M.VM
ET DE PALEONTOLOGIE.
MâM
D*apr&s ce qui précède J on voit que le mammouth, au lieu d*élre à poils ras comme les éléphants actuels de linde et de TAfrique, était pourvu d*uue enveloppe de fourrure velue et très-épaisse, qui était probahiement aussi impénétrable à la pluie et au fibid que celle du bo^ musqué (653). Tout porte donc à croire que cette espèce avait été dotée par la nature de tout ce qui pouvait la mettre à même de résister aux vicissitudes d'un climat septentrional. £n outre, il est ceftain que depuis le moment où les scjaelettes du rhinocéros et de Télépbant ci -dessus décrits furent ensevelis dans la Sibérie, au 6k* et 70* degrés de latitude oerd, le sol dut rester gelé, et Tatmosphèrcr conserver une température presque aussi basse que celle qui y règne aujourd'hui.
L'ivoire que l'on trouve dans toute la partie septentrionale de la Russie, est, suivant Tiiesius, d'une telle fraîcheur, que l'on a pu faire des ouvrages au tour avec les milliers de défenses fossiles qui ont été déjà tirées de cette contrée, et dont on fait un commerce considérable, sans compter l'immense quantité qui en reste encore. Quant aui squelettes d'éléphants fossiles que renferme cette même partie de la Russie, il pense que leur nombre surpasse encore de beaucoup celui de tous leseléph^ntj; qui vivent actuellement sur la surface entière du globe.
Mais lorsqu'il s'est trouvé enlièremeot dégagé, ranimai a glissé au bord de la mer, et là il esl devenu la pâture des ours blancs, et les sauva^^es ont scié les défenses qu*il n a plus été possible de trouver. Tel qu'il est cependant, c'est encore un trésor qui oe peut être déprécié que par Tid^ de ce qu'on aurait pu avoir. J*ai soulevé la télé pour ma part. Cesl un poids pour deux maîtres et pour deux laquais. J'ai touché et retouché Toreille encore tapissée d€ poil. J'ai tenu sur une table et examiné tout à mon aise le pied et une petite portion de la jambe. La sole, en partie rongée, avait plus d'un pied de diamètre; la peau esl parfailementconservée ; les chairs racornies ont abaodomié la peau et se sont durcies autour de Fos; ce^ndant roJeur est encore tfèsfu.leel Irès-désagreable. Cinq ou six fois de suite, j*ai porté le nez sur celte chair. Jamais Fhomme le plus voluptueux n'a humé le plus délicieux parfum de rOrient avec la suavité du plaisir que m*a causé rôdeur fétide d'une chair antédiluvienne putréfiée. — Maintenant, monsieur le eomte, que monsieur de Biiffon vienne nous faire des contes de fées sur le refroidissement du globe ! Si l'on cueillait la pèche M I ananas sur les bords délicieux du WaigaU; si les animaux du tropique vivaient dans ces belles con trée», quelle magie a conservé les parties tendres de leurs cadavres, je ne dis pas dans les premières couches de terre meuble, mais au-dessus même de In surface de la terre comme vous venez de le voir. La montagne de glace qui entourait le mammouth «'esl-eUe Torméc pendant qu'il faisait chaud? ou bien le cadavre s*est-il conservé en* attendant qu'il lit froid, etc. ? •
{Leitre de Jf • ie eomte i. de Matstre à If. le comte He VurgaOf à Caglieri, Si-Pétersbourg, l*' nov. 1807).
(055) Fllmirt, £d. ne». phiL jownu^ n* xii, p. 285.
Bien que Tévèque Héber affirme avoir vu {Narr. o( a journal througk the upper protinces of india, — f Sécil d'^un voyage dans les provinces supérieures de rinde, vol. Il, p. 166-210), dans la chabie infériem-e
Bien que récemment on ait découvert des débris oe mammouth dans les roches de limon gelé et de glace qui, dans la baie d*£schscnoltz (Amérique russe» lat. 6G' N.), s*étendent à Test xlu détroit de Behring, on ignore quelles pouvaient être, au juste, les limites des régions occupées par cet animal. A mesure gue la fonte de la glace occasionne ïa destruction de ces rocher, les défenses et les ossements qu'elles renfermaient retombent sur le sol, n*a van t plus d*appui pour se soutenir ; et le limon qui était mélangé avec la glace, laisse échapper une irès-forte odeur de matière animale (G5V).
Lorsqu*oo réfléchit aux différents faits qui viennent d*ètre énumérés, on se trouve naturellement porté à en conclure qu*une vaste région de TAsie centrale, comprenant peutêtre la moitié de la partie méridionale de la Sibérie, dut jouir, à ure certaine époque de rhistoire du globe, peu éloignée, géologiquement parlant, de la période actuelle, a*uii climat assez doux pour produire les pâturages nécessaires à la sulisistance de nombreux troupeaux d*éléphants et de rhinocéros ap^ parienanià des espèces distinctes de celles qui vivent de nos Jours. On croit, en général, que les grands nerbivores exigent pour leur nourriture une végétation excessivement ai)ondante ; mais, suivant M. Darwin, c*cst là une erreur complète, et qui provient^ dit-
des montagnes de rilimalaja, vers les limites nordest du territoire de Delhi , entre les 29' et 30* d^és de latitude, un cléphaitt indien de petite taille couvert d^une épaisse fourrure, ce témoignage ne suffit pas pour dttruire Topinion génératemeiil admise que la variété dont il s*agit est excessivement rare. If. Roy le (ex -inspecteur du Jardin botanique de la Compagnie des iiidcs orientales, à Sabarunpore) qui se trouvait dans Tlude au moment où le journal de Tévèque Héber parut, se l.vra vainement à toutes les recherches possibles pour ot>tenir quelques preuves certaines de Teiistence de ces élénhanl>, dont au reste, il n*avait jamais entendu parler jusqu'alors, quoique demeurant à Saharuupore, par 30* de latitude nord, c*eslrâ-dire précisément à Vextrimile septentrionale de la zôiie des éléphants. D'un autre côté M. Everest ne fut guère plus heureux; c:ir, après s'être livré aux mêmes recherches, il obtint, pour tout renseignement, le récit d*uncrencon« tre faite h Delhi d*uii seul de ces animaux, dont le corps était revêtu de longs poils extrêmement touffus. La plus grande hauteur, dit M. Everest, à bquelle on rencontre réiépbant sauvage dans les montagnes au nord du Bengale, correspond à un eerUin endroit que Ton nomme >bhun ; cet endroit, dont rélévalion surpasse de 4,000 pieds (plus de 1,200 mètres) le niveau de la mer, est s.tué sous le 31' degré de latitude nord. Sa température moyenne annuelle peut-être de 64» P. (I7« 78 centiç.) environ; quant à ses extrêmes de température, ils offrent une différence qui s'élève jusqu'à 36* F. (20* cent!g.) â peu près; la température movenne de janvier étant de 45* (7* 22 centig.)»el celle de juin , qui esl le mois le plus chaud, de Ht» F. (27* 22 oenifg.) {EsEULsr.Onclimauof foss.Eleph.^ journ. ofAsiat. Soc. ^ Sur le climat des éléphante fossiles, par Everest ; Journal de la Société asiatique. — K* 25,
(05 i) Voi|«2 la description de ces ossements, par le d' BiCKLAîm, Appen. to Beechey^s Voy. (Suppiéiiiciit au Voyage de IWccliey.)
MAM
DIGTI0I<(NAIR£ DE COSMOGONIE
MAM
Uk
i\f des données que nous possédons sur VInde ' et les iles indiennes ; ces données nous ayant accoutumés à associer^ dans notre imagination^ de nombreuses troupes éTéléphants à atmmenses forêts^ et à d'impénétrables jungles. Cependant^ en réalité^ ces deux circonstances ne se trouvent pas toujours réunies^ ainsi que les parties méridionales de V Afrique^ compris ses entre le tropique du capricorne et le cap de Bonne-Espérance en fournissent la preuve. Ces régions, quoique stériles et désertes^ sont remarquables par le nombre et la grandeur de leurs quadrupèdes indigènes ^ parmi lesquels on compte un éléphant^ cinq espèces de rhinocéros, un hippopotame, une girafe ^ le buffle du Cap, Vélan, deux zèbres, le quagga, deux gnous, et plusieurs antilopes. Le nombre des individus dont ces diverses espèces se composent est, du reste en rapport avec celui des espèces elles-mêmes. Ainsi, par exemple, le ' docteur Smith raconte qu'en une journée de marche qu'il eut occasion de faire sous le 2i' degré de latitude sud, il rencontra, sans d/* vicr beaucoup ni d'un côté ni de l'autre, cent cinquante rhinocéros et plusieurs troupes de girafes; ceux qui raccompagnaient avaient tué huit hippopotames la nuit précédente. Ce-
Îendant le pays ne produisait que quelques erbes, et quelques buissons dont la hauteur ne dépassait pas quatre pieds (1 "* 4) ; les mi' mosa arborescentes s'y trouvaient en plus petit nombre encore, de sorte que les chariots \ dss voyageurs n'étaient pas entravés dans leur marche, qu'ils pouvaient suivre à peu près en en ligne droite (655).
