‹ Dictionnaire d'archéologie sacréeChapitre 80 sur 195 · RAP · texte numérisé non relu

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Jourdain et de longues inscri|)lii»ns relatives au môme sujet. Au centre était suspendue une colombe d'or ou d'argent, dans laquelle on plaçait le saint chrome et l'huile des catéchumùnes. Voy. Autel, Ampoule.

Le pape saint Hilaire, qui occupa le siège de saint Pierre vers la hnduv' siècle, fit hAtirdans le baptistère de la basilique de Constantin trois oratoires en l'honneur de saint Jean-Baptiste, de saint Jean l'Evangéliste et de la sainte Croix. Los portes en étaient d'airain. On y voyait une colonne d'onyx qui portait un agneau d'or du poids de deux livres. Les fonts baptismaux étaient éclairés au moyen d'une lampe d'or du poids de douze livres. Trois cerfs d'argent, de la figure desquels jaillissaient des jets d'eau, et qui pesaient ensemble quatre-vingts livres, remplissaient d'eau le bassin ou la cuve l)a[)tisniale, au-dessus duquel était suspendue une coloiiibe (l'or du poids de deux livres.

Ces détails sont empruntés à la Vie des papes, écrite par Anastaso le Bibliothécaire. Nous y ajouterons quelques traits pris à différents auteurs. On lit dans les Voyages liturgiques de Lebrun Desmarettes, qu'à Notre- Dame de Rouen , auprès de la chapelle de Saint-Jean-Bai>tiste, on voit un grand tombeau, long d'environ six pieds, dont le couvercle est de bois noirci. Cette forme tumulaire pour des fonts baptismaux n'est sans doute que la traduction symbolique des paroles de l'Apôtre : ConsepuUi sumus cum illo per bciplismuin in mortem. « Nous avons été ensevelis avec Jésus-Christ par le baptômo pour mourir au péché. »

On cite le baptistère de Florence comme un des plus magnifiques; il est isolé, suivant l'usage antique ; ses portes en bronze sculpté passent pour un chef-d'œuvre.

Un concile d'Auxerre, en 578, défend d'enterrer dans les baptistères. On y conservait seulement les reliques des samts lionorés dans l'église.

On trouve dans un canon du concile de Tolède un déci'et qui prescrivait à l'évoque de sceller de son sceau les portes du baptistère au commencement du carême, parce que pendant la sainte quarantaine on ne devait point baptiser : on devait attendre jusqu'au samedi saint.

Au temps où les évoques seuls conféraient le haplème, il n'y avait dans chaque ville épiscopale qu'un seul baptistère, quelque grande et populeuse que filt la cité. Ainsi, à Home, il n'y avait quu le seul baptistère de Saint-Jean de Latran. Il en était de môme à Constantinople. Certains monastères , ou églises collégiales, obtinrent la permission d'avoir un l)apti.stère dans leur église c nv:ntuclle. Dom Martène , dans son ouvr.ige Ue antiquis Ecctesiœ ritibus, nomme plusieurs monastères qui jouissaient de ce privilège.

Saint Charles Birromée admet dans ses Instructions })astorales sur les bai)tistères la forme ronde et la forme hexagone : mais il préfère la forme octogone, comme la plus parfaite. 11 y attaclie une signihcation syœboli(iue. Cette dernière forme ligure les

octaves des fêtes de Notrc-Seigneur et de» saints ; elle est aussi l'emblème de la perfection de la gloire éternelle.

