‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 2)Chapitre 117 sur 216 · SI · texte numérisé non relu

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comme nous lavons démontré , il n'y aurait pas de phénomènes possibles, tout phénomène supposant nécessairement Tactivilé de la puissance qui en est le sujet.

La passivité est subordonnée à Pactivité, et la suppose évidemment. Car pour qu'il y ait un phénomène passif, il faut qu'il y ait une substance agissant sur une autre; et pour que celle-ci soit passive, il faut qu'elle ait une force capable de recevoir uneimpression ; car rien n'éprouve rien. 11 faut qu'elle réagisse ; ainsi, un atome , mis en mouvement par une impulsion, possède une force motrice égale h celle que l'impulsion lui a appliquée, car ici la réaction est égale à Faction. Telle est la loi des corps en ce qui con7 cerne la force impulsive.

Comment dans une substance inactive la passivité pourratl-elle déterminer un phénomène? Pourquoi tel phénomène plutôt que tel autre , puisqu'une telle substance n'aurait aucune faculté propre, et par conséquent point de loi? Ne voit-on pas que lo phénomène passif d'une substance , c est le phénomène actif d'une autre substance en rapport avec la première; que c*est pour celle-ci une excitation et rien de plus? Mais une excitation, bien qu'elle ait son principe dans l'activité d'une substance, et qu'elle existe comme acte de cette substance, n'existerait pas à titre de phénomène passif pour une autre substance en qui elle n'exciterait aucun phéiiomène d'activité. Un phénomène passif n'existe donc, h ce titre, dans une substance, qu'autant qu'il produit une réaction dans cette substance. Et ce qui le démontre, c'est qu'un phénomène identique en lui-même et dans l'être qui le produit, excite des réactions toutes différentes, suivant les substances auxquelles il s*appHque comme phénomène passif. Or, si la substance qui protluit ce phénomène identique était seule la cause des phénomènes qui en résultent dans d'autres substances, ces phénomènes devraient être tous semblables entre eux, quelle que fût la nature de ces .substances, dont lo rôle serait purement passif. Mais il n'en est pas ainsi ; tout ce qu'il y a de semblable^ c'est Pexcitalion ; ce qui diffère, c'est la réaction. La raison en est que celle-ci est produite par l'activité de rubstances difl'érentes, régies par différentes lois, en vertu desquelles telle substance réagit de telle manière à propos de telle exntalion donnée. Il y a donc action réelle des substances les unes sur les autres et réaction de ces substances (639).

Outre la substance infinie, cause première et absolue, qui se fait éternellement ellemême tout ce qu'elle est nécessairement et qu'elle peut être , et en qui par conséquent toute succession de phénomènes est impossible, il y a deux ordres de substances, comprenant toutes les causes secondes : ce sont lés substances simples et les substances étendues. L'activité des premières est interne et externe à la fois ; elle est varia-

ble, successive et progressive ; nous n'avoni pas à nous en occuper ici. L'activité des substances étendues est purement externe; elle est immuable en elle-même, variabla seulement dans ses effets, suivant les subs* tances extérieures et les objets auxquels elle s'applique. Les phénomènes de cette activité externe, régis parles lois immuables qui les déterminent toujours infailliblement ds la même manière , dans les mêmes circonstances, résultent en partie de l'activité, toujours involontaire, de ce* substances, en partie de l'action exercée sur elles par le^ substances qui se trouvent en rapport avec elles. Si les phénomènes de l'activité externe d^un même agrégat de ces substances ne sont pas toujours les mêmes dans les mêmes circoristanccs, c*cst que la nature et les propriétés de Tagrégat changent suivant sa constitution intime, bien que les substances qui le constituent , c'est-à-dire les atom?t premiers, ne changent ni de nature ni (t propriétés.

