livre en feuille non encore broché
Blanc. Partisan de la monarchie héréditaire. Allusion à la couleur du drapeau des anciens rois de France.
« Dans les trois jours de baccanal !
» Les blancs n'étaient pas à la noce » Tandis que moi j'étais t'au bal. »
(L. Festeau, Le Tapageur,)
Blanc, Blanche. £au-de-yie de marc, a Le blanc est une affreuse eau-de-vie composée de je ne sais trop quoi. » (Imbert.)
Blanc (Verre de, Unde). Verre
de vin blanc.
Blanc (N'être pas). Etre compromis, craindre d'être réprimandé.
Blanc sale. Chiffon commun, — dans le jargon des chiffonniers.
Blanc d'Afrique. Les six et les cinq d'un jeu de dominos,
— dans le jargon des joueurs de dominos.
Blanc (Jeter dn). Interligner, intercaler entre les lignes composées à l'imprimerie de petites lames de plomb, afin de aonner du jour et de favoriser le coup d'œil typographique.
Blanc (Faire du). Faire le joli cœur, l'empressé auprès d'une femme. C'estmotàmot: « faire les yeux blancs, les yeux amoureux », — dans le jargon des voyous. — Quand f auras fini de faire du blanc, faudra le dire.
— On dit aussi faire le bloncy pour le blanc de l'œil.
Blanc (Envoyer au). Envoyer promener, — dans le jargon des voyous ; par altération pour.
« envoyer au banc », c^est-k'l
dire envoyer s'asseoir. Adressée à une femme, l'expression prend le sens de « envoyer raccrocher », et fait partie du vocabulaire des souteneurs. L'étymologie est la même que dans mangeur de blanc.
Blanche (Dame). Bouteille de vin blanc, — dans le jargon des ivrognes, à qui le chef-d'œuvre de Boîeldieu a laissé des souvenirs.
Blanchisseuse de tuyaux de pipes. Femme qui crée des refuges insolites à la dépravation.
Blanquette. Argenterie , — dans le jargon des voleurs.
Blasé. Enflé, boursouflé, — dans le jargon des voleurs ; de l'allemand blasen, souffler.
Blavin. Mouchoir, — dans l'ancien argot.
Blavin. Pistolet de poche, — dans le jargon des voleurs.
Blaviniste. Voleur de mouchoirs; et, par extension, voleur qui s'attaque à des objets de peu d'importance.
Blèche. Laid, désagréable. — Faire blèche, amener un coup nul. (L.Larchey.)
Bleu. « C'est le conscrit qui a reçu la clarinette de six pieds; les plus malins (au régiment) ne le nomment plus recrue ; il devient un bleu. Le bleu est une espérance qui se réalise au bruit du canon. » (A. Camus.) En souvenir des habits bleus qui, sous la Révolution, remplacèrent les habits blancs des soldats. (L. Larchey.)
Bleu. Manteau ; à l'époque où l'homme au petit manteau-bleu était populaire.
DICTIONNAIRE D AROOT MODERNE.
Bien, Petit Men. Mauvais vin qui tiicbe la nappe en bleti. — l Mettre le pilon dans te bleu, boire du vin au lilre. — Voui^ au bleu, ami de la bouteille.
Bien (Gros). Gros vin du midi, vin dont on se sei't pour les , coupages. I
Bleu (Etre). Eprouver une J grande surprise. — Elle est bleue celle-là! cette nouvelle est difficile k croire. — Faire des bleus, .
pincer de manière à laisser la signature des doigts sur la cliair.
— Passer aa blea, avoir perdu un objet, se consoler d'une perte. — En faire voir des bleues, causer des coulrariétés. ^ Colère bleue, violente colère.
Bléziiiiarder. Se couper mutuellement la réplique, empêcher le ïoisin de dire sa phrase, émondcr le dialogue comme un jardinier émonde un arbre à grands coups de serpe, — dans le jargon des acteurs. {Figaro du 3t juillet 1876, cité par Littré.) L'est sans doute une altération toute moderne de blésinarder, qui voulait dire Bilner, musarder. » Ce verbe, dit M. Dullot, vient de Blésinard, un des types de Grassot, personnage flâneur, débraillé et sans soucis, dans la Vénus à la fraise. >
Blindé. Ivre au superlatif, — dans le jargon des ouvriers. — Blindé ! pour avoir étouffé cinq ou six perruches! t'es donc pas un homme?