Pour expliquer comment un St grand nombre d animaux peuvent trouver une Alimentation suffisante dans ces régions , on a supposé que le bois taillis dont ils font leur nourriture ordinaire était d'une nature
. très-nulritîve. On a remarqué, de plus que, si la végétation ne devait pas être regardée comme très-abondante, sa croissance, en revanche , était des plus rapides. Aussitôt , dit le docteur Smith, qu'une place a servi de pâture aux animaux de ces contrées, elle 5e retrouve couverte d'une végétation nouvelle. En somme , il demeure constant, toutefois, que, mal|4,ré la prompte reproduction de la végétation, la quantité de nourriture nécessaire aux grands herbivores est définitivement bien moindre qu'on ne le croit ordinairement. M. Darwin pense que la somme . totale de la végétation qui, en un temps donné, recouvre le sol de la Grande-Bretagne, doit être dix fois plus considérable 3ue celle qui , sur un espace égal, se prouit vraisemblablement dans les parties intérieures de l'Afrique méridionale (656). On remarque en outre , comme exemple du peu de rapport qui existe entre l'abondance de la nourriture et la dimension des mammifères
; indigènes, que , tandis que la partie déserte de l'Afrique méridionale renferme un nombre si considérable de grands animaux, le Brésil,
(655) Dakwin , Journal of Traveti in S. Am^a, etc., 183i-1836; Voyage du Heagle, p. 98.
<C*a3) Dabwin Journal of tràveU in S. Amerka,
dont la végétation est d'une richesst et d'une vigueur sans égales , ne possède pas un seul grand quadrupède sauvage (637).
Bien qu'il n'y ait nul doute que de nombreuses troupes de mammouths et de rhinoiéros ne pourraient aujourd'hui vivre
f rendant toute l'année dans la Sibérie, dont e sol reste couvert de neige tout l'hiver, ce n'est pas à dire, pour cela, qu'une végétation propre à nourrir ces grands animaui naît pu , jadis , croître et prospérer entre les 40* et 60* degrés de latitude nord.
D'après le docteur Fleming, la nourritun que l espèce wtuelle d'éléphants préfire ne peut nullement nous mettre à portée de déterminer celle de l'espèce éteinte, ni même de former une conjecture probable à ce sujH. Aucun de ceux, dit-il, qui connaissent k caractère araminivore de nos bêtes /aurei, telles que le chevreuil ou le cerf, n'auraient pu supposer que le lichen fût la nourritutî du renne.
Plusieurs voyageurs rapportent que, malgré le froid excessif qui, relativeoQent à la partie occidentale de l'Asie, règne aujourd'hui à parité de latitude dans la partie orientale de ce même continent, on retrouve dans cette région , non-seulement des forêts de sapins, mais aussi des bois de bouleaux, de peupliers et d'aunes, qui s'avancent, en bordant la Lena , jusqu'au 60* degré de latitude nord.
On a prétendu également qu'ainsi qu'à l'époque actuelle les animaux des climats septentrionaux émigrent suivant les saisons, il se pourrait aussi que l'éléphant et le rhinocéros de Sibérie eussent eu pour habitude de se rapprocher du nord en été. Le bœuf musqué abandonne chaque année ses quartiers d'hiver méridionaux, et traverse la mer sur la glace pour aller patlre pendant quatre mois, de mai à septembre , les riches pâturages de l'île Melville, située sous le 75* degré de latitude. D'après cela, ne doiton pas supposer que, durant les vives chaleurs des courts étés du nord , les manin.ouths pouvaient, sans dépasser le cercle arctique, aulantque le bœuf musqué, étendre leurs excursions depuis les régions centrales ou tempérées de l'Asie, jusqu'au 60' parallèle de latitude?
Or, dans ce cas , la conservation de leurs ossements, et même quelquefois de leur squelette entier, dans la glace ou dans le sol gelé, peut s'expliquer, sans qu'il soit nécessaire, pour cela, d'admettre aucune révolution subite , soit dans l'ancien climad soit dans l'état primitif de la surface du
flobe. Il y a tout lieu de supposer qû« époque où vivaient Téléphant et le rhinocéros dont les espèces sont éteintes, les basses terres de la Sibérie s'étendaient moins vers le nord qu'à présent ; car on sait que les strates qui forment ces basses terres, et dans lesquelles sont enfouis leurs T[)ssemenls, lu*
etc., p. 9lD. ,
(657) BuRCHELL, cité par Darww, iM., p- 1<'>'
MâH
ET DE PALEONTOLOGIE.
UèM
rent, à Torigioe , déposées soas la mer/ On sai^en outre, d*après les faits, que le voyage de Wangrel , exécuté en Iffif, ISKel 1823, a si bien mis en évidence qu'un soulève* ment lent da sol , analogue à celui oui s'opère dans une partie de la Suède, a lieu en ce moment, d'une manière incessante, sur les bords de la mer Glaciale. Ainsi donc, de même que les rivais du golfe de Bothnie augmentent d'étendue, non-seulement par Tenet des sédiments qu'y apportent les rivières, mais aussi par suite de l'élévation, et conséquemmentdtt dessèchement du fond de la mer, de même il se pourrait qu'une semblable combinaison de causes eût, dans les temps modernes, occasionné l'amandissement de la bande de terre basse, où ont été trouvés, en Sibérie, des coauilles marines et des ossements fossiles. Ln tel changement dans la géographie physique de .cette ré^on tendrait nécessairement, en impliquant l'accroissement constant des terres arctiques, à augmenter Vin tensi té des hivers. Or, ne doit-on pas conclure de là qu'avant que la terre ferme eût acquis une aussi grande étendue vers le nord , Thiver et l'été de la Sil>érie offraient des différences de température moins considérables que celles qu'ils présentent aujourd'hui^ et n'est-il pas, en outre , extrêmement proliable que c'est plutôt à nneaugmenlation du froidde l'hiver, qu'à une diminution générale de la température moyenne annuelle , qu*est due l*extinccion définitive du mammouth et de ses contemporains?
En jetant un coup-d'œil sur la carte, le lecteur verra comment, à présent, toutes les gv^ndes rivières de la Sibérie coulent du sud au nord , se rendant de régions tempérées vers des régions arctiques ; et eomment, par suite de cette direction, elles sont toutes, ainsi que le Mackensie. dans l'Amérique du Nord , sujettes à des débordements considé* râbles ; circonstance qui s'explique par la grande quantité d'eau courante que ces rivières reçoivent dans la partie supérieure on Déridionale de leurs cours, alors qu*elles sont complètement gelées, sur une étendue de plusieurs centaines demiiles près de leurs emiiouchures , où elles restent bloquées par la glace pendant six mois de Tannée. Dans cet état de choses, on conçoit ce qui doit natorellement avoir ^îeu: ces eaux courantes, ne trouvant pas d'issue , se répandent sur la glaee; souvent, aussi, elles changent de direction et entraînent avec elles, soit des lorèts entières qnand elles en rencontrent sur leurs passages, soit d'énormes quantités de terre et de gravier, mêlés de glace. Or, les rivières de la Sibérie étant au nombre des plus grands cours d'eau du monde (le Jé- Biséi a 2,500 milles ou 900 lieues de longueur, et la Lena, 2,000 milles, ou plus de 700 lieues), on conçoit facilement que les aniiBaua qui tombent dans leurs eaux peuvreot non-seulement se trouver transportés à de très-grandes distances, dans la direction
de la 'mer Arctique, mais aussi qu*avant d'arriver à cette mer ils peuvent échouer sur la glace, ou même être gelés par suite de leur ensevelissement dans quelque masse de glace. D*un autre côté , ne serait-il pas également possible que plus tard, la glace venant à se rompre, ils continuassent leur marche vers TOcéan, et qu'ensuite ils finissent par être ensevelis dans les dépôts fluviatiles et sous-marins qui , d'ordinaire, s'accumulent près de Tembouchure des rivières.
M. de Uumboldt a remarqué que , près des bords de la L.éna, à quelques pieds de profondeur, le sol reste toujours gelé sur une épaisseur consiJéral>le. Or, on comprend qu'un squelette, qui, dans un tel climat et dans une telle réi^ion, viendrait à êlre enchAssé dans la glace et le limon , pourrait bien y rester indéfiniment sans être atteint de putréfaction (658j. Aujourd'hui, suivant le professeur Baér, deSaint-Péterst>ourg, la terre se trouve constamment gelée jusqua la profondeur de MO pieds ( 122 mètres environ ) , à Yakutzt « ville située sur la nve occidentale de la Léna« au 02* degré de latitude nord, et à six cents milles ( plus de 800 lieues) de distance de la mer polaire. Ce fait n'autorise-t-il pas à supposer que, dès l'époque à laquelle vivait le uammouth,c'est-èAlire lorsque la partie basse de la Sibérie avait moins a'étendue vers la nord, et que son climat était par conséquent pins tempéré qu'il ne Test à présent, le froid avait déjà assez d'intensité pour que les rivières, coulant dans la direction où eHes coulent encore aujourd'hui, puissent, après avoir entraîné du sud au nord les corps des animaux qui s'étaient noyés dans leurs eaux» donner lieu à leur ensevelissement dans des glaces flottantes et dans du limon gelé.