Le caractère essentiel de la substance étendue, en tant que force, c'est que l'activité do chacune de ses parties constitutives se borne à un effort externe de son mouveajent d'action et de réaction auquel elle ne peut rien changer par elle-même. Résister au changement de mouvement et au passage du refos au mouvement ou du mouvement au repos, détruire dans le moteur, par cette résistance, une partie de la quantité de mouvcnieni égale h celle qu'il produit dans le mobile, recevoir ainsi le mouvement et le communiquer suivant les lois invariables; enfin, sans se mouvoir soi-même, tendre d'une manière uniforme h mouvoir les autres corps, de sorte que cette' faculté toujours en exercice produise invariablement son effet sur tout corps étranger auquel elle peut s'appliquer, c'est là de 1 activité externe, et ce qu on ne peut refuser à la substance étendue

A présent, si nous considérons le phénomène universel de l'attraction , nous trouvons que le mouvement est produit par une force qui n*appartient pas à la substance en tant qu'elle se meut, mais en tant qu'elle attire une autre substance. En effet, s'il n'j avait aucune action exercée par le con^s attirant sur le corps attiré , comment le corps attiré, même en lui supposant l'intelligence, proportionnerait-il l'intensité de son mouvement à la masse du corps vers lequel il se précipite ? Le corps attirant doit nécessairement être, soit la cause efficiente, soit !« cause finale de ce mouvements Mais une cause finale n'agit qu'autant qu'elle est connue, ou, pour mieux dire, ce n'est pas elle qui agit, mais elle est le motif par lequel un être intelligent se détermine à agir. Or, pour que chaciue particule du corps attirant tût connue de cnaque particule du corps attire» il faudrait toujours l'action à distance; u faudrait de plus, dans chaque particule de matière, non-seulement une âme intellig^înle analogue aux monades de Lcibnitz, maii

(65Q} Voy. H, Martin. Phil. de la na/., 1. 1", p. 217, etc.

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des organes do sensation, pour i»e mettre en reUlioD avec les particule» attirantes. Qui ne voit la fausseté de ces deux dernières hypothèses et leur inutilité , puiscj^u^elles ont clles-mènies besoin de la première hypothèse à laquelle oo voudrait les substituer? La première seule est vraie. Dans Tattraction réciproque de deux corps, chaque par* ticule de l'un agit comme force motrice sur €lia.|tte particule de Tautre avec une énergie constante, dont Teffetest en raison inverse du carré de la dislance. (H. l^Iarlin.)

« Mais, objecte-t-on,raction à distance est inconcevable : un corps ne peut agir là où i! n'est pas« m

Si ce prétendu axiome était vrai dans le seus qu'on lui prête, il faudrait nier la communication du mouvement par le contact En effet, 1 atome moteur n*est en aucun instant dans aucune partie du lieu occupé en ce même instant pir l'atome oui reçoit l'im* pulsion. Donc, en a^ssant oans ce dernier * atome, le premier agit là où il n'est pas luiraèrne. D'ailleurs, qu'est-ce que la présence ? Ne peut-on pas dire qu'une force est en (]uel* que façon présente partout où elle agit di* reclement« et qu'en un certain sens, la présence d'un coi^ s'étend aussi loin oue S9i puissance motrice immédiate? La présence d'action d*un eorps est liée à la présence corporelle; car la puissance d'impulsion et de résistance ne peut s'exercer qu'aux limites mêmes du lieu actuel du corps, et la puissance attractive, proportionnelle au produit des masses, c'est-à-oire an produit des sommes des étendues réelles dont se compose le corps attirant et le corps attiré est en raiscm inverse du carré de la distance qui sépare les centrée de gravité de ces deux corps.

On a imaginé (Clark, Euier, d'Alembert, Cudworth) un médiateur invisible, intangible, à Taide duquel l'attraction se réduirait à une eommunication de mouvement par le contact, hypothèse qui ramènerait a une simple impulsion l'action à distance. En supprimant ainsi toute source naturelle et permanente de ouissance motrice, on est obligé de recourir à une série d'interventions spéciales de la Divinité pour rétablir le mouvement toujours près de se perdre dans l'univers où tant d'impulsions contraires se détruisent sans cesse : hypothèse non-seulement inutile et gratuite, mais fausse et pleine d'évidentes contradictions. Elle a été I écueil où est venu é(-houer le génie de Leibnitz et de Deseartes.