Blindé. C'est un des noms que le peuple a donnés aux nouveaux urinoirs successeurs dos ramhuteaui. Les variantes sont:
Les cuirassés, les tourne- autour, les introuvables.
Blindocber (Se). Se griser lé-
férement. C'est le diminutif 'être blindé, — dans Je jargon du peuple. — Je me btindoclie le dimanche et je suis blindé le lundi.
Bloc. Prison, salle de police, — dans le jargon des troupiers.
H Encore deux jours de bloc
fiour cette chienne de théorie. »
Randon, Civquis militaires.) — « Pourquoi es-tu au bloc, mon pauvre vieux? « (Vi* Hicbard, Les Femmes des autres.) — Mettre, fourrer au bloc, consigner.
Blonde Vin blanc, bouteille de vin blanc. Etre porté sur la blonde, peloter la blonde, aimer le vin blanc. Se coller une ou deux blondes dans le fanal pour tasser les imbéciles, boire une ou deux bouteilles de vin blanc pour arroser les huitres, — Courtiser la brune et la blonde, boire alternativement, au cours d'un repas, du vin blanc et du
Blonde. Bialtresse. amante. Se dit surtout en parlant de la maltresse d'un homme marié.
C'est l'autre, le numéro deux, quelle que soit d'ailleurs la nuance de sescheveux. Le blond est une couleur tendre et la blonde représente la tendresse en ville, — Etre chei sa blonde, Aller voir sa blonde.
. — Si j'vaii dîner avea mit blonde.
Le àarçon converti, chi'ni.)
Mettre en prison, au LS le jargon des Irou-
Bloqnar. Abandonner, — dans le jargon des voleurs.
DICTIONNAIRE D'aROOT MODERNE.
Bloipier. Faire défaut, faillir, — dans le jargon des ij-puprapties ; allusiun au lenno d'iuiprimerie bloquer qui a le scn»
de mettre pfovisoiremenl un caractère au lieu et place d'un autre. (L. Larchey.) Bto'iwe U mtutroquet, ne pas payer le raarchand de vin.
Bloqnir. Vendre. — Bl"iuisseur, blojmsseuse , niarcbaiid, niarcbandc, — dans le jargon .des voleurs.
Blot. Chose, affaire qui convient. Ça fait mon blot », ça fait mon atfairo. C'est simple-
tes rêves?.. Voyons, cette fois-ci, ça fail-il ton blot? « (Le Titi, 1879.)
Bloôm. Chapeau haute forme, — dans le jargon des voyous.
Allusion au bruit produit par un coup de poing appliqué sur un chapeau haute forme; le renfoncement est un genre de plaisanterie très goùlé dans le monde des voyous.
BlooM blanclie Faui ouvrier vêtu d'une blouse blanche êl fortement soupçonné d'appartenir à la police On a reproché au dernier gouvernement impérial d'avoir, en 1870, favorisé la bruyante manifestation des blouses blanches en faveur de la guerre. On les a vues parcourir le boulevard aux cris de : « A Berlin! à Berlin I »
Blonaier. Individu vêtu d'une hlouse; se prend, le plus souvent, en mauvaise part, pour désigner un voyou.
Bobèche, Bobe, Bobéchon- Têle. Se monter le bobe, se monter
le bobéchoitt se passionui<r pour.
Bobelin. Iti>tl<\ ■ - dati» te jargon des rcvcndi'iii-s.
Bobine. TNe, pliysiominiic, — Btibine déridic, rrAuc Hiaiivo.
La variante est : BilU d'iruire.
t Comme lu bille d'ivoire reluit! disait à Murgcr une Asiiasie au rabais. - Je rmis bien, je fai* venir te frutteur une fuis par semaine. •
Bobine, Bogue. Montre, — dau!" le jargon des voleurs. — Boi'ine à la man'/uf, niontre en
Bobinskotf. Enlrelencur sérieux, — celui qui lient la bobine de la destinée d'une femme, — dans lo jargon des lilles enlretcnues, chez qui ta mode, pour le nionient, est de russiljer certains iiiiins. C'est ainsi que Machiiueoff signitle le premier venu, Maehiii, et Beyuiiiskoff, celui qui est l'otijct d'un caprice, béyuin.
BobhieUe (Jeu de la). Jeu do liés tenu dans les fiiires par les Iruqueurs. " Jeu fram: et lovai »
comme ils disent. Lisez : '•< Un jeu du dupes ».
