SACREE
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ABAQUE. — Le mot abaque, dérivé du grt'C aê«ç, signifie littéralement table, lablelle. Chez les anciens, l'abaque avait différents usages. Pour les mathématiciens, c'était une tablette de bois couverte de poussière ou de sable très-fin, sur laquelle ils traçaient des ligures de géométrie et faisaient leurs calculs. Vitruve, dans son traité d'architecture, appelle de ce nom des tablettes en bronze carrées dont on couvrait le toit des maisons somptucuseiuent bâties ; on a retrouvé parmi les débris de la célèbre basilique Ulpienne, sur le forum de Trajan, à Rome, des tablettes de ce genre, en bronze doré, ornées de dessins et de figures.
On désigne plus spécialement sous le nom d'abaque le couronnorùent du chapiteau de la colonne. Pour ceux qui admettent la fable de l'origine du chapiteau corinthien, l'abaque est simplement une tuile. La forme de l'abaque, que l'on appelle encore tailloir^ a varié considérablement dans l'architecture des différents peuples.
Dans les constructions égyptiennes, l'abaque n'est souvent qu'un simple dé de pierre : quelquefois on y remarque deux ou trois (lés do cette sorte superposés et présentant des saillies inégales. Tantôt les ornements y sont prodigués, tantôt le prohi en fait toute la beauté. Au temple d'Alhon à Tentyra, l'un des plus parfaits édilices de l'art égy|)tien, on voit au sommet d'una colonne quatre masques réunis, avec de petites façades de temples placées au-dessus. Co singulier assemblage sert d'ornement soit au toilloir, soit au chapiteau entier.
Chez les drecs, raba(}ue forme constamment une partie essentielle du chapiteau. Il surmonte h-s ornements ou les feuillages qui en constituent la forme propre, et reçoit des nioulunss plus eu moins nombreuses.
Dans l'ordre toscan, le doriipie et l'ionique ,
il est carré; dans le corinthien et le composite, il est échancré sur les faces ; les coins sont saillants, et la partie recourbée est ornée de fleurs au fond de l'échancrure.
Au moyen âge, l'abaque ou tailloir se modifie suivant les diverses phases de l'architecture. 11 a complètement disparu dans certaines églises bâties au commencement du xr siècle, tandis que dans d'autres édifices de la même époque il a pris des dimensions considérables et que l'on peut dire exagérées. Il n'est pas rare de rencontrer, dans les monuments de la période romanobyzantine , surtout aux colonnettes , par exemple aux colonnettes de la galeiie du triforium, des tailloirs dont la hauleur égal(\ au muins, la moitié de la hauteur totale du chapiteau. Au xii' siècle, l'abaque perd de sa lourdeur et se charge de moulures et d'ornemenls de t<iut genre, commu des feuillages, des bandelettes, des perles, des points enfoncés, des rinceaux, des 7'«zags, des pointes de diamant, etc.
Dans le style romano-byzantin primordial, le tailloir consiste communément en une tablette de pierre carrée, sans chanfrein ni moulure d'aucune sorte : on en voit de curieux exemples à Saint-Martin d'Angers et à la basse-œuvre de Beauvais. Mais dès les premières années du xi" siècle, la forme en est moins barbare : on y voit des moulures plus ou moins nombreuses et plus ou moins élégamment prohiées. Dans les grands édifices, où l'architecture a déployé une certaine magniiiccnce, comme dans les églises abbatiales, Ji Lonlay, près do Coutances, dans la nef delà cathédrale de Bayeux, dans la partie méridionale de la cathédrale de Kocholer, en Angleterre, le tailloir présente des formes recherchées, des moulures combinées avec goût, quoiijue toujours fermes, vigoureuses et fortement accusées.