Seigneur. — 0 Dieu, vos tabernacles sont admirables ! »
L'œuvre la plus admirée de Kraft , exécutée à Nuremberg, sa ville natale, est ce qu'on appelle la Maison sacramentelle ou le tabernacle do Saint-Laurent. Dans ce travail , qui paraît un peu plus ancien que celui d'Ulm , le sculpteur est resté plus fidèle à la tradition des pures lignes gothitjues. Dans le monument (le Nuremberg, qui date de 1506, il semble avoir voulu épuiser toutes les richesses que l'imitation des formes naturelles a permis d'accumuler dans les dernières productions de l'art ogival. La galerie à jour, au-dessus du soubassement, est suppfjrtée par trois statues agenouillées , dont l'une passe pour être le portrait de l'auteur fait par lui-même ; au-dessus de la galerie est posé le tabernacle de forme carrée , avec quatre statues de saints aux angles ; sur le tabernacle , qui représente une sorte de rez-dechaussée, règne une espèce d'entre-sol composé de petites sculptures disposées en trois tableaux sur lesquels on a sculpté des scènes de la passion du Sauveur ; puis vient un premier étage composé de tiges végétales recourbées, entortillées de toutes les manières, qui supportent la foule des Juifs assemblée devant le Christ , au pied du tribunal de Pilate ; ensuite un second étage plus austère , où Jésus crucitié est entouré de la sainte Vierge , de saint Jean l'Evangéliste et do sainte Marie-Madeleine ; cntin un troisième étage, portant une figure isolée, abritée sous un couronnement Unissant en une pointe qui s'cnroulo en forme de crosse sous la nervure de la voûte (1). Ce petit monument resseiid)le cl une immense pièce d'orfèvrerie.
11 n'y avait qu'une légère moditic ition h faire subir à ces beaux tabernacles pour les })Oser au milieu de l'autel : c'est ce qui eut
(1) De CArl en Allemaijne, par Uipp. Fortoul.
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