Bobonne. — Bonne, servante.
" Tout an plus si les petits garçons qui marchaient en léle risquèrent une ubiicrvalion .lur la bobonne d'Emma. « fEd. About, Trente et quarimte, IHfiS ;
Bobosse. Bus.sc. — Bossue.
(L. I.arcbej ) Elle est un peu bolosse. Avoir une bobosse dans l'estomac, Hre enceinte.
Bocal. Vitre, — dans le jargon des yolours. — Cametutle en bowl, marchandise snus vitrine.
Bocal. Estomuc OocaJ vide,
estomac à jeun. Emplir le bocal^ pie, — dans le jargon des typo~
manger. — Se rincei' le bocaly graphes.
^^*^®* ^ Bœuf (Etre le). Payer pour les
Boche (Tête de). Tête dure, autres, avoir tous les désagré-
individu dont l'intelligence est ments d'une affaire, supporter,
obtuse, c'est-à-dire tôte de bois, seul, les conséquences d'une
— dans le jargon du peuple, entreprise qui a mal tourné.
Dans le patois de Marseille une Bœuffer. Ramer, — dans le
boule à jouer est une boche. jargon des canotiers de la Seine.
Bock. Verre de bière, plus C'est-à-dire se fatiguer autant
grand que la chope. De l'aile- qu'un bœuf,
mand bockbier, bière nouvelle, Boguiste. Horloger, — dans
mot à mot : bière de bouc. le jargon des voleurs. — Ma to-
Bocker Prendre des bocks ^"^^^^ ^ ^ ^^^^' faudrait la
No rf J; /.n. w 1 f c..1t I ^nt ^^^^^6 cu peusion chez le boguiste ;
« INe pas oocher le soir! mais ^^ v « ^v ja* x •?
^^r, /»to* r.«.,««.,.x: „« «^'«« n^a montre est détraquée, il
mon chat, pourquoi ne m en- f„j,jij.„:i ,„ confier à l'horloffer
voies-tu pas en province tout de ^^"^^^^^ '^ conner a i norioger.
suite? » (Darjou, Croquis pari- Bohême. « Une société com-
siensA posée de toutes les sociétés,
' bizarre, monstrueux assemblage
Bocotter. Grogner, ne pas de talent et de bêtise, d'ivresse
.être content. et de poésie, d'avenir et de
Bocson. Maison de tolérance, néant, et qu'on nomme la bohê-
lieu mal famé. me. » (H. Maret, Le Tour du
Bœuf. Enorme, colossal. - ^^'^^^ parisien.) - << C'est un
Un succès bœun un aplomb bœuf; J^^^^ ^^^^ rJrLe'eidl
y aura des paresseux et des va- Bœuf. Roi d'un jeu de cartes, niteux, il y aura des bohèmes. » Bœuf. Second ouvrier cor- (0. Guillemot, Le Bo/iéme, 1868.) don nier. — Ouvrier tailleur qui Boire de l'encre. — Arriver fait les grosses pièces. — Petit lorsqu'une tournée a été déjà ôœw/, ouvrier qui commence une absorbée ou qu'il ne reste plus pièce, qui l'ébauche. rien dans un litre. (Argot des
Bœuf. — Mauvaise humeur, typographes.)
emportement, colère. Dans le Boire du lait. Etre content
jargon des typographes, ce mot par suite d'un succès, par suite
est synonyme de chèvre. — de louanges; éprouver de la sa-
Prendre un bœuf, gober son bœuf, tisfaction.
avoir son bœuf, se mettre en co- Boire une goutte. Etre sifflé.
1ère, être en colère. — Payer une goutte, siffler, —
Bœuf (Faire un). — Rempla- clans le jargon des acteurs,
cer momentanément à la beso- Boire dans la grande tasse,
gne un compagnon qui est allé Se noyer, être noyé. (L. Lar-
ekver un factionnaire, par exem- chey . )
Bois blec. Toupie d'un sou, — dans le jargon des enfants.
Ho( à mot : toupie en iots btec; blec pour blanc.
BoU (Mettra du). En style de
Chapeau
Boîte à d'homme.
Boito à violon. Grand soulier, (frand pied.