Le baptistère annexé à la basilique do Saint-Jean de Latran est un des plus remarquables du monde : la tradition veut que Constantin y ait reçu le baptême; mais il a été considérablement modifié par les papes Grégoire XIII, Clément VllI, Urbain VIII et Innocent X. On l'appelle l'église de Saint- Je.in m Fonte ; \a. cuve baptismale est une urne antique de basalte ; elle est dans un emplacement circulaire pavé de marbres riches, et l'on y descend par trois marches. Ce baptistère est entouré d'une balustrade à liuit pans : au-dessus s'élève une coupole soutenue par deux rangs de colonnes superposées ; les huit colonnes inférieures sont de porphyre, et portent un entablement antique sur lequel s'élèvent les huit autres colonnes qui sont de marbre blanc. Entre les pilastres de ce second ordre sont huit tableaux représentant les traits de la vie de saint Jean- Baptiste. Les murs du pourtour sont ornés de fresques. Chaque côté est flanqué d'une chapelle. On dit que c'étaient des pièces dépendantes du palais de Constantin et que le pape saint Hilaire consacra au culte. Les portes de ce baptistère sont en br.)nze. Les baptistères, quelquefois très-spacieux, puisque à Constantinople on y tint des assemblées et un concile, étaient communément divisés en deux l'arties, de manière à séparer les sexes. Quelques églises, au lieu de cette S'iaration, avaient deux baptistères diUérents, un de chaque côté pour chaque sexe. Souvent, ]iour épargner, surtoutaux enfants nouveau-nés, rim[)ressiondu froid, on mêla à l'eau des fonts de r(au chautfée à ce dessein ; c'est ce qui explique pourquoi certains baptistères renferment une cheminée. Du reste, elle pouvait servir aussi à réchauffer les néophytes, après l'immersion, quand le baptême était admniistré pendant la saison rigoureuse.

Le nombredes baptistères devint de bonne heure insullisant, à cause des conversions nombreuses qui suivirent celle de Constantin, et surtout à cause de la coutume qui s'introduisit etquipersévère toujours de baptiser les enfants aussitôt après leur naissance. Les évoques dès lors ne conférèrent plus le baptême à tous ceux (jui devaient le recevoir. Les prêtres consacrés au ministère paroissial, soit dans les villes, soit dans les campagnes, aiiministrèrent eux-mêmes le baptême et établirent, pour cet usage, des fontaines baptismales, soit dans le vestibule ou narthex des basiliques, près des i)Ortes, soit à l'intérieur de l'église, à peu de distance de la porte d'entrée princi[);de, située à l'ouest, et ordinairement du côté du midi. Cette disposition eut même, plus tard, une signihcation symbolique, au témoignage de Kemi d'Auxer ro. On préféra se tourner vers le midi, parce que l'aquilon ou vent du nord représente le souflle du malin esprit, qui est sec et froid, et

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roidit les ccpiir.'; c.iutro r.inioiir lio Dion, on l'teignant les saintes llaninits «le la charit»'. Il faut nol.T qu'à Tépoqui! où le baptême fut géiiéraloiuent adminif^lro par tous les prêtres et où la cuve baptismale no fut plus placée dans un édifice à part, les fonts baptismaux furent le plus souvent réduits à des dimensions moins considérables; nous en retrouvons, sans doute, des vestiges et pour ainsi dire une imitation dans les fonts baptismaux de l'époque romano-byzantine, au M' siècle, qui ont été conservés jusqu'à nos jours. Ce n est pas h d're toutefois que l'on abandonna complètement l'usai^e d^; donner le baptême par immersion : il par.u't, au contraire, (jue jusqu'au xni' et même au xiV siècle, s'il faut s'en rapporter aux monuments iconographiques et surtout aux vitraux peints, on aJministrait le baptême par infusion et par immersion en môme tem s ; le baptisé entrait dans une cuve remplie d'eau, et l'évêque ou le prêtre lui ver>ait abondamment Je l'eau sur la tète, h l'aide d'un vase à loiig col. Nous pouvons citer en cxi'mple plusieurs traits historiques des beaux vitra ix du xiii' siècle à Bourges et à Tours.