Les spéculations cosmogoniques sont des questions compliquées d autres questions qui aboutissent pour la plupart à des diflicultés insolubles, à des contradictions ou à des impossibilités. L'attraction, qui joue un ^i grand rAle dans toutes ces hautes théories sur la formation des mondes, nous a conduits à examiner les hypothèses présentées sur la nature et l'origine des forces qui se manifestent dans les substances matérielles. Nous av4ins vu que les plus profonds penseurs sont

partagés sur ce point L'opinion de Leibnitz et celle de Descartes et de son école noui» ont paru insoutenables, malgré l'autorité da si grands noms, et nous avons incliné à reconnaître dans la matière une activité externe, un effort externe d'action et de réaction auquel elle ne peut rien changer elle«même. rîons admettons que toute substance est inséparable de sa nature propre, et que cette nature consiste en une certaine activité réglée par certaines lois, c'est-à-dire en certaines facultés et en certains attributs que ces facultés supposent. Les effets de cette activité diffèrent suivant les circonstances ; mais dans les substances dépourvues de liberté , des lois immuables établies par le Créateur déterminent inrariablement le rapport entre les circonstances et les réactions de chaque substance proprement dite.

Aussi, pour définir par exemple une sul»stance chimique, il ne suffirait pas de dire ce qu'elle était quand on l'a vue ; il faut dire ce qu'elle devient et ce qu elle opère dans telles et telles circonstances déterminées. Qui ne sait que les qualités d'un corps à l'état solide ont souvent bien peu de chose decomniun avec les qualités de ce même corps à l'état liquide ou gazeux ? Mais ce corps, dans les mêmes circonstances tant internes qu'externes, aurti toujours les mêmes propriétés reconnaissables. C'est ce que n'avaient pas compris les anciens, qui croyaient que la nature propre d'une espèce de corps disparaissait sans retour, quand les qualité?, considérées à tort comme distinctives, venaient à changer. Ils ont ignoré la persistance il^s substances déterminées et de leurs propriétés spécifiques dans les chan^i^ements d'état et dans les combinaisons chimiques : et c'est là une des raisons pour lesquelles ils n'ont jamais eu de chimie proprement dite, de chimie scientifique.

Mais revenons à l'attraction.

C'est à l'étude de cette force qui régit l'univers que nous en sommes restes. Nous avons repoussé rhypoUièse d'un médiateur invisible et intangible, au moyen duquel on prétend réduire l'attraction à une communication de mouvement par le contact.

Nous ne voyons qu'un système insoutenable et plein de contradictions dans l'opinion de Leibnitz, qui attribue la pesanteur et l'attraction universelle à la pression de l'élher, et dans celle de Deseartes, qui veut l'expliquer par ses tourbillons.

Des hypothèses plus récentes ne nous semblent pas plus heureuses. Ainsi, M. Gruyer (640) suppose que l'espace est rempli d'atomes d'une matière subtile, que ces atomes se meuvent en ligne droite dans toutes les directions, avec une vitesse infinie, qui compense l'extrême petitesse de leur masse, i>t qu'ils choquent avec une fréquence comme infinie chaque atome de la matière pondérable. On peut l'arrêter dès le premier pas, et lui demander d'où viennent «es atomes ei

i6W) Principes 4e phih$&phie phtfêique; Paris, ISI5, p. 407-450.

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où ils vont; quelto cause détermine la dirce* tion de. chacun d*eui, quelle cause fait qu'il y en a tout juste autant à se mouvoir dans une direction que dans une autre? M. Gruyer luiinfime comprend qu'il faut que les vitesses et les directions de ces atomes, qui se croisent sans cesse en tous les points de Tunivers, restent toujours les mêmes. Ainsi il établît, de sa pleine autorité, un principe nouveau de mécanique, en vertu duquel tout atome de matière subtile, choquant un autre atome semblable, mais immobile, imprimerait à celui-ci une vitesse é^ale à celle qu'il avait lui-même et qu'il perdrait tout entière, et» par conséqruent, deux atomes qui se choqueraient en allant également vite en sens directement contraire, se substitue^ raient chacun au mouvement de l'autre, mécanique évidem^ment en contradiction avec la mécanique générale, pour ce qui ooncerae les lois de la communication du mouvement. Combien d'autres arguments que nous omettons et qu'on pourrait opposer à cette hypothèse I