Boîte d'échantlUoiiB, boite
ïau de viî liste, c'est envoyer des gai échantillons. Tonneau de s çà et là, un peu à toutes vidange, — dans le jargon des
les places, pour réchauffer thousiasme du public engourdi
E»r le froid de certaines pièces, e rôle des amis consiste A s'écrier : •■ Admirable I suhlime!
comme c'est trouvé!... Quel talent!... C'est du Molière! » Coût k l'auteur ; un souper à base de choucroute ou de volaille froide, selon que la pièce est en un acte ou en cinq actes.
Boisseau. Schako. — Chapeau haute forme.
Boisseau, Litre de viu, — Demi -boisseau, demi-litre.
Boîte. Atelier, maison, magasin, établissement quelconque u DaDs l'argot domestique, tout ce qui n'est pas une bonne maison est une boite. Une bonne maison est celle où les maltre& ne sont pas regardants et où l'on peut s'arrondir sans être inquiété. « (Bernadille, Esquisses et Croquis parisiens.)
Boîte au lait, Nourrice dans l'esercice de ses fonctions.
Sein de femme qui allaite.
Boite aux ordnreB. Derrière.
Boite à cailloux. Prison. Lu mot date du ivm» siècle. Aujourd'hui -les soldats appellen'
'idangeurs. Dans ce tonneau, il V a de la marchandise de toutes provenances et de toutes couleurs.
Boite à dominos, boite â docbe. Cercueil. Le corps y est îerré comme des dominos dans leur boite. La variante boUe à ioche offre un jeu de mots sur i mère et amére. Uoche en argot veut dire mère; c'est-à-dire ta boite à mère pour amére.
Boite à asticots. Cercueil, — " Ah ! tu veuï rire, satané pilier de beuglant! mais attends un peu que je sorte de ma boite à asticots, et tu verras! » (Saint- Patrice, Aventure de ffabuekodonosor Nosebreaher.)
Boîte à Jonanne. — Ventre, -^ dans le jargon des voyous.
Jouanne est le nom d'un célèbre marchand de tripes à la mode de Caon, le Napoléon de la tripe.
Boîte aux dégelés. Boite aux refroidis. La Morgue.
Boite à puces. Lit, — dans le jargon des voyous. — " Puis chacun songea à regagner sa boite à puces. » [La Caricature, 1 fév. 1880.)
Boite à marquer. Sergent.
I Ce sont les sergents qui ont la I garde des boites à matricules.
Boîte (Faire sa). - Di^^-'; lerles caractères d'imprimé ri
ipiemenl bme, la salle de i buerles caractéresd'imprime ice. La variante est -. boUe dans la casse. — (Jorgon «^"'^
ipos.)
Boîte (Fermer la). Fermer la bouche, se taire.
Bolduc. Faveur qui altache les sacs de bonbons, — dans l'argot des bonbonniers. C'est un grand art que de bien savoir faire les bolducs.
Bombe. Demi-setier, quart de litre de vin, — dans le jargon des ouvriers.
Bombe (Partir en). C'est l'expression dont se servent les militaires qui vont courir une bordée... de plaisirs, comme dit le peuple.
Bombé. Bossu, — dans le jargon du peuple. // est bossue — Non, il est bombé.
Bon. Agent des mœurs, — dans l'argot des filles et des voleurs. Le bon me fiole, l'agent des mœurs me dévisage.
Bon (C'est). En voilà assez, inutile d'en aire davantage.
Bon (C'est un). C'est un bon républicain, c'est un pur L'expression était à la mode en 1848.
Bon là (Etre). Etre capable , être bon ouvrier, — dans le jargon des ateliers. — Etre des bons, être classé parmi les bons ouvriers, parmi les meilleurs. Au dix-huitième siècle, pour désigner quelqu'un de solide, on disait : Il est des bons.
Bon sort de bon sort (Sacré) I Exclamation qui exprime le désappointement ou la colère. La variante est : Coquin de bon sort!
Bon sang de bon sang ! Autre exclamation poussée en apprenant une nouvelle surprenante.
(L. Larchey.)
Bon motif Mariage, — dans
le jargon des bourgeois. Faire la cour pour le bon motif, viser au mariage « Ce ne peut pas être pour le bon motif. » (E.
Augier , Les FourchambauU, 4878.)
Bon endroit. Derrière. (L.
Larchey.) Attraper au bon endroit, donner du pied au derrière.
Bon (Avoir du). Avoir de la composition non portée sur son bordereau et qu'on garde pour la compter à la prochaine banque. C'est le contraire du salé.
(Boutmy.)
