‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 2)Chapitre 27 sur 216 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

CflA

DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE

j'ai eu occasion de lire la lettre que vous avez adressée à M. le directeur de la Voix de la Vérité^ et qui a été insérée dans ce journal le 26 mai dernier, sous le titre : Géologie.

C'est venir un peu tard vous répondre, je Tavoue et je le regrette ; mais la réponse que vous sollicitez ne vous ayant pas été faite encore, que je sache, les questions que VQUS soulevez auront aujourd'hui le mémo intérêt qu'elles avaient il y a six semaines , et les observations que j'aurai l'honneur de vous soumettre n'auront rien perdu de leur à-propos, si elles donnent lieu, comme je l'espère, à une conclusion satisfaisante tout à la fois pour la science efpour la religion.

Oui, Monsieur, le prêtre est essentiellement l'homme de la science; et la géologie, qui se rattache à presque toutes les branches des connaissances humaines, pourrait être considérée, suivant votre expression, comme la seconde Bibles Bible, il est vrai, pleine d'obscurités, de mystères, d'incertitudes, surtout lorsque, de l'observation des faits, elle tente do s'élever à des considérations théoriques, qu'elle recherche les causes et veut remonter aux lois qui ont produit les innombrables phénomènes qu elle étudie.

Vous ne l'ignorez pas, Monsieur, et votre perplexité était grande, c'est vous-même qui nous l'apprenez, quand vous vouliez faire un choix au milieu des mille et une théories qui prétendent expliquer le monde, « Le prêtre, dites-vous, ne peut adopter que celle-là qui est Texplication de la Bible, qui se présente comme le prisme de la révélation. x>

Sans doute. Monsieur; mais cette théorielà, où est-elle? existe-t-elle? Quel est le système géologique oui explique la Bible? Si le texte biblique lui-même ne présentait point de difficultés, s'il n'était susceptible d'explications diverses, en d'autres termes, si le sens en était clairement, incontestablement déterminé, il ne resterait plus qu'à lui comparer les découvertes, les investigations de la science, à écarter tout système qui n'y serait pas conforme et à adopter eelui qui n'en serait que comme le commentaire.

Mais est-on d'accord sur le sens du premier chapitre de la Genèse? Vous le savez, amcune partie des livres saints n'a donné lieu à plus d'explications systématiques, contradictoires, bizarres. Au milieu des découragements que vous nous dites avoir éprouvés en vous livrant à l'étude de la géologie et de ses systèmes, vous aspiriez à rencontrer un géologue d'accord avec Molse^ une géologie soeur de la Bible. Ceci ferait supposer que vous savez parfaitement à quoi vous en tenir sur l'interprétation du text.e biblique relatif à la création, qu'il suffit de prendre chaque système l'un après l'autre et de le comparer avec l'histoire de Moïse pour éfere en état de se décider pour ou contre ce système. Eh bienl évidemment une telle comparaison n'est possible qu'autant qu'il ne

reste aucun doute sur l'interprétatioil de 1^ Genèse : or, il n'y a personne qui se pufsso flatter de donner cette interprétation avec certitude : d'où je conclus quil n'est pas si facile de reconnaître si telle ou telle théo« rie est conforme ou opposée à la Bible. Il est bien entendu que je ne parle i)as ici de ces théories qui repoussent toute interven* tion d'un créateur, ni même de celles qui, sans être matérialistes, renfermeraient quelque proposition évidemment contraire à l'enseignement catholique.

<( Dieu soit loué 1 vous écriez-vous. Le hasard, cet incognito de la Providence, vient de me faire rencontrer l'un et l'autre. » C'està-dire que vous venez de trouver un géo^ lojfue d'accord avec Moise^ une géologie sceur de la Bible. C'est là, vraiment. Monsieur, une très-remarquable découverte, et le monde savant orthodoxe vous doit bien des félicitations. « Eh bien 1 oui I ajoutez-vous, je viens de rencontrer un çéolo^ue et une géologie qui pensent et qui enseignent comme pensait et enseignait ilAoïse, il y a tantôt quatre mille ans! «Voilà assurément le plus magnifique élo^e qu'il fût possible de faire d'un livre qui n'aurait pas été écrit sous l'inspiration de l'Esprit-Saint lui-même. Penser et enseigner comme pensait et enseignait Moïse écrivant la Genèse! C'est être plus heureux, plus savant que tous les saints Pères, plus que tous les toéologiens et interprètes de l'Écriture depuis dix-huit siècles. Votre découverte est un véritable évé» nement, et vous avez bien raison de vous écrier avec l'immortel auteur des Géorgi* ques :

Fiilix qui potuH rerum cognoscere causas l

Oh oui 1 trois et quatre fois heureux le livre et l'auteur que vous avez découverts, qui pensent et enseignent comme pensait et enseignait Moïse traçant, il y a tantôt quatre mille ans, l'histoire Aqs générations du ciel et de la terre.

Après cette découverte, je conçois que vous ne soyez point complètement satisiait du troisième volume du Cours d'Ecriture sainte publié par M. l'abbé Migné. Ce volume renferme un excellent travail sur les systèmes géologiques dans leurs rapports avec la Genèse, Les questions nombreuses et ardue$ que soulève ce savant exposé, sont traitées avec une grande sagesse et avec toute la réserve que commandent tant de difficultés qui se présentent en cette matière et du côté cfe la Bible et du côté de la science. Mais on ne s'y flatte point d'avoir trouvé ni le vrai sens de la Genèse^ ni le seul système géologi(]pe qui soit en harmonie avec le sublime livre de Moïse. Cela n'empêche pas ce travail d'avoir toute la {(erfcction dont il était susceptible quand il parut , et lorsque nous aurons examiné ensemble l'ouvrage dont vous avez eu le bonheur de faire la découverte, peut-être conviendrez— vous vous-même qu il n'y faut rien cbang — encore aujourd'huic

Agréez, etc.

€HA

Lettre deuxième.

ET DE PALEONTOLOGIE.