S'il est vrai que le squelette du mammouth dont nous avons parlé ait été trouvé enfermé dans de la glace, sans mélange de limon » on pourrait supposer que l'animal avait été englouti sous quelque amas de neige. Suivant le docteur Richardson , dans certaines régions du nord de l'Amérique, actuellement habitées par un grand nombre de quadrupèdes herbivores, les neiges se convertissent souvent en glaciers permanents. Ces neiges sont poussées par le vent sur les flancs des roches escarpées , où elles forment des talus inclinés, de plusieurs centaines de pieds de haut; puis, ^uand vient le dégel, des torrents se précipitent des hauteurs enrironnantes , en* traînant avec eux du terrain d'alluvion et du gravier. Ce sol nouveau se recouvre bientôt de végétations, et protège la neige qui Ini sert d appui contre l'action du soleil. L*eatt pénètre parfois, il est vrai, dans les fissures et les pores de la neige ; mais , comme elle y gèle aussitôt ; elle ne fait que hâter la trans» formation de la masse en un seul glaçon compacte. Or, les choses se passant de la sorte, on comprend qu'il puisse arriver quelquefois que les animaux qui paissent dans les vallées situées sur les bonis de la
(198) llca90L»T, Fra§m:ttU de gé4À0^'e et de ciimaloiogie 9$iatijue%^ t. H, p. r*03.
MaR
DICTlONNAiRH DE COSM0GO?ilE
MAR
tu
ou de quelque rivière « au pied de rochers analogiaes 'a ceux dont il vient d'êlrc question, se trouvent engloutis dans les neiges, et que ces neiges, une fois transformées en glat^ons solides, les transportent vers les retiens f/olaires.
En définitive, toutes les considérations auxquelles nous venons de nous livrer ^lortent h croire que le mammouth, de même que quelques autres quadrupèdes éteints, conforinésde manière.à vivre sous les hautes latitudes, ont très-bien pu habiter la partie septentrionale de TAsie, à une époque où le climat était plus doux et plus uniforme qu*il ne Test à présent. Les terrains dans lesquels se trouvent les mammifères éteints, dont il a été précédemment question , appartiennent à Tépoque tertiaire fa plus moderne; quant aux dépôts tertiaires les plus anciens, la nature des coquilles fossiles qu*ils renferment, attestent une température d'autant plus élevée quMls datent d*une période plus reculée. Ainsi, par exemple, on trouve dans les plus anciens de ces dépôts , désignés sous le nom d*éocèncs, des coquilles du genre nautile et divers reptiles tels que certains crocodiles et certaines tortues de mer et de terre , qui offrent , sous le rapport de leur structure , quelque analogie avec ceux que de nos jours on ne rencontre que dans des latitudes très-chaudes.
MARBRES. Voy. V Introduction.
MARCEL DE SERRES. — Comme nous Tavons vu à Tarticle Jours — fériodbs, ce savant soutient la théorie des époques indé* terminées. Ce système naquit vers la fin du siècle dernier, et fut principalement soutenu
f»arDeluc (Foy. cemot). Il consistée regarder es six jours delà créationcommeautantde périodes d*uneduréeindéterminée. Ce furentles travaux de Cuvier qui contribuèrent surtout adonner quelque crédit à cette opinion. On sait que Cuvier, pour expliquer la formation des teirains de stratification , admettait jusqu'à quatre ou cinq envahissements successifs do la mer sur les continents. On 5*empara de ces idées et on essaya de les ajuster au texte de la Genèse. M. Marcel de Serres a composé un livre exprès sur ce sujet. C'est Tauteur qui a le mieux formulé et le plus habilement soutenu cette thèse. Voici ce système tel qu'il est développé par le savant professeur de Montpellier, dans un de ses principaux ouvrages, la Cosmogonie de Moïse,
' Suivant M. Marcel de Serres, par les mots in principio^ il faut entendre une période indéfinie qu'on peut supposer avoir précédé de plusieurs millions d années les six jours ou les six époques de la création ou organisation du monde , mentionnées dans la Genèse. C'est dans cet immense intervalle que Dieu créa la matière ou la substance dont les planètes, les étoiles et tous les corps célestes sont composés, ainsi que Kéther et les attnosphères dans lesquelles les astres sont disséminés.
Ecoulons Fauteur lui-même développant ses idées.
« Moïse parait avoir distingué dans son récit deux sortes de créations : Tune, générale et primitive qui eut lieu au commenr^ ment;raulre, particulière à noire globe^ qui so rapporte aux temps plus récents, où, dans sa sagesse infinie, Dieu trouva Imaden orgaixiser la surface et de la peupler d'èir& vivants.
« D*après ce grand législateur, la matière qui compose les coi'ps célestes , la terre et les autres corps planétaires, aurait étérré^e dans le principe. Ces mots au commencement indiquent une période indéfinie, biefi antérieure aux époques également indélerminées, pendant lesquelles le g!obea()n5 sa forme sphéroïdale, et a reçu lés vé^élam et les animaux qui devaient y répandre h vie et le mouvement.
« Pendant ha preiaTère pézmle^ o» pbiùi au commencement , ainsi que le ])orte le texte hébreu. Dieu créa la matière, on k dont il forma le ciel et la terre , car, cçîVà toute la matière. Par l'effet de sa touti^poi^sance, la substance dont les étoiles, ks planètes et tous les s^ sternes stellaires sotii composés, ainsi que 1 éther et les atmosphtres dans lesquelles les astres sont disséminés. sortirent du néant. Ils précédèrent donc L^ disposition et larrangement propre à chamo des corps célestes. A cette primitive cr» tion du ciel renfermant les systèmes stejhires et la terre se rapporte le premier lenel de la GemiMt^ Au commencement JHtu cm ce qui fut les deux et la terre.
« C'est donc sans fondement que ecrîaioi commentateurs ont traduit ce pasfa;ee3 disant que Dieu aurait créé au premier jour les cieux et la terre, car nulle part Muk n'affirme que la terre soit sortie du néaniw preinter jour, mais bien au comment emeni. Or, par ces mots , il faut entendre une période indéfinie , suivie également d*éfK>qu^ indéterminées dont rien ne peut faire appivcier la durée. Pendant ces époques sucit-ssives ont eu lieu les diverses opratiOG' physiques, ouïes différentes modificatiohs delà surface du globe dont nous devons ii connaissance à la géologie,
a Le premier verset de la Genèse s'octnpe de la manière la plus explicite de la en^sM de l'univers. D'abord du ciel, c'est-à-dir^dJi l'espace où sont disséminés les différeou corps célestes et planétaires , enfin , du système général des astres. En second lieu , tii* la terre qui, désigne, particulièrement notn planète ; partie uu monde qui intére^s;^ >'^
f>lus Thomme et que la Genèses eu partin* ièrcment en vue.
« Le législateur des Hébreux ne oau5 1 fourni aucune donnée sur la longueur <^ cette période , antérieure aux six époqut* de la création. Faute de notions à cet é^^» on peut supposer que des milhonsdannéf»
ont rempli I intervalle indéfini qui sépare ie commencement de la première époque, oa la terre reçut une forme et des dispositioos nouvelles.
« Suivant nous, la matière qui conip*^ les cieux et la terre aurait été créée lu coo-
MAft
ET DE PALEONTOLOGIE.
MAR
nenccment. Elle n*atirait reçu et pris sa forme et sa'disposi (ion actuelle, que pendant les SIX époques de la création; tandis que, suivant d autres naturalistes, les événe* ments géologiques qui s*y sont succédé auraient eu lieu pendant cette première période. Ces diverses manières d'entendre le récit delà création ne portent nullement sur son exactitude, mais sur la justesse de Tune ou de Tautre de ces interprétations.»
Ainsi, M. Marcel de Serres distingue deux grandes périodes : l'une qui se rapporte au commencement des choses et à leur état pour ainsi dire rudimentaire; il la nomme
Î période universelle , parce qu'elle embrasse a création de l'universalité des corps célestes et planétaires; l'autre période qu'il aduiet, a reçu le nom de période céleste et terrestre. C'est pendant cette période que les corps célestes et planétaires de notre système solaire reçurent leurs formes et leurs dispositions actuelles.
Arrivé aux opérations des six jours, M. Marcel de Serres traduit ces six jours par six époques. Il se fonde sur ce que l'exprès-, sion hébraïque tom, rendue* en grec par e^c^K, en latin par diesy désigne souvent dans ces langues, une épojiue d'une durée indéterminée. Comment, d ailleurs, suivant r4»bservation de Deluc, Moïse aurait-il pu assimiler à des jours de vingt-quatre heures» les premiers jours génésiaques, puisque le sr» leil qui les mesure ne fut disposé pour !^ite Gnqu*à la quatrième époque. Puis, si :e:â jours étaient des jours ordinaires, ils ont iùm avoir un soir et un matin : pourquoi l(f ne cette redondance inutile de vespere et hane qui revient comme un refrain après :h0que journée? En répétant à chaque lom |u*iJ aeu son soir et son matin, Moïse n'a- -il i)as voulu nous indiquer que de grands K)uicversements l'ontdistinguéde l'ère suivante? Un autre argument tiré du texte onfirme ce sentiment. Après 'chaque jourlée , i*éc;ivain sacré a soin de nous avertir >ar les mots fuit vespere et fuit mane^ qu'elle st complètement écoulée. Mais, lorsqu'il est [uestion de la septième époque, il ne parle »las du soir et du matin. On se demande la ause de cette omission et d'une exception ussi remarquable.
