GHA
dance; le noyau solide est entouré d*un yaste océan anide, qui, pénétrant dans Tin* térieur du sphéroïde, y détermioe une oxydation violente; la croûte supérieure est soulevée, brisée de toutes parts , soumise à des remaniements, et pour résultats de ces grands mouvements mécaniques, la terre se hérisse de montagnes autour desquelles roulent les flots brûlants d'une mer agitée par les marées, les courants, etc., et douée d*une prodigieuse puissance d'érosion. Sous Faction prolongée de ces eaux si énergiquement dissolvantes, les éléments des roches granitiques sont désagrégés ; leurs détritus, longtemps tenus en suspension mécanique dans les eaux, se déposent peu à peu au fond des mers, et se convertissent, sous Tinfluence de la chaleur, en immense lits de gneiss, de micaschistes , de roches amphiboliques , de schistes argileux, etc. Les agents atmosphériques secondent l'action des mers dans ce travail de destruction, en attaquant avec une yiolence désintégrante, oui ne se retrouve
filus dans aucun des météores actuels, toutes es masses minérales qui s'élevaient au-dessus du niveau de ces mers primitives , au fond desquelles sont balayés tous ces abondants matériaux sous forme de vase, de sable et de gravier. »
Ovide, il est vrai, décrit la formation des corps célestes; tout cela n'est qu'un jeu pour sa muse, et nous, nous ne décnvons ici qu'une des phases de la formation de la terre, la cristallisation du sranit; mais vous devez être content, car dans la fabrication des terrains cristallisés, l'eau est delà partie, le feu et Teau sont aux prises comme dans Ovide
Fri§idajpugnabant€iU%dis, humentia êiecis.
Le poëte nous donne , dites-vous, dans se3 vers, la tradition vulgaire, je le veux bien* Vous qualifiez cela de iublimiié géologique^ soit, tf Ce sont les muses elles-mêmes donnant des leçons géogéniques, » soit I soit ! Mais entre nous, pourtant, et en dépit de l'excellente opinion que vous en avez, je soupçonne un peu ces bonnes filles d'en dire ici un |>eu plus qu'elles n'en savent. Mais soyons indulgents, on a fait plus mal en cosmogonie.
Vous me demandez quand se passaient ces étonnantes choses. Il est vrai qu'Ovide ne ledit pas. Vous voudriez bien que ce fût au deuxième verset ; moi, j'inclinerais à penser que c'était dans Vin principio. Ne nous querellons pas là-dessus aujourd'hui, nous y reviendrons. Passons à Virgile.
Les vers de Téglogue de Virgile sont une courte mais élégante description du système matérialiste des atomes. 11 n'y a, dans ces ▼ers, comme dans ceux d'Ovide, rien, absolument rien qui soit plus favorable aux neptuniens qu'aux plutoniens. Qu'y voit-on en effet? Les principes de toutes choses, les atomes se réunissant dans le vide immense
Four former les quatre éléments , la terre , air, leau et le feu, avec sonépithèle liquidi qui ne me paraît point du tout «ressembler
parfaitement h de la vapeur » (on voit que vous êtes de l'école interprétativedeM.Chaubard). Vous demandez : « Ne serait-ce point aussi le calorique? » Il est probable qu'il v en avait un tant soit peu. Ces auatre éléments donnent naissance à tous tes êtres : His exordia primis ofnnta. Vous voyez le globe encore tendre qui se condense ou s'ac* croît, concreverit: le sol qui se durcit, durare^ c'est-à-dire tout uniment que les atomes se sont accrochés et qu'il en est résulté ce
Sue nous voyons , chose facile à dire, plus ifficile à croire et à. prouver, en dehors d'uH formateur et d'un ordonnateur suprême et tout-puissant. Les verbes concreverit et durarej dites-vous, « sont tout à fait nepluniens. » Que ce soient des atomes qui s accrochent à la manière d'Epicure, ou qui se combinent en vertu des lois de l'affinité et de la cohésion, les verbes employés conviennent également, et aussi bien pour le phénomène chimique, s'il se passe dans le feu, que s'il a lieu dans l'eau, ce dont le poêle ne dit pas un mot.
Vous regrettez gue VOpifex reritm d'Ovide ne se trouve point dans Virgile. VOpifex rerwm d'Ovide n'est nullement uu Dieu créateur, mais simplement ordonnateur de la matière. Tous les systèmes humains sur l'origine des choses, si multiples et si divers, s'accordent sur un point, celui de Yéterniti delamaiiire. Sans sortir des poésies d'Ovide, vous vous rappelez cet admirable livre xv* de ses M(^/amorpfto*w, qui renferme un cours de géologie et où le poëte expose les doctrines d'un des plus grands philosophes de l'antiquité, Pythagore, qui avait séjourfié vingt ans en Egypte, qui avait visité TOrient et fréquenté les philosophes de la Perse et de l'Inde. Vous trouverez là ce vers :
Quattuor œlernu$ genitalia corpora mundu Cotttinet,.,,
Il semble qu'il n'ait pas été donné à la pensée 4iumaine , même dans ses plus aventureuses conceptions de rencontrer i'idée de la création. Platon, dont le çénie sublime a touché pour ainsi dire aux limites de l'intelligence humaine, n'a pu embrasser la création, ni dans son essence ni dans ses résultats : on peut facilement s'en convaincre en portant son attention sur le Timée^ et sur le traité des Lois. Dieu, selon lui, a imprimé i la matière la forme, l'arraneement, la beauté; mais enfin cette matière informe, avant quil y mit la main, était toujours un je ne «ai« quoi qui avait un fond d'existence.