CHA

SOf

Monsieur Fabbé y

Cest pour moi, vraiment, une situation

Mble de me trouver conduit à combattre les opfnions de Thonorable M. Chaubard.

réprouve toutes les répu^ances de cette position singulière, et je ne serais certainement point entré dans cette discussion si vous ne Taviez pas provoquée, si vous nV viez pas désiré savoir ce que pense du livre d« M. Chaubard les rédacteurs de la Voix de la Vérité. Toutefois vous n'aurez point leur avis collectif à cet égard. En cette matière diflidle, chacun conserve sa liberté d'opinion : In dubiiê libertas. Vous avez bien le droit, de votre côté, de vous en tenir au sentiment que vous aurez adopté. En effet, que vous préfériez le roman géologico-biblique de M. Chaubard à celui des Jaurs-périoaes de l'école de Cuvier, ou à la théorie de Buckland , ou à tout autre système , conçu dans le but de concilier les découvertes da la science avec la Genèse^ & cela je ne vois pas un bien grand inconvénient. Tous ces systèmes sont passibles de graves et nombreuses objections; celui qui en présente le moins parait naturellement devoir être préféré ; tous sont incertains au point de me de la Genèse ^ dont le sens n'a pu être jusqu'ici déterminé d*une manière péremptoire et définitive.

Pourquoi donc venir troubler le bonheur que voue procure la géologie biblique dont vous avez fait la découverte?.... C'est que TOUS avez élevé au rang de géologie biblique, de géologie ^i pense et enseigne comme pen^ âait et enseignait Moise, un système qui n'est qu'un système comme un autre, beaucoup moins satisfaisant, selon moi, que plusieurs autres; c'est que vous appelez absurde une opinion que vous étiez parfaitement libre -de rejeter sans doute , mais qu*il ne convient cependant de traiter qu'avec les é^rds et les ménagements crue l'on doit aux savants d'une parfaite orthodoiie qui l'ont proposée ou adoptée. £h bien I pour mon compte, dans l'état actuel de la science, je ne puis reconnaître pour définitive aucune théorie explicative des phénomènes et des lois du monde physique dans ses rapports avec l'histoire de la Genèse; d'un autre côté, je tiens à défendre un sentiment en luimême fort plausible et les géolo^es éminents qui l'ont émis. Voilà mes griefs et les raisons qui m'ont fait prendre la plume.

Je ne m'arrêterai pas à faire observer la mauvaise humeur avec laquelle est écrit roQvrage de M. Chaubard. Cuvier y est traité aécolier sur des points qui étaient le plus de sa compétence; ses travaux et ceux lie son école , au dire de l'auteur , foisonneraient d'abrardités; peu d'illustrations scientifiques trouvent grftce au tribunal de ce juge *5évère, qui tranche et décide avec un iraper- ^urtiable aplomb les questions les plusdiflicifeSy qui qualifie de ridicules des opinions soutenues par l'universalité des savants de lous les pays.

A l'entendre, on dirait que la science, victime du charlatanisme des coteries, es> bannie avec la bonne foi des ouvrages de géo* logie, et qu'elle ne se trouve que dans son livre où les hypothèses les pins hasardées , les plus invraisemblables, sont présentées avec une assurance que rien ne déconcerte . On voudrait plus de modération, de justice et de réserve dans un livre qui remue les questions les plus obscures et les plus élevées qu'on puisse se proposer. Il semble que c'était le cas d'être et -plus indulgent et moins aflirmatif.

Le système de M. Chaubard peut se résumer en trois mots. L'auteur reconnaît trois grands cataclysmes auxquels il rapporte l'évolution du globe terrestre : le premier de ces cataclysmes serait mentionné au deuxième verset du premier chapitre de la (7enèse, lequel nous représente la terre et ses éléments dans la plus complète confusion; ce serait ré()Oque de la formation des terrains primitifs ou cristallisés, granit, etc.

Le deuxième cataclysme est celui du déluge mosaïque , époque de la formation des terrains stratifiés, transitaires, secondaires et tertiaires.

Le troisième cataclysme est le déluge de Deucalion, auquel H. Chauiiard attribue les terrains de transport, qui , sur les bords de la mer Glaciale, recèlent les grands mammifères des contrées équatoriales, les brèches osseuses , etc.

Ainsi M. Chaubard est neptunien. Suivant lui, les terrains cristallins se sont formés dans l'eau. A tort ou à raison , cette opinion est depuis longtemps abandonnée |>ar les géologues et les chimistes de tous le$ pays. Je pourrais citer ici un nombre nrodigieux de laits dont on s*appuie pour démontrer que les roches cristallines, qui toutes soBt formées par des silicates extrêmement variés et mélangés entre eux , ont été produites par la voie ignée; que ce sont elles qui, à différentes époques, ont disloqué , soulevé, bouleversé tous les dépôts de sédiment, en ont modifié la masse de toutes les manières (métamorphisme, etc.), et que c'est à ces grands phénomènes que sont dus et tout le désordre apparent qu'on observe à la surface du globe^ et tous les changements successifi dont on aperçoit les traces à chaque pas. De plus , les expériences de M. Gregory Watt sur le refroidissement lent des corps en fusion , celles de sir James Hall sur la reproduction artificielle des roches cristallines en portant à une température très-élevéesous une forte pression les éléments pulvérisés de ces mêmes roches, enfin celles plus récentes de H. Berthier et de Mitscherlich sur la production des cristaux artificiels par la fusion de leurs éléments constitutifs pris en proportions définies, ont donné une nouvelle force à l'opinion qui attribue l'origine des roches cristallisées au pouvoir liquéfiant de la chaleur.

M. Chaubard a beau appeler absurde ^ mtolérabtSf etc. , la dénomination oe roches ignées ou plutoniques ^ elle n'en a pas memt

• 107 ClIA DÎCTIONN AIRE

C>révalu univorselleoient dans la science. #ous savez, Monsieur, en qu'els termes peu courtois il (»arle, à la page 96, de ce qu'il ap- ^lle la coêsrie plutonienne^ et vous avez ro marqué à quel propos. Ces grands sei» fneurs de la science ^ comme il les désigne , qui la traitent comme les seigneurs au temps jeudis traitaient une vassale ^ en vilaine ^ setalent avisés de lui demander ce qu'était il e venue la prodigieuse masse d*eau qui tenait en solution la matière élémentaire du globe : cela le fftche; lui qui ne trouve aucun embarras à débrouiller le chaos^ sait avec certitude que cette matière. n'y était point en solution, et que par conséquent la grande masse d*eau supposée n*ayant point été nécessaire, il n'y a pas lieu de rechercher ce qu'elle a pu devenir (59). Vous conviendrez, Monsieur, qu'il y a bien peiK d'à-propos à nous entretenir de roueries voltairiennesj de coterie plutonienne 9 (ïencyclopédtens^ etc., à l'occasion d'une doctrine qui a pour elle depuis longtemps l'unanimité des savants, parmi lesquels se trouvent des hommes d'une orthodoxie non moins incontestable que leur génie.