En dehors de c^tte interprétation, nul lojen, suivant M. Marcel de Serres, de se endre compte de la formation des terrains rimitifs et de sédiment. En effet, ces derîers, formés par un grand nombre do ruches p aussi différentes par leur nature Mimique que par* les êtres qu'elles recèlent, nt oteessairement exi^é pour leur précipi* tiioQ de longs intervalles ^ c^r, toute dispoiien en couche indique des dépôts lents et iccessifs de substances suspendues dans n \iquide. De plus, l'étude de ces couches émontre à chaque pas qu'à la suite de leur irmation, elles ont dû être brisées, iucJiées, relevées, tordues» bouleversées, phé* orijénes qui ont dû exiger des intervalles e temps plus ou moins longs.
Ce n'^st pas tout. La diversité de nature
ciiimiquc de ces tranches ne permet pas non plus de douter qu'elles n'aient été formées à des époques distinctes et très-éloignées les unes des'aulres. Les fossiles qu'elles recèlent en si grand nombre viennent encore à l'appui de celle assertion. Enieffel, ces corps organisés changent com]»léleraenl dans leurs caractères spécifiques , suivant la situaliou ou la profondeur ùes formations où ils sont ensevelis. Enfin, les animaux qui fourmillent au milieu des divers déj;ôts de sédiment s'y trouvent dans les âges les plus différents, circonstance qui ne j>eul se concilier avec une création aussi prompte q.:c le serait colle des six jours. Les faits physiques nous disent donc qu'il s'est écoule un long inlervalle entre la première apparition de la vie sur la terre et celle de 1 homme, et de plus grands encore, antérieurement à ces deux époques.
Concluons donc que, si l'on se refusait à suivre rinterprétatiou présentée plus haut , il serait à peu près impossible de donner au récit de Moïse un sens raisonnable, et surtout de le faire concorder avec les faits les plus positifs et les mieux démontrés.
Après ces préliminaires qui constituent , comme on le voit, le fond principal du système, M. Marcel de Serres arrive à Texplication de chacun des jours-périodes de la création.
Le premier jour, ou plutôt la première époqiie, nous offre la terre déjà créée , passant de l'état vaporeux de$ nébuleuses a un certain degré de solidité produite par l'effet du rayonnement de la surface du globe. Le toou boou on Vinanis et taeua de la Vulgate, désigne une matière qui n'est ni solide ni liquide , une matière sans forme quelconque, mais susceptible de prendre toute espèce de figure. Le spiritus Dei ou vent de Dtfu n'est qu'un vent impétueux qui soufflait sur les eaux. L'état delà terre, au commencement de cette époque, paraît donc avoir été le même que celui par lequel ont passé tous les corps planétaires, ces corps ayant été,,àlcur origine, gazeux ou à l'état de vapeurs. Ici , M. Marcel de Serres appuie son opinion sur Texistence des nébuleuse?, dont plusieurs semblent indiquer que les particules gazeuses qui les composent corn* mencent à se réunir en noyaux liquéfiés et deviennent peu à peu solides.
Le mot hébreu or ou aor, en latin fur , s'applique aussi bien à la chaleul* ou au feu et à la tiamme qu'à la lumière. Cette lumière n'est qu'un effet des vibrations où des ondulations de Téther, excitées par des causes guelconques. A la voix de Dieu, la lumièie jaillit de l'obscurité qui avait régné jusquelà sur la terre, et c'est ainsi quon doit^ entendre la séparation de la lumière d'avec les ténèbres.
Le mot ereb ou hereb {vespere) opposé à boker {mane), doit être pris, comme nous l'avons vu plus haut, iiour fin d'une période ou d'une époque, etooA'er pour le temps qui la précède ou qui l'ouvre, c'es'.-à-dirc
MaR
DICTiONNAIRH DE COSMOGONIE
IfAR
lié
ou de quelque rivière « au pied de rochers analogues % ceux dont il vient d*étrc question, se trouvent engloutis dans les neiges, et que ces neiges, une fois transformées en glanons solides, ies transportent vers les régions polaires.
En définitive, toutes les considérations (luxquelies nous venons de nous livrer portent h croire que le mammouth, de même que quelques autres quadrupèdes éteints, conformésde manière à vivre sous les hautes latitudes, ont très-bien pu habiter la partie septentrionale de TAsie, à une ét)oque où le climat était plus doux et plus uniforme qu*il ne Test à présent. Les terrains dans lesquels se trouvent les mammifères éteints, dont il a été précédemment question , appartiennent à répoque tertiaire fa plus moderne; quant aux dépôts tertiaires les plus anciehs, la nature des coquilles fossiles qu'ils renferment, attestent une température d'autant plus élevée qu'ils datent d'une période plus reculée. Ainsi, par exemple, on trouve dans les plus anciens de ces dépAts , désignés sous le nom d'éocènes, des coquilles du genre nautile et divers reptiles tels que certains crocodiles et certaines tortues de mer et de terre , qui offrent , sous le rapport de leur structure , quelque analogie avec ceux que de nos jours on ne rencontre que dans des latitudes très-chaudes.
MARBRES. Voy. V Introduction.
MARCEL DE SERRES. -- Comme nous l'avons vu à l'article Jours — fériodbs, ce savant soutient la théorie des époques indé* terminées. Ce système naquit vers la fin du siècle dernier, et fut principalement soutenu
f»arDeluc (Foy. cemot). Il consistée regarder es six jours de la création comme autantde périodes d'uneduréeindéterminée. Ce furent les travaux de Cuvier qui contribuèrent surtout adonner quelque crédit à cette opinion. On sait que Cuvier, pour expliquer la formation des teirains de stratification, admettait jusqu*à quaire ou cinq envahissements successifs do la mer sur les continents. On s'empara de ces idées et on essaya de les ajuster au texte de la Genèse. M. Marcel de Serres a composé un livre exprès sur ce sujet. C'est l'auteur qui a le mieux formulé et le plus habilement soutenu cette thèse. ¥oici ce système tel qu'il est développé par le savant professeur de Montpellier, dans un de ses principaux ouvrages, la Cosmogonie de Moïse.
' Suivant M. Marcel de Serres, par les mots in principio^ il faut entendre une période indéfinie qu'on peut supposer avoir précédé de plusieurs millions d années les six jours ou les six époques de la création ou organisation du monde , mentionnées dans la Genèse. C'est dans cet immense intervalle que Dieu créa la matière ou la substance dont les planètes, les étoiles et tous .les corps célestes sont composés, ainsi que Téther et les atrnosphères dans lesquelles les astres sont disséminés.
Ecoulons l'auteur lui-même développant ses idées.
« Moïse paraît avoir distingué dans son récit deux sortes de créations : l'une, générale et primitive qui eut lieu au commenrc^ ment; l'autre, particulière à notre globe, qui so rap^)orle aux temps plus récents, où, dans sa sagesse infinie, Dieu trouva Imnd'eu organiser la surface et de la peui)lcr d'êtres vivants.
« D*après ce grand législateur, la malièrp qui compose les coi'ps célestes , la terre c( les autres corps planétaires, aurait étérré{e dans le principe. Ces mots au commencement indiquent une période indéûnie, hm antérieure aux époques également indélerrainées, pendant lesquelles le globe a pris sa forme sphéroïdale, et a reçu lés vé^élaui et les animaux qui devaient y répandre la vie et le mouvement.
« Pendant ha preiaière p4àodc^ owpbiDi au commencement , ainsi que le porte le texte hébreu. Dieu créa la matière, ou ce dont il forma le ciel et la terre , car, c'est là toute la matière. Par l'effet de sa touttvpuissance, la substance dont les étoiles, l6 planètes et tous les systèmes stellaires sont composés, ainsi que 1 étber et les atmosphères dans-lesquelles les astres sont disséminés, sortirent du néant. Ils précédèrent donc 1? disposition et l'arrangement propre à chaetiii des corps célestes. A cette primitive création du ciel renfermant les systèmes stellaires et la terre se rapporte le premier ferset de la GemiMt^ Au ammeneemenî Dieu m ce qui fut les deux et la terre.
« C'est donc sans fondement que ccrtaios commentateurs ont traduit ce pasFa^ecn disant que Dieu aurait créé au premier jour les cieux et la terre, car nulle part Mobi* n'affirme que la terre soit sortie du néanio» premier jour, mais bien au commememe^.