11 paraît que les églises qui conservèrent des baptistèros ou dans lesipielles on établit d'abord des fonts baptismaux, furent [irivilégiées ; dom Martène en met en évidence des preuves historiques fort curieuses. On leur donna des dîmes de pré.érence aux autres, d'après Baluze. D'un autre coté, dans un temps où les bénéfices ecclésiastiques, par un étrange abus, furent donnés aux laïques et mêm(i aux soldats , en récompense do leurs services militaires, les églises baptismales ne; furent jamais confiées qu'à des prêtres : c'est ce q le i^rouve un capitulaire de Charlemagne, do l'an 793 : De eccUsiis baptifmalihus, ut nullatenns eus laici fiomines tenere debeant , sed per sacerdoles fiant, sicut ordo est, (jubernatœ. Les mômes se retrouvent dans un capitulaire de Pépin, roi d'Italie.

11 y avait autrefois en France des b:\ptistères nombreux. Ils ont disparu, et c'est à peine si l'on peut aujourd'hui en signaler quelques-uns. Consultons d'abord les documents liistoriques ; nous donneions après quelques détails archéologiques.

Saint Grégoire de Tours, dans le livie m de V Histoire d s Francs, désigne sous le nom de leinpluin bapiisterii, ie temple du ba[)tistère, l'édilice dans le juid fut baptisé solennellement Clovis, à Reims. Le même auteur rapporte qu'avant son avènement à l'épisco- I)at, Grégoire, évêque de Langres, habitait k Dijon une maison attenante au baptistèie , dans lequel se trouvaient les reliques d'un grand nombre do saints, et qu'il se levait de sa couche pendant la nuit, sans faire de bruit, pour y aller prier en présence de Dieu seul. La porte s'ouvrant par la puissance de Dieu, il réc.tait pieusement les psaumes dans .e baptistère. Cum apud Divioncnsn castruin

moraretur assidue, et doinas ejas baptislerio ndhœrerit. in quo mnlloruin sanctorum reliquiœ tenebanlur ; nocte de stratii smo, nillo sentiente , consxir()cns , ad oralionem , Deo lantum leste, pergehitt ; ostio divinitus reserato, attente p'^aÙcbat in baptisterio. Ce passage fort curieux a été cité par M. de Cauinont qui l'a mal traduit, ((.'ours d'Antiq. moniim. tom. W, pag. 25.) On y voit clairemont que le bai»listère formait un édifice entièiemcnt séparé de l'église principale. La même remarque ressort évidemment d'un autre endroit des écrits du môme saint Grégoire do Tours. Dans le livre x de son Histoire des Francs, en parlant des actes de saint Perpet, évêcjue de Tours, du règlement qu'il avait établi dans son église, et des vigiles qu'il avait ordonnées aux d iférentes fêtes, il dit que, pour la passion de saint Jean, les vigiles avaient lieu à l'église du baptistère. 11 nous apprend ailleurs qu'il avait luimôme fait construire , près de la basilique de Saint-Perpet, un baptistère dans lequel il avait déposé les reliques de sa'nt Jean, de saint Serge et de saint Bénigne, martyrs.

Nous pourrions citer un grand nombre de textes historiques, empruntés à divers auteurs ; mais ceux que nous avons rapportés suffisent bien pour montrer que les baptistères primitifs dans notre pays, comme en Italie , étaient établis dans des constructions religieuses spéciales, et qu'ils étaient placés, le plus communément, dans le voisinage dj l'église principale. Nous ne possédons actuellement en France qu'un très-petit nombre de ces baptistères antiques, qui puissent répondre, par leurs dispositions présentes, aux descriptions des historiens. Nous donnerons ici une courte notice sur deux monuments de cette nature qui ont spécialement attiré l'attention des archéologues, et qui méritent d'ailleurs une étude particulière sous plus d'un rapport. Nous voulons parler de l'église de Saint-Jean, à Poitiers, du baptistère de la cathédrale d'Aix en Provence, et de celui de Fréjus.