Embarrassé par les phénomènes plutoniqucs, M. Chaubard suppose deux choses : la première, qu'après une certaine profondeur tout le reste du noyau du globe n'e^t qu*un immense amas de matière minérale à 1 état de fluidité niteuse analogue à la fusion ignée ; la seconde, gue la chaleur augmente progressivement d'intensité de la superficie au centre , c'est-à-dire de un degré au moins pour chaque trente mètres de profondeur.

,11 attrii>ue cette chaleur intérieure à la compression et non à l'incandescence originelle de la planète. Mais que cette chaleur soit due à la compression ou \ l'incandescence originelle du globe, les résultats en doivent être absolument les mêmes, c'est-àdire qu'au centre de la terre, les matières minérales seront à un état de fluidité ignée d*au moins 250,000 degrés centigrades. Toutes les diflicultés que M. Chaubard prétend opposer à l'hypothèse plutonienne se retournent donc contre sou propre système.

Parlant de la première : « Qui est-ce qui oserait aflirmer , dit-il , aue la croûte solide du Klobe aurait assez d épaisseur et assez de force detcohésion pour résister à l'eilort effroyable et continuel que feraient ces matières expansives pour se dilater?

« En vérité, ajoùte-t-il, i4 faudrait renoncer au sens commun pour adopter une hypothèse qui aboutit à une aussi monstrueuse conséquence. » Soll I mais vous n'y échappez pas vous-même, à cette monstrueuse conséquence j puisque vous admettez c|ue la chaleur augmente progressivement d'inten-

(59) Ces eaux primitives, qui enveloppaient la matlcro chaotique, étaient -elles en mouvement? M. Chaubard répond, à la page 79, qoMI c est probable que le silence de Phisiorien sacré est moins une omission qu'un avertissement tacite (^ue les eaux dans lesquelles se déposaient les terrains primitifs étaient à peu près tranquilles.» A la pase 106, il préieiiil qu«i c la probabilitc est toute eu mveur du

DE COSaiOGONlË CIlA M

site de la superncie au centre, et votre liy- I)othèse reste passible de tontes les objections que l'on peut faire contre la théorie du feu central.

Nota. — On trouvera ces objections à Vt> ticle FEU CENTRAL do cc Dictionnaire.

Lettre troisième.

Turpi er labimurySi iiitelligentia noslrt.

3 us leiiuissima est, divins sapi«*QU» wo* ara pervesticfire ^t delliiire vplHniii.

(Mauchini, PrùlegtmnM SeripUam ioerœ, para i, art. S.)

Monsieur l'abbé.

Dans le système que nous examinons, les terrains de cristallisation ont été formés dans l'eau. « Qu'est devenue la masse d'eau oui couvrait alors le globe, se demande 1 auteur lui-même? On en sait rien, répondil; l'histoire est muette sur ce point, ou du moins le peu qu'ellie nous en dit est loin d'être satisfaisant. » (P. 80.) Toutefois M. Chaubard, qui a trouvé tant de choses dar.s le 2* verset du i" chap. de la Genèse^ ne pou* vait pas se contenter de cette réponse. Voici rexpédient qu'il imagine : La terre se met tout à coup à tourner sur son axel alors i;ette grande machine, peu solide encore, craque, se rompt, s'affaisse ici, se soulève plus loin, et l'immense masse des eaux s'arrange tellement quellement des bassiiis qui lui sont creusés. Mais « la Bible, ajoute l'auteur, n'a pu nous apprendre ni pourquoi ni comment cela s'est fait ainsi... Elle s'est contentée de dire que la volonté de Dieu a fait rassembler l'eau dans le bassin des mers, ce qui est toujours vrai au fond et suffit à ceux qui, étrangers aux méfiances scienti^ fiqucs, ne s'imaginent même pas qnu'il puisse y avoir là autre chose que ce que leur esprit peu cultivé y voit. » (P. 201.) Nous verrons

S)lus tard, quand nous serons au déluge de loïse et à celui de Deucalion , tout le rôle que joue ce mouvement du globe tournant ou s'arrétant sur son axe pour la grandu commodité du système de M. Chaub^.

Ce géologue, dans la plus louable inten* tion, voulant faire accorder la science avec la Genèse, a donné son explication du texte de celle-ci, à l'exemple de tous ceux qui ont imaginé un système géogénique et ont voulu l'appuyer sur le livre sacré.

Suivant son interprétation, le mot hébreu bara^ creavit {G en. i, I), ne se rapporte f oint à une création du premier jeij mais bten à une création par condensation des molécules créées; condensavit^ selon le texte samaritain. (P. ik.) Ce serait la condensation d'éléments déjà créés, mais non une création de rien, ce qui ferait supposer un acte divin antérieur pour la création des éléments.

mouvement.» Qu'elles fassentlc en mouvement» on A peu près tranquilles, qui le sait, qui peut le dtrt? Ne vaadralt-il pas bien mieux confesser notre ignorance que de nous jeter ainsi dans miUe iuterprélations aventureuses, au risque de meure nos pitoyables rêveries à la place des sublimes réalités que Moïse n'a pas cru devoir i>ous révéler ?

CIIA

ET De. PALEOxNTOl.OGlE.