Bon pour Bernard Imprimé, journal, papier quelconque qui ne finira pas dans la hotte du chifi'onnier, c'est-à-dire : bon pour les lieux d'aisances.
Bonaparteux. Bonapartiste, — dans le jargon des adversaires politiques des bonapartistes.
Bonbon à liqueur. Furoncle, bouton pustuleux. — Bonbon anglais, petit bouton sec, — dans le jargon des voyous.
Bonbonnière. Tinette à vidange, — dans le jargon des vidangeurs.
Bonbonnière. Elégante petite chambre, petit appartement meublé avec goût. — Elégante petite salle de spectacle où l'on croque des bonbons aux avantscènes et des sucres d'orge aux galeries.
Bonbonnière à filous. Omnibus. (Colombcy.)
Bondieusard. Marchand d'objets de dévotion. Le quartier St- Sulpice est peuplé de bondieusards. — Enlumineur d'images de
sainteté. — «Un bondieusard habile pouvait faire ses six douzaines en un jour. Un bondieusard passable, ni trop coloriste ni trop voltairien, pouvait gagner son salut dans l'autre monde et ses quarante sous dans celuici. » (j. \a.\lès, Les Ré fractair es.) — Le mot a été créé par Gustave Courbet, qui l'employait souvent pour désigner soit un peintre de sujets religieux, soit un de ces peintres qui semblent s'inspirer des enlumineurs d'estampes. Par extension les libres-penseurs donnent du « bondieusard » à quiconque croit en Dieu, à quiconque fait montre de sentiments religieux.
Bondieusarderie. Dévotion, pratique religieuse, hommage à la religion, — dans le jargon des libres-penseurs.
Bondieuserie. Métier du bondieusard. — Commerce d'objets de sainteté, — dans le jargon des peintres réalistes. — « C'étaient ces nombreuses boutiques, ces innombrables bondieuseries, dont la rue est pleine. » (Huysmans, Les sœurs Vatard, 1879.)
Bondieutisme. Pratique religieuse intermittente à l'usage des gens frileux. « J'en ai connu plusieurs qui, à l'époque des grands froids, se réfugiaient dans les bras de la religion, près du réfectoire, autour du poêle. Ils engraissaient là dans 1 extase ! Quand ils avaient deui mentons, et qu'ils voyaient à travers les barreaux de la cellule revenir les hirondelles, ils sortaient et allaient prendre l'absinthe au caboulot, » (J. Vallès, les Mé/'ractaires,)
Bondy (Refouler à). Envoyer promener quelqu'un d'autant plus grossit>rement que c'est à Bondy qu'on refoule l'engrais parisien.
Bonhomme. Personnage, statue de saint, en terme d'atelier.
— Yotre bonhomme nest pas d'aplomb.
Bonhomme (Entrer dans la peau du). Dans le jargon du théâtre, c'est s'identifier avec son rôle. — Dans le jargon des peintres, c'est se bien pénétrer de son sujet. — « L'autre (le peintre desujets religieux) a besoin de s'entraîner pour se mettre à la hauteur d'une transfiguration, et l'on comprend qu'il lui soit interdit d'e/ifrer dans la peau du bonhomme. » (L. Leroy, Artistes et rapins.) L'expression est de l'acteur Bignon.
Bonhomme (Creuser son).
Creuser son rôle, l'approfondir.
— « Pendant des années il a, comme on dit, creusé son bonhomme. » {Figaro, du 14 juillet 1880.)
Bonicard. Vieux. — Bonicàrde, vieille, — dans le jargon des voleurs.
Boniment. Annonce que fait le pitre sur les tréteaux pour attirer la foule ; de bonir, raconter. — Discours débité par un charlatan, discours destiné à tenir le public en haleine, à le séduire, coup de grosse caisse moral. Depuis le député en tournée électorale, jusqu'à l'épicier qui fait valoir sa marchandise, tout le monde lance son petit boniment. — « C'était le prodige du discours sérieux ai^i^elé le ôoniment *. \iOïv\u\^w\. ^ ^^^^^
DICnONNAtRE D'aROOT MODERNE.
dans la langue politique où il est devenu indispensable. » (L.
Veuillot, Les Odeurs de Paris,) — Lecoup du boniment, le moment, rinstant où le montreur de phénomènes, le banquiste, lance sa harangue au public. — Y aller de son boniment^ lâcher son boniment, dégueulei\ dégoiser, dégobiller son boniment.