Une des particularités les plus intéressantes delà cathédrale de Fréjus se trouve dans le baptistère antique qui l'accompagne. Le baptistère est séparé de l'église par un porche ; il est soutenu par huit colonnes antiques en granit gris, surmontées de chapiteaux corinthiens en marbre blanc. La corniche, en saillie, porte la naissance des arcs à plein cintre qui forment le dôme ; des chapelles ont été pratiquées dans les entre-colonnements.

A Aix, le baptistère, qui communique avec la nef de la cathédrale, est plus bas que le pavé de l'église. Il a été restauré il y a quelques années ; mais cette restauration n'a pas assez respecté les vieilles inscriptions qui enrichissaient le monument. Huit colon nés antiques de granit poli soutiennent la coupole du baptistère. Toutes, une seule exceptée, sont monolithes. Une douzaine d'autres colonnes, placées aujourd'hui hors d'.i baptistère, paraissent y avoir ai)partenu primitivement. Suivant une note do Millin, ce?

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colonnes sont d'une liautciir inégale; Icuis hases ditîèreut dr proportions.

Ôuant à ]'ancic'i;nc églis.' do Saint-J an, îi PoÙiers , qui est regardée comme le baplistère primitif de celte ville , on en trouve la description dans i)lusieurs auteurs. Nous on dirons seulement quelijues mots en rapjmrt avec notre sujet. Le monument est bti sur le plan d'un parallélogramme allongé ; il est j)ercé d'une ouverture semi-circulaire sur chaque face, et il est orné à rintériour do colonnes en marbre de différentes dimensions. Au centre de l'édifice se trouvait la piscine ; elle était comblée depuis longtemps, lorsque Sianve fit pratiquer tles fouilles et la remit à découvert. Cet auteur a consigné les faits résultant de cette ex{)loration dans un volume publié en 180i, et renfermant ses recherches sur quelques antiquités du Poitou. « A peine les ouvriers eurent-ils enfoncé le pic dans la terre , dit Sianve, ciu'on aper(.'ut un ciment d"unc dureté extraordinaire. Bientôt je vis un mur à pans, décrivant un octogone comjjlet. Je me raitpelai alors le passage suivant de dom Marlène : « L'église » de Saint-Jean était autrefois le baptistère o de toute la ville de Poitiers : on descendait <• par des degrés dans les fonts b.iptismaux - qu'elle renfermait. » Kn faisant continuer le déblai, je commençai à distinguer la dernière marche de l'antique piscine. Les murailles étaient construites de la même manière que celles du temple ; mais au lieu d'un revêtement en pierre, il y avait une chape de ciment très-dur et très-uni. La lar geurde la dernière marche était de 216 millimètres , et sa hauteur, jusqu'au fond de la piscine , de 4-02 millimètres. L'enduit de ciment cessait à cette profondeur, et il me parut qu'on avait enlevé le pavé , qui probablement était de pierre ou de marbre ; mais sur le béton qiii le supportait j'aperçus le canal destiné à l'écoulement des eaux, qui partait du milieu do la piscine et se dirigeait par une pente douce du côté de l'est, oiî il se dégorgeait dons un tuyau de grès do 30 centimètres de cii conférence. »

« Je n'ai tri uvé que deux marches; mais, cl en juger par ré[)aisseur du mur d'enceinte et le niveau de l'ancien pavé, il devait y avoir trois marches au moins, qui régnaient sur toutes les faces ôl l'octogone. On avait employé, dans la construction de cette }»iscine , autant que je puis croire, le mortier que Vitruve désigne sous le nom de signinum, et qu'il conseille pour la confection des citernes. On aperçoit de dislance en distance un rang de ces grandes bria;;es ([ue je crois être les lateres penlatloron cîe Pline. »