CUA

Il Iradoît ainsi le «leuiième verset : « La terre était de la matière brute à son dernier point de dirision , et ténèbres; tout autour était an abîme liquide , et Tessence de Dieu aif rimmensité de Fespace, se déployait audessus des eaux. »

11 commente : « L*expression inanis ei rama de la Vulgale ne rend en aucune manière le sens précis du texte, et ces mots ont lail jusqu*a présent le désespoir de tous les interprètes, parce qu'ils se sont tous évertués à j chercher une autre idée que celle qu'ils expriment. »

La itrrê... éiaii... iénibres... H. Chaubard commente : « Ce mot parait n'avoir été bien oomiiris par aucun interprète... Dans la philosophie de la Bible, la lumière calorique éunt la vie, il s'ensuit que la négation, Tabsence de la vie, sont les ténèbres. Ainsi la Bible veut dire par là que la matière moléculaire était sans être, sans vie. x

Ei Ftumee ée Die» ou CimmtnêHé de F espace ee déployaii a9inde$$H$ die eaux... Commentaire ; « La philosophie prorane verra dans ces mois l'immensité de I espace, tandis que la philosophie religieuse y voit Dieu remplissant l'univers par sa présence.... Plusieurs commentateurs , n'ayant point compris le sens de ces {laroles, sont tombés en les expliquant dans une puérilité respectable sans doute en sa source, mais ridicule au fond. Us nous dépet^pent l'esiirit de Dieu, comme l'Espril-Saint étendu sur les eaux comme une poule sur ses œufs et les Cécoiidant (60).

« Le sens de ce verset est bien autrement inslruetif : il nous apprend que le globe

toute gratuite, l'attraction de Newton. »

Est-ce là. Monsieur l'abbé, ce que vous appelez c l'interprétation communément admise de la Genèse? » Alors cette inierfréiaiion eowmmne date de M. Chaubard,.

car vous voyez que, pour les deux premiers Tersets seulement, on y a, selon lui, compris peu de chose jusqu'ici.

Est*i) convenable de faire parler à Moïse la langue de nos sciences modernes, la langue de la chimie, par exemple ? Ainsi nly atril point un jpeu de subtilité à donner au. ■lOC eondemsavii l'acception chimique, c'està-dire à admettre que Moïse a entendu dési- Ker par ce mot les lois de la cohésion et de ffinité atomique qui régissent les corps clans l'ordre de choses actuel? Ou lûen plutôt ce mot ne signiflerait-il point simplenient dosmer du corps , de la eonsisianee^ ^^lidi/Ur^ et par extension /htre, créer et créer de riem ? En définitive, il faut bien en roTCnir à ce dernier sens, qui est celui de Thébreu et de la Vnigate. Mais c|uand on admettrait qu'au commencement Dieu « créa

^€0) Les Egyptiens avaient trnduit liicrog]}i>hiqneniem CC dcniicroc vcrsd de la (^enèu par icpcrvicr oo le tableur, oiseau qui vole on tournoyant é^ns les airs, ci rlioisi par eux en cnnséqu^hce pour TcBiblèine de is;5pril gcnci-airur qui vohit en

par condensation chimique le ciel et ie terre, » ce sens ne serait pas plus favoVablu aux partisans de la voie aqueuse qu'à ceux de la voie ignée, car ces derniers entendent bien aussi que le Créateur procéda en condensant, par le refroidissement, les éléments des planètes , qui , originellement, auraient été à l'état gazeux ou nébulaire, opinion aujourd'hui généralement soutenue.

M. Chaubard dit lui-même : « La chimie, science de nos jours, nous montre tous les corps solides se formant par la condensation de leurs molécules élémentaires ; et l'astronomie, à l'aide d'instruments récemmentperfectionnés, nous fait remarquer maintenantquelesétoiles nébuleuses ne sontévideoK ment que des corps c</lestes comme les autres, dont les molécules élémentaires ne sont condensées qu'im|iarfaitemenl, soit qu'ik n'entrât pas dans les desseins de la Toute- Puissance créatrice qu'elles le fussent entièrement, soit parce que le temps de leur perfection n'est pas encore arrivé. » C'est ee c*^ que M. Chaubard appelle une opinion classique. Je le veux bien, mais il ne paraît point que le Créateur procède pour les nébuleuses comme il aurait fait pour la terre, ni qu'il les tienne immergées dans l'eau pour les condenser. On pourrait aussi induire des paroles de M. Chaubard qu'il y a une sorte de perfectionnement progressif dans l'évolution des mondes, qyte Dieu ne les forme point tout d'un jet, mais les fa-

S une, les élabore, pour amsi dire, en les . isant passer par de longues séries de révolutions. Mais vous avez déjà exprimé votre antipathie pour les créations successites ; nous nous abstiendrons . d'en parler aujourd'hui.

Passons au deuxième verset. Êtes-vous bien satisfait. Monsieur, de la traduction et du commentaire de M. Chautiard? c La terre était de la matière brute, à l'état do molécules élémentaires et ténèbres (c'est-àdire sans vie) ; tout autour (était) un abimo liquide et l'essence de Dieu (ou l'immensité de l'espace) se déployait au-dessus des eaux. 9

Est-ce là, je le demande encore. Tinter-^ prélation communémeni admise de la Genèse/

« La terre était de la matière bnite à l'état de molécules élémentaires... » L'auteur de la Vulgate ne parait point avoir eu cette idée en traduisant par terra erat inanis H roctia, « la terre était dans un état de confusion et de vide, » suivant le sens de l'hébreu tohu bohUf traduit en grec par chaos qui a une signification vague et sans prédsion, comme pour indiquer le naufrage et la ruine d'un monde antérieur.

Les Septante ont traduit iiar deux»mots grecs, dont le premier sisnitie enveloppée dû ténèbres^ et le second demeuhlée^ dégarnie^

tournant sur la face des eaux ; pais par le bélier, placé auHiessous, s}'nibole du fort, de Dieu, el enGn par quatre télés de serpent (cmUéine des eaui cliea tons les peuples de rOrieiit), qui élaicjit placées sou» les «]uatre pattes du bélier.

CIIA

DICTIONiNAlUi:; DE COSMOGONIt:

CilA

OU iam ari^ ians ornemerj («opecroç xccî «xa-

M. ChauUirtl, pour appuyer sa (raduclion, rappelle un passai^e de Jéréinie (iv, 23) « ou ces mêmes expressions, dit-il, sonl em* ployées pour peindre une contrée complételucnt ravagée. «

Gerapprocliemenine me naratt point heureux pour le sentiment rie M. Chauhard; le globe terrestre a pu 6tro détaslé par les eaux comme Test une contrée par Tennemi qui Tenvaliit, xims réduilàl ilal moléculaire serait une exagération que le lecteur qualifiera.