Bonir. Parler, raconter, affirmer, avertir avec emphase, chercher à persuader. — Bonir au ratichon, se confesser. — N'en bonir pas une, garder le silence ; mot à mot : ne pas prononcer une parole, — dans le jargon des voyous.
Bonir. Se taire, — dans Tarot des marbriers de cimetière.
À. Delvau.)
Bonisse (Etre en). Etre très loquace, bavarder beaucoup, être très expansif. Vient de 60nir, raconter. — Veut dire encore se répandre en invectives.
Bonissenr. Pitre charçé du boniment. — Candidat à la députation en tournée électorale.
Bonissenr de la batte. Témoin à décharge. — Mot à mot : diseur de bonnes choses.
Bonjonr. — Sacrifice matinal à Vénus, — dans le jargon des bourgeois. — Dire bonjour à sa moitié. — Bonsoir, sacrifice nocturne à la même Vénus. — Un bon mari doit le bonjour et le bonsoir à sa femme.
Bonjonrier, volenr an bonjonr. Voleur qui exerce dans les chambres dont on a négligé d'enlever les clés. Il est matinal et peu bruyant parce qu'il sait qu'il ne /kai pas réveiller le chat qui
dort. Si on lui demande où il va, ce qu*il veut, il en est quitte pour donner un prétexte : • il s'excuse, souhaite le bonjour, s'esquive et va voir à Tétage audessus s'il sera plus heureux.
Bonjonrière. La femelle du bonjourier. C'est une drôlesse qui, au bal, à la promenade, incendie une dupe de ses regards, se fait conduire au domicile de la dupe et la dévalise pendant la nuit. Combien de niais, croyant à une bonne fortune, se sont réveillés, le lendemain, allégés de leur montre, de leur argent et quelquefois de leurs vêtements!
Bonne, bien bonne (Une). Une
bonne histoire, une bien bonne plaisanterie. « Impossible de se fâcher, quand, après quelque farce de sa façon, il vous disait avec sa grosse voix : Elle est toujours bien bonne ! » (Vicomte Richard, Les Femmes des autres.)
— En dire une boiine, en raconter une bien bonne^ et, avec un déplorable jeu de mots : une bien bonne d'enfants.
Bonne (A la). — Franchement, sans tricher, — dans l'argot des grecs. — Flanchons-nous une manche à la bonne ?
Bonne ponr un homme (Avoir été). S'être livrée à un homme,
— dans le jargon des bourgeoises qui ne savent rien refuser.
Bonne (Avoir à la). Avoir en grande estime, faire grand cas de. — Etre dans ses bonnes, être de bonne humeur.
Bonne grâce. Toilette en lustrine ^ l'usage des tailleurs.
Bonnet. Coterie autoritaire ^ dans un atelier typographique.
« Le bonnet est tyrannique, injuste et égoïste. » (Boutmy.)
Bonnet d'évêque. Loge des quatrièmes en forme de mitre, aoù le nom. — Train de derrière d'une volaille découpée de façon à ce qu'il figure la mitre C'est un des morceaux les plus délicats, et, à table, chez d'honnêtes bourgeois, l'objet d'aimables plaisanteries.
Bonnet jaune. Pièce d'or, — dans le jargon des filles.
Bonneteau. Toute espèce de jeux de cartes tenus dans les foires, où le public est naturellement dupe. L'antique jeu de bonneteau consiste à faire deviner une carte parmi trois que manie avec une maladresse affectée le bonneteur. On ne devine jamais, grâce à une substitution.
Bonneteur. Industriel, doublé d'un filou, tenant un jeu de bonneteau.
Bonneton. — Commis employé au rayon de la bonneterie,
— dans le jargon de la nouveauté.
Bonnichon. Bonnet.
Borda. — Ecole navale.
Bordeaux (Petit). Cigare d'un sou. Le plus petit de tous les cigares d'un sou, fabriqué à Bordeaux et à Touneins.
Bordé (Etre). Avoir renoncé aux plaisirs de l'amour. Mot à mot : être couché dans son Ut, les couvertures bordées.
— Ne pas être encore bordé, ne pas BToJi* dit adieu à VéaUB^ en
parlant des vieillards, — dans le jargon des filles.
Bordée (Tirer une). Quitter son travail sans motif, sans permission, déserter la maison f)Our aller courir de mauvais ieux en mauvais lieux, avec stations obligatoires chez le marchand de vin.