M. de Caumoni, (jui cite le [lassage i)ré cèdent dans son Cours (TAnliiiuiles luonavientales, fait reniar({uor ({uo l'une iics coluiïnes corinthiennes en m.irbre, (jui supportent larcade ouverte, offre di'S poissons en guise de volutes au-dessus des IlmuIIos d'acanthe, ce (jui contirme eneoio la destination attribuée à l'église Saint-Jean d(^ Poitiers. Tout It; monde sait que le poisson, qui éta't l'emblèuio de la quidilé de chrétien, ['arec

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que le mol grec ixwvs renferme les initiales des mois Jésus Christus Dei Filius Salvator, était aussi l'emblème du baptême dans les premiers siècles, parce que le poisson vit dans reau avec laquelle on donne le bnplême qui nous rend chrétiens, suivant une observation bien connue de saint Augustin.

Le baptistère de Châlons , selon une note que nous avons insérée dans notre livre des Cathédrales de France, fut b;Ui à une certaine distance de réglis<'-mère ou cathédraloj et consacré à saint Jean-Baptiste. La petite église qui fut construite à côté, et que nous voyons aujourd'hui, réédihée au xr siècle, fut consacrée sous le même vocable. A la partie latérale et inférieure nous avons admiré un petit monument d'une grâce parlaite, fleur délicate épanouie sur une tigo vieillie. Cette construction, appuyée sur la base du baptistère primitif, date du commencement du xvi' siècle.

Du Cange , en son Glossaire , a remarqué qu'à Florence il y a un baptistère de foimo ronde, dédié à saint Jean-Baptiste. On trouve, dans quelques vieux manuscrits grecs , des tigures de fonts baptismaux qui sont aussi de forme ronde. 11 y avait plusieurs fonls dans chaque baptistère , parce qu'on baptisait plusieurs personnes à la fois, et mèujo plusieurs autels, parce qu'on donnait autn fois la communion immédiatemint après le baptême. Dans les commencements, comme nous l'avons déjà dit ci-dessus, les baptistères n'étaient que dans les grandes villes où résidaient les évêques , parce qu'il n'y avoit qu'eux qui eussent le droit de baptiser. Il n'y m avait môme qu'un qui était dans l'église cathédrale ou qui en formait une dé- ])endance. Néanmoins un historien {)rélen(i qu'il y a eu dès le commencement , dans Uome, plusieurs baptistèies, et que presque chaque paroisse avait le sien : ce qu'il regarde comme un privilège particulier à cette grande ville. A la campagne , les paroisses d'un diocèse étaient divisées en doyennés ; c'était ainsi qu'on ai)pelait un certain nombre do paroisses qui étaient sous la direction d'un archiprôtre, et il ny avait des fonts baptismaux que dans une des églises de chaque doyenné. On appelait, en latin, celto église plebs , et celui qui la desservait s'ajipelait doyen de la chrélicnié [decnnus chrislianilatis), parce que c'était dans son église que l'on conférait le sacrement qui nous f'it chrétiens. [Voij. le P. Thomassin.) Dans la suite dos temps, pour administrer plus facilement le baptême, les évê(jnos accordèrcnL aux jiaroisses le (iroit d'avoir des fonts baptismaux.

Le baptistère de Florence passe, avec rai • son, pour un «les plus beaux et des plus curieux de l'Italie. Les amateurs d'archéologie païenne ont prétendu que c'tMait originaire-

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ment un temple dédié à Mars; mais cette opinion invraisemblible a été abandonnée. 11 est octogone et consiste en une grande coupole également h huit faces. Seize grosses colonnes de granit forment sa décoration intérieure, et portent une galerie qui s'étend tout autour de l'éditice. La voûte a été ornée de raos.iïques par André Tasi , disciple de Gimabué. Au milieu était jadis un magnifique bassin octogone, dont on voit encore la place sur le pavé ; il se trouvait au centre de la coupole : tout l'édifice a 85 pieds de diamètre. L'extérieur est revêtu de bandes de marbre dans le goût florentin. Les trois portes en sont décorées de statues, chefs-d'œuvre de l'art moderne. Lorenzo Ghiberti ht, pour la principale entrée, ces fameuses portes que Michel-Ange trouvait dignes d'être celles du paradis. Les autres furent faites sous sa direction par André do Pise.

