‹ Dictionnaire d'argot moderneChapitre 5 sur 12 · VOYOUS · texte numérisé non relu

VOYOUS

Carapater (Se). Se cacher. — Se sauver pour ne pas être vu ou feconnu. — iSurveilIés de près, comme nous le serions certainement, nous n'aurions plus iy chance de nous carapater. » (X.

de Montépin, Le Piaerc n" 13.)

CarbelDclie galicé. Chapeau haute forme, — dans l'ancien argot.

Carcagse. Usurier, — dans l'ancien argot des bagnes.

Carcan. Cheval, — dans le jargon des soldatsde cavalerie, qui se vengent par cette épithète des soins assidus qu'il leur faut donner à la plus noble conquête que riiomme ail faite. — Mauvais cheval, — dans le jargon du peuple. — Femme maigre.

Cfst un vietix carcan.

in. Ne

Carcaasa. Corps 1:

êavoir que faire de s être désœuvré.

Carcasse (Etats de]. Reins, — dans le jargon den voleurs.

Prends garde que je te fasse une descente à coups de salaire dans les environs des Etats.

Cardinale. Lune, — dans l'ancien argot. Allusion àl'intluence périodique qu'on lui attribuait sur certaine indisposition féminine, indispo.sition en faveur de laquelle Uichelet a écrit un roman.

Care. Echange. — Vol A la eare, vol à l'éclian/fo ; vol au

I Csrenr. Voleur à la care. Carge. Balle, ballot.

Caricatnre (Faire la). A l'école (des Beaux-Arts), une fois Eai" semaine, les élèves s'u.*,semlent, un doux sert de modèle, son camarade le pose et l'enveloppe ensuite d'une pièce d'étoDo blanche, le drapant le mieux qu'il peut; et c'est ce qu'on appelle « faire la caricature ». (Didier, 1821, CEuores compléles, cité par Littré.) Carline. La mort, — dans me ion argot.

Canne. Argent, — Carmer, donner de l'argent. — Carme d festoque, ou carme à l'eslorgue, fausse monnaie.

Came. Bas.'te viande. — Italianisme. — Sale et méchante femme ; pour carognc. n Ah !

la came! voilà pour ta crasse.

Débarbouille-toi une fois en ta vie. .< (E. Zola.)

Caron. Vieux papiers destinés auK fabricants de carton , — dans l'argot des chiffonniers.

Carotier. Individu qui vit d'expédients, qui tire des carottes. Dans le Jura ceui qui font la contrebande du tabac sont connus sous le nom de tabatiers iiu carotiTS. n L'ivrognerie et la débauche sont leurs moindres vices; le vol leur est aussi familicr que la fraude, et les incendiaires ne sont pas rares parmi eus. » {Ch, Toubin, Les Contrebandiers de Hoirmotit.) Au l'éginient, on donne le nom de carotier à celui qui se fait porter malade, et qui n'est (lue malade imaginaire , à, tcW ççj.\ cherche un pïélii\\c ■çqm.ï fe"»V

78 DICTIONNAIRE D*AROOT MODERNE.

lor une oonéo. — Il y a une le jargon des voleurs. — Etre

ièir^re nuance entre le caroiier vu à la canmble^ être arrêté le

eî le carotUur: le premier s'in5v- soir.

pire plus i^rtiouUèrenient des Caronblenr. Voleur gui opère

circonstanooM>«Hirarnveràscs à laide de fausses clés. - Ca-

fins: oiiei laulre i est une lia- rouô/fiir au /Wc-^rac, voleur avec

biludt* invotereiN un sacenWe. effraction au moyen d'un ciseau

CârotUae. Art de tirer des à fiH)id, d*un clou, d'une pince,

carottes do s«>utii-er de Tarifent g^^^ Cachette. — Carre du

sous un faux prétexte. paquelin , Banque de France.

Carotte. .Mens4^nï?e fabriqué Mot à mot : cachette du pays,

dans le but de s^ïutirer de Par- Les voleuis prononcent carre du

îrent. — Cultiver la C(irol/tf. — patelin, par corruption.

».s,.'% ■»« .-«.... ...,,...^, — - ^ ...... pour

sion aux carottes de talmc. Loi*s- * .

que les militaires demandent Carreau. Œil, — dans le jar-

de Tarpenl, c'est pi-es^iue tou- ^^ J^^ y.^**^"^/ — Carreau

jours pour acheter, soi-disant, fouillé, œi\ louche. --Carreau

du tabac, du tabac à chiquer, « '? fnanque, borgne. --.Affran-

rii'rtr. i^ipnfh» ^w»** -« carreau, surveiller, ou-

vrir 1 œil ; et par abréviation :

Carotte. Roux aillent. Couleur franchir le carreau. de cheveux qui rappelle les tons Carreaux brouiUés. Maison de la carotte, c«mleur fort À la ^^ tolérance. « De par le règlemode pendant les années 1868, ^ent^ ^^^ Yolets doivent être 69 et /O. Les femmes se firent ^g^j^^^j, ,^5 carreaux dépolis teindre les cheveux « blond ar- j^^j, ^^^ dépotoirs k gros nudent », avant de s appliquer la ^^^j^^, ,, (Le Sublime.)

teinture « beurre rance. « „ ,.„ . ' ,

. Carreau (Aller au). Aller pour

Carotte dans le plomb (Avoir se faire engî^er. C'est la place

une). Chanter faux. de Grève des musiciens de bar-

Carotter. Se contenter d'un rière. « Chaque dimanche (ils)

léger bénéfice en exposant peu. ont l'habitude de .se réunir sur

— Carotter à la Bourse, dans les le trottoir de la rue du Petit-

affaires. — Jouer très serré. Carreau, où les chefs d'orches-

jouer petit jeu, — dans le jar- tre savent les rencontrer. » (A.

gon des joueurs. Delvau.)

Carottes cuites. (Avoir ses). ,. Carré des petites gerbes. Po-

Etre près de mourir, — dans lice correctionnelle, -- dans le

le jargon du peuple. Jargon des voleurs. Mot à mot :

X ° . . 1 chambre des petits jugements.

Carouble. Fausse cle, — dans j^^^^ çiig^ts du tribunal correc-

l ancien argot. tionnel qui ne sont pas forcés

Carouble. Soir, nuit, — dans de savoir que « gerbe » est un

substantif féminin disent volontiers : carrés des petits gerbes.

Carré du rebectage. Cour de Cassation. Mot à mot : chambre de la médecine.

Carrée. Chambre, — dans le jargon des ouvriers.

Carrefour des écrasés. Carrefour formé par le boulevard Montmartre, lame Montmartre et la inie du Faubourg-Montmartre. C'est un des endroits de Paris les plus dangereux pour les piétons, à cause de la quantité de voitures qui s'y croisent et de la pente du boulevard Montmartre qui ne permet pas aux cochers d'arrêter leurs chevaux à temps. Le nombre des personnes écrasées, chaque année, à cet endroit, lui a valu la lugubre dénomination de « Catrefour des écrasés. »

Carrelnre du ventre. Repas copieux. — « Je croyais refaire mon ventre d'une bonne carrelure. » (Molière, Le Médecin volant, scène m.)

