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lieu i\ C!:anipancment et ailleurs. Le repos du corpus Domini reste toujours avec sa })yraniid(^ et son luxe de feuillages : avec de légers changements on obtient la forme la plus S!m{)le des tabernacles de certaines éj;lises du commencement du xvi* siècle. Plus tard, enfin, quand les fausses idées de la Renaissance dans les arts auront détrôné le style d'architecture qui avait durant de longs siècles présidé à l'érection et à la décoration des monuments chrétiens , nous verrons ces riches tabernacles métamorphosés en une espèce depet^t temple grec, orné de colonnes, d'un fronton triangulaire et des accessoires indispensables aux constructions de ce genre.
DuriTnt la p:^riode ogivale, les piscines furent pcirlout établies : on en rencontre aujourd'hui dans la jjlupart des églises. Les ])iscines saillantes, comme celle de Sémur, dessinée et publiée par ?J. Viollel-Leduc, sont rares (1), mais Us piscines entièrement creusées dans la muraille sont trèscommunes. Nous donnerons le dessin de deux piscines, dont l'une, du xin' siècle, très-simple, et l'autre, du xiv" siècle, trèsornée. La première consiste en une double cuvette, surmontée d'une espèce de cloison horizontale. L'ornementation consiste en deux colonnettes d'accompagnement et un fronton à crosses végétales. La seconde est à l'église de Saint-Urbain de Troyes. Elle est ouverte par deux ogives trilobées, soutenues au milieu par un pilier isolé surmonté d'un groupe de colonnettes et d'une aiguille, ainsi que les deux piliers appliqués sur les côtés. Les ogives sont couronnées de pignons ornés de feuilles sur les rampants et terminés par un riche fleuron. Dans l'intervalle sont placés des dais à trois pans, découpés en trilobés, sui montés de frontons ornés de crochets. La [lartie supérieure de ces dais est terminée par des créneaux bordés d'un larmier, comme le couronnement d'une tour de forteresse; à chique créneau on voit des figures d'hommes en buste : ce sont des guerriers lançant des traits ou portant des masses d'armés.
Entre les colonnettes qui surmontent les pilastres cl le rampant des frontons qui couronnent les ogives, on a sculpté plusieurs ligures en relief dont les têtes ont été brisées, A gauche, vers l'autel, le pape Urbain IV, en habits pontificaux, avec le pectoral sur la poitrine, comme le grand-prêtre des Juifs, tient entre ses mains un modèle en petit du chœur qu'il a fait bâtir et qu'il offre à Jésus-Christ et h sa bienheureuse Mère. Du côté opposé le cardinal de Sainte-Praxède, neveu d'Urbain, tourné en regard dans la même altitude, présente la nef de la môme église qu'd a fait construire. Au centre, le Chiisl, assis sr.r son trône, pose unecouronne sur la tête de Marie, sa mère, qu'il reçoit dans le ciel. On a()crçoit de chafjuecôtédu groujie un ange à mi-corps, tenant à la main un tlambeau allumé. Le pla-
(1) Annales arclu'oL
fond de la piscine présente une voûte d'arête h nervures croisées (1).
Des autels depuis l'époque de la Renaissanc& jusquà nos jours.