Or, par ces mots , il faut entendre une période indéfinie, suivie également d'é|ioqu« indéterminées dont rien ne peut faire apprécier la durée. Pendant ces époques sucressives ont eu Heu les diverses o{)ératido$ physiques, ouïes différentes modificatioB> de la surface du globe dont nous devousia connaissance à la géologie,
« Le premier verset de la Genèse s'occupe de la nianière la plus explicite de la cn^atian de l'univers. D'abord du ciel, c'est-à-dir<'-ti« l'espace où sont disséminés les différents corps célestes et planétaires , enfin , du sptème général des astres. En second lieu , «i" la terre qui, désigne. particulièrement notr» planète ; partie au monde qui intéreîsi '^*
f)lus l'homme et que la Genèse a eu particuiôrement en vue.
« Le législateur des Hébreux ne nou5 a fourni aucune donnée sur la longueur ^^ cette période , antérieure aux six époquo de la création. Faute de notions à cet ép^ on peut supposer que des millions d'années ont rempli I intervalle indéfini qui sépare ie commencement de la première époque» « la terre reçut une forme et des disposition nouvelles.
« Suivant nous, la matière qui compo* les cieux et la terre aurait été créée au cos^
ET DE PALEONTOLOGIE.
MAR
nenccment. Elle n*durait reçu el pris sà forme et sa'disposition acluelle, qne pendant les six époques de la création; tandis que, suivant d'autres naturalistes, les événements géologiques qui s*y sont succédé auraient eu lieu pendant cette première période. Ces diverses manières d'entendre le récit delà création ne portent nullement sur son exactitude, mais sur la justesse de Tune ou de Tautre de ces interprétations. »
Ainsi, M. Marcel de Serres distingue deux grandes périodes : l'une qui se rapporte au commencement des choses et à leur état pour ainsi dire rudimentaire; il la nomme hériode universelle y \mrce qu*elle embrasse la création de Tuniversalité des corps célestes et planétaires; lautre période qu'il admet, a reçu le nom de période céiette et terrestre. C'est pendant cette période que les corps célestes et planétaires de notre système solaire reçurent leurs formes et leurs dispositions actuelles.
Arrivé aux opérations des six jours, M. Marcel de Serres traduit ces six jours par six éj)oques. Il se fonde sur ce que l'expression hébraïque lom, rendue en grec par i^ifm^ en latin par diet^ désigne souvent dans ces langues, une époque a*une durée indéterminée. Comment, d'ailleurs, suivant Tobservation de Deluc, Moïse aurait-il pu assimiler à des jours de vingt-quatre heures, les premiers jours génésiaques, puisque le soleil qui les mesure ne fut disposé pour cette fin qu'à la Quatrième époque. Puis, si ces jours étaient des jours ordinaires, ils ont dû avoir un soir et un matin : pourquoi donc cette redondance inutile de vespere et w^ane qui revient comme un refrain après chaque journée? En répétant à chaque lom qu'il aeu son soir et son matin, Moïse n'at-il pas voulu nous indiquer que de grands bouleversements l'ont distingué de l'ère suivante? Un autre argument tiré du texte confirme ce sentiment. Après 'chaque journée , réc;ivain sacré a som de nous avertir par les mots ^ttiïvejpffe eifuit mane^ qu'elle est complètement écoulée. Mais, lorsqu'il est question de la septième époque , il ne parle plus du soir et du matin. On se demande la cause de cette omission et d'une exception aussi remarquable.
En dehors de cette interprétation, nul moyen, suivant M. Marcel de Serres, de se rendre compte de la formation des terrains primitifs et de sédiment. En effet, ces derniers, formés par un grand nombre de couches f aussi différentes par leur nature chimique qne par les êtres qu'elles recèlent, ont nécessairement exi^é pour leur précipitation de longs intervalles , car, toute disposition en couche indique des dépôts lents et successifs de substances suspendues dans an liquide. De plus, l'étude de ces couches démontre à chaque pas qu'à la suite de leur formation , elles ont dû être brisées, inclinées, relevées, tordues» bouleversées, phénomènes qui ont dû exiger des intervalles de temps plus ou moins longs.
Ce n'est pas tout. La diversité de nature
chimique de ces tranches ne permet ^as non plus de douter qu'elles n'aient été formées à des époques distinctes et très-éloignées les unes des'autres. Les fossiles qu'elles recèlent en si grand nombre viennent encore à l'appui de cette assertion. En effet, ces corps organisés clian^cnt complètement dans leurs caractères spécifitpies, suivant la situaiiou ou la profondeur des formations oti ils sent ensevelis. Enfin, les animaux qui fourmillent au milieu des divers cléi;ôls de sédiment s'y trouvent dans les âges les plus différents , circonstance qui ne j>eut se concilier avec une création aussi prompte q::e le serait celle des six jours. Les faits physiques nous disent donc qu'il s'est écoule un long intervalle entre la première apparition de la vie sur la terre el celle de I homme, et de plus grands encore, antérieurement à ces deux époques.
Concluons donc que, si l'on se refusait à suivre Imter^rétatiou présentée plus haut , il serait h f«eu près impossible de donner au récit de Moïse un sens raisonnable, el surtout de le faire concorder avec les faits les plus positifs et les mieux démontrés.
Après ces préliminaires qui constituent , comme on le voit , le fond principal du système, M. Marcel de Serres arrive à Texplication de chacun des jours-périodes de la création.
Le premier jour, ou plutôt la première époque, nous offre la terre déjà créée , passant de l'état vaporeux des nébuleuses à un certain degré de solidité produite par l'effet du ravonnemenl de la surface du globe. Le toou hoou 0!i Vinanis et raeua de la Vulgate, désire une matière qui n'est ni solide ni liquide , une matière sans forme quelconque, mais susceptible de prendre toute espèce de figure. Le spiritus Dei ou rent de Dieu n'est qu'un vent impétueux qui soufflait sur les eaux. L'état de la terre, au commencement de cette époque, paraît donc avoir été le même que celui par lequel ont passé tous les corps planétaires, ces corps ayant été,^leur origine, eazeux ou à l'état de vapeurs. Ici , M. Marcel de Serres appuie son opinion sur l'existence des nébuleuse?, dont plusieurs semblent indiquer que les particules gazeuses qui les composent commencent à se réunir en noyaux liquéfiés et deviennent peu à peu solides.
Le mot hébreu or ou aor, en latin fux, s'applique aussi bien h la chaleur ou au feu et à la uamme qu'à la lumière. Cette lumière n'est qu'un effet des vibrations où des ondulations de Téther, excitées par des causes quelconques. A la voix de Dieu, la lumièi e jaillit de l'obscurité qui avait ré^né jusquelà sur la terre, et c'est ainsi quon doit^ entendre la séparation de la lumière d*avec les ténèbres.
Le mot ereb ou hereb {vespere) opposé à boker {maneU doit être pris, comme nous l'avons vu plus haut, uour fin d'une période ou d'une époque, eiooker pour le temps qui la précède ou qui l'ouvre, c'es'-à-dirc
MAI
DICTIQNNAIRE DE COSMOGONIE
MAR
pour le commencement de cette même ipoque.
M. Marcel de Serres déTeloppe ainsi ses idées.
« Si nous comparons laVulgiateaTec la version des Septante qu*ont suivie saint Chrysoslome et l*Église d*Orient, cette dernière semble plus d*accord avecrilébreu. D'après celle-ci» la terre était d*abord invisible et incomposée, ce qui rappelle beaucoup mieux Tétat primitif de notre planète que la traduction de Sacy et la paraphrase du Père de Carrières. D'après ce dernier, auquel on doit le texte de la Bible de Vence, la terre était aux premières éi>oques de sa formation toute nue, sans fruits et sans ornements.
« Ëvidemment cette paraphrase est loin de donner la moindre idée de cet état primitif de la terre, véritable chaos, que les Septante nous représentent dans un état com- £let de diffusion invisibilis et incomposiia. es ténèbres couvraient alors la suriiiee de rabtmA.
«LaVulgatecommet une autre inexactitude, en disant que la lumière fut faite, ce qui semble indiquer une sorte de création , et non un mouvement imprimé à la matière , dont Teffet fut rémission de la lumière. Dans le texte hébreu t il y a littéral^eni . lumière soit ^ et lumière fut; car, entre la volonté divine et TexécutioB , il n*y a point dlntervalle. Ces expressions donnent la plus haute idée de la puissance de Dieu , qui exécute au moment où il veut et où il
Earle. Elles ne sont pas seulement admirâtes par leur concision; elles le sont surtout par leur justesse. Elles confirment tout ce que les sciences modernes nous ont appris sur la production et la marche de la lumière, dont la vitesse est si prodigieuse.
1 Arrêté dès le début de notre travail par les imperfections que nous avons cru reconnaître dans la Vulgate et la version des Septante, nous avons cherché à nous rendre compte de la véritable pensée du législateur des iiébreux. Pour bien la saisir, nous avons essavé de traduire le premier chapitre de la Geneêe et une partie du second; voici les versets que nous venons de rappeler. Ce qui est la terre était une matière informe et dans U chaos. Les ténèbres couvraient Pablme^ et tes vents agitaient la surface des eaux. — Dieu dit : Que la lumière soit et la lumière fut, — Dieu vit que la lumière était 6onne, et il la sépara d^avec les ténèbres. — Dieu nomma la lumière jour^ et les ténèbres nuit ; de la fin jusqu'au commencement ce fut la première époque.