Il y a encore un magnifique baptistère à Pise. 11 fut commencé en 1152 et achevé, en huit ans, par Dioti Salvi, qui en fut l'architecte. Au milieu de ce baptistère, on voit une grande cuve octogone de marbre, avec des rosettes sculptées sur les faces. Elle est divisée en cinq cavités, dont la plus grande est au milieu ; les autres sont au pourtour. Ces dernières étaient vraisemblablement les seules remplies d'eau.

Après avoir traité des baptistères, il nous reste à parler des fonts baptismaux placés à l'intéiieur des églises. Nous diviserons en deux articles ce que nous avons h dire sur cet objet. Dans le premier, il sera question des fonts durant la période romano-byzantine,au s.i'' et au xii* siècle ; dans le second, il sera question des fonts durant la période ogivale.

Nous devons d'abord émettre ce principe, à savoir, que les caractères archéologiques de l'architeciure , à chaque grande période architecturale, peuvent guider dune manière certaine , pour déterminer l'âge des fonts baptismaux. Les artistes ont su imprimer aux parties accessoires des édifices religieux, et souvent aux moindres détails, un cachet qui ne diffère pas de celui qui est empreint sur les murailles ornées, et surtout aux portes et aux voussures des constructions les plus importantes.

Au commencement du xi' siècle, les fonts baptismaux sont ordinairement en pierre : on suivait fidèlement , pour les établir, les prescriptions des conciles de ce temps , qui ordonnent do les construire en pierre. Durand, évêque de Mende, en fait la remarque : Debel fons esse lapidens; in concilio Jlcrdensi staditum esl ut omnis presbyter qui foniem Ir.pideum habere non potest, vas conveniens aà hoc officium habeat , quod exlra ecclesiam non deporlelur. (Rat. divin, oftic, lib. vi, art. 25.) La plupait des fonts qui remontent à cette époque, et qui ne sont pas très-rares dans nos églises rurales, sont en calcaire très-dur, en marbre, en grès, en granit; il u'y en a qu'un fort petit nombre qui soient

en plomb. Les auteurs font mention de fonts coulés en bronze : on n'en connaît jusqu'à pr(''sent aucun de cette matière qui soit parvenu jusqu'à nous.

Les fonts les plus anciens sont en forme de cuve arrondie ou cylindrique, sans supports ou avec plusieurs supports variés. Ceux de la première classe sont fort communs. Nous en avons retrouvé un assez grand nombre en ïouraine et dans d'autres contrées du centre de la France : M. de Caumont et d'autres archéologues en ont signalé beaucoup en France. Ces fonts sont ornés généralement de masques humains ou de sculptures grossières, dans le style romano-byzantin. Les fonts en plomb les plus curieux sont ceux de Strasbourg et d'Espeauboarg, dans le pays de Bray, à cinq lieues de Beauvais.

Les fonts de Strasbourg proviennent d'une église d'Alsace, et sont devenus la propriété d'un archéologue zélé. C'est une espèce de cuve entièrement couverte de personnages ou de moulures. En examinant le style des personnages et des moulures, on y reconnaît aisément une œuvre du xii' siècle. L'histoire de Jésus-Christ y est reproduite dans une suite de tableaux disposés sur deux lignes à l'entour de la cuve. On voit d'abord l'Annonciation dans la série de tableaux la plus basse. Les parties inférieures des figures représentant l'ange Gabriel et la sainte V'ierge sont brisées , mais la partie supérieure est presque complète : l'ange tient un phylactère sur lequel était, sans doute, la salutation angélique Ave, Maria, grûtia pltna. On distingue encore la fin du mot Maria et le mot gralia en abrégé.

