‹ Dictionnaire d'archéologie sacréeChapitre 97 sur 195 · CS · texte numérisé non relu

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sont de boa'icoup supérieures, comme eiïel, h nos tapis les plus hauts en couleur. La chapelle du Tem[>le, h Londres, est pavée de carreaux en émail bien conserv.''S. Nous en avons vu de nombreux échantillons provenant de nos églises. Il y en a encore dans la charmante église d? Notre-Dame del'Epine, près (Je CliAlons-sur-Marnc. On en a découvert i lusieurs en faisant les travaux de restauration de Saint-Julien do Tt)ur.s. Il n'y a pas de pays, pour ainsi dire, où l'on n'en possède des fragments plus ou moins curieux. Mais , malheureusement , l'émail qui recouvre la terre est fragile ; il n'adhère pas toujours parfaitement h l'argile , il y a . parfois îles boursouflures qui, en s'écrasant, font disparaître la coueîie colorée; l'émail lui-même s'use jvar le frtittement et ne tarde pas à disparaître entièrement. C'est dans l'état le plus triste que nous apparaît aujourd'hui le pavé en carreaux émaillés de certaines églises ; et l'on ne saurait juger de sa magniiicencc irimitive que par (le rares spécimens, assez lùen conservés, parce qu'ils étaient moins exposés aux causes ordinaires de détérioration.

Pour o])vier h ce grave inconvénient, on eut recours à un système fort ingénieux et qui consiste à incruster en terres de coule irs variées, dans un carreau dont la couleur locale forme le fond, des dessins diversement comlùnés. Les dessins ne sont nas exposés à disparaître par le frottement ; les carreaux s'useiit d'une manière égah^ ainsi que les dessins, sur toute leur superficie, et comme les formes d'ornementation sont incrustées jusqu'à une certaine profondeur, elles demeurent toujours solidement imj)rimées et suftisamment apiiarentes.

Ajoutons, en faveur des carreaux incrustés, que la surface en est d'un ton légèrement brillant ou même absolument mat, bien plus agréable h l'œil que l'éclat vitreux de l'émail : il est difficile de raarclier sur la surface polie et glissante de l'émail ; il est, au contraire, aisé de se tenir sur des carreaux qui n'ont pas un poli plus dangereux que celui des carreaux or(Jinaires.

Nous terminerons cette courte notice en citant un passage de l'Histoire de l'ancieiuie abbaye de Foigny, par M. A. Piette. Parmi les ruines de léglise on rencontre , non plus en place, mais épars sur le seuil, dos pavés en terre cuite, noirs et blancs, qui par leur réunion formaient un dallage imitant le marbre et la pierre de liais. Ils sont de petite dimension ; ils n'ont pas tout h fait ne if centimètres de côté. Les noirs n'ont pas seulement leur face extérieure de cette couleur; ils sont teints dans la masse. Je ne sache pas q l'eu France 0:1 fasse beaucoup usage actuellement de pavés noirs en terre cuite ; en Belgiciue, ils sont dans le commerce. Le procédé emjdoyé pour donner à la terre une teinte no re consiste à chauffer le four avec du bois d'aulne , qu'on a laissé plongé dans l'eau pendaiit p>lusic rs mois. On allume ; mais

au lieu d'être consumé par la flamme, Jo bois imprégné d'eau s'en va en fumée. C'est une solution de noir de charbon dans de la vapeur d'eau qui monte, qui pénètre dans la terre par tous ses jiores, qui s'y dépose et la colore à tout jamais. Les pavés blancs de Foigny sont. le- produit d'un procédé tout aussi ingénieux. Ils se divisent en deux couches : l'une plus épaisse, en terre rougeâtre ; l'autre, qui occupe la partie supérieure , en terre blanche et tirant légèrement sur le jaune. C'est de la terre à poterie d'une certaine finesse qui sert , {lO r ainsi dire, de couverte à l'autre. L'union de ces deux terres de nature différente est intime, et, quoi jue les tranches soient bien nettes, la solidité est parfaite. A côté du I»avé noir, qu'on prendrait pour du marbre, ce pavé blanc ressemble très-bien à la pierre de liais.