Concluons.
Les anciens n'étaient pas forts en géologie, science toute moderne; nulle part ils ne donnent la théorie de la formation des terrains cristallisés ; la Bible n'en parie pas davantage; la science actuelle ne j>eut expliquer cette cristallisation granitique dans l'eau seule, et invoque l'antagonisme des ,deux grands agents de la nature, le feu et Teau. Sur ce point particulier, voilà où en sont les choses. D'où il résulte qu'affirmer la formation du granit dans les eauxdudeuxiè^
CIIA
LT DE PALEONTOLOGIE,
CHA
f!ie verset de \» Genè$t^ c'e^^l adirmorgralui- (eiiietU* e osi faire une !iv|K»llièî>e qui ne ro- |io^o Mir aurun fiuKlfMuent.
D'un autre «ôié, nnus avon^ vu que la théorie d'un noyau iluido d'environ 3,000 lieues do diani^lrV n'est fia:$rionllfiqu(Muent adinissitdo. D'où il .^uit que, dans le syslèmo de M. Cliauliard, on ne )»eut cspiiiiùcr aucun piiénoniène dVruption, ni volcans, ni montagnes, ni roches d'éjia ncheuicnt queiconi|ues.
Enfin rinlerpreialion donnée par M. Chauhanl aux premiers versets de la Genèse nous seuilde r.rliitraîre» invraisend)lalile, contradictoire, el par consé(|uent sans autorité pour appuyer son opinion.
D'où l'on peut «léjh conclure que cette géologie c^uc vous appelez biblique n*est pas |dus liîhlique qu*uno autre; aue ce n'est
Su'une hypothèse Irès-conteslahle et du côté e la Genèse et du côté de la science, et qu'il est par conséquent prématuré, sinon téméraire de prQcl(inier qu'elle pense et enseigne comme pensait et enseignait Moïse.
Mais nous avons h présenter des cousidérations /l'un nouvel ordre, et, selon nous, d*une autorité encore plus décisive en cette matière. Nous tâcherons de les faire valoir avec loute l'impartialité dont nous sommes ca|)able. Et cela nous sera bien facile, n'ayant d'autre but dans ce débat que celui de prévenir l'erreur et d'arriver du moins au vraisemblable , si la découverte du vrai et la certitude nous sont interdites dans ces questions dilGciles,
Lettre cinquième,
De^s mediis Minper oiaxime obviis et facUIioUs uUlur.
(W. Cabpihtiii.)
Monsieur l'abbé,
L'auteur que nous examinons à votre prière et qui n'est pour nous qu'une occasion d'étudier quelques-unes des grandes ques* lions de la science- actuelle dans leurs rapports avec nos livres saints, ne cesse d'affirmer que tf son travail ne ressemble en rien à ce qui l'a précédé, qu'il est hors de toute catégorie, qu'il n'est noint un système, qu'on n'y trouvera point d hypothèse , pas même une idée hasardée. « {Avant-Propos, p. xu.) Nous savons déjà si ces prétentions sont fondées, et s'il est vrai qu'il n'y ait dans la théorie de M. Chaubard ni hypothèse^ ni même \tne idée hasardée. Que lui sert-il d'en appeler è l'histoire? Cette histoire, il faut 1 interpréter, car elle ne s'explique pas le moins du monde sur les formations géologiques. Il faut concilier ensemble les traditions, la science et la logiciue, et c'est en cela que eousiste loute la difliculté. U ne suffit pas de rattacber arbitrairement telle fornlation géo-
(G2) « La plus grande profondeur moyenne qu'on imisse attribuer aux mers est de 4,800 mètres, (i*où il réftuilc que la m;issc lolale des eaux, qui couvre une si grande partie du globe Urrestrc, ne va pas à deux uiiltioiis de myriarocLres cubes : c*esl un velu jue infiniment petit relativement à celui de la icrie,
logique à tel cataclysme mentionné dans i'hisloire; de dire, par exemple, avec notre auteur : Au deuxième verset du chapitre !*• de la Genèse y l'eau couvre toute la terre, donc* c'est l'époque de la formation des terrains cristallisés; environ 1,600 ans après, le déluge mosaïque détruit le genre humain; donc c'est la formatiom des terrains transitaires, secondaires, etc.; enQn 800 ans plus tard, Josué arrête le soleil; donc la terre cesse de tourner sur son axe; donc la mer se précipite sur les continents, c'est le dé^ lu^o de Deucalion , ou la formation des terrains de transport ancien, des blocs erratiques, sables d'Afrique, brèches osseuses, cavernes à ossements, etc.