« La première observation que nous ferons sur le texte hébreu, dont nous venons d'essayer la traduction, se rapportera à boou ou bou que nous avons rendu par chaos. Saint Jérôme Ta traduit par tacua et ntAt/, et Pagnin Ta considéré comme synonyme de vacuum et d*tnane. Ces diverses interprétations s'accordent très-bien avec notre manière d'entendre le mot boou; car une matière qui n'est rien, qui est vide et sans
forme, ne peut être ni solide, ai liqaidc, puisqu'elle aurait pris une forme quelconque : comme le texte dit positivement qu*elle n'en avait aucune, on ne peut entendre le mot boou qu'en concevant la terre dans un état vaporeux et dans une sorte de chaos. Aussi rétat primitif de notre planète a-t-il été considéré, par le plus grand nombre des commentateurs de la Bible , comme un mélange désordonné de tous les éléments constitutifs du globe, en un mot, comme le chaos des anciens qu'aucune lumière n'éclairait encore.
« Pour concilier à peu près toutes les opi* nions, Noël a traduit le mot 60011 par matière gazeuse, susceptible de prendre toute espèce de forme, circonstance exprimée par l'expression tohou et t'oU jointe à la première. D'après tous les traducteurs, cette expression se rapporte h une chose informe, qui est cependant susceptible de recevoir et de prendre toute espèce de figure; re$ informa^ apta ad recipiendam omnem formam,
« Quant aux mots rouar elotm qu oh a traduits par l'esprit de Dieu, ils paraissent é^lement avoir été mal saisis. L'expression rouar signifie plutôt vent ou air {ventut tel aer) qu'esprit, par lequel elle a été rendue. De môme le mot eloim ou aeloîm qui vient k la suite du précédent, donne 1 idée d*on très-grand vent : les Hébreux exprimant quelquefois le superlatif, en ajoutant aa positif, le mot aeloim.
^ Ainsi vent de Dieu^ ne veut dire autre chose qu'un très-grand vent, ou un vent im-
Sétueux. Du reste, rouar eloim peut signier mot à mot souffle de Dieu , ce qui est synonyme de vent ou d'un courant d'air. Quant au mot ae/oim, on ne T^oute à un autre que pour lui doàner de l'importance, c'est-à-dire pour exprimer le superlatif. - < Ces expressions ne signifient donc autre chose , si ce n'est que le vent ou l'air voltigeait sur la surfilée des eaux. Du moins, le mot merachephet dérivé du verbe roehaph, le movercj volitare^ exprime uniquement Vidée d*un corps qui se meut et Toltige. Cette interprétation, adoptée par Arius M ontanus, a été suivie par plusieurs autres commentateurs, qui ont considéré le mot rouar comtoe exprimant, au propre, Tair en mouvementoa le vent, et au figuré , l'esprit. C'est aussi ce
3ui nous a porté à traduire ce passage, en isant que les vents agitaient la surlace des eaux.
•r On se demandera, sans demie, quel étaU donc cet état primitif de la terre V^^.^ Septante nous représentent comme invisibw et incomposé, ou n'ayant aucune forme dé« terminée que la vue pût saisir. Cet état paraît avoir été le même que celui par lequel ont passé tous les corps planétaires, ces corps ayant été à l'époque de leur origiA^ gazeux ou è l'état de vapeurs.
« Cette opinion, fondée sur des faits déjà assez nombreux, a porté Herscbell à adroit* tre que la matière dont les mondes sont fermés a été d*aboni à l'état d*éther ou à Téta gazeux. L'observation des nébuleuses, duDt
MAR
ET DE PALEOMOLOGiE.
UAR
SU
le nombre est si considérable lans Tunivers, Ta conduit h ce résultat; parmi ces nébuleuses, il en est plusieurs qui semblent indiquer que les particules gazeuses commencent à se réunir en noyaux liquéfiés, e* deviennent peu à peu solides, Téclat de ces points augmentant, à mesure que la lumière diffuse perd de son intensité.
« Ces différences correspondent probablement aux diverses phases par lesquelles un monde passe, depuis l'époque de sa formation jusqn à ceHe de sa concentration , ou plutôt de sa solidiflcation.
« Les données les plus positives fournies par Tastronomie et la géologie, indiquent également que la terre, comme les autres corps planétaires , a été primitivement à Tétat gazeux. Ainsi tous les matériaux liquides et solides, qui composent aujourd'hui le globe terrestre, occupaient jadis un espace beaucoup plus étendu qu'actuellement.
«I Cet état primitif de la terre se rapprochait beaucoup de celui sous lequel les co« roètes se présentent à nous. Ces astres, qui semblent aux premières époques de leur formation, cessent d'être visibles lorsque leurs vapeurs se condensent en un noyau solide, lequel nous échappe dans l'immensité de Tunivers par suite oe son extrême petitesse. Les comètes acquièrent cette solidité, par Teffet du rayonnement de la chaleur; elles ne se maintiennent donc à l'état aériforme que jusqu'au moment où l'excès de leur température s'est dissipé à travers les espaces célestes.
« Pour terminer ce que nous avons à dire sur le texte des versets de la G^nise, qui se rapportent à cette première époque, nous ferons observer que le mot h^eb ou trebf xesptr opposé à boker, mane, est pris le plus ordinairement pour fin d'une période ou d'une époque. Boktr s'entend au contraire pour le lemps qui la précède ou qni l'ouvre, interdum no% tam de primo diei tempore^ quam rei oui aciionit de aua agitur^ disent tous les commentateurs. On ne s'écarte donc pas du sens véritable et littéral du texte, en traduisant boker par commencement et ereb par fin.
■ D'après Fabre d'Olivet^ le mot hereb' signifierait encore obscurité, ténèbres, le couchant ou Toccident, ce qui indiquerait la fia d'une période. Boker serait au contraire, la lumière, l'aube ou l'orient* c'est-à-dire le commencement d*une période (659). •
OHBmvATio?rs sur ceiie première période, — On treavera la réfutation des opinions soutenoesdans ce jpmrêgrajpbe à l'article Jocbs- PÉBiODBs, à l'article GonsFaer, etc ; on aura remarqué que là où M. Marcel de Serres ▼oit un reni violeni , M. Godefroy place du co/ortffKe. M. Marcel de Serres traduit aussi 1 immms et tacma du deuxième verset par état aaaiiformê ou mébmkâre de noire planète. rkms avons vu à l'article GooKraoT ce qu'il IMIml penser de cette singulière interpietation« A fait aussi intervenir les nébuleuses
et même les comètes à l'appui de son opinion. Les unes sont des chimères» les autres sont de la nature la plus problématique du monde. Yoy. Nébuleuses et Comètes. Ait mot JouEs-PÉBioDEs nous avons discuté le sens de vespere et de mane.
Passant au second jour, M. Marcel de> Serres traduit rakia (firmamentum) parfirmamentf mais en faisant remarquer que cette expression n*a aucun rapport avec quelque chose de dur et de solide comme les cieux de cristal de Ptolémée. Pour lui, rakia signifie Vespaee^ Vélendue^ ou les corps qui y sont répandus , ou Tatmosphère de la terre, laquelle est destinée à séparer l'eau à l'état de vapeur de l'eau dans sa forme liquide ou concrète, ou enfin ce mot désigne la matière éthérée, fluide immense dans lequel roulent et circulent les astres. M. Marcel de Serres . distingue le firmament du ciel dans lequel Dieu placera les astres au quatrième jour, d'avec le firmament de l'almo^bère.
Voici la traduction des 6% 7* et 8* versets par M. Marcel de Serres. Nous citpns à la suite l'interprétation qu'il donne de ces troia versets.
« Dieu dit quU y aii un inierralle au milieu de$ eaux et qu^il sépare lejt eaux dCaieee les . eaux. — Dieu éienaii le firmament et sépara lu eaux qui étaient au'de$$o%u du firmameni de eelleê qui étaient au-deêtue. Il en fut ainsi. — Dieu appela le firmament cieuw. De la fin jusquau commencement ce fut la se-conde époque.
« La pnnripale difficulté que fait naître le texte dont nous venons d'essaver la traduetion , tient au véritable sens du mot hébreu rakia. Quoique nous l'ayons rendu par firmament , nous devons faire remarquer que cette expression n'a aucun rapport avec, quelque chose de dur et de solide comme les cieux de cristal de Ptolémée. Si, avee tous îes commentateurs, nous l'avons traduite, par firmament, c'est faute d'autre expression plus convenable, car au propre elle i signifie étendue ou espace. M. Cahen Ta si . lûen entendu dans ce sens, qu'il dit que. Dieu disposa des luminaires dans l'étenaue.. du ciel. . *
. c Mais comme l'espace ne peut être vide, , on doit le supposer rempli d'une matière , rare, subtile, éminemment légère etdéli^<9, , comme paraît être la matière éthérée. Oè« lors le mot rakia s'app»lique aur corps parvenus au plus haut point d'amincissement t ou de ténuité dont ils peuvent être suscep- » tibles. Dans Tidée de rEcrituret cette ma-., tière éthérée est en Quelque sorte destinéeuà soutenir les corps célestes qui ne sauraient^ la pénétrer. Elle cède cependant aux efforts des corfis légers et se combine avec ceux qui sont aériformes; ainsi, elle à pu être appelée . solide et ferme* en un mot firmament» par rapport aux astres qui j sont dissimiaés.