Carrer (Se). Se garer de, se sauver. — Se carrer de la débine, sortir de la misère.

Cartaude. Imprimerie. — Cartaudé, imprimé. — Cartaudier, imprimeur. — Cartauder, imprimer, — dans l'ancien argot.

Carte (Etre en]. Etre inscrite à la préfecture de police sur le livre des filles soumises. L'administration remet à toute fille soumise une carte où est ins-, crit son nom. A chaque visite, cette carte est frappée d'un timbre et la fille est tenue de la montrer à la première réquisition des agents; d'où le mot :

« Etre en carte ».

Carte (Piquer la). Marouer d*un léger coup d'ongle, a'un signe microscopiq[ue les cartes dont on a besoin de se souvenir, et principalement les rois, à l'écarté... lorsqu'on veut corriger le sort et mériter le nom de grec. Ce système est bien démodé aujourd'hui, parce qu'il a été trop pratiqué jadis et qu'il est trop connu. Aux jeux de commerce, les grecs s'en tiennent au télégraphe, et, aux jeux de hasard, ils opèrent à l'aide de la portée.

Carte de géographie. Impiessions... sur toile d'un voyage au pays des rôves.

Carton. Carte à jouer. Manier^ patiner, tripoter le carton, jouer aux cartes.

Carton (De). Qui n'est pas sérieux, qui ne connaît pas son métier. Se place toujours, dans ce sens, immédiatement après un substantif. — Un michec de carton , un entreteneur pour rire. — Un avocat de carton, un mauvais avocat. — Un cuisinier de carton, un cuisinier sans aucune espèce de connaissances culinaires.

Cartonner. Jouer aux cartes.

Passer sa vie à cartonner.

Cartonnier. Celui qui aime à jouer aux cartes, qui joue habituellement aux cartes.

Cartonnier. Ouvrier qui n'est pas bien au fait du métier qu'il exerce ; pour ouvrier de carton.

Cartouclie (Avaler sa). Mourir, — dans le jargon militaire.

(A. Camus.)

Caruche. Cachot, — dans le jargon des voleurs.

Casaquin (Travailler le). Mot me. Mot à mot : ôtre solide-

à mot : traVfiiller sur la casa- ment coiffé de quelqu'un, avoir

((lie (le (|iiel(|iruii à coups de quelque chose comme un hé-

poin^. — Le vôtement est pris guin (V acier,

p.mr la personne elle-inCine - g (j^ j^ ^^ Eprouver

Variante : Prendre mesure dun „„^ ^^^^^^^ névralgique à la

cn^nquin- .. Tiens, v là Made- ^^^^^^^ ^^ ,^ ^(^ le lendemain

l^me et Marie-Jeanne qui vont j.„„ ^xcès bachique. - Avoir

s prendre mesure d un casa- ton casque de p(^ fier, avoir la

quin. .. (h. Bourget, La Reme t^^t^ tr^, ,„u,Jg ^^ '^^■^^ j.;.

des Halles, cLans.) ^.^^^^^^ ^o^nj^ ^.i f^^^ ^J^^^ ^„

Cascade. Routronncrie. — casque.

Fredaine. Casque-à-mèche. Apprenti

Cascader. Faire des folies, se commis dans un magasin de

livrer 4 des boulfonneries. Dire bonneterie,

de grosses plaisanteries. - En Casqaer. Donner de l'argent

style de théAtre , charger un jg mauvaise grâce. — Allusion

rôle, ajouter au rôle des face- ^^ masque de Bélisaire dans le-

tics d un gortt souveiit douteux; , i^"^ ^^^s sensibles de l'é-

impioviser des bouffonneries. ^^^^^ déposaient leurs aumô-

Cascadenr. Farceur qui pro- nés. — Celui à qui l'on tire une

fesse la cascade. carotte « casque ». — « C'est pas

Cascadeuse. Femme qui court tout ça! Casques-tu, oui ou

les lieux ofi l'on s'amuse. - «">"? » (Vast-Ricouard, U Ttt-

Farceusc qui de la cascade n'a P*'')

que la chute. Casquette. Ivre. Etre cas- Casimir. Gilet. guette.

Çasin. Jeu de la poule au : Zr^nZl^^'

billard. — Jouer le casin, » Dehors rejette

» La divine liqueur. »

CaSOar. Plumet du sliako des {L.Feste&u^Unjour de fête à la barrière.

élèves de Saint-Çvr; par exten- Cagg^ (j^). Porcelaines ou

sion, toute volaille servie sur la cristaux cassés par maladresse

table de 1 hcole est saluée du ^^^g ^^ ^afé ou dans un res-

nom de casoar. taurant. Dans la plupart de ces

Casque. Talent oratoire du établissements, les garçons sont

saltimbanque. — Avoir du cas- responsables de la casse. Dans

que, rappeler feu Mangin par d'autres, elle est l'objet d'un for-

les belles manières et la facilité fait. On retient tant par mois à

d'éloeution. — 11 y a des bom- cbacun des garçons pour la

mes poli tiques qui ont du casque, couvrir,

presque autant que ce fameux Casse-Gueule. Bal public fré-

marcband de crayons. auenté par des gentilshommes

Casque (Avoir le). C'est ce du ruisseau qui, à la moindre

que les filles traduisent par contestation, ponctuent le vi-

avoir un caprice pour un hom- sage de leurs contradicteurs.

Casse-Cruenle. Eau-de-vie tout à fait inférieure. « Elle regarda ce que buvaient les hommes, du casse- gueule^ qui luisait pareil à de l'or dans les verres. »

(E. Zola.) On dit aussi casse-poitrine,

Casse-Tète. Vin très capiteux.

Mot à mot : vin qui casse la tête.

Cassé la patte à Coco (Ne pas avoir). Ne pas Hre malin, — dans le jargon des soldats de cavalerie. — Coco est pris dans le sens de cheval. Pour exprimer la même idée, on dit dans Je civil : N'aooir pas inventé le fil à couper le beurre.

Casser. Manger. Le mot date du xviu* siècle. On dit, dans le langage courant : « Casser une croûte », pour manger un morceau. — Casser le cou à un lapin, manger un lapin.

Casser. — Chiffonner un sac de bonbons en le préparant, — dans le jargon des confiseurs.

Casser. Dire du mal, par abréviation de casser du sucre.

Casser. Frapper, battre. — Je te vas casser. — Casser la gueule, casser la margoulette, casser la figure.

Casser sur. Dénoncer.

Casser du sucre. Dire du mal.

— Casser du sucre à la rousse, dénoncer un complice.

Casser la marmite. Etre ruiné, avoir fait de mauvaises affaires, — dans le iargon des souteneurs pour qui les femmes sont des marmites.

Casser la iicelle. S'évader.

(L. Larchey.) Se sauver des mains des agents.

Casser du grain. Désobéir, — dans le jargon des voleurs.