Le second tableau nous fait assister à la naissance de Jésus-Christ dans l'étable de Bethléem. La sainte Vierge est couchée sur le premier plan ; à §a gauche est l'enfant Jésus, emmailloUé dans des linges maintenus au moyen de bandelettes. Dans le fond paraissent deux tètes d'animaux.

Plus loin, sous une arche décorée de zigzags, est un personnage assis, la tète appuyée sur la main gauche et le bras droit posé sur les genoux : c'est probablement saint Joseph. Dans le cinquième tableau on voit une étoile annonçant la venue du Messie, ou plutôt figurant la clarté merveilleuse qui brilla dans les cieux à la naissance du Sauveur, et un ange qui annonce aux bergers le grand mystère de l'étable de Bethléem. Le sixième tableau montre la présentation de Jésus au temple. Notre-Seignear, sur le bras de la A'ierge, tient un cierge à la main ; auprès de l'autel , qui ressemble à une table carrée, couverte d'une draperie fort simple, on voit le vieillard Siméon ; derrière le saint vieillard est une femme, qui représente probablement la proj)hétesse Anne : elle tient à la main un vase qui ressemble à un encensoir. Derrière la sainte Vierge vient une femme portant deux colombes , offrande de la purification des femmes pauvres chez les Juifs.

Le tableau suivant est incomplet. Dans l'autrC: qui est mieux conservé, on voit J6

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sus-Christ iciisant son entrée h Jérusalem. Cette ville est représentée par une enceinte arroiitlio de murailles , flau(juée de quatre tours. Devant la porte do la ville, un personnaj^e étend ses v^^lcments sous les pas de la monture de Notre-Seigneur. Deux autres j)ersonna;^es, passant les bras par une fenêtre située au-dessus de la porte, jettent des raiiiea ix sur la terre. Cette scène termine les bas-reliefs sculptés sur la partie inférieure delà surface arrondie de la cuve.

Le tableau par leijuel connnenee la seconde ligne des figures re[)résente la Cène. On voit eiisuilc sui'cessiveiuenl Jésus-Christ trahi et pris par les Juifs; Ji' sus-Christ sui' la croix entre deux voleurs; la Résurrection et les saintes femmes au tombeau. Le tableau suivant a été détruit : on y voyait sans doute l'ascension de No're-Se-gneur. Dans le dernier tableau , le Saint-Ksprit , sous la forme d'une colombe aux ailes déployées, descend sur les a 'ùtres : de son bec partent des rayons qui se dirigent v.rs chacun des personnages situés à la partie inférieure, et dont on n'aperçoit que la tète.

Quoique le travail de ces fonts baptismaux soit très-barbare , l'ensemble n'en est pas moins curieux , et c'est un des plus intéressants spécimens des fonts baptismaux en plomb de cette époque. Les fonts, également en plomb, du village d'Espeaubourg , sont encore dignes d'être mentionnés spécialement. Nous en donnerons la description d'après M. l'abbé Barraud , de Boauva s. Ces tonts baptismaux ont aussi la forme d'une cuve un peu rétrécie par le bas. La hauteur de la cuve est de 37 cen'imèîres. La circonférence, à la partie supérieure, est de 2 mètres 29 cent. , ce qui donne , [lour le diamètre, un peu plus de 2 pieds et 3 pouces; à la base elle est de 2 mètres IG centimètres.

Toute la surface est couverte de bas-reliefs très-saillants. On y remarque quatorze arcades à plein cintre, dont les archivoltes reposent sur des colonnes cylindriques. Les bases de ces colonnes se composent de trois tores ou de deux tores, avec une plinthe mal formée. Les chapiteaux, assez semblables au chapiteau corinthien, pour la disposition générale, sont ornés de cinq cannelures profondes, ayant la forme d'un cône renversé ; un astragale les sépare du fût ; un tailloir carré les surmonte.

