AXE
tés de pyramides, et on ne fit subir de modifications qu'aux formes secondaires et aux motifs de la décoration.
Nous donnons la tij^ure d'un tabernacle en bois aujourd'hui déposé au musée de l'église métropolitaine de Tours. 11 était primitivement peint et doré dans toute son étendue, et les traces en sont encore très-apparentes. La forme en est élégante , et le dais qui le surmonte est très-élancé. 11 faut convenir qu'un tel couronnement, où brillaient l'or et les couleurs, où dans un étroit espace étaient réunies toutes les richesses de la décoration, produisait un etfet imposant, en s'élevant au milieu de l'autel. Si Jcs statues des saints étaient toujours abritées sous un dais élégant, à combien plus forte raison ne devaiton pas recouvrir le lieu où reposait le corps même du Sauveur d'un dais où l'art humain eût déi)loyé toutes ses ressources 1
Les derniers vestiges de l'art ogival aisparurent de nos églises lorsque les idées italiennes pénétrèrent en France avec Marie de Médicis et les nombreux artistes qui furent appelés en même temps dans notre pays. Les contre-tablesadossés aux murs des chapelles oll'rirent de véritables monuments, garnis de colonnes, couronnés d'un entablement complet et d'un fronton, comme le péristyle d'un édifice : quelques autels montrèrent plusieurs ordres superposés, des niches garnies de stc^ues, des guirlandes de feuillages, des niches, des attributs, des emblèmes, des ornements d'un goût plus ou moins sévère.
On rencontre parfois des autels du règne de Henri IV et de Louis XllI, qui ne sont pas dépourvus d'effet et où il règne une véritable magnificence , où les lignes sont distribuées avec une intelligence remarquable du pittoresque et relevées par des incrustations en marbres variés.
Nous nous sommes imposé pour limite, dans nos recherches historiques sur les autels chrétiens, la période moderne de l'art : nous n'avons donc pas à nous occuper des aulels construits sous Louis XIV et sous Louis XV, dont nous trouvons dos spécimens dans toutes nos églises. Mentionnons toutefois l'influence de la peinture à l'huile sur la forme de la plupart des grands contretables d'autels : on voulut placer un tableau de grande dimension, représentant ordinairement le saint auquel la chapelle était dédiée, entre les colonnes destinées à supporter l'entablement et le fronton. De là les vastes contre-tablesdu xviir siècle, où l'élégance est trop souvent sacrifiée aux exigences d'un immense tableau plus ou moins médiocre.
C'est dans le siècle dernier surtout que l'on sembla affecter de donner à l'autel la forme d'un tombeau antique ; mais où a!la-t-on chercher des modèles? hélas! ce fut presque toujours dans l'antiquité païenne, et l'on se montra satisfait en voyant revivre jusque dans le sanctuaire, jusqu'à cet endroit trois fiîis saint, où le christianisme célèbre ses plus augustes mystères, les formes jadis consacrées p.u- la superstition et l'idolâtrie !...
AUVENT. — Voy. Abat-vent.
AXE. — On appelle axe d'une église la ligne longitudinale ou transversale qui passa par le milieu du plan. On a remarqué que, dans beaucoup d'églises bâties après le x' siècle, l'ave reçoit une légère déviation, soit à droite, soit à gauche, à partir de son point d'intersection avec l'axe du transsept. Ce qui est incontestable, (luelle que soit l'explication que l'on donne au fait, c'est que cette déviation semble caractériser les grandes constructions religieuses du moyen âge.
Nous ne dirons pas, comme M. Schmit, qu'il faille imiter cette déviation dans nos égHses modernes de style ogival, parce que l'expérience nous a appris que cette disposition déversait le poids d'une partie de l'édifice en un certain point de l'abside , où nous voyons aujourd'hui de graves dégradations. Cette dernière observation a été faite en un grand nombre d'églises.
Devons-nous voir, dans cette déviation de l'axe, l'effet de l'ignorance des architectes? Devons-nous , au contraire , y reconnaître une intention symbohque ? Quelques personnes, poussées sans doute par l'esprit de contradiction et en haine des idées reçues, ont nié le symbolisme de cette disposition, eu l'attribuant uniquement à une erreur ou à un vice de construction. 11 est évident, pour quiconque a visité les magnifiques cathédrales de la France, de la Belgique, de l'Angleterre et de l'Allemagne, et en a analysé les principales dispositions architectoniques, que cette curieuse modification se retrouve dans les constructions les plus irréprochables par ailleurs. Or, ces monuments sont regardés, par les archéologues de toutes les nations, comme les chefs-d'œuvre de l'art ogival. Comment admettre que cette disposition n'est qu'un défaut dans la distribution des diverses parties du plan géométral , quand nous voyons qu'elle a exercé une puissante influence sur le reste de l'édifice, et que , bien loin d'apparaître accidentellement , elle force tous les détails à se coordonner avec elle ?
« Dans le symbolisme des constructions religieuses, disions-nous dans notre ouvrage intitulé : les Cathédrales de France , nous avons toujours admis l'emblème des chapelles rayonnantes autour de l'abside : c'est la couronne glorieuse qui ceint la tète du Sauveur du monde. Le grand autel, où s'offre chaque jour le divin sacrifice , représente cette tête auguste , dont la nef et les transsepts rappellent le corps et les bras étendus. Cette belle et chrétienne idée de représenter Jésus-Christ en croix n'a jamais été contestée par personne. Pourquoi ne verrions-nous pas une conséquence de cette idée dans l'inclinaison observée dans le plan de nos grandes cathédrales ? On a conteste cette intention ; c'est à tort, selon nous ; ces paroles de l'évarigéliste : El inclinato capite, tradidit spirttum , « et ayant incliné la tète , il rendit l'esprit , » auraient été traduites pieusement par ces artistes, intimement pénétrés du gén e chrétien , qui introduisaient dans leurs constructions une foule d'allusions mysti-