£l ténèbres (c'esl-h-dirc sans vie); tout

autour était un abîme liquide La Vulgato

traduit : Tenebrœ erant super faciem abyssi. Il existe ici entre les deux traductions une ditrérence notable. L'un des traducteurs se trompe, ou le texte original est d*une bien griande obscurité. Suivant M. Chaubard, les ténèbres sij^niflont ici , « la négation, ia pri- Talion de lôlre, de la vie, » et il prétend gue ce mot « n'a été bien compris par aucun intcr|)rète , » Cela veut dire, ajoute-t-il, que « la matière moléculaire était sans être et sans vie. »

Qu'est-ce que de la matière moléculaire sans être et sans vie?

Uais si ténèbres signifle sans être^ sans me^ au deuxième verset, ce mot change donc tout a coup de signification au quatrième et au cinquième verset, où Moïse se traduit lui-même, en disant que Dieu sénara la lumière des ténèbres, et appela lumière, jour, et ténèbres, nuit? Ici les termes paraissent d*une parfaite clarté. Toutefois ce sont autant d*énigmes véritables, car,d*après M.Chaubani, « la lumière n'est pas un lluide, c'est un agent incorporel, c est la vie , l'être, notre agent chimico-éiectro-magnétiaue, enfin, faction de Dieu sur la matière. Qu'est-ce que la vie? se demande-t-il. La révélation nous répond que la vie c'est ce que les hommes appellent lumière et chaleur. » C'est ainsi qu'il traduit et entend le quatrième verset du premier chapitre de 1 Evangile de saint Jean. « Le lux hominum c'est ce que nous appelons la lumière, c'està-dire le phénomène ph^'sique, dit lumière émanant.de ia parole divine... lumière incréée, car il n'y a rien de créé en Dieu ; on doit donc entendre, continue-t-il, par lumière phénoménique, l'action de Dieu ou de la parole divine sur la matière, se maniiéstant à nos yeux par un phénomène (61). n

Ainsi au quatrième verset. Moïse séparerait le non^étre ou les ténèbres ^ de Vétre^ de la vie^ ou de la lumière, puis, au yerset suivant, il appellerait la lumière jour et les ténèbres nuit. Mais pourquoi ce quatrième et cinquième verset? Dans l'explication de

(61) Cette plillosophie, dit M. Cliaubard (p. 61), qui ne resseiublc à aucun dcssyslèmes émis jusqu'à présent, paraît devoir être d'une récoiulitc inatlcnduc. Par le secours des donntvs cprelle fou mit, ou peut luaintensint se flaiior i\v parvenir à tlonncr une théorie ecnnplête de riiomnieet de runiwrs... Atin de montrer au leirtrur, par un exemple, qu'on ne lui

M. Chaubard, ils paraissent tout h îk\[ inutiles. Car, a dès qu'à la \oix du Tout*Pui$sant, Mi'est M. (Chaubard 4juiparle,a lalumièn) se Tut manii(*stée dans 1 univers, c'esl-è-dirc dès que Tagi^nl éleclro-rhimiro-magnetit|ue eut paru, il pénétra tout, et tout se inniva animé soit de la vie inorgani(|ue, soit de la vie organique. »

Dès lors , qu'est-ce que séparer le non» étretlQ Vétre, le néant cle la vie? Cette séparation n'était-elle pas déjà faite, au troisième verset, lorsque Dieu dit : « Soit la lumière calorique, et fpt la lumière calorique, c'est-à-dire l'agent éleclro-chimicomagnétique? » (C'est M. Chaubard qui traduit et qui commente.) Puis, qu'est-ce que ce nom de jour donné à IV(re, à la ti>, à ia lumière^ et celui de nuit donné au non^étrt^ aux ténèbresl Ces mots, jour et nuit^ du cinquième verset, paraissent avoir embarrassé M. Chaubard qui ne les explique nulle part. On com|>rend cet embarras.

Notre auteur traduit ainsi la fin de ce cinquième verset : Telle fut la fin^ tel fut U commencement f journée une (ou premiirt œuvre).

La vulgate dit : « Le soir et le matin formèrent un jour. »

(c 11 est bien évident, assure M. Chaubard, que l'on ne peut traduire les mots t'espère et mane par^fotr ^imaiin^ puisque le soleil et la lune n'avaient pas encore été tirés du néant.» On s'y ti*ompait, je crois, au moins depuis saint Jérôme.

Journée une. « Le mot hébreu traduit par jour signffie aussi journée^ période de ttmps^

manifestation phénoménique ou œuvre —

premier^ un. D*abord, le soleil n'étant pas encore créé pour régler le jour et la nuit, il n'y avait point alors de jour proprement dit. En second lieu, en traduisant par premier^ on semble dire que ce fut là la première création de Dieu, ce qui est faux, puis(|ue !a création des anges, dont il n*est point ici parlé, avait déjà eu lieu. Donc il faut traduire un et non par premier. » (P. 63.)

Revenons au deuxième verset.

Tout autour était un abtme liquide... — h ne puis décider ici lequel de M. Chaubard ou de la Viilgate a le mieux entendu ou traduit l'original. Toutefois je me basante à demander autour de quoi était cette abtme liquide? Autour de la terre? Mais il n'y avait pas de terre, il n'y avait que* des tnoi^cMlei élémentaires^ei encore des molécules élémentaires ténèbres f c'est-à-dire sans étre^ sans Dte, des molécules élémentaires dépourvues des propriétés qu'on leur connaît aujourd'hui, c est-à-dire sans aucune tendance a la cohésion ou à la combinaison, puisaue la loi d'attraction moléculaire ou d'aflinité chimique n'existait pas. Qui peut dire ce que c'est

en impose point ici, on va lui donner la Ihéone rclulivc :i la irausmission de la vie ou de la généralioit, l'un dos plus grands mystères de lasciencepwn fanc.i £l M. Chauliard, dans quelques Ugaes, nous donne co qiril appelle la Ihêorie de la vie iWtc aussi peu (IVndtarras (|iic s'il s'agîssuil de vous dire : U<Hi ami. l)nvoz un verre d eau rralche.