Dès le commencement du xvi* siècle, un grand changement s'était opéré dans les idées touchant la littérature et les beauxarts. Les esprits môme les plus fermes , emportés par un entraînement excessif, admiraient seulement les œuvres de l'anti(}uité profane.: bientôt on ne sembla plus tenir aucun compte des chefs-d'œuvre innombrables inspirés par la foi chrétienne. A entendre parler les historiens du t 'mps, on croirait qu'il existe une longue et complète interruption entre les derniers travaux des artistes romains sous les empereurs et les premiers essais de la Renaissance, sans que les nombreux siècles du moyen <1ge eussent rien produit qui méritât d'être mentionné dans l'histoire des beaux-arts. Le xvi* siècle toutefois ne rompit pas brusquement avec les traditions des âges précédents ; il y eut un point d'arrêt, où l'art était encore dominé par les influences de la grande ère o:iivale, quoiqu'il montrât déjà des tendances à s'en affranchir ; la réaction, entreprise avec enthousiasme , n'atteignit que lentement le point extrême oii elle parvint sous Henri IV, Louis XIÎl et Louis XIV. Les autels élevés à cette époque tiennent donc toujours des formes consacrées au xv* siècle et se font reuiarquer à certains détails inconnus auparavant. Le môme système préside à l'ensemble, seulement les motifs de décoration sont puisés à des sources différentes. Il y a toujours de la légèf été et de la grâce dans les monuments qui gardent un dernier reflet des inspirations du moyen âge ; ce n'est guère qu'à partir du xvir siècle que l'on rencontre ces autels énormes, véritable édifice dans un autre édifice, accompagnés de colonnes, de pilastres, de frontons , de contre-tables massifs, oii l'on semble avoir prisa tâche de témoigner hautement de l'abandon des formes d'autrefois.
Les autels de la Renaissance proprement dite ne sont pas très-nombreux, tand s que ceux qui ont été bâtis en, style pseudo-grec se rencontrent dans toutes nos églises. Les premiers sont plus communément en forme de table, d'autres sont en forme de tombeau. A Saint-André, au diocèse de Troyes, la chapelle de la sainte Vierge, aufond du bas-côlé méiidional, est décorée d'un retable dont la composition et la décoration sont fort remarquables. Le nombre des figures sculptées en haut-relief et presque en ronde bosse ne s'élève pas à moins de soixante (2). En les considérant, (ui est frappé de la variété des poses, de la grâce des mouvements et du caractèie des têtes. Les ornements qui accompagnent les sculptures sont du meilleur goûi et font do
(1) Voir: Voyage nrcliéo'ogviue dans /'.4m 6^, pat M. Arnaud, et Annal, arclu'ol., loin. \I cl \II.
(2) Voijn(je archdol. dans le dcjmrt. de l'Aibe.
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ce retable une des plus charmantes productions de ce XVI' siècle auquel nous devons tant d'ii'uvres gracieuses.
Ce retable, dont nous devons donner une courte description, est divisé en trois parties, comme celui qui est derrière le maître-autel. C'est un ordre corinthien complet. Quatre colonnes cannelées et ornées de guirlandes s'élèvent avec leur piédestal, sur un soubassement de onze pieds de long et de onze pouces seulement de haut. Au milieu, l'entablenient est interrompu par une archivolte surmontée (l'un autre entablement plus léger, que soutiennent des cariatides ou atlantes portant sur h-urs tètes des corbeilles de fruit, au lieu de chapiteaux. Dans la frise on lit gravé en creux sur fond d'azur le millésime de loVl, date de l'exécution de ce monument.
Les trois divisions du retable sont surmontées chacune d'une espèce de cadre ou amortissement formé de courbes saillantes tt r: ntrantes, accompagnées d'ornements en rinceaux évidés à jour, du goût le plus pur et dune grande légèreté. Des grou[)es d'anges, tenant en main des rouleaux et chantant les louanges de la sainte Vierge, terminent jiyramidalement cette décoration. Les cadres de ces amortissements sont remplis de bas-reliefs : dans celui du milieu, on voit Dieu le Père porté sur des anges et, suivant l'usage du temps, la couronne impériale sur la tête.
Les sujets sculptés sont tous empruntés à l'Evangile et choisis de manière que la sainte Vierge y apparaisse toujours, comme l'Annonciation, la Visitation, l'Adoration des bergers, l'Adoration des mages, etc.
La statue de la sainte Vierge en marbre blanc, d'une proportion plus grande que les autres figures, mais moins délicatement travaillée, occupe l'entre-colonnement du centre ; elle doit être attribuée à une époqu« plus ancienne que le reste du bas-relief. Los parois de la niche où elle est placée sont couvertes par les ramifications nombreuses de deux grands arbres, dont les branches sont dorées et les feuilles peintes en v. rt : des rouleaux ou banderoles flottent autour de la tige. Au-dessus de la statue apparaissent le soleil et la lune, ainsi que les autres emidèmes de la sainte Vierge, l'étoile, le rosier, la tour, le puits, le lis, le miroir, la fontaine , etc. Les sujets ont été peints et dorés.