CARTONS. — I. En peinture, on appelle cartons des dessins de figures ou de compositions, dont le trait est bien correct, sur du papier fo.t, ou sur d 1 carton plus ou moins épais. On en fait usage surtout pour la peinture à fresque et la peinture sur verre. Chacun sa't que pour l'exécution des tableaux dans chacun de ces genres de peinture, il est indispensable d'arrêter avec soin, au moins au trait et sans couleur, ordinairement avec l'indication des clairs et des ombres, les compositions qui doivent être fixées sur le mortier frais ou /"/-esco des murailles, ou sur le verre qui doit être divisé en un grand nombre de parties, peint diversement et poté au fourneau pour y subir l'action du l'eu. L'exécution des cartons est donc une opération préalable absolument nécessaire, et l'artiste jaloux de la perfection, y doit apporter la plus grande application.

Dans la peinture à fresque ou murale, qui est la grande peinture historique et monumentale , l'emploi des cartons dessinés à l'avance est indispensable, parce qu'il est impossible de dessiner sur le mur frais, ensuite parce que l'enduit sèche vite, de sorte qu'il faut y peindre avec beaucoup de promptitude, pour que la couleur puisse s'y incorporer, avant que l'enduit soit sec. On coiopr -nd alors que l'artiste ne pourrait pas se livrer au feu de l'inspiration, exécutant d'abord largement son tableau, dans l'espoir d'y retoucher les paities défectueuses 0.1 celles dont il serait mécontent, puisque bi fresco ne permet que de très-légères relouches, et que généralement on ne peut pas y revenir à plusieurs fois.

Entrons h ce suj. t dans quelques détails prali pies. Lorsque l'end iit dont on couvre le mur ou la voûie qu'on veut enrichir d'un tableau à fresque, a pris assez de consistance pour qu'il ne cède plus au doigl, et qu'il cons Tve cependant de la fraîcheur et de l'humidité, on y applique le carton sur lequel est dessiné et découpé correctement le trait de la figure qu'on veut peindre. On trace avec une pointe le contour de la ligure en suivant exactement les boids du carton. Ce trait, légèrement enfoncé dans Tendait,

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remplace le dessin qiio le peintre no peut })ns trao^T sur le mur, comme il le Iracorait sur la toile. Le carton découpé n'est propre h {guider que pour une seule ligure, mais lorsqu'on doit tracer une composition entière, on pique le trait de tous les objets dessinés sur le carton, on passe dessus un sachet avec de la poussière do charbon, de manière à marquer sur l'enduit l'esquisse du dessin qui doit servir de guide à l'artiste chargé de peindre la fresque.

II. On se sert aussi de cartons pour la peinture en mosaiiiue et pour exécuter les tapisseries. On conserve en An;^leterre des cai'tons originaux que Uaphaël a exécutés pour des tapisseries. Ces cartons, dit Millin, ([ui représentent sept sujets tirés du Nouveau Testament, ont été achetés par Charles r% roi d'Angleterre ; ils ont été conservés longtoraps (lans le chùteaude Hamptoncourt, et on les voit encore dans celui de Windsor. On les compte parmi les travaux les plus accomplis le llapha-'l, et i)ar conséquent au nombre des ouvrages les plus parlaits de la peinturr^.

III. Dans la pointure sur verre, les cartons doivent être dessinés par un artiste versé dans la connai^^sancc de l'archéologie, autant qu-^ dans la pratique de l'art ; autrement les vitraux qui garniront les fenêtres de nos églises ne seront en accord ni avec les exigences de l'architecture, ni avec celles du bon goût. Les artistes du moyen âge attachaient beaucoup d'importance aux carions qu'ils composaient ; ces cartons servaient parfois à l'cxéciition de plusieurs vitraux, surtout au xv* siècle. Aux époques antérieures au stjle ogival flamboyant, nous ne voyons guère, par les monuments qui nous restent encore en assez grand nombre, du xin' siècle, par exemple, que les mômes cartons aient servi à l'exécution des vitraux de plusieurs cathédrales. C'est une observation digne d'être notée. N'est-ce pas une preuve de la merveilleuse fécondité et de la verve qui caractérisent los époques vraiment artistiques ?

Le travail du caiton, pour les verrières de couleur, est très-long, puisqu'il doit être tri[)le : le premier, pour servir de modèle <!ans l'exécution; le second, pour être découpé en autant de parties que les figures ou ornements demandent de morceaux de verre taillés de ditférentes formes ; ce carton est souvent remplacé par de simples calques pris sur les pariies les plus délicaîes ou les plus importantes ; le troisième sert au vitrier pour découper les morceaux de verre teint en couleur, et ensuite, après l'opération de la pi'inture et de la cuisson terminée, pour la mise en plomb. Voy. Vitraux.