Bordel. Bruit, vacarme. — Faire un bordel d'enfer^ faire beaucoup de bruit.
Bordel. Petit fagot de deux sous, — dans le jargon des charbonniers. — Petit paquet de linge sale, — dans le jargon des blanchisseuses. — Faire un bordel, laver un paquet de linge à soi appartenant.
Borgne. Le fondement.
Borgne. As d'un jeu de cartes.
Borguiat. — Borgne, — dans le jargon du peuple.
Bosco, Boscotte. Bossu, bossue.
Bossard. De travers, louche, qui n'est pas droit; dérivé de bosse. « Maintenant, comme tout est bossard dans cette affaire là. » (La petite Lune, 1879.)
Bossoirs. Seins exagérés. Allusion au bossoir d'un navire.
Bosse (Se flanquer une). Faire un excès quelconque. Manger et boire outre mesure, c'est-àdire : devenir bossu par devant et par derrière à force de boisson et de victuailles. — Se flanquer une bosse de rire. Rire énormément, rire comme un bossu.
Bosselard. Chapeau haute forme, — daws V^ ^^"c^OkXi <i\3^ collège; povxt \iViç»^^^. ^nssvwi
briquet du chasseur de ViQcen~ nés, le plus intrépide marcheur de riufauterie française. /( bouffe, il avale les kilomètres.
Bougie. Bâton d'aveugle. I) lui sert de bougie, il guide sk marche. — Bougie grosse, chaudélie, — dans le jargon des chiffonniers.
Bougre à poils. Homme dëter^ miné, solide, courageux. — C'est un bougre à poils, qui n'a pas froid aux jeui.
Bouif. Faiseur d'embarras, orgueilleux. — MauTais ouvrier, celui qui conualt mal son métier. — Faire du bouif, faire des embarras, preodre de grands
Bouillon - Exemplaires non vendus d'un journal. Dans certains journaux on reprend le bouillon; dans d'autres il reste au compte du marchand. Rendre le bouilton, rendre les eiemplai-
Bonillaii. Restaurant où les :
portions semblent taillées par un disciple d'Hahnemann, où l'on paye la serviette, où la Qa|)pe brille par son absence, mais où les prix ne sont pas plus élevés qu'ailleurs.
Bouillon d'onze heures. Empoisonnement; par allusion auit fameux bouillons administrés par la Brinvilliers et qu'elle appelait n un pistolet dans du bouillon. ■» — Faire boire un bouillo» d'onze heures à quel' qu'un, empoisonner quelqu'un.
Bouillon de canard. Eau.
Bouillan pointu. Clystëre.
Bouillon [Boire un). Subir une perte d'argent, principale- '
ment à la suite d'une opération financière. — « Ce trafic de loges ne se fait pas sans qael-
3ue danger pour les marchands e billets. Un orage qui éclate, un caprice de public ou de danseuse... il n'en faut pas davantage pour leur couler, en une seule soirée, mille ou quinze cents francs .. c'est ce qu'ils appellent boire un bouillon, n (Ch. de Bolgae.J
Bouillonner. Rester pour compte; ne pas vendre, en parlant de livres, de journaui. — On lire à 10,000, on bouillonne de 2,000 bien souvent.
Bonis, Maison de tolérance,
- dans l'ancien argot.
B uis-bonii. Café-concert, petit théâtre à femmes, petit restaurant. Où ces dames, aux 5 d'épreuves, vont prendre nourriture. Dans le jargon des voleurs, un bouis est une maison de tolérance, et le nom vulgaire de la maison de tolérance a également la signification de bruit, tapage ; d'où bouis-bouis, pour désigner un endroit à femmes, un endroit où régnent le vacarme et les mauvaises mœurs.
Boais-boais. Marionnette.
Il Ensecreter un bouis-bouis, consiste à lui attacher tous les lils qui doivent servir à le faire mouvoir. » (Privât d'Anglemont.)
Bonlage. — Mauvaise humeur, refus. — Bouler, refuser, envoyer promener, gronder, — dans le jargon des ouvriers, qui (lisent eucote ■- entoijer bouler.
envoyer à la houle, c'est-à-dire envoyer rouler comme une houle.
Boulange. Boulangerie. — Faire dans la boulange, exercer le métier de boulanger.
Boulange aux faffes. Banque de France, — dans le jargon des voleurs. Mot à mot : boulangerie aux papiers.