£nfin oa a voulu considérer l'attraction comme un résultat de la répulsion (6U), et celle-ci comme la seule force primitive qui s'exerce à distance. On prétend expliquer les attractions mutueUes dedeux corps pondérables par les répulsions inégales que Véther exercerait .sur eux, do même que deux corps flottants non mouillés semblent s'attirer : hypothèse gratuite, inutile, inconcevable. En effet, si entre les molécules de l'éther et celles do la matière pondérable il y a répulsion ; s'il y a répulsion entre les molécules mêmes de Téther, et s'il n'y a nulle part attraction réelle, la matière pondérable et l'éther même doivent se dissiper dans l'espace, à moins toutefois que l'éther où nage la matière pondérable ne soit renfermé en vase clos. Cest s'obstiner à vouloir expliquer le connu par l'inconnu. SI la répulsion est réelle, pourquoi l'attraction universelle, dont les lois sont mieux connues et si simples, ne le serait-elle pas? Au fond, que gagnerait-on à substituer la répulsion universelle à l'attraction universelle? 11 en résulterait tout simplement que la répulsion serait, de même que Taltraclion, une force de la matière agissant à distance.

laissons là ces vaines hypothèses, qui créent des difllcultés inextricables, pour éviter une difficulté imaginaire, et reconnaissons que l'attraction est une cause, non un simple résultat; que c'est une force proprement dite, une puissance motrice appartenant à la substance étendue et pondérable, ayant Dieu pour principe nécessaire, comme l'existence même des corps ou celle de l'ordre du monde, en un mot comme l'existence de toutes les choses dont la non*texistence n'implique point contradiction.

Quant à la répulsion, cette force antagoniste de l'attraction, elle n'a point donné lieu à de si grands déttats. Pourtant il s'est

trouvé un contradicteur dont nous dironf un mot : c'est M. Lamennais.

Ya-i'il des forces répulsitesf sedeman-îet-il. Ce serait certes quelque chose tétrangt' ment mystérieux que ces forces opposéttà la f finit/ comme à t attraction^ et qui h combattraient sans cesse: que des forces qui ttndraient directement à la séparation d$t éléments de tout ce qui est^ à la dissolution Je funivers^ Supposez que leur action^ plu» puissante que les résistances qu'elle rencontre^ eût atteint f libre de tout obstacle^ son termt dtrnier^ que resterait-il^ que subsisterait-il? Dn composés^ dissous jusque dans leurs demitm particules concevables ; Vidée même de corpi disparaîtrait; tout s^évanauirait dans la nuil de l'espace vide (W2)... C'est très-possible, mais fiourquoi supposez-vous? Avec des suppositions, on va où l'on veut. Faites ici la supposition contraire, vous arriverez i une autre contradiction avec les faits. Tous méconnaissez la première loi de Tunims, celle de la pondération des pouvoirs delà nature ; vous paraissez oublier que tout « balance et s'équilibre dans Tœuvre du Créateur, dans les forces et dans les agents^oDl il a fait dépendre la conservation et l%ar« monie du monde : Omnia in menswra et nu^ mero et pondère disposuit.

Pour M. Lamennais, le calorique, regaidé par tous les physiciens comme l'agent, sinoa unioue, du moins princi{)al, de la répulsion, est te fluide de la tie: la dilatation dans les corps est un phénomène vital.

Avec ce mot de vte , de vie universelle^ appliqué même à des êtres qui ne sont pasrivantSf on croit avoir dit quelque chose, od croit même avoir tout dit. En voyant la faiblesse des arguments de M. LameoDaii contre la loi de la répulsion, on comprend que le célèbre écrivain n'ait guère pins de chance de succès dans ses attaques contre les principes de la physique, que dans ses tristes agressions contre de hautes et saintes doctrines, dont les divins rayons ne couronnent plus son génie. Telum imbàlt «i^*

Quoi qu'il en soit des négations de M. I> mennais, la répulsion est universellemeol admise comme la cause des dilatations et d^ changements d'état des substances matérielles, et sans cette force, en effet, toutes les ondulations, par exemple celles du cajorique, de la lumière et du son , seraient lœ*

Sossibles, ainsi que l'a démontré M. hm^fous croyons donc qu'en bonne physique comme en saine philosophie, il faut «anaeltre et l'attraction et la répulsion, ces deoi modes particuliers de la force générale pr laquelle la matière agit à distance , a «»« manière continue, suivant des lois iovana* blés fixées par le Créateur,

Après cette diçression^ dont riacunaurt saisi le rapport immédiat avec le sujet qui nous occupe, nous allons rentrer dans i ei«* mcn de la théorie cosmogonique do Lap»^

(641) M. DE Saint-Venant (Mémoire sur la quesiK/aar savoir s'il curiste des masses continuée; Paris,

{U^)Ksquisse dune phUosophie^ LîS, p. 1»«

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Le point de dé|Mirt de la théorie est la supposition d*nne immense sphère entièrement sazense à une température eitrèmement éJeTée...