Casser le goulot à une bonteille Vider une bouteille en un clin d'œil. — Lorsqu'ils sont pressés... de boire, et faute de tire-bouchon, les ivrognes cassent le goulot de la bouteille, c'est ce qu'ils appellent : « Guillotiner la négresse. »

Casser les os de la tête. Embrasser avec effusion, — dans le jargon du peuple.

Casser sa chaîne. Devancer l'heure de sortie do l'atelier.

Casser sa cane. Dormir. Quand elle dort, le cou reployé sous l'aile, la cane paraît être cas.sée en deux.

Casser une canne. Se sauver,

Casser la pièce. Entamer, changer une pièce d'argent ou d'or. Casser la roue de derrière, entamer la pièce de cent sous,

— dans le jargon des ouvriers.

Casser le nez (Se). Ne trouver personne, trouver porte close.

Casser la gueule à son porteur d'eau. Avoirses menstrues,

— dans le jargon des voyous.

(A. Delvau.)

Casser (Se la). Quitter un endroit où l'on s'ennuie. — A tout casser, énorme, prodigieux, auquel rien ne résiste. — Un succès à tout casser. Ne s'emploie guère qu'en parlant d'un succès, par allusion à ceux de théâtre, où le public manifeste son enthousiasme en frappant à coups de talons de bottes, à coups de petits bancs, au risque de tout casser.

Casserolage. Accusation nouvelle, — dans Tancien argot des voleurs. — Dénonciation, — dans Targot moderne.

Casserole. Tout dénonciateur auprès de la police, homme ou femme, est une « casserole »,— dans le jargon des voleurs qui prononcent de préférence casterole. — C'est également le nom donné aux figents de police.

Passer à casserole^ se voir dénoncer.

Casserole. Etudiant de dixième année, qui n'a jamais étudié que Tabsinthe et la pipe, qui a

f>ris ses inscriptions aans tous os cahouloU, qui a soutenu des thèses d'amour avec toutes l'es lilles du quartier latin, — dans le jargon des étudiantes de 1860.

Casserole (Passer à la). Traiter par des sudorifiques les blessures de l'amour.

Cassés (Des). Débris de mariions glacés, débris de pâtisserie. Les gamins font une grande consommation de cassés,

Cassin, Cassine. Boutique, magasin de dernier ordre. — Terme de mépris pour désigner un établissement quelconque.

— Dérivés du vieux mot français case. — « Finablement les mena banqueter dans une cassine hors la porte. » (Rabelais, L. IV.)

Cassine. Salle d'étude, quartier, — dans le jargon du collège. (Albanès.)

Cassolette (Ouvrir la). Parler avec Ja contre-partie de la bouche.

Castu. Hôpital, — dans l'ane/en argot.

Castofl. — Cachoty — dans l'ancien argot.

Cataplasme. Capitaine de place, — dans le jargon du régiment. Le mot se renverse; c'est ainsi qu'on dit : Le cataplasme m'a donné deux jours de planche. Et : Le major m'a fait coller deux capitaines de place au ventre.

Cataplasme. Soupe très épaisse. — Homme lourd, épais au moral. — Cataplasme de Venise, soufflet.

Cato, Catiche. Catin. — Gerbe des caticheSf bureau des mœurs.

Cauchemar, Cauchemardant.

Personne ennuyeuse, importune.

Cauchemarder. Ennuyer, tanner. « Où vas-tu? D'où viens-tu?

Où as-tu été? Pour être sans cesse cauchemardée comme ça, ah! nom d'un chien, autant prendre un vrai mari tout de suite! » (Grévin.) — Se cauchemarder^ s'inquiéter.

Cavale. Départ précipité, fuite, évasion, — dans le jargon des voleurs. Jouer la cavale, s'enfuir.

Cavaler (Se). Se sauver avec une vitesse qui rappelle celle du cheval.

Cavaler au rebectage. Se

pourvoir en cassation. Mot à mot : courir à la médecine. — Cavaler cher au rebectage, se pourvoir en grâce. Mot à mot :

courir très vite à la médecine.

Cave. Eglise, — dans l'ancien argot.

Cave. Dupé, mystifié, — dans le jargon des voleurs.

dans le jargon des ouvriers, pour qui le travail est un supplice.

Gayenne. Ancien cimetière de Saint-Ouen, au delà du boulevard Ornano. — Surnom du village qui avoisine ce cimetière; ainsi nommés parce que Tun et Tautre sont très éloignés.

Censure (Passer la). C'est la visite faite chaque jour au dépôt par les agents du service de sûreté pour s'assurer s'ils ne reconnaîtront pas quelques récidivistes. En style de police, cela s'appelle faire le dépôt.

(V. Mémoires de Canler.)

Central. Détenu faisant son temps dans une maison centrale de force et de correction.

Centrale. Ecole Centrale, — dans le jargon des collégiens. — Je pense entrer à Centrale si je suis retoqué à /*X, je pense entrer à l'Ecole Centrale, si je suis refusé à l'École Polytechnique.

Centre. Nom. — Centre à Vestorgue, faux centre, faux nom, sobriquet, — dans le jargon des voleurs.

Centré (Etre). Avoir fait de mauvaises affaires, — dans le jargon des ouvriers du fer.

Cerbère. Sergent de ville, — dans le jargon des gamins. — Portier, en souvenir du portier des enfers, ou parce que la plupart des maisons de Paris sont des enfers.

Cercle (Pincer au demi). Surprendre quelqu'un dans un moment psychologique. Un mari qui rentre de la chasse et qui trouve sa femme dans le feu d'une conversation avec son

cousin ou tout autre, la pince au demi-cercle. Repincer au demicercle^ se revancher, rendre la réciproque.

Cerf (So déguiser en). Se sauver avec la vitesse d'un cerf.

Cerf- Volant (Le). Vol pratiqué sur les petites filles, un genre de vol bien ancien et toujours nouveau. « Boulevard Picpus, une femme restée inconnue a abordé une petite fille de quatre ans, qui jouait devant la maison de ses parents, lui a donné dix centimes et lui a décroché ses boucles d'oreilles d'une valeur de quinze francs. » {Petit Journal du 14 août 1877.) — La virtuose de ce genre de vol se nomme la cerf-volant, parce qu'après le vol, elle file avec la vitesse du cerf.

Cerises (Marchand de). Ouvrier en bâtiment qui travaille extra muros^ — dans le jargon des ouvriers en bâtiment de Paris.

Chabannais. Bruit, tapage, dispute. Faire un joli chabannais, — « Tout le monde, y compris N. savait qu'il y aurait le soir du chabannais. » {Figaro^ du 14 juillet 1880.)

'Chacal. « Est un petit nom d'amitié que le maréchal Bugeaud donnait aux zouaves dans ses moments de bonne humeur, et que nous avons gardé, entre nous, comme signe de ralliement. » (A. Arnault, Les Zouaves^ acte 1.)

Chagrin (Noyer le). Boire. « C'est à la cantine, en noyant le chagrin, que l'on attrape les buveurs d'encre. » (Fréd. de Reiffenberg , La Vie ^ ^am^wv.*\

Chahut. Cancan poussé à ses dernières limites, i'hystérîe de la danse. On dit également le ou la chahut. — « Un d'eux, tout à fuit en gofiruettc, se laissera peut-/ltrc aller jusqu'à la chahu>. » {Physiologie du Carnaval.)