CAR TON-PIKKKR. — Le car ton-pierre est une es[)èce de pûlc de papier, mêlée de pierre pulvérisée ou d'autres ingrédients, durcie au moyen de la gélatine, dont on fait des ornemenis, des ligures, dcr^ memiirss d'architectur,? montés en relief, et eu étal de recevoir la dorui-e et la peinture. Ce genre (h' déioiation est très-ex[»é'd!tif, el l'on en a

étrangement abusé, il y a quelques années, pour simuler des ornements gothiques. Co mauvais procédé, condanniable sous tous les rapports, n'ollre aucun caractère de résistance et de durée. On [leut appliqiuir avec justesse la dénomination de coUficheis aux ornements en carton-pierre. Depuis que le retour aux vrais principes do l'art chrétien est devenu plus g'^néral, l'usage du cartonpierre et des autres composés analogues est tombé complètement. Il serait fikheux de voir remplacer, dans nos églises, des ornements, des feuillages, des chapiteaux, par un système de décoration prétondu économique, mais qui est fort dispendieux en réalité, puisque les produits en sont trèsfragilos et de peu de di.réo. Le moyen «1ge ne l'a jamais pratiqué : laissons-en l'usage pour les appartements où régnent h s caprices de la mode et où la décoration varie chaque année.

CARTOUCHE. — On aupolle cartouche, en arcintecture, un petit champ de marbre blanc ou coloré, de pierre ou de plâtre, de bois ou de métal, destiné à recevoir des armoiries, des emblèmes, une inscription ou même des bas-reliefs. Il est ordinairement entouré de moulures , de membres d'architecture, d'ornements variés et capricieux, d'enroulements, de feuillages, de rubans, de cordelett 'S, etc. ; il est parfois appuyé sur des figures do support. Les cartouches ne sont pas fort anciens, dans les monuments d'architecture, surtout dans les édiûces religieux ; ils ne remontent pas communément à une époque antérieure à la Renaissance. On en voit sur le frontispice des maisons religieuses ou communautés, sur les tombeaux, sur des murailles et audessus de monuments comraémorrtlifs, dans les plafonds, sur les voûtes, sur les autels eux-mêmes, sur des chaires à prêchei-, sur des vases, sur des vêlements où il est brodé en or ou en couleur. Le champ du cartoucii;t n'est pas déterminé dans sa forme : il est rond, ovale, carré, polygonal, ou découpé d'une manière bizarre ; il est encore convi-xi; ou concave, tout cela selon le plaisir de l'artiste. Les architectes et les sculpteurs de la Renaissance en ont varié à Tinlini les formes et rornemontalion.

On appelle cartels les petits cartouches

3ui servent dans la décoration des frises, es corniches et des autres membres d'architecture.

La foime primitive du cartouche est un carton roulé, et telle est l'étymol -gie dii mot italien cartoccio. Les graveurs encadrent dans des cartouches les petits sujets destinés à servir de vignettes aux livres. On donne volontiers à la bordure des tapisseries la forme d'un cartouche. Les Allemands ont le irs armoiries posées ord nairemcnt sur un écii en forme de cartouc'ie.

CARYATIDES. — Ce sont des figures employées par les architectes au lieu de coloinics ou de pilastres, pour servir de soutien à une arcliilrave ou fi une autre parti î d'iiUi' ciinstruclion qu'i^lles [loitent s ir leur

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lùle. Les anciens ont foit très-mrcmenl usage de c.irvatides dans la décoration de leurs édilices; aussi la première origine en estelle assez peu connue. Nous ne rapporterons point ici les fables qui ont été imaginées par Vilruve et par les autres. Les architectes chrétiens ne les ont jamais employées dans les églises, et à part des forces assez b'zarres que l'on rencontre dans quelques éditices et qui pourraient à la rigueur passer pour des espèces de caryatides, «n ne les voit apparaître qu'au siècle de la Renaissance. A partT de cette époque, on les a sculptées dans mille endroits, sans s'astreindre à suivre les traditions de l'antiquité. Primitivement, en ellet, les caryatides étaient entièrement vêtues ; à la Renaissance, elles furent queltjuefois complètement nues. On ne saurait tolérer la présence de figures semblables dans nos églises ; les so Is exemples que nous en connaissions se trouvent aux tombeaux sculptés de la Renaissance et dans les supports des buffets d'orgues. Il ne faut point donner le nom de caryatides aux statues qui décorent les portails des grandes églises.

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