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€HA

£T DE PALEONTOLOGIIL

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me des molécules dans des conditiens en dehors de toutes nos expériences, comment dies pourraient être entourées d'eau ? On peut pourtant supposer que des molécules élémentaires seraient elles-mêmes un liquide, un gaz, une vapeur, et on ne voit pas qu'elles poissent étie autre chose avant la conésion. Aijisi un liquide aurait entouré un liquide ou quelque chose de plus fluide encore. On peut demander pourquoi les eaux entourent la terre ou les molécules élémentaires et non celles-ci les eaux, ou pourquoi il n'y a pas plutôt mélange ou encore diffusion de tous ces éléments dans l'espace, car la loi d*attraction n'existait pas, et par conséquent û n*j avait pas pesanteur.

Mais que parlons-nous de liquide ^ d'eau, qui entoure? Il n'y avait pas d'eau. L'eau est un protoxyde d'hydrogène, c'est-à-dire un composé d'oxygène et d'hydrogène en proportions définies (de 2 d'hydrogène et de 1 d'oxygène en volume, d'une partie d'hydrogène et de huit parties d'oxysène en poids). Or, puis(]ue les lois de cohésion et d'aiBnité n'existaient pas, puisqu'elles n'ont été créées qu'au troisième verset, ces deux gaz n'étaient pas combinés, par conséquent il n'y avait pas d'eau. M. Chaubard le reconnût : Toutes les eaux de notre monde, dit-il, êu au moins tes éléments dont elles se compo^

seni Nul moyen d'hésiter, il n'y avait

pas d'eau, il ne pouvait y en avoir dans la théorie de notre auteur; il n'y avait que deux jgaz, l'hydrogène et l'oxygène, qui enicaraient un ie ne sais quoi qui n*a de nom dans aucune langue, car nul ne peut dire ce que c'est que des molécules ou des atomes Je matière en dehors de toutes les conditions connues.

£i Fessence de Dieu {ou Vimmensité de T espace) se déployait aurdessus des eaux,,. La Vulgate traduit : Spiritus Dei ferebatur super aquas. Nous avons vu plus haut le commentaire de M. Chaubard snt ces paroles. Par spiritus Dei on entend communément on vent violent, le nom de Dieu, après certains substantifs, indiquant souvent un superlatif dans le langage de l'Ecriture, eomme montes Deij de hautes montagnes, etc. Ce sens se présente naturellement et favorise l'opinion qui ne voit dans le deuxième verset que la dernière grande catastrophe qui a changé la face de notre globe et a été suivie de la création des espèces animales et végétales qui en sont maintenant les habitants. Nous avons dit comment les Egyptiens avaient traduit hiérogivpbiquemenl ce verset qui contient en quelques mots la peinture de Fantique chaos, restée plus ou moins défigurée dans la tradition cies peuples d'Orient, particulièrement chez les Egyptiens auxquels les philosophes et les poètes de la Grèce l'ont empruntée.

M. Chaubard trouve bien autrement ins" tructite cette dernière j^rtie du deuxième verset. < Ces mots, dit-il, nous apprennent ane le glot>e terrestre est suspendu dans 1 espace... Vérité à laquelle la science profane n*est arrivée que fort tard, s

Comment M. Chaubard traduirait-il donc ce vers d'Ovide :

Née circumfuio pendebat in aère tettus, Ponderibus Ubrata $ui$, {Metam,, 1. 1.)

Nous ne pousserons pas plus loin Texamen de cette interprétation des premiers versets de la Genèse par M. Chaubard. Nous soumettons respectueusement nos observations à des lecteurs plus versés que nous dans cette matière, qu'ils décident. Nous terminerons par une simple réflexion.

Ce ne doit être, selon nous\ qu'avec une extrême réserve qu'il convient d interpréter le sublime livre de la Genèse, jamais de ce ton affirmatif et tranchant que l'on remarque dans les livres de certains savants, d'ailleurs bien intentionnés, de notre époque. II serait sage surtout de ne pas se hâter de prêter à Moïse nos opinions subtiles, nos idées théoriques modernes, dans la crainte que nos explications ne soient démenties le lendemain. L'histoire des vicissitudes de la science, de la géolo^e en particulier, de ses variations, de ses innombrables systèmes, doit être pour le savant qui tente de nou* velles théories, un avertissement d'être discret et réservé, de ne présenter ses idées Su'avec une prudente circonspection, quand s'agit de les appuyer sur le livre sacré.

Sans remonter jusqu'au moyen âse, nous voyons, denuis ie milieu du xvu* siècle jus* qu*à la fin du xvui*, la science marcher aussi souvent en sens rétrograde qu'en sens pro-

fessif. On remarque des retours fréquents des erreurs plusieurs fois combattues, et l'abandon de certaines opinions aussi judicieuses que saines pour des idées de la dernière absurdité. 11 n'estpas rare de voir les argumentations les plus lutiles, les hypothèses les plus chimériques, les systèmes les plus extravaga' ts imaginés et soutenus par des hommes d'un talent reconnu. Pour s en convaincre, il n'y a qu*à lire les ouvrages du Danois Stenon, des Italiens Scilla , Quirini, Vallisneri,Horo, Generelli, etc.; des Anglais Plot, Lister, Hooke, Ray, Woodward,,Burnet, Whiston, Hutchinson, Michell, Calcott, Whitehurst , Hutton , Playfer , William Smith, etc. ; des Allemands Lehman, Gesner, Raspe, Fuch.<iell, Werner, Kirwan, etc. ; des Français Buffon, Desmarest, Dolomieu, MoDtlosier, etc. ; du Genevois Deluc, etc.

Je ne dis rien des questions débattues par nos contemporains dans la premier!

moitié de ce siècle, lequel ne paraît pas de^ voir être moins fécond que les précédenti en théories nouvelles, en controverses ac< dentés; il semble qu'il n'en puisse être au< trement toutes les fois quon abandonni l'observation ou la partie positive de 11 science, pour se livrer aux généralisations et aux recherches spéculatives.