Chahnt, Rruit, tapage. Faire du chahut.

Chalmter. — Rousculcr, faire du vacarme. — Chahuteur, chahuteuse, danseur, danseuse de clialtut, tapageur, tapageuse.

Chahuter. Danser la chahut.

■ Chahuter, pincer Igeanean,

- Vol]* lo diuiKur à présent. > '

(P. J. Chirrin. Lm Acltalil/t.)

ChaiUot (A). Mot à mot : allez vous promener à Chaillot. On envoie à Chaillot, pour s'en débarra.-^4er, les imbéciles, les niais, les i^f^neurs, ceux qu'un rien étonne, les décrépit» de l'intelligence. « Est-ce à cause des hôtes de Sainto-Perrine — ruines humaines pour la plu-

Sart — qu'il est de bon goût, cpuis quelques années, de crier : A Chailiotl toutes les fois que dans la conversation quelqu'un dit une sottise ou émet une praposition extravagante? » (A. Dcivau, Hist. anecâotique des barrières de Paris.) Chaillot (Ahuri, ahmti de).

Celui qu'un rien étonne, sorte d'idiot. — Une des nombreuses parodies de Taconnet, acteur et fournisseur ordinaire de Nicolet, porte pour titre : Les Ahuris de Chaillot ou Gros -Jean Belre&prit,

Chaîne (Doubler la). Dans le

jargon des régiments de cava-

lerie a la signification de tenir serré, de couper les vivres; allusion aux chevaux auxquels on double la chaîne iorsqu iU sont sujets â se détacher. — ie vieux me double la ehaine, mon père me tient serré. — Autrefois l'officier me donnait la permission de dix heures, mais depuis que je me suis si bieti cuite, il a doublé la chatne.

Châtier. Commis de magasin préposé à la vente des cbâ.les,

— dans le jargon de la nouveauté.

Chaloupe (Faire la). Exécuter un pas de cancan à l'aide d'un tangage furieux du train de derrière. — « Vous faites la chaloupe, 6l c'est une variété du canean. « {Physiologie du Carnaval, 1842.)

Chalouper. Marcher en balançant les épauler. » Quant à Henri de Car... tPte de dogue aussi sur des épaules trapues et un corps chaloupant !... » (M. Rude, Tout Paris aa café.)

Chamhert, Chambertin. indiscret, — dans l'argot des voleurs.

— Chambertage, mdiscrétion. — Chamberter, commettre une indiscrétion. Allusion au bon vin, au vin de Chambertin, qui délie la langue et fait parler.

Chambre (La). C'est, dans le jargon des revendeurs, la salle

Jui leur est afl'ectée à l'hûtel rouot, la salle n» 16 oii se font les ventes des objets apportés par les brocanteurs. Peureux, c'est la Chambre par excellence, comme I/r6s était la ville, Rome pour les Romains, — Faire vendre à la chambre. — Acheter A la chambre.

mbre (Etre en). Ne pas ians ses meubles ; mot à être en chambre meublée, QS le jargon des apprenîmmes galantes.

mbre des comptes. Cham- »njugale, — dans le jargon aurgeois.

imbre des pairs. On appe- [nsi au bagne le côté aes ans condamnés à perpé- Les condamnés à temps lient le côté désigné sous m de : Chambre des dépui. Larchey.)

imbre àloner (Avoir une).

un grain de folie. Alluà la tête dont les idées s sont parties.

imberlan, Cbambrelan. Ou-

en chambre.

imeau. Homme sans délije. — Terme de mépris à jsse d'une femme. — Fem- 6 mauvaise vie qui roule isse comme le chameau la e. « La femme est un chaqui nous aide à traverser sert de la vie » a dit un jntdont le nom m'échappe.

imp de navets. Cimetière uppliciés, cimetière d'Ivry.

impagnes (Les). Société de stes parisiens, excursionj. (Imbert, A travers Paris nu,)

amp. Vin de Champagne; ibréviation. — Voulez-vous n'e de champ ? — Je m'en \fontebello à la bouche...

inçard, Ghançarde. Celui,

qui a de la chance. — « On

pas chançard tous les

. » (Hennique, La Dévouée.)

ince an bâtonnet (Avoir

de la). Réussir. « La chance Vy tourne, comme si elle avait joué au bâtonnet avec moi. » {Amusements à la grecque, 1764.)

Chandelier. Nez, — dans le largon des voyous; un nez qui laisse couler beaucoup de chandelles.

Ghandeliére. Femme qui tient une table d'hôte et des tables de jeu à l'adresse des grecs, à la plus grande gloire du dessous du chandelier et au détriment des pigeons.

Chandelle. Mucosité nasale ' trop indépendante et brouillée avec le mouchoir. Souffler sa chandelle, se moucher avec les doigts, après reniflement.

Chandelle. Litre de vin, bouteille. Elle est chargée d'allumer l'ivrogne.

Chandelle. Baïonnette. — Se ballader entre quatre chandelles, marcher entre quatre soldats qui vous mènent au poste.

Change. Trousseau fourni par les maîtresses de maison de tolérance à leurs pensionnaires, — dans le jargon des filles.

Rendre son change, laisser ses nippes quand on passe d'une maison dans une autre.

Changer son poisson d'eau.

Uriner.

Changeur. Filou partisan du libre échange qui, dans les restaurants, les cafés, troque son affreux pardessus contre un pardessus tout tlarabant neuf.

En été cet honnête industriel en est réduit à l'échange du chapeau.

Changeur. Loueur de costumes pour messieurs les voleurs.

Le changeur tenait une garde- — Le nombre des chanteurs

robe variée , grâce à laquelle est infini, et le c/ianto^e s'exerce

sa clientèle pouvait se travestir sur toutes les classes de la so-

sclon les besoins du crime. En- ciété.

core une industrie disparue, Chanteur-recette. Artiste ly-

encore un industriel sur le pavé, ^ique dont le nom sur raffiche

Chantage. Mise en demeure attire le public dans un théâ-

d'avoir à donner de l'argent tre. « Et cependant Duprez était

sous peine de révélation. « Le toujours le chanteur-recette de

chantage est un vol pratiqué l'Opéra. » (Ch. de Boigne.)

non plus à l'aide du poignard chantier. Embarras, compli-

ou du pistolet, mais dune ter- ^^^-^^ ^jj^gj^^ à l'encom-

reur morale, que Ion met sur brement des chantiers. (L. Lar-

a gorge de la vie ime qm se ^^ .

laisse ainsi dépouiller sans ré- Ji . „ j r.

sistance. » (A. Karr, les Guêpes, Chapardage. Maraudage. En

1845.) « L'inventeur du c/ianto(^e Afrique les soldats des compa-

est l'Arétin , un très grand gnies de discipline pratiquent

homme d'Italie, qui imposait "» chapardage bien entendu,

les rois, comme de nos jours Chapardeur. Maraudeur. —

tel journal impose tels acteurs. » Soldat en maraude. — Mari qui

(Balzac, Un grand homme depro- trompe sa femme.

vince à Paris.) ChapeUe. Comptoir de mar-

Chanter. Payer pour obtenir chand de vin. Une chapelle où

le silence de quelqu'un. jgg ivrognes vont faire leurs dé-

Chanter (Faire). Battre mon- votions,

naie à l'aide d'un secret. - Aux chapelle (Préparer sa petite).

xvii« et xyiiie siècles 1 exprès- ^^^ ^^ ^^^^ j^ sac tous les ob-

sion avait le sens de soumettre, jets d'équipement, — dans le

faire entrer en composition, j ^^ ^^^ troupiers.