Quelque longue que soit la description que nous venons de donner, nous no saurions résister au désir de présenter encore au moins l'esquisse d'un autre aulel de la même époque : on sent bien que c'est, pour ainsi dire, un dernier adieu que nous faisons dans ces lignes aux magnifiques auti Is inspirés par l'art chrétien du moven <1ge. L'ancien retable d'autel de llumilly-lez-Vandes a été conservé, malgré mille causes de ruine; mais par un étrange renversement de goût, il est retourné derrière l'autel mode; ne. C'est un bas-relief profond, divisé en trois comjiaitifHcnts. On a re[)résenté dans le premier N itre-Seigneur portant sa croix ; dans le sccoud, (jui est jilus élevé al iLTminé par une
coriiichc en amortissement, le ciucifiement ; enfin, dans le troisième, !a résurrection. Le coin du cadre du même côté est occupé par la figure agenouillée de Jean Collet, chanoine de Saint-Pierre de Troyes ; il est en rocîiet et porte sur le bras gauche l'aumusse à frange d'or; à côté de lui on aperçoit l'agneau, symbole de saint Jcan-Ba[)tiste, son patron. Les sujets sont séparés les uns des autres par des cadres, en avant desquels quatre colonnes à huit fians sont ornées de riches cha[»iteaux à feuillages. Deux gracieuses figures d'anges, ilont l'un tient l'encensoir, l'autre la navette, surmontent les colonnes aux angles des bas-relie.^s ; les figures de saint Pierre et de saint Paul s'élèvent à civique angle du médaillon de la crucifixion : ces quatre statuettes sont séparées les unes des auires par des clochetons délicatement travaillé'- à jour. Toutes ces sculptures sont de la plus belle conservation; les figures, selon l'usage de ce siècle, ont été entièrement peintes et dorées. Sur le soubassement, orné de belles moulures, on lit une inscription contenant une prière de messire Jehan Collet, avec la date du monument, 1533.
Ces deux autels ne sont pas supérieurs, le dernier surtout, à d'autres autels de la môme époque que nous avons eu l'occasion de voir et d'admirer en France , en Belgique et en Allemagne. Ils peuvent néanmoins être pris comme types des monuments de la Renaissance dans le nord de la France. Sur les bords de la Loire, où l'architecture de la Renaissance fleurit avec une vigueur inconnue ailleurs, l'ornementation est encore plus abondante , plus flexible, plus capricieuse qu'en Champagne. D'Orléans à Tours, principalement dans le Blésois et la Touraine, la Renaissance prodigua ses plus riches trésors de verve, de goût et de délicatesse ; mais, par le malheur des temps, la plupart des autels qui décoraient les églises et les chapelks Sfeigneuriales ont disparu : c'est à peine si nous pouvons citer ceux de Chenonceaux, de Loches et d'Amboise.
D'après de curieux documents [mbliés par M. de la Fons, les autels de la Picardie étaient ornés de rideaux en soie et de riches tapisseries au milieu du xvi" siècle, comme nous avons dit précédemment que cela se pratiqua généralement au xni* siècle, surtout en Italie. Le même auteur a fait connaître les noms de plusieurs artistes qui avaient sculpté, peint et doré le retable de l'autel de Roye et des statuettes destinées à l'orner. Il serait facile de trouver ailleurs des renseignements historiques de môme nature : la science ne peut que gagner beaucoup à leur publication.
Nous ne donnerons pas de détails sur les accessoires des autels de la Renaissance, parce qu'on en possède partout d'assez nombreux modèles ; nous ne parlerons pas non plus des tabernacles de la même époque, attendu (jue nous aurions i(jrt peu de chose à ajoutera ce que nous avons (.it àce sujet dans le i»aragraplie prccédont. On continua à établir dans beaucoup d'églises des labernacUs surmou-
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