L'esquisse des progrès de la géologie n'est autre chose que l'histoire d'une lutte per* péluelle et violente entre des opinions nouvelles et des doctrines anciennes, qui, sanctionnées par la foi implicite de plusieurs générations, sont censées repoî^er sur Tau-

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DICTIONNAIRE DE COSMOGONIK

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torilé des saintes Ecritures. Le système de M. Chaubard est renouvelé des théories physico-théologiqucs de Woodward, Whislon et autres neptunisles, combattus avec tant de force par d'autres savants, leurs contemporains, et tournés en ridicule prin^ cipalement par les géologues d*Italie, tels qne Vallisneri, qui fit remarquer, dans ses commentaires sur la théorie voodwardienne, combien les intérêts de la religion, aussi bien que ceux de la saine philosophie, avaient souffert du mélange continuel des saintes Ecritures avec des questions relatif yesà la phjrsique; Moro, qui eut en géologie des idées si judicieuses pour son temps ; et surtout le frère carme Generelli, cummeu- (atour de Moro.

« Il est souverainement déraisonnable, dit ce savant relideux, de mettre enjeu la Divinité au gré de nos caprices et de lui fUre faire des miracles pour le seul plaisir de confirmer nos hypotnèses prématurées.

Très-savants académiciens, ajoute-t-il, j*ai en horreur tous ces systèmes qui, bâtis en t'air, ne peuvent se soutenir sans miracle. » (De Cro9(acei e di altre produz. del mare^ etc., 17^9.) Et il se flatte d'expliquer sans violence , sans fictions , sans nypotbèscs , sans miracles (sinxa violenxe^ senxa finzioni. ienza suppostif ienza miracoli [Id., ibid.]) comment les animaux marins ont été transportés par des causes naturelles dans les montagnes.

Mais j'oublie que ce n'est pas ici le lieu de faire Thistoire de la géologie et de ses mille systèmes. Nos causeries sont intermi^ nables et il me semble entendre) le lecteur fatigué nous répéter avec le berger de Vir-* si le :

Clauditejnm rîoof, pueri^ sat prata biberuni.

Agréez, monsieur Tabbé, etc.

Leêtre quatrième.

Monsieur l'abbé.

Puisque vous avez cru devoir nous rappeler d'admirables textes grecs et latins, causons un peu IMessus.

J*ai déjà (lit uq mot des traditions cosmo-^

f;oniques profanes dans une do mes dernières ettres. On peut supposer qu'elles sont un f^cho du deuxième verset de la Genèse, lequel aurait retenti dans l'Orient, en Egypte, par exemple, où il aurait été recueilli par les poètes et par les philosophes, qui en ont fait, les uns, du matérialisme, Leucippe, Démocrite, Epicure, Lucrèce, etc.; les autres, de la poésie, comme Apolloqius, Ovide, Virgile, Tibulle, etc.

Les poètes romains que yous citez ont emprunté leur description cosmogonique k Apollonius de Rhodes , poète grec qui vivait un siècle avant Jésus-Christ et auteur de fArgonautique, L'élève de Callimaque introduit Orphée, chantant pour distraire les ti^ros fatigiiés du voyage.

« 11 chantait comment la Icr^'O, la mer, les

astres et les cieux étaient autrefois confoo* dus ; comment cette masse énorme prit des formes différentes : les astres occupèrent d'abord les pôles et y restèrent attaches. On vit commencer les révolutions de la lune et les courses du soleil ; on vit les montagnes s'élever, les fleuves couler à travers les campagnes, les nymphes naître au bord des eaux et tous les reptiles sortir de la terre. •

Pour juger de ce que nous devons prendre ou laisser dans les monuments profanes sur la (question qui nous occupe, il nous faut un critérium : ce critérium ^ pour vous et pour moi, c'est la Bible, et dans le cas partiimlier dont il s'agit en ce moment , c'est le deuiième verset du premier chapitre de la Genèse. Pour pouvoir discerner ce que nous devons adopter ou rejeter dans la tradition païenne, nous devons donc commencer par fixer le sens de ce verset. Avez-vousautoritépour cela? Pour moi, je me récuse, et au miheu de vingt interprétations différentes, je puis bien avoir une préférence, mais une certitude, je n'eq ai aucune.

Dans ce verset, si j'en crois la Vulgale, je trouve les mots terre, ténèbres^ eau, esprit de Dieu, etc. Mais ces mots ont je ne sais combien de sens divers, quelquefois les plus étranges, les plus éloignés de ceux qu'ils

f)résentent d'abord h l'esprit. C'est, dit-on, e chaos dans les éléments. Soit; mais c'est bien aussi le chaos dans les mots, et je ne suis pas plus habile à débrouiller l'un que l'autre. Vous me parlez d'eau. Mais qu'est-ce que cette eau; « une eau dont les cienx ont été faits ainsi que tout notre monde sublunaire : Ex aquis enim his facti sunt tcdi : tam enim eœh quam sublunaria facta sunt ex eadem aquarujm çbysso^ (Script, sacr. Cttrs. compl,, t. V, 1837.) D'après M. Chaubard, cette eau n'est , à ce verset, avant le fiât /uj, que les éléments de l'eau , c'est-à-dire de l'oxygène et de l'hydrogène non combinés.

Vous me citez Thaïes, qui dit que Dieu a tout formé d'eau, qu'il croyait coélernelle à Dieu, et vous, vous dites seulement que la terre a été faite dans l'eau... Que ne peut-on pas supposer , et combien d'explications n*a-l-on pas tentées? Tâchez donc de concilier les commentateurs avec la Bible, les commentateurs entre eux^ les cosmogonisles

Crolanes avec le tout. Et quand tous aurez ien mêlé , bien broyé tout cela, nous verrcr»s si c'est le neptunianisme qui en sort; c'est-è-dire de l'eau pure et claire, et cou point une eau trouble où l'on se perd, une eau inconnue et où l'on ne comprend rien , comme celle de Thaïes , de laquelle Dica aurait formé toute chose, avec laquelle il aurait fiiit de For, du fer, du plomo , de l«

{lierre, du feu, la terre, la lune , le soleil el es-étoiles.