Boulanger. Le diable. Il enfourne les âmes des damnés.
Boule. Chien boule-dogue, boule-terrier.
Boule. Foire, — dans le jargon des voleurs.
Boule. Tête, visage. — Boule de siam, visage grotesque. — Boule de singe, personne laide.
Boule de neige. Nègre, moricaud, — dans le jargon du peu-
gle. il est rare qu'un voyou eu elle humeur ne salue pas un nègre du sacramentel : (j Ohé !
boule de neige! »
Boule de son. Pain de munition. '
Boule-Miche. Boulevard Saint- Michel, — dans le jargon des étudiants.
Bouleau, Bûche. Batterie, — dans le jargon des voyous. Y va y avoir du bouleau, on va se battre. Dans certains bals de barrière, il n'y a pas de bonnes soirées sans bouleau, au moins à la sortie ; cela fait partie du programme.
Bouler. Tromper. — Du vieux mot boule : astuce. (L. Larchey.) Envoyer bouler. (V. Boulage.)
Boules de loto. Yeux à fleur dû tête.
Boulet à queue. Melon.
Boulette de poivrot. Raisin.
« — Je ne bois pas mon vin en pilules, répondit un ivrogne à qui l'on ourait du raisin. »
Bouleur, houleuse. Doublure des premiers rôles, — dans le jargon des acteurs.
Boulevard du Crime. Boulevard du Temple, à l'époque où les théâtres s'y épanouissaient en nombre.
Boulevardier. Fidèle habitué des boulevards, qui, pour lui, commencent sur le trottoir du grand café de la Faix et finissent à l'angle de la rue du Faubourg-Montmartre. Là est tout le Paris du boulevardier, avec ses cafés, ses restaurants et ses drôlesses. 11 dédaigne le. trottoir d'en face qu'il abandonne aux provinciaux et aux gens en course.
Boulevardier, houlevardière.
Qui a rapport aux boulevards de Paris, qui exhale le parfum, qui porte le cachet des boulevards. « Génie de la gargote boulevardiêre, qui sait faire avaler des bisques, des huîtres, des quenelles fantastiques k des gens (Jui n'ont pas encore digéré. » (Ed. Siebecker, Petit Parisien du iO août 1877.) Le mot est de M. L. Veuillot.
Boulevardiêre. Fille libre qui continue sur les boulevards le commerce que faisait sa mère sous les galeries du Palais- Royal.
Boulevetade. Comédie , — dans l'argot des anciens comédiens. « Combien Te^le-Viiu de logagne pour allumer la\)(iulex)e-
tade? combien paie-t-on pour de Taffaire; par allusion au bou-
entrer à la comédie ? » [Mémoi- quel final d'un feu d'artifice.
res de Dumesnil.) Bouquet. Gratification de vo-
Bouline. — Qurte simulée leur à voleur,
faite dans les foires entre tru- Bouquin. Tout livre que l'on
^w^urs pour chauffer le zèle des ^^^^ après l'avoir lu ou même
Dadaua.s. g^^^g l'avoir lu est un bouquin,
Bouliner.— Feindre unequAte dans le jargon des hommes de
pourentraîner le public, — dans lettres. — Livre de peu d'im-
le jargon des saltimbanques. portance au point de vue de la
. ,. ,, , ^. . vente, — dans le jargon des li-
Bouliner. Voler en pratiquant braires.
un trou à l'aide du vilebrequin, * . . , x o
boulinoire, — dans le jargon , Bouquin (Sentir le). Sentir
des voleurs. ^^^^ ^^^ aisselles, sentir le bouc.
L'expression date de la plus
Bouliner, boulinguer. Déchi- haute antiquité et elle est du
rer, — dans le jargon des vo- plus pur classique; on trouve
leurs. — Diriger une affaire. — déjà dans Térence : « Apage te a
Se boulinguer, savoir se con- f^e, hircum oies, éloignez-vous,
duiï'G. vous sentez le bouquin. »
Boulonnaise. Voiture qui des- Bourbe (La). L'hospice de
sert le Bois de Boulogne. l'Accouchement, — dans le jar-
Boulonnaise. Nymphe publi- ê^^" d" P^.^P^^- ^i"^> "T"î^
que du Bois de Boulogne, elle |" souvenir de la rue de la
attend la fortune, sous les traits ^^,^F^^ où cet hospice était pri-