« Quoique dans sa signification prpiure al . absolue, 1 expression rakia désigne Peàpaoe ou l'étendue, elle a i^rfois un sens bêau-
(C5?) Cùsmogomê ie Moisi. U V\
DicTio7(!«. Dâ CosMOGOsn ET DE Pitéoirrotoegi;
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
MAR
coup plus limité el relatif aui nîatières ou eux copps qui y sont réi)andus. Lorsqu'elle m rapporte à la terre, elle s'applique à Tatxoosphère qui l'eatonre. Si, au contraire, elle comprend l'ensemble des corps célestes, elle désigne pour lors la matière élhé- •rée, fluide immense dans lequel roulent et circulent ces crstres^
- « Aussi, d'après cette idée, des commentateurs ont considéré te firmament comme une condition de l'affermissement, des planètes dans leurs orbites, en vertu de la loi centrifuge qui les empêche de tomber sur leurs soleils par l^ffet de la gravitation.
* Du reste, lorsque Moïse veut exprimer rinfluence du firmament sur les choses de la terre, il emploie uniquement le mot de firmament. Ainsi, à la seconde époque où l'écrivain sacré s'occupe de notre planète et de la séparation des eaux, il dit : Que le firmament ou l'atmosphère soit fait au milieu des eaux.
« Lorsque, an contraire. Moïse veut exprimer la matière éthérée qui entoure les virps célestes, autres que la terre, tel est, pttr exemple, le soleil, il ne dit plus le firmament, mais le firmament du ciel
«Ainsi on lit dans le quatorzième et le cfuinzième verset de la Genèse : DixU autem Deuê : fiant luminaria in firmamento cœli ut hêeeant in firmamento cœh. Cette interprétation n'empêche nullement de considérer, avec la Genèse^ le firmament comme étant la même chose que le ciel. Nous-mêmes nous comprenons sous le nom de ciel ou de firmament> non-seulement la matière éthérée et les corps célestes |ui y sont répandus , mais encore l'atmolsphère qui, d'après Moïse, est destinée è séj^arer les eaux d avec les eaux. Dans les idées d^ ce grand législateur, il ne s-agit nullement d'une mer courbée en forme de voûte autour de la terre, mais de Teau dans son état gazeux, que l'air sépare d'avec l'eau dans sa fbrme liquide ou concrète.
•««Ainsi, lorsque l'expression rakia est synonyme de ciel, elle comprend non-seulement l'espace dans lequel roulent les astres stellaires, espace rempli par la matière éthérée, mais encore ces corps célestes eux-mêmes. Lorsque cette expression se rapporte uniquement à la terre, elle parait ne s appli- (I)ier qu'à la couche aérienne oui l'entoure ou à 1 atmosphère, tandis qu'elle a un sens plus ëtenân lorsqu'elle est employée avec le mot cali et que le texte hébreu dit le firmament du ciel. Alors elle ne se rapporte pins qn'è la matière éthérée répandue dans respace de l'univers.
« Dieu, s'occupant des dispositions nouvelles à donner a notre globe, fit le firmament, rakioj et sénara les eaux qui étaient ail-dessous de celles c|ui étaient au-dessus, c1sst^^-dire des eaux disséminées en vapeurs tlMa l'atmosphère. Le mot rakia comprend ici l'atmosphère qui sépare les eaux d'avec lés eaux, puisque celles qui s'y trouvent h l'état aériformc s'y maintiennent tant qu'elles
conservent cet état, e.t que l'eau dans sa forme liquide existe principalement à Usurbcedn globe.
« D'un autre côté, lorsque Dieu donne aux astres, tels que ie soleil et la lune, la faculté de répandre la lumière sur la terre, cesl dans le firmament du ciel qu'il les place, mais! non dans le firmament de l'atmosphère. Ainsi sous le nom de firmament du ciel. Moïse p^ ratt avoir compris l'espace rempli par la matière éthérée, et sous celui de Crmament l'espace occupé par Tair almosphériaue.
«Le motraiia, si notre manière de Tinterpréter est fondée, aurait ainsi plusieurs significations, comme l'expression iclmmam traduite successivement par »>r.ôc, caium, et enfin par ciel, mais dont le sens est beaucoup plus étendu- Cette expression, toujours au duel ou au pluriel, semble annoncer qiie les Hébreux distinguaient plusieurs régioos célestes (6G0}. »
OesEnvATioN.— Pour M. Marcel de Serres, le firmament c'est Talmosphère, la matière éthérée, le ciel. Nous avons vu au motGow- FROY que, pour celui-ci, le firmament c^csl Vattraction: il réfute du mieux qu'il peut le sentiment de M. Marcel de Serres.
Passons à l'œuVre du troisième jour.
A la troisième époque appât tiennent la formation de VOcéan, l'exhaussement des continents au-dessus des mers primitives, le soulèvement des montagnes et l'apparilion des végétaux. Comme on a découvert des animaux à respiration aérienne au milieo de cette végétation primitive et que les animaux n'ont été créés qu'à la cinquième épo- 3ue, M. Marcel de Serres s'eSTorce de résoure cette difliculté en disant que Moïse q'i Eas dû s'arrêter à des faits aussi peu doidreux que ceux qui établissent la présence des animaux à respiration aérienne lors de la formation des terrains houillers. L'auteur pense que la beauté et l'étonnante vigueur de cette primitive végétation doit être allribuée, d'une part, à l'absence d'animaux lerrestres, et, d'autre part, à l'excès d'aci.e carbonique qui existait alors dans Tatmosphère.
Voici comme M. Marcel de Serres s'exprime sur cette troisième épogue :
« A la troisième époque. Dieu réunit les eaux pour en former la mer. La matière aride parait et reçoit le nom de terre. La vie aj existe pas encore ; mais, par l'effet de b toute-puissance du Créateur, la terre se codvre bientôt de plantes heri[)acées« d'arbres el de végétaux de toute espèce.
« On lit en effet dans ta Genèse : Dieu et Que les eaux gui sont sous le ciel se rassemblent en un seul /teu, et que Vêlement ariàt paraisseJl en fut ainsi. — DieunommaNlémesl aride^ terre^ et le rassemblement des ewur merf. Dieu tit que c était bien. ~ Dieu dit : Que U terre fasse germer des rcffétaiionSf rkeréi avec sa semence^ les arbres fruitiers eeec Itun fruits^ chacun selon son espèce et renfermait levtr semence en eux-mêmes pour sereprodutr*
(CCÛ) Cosmogonie de !doi$c, toni. I", pag. i3 et sulv.
Mvn
ET DE PALEOMOLOGiE.
SLVR
$ûr la terre. Il en fui ainsi.^La terre prodvUit des tégétauT^ de rherbeportent sasemence, leg arbres fruitiers renfermant ieytr semence^ tha^ cun selon son espèce. Dieu rit que c était bien. — De la fin jusqu'au commencement ^ ce fut la troisième époque.
« La formation de TOcéan ou des mers a, d*après ce récit, précédé Tapparitioa des continents.' Les Septante ont traduit ce passH^e en çiisanl : Quêtes eaux qui étaient so-is ks deux se rassemblèrent en un seul endroit^ et que la partie solide parut. Ce fait est con*^ firme par les observations géologiques. Elles prouvent que les mers ont recouvert la plus grande partie de )a surface de la terre, et que .es continents n*ont pris que peu à peu leur conû^uration et leur étendue actuelles.
« D après Moïse, comme d*après les faits, les premiers êtres qui ont embelli les terres mises à découvert, sont les végétaux : premièrement les plantes herbacées, en second lieu les arbres. Ce grand écrivain distingue d*abord un germen et met constamment le mot kerbam avant lignum^ quoique les arbres frappent bien plus les regards que les herbes proprement dites
« On a accusé Moïse d'erreur, parce qn*à ses yeux les végétaux auraient précédé les animaux, fait que ne conflrme point Tobser* ration des couches fossilifères les plus an^* ciennes.
« En efifet, des animaux de mer se mon^ trent ensevelis au milieu des couches de transition où Ton découvre également les premiers végétaux terrestres et marins, en sorte que d après les observations géologiques, Forigine des plantes et celle des animaux dateraient de la même époque.
« Il j a plus, ces mêmes terrains de tran-* sition et les dépôts houillers qui leur ont succédé recèlent quelques insectes. Ces animaux à respiration aénenne annoncent, aussi bien que les végétaux , qu'il existait à ces anciennes époques des terres sèches et dé*» oouTertes. D'un autre c6té|, la simultanéité de leur existence prouve que les uns et les antres ont vécu à la même époque. Il faut bien admettre cette conséquence , puisqu'ils se rencontrent dans les mêmes couches de transition.