Pour moi , s'il m'était permis d'avoir un sentiment, j'inclinerais à penser que Yean de ce verset est ce que tout le monde appelle de Teau , de I eau comme celle qrii coule dans nos fleuves, comme celle qui remplit le bassin de nos mers, naturellement imoropre à^ former du cranit , quoi au'eu

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ET DE PALEONTOLOGIE.

eux

Aise M. Chaabard» comme h faire un £o!cil ; que la terre qui v est mentionnée, est de la terre comme celle que nous foutons aux pieUs, TOUS et moi, et non point une je ne sais quelle iDcompréhensible chose noj^ée dans une autre je ne sais quoi non moins insaisissable. Je prendrais tout simplement ce verset pour le tableau, en quelques mots, de la ruine d*un monde antérieur que Dieu efface pour y substituer un nouvel ordre de choses k la tète duquel il veut placer Thomme, Thomme, cette créature nouvelle, objet de ses prédilections, pour qui il veut accomplir, dans ia suite des temps, des merveilles que la langue des cieux peut seule redire.

Voyez, dans le savant Pétau, les opinions des plus illustres Pères de l'Eglise des premiers siècles, saint Grégoire de Nazianze, saint Basile le Grand, saint Césaire, Origène, saint Jérôme, etc., etc. Ils connais^ saient aussi bien que nous les* traditions des poètes et des philosophes grecs et romains, ils avaient étudié la Genèse avec une profondeur de génie que nous n'oserions nous flatter d'égaler, et pourtant la plupart n*ont point vu, dans le deuxième verset du Hvre saint, ce que M. Chaubard y a découvert : ils n'y ont |>oint trouvé la création première de notre planète. « L'unirers fut €4'éé dès le commencement et avant tous les temps , dit Bossuet , mais seulement orné dans le temps. » (viir Elév. sur lee mystères.)

Je reviens aux textes çpie vous produisez •n faveur de votre opinion.

Si j*avais nié l'eau et la terre du deuxième verset de làGeniset c*est*à-dire si j'avais bien torturé ces deux mots pour leur faire signifier quelque chose qui ne serait ni de I eau ni de ia terre, vous auriez beau jeu contre moi arec toutes ces citations qui commencent à Homère et Hésiode, lesquels sans doute n^avaient point eux-mêmes inventé cette cosmogonie. Mais c'est moi, qui, contrairement aux interprétations de M. Chauhard , Teux que l'eau de ce verset soit de l*cau véritable et la terre de la vraie terre ) que notre planète ait été enveloppée par les eaux qui Tout dévastée, et que de ses ruines soit sorti un nouveau monde , enrichi de nouveaux dons, peuplé de nouveaux habi* tanta , conformément à l'interprétation littérale du premier chapitre de la Genèse, Ainsi tout 1 ordre de choses terrestres actuel aurait eu pour point de départ un grand cataclysme dont la tradition s'est conservée dans la mémoire des peuples et qui a été chantée par les poëtes, systématisée par les premiers philosophes, lesauels poëtes et philosophes en ont modifié le récit par une »ole d'idées accessoires et en ont fait les «ns de ia mythologie, les autres de l'athéisme , les autres du dualisme , regardant la matière comme un principe incréé et coéternel à Dieu.

' L*opinion que j'eOIeure ici en passant à propos du deuxième verset du premier cha- . pitre de la trente, n*est qu'une hypothèse que |e crois en valoir bien une autre, mais que ie suis loin de présenter comme le dernier

mot, Texplication définitive de ce verset. 11 est vrai qu'Origène a dit : « Quel homme sensé peut penser que le premier, le second et le troisième jour furent sans soleil, «ans lune et sans étoiles?... » (Periarch... lib. iv, c. 16, t. I.) Et saint Jérôme : Stx millia nec^ dum nostrt orbis implentur annij et quantas prius œternitateSf ^anta tempera , quantas sœculorum angines fuisse arhitrandum "est t Mais il n'y a que M. Chaubardqui ait le privilège dépenser et d'enseigner comme pensait et enseignait Moïse.

Je termine par quelques observations sur les textes d'Ovide et de Virgile.

Le chaos assurément n*a point de pins grand peintre qu'Ovide. Sa féconde iniflgination était à 1 aise au milieu de cet antagonisme de tous les éléments. C'est de bien belle poésie latine, je l'admire avec vous, mais est-ce de la science? Quand je compare cotte magnifique description au calme majestueux des premiers versets de la Genèse , je me dis : Voici l'écolier avec ses phalanges de mots retentissants, qui se joue dans une sui'erbe amplification et qui exploite en vers pompeux une riche matière, et voilft l'historien inspiré, court mais d'une incomparable énergie, jetant, jusque dans les profondeurs de son opulente brièveté , une oeauté sans mesure, comme on voit quelquefois, en voyageant dans les Andes intertropicales, la nature jeter, au fond des abtmes eux*mèmes, . une magnificence sans bornes; confident du Très-Haut, il prête l'oreille à l'écho des révélations divines et retrace avec solennité, en expressions sublimes sans emphase »

simples avec grandeur, les opérations d'un Dieu créateur, les œuvres de cette « sagesse éternelle qui atteint d'une extrémité à l'autre avec force et dispose toutes choses avec ooucour. » [Sagesse, viii, 1.)

Nous avons donné dans notre Nouveau Traité des sciences géologiques^ pa^. 270, la traduction suivante des vers d'Ovide :

n Cependant l'énergique effervescence de tous les éléments antipathiques qui se combattent et qui se mêlent, diminue par Teffet des combinaisons et d'un reiVoidissement toujours progressif; la croûte solidifiée s'épaissit, se fixe peu k peu maleré des commotions fréquentes, des bouleversements partiels et une foule de phénomènes chimiques et météorologiques, Tatmosphère environnant le noyau condensé, d'abord d'une immense étendue et composée d'une foule de substances diverses k une excessive température, subit une longue suite de modifications, jusqu'k ce qu'enfin sa température soit assez abaissée pour que la vapeur d'eau

fuisse passer k l'état liquide et se précipiter la surface de la terre. Alors commence une nouvelle et long^ue série de réactions chimiques : une immense oxvdation s'onèri par le contact de l'eau avec les bases métal loïdes des terres et des alcalis, en dégageant une énorme quantité de chaleurqui volatilise les eaux k mesure qu'elles arrivent. Maia le refroidissement augmentant de plus en plus, Veau se précipite on plus grande alcn-

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