« Porteront le fer et le feu au •* ^ „ ,„ . x o v /*.

cœur de la France et la feront ChapeUe (Faire). Se chauffer

clianter. » (Lucien, trad. Per. à un feu de cheminée ou devant

d'Ablancourt.) Les voleurs mo- un poAlc, en relevant ses jupes

dernesemploient le verbe «c/iar- de manière à montrer un peu

rier » dans le sens de faire chan- P^us que la couleur des jarre-

fç^^ tières. — Faire chapelle ardente,

nuM««^»« Tu:r,A«oKiû «.T^û^ÎT, se chauffer comme il est dit ci-

Çhantenr. Misérable ^ j^ ^^^^ .

qui exerce 1 art du chantage. Le ' «' ^ prototype du chanteur est celui Chapelle (Rester en). Se dit qui exploite les passions bon- en terme d'équarrisseur , des leuses des émigrés de Gomorrhe, chevaux qui attendent, attachés, qu'il sait faire financer sous le moment fatal. « Leurs crimenace de révéler leurs turpi- nières et leurs queues sont coutudes. Quelquefois des compè- pées ras. Autrefois un cheval res interviennent sous les espè- restait ainsi quelquefois pluces de faux agents des mœurs, sieurs jours en chapelle, et pen-

dant ce temps-là on no lui don- Travailler, — dans le jargon

nait pas à manger. - » (Paris en des chiitbnniers.

omnibus, 1854.) Charger la brême. Filouter

Cliarabia. Auvergnat, char- au jeu, marquer une carie, sub-

bonnier, porteur d*eau. C'est le stituer une carte à une autre,

langage de TAuvergnat pris — en terme de grec. — C'est un

pour l'Auvergnat lui-môme, fameux travailteur qui charge

D'autres fois on appelle l'Auver- rudement la brème et qui a iou-

gnat un fouchtra, par allusion jours Vair de flancher à la bonne,

àson juron favori. q^^,^ ^^ ^^ U^^ ^^p^

Gharbonmer (Faire comme pittoresque expression des ré-

le, faire). Observer les préceptes ginients de dragons qui veut

matrimoniaux de Malthus. dire sortir en ville.

Charcuter. Faire une opéra- Chargez ! Versez et faites bonlion chirurgicale, — dans le ne mesure î Commandement jargon du peuple. clés ivrognes sous le feu des ca-

Charcatier, Charcnitier. Chi- nons.

rurgien, qui estropie le patient. charlemagne . Sabre-baïon-

— Ouvrier qui estropie 1 ou- ^ette.

vrage.

ru^^^^*^^ AKe;i^n,« ïïT^ Charlemagne (Faire). Quitter

aiarenton. Absinthe. — Ln .• ? ^ ( mompnt

Charenton, un train direct pour ^^n^ parue de cartes au moment

r.l™l#l« «« ««««« ^'oVïir/iu^ 01^ 1 oïï Vient de réaliser un bé-

C/iarenton, un verre a absinthe, „aro« « îo «/^,«««»«« foU

j 1 J ;«,.«^« ^., « ^1^ ««: neiice. — « La comtesse fait

;;:i'ïe VbSe'Saïà^là Charlemagne à la bouillotte «

folie^Ttquien boit quand m.me. iS^^SrS.Sf- « S

Chargé (Avoir). Etre enceinte, je gagne par impossible, je fe-

— dans le jargon du peuple. La rai Charlemagne sans pudeur, femme qui a chargé porte un et je ne me reprocherai point voyageur de neuf mois. — En- d'emporter dans ma poche le core une qui a chargé. Hé! la pain d'une famille.» (Ed. Aboul, p'tite mère, vous en avez chargé Trente et quarante.) Les étymounde taille! logis'es ont voulu faire reinon-

Charger. Enlever un décor, ^er l'origine du mot jusqu'à

— dans le jargon du théâtre. Tempereur Charlemagne, parce « Chargez là-haut... les bandes que cet empereur a quitté la d'air... Chargez encore... là... vie en laissant de grands biens, bien. » (Ed. Brisebarre et Eug. Comme tous les noms propres Nus, la Route de Brest, i857.) familiers aux joueurs, le nom

^- T. j de Charlemagne a été , sans

Charger. Prendre un voya- ^j^ute, celui d'un joueur appelé

geur, — dans le jargon des Charles. On a dit : faire comme

cochers de fiacre. — Avoir Charles, faire Charles et ensuite

trouvé acquéreur, — dans celui ^^^^^ Charlemagne. On appelle

des filles. bien, dans les cercles de Paris,

Charger des petite produite, la dame de pique : « la veuve

8S DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE.

Chapelle », du nomd'un joueur, te charrier comme ça depuis une

On a bien donné au second heuret

coup de la main au baccarat en charrier droit. Obéir, mar-

banque, le nom de « coup Gi- ^her droit. « II (Louis XI) estoit

raud », nom d un officier mi- niaistre avec lequel il falioit

nistériol , d un notaire. Les charrier droit. » immoires de

loucui-s ne connaissent rien que ^^ ^^ Commynes.)

le jeu, non que les joueurs et ^^ .., . . . *' ,.,

1^ ,« . -^^AJA. f .. .,:^«.x.,« «.,^ " Et quil fera bien s il me croit

leurs procédés. La vie pour eux . Désormais de charrier droit. »

est toute autour du tapis vert. (Scarron, Gigantomachie, eh. 1.)

S'ils ont appris quelque chose, La locution date de loin, mais

lis I ont bientôt oublié, et ils ^j,^ ^.^^ ^^^ ^^-^^ ^^^^ ^^j.

professent le plus grand mé- tée de nos jours, et particulièrepris pour tout ce (jui ne se rat- ^^„^ ^^^j ,^ ^,^^g ouvrière, tache pas directement au jeu. * ^ ^ Ils se moquent bien de Tempe- Charrier à la mécanique. reur Charlemagne et de tous les Avoir la précaution d'étiangler autres empereurs! En fait de un peu et même tout à fait le monarque, ils ne connaissent patient, tandis qu'un camarade que les monarques de carton. le dépouille.

Chariot. Nom anciennement Charrieur , Charron. Voleur

donné au bourreau par le peu- qui est adonné au charriage. —

pie de Paris. Les charrieurs exploitent, pres-

Charmante. La ^ale, — dans ^"^^ toujours, k bêtise d'un fri-

le jargon des voleurs. P^"*

Charognenx (Article). .Vi-ticle Çharrienr. Compère, <- dans sur la vente duquel un commis '^ J^ï^go^^ des grecs. en nouveautés n'a pas de béné- Charrieur. Curieux, — dans fice à attendre, article d'affiche. l'argot des voleurs. — Charria- Une sale boîte où il n'y a que des ge^ curiosité. — faime pas le articles charogneux. charriage^ moi.