« Sans doute ces observations sont incon* teslabi^ mais en les opposant au récit de récrivais sacré, on n*a pas assez remarqué qtie« d'après les termes généraux de son réciu Moïse ne devait pas s'arrêter à des faits atissi peu nombreux que ceux qui établissent la prâence des animaux à respiration aérienne lors de la primitive végétation. Des reeherabes trte-minntieiises ont été nécessaires pour découvrir quelques traces d'insectes terrestres au miueu des terrains inlormédiaires et houillers. A peine connattnn maintenant quelques individus qui aient en une pareille station, et l'on Tondrait que Hofoe se fût occupé d'une si minœ exeeptimil
« Il n*j a du moins aucun parallèle à étal»Ur entre les proportions des anciens végétaox et des anioiaux lerrestires. Les premiers
sont hors de toute comparaison sous ce rap*. port avec les seconde, dont la rareté est exttèm's et qui se rapportent uniquement à des insectes. Il y en a peut-^ire moins encore lorsqu'on compare Ici uns et les autres à l'époque de la formation des terrains houillers, époque la plus éminemment végétale des temps géologiques.
« Si les végétaux et les animaux terrestres ont existé en même temps, il y a des difT^ rences extrêmes entre les deux règnes, sous )e rapport de leur importance relative et de leur développement. Aussi peut-on dire avec quelque fondement que les végétaux terrestres ont réellement précédé les animaux qui ont le même genre de station ; car tandis que les premiers se font remarquer par leur abondance, les autres se signalent j-ar leur excessive rareté.
« On dira peut-être qu'outre les animaux terrestres, l'époque de transition a vu également apparaître sur la scène de l'ancien monde des végétaux et des animaux marins. Moïse n'a rien dit ni des uns ni des autres, nous ne devons pas nons en étonner. Ces détails de l'ancienne création devaient nécessairement échapper dans le grand tableau qu'il nous en a tracé, avec d'autant plus de raison, que les plantes marines de ces époques ont été fort rares, soit relativement à leurs espèces, soit par rapport è leurs individus.
« Les animaux terrestres ont paru lors de la période de transition ; ils ont commencé par un très-petit nombre d'insectes. Ces articulés ont été comme la première annonce des animaux qui consomment beaucoup d'air ; du moins ces derniers n'ont brillé que fort tard sur la scène de l'ancien monde. Les insectes, les oiseaux et les mammifères n'ont existé en grand nombre que lors de la période tertiaire, une des plus récentes des temps géologiques.
«Sans doute, dans l'immense intervalle oui a séparé ces deux grandes périodes, bien a'aulres animaux qui respiraient aussi l'a r en nature ont fait partie ae l'ancienne créa* tion. Mais leurr* esjfèces appartenaient aux reptiles, animaux qui consomment peu d'air* et qui se tiennent encore dans les lieux les plus infects et les plus insalubres. Ces habitudes, propres aux grands reptiles actuels, et le çenre d'habitation qu'ils ont à peu près choisi exclusivement , semblent indiquer que ceux de l'ancien monde ont fort bien pu , TiTre dans une atmosphère chargée d'jine irrande quantité d'acide carbonique et sous 1 influence d'une température très-élevée« La composition de l'atmosphère de cette période a singulièrement fevorisé la primitive végétation, mais elle a nui au développement des animaux terrestres. Ils s'y décou vren t à peine, leur organisation ne pouvant s'accorder avec les cTrconstances d'un monde si différent du nôtre.
• La partie la plus étendue du globe était pour lors recouverte par les mers; dont les eaux ne devaient pas avoif de» propriétés contraires à la vie.On doit les supposer pro-
MVR
DICTIONNAÎRE DE COSMOCOME
MAR
près à favoriser le développeraent des aoiîDtiux, car leurs profondeurs semblent avoir été remplies, comme celles des mers actuelles, par une grande quantité d^spèces appartenant à des classes assez variées.
t Les mers de cette période ont nourri T)ôn - seulenfffmt des animaux invertébrés, Jïârmi lesquels on distingue des zoophytes, dQS£innélides,des crustacés, des mollusques, mais encore des vertébrés, c'est-à-dire des poissons de l'ordre des ganoïdes et des sauroïdes.Ces derniers ont participé à la fois du caractère des reptiles et des poissons ; aiissi^ i raison de cette circonstance, on leur a donné le nom de sauroïdes, dérivé du mot grec (TaOctc, qui signifie lézard.
«Le caractère mixte de ces anciens poissons, qui n'ont rien de commun avec les espèces vivantes^ semble fte s'être perdu ddns rette classe qu'après l'apparition d'un grand nombre de reptiles. Il en a été de même des . 5inguliers animaux de cet ordre, qui ont été si nombreux lor^ de la période secondaire. Leurs raf[>pofts avec les poissons les ont fait hommer ichtyosaures et pléstosaureê. Ce qui nst remàrqiial)le,cesfeptiles participaient en même temps du caractère des maovmifères marins ou des cétacés. Enfin les grands léxards terrestres de la même époque ont aussi quelques-uns les caractères des pachydermes, sortes def mammifères terrestres à peau épaisse, dont les éléphants et les rhinocéros nous donnent des exemples, et dont la créafirin a eu lieu beaucoup plus tard.
« Les sauroïdes semblent avoir tenu à la fois la place des poissons et des reptiles, tout romme les plus anciens des animaux de cette fiernière classe, celle des poissons, des reptiles, des oiseaux et des mammifères marins, ou* même celle des mammifères terrestres analogues aux tapirs et aux éléphants. Ainsi, far unç suite d'essais et de tâtonnements, la ftature serait arrivée à produire la création <t3tuelle, bien plus perfectionnée que celle des premiers âges.
« Les' poissons offrent, sous ^e rapport de ia géolôgip zoologique, l'immense avantage de s'étendre à travers tous les terrains et d'offrir, dans une même classe d'animaux tertébrés, un point de comparaison pour les différences nue peuvent présenter, dans le plus gr/and laps de temps connu, des animaux construits sur un même plan. Ces animaux sont d'autant plus intéressants è élu^ dîer, qu'ils comptent d^jà un grand nombre, d'ei^pèces .fossiles appartenant, les unes à des . lypes qui n'existent plus, et les autres à des formes dont les rapports avec les espèces vi« vantes sont des plus éloignés.
« Ce que nous venons de dire des végétaux et des animaux qui ont vécu à la plus andenae dos époques où la vie s'est manifestée sur k terre, nous amène naturellement à faire connaître ceux de la seconde époque ée cette première période.
« 1^5 animaux marins de cette époque s» rapportaient à une assez grande variété de genres de zoopbyles, d'annélidos, de crustacés, de mollusques et de poissons.
^ Ceux-ci paraissent différer complètement dps animaux de l'époque de transition, nonseulement par leurs espèces, mais encore par les familles auxquelles ils se rapportaienl. Ils semblent avoir été carnivores, étant munis de grosses dents coniques et acérées, tandis que celles des poissons de l'époque antérieure, arrondies et disposées en cône obtus ou en forme de brosses , annoncent des espèces omnivores.
« On peut d'autant moins douter des habitudes cfe ces anciennes espèces, qu'on reconnaît dans leurs excréments les écailles des poissons dont les premiers faisaient leur nourriture; ces écailles sont môme souvent déterminables. Il y a plus encore , certaines portions plus ou moins considérables des intestins, ainsi que l'estomac et ses différentes membranes, sont assez bien conservées pour nous faire juger des événements qui se sont passés au fond de» mers à des époques si éloignées de nous.
«K A part cette diff'éreiïce^ If y a les plus grands rapports entre la population de groupe carbonifère et celle des terrains d*) transition; toutes les deux sont caractérisées par des animaux invertébrés marins et terrestres, et par des poissons qui appartiens nent à l'embranchement des animaux vertébrés.Aussi, comme la végétation de ces deux époques réunit à peu près les mêmes genres de plantes, surtout parmi les cryptogames semi-vasculaires, nous les avons rattachées à la première période, ou la plus anciefUne des trois grandes périodes, dans lesqu^il^ nous avons circonscrit les générations des temps géologiques.
« L'ensemble de l'ancienne création proufi donc que les espèces vivantes se sont succédé en raison directe de la cpDopKcatioH de leur organisation. Les exceptions à cette loi du progrès ont été extrëmetnent circonscrites. Plus évidentes chez les végétaux que chez les ahimaux, elles le sont par cela mâmed'autant plus que l'orgaaisation est moins perfection* née.
« En effet, on n'en voit guère de tranchées que chez les cryptogames et les invertébrés, les plus simples des êtres vivants. Elles de* viennent, au contraire, fort rares chez les phanérogames et les vertébrés ; car nous ne saurions en voir dans rapparition de quelques monocotylédons et gymnospermes à Té* poque de transition et houillère, pas plus qao dans celle de la présence des poissons à ces anciens âges.
« Ces animaux représentaient pour lors à eux seuls les vertébrés ; par cela mèEne ils ont dû offrir dans leur organisation quelqnc chose qui rappelai celle particulière aux reptiles, cfasse déjà plus avanoée et qui n'avait point encore paru. Après ces poissons sont venus les reptiles proprement dits, qui ont fini par prendre des caractères propres aut oiseaux , aux mammifères, marins et terres* très, c est-à-dire aux classes les plus élevée» dans la sérié des animaux. On dirait* en voyant l'orgamsation bizarre qni a earaclé' risé les étranges sauriens (lézards) de la jfi*