On voit d^à tout ce qu'il y a d'arbitraire dans ce poiot de départ. Pourquoi, en effet, ne remonte-t-on pas plus haut que la sphère pazeuse incandescente? La science et la philosophie, quand il s'agit de l'origine des choses^ permettent-elles de supposer que c'est là l'état vraiment primitif de la matière? fTantorisent-elles pas au contraire à admettre que la matière a pu |;a$ser par plusieurs autres états antérieurs avant d'arriver à celui de gaz, puisque dans les gaz les atomes sont déjà groupés en mo1<fcules? Pourc^uoi toute la matière n'aurait-elle pas été primitivement à l'état d'atomes chimiques, ou même d atomes premiers, suivant la distinction de certains théoriciens? Pourquoi même ne pousserait-on pas cette division jusqu'à l'atome du fluide universel, de VéiherY Et au delà encore, qui peut dire, gui peut ima^ncr ce qu'ont pu être la matière et tes lois gui la régissent? Qui nous déroulera la série de toutes les transformations de la matière et le

^'eo de tous ses éléments, obéissant à toutes es nécessités, à toutes les puissances et les énergies de leur nature, dans les différentes

B hases de leur existence, sous la main de lieu qui les modifiait et les dirigeait vers le çrand but de Tordre et de l'harmonie, qui devaient un jour témoigner si magnifi-

Suement de sa puissance, de sa sagesse et e sa tH>nté?

Mais puisque dans le champ infini des hypothèses, on s*est arrêté à celle d'une immense sphère de gaz à l'état d'incandescence, acceptons-la et constatons si elle peut se concilier avec les exigences et les principes reconnus de la science.

Laplace donne à cet immense amas de gaz la forme d'une iphêre. Il emprunte cette forme aux néouleuses, qui ont jeté tant d'illusions dans la tête de tous les cosmo.^onistes depuis HerschHl. Mais aujourd'hui que ces fantastiques nébuleuses se sont évanouies du ciel pour faire place à des soleils luirfaits et non embryonaires, toutes ces analogies qu'on a voulu établir entre elles et l'état primitif des choses ont disparu avec elles.

Quelle loi maintenait cet immense amas de ^z dans la forme sphérique? L'attraction? Mais la répulsion ne devait-elle pas être préi'OnJéraote et l'emporter dans cette matière ^azeuze, incandescente, puisque c*est encore ^•ujourd*hui la condition pour tous les gaz soumis à nos expériences? Il semble donc que ce n'est pas une allumera tion sphérif^ne, mais une dispersion infinie de la mat'.ère gazeuse dans l'espace , qui devait être la conséquence d'un pareil état de choses. L'attraction qui constitue la cohésion étant insensible dans les corps à l'état gazeux, ïious sommes en droit de conclure Qu'elle était nulle Jans la masse élémentaire aont il

s'agit. Y avait-il l'attraction atomigne appe- * lée affinité? Pour que ce mode d action de l'attraction puisse s exercer, plusieurs conditions sont nécessaires : il ne suffit pas que la matière soit gazéifiée, il faut déplus, pour qu'il y ait combinaison, qu'il y ait pression et par conséquent résistance. D'où est venue cette pression? Qui est-ce qui a produit cette résistance dans une matière élémentaire foi^ mée de gaz essentiellement élastiques, incandescents et soumis à une expansion indéfinie en tous sens? Evidemment il n'y avait pas de pression, et par conséquent pas de combinaison possible. Ainsi, on ne voit pas qu'il pût y avoir place pour aucune des espèces connues d'attraction. Nous venons de voir que dans une immense sphère de matière nébulaire ou gazéiforme à l'état d'incandescence, comme celle que Laplace a supposée, il n'y avait place pour aucune des espèces connues d'attraction. Nous pourrions tittenclre que l'illustre géomètre ait assigné, en de hors du Créateur, une origine acceptable de cette grande loi du monde physique. En attendant qu'on la découvre, nous la supposerons trouvée, et nous allons voir où elle peut nous cooduire.