Charriage. Le mot charriage. Charrue complète. Quinte ,

dans la langue des voleurs est quatorze et le point au jeu de

un terme générique qui signifie pi(met.

voler un individu en le mysti- ^, \ ,^ ... ,

fiant. (Vidocq.) , Chartron Position des ac-

^ . teurs vers la hn de la pièce.

Charrier. Servir de compère ; Former le chartron, ranger les tricher au préjudice de ses as- acteurs en ligne courbe devant sociés pour faire gagner un i^ rampe, au moment du coucompère, — dans le jargon des pi^t, final. (A. Delvau.) grecs, qui disent également mener en double. Chasse. Semonce. — Flanquer

Charrier (Se). Aller, venir ^ne chasse.

d'un côté, de l'autre , sans but Chasse à courre. Verte répri-

précis, — dans le jargon du ré- mande qui so termine par un

giment. — Qu'est-ce que t'as ù congé en bonne forme.

Gliâsse, Châssis. Œi). Y aller d'un coup de châsse, jeter un coup d*œil, — dans le jargon du peuple. — Se foutre Vapôtre dans la châsse, se tromper, s'illusionner ; mot à mot se mettre le doigt dans Toei 1.— Fermer /es cassis, dormir.

Châsse d'occase. Œil louche.

— Châsse à Vestorgue, œil de verre.

Chasse-coqnin. Bedeau, suisse ; vieux mot français ; c'était celui qui chassait les gueux de Téglise.

Chasse-marais. Pour chassemar, c'est-à-dire chasseur avec la terminaison argotique mar; surnom du chasseur d'Afrique.

Chasse (Marquer de). Marquer d'une raie transversale les côtes d'un animal qu'on envoie à l'abattoir, — dans le jargon des bouchers.

Châsses, Châssis. Lunettes.

Chasnhlard. Prêtre, celui qui porte la chasuble. « Vit-on un seul royaliste, un seul cagot, un seul chasublard, prendre les armes pour la défense du trône et de l'autel ? » (G. Guillemot, le Mot d'Ordre, du 6 septembre 1877.)

Chat. Pudenda mulierum.

Chat. Couvreur. Comme le chat, il passe la moitié de sa vie sur les toits.

Chat. Guichetier , — dans l'ancien argot.

Chat.Enrouement subit éprouvé par un chanteur.

Chatdansla gouttière. Enrouement persistant éprouvé par un chanteur.

Chat. GrefQer, employé aux écritures, — dans le jargon du régiment. Et admirez les chassez-croisez du langage argotique : les truands appelaient un chat un greffier et les troupiers appellent un greffier un chat.

Tout est dans tout, comme disait Jacotot.

Chateaubriand. Bifteck très épais, bifteck à triple étage, — dans le jargon des restauranU.

— Un Chateaubriand aux pommes.

Château-Campèche. Mauvais vin coloré avec du bois de Campèchc ; par opposition ironique à Château-Laffite.

Chatouiller le public. Charger un rôle, ajouter à la prose ae l'auteur des facéties dans l'espoir de faire rire le public.

{Jargon des coulisses.)

Chatouilleur marron. C'est le romain, le claqueur de fonds publics. Son rôle consiste à chauffer une émission, à stimuler le zèle des souscripteurs, comme le rôle des chevaliers du lustre consiste à chauffer la pièce, à entretenir le feu sacré des acteurs. (Jargon de la Bourse.)

Chaud! chaud I Vite! vite!

Chaud (Etre). Se tenir sur ses gardes.

Chaud de la pince. Luxurieux. On disait jadis : chaud de reins.

« Où les centaures sao.uz,au bour^ Atracien «Voulurent, chauds de reins, faire nopces

[de chien. « (Régnier, satire x.)

Chaud (Avoir). Avoir peur,

— dans le jargon des voyous.

— Le saisissement causé par la

mCTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.

peur détormino souvent la transpiration.

Ghaad (Mettre le petit anj.

Sacrifier à Vénus, — dans le jargon des troupiers,

Ghaadiére à boudins blancs.

Partner des éniipri'és de Gomorrhe.

Chandron. Vieux et mauvais piano.

Chauffer. Faire l*empressé auprès d'une femme. — Stimuler, pousser, jeter feu et flamme. Chauffer des enchères, chauffer une affaire. — Chauffer une entrée, saluer d'une salve d'applaudissements un acteur à son entrée en scène. La mission de la claque est de chauffer les entrées et les sorties des acteurs en vedette.

Chauffer. Battre ; arrêter, — dans le jargon des voyous. Se faire chauffer, se faire Wôter.

— Se faire chauffer par un cerbère, se faire arrêter par un sergent de ville.

Chauffer la scène. « Se remuer, s'agiter, s'évertuer pour faire rendre à un rôle plus qu'il ne contient. De chauffer à brider les planches , il n'y a qu'un pas. » f A. Bouchard, La Langue théâtrale)

Chauffer le four. Boire beaucoup. — Ce n*est pas pour lui que le four chauffe, le profit, l'agrément ne sera pas pour lui.

Chaufournier. Garçon chargé de verser le café.

Chausser. Convenir. Vieux mot ; autrefois on disait se

chausser au point, en parlant do deux amoureux.

m Toutes en fait d'amour se chaussent en

[un point.

(Régnier.)

Chaussettes de deux paroisses. Chaussettes dépareillées.

Chaussettes (Essence de).

Puanteur des pieds. Le peuple qui aime à plaisanter ne manque pas de dire que la meilleure essence de chaussettes doit sortir des bottes d'un gendarme ou des souliers d'un facteur rural. — La plaisanterie de l'essence de chaussettes, de l'excellent fromage recueilli dans les bottes du bon gendarme, et autres du même parfum, date de loin. On trouve dans les adages français du XVI® siècle : « Talons de gens d'armes, talon de fromage. »

— Au xviiio siècle, on disait couramment : Sentir le pied de messager. (Hurtaud, Dict. des homonymes,)

Chauvin. Ultra-patriote. — Type de soldat en 1830.

Chauvinisme. Amour exagéré de la patrie. « Le chauvinisme a fait faire( plus de grandes choses que l'amour de la patrie dont il est la charge. » (J. Noriac, Le 101® régiment,) — Tout sentiment excessif peut tourner auc Hvinisme.

Chef de cuisine. Contre-maître dans une brasserie.

Chef d'attaque. Chef d'une bande de voleurs. — Abai o était un chef d'attaque.

Chelinguer , Schelinguer.

Puer. — Schelinguer du goulot, schelinguer du couloir , sentir mauvais de la bouche. — Sche-

linguer des arpions^ puer des pieds.