Sept de ces niches renferment deux rinceaux placés verticalement; dans les sept autres , intercalées entre celles-ci, on voit un homme ayant la main droite étendue et tenant de la gauche un sceptre ou une épée. Ses pieds sont placés sur une espèce do coquille à six côtés ; il porte pour vêtement unelongue robe à piislongitudinaux, et par-dessus une espèce de manteau qui paraît faire nlusieurs fois le tour de son corps, et < ont l'extrémité passe sur le bras droit, puis sur le bras gauche, d'où elle retombe ensuite verticalement. Dans deux aicades seulement la tèlo n'est point entourée d'une auréole : On en remarque sur les cinq autres, et sur l'un de ces nimbes est hgurée une croix. Les chcveuï do tous les i)ersoiinagcs ne sont pas

disposés de la mô Jie manière : tantôt ils forment plusieurs tresses diversement contournéts, tantôt ils sont simplement ouverts au milieu ou arrangés en bandeau. Ces modificatiors dans reiitnura:..'e de la lôte et dansl'arran,-;ement do la chevelure ont été apportées a;!rès coup, pour diversifier les figures qui étaient toutes so: fies du môme moule; <pi s'est servi pour cela d'un instrument aigu , au moyen auquel on a tracé des lignes en creux ; le personnage que l'on a vo lu représenter parait être Ji'sus-Christ, qui porte le sceptre en signe de sa royauté et qui élève la main droite pour bénir. Les autres personnages représentent probablement les apôtres.

Au-dessous des arcades, une moulure rondo très-déprimée règne tout autour des fonts ; un bandeau, composé d'un quart de rond et d'une plate-bande légèrement arrondie, borde la partie supérieure de la cuve. Au-dessous de ce bandeau, on remarque, dans les angles compris entre les archivoltes des arcades, un bou(iuet composé de trois feuilles disposées en éventail.

On compte, dans toute l'étendue des fonts, sept planches de plomb, soudées l'une à l'autre ; chacune d'elles comprend une arcade avec figures, accompagnée de deux demi-arcades à rinceaux.

Cette descrifttion minutieuse des fonts baptismaux d'Espeaubourg est propre adonner une idée exacte des fonts en plomb exécutés au xii* siècle. M. de Caumont en a .'^igna'é du mêmegenre dans l'éghse de Bourg-Acliard, au diocèse d'Evreux. Ils datent du xii* siècle, et sont ornés dans leur pourtour de douze petites arcades où se trouvaient primitivement les staïuettes des douze apôtres. Ces images, dont plusieurs ont disparu, semblent avoir été fondues dans le même moule et retouchées ensuite au burin, comme les bas-reliels des lonts d'Kspeaubourg. il est bon de noîer ici que les fonts baptismaux en plomb ne sont pas propies au xii' siècle : on en a l;iit en cette maliôre durant la période ogivale.

Dans son Cours d'Antiqxiiiés monumentdlrsy M. de Caumont donne la description d'une assez grande quantité de fonts baptismaux qu'il essaye de classer systématiquement d'a- })rès la forme et le nombre des supports. Cette classification ne saurait être ado[)tée, parce qu'elle ne s'a ipuie pas sur des caractères assez jirécis et qu'elle ne seit pas à réunir beaucoup d'objets en un groupe naturel.

Nous terminerons ce que nous avons h dire sur les fonts baptismaux romano-byzantins par quelques mots sur les fonts de Montdidier, au diocèse d'Amiens. Ils sont fort ornés et d'un ensemble qui ne manque ni de richesse ni d'élégance. La base est munie de pattes quadrangulaires et ornée d'un tore cannelé en spirale. Le support ou pédicule couvert de tores et de listels est d'un diamètre con>idér;dile. La partie supérieure dans latjuclle est creusée la fontaine ressemble à une table épaisse et carrée.

La frise ou bordure extérieure du réservoir olfro deux sujets réiiclés altcrnativoment

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