D'abord, où la placerons - nous ? Sans doute au centre de I immense masse globulaire. Mais alors les éléments de la nébuleuse, à mesure qu'ils se solidifieront par le refroidissement, iront se précipiter vers le centre qui les attire, et nous n'aurons ainsi qu'un globe solide énorme au lieu d'un système de globes. Comment préviendronsnous ce grave inconvénient? Par le mouvement de rotation qui déterminera l'action de la force centrifuge, antagoniste de l'attraction, ainsi que le prétendent les iiartisans de la théorie astronomiitv-chimique. Soit 1 Mais d'où naît un pareil mouvement dans la nébuleuse? Ici encore se présentent de nouvelles et inextricables difficultés.

Eu effet, comment mettre en mouvement sur elle-même cette immense sphère de va-* peurs, dont l'énorme expansion devait embrasser au moins l'énorme sphère de Neptune ? Parmi les lois de la physique ou de la mécanique, en connalt-on une seule d'où l'on puisse déduire l'origine du mouvemen »de rotation ? Laplacen'en connaît aucune. Cepen dant « cette masse, dit M. Henri Martin, ne pouvait avoir un mouvement naturel de rotation ; car, pour produire un tel mouvement dans une sphère entièrement çazeuze, il faudrait produire sé{)arément, suivant ui\ même axe, des révolutions de même durée pour toutes les couches concentriques dont elle se compose, en appliquant à ces couches des forces centrales et des forces tapgepr tielles différentes, suivant le rayon de cha-^ que couche. Or il est impossible de conce*i voir une cause physique qui donne ce ré-« sultat (643). »

Nous avons admis l'attraction, guoiqu'op ne donnât aucune raison de son origine dans l'hypothèse de Laplace. Admettons de même

i^5} PkUm^hietpiriî. delà nature^ C. Il, p. 196.

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D.CTIONNAIRË 4)£ COSMOGONIE

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j8 mouTeroent gyraioire et procédons à la formation de notre système planétaire.

La nébuleuse tourna sur elle-même. A mesure qu^elIc se refroidit, des masses s*en détachent par Teffet de la force centrifuge* Voici d'abord la planète Leverrier ou c[uei« que autre planète inconnue plus éloignée encore, qui se détache de la première^ couche équatoriale condensée de l'atmosphère solaire.

Cette couche équatoriale, on le suppose ,

Î>ossède une force centrifuge suffisante pour iaire équilibre à Tattraction centrale, et par conséquent elle peut se soutenir indépendMument de la force d'expansion des couches antérieures concentriques, sur lesquelles dès lors elle a cessé de peser, Figure^YOus donc un anneau qui, pour Neptune, par exemple, avait au moins deux mille quatre cent millions de lieues de diamètre. £h bien I c'est avec cet anneau prodigieux qu'il faut faire une planète, un globe. Cherchez à vous rendre compte de la manière dont le phénomène a dû s'opérer; comment les éléments de Tanneau qui se trouyaient à deux mille quatre cent millions de lieues, sont venus trouver ceux qui étaient placés à l'autre extrémité du diamètre. Vous répéterez ladite opération autant de fois que vous aurez de planètes à former. Puis, quand vous aurez ainsi obtenu toutes les planètes, ne croyez pas que votre construction est achevée. Que votre monde est bàtif que tous les problèmes cosmogoniques sont résolus. 11 vous faudra encore, premièrement, répéter la même opération pour obtenir chaque satellite. Oui, les planètes une fois formées et tournant sur elles-mêmes , on ne sait pourquoi, émettront à leur tour, et à l'instar de la masse primitive d'où elles sont sorties,

f)lus ou moins d'anneaux qui deviendront eurs satellites.

^ Vous aurez, secondement, à expliquer l'origine de la force tangentielle, dont La* place ne s'occupe iias, trouvant plus commode, sans doute, de prendre comme un fait les mouvements elliptiques des planètes. Cependant, sans impulsion primitive, ce mouvement elliprique des planètes, quand même on le supposerait éternel, n'en serait \ias moins un effet sans cause (iii^k).