Chemin de fer. Baccarat où chaque joueur tient à son tour les cartes, et fait office do banquier. Ainsi nommé parce qu'il va plus vite que le baccarat en banque. — « Le démon du baccarat, du lansquenet et du chemin Je fer exerçait partout ses ravages. » (Les Joueuses , 1868.) — On nomme encore chemin de fer un jeu où chaque intéressé, peut, à sa volonté, lorsqu'il a les cartes en main, jouer soit le baccarat, soit le lansquenet, soit le vingt-un.

Chemise. « Dans les tripots, la chemise est la carte que le banquier est tenu de mettre en sens inverse sous le paquet de cartes qpi'il a en main, afin d'en cacher la dernière. Dans les cercles, on se sert à cet effet d'une carte noire et épaisse. »

(A. Gavai Hé, Les Filouteries du jeu.) Cette carte a reçu le nom de « négresse » par allusion à sa couleur. C'est avec la négresse que l'on fait couper.

Chemise de conseiller. Linge volé.

Chemise (Compter ses). Vomir.

Chenapan. Eau-de-vie. C'est une déformation de schnap. — Cest ce gueux de chenapan qui m'a tapé sur la coloquinte.

Chêne. Homme bien mis. Le chêne n'est pas le premier venu pour le voleur. — Faire suer un chêne y tuer un homme.

Chenn, Chenne. Bon, bonne, beau, belle. — Du temps de la bande à Cartouche, le mot chenué tait déjà, depuis longtemps,

dans le courant argotique. On le trouve dans les Fourberies de Cartouche, pièce de Legrand. — Chenu reluit, bonjour, chenu sorgue, bonsoir, — dans l'ancien argot.

Cher. Beaucoup,énormément,

— dans le jargon des voleurs ; se place après le verbe qu'il modifie. Se cavaler cher, courir ventre à terre.

Chétif. Enfant de Limousin qui accompagne son père à Paris et l'aide dans ses travaux.

— {Jargon des maçons.)

Chenlard. Gourmand, ivrogne; par altération pour gueulard.

Cheval. Les figures et les dix au jeu de baccarat. — Il n'y a donc que des chevaux au tirage.

Cheval (Jouer à). < C'est risquer (au baccarat en banque) une somme moitié sur chaque tableau, de sorte que, si un tableau perd et que l autre gagne, le coup est nul. » (A. Cavaillé.)

— Faire le reste de la banque à cheval. — On dit également jouer le cheval.

Cheval de retonr. Ancien forçat. — Récidiviste, celui qui a la nostalgie de la prison.

Chevalier de la courte lance.

Savetier, par allusion au tranchet; le mot date de iGi9.

Chevalier de la grippe. Filou (i82i); pour Vagrippe.

Chevaux à double semelle.

Jambes.

Cheveu. Entrave, obstacle. — Lorsqu'une affaire ne marche pas bien, l'on dit : t il y a un cheveu. » — Aroir un cheveu

dans son existence^ avoir un chagrin qu*on ne saurait oublier.

— Avoir un cheveu pour quelqu'un, ressentir un caprice pour quelqu'un. « Elle a un cheveu pour lui, voilà tout... comme cela se dit dans notre monde. »

(A. Dclvau, Le Grand et le petit trottoir.)

Cheyeux (Trouver desV Faire des observations pour la moindre chose ; trouver à reprendre sur tout. « Vous trouvez des cheveux à tout ce que je dis. »

(Grévin.)

Cheveux (Bouder aux). Commencer à ôtre chauve.

Cheveux (Avoir mal aux).

Eprouver une douleur à la racine des cheveux. C'est l'état de bien des ivrognes le lendemain des fêtes bachiques. Les cheveux font mal parce que la t6te est très sensible par suite de l'excès de la veille.

Cheveux (Se faire des). S'impatienter, se morfondre, se faire de la bile. — Se faire des cheveux gris^ même signification,

— dans le jargon du peuple.

« Mais pourquoi qu'a m'fait des ch'veux

[gris?

» Faudrait qu' j'y fout' l'argent d'mes

[s'maiues.

» J'ai beau y coller des chàtai'nes, » A r'piqne au tas tous les samedis. »

{La Muse à Bibi\ nocturne, 1879.)

Chevillard. — Revendeur en gros et en demi-gros de viande dépecée, en terme de boucher; c'est celui qui vend à la cheville.

Chevilles. Pommes de terre frites, — dans le jargon des voleurs. Elles bouchent le trou qu'a fait la faim.

Chèvre (Prendre la, gober

la). Etre en colère. Vieille expression remise dans la circulation par les typographes et que l'on rencontre déjà dans Régnier.

« Et n'est Job, de despit, qui n'en east

[pris la chèvre. »

{Sat. X.)

Chevrotin. Ouvrier irascible, celui qui prend facilement la chèvre, — dans le jargon des typograplies.

Chiade. Bouse ulade, — dans le jargon des écoles. (L. Larchey.)

Chiailler. Pleurer ; pour piailler, — dans le jargon des voleurs.

Chiarder. Travailler, — dans le jargon des collégitms.

Chic, Chique. Le suprême de Félégance, de la perfection. « 11 absorbe à lui seul une foule de sens. Ce qu'on nommait le goût, la distmction, le comme il faut, la fashion, la mode, l'élégance, se fondent dans le chic. »

(N. Roqueplan, Parisine.) — Le mot avait au xvii® siècle à peu près le sens qu'il a aujourd'hui, comme on peut le voir par l'exemple suivant :

M J'use des mois de rart,jemetscn marge

[hic.

» J'espère avec le temps que j'entendrai

[le chic. »

{Les Satyres de Du Lorens.)

En terme d'atelier « le chic, mot affreux et bizarre et de moderne fabrique signifie : absence de modèle et de nature. Le chic est l'abus de la mémoire; encore le chic Cbt-il plutôt une mémoire de la main qu'une mémoire du cerveau. >> (Baudelaire, Saloîi de 18i6.) — Faire de chic, c'est travailler sans le

DICTIONNAIRE D AROOT MODERNE.

secours du modèle. — Etre pourri de ehie, Être très bien

r beaucoup de disUnc-

Uon. — Femme chiquée, élégante mise à la dernière mode. — Dans te grand ehie. dans le grand genre. — C'est du monde ehie, c'est du monde très bien. Pour ces dames, une connaissance chic, c'est un homme généreux.

« Un vieux monsieur de la Bourse, ou ce qu'on appelle une connaissance chic. » iBcrlall, Pelile élude sur le ehie parisien.} Chicard, Costume carnavalesque mis â, la mode, pendant la période de 1830 à 1850, par une célébrité cliorËgrapliique qui lui donna son nom ou piutât son surnom. Les chieards ont révolutionné les bals publics et, pendant vingt ans. Ils ont imprimé une grande vogue à la descente de la Courtille. — La danse de Chicard , leur maître, n'a jamais été nibruyante, ni extravagante.

II procédait à pas serrés, mimant, grimaçant, roulant ses gros veui en boule de loto.

Grande fut sa gloire. On a dit le « jsos chicard « pour rappeler sa manière, ehicarder, danser comme Chicard. On a créé les vocables chieandar, chicocan-

venteur du fameux pas qui, luimême, a dû son sobriquet au chic qui le caractérisai t. Chicard a passé, son pas n'est plus, seul le mot chic, le radical, a sur-

Chicardot. Poli.

Chicorée. Réprimande.

Chie dessus. Cfaisleburst, — dans l'argol des voyous qui trou-

vent la prononciation uiiglaisc trop diflicile, sans doute.

Chie-tODt-debont. Veston. C'était autrefois le : JVe te gêne pas dans le pai-c.

Chié (Tout). Parfait de ressemblance. — C'est son portrait tout chié.

CMé sa graisse (Avoir]. Avoir considérablement maigri, — dans le jargon du peuple.

Chié dans le panier de qoelqn'on jusqu'à l'anse (Avoir).

Avoir donné à quelqu'un de graves sujets de mécontentement; ne plus inspirer aucune espèce de confiance. C'est, mot à mot :

procédés.

Chien, Sacré-Chien. Eau-devie aussi mauvaise que forte. — On disait et l'on dit encore dur comme du chien, pour désigner soit un liquide qui racle la gorge au passage, soit une denrée comestible rebelle à la mastication. 11 n'est donc pus étonnant que l'eau-de-vie très forte ait été désignée sous le nom de sacré-chien et chien par abi'éïiation.

Chien. Homme dur, exigeant; s'emploie principalement en

Cariant d'un supérieur, — dans ! jargon des employés. — Sévère, — dans le jargon des collégiens. — t Notre pion est diablement chien. » (Albanès, Mystères du collège, 1845,)

Chien. Avare. « Dis donc, petite sœur; il est rien chien ton m'sieur: y m' prend un cigare et du feu ut y m' donne que deuï ronds, h (A, Tauzin, Croquis parisiens.}

Chien. Compagnon du devoir, en ternie de compagnonnage.

Chien. Lettre tombée sous la forme, — dans le jargon des lyfiogi'aplies.

Chien (Du). Du soigné. — Du dur, des coups. « Voilà du chien j attends ! apprête ton linge sale ! »

(E. Zola.)

Chien (Du). Verve endiablée, élégance originale. — << Eh bien, ma chère, nous leur ferons tourner la tôte... loi avec ton insolente beauté, moi avec mes petites facultés, — avec ce je ne sais quoi qui m*est propre, et qu'on appelle communément

— du chien. » (Oct. Feuillet, Le Journal d'une femme. 1878.)

Chien (De). Enorme, colossal, très fort. Une soif de chien, une faim de chien, une jteur de chien.

Chien vert. Terme d'amitié à l'adresse des filles entretenues.

Mon petit chien vert.

Chien du quartier. Adjudant sous-officier, — dans le jargon du régiment. La variante est :

Chien du régiment.

Chien du commissaire. Secrétaire du commissaire de police.

— « Chaque coup de sonnette lui semblait le coup de sonnette du chien du commissaire. »

(E. de Goncoml, La fille Elisa,)

Chien (L'autre, cet autre).

L'autre individu, cet autre individu, celui dont, par mépris, on ne veut pas prononcer le nom.

Chien de magasin. Sergent d'habillement, — dans le jargon du régiment.

Chien courant. Garde-frein, employé chargé de fermer les

portières et de crier les stations, -— dans le jargon des mécaniciens des chemins de fer.

Chien (Voilà le). Voilà la difficulté. La variante est : VoUà le chiendefit.

Chien (Faire du). Faire un ouvrage payé d'avance. Parce qu'on ne le fait qu'au dernier moment et qu'on travaille dur quoique à contre cœur, l'argent étant mangé depuis longtemps.

Chien pour un homme (kroir un). Etre éprise d'un homme, — dans le jargon des filles.

Chien coiffé (S'éprendre dn premier). S'éprendre de la première femme venue. On disait autrefois pour exprimer la même idée : Cet homme aimerait une chèvre coiffée. (Le Roux, Dict, comique.)

Chiens croYés, Chiens écrasés. Faits divers qui sont en réserve sur le marbre d'une imprimerie et qui servent à justifier une page quand il manque de la copie, — dans le jargon des journalistes.

Chiens (Ce n'est pas pour les).

Ce n'est pas à dédaigner; c'est fait pour le genre humain. — « L'hôpital n'est pas fait pour les chiens, » disent les gens du peuple, qui pourtant ne redoutent rien tant que l'iiôpital.

Chier dur. Travailler avec ardeur. — Prendre une prompte et énergique détermination.

Chier (Envoyer). Envoyer au diable.

Chier (Faire). Horripiler quelqu'un à force de stupidités. Mot à mot: débiter des drogues par-

£ui procureDt le dévoie- chiffonnier; c'est cbitt'ou pur

abréviation. — Zig de la chiffe ^

» dans la main. Se mon- chiffertonj chiffonnier.

rès familier. Ghitte. Langue, — dans le

w du poivre. Rester sourd jargon des voyous qui disaient

demande d'un senice; ^^iref ois chifTon rouge. ^ Faire

r un ami lorsqu'il a be- crower /ei chiffe, parier. Mot à

le vous. ' ^^^ • ^***'® sonner la langue ;

c'était autrefoi.s dans le même

Br sur le mastic. Envoyer sens : Balancer le chiffon rouge.

fHxl au diable, — dans le __ Avaler sa chiffe, mouiûr.

1 du peuple, y en ai assez -,. .« ,. , r. j

rbin, je chie sur le mastic, ^ Chiiferlmde. Eau-de-vie, -

ïn des fins, La variante ! ^ans je jargon des chiffonniers

sur la besogne a en outre qui disaient autrefois cM/ferion.

s de s'endormir sur le tra- 7" ^<>\7 "^^ chtfferltnde, boire

travailler avec noncha- '^ goutte.

Chiffon, Ghiffornion. Mou-

jr dessus. Renoncer par choir.

r^ement. .Vbandonner Chiffonner. Taquiner aniou-

enorts infructueux. reusement une femme, la pin-

)r dans le cassetin aux cer araoui*eusemcnt.

rophes. Quitter le métier, « Et lorsqu'ils sont pochards, Hs chiffon-

assez du métier, — dans [nent les bonne». »

çon des tvpographes. (^- """*' ^'y* ^" '*' ^^" vengés,)

n de grosses crottes (Ne , Chiffonnier. Voleur de mou-

-En présence d'un triste ^^^'^^ - ^^"^ Tancien ai-got.

d'une maigre chère, on Chigner. Bouder; gronder.

îs vulgairement : Nous ne — Chignard, boudeur, grognon.

ns pas de grosses crottes. ^^^^ ^^^^^ ^^^ y^^

jr des yeux. Pleurer. Pleurer. « iVh! ses largues doi-

patience passe science, il vent jolimentchignerdcs veux !»

tpas tant chier des yeux. » (Balzac.)

médie des proverbes,) ni. . » ,, x. i • •

j ' Chimique. Allumette chimi-

arie. Grand ennui, déran- que. — Briller une chimique au

li. Quelle chterie! quQ] en- falzar, allumer une allumette

contre le pantalon.

lur d'encre. Employé de chiner. Criticruer, se moquer

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