Ce n'est pas tout. Puisque Tattraction agit en raison directe des masses, la sphère solaire , perdant de sa masse chaaue fois qu'une couche équatoriale s'en détachait pour former une planète, a dû faire varier le mouvement de la première planète délachée autant de fois que celte opération s'est renouvelée, c'est-à-dire au moins dix à douze fois. Ainsi pour Uranus, par exemple, l'attraction ne serait aujourd'hui que le dixième de ce qu'elle était à l'origine, et il en aurait

(644) La foc3 fan^enliclle d'une planète est civile qui la porte à suivre une laiigenle à son orbile. Cette forceesldiie à Fimpulsion primitive par laquelle cette plancte^a été lancée dans Tespace, impulsion

3ui, pour aucune des planètes, n'a passé par le centre c gravite. Le c;;rccau qui roule sous les coups de baguette de Tcnfant se meut en vertu de la force

été de môme proporlionneUement po«r tootes les autres planètes. Chaque m(xnficatio& dans le mouvemeal d'une planète a dûeo déterminer une autre dans sa forme, et p^r suite amener une série de variations profondes dans tout l'ensemble des phénomène) qui se rapportaient à e«tte planète.

On fait sortir les satellites de la masse des planètes : ils devraient donc participer i la nature de la masse d'où ils tirent leur origine ; cependant la lune, par exemple, e'a pas d'atmosphère, tandis que la terre eo i | une. D'où vient encore que, parmi ces phnètes, il en est qui n'ont pas de satellites on qui n'en ont qu'un, tandis que d*aiitres en ont jusqu'à sii, sept, etc.? Enfin, commem expliquer l'origine des comètes? Lesferi4 on venir, comme les planètes, de la mm gazeuse principale? Pourquoi alors ne sontelles pas soumises aux mêmes lois de foriM et de révolution...?

Combien d'objections nouvelles ne pourrions*nous pas soulever contre celle audacieuse et vaine hypothèse I Mais c'est assei. Terminpns par une réflexion d'un Hm\ illustre qui a passé sa vie dans les pliu hautes contemplations de la nature et u ses lois :

Le monde dee formations céUttes âoitèn accepté comme un fait^ comme une ionmn tutelle qui se dérobe aux spéculutionsit Vesprii par l'absence de tout enchatnmm visible de cause à (ffet. En d'autrn /rrniu, les rapports de grandeur absolue et àt poii* tion relative des axes^ les relations (fui txik tent dans le système planétaire entre k$ d» sitéSj les durées de rotation et les excenim tés^ ne nous paraissent pas autrement nérft^ saires dans la nature aue la diitrihuiin rebuive dts axes^ les relations qyÀ ei\t\n\ dans les contours de ses continents onkkiii teur de ses chaînes de montagnes ; poitU dth générale qu'on puisse établir. Sous ces dirm rapports^ dans les deux ou dans les inéçalità des couches terrestres, ce sont autant ûtjcii* naturels produits par le C4^nflit de forcet ffw^ tiples qui ont agi autrefois dans de$ rondc tions tout à fait inconnues (645).

Ainsi donc, dans cet ordre de baut« spéculations, on sent h chaque pas la n^ silé de recourir à une intelligence qiù > conçu et exécuté un plan d'ordre et d'banionie, d'invoquer la volontéd'un législalear qui a imposé dos lois à la matière pav 1 exécution de ses conceptions et pour « conservation de son œuvre à mesure qo'^!^^ se développait. Mais quelles étaient ces loti. Oui peut le dire? 11 est probable qu* écha})peront toujours aux invesligalionsd^ la science, et que « celui qui a étend» le» cieux et donné la loi à toute leur arine« {Isa:, XLV, 12)^ s'en est réservé le secfel.

tnnjji'nlîolle. Si le coup de baguctle ëfaîl frappé >H« le diaméln», le cerwaii potin ait éîre projHeen!>^ droite, tiiuis il ne (ournei'ait pas sur lui-iM«w- ^* a ralcuié que Tiin pulsion pour la terre a an pA^ par un point situe à neuf lieues envirou tk- tw centre.

{i}Vô) De Hlmbolj>t, Cosmos, 1. 1'% p. IW.

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