Ce rapprochement peut paraître spécieux AU premier énoncé, mais on ne tarae pas à s'apercevoir que ce n'est qu'une illusion théorique et qu'il ne peut soutenir l'examen. Les Livres saints ni les traditions ne s'expliquent en aucune sorte sur Ja formation des terrains qu'on attribue aux catacl;^smes qu'ils mentionnent; et les investigations de la science ne paraissent nullement pouvoir se concilier avec une pareille hypotnèse. C'est là ce qui l'a fait abandonner depuis long« temps.
En effet, scientifiquement parlant, comment démontrer, par exemple, la possibilité de la formation des terrains cristallisés dans l'eau (62j ? On cite dans toutes les parties du monde d'innpmbrables exemples de granit et autres roches éruptives, portant les caractères les plus évidents de la fusion ignée; c'est un fait aujourdhui vulgaire, quelle qu'en soit d'ailleurs l'explication première ; on n'en peut produire un seul qui autorise à faire rapporter le granit et ses variétés à une formation aqueuse. L'origine ignée des roches granitiques est un point qui parait aujourd'hui définitivement acquis à la science, et pour être admis à le contester, il faudrait se présenter avec d'autres preuves que de gratuites affirmations.
Mais il est temps d*aborder des difficultés d'un autre ordre; nous voulons parler de la formation des terrains stratifiés, attribuée par M. Chaubard au déluge mosaïque.
Au sujet de cette seconde partie du système de M. Chaubard, je dois vous faire remarquer, monsieur l'abbé, que vous auriei; beaucoup fait en sa faveur et beaucoup con« tribué aussi à montrer l'insuffisance que vous reprochez aux Annotations géologiques àlaGenèsey publiées par M. l'abbé Migne, si au lieu de vous borner à formuler le voeu de les voir réformer, vous nous en aviei adressé une réfutation en règle. Cela voiu eût été facile, puisque vous en aviez saisi les défectuosités et que vous saviez ce qu'il fal« lait mettre à la place, autrement vous n'au*
et qui ne permet guère de concevoir une fluidité aqueuse de notre planète, du moins par les eaux aoluelies, qui n'oflrrnt pas la millionième partie de ce qu'il faudrait pour dissoudre ui;e telle masse dans les circonslances les plus favorables qu^on puisse imaginer, i (Beudakt, membre de Tlnstilut, etc.)
DICTIONNAIRE DE COSMOGOME
CfL\
ÎU
riez i^as son^é & solliciter ces moJineations et CCS changements.
Vous aTcz trouTé plus rommode de prier les rédacteurs de la Voix de la Vi^t/^dçiaire cette licsogae. Je ne sais ce qu'ils eu pensent, ^ mais, pour ma part, la tâche me parait assez* diflicile, et je présume qu'il ne se trouvera guère que vous en mesure de s'en tirer avec quelque honneur.
Celait pour le système de M. Chaubard une chose désagréable que la présence des fossiles dans les terrains stratifiés. Sans cela» il n'aurait {las manqué de rapporter la formation de ceux-ci au deuxième verset de la Genèse j ce qui eût été plus simple et aurait coupé court à toutes sortes de diflicultés qu'on s'avise de lui faire et qui ne laissent pas que d*ètrc, ainsi que nous le verrons, assez embarrassantes. Mais les fossiles étaient M, élevant leurs millions de voix sur tous )es points du globe et à tous les degrés de la série des terrains. Que faire? Admettre que )a terre avait été créée d'un seul jet avec tous ces fallacieux débris d'êtres qui n'auraient jamais existé? C'était se mettre en dehors de toute science, ruiner toute induction, toute logique; on eut peur du ridicule. Prétendre que toute cette longue série de couches s*é(ait formée dans Tintervaile qui s'écoula de la création au déluge, on ne 1 o* sait, parce que sans doute on ne ti^ouyait pas cet intervalle de temps de longueur suffisante pour pouvoir attribiier cette formation à des causes analogues à celles actuellement agissantes, et que d'ailleurs on était tout préoccupé de catacljr&m^s et d'invasions de la mer, iaées théoriques mises à la mode par Guvier. Recourir à un monde préadamique, on n'y songea pas , quoiqu'on trouvât toutes les données de cette opinion dans plusieurs Pères de TEdise. Restait encore le système des jours^periodes; H. Chaubard leur préféra le déluge.
Ce n'était pas au reste la première fois qu'on avait recours à cette catastrophe pour expliquer la présence des fossiles dans le sein oe la terre et là formation des terrains dans lesquels ils sont ensevelis. Lorsque la science était encore à son berceau et qu'on n'avait des formations secondaires qu'une connaissance très-imparfaite, cette théorie pouvait avoir quelque apparence de vraisemblance. Elle est aujourd'hui universellement abandonnée.
Mais la science, ou si vous voulez, les savants ont quelquefois leurs caprices, leurs préjugés. Sont-ils fondés h rejeter le déMge eomme cause pro<hKtrice de la série des terrains sédimentaires? c'est ce qu'il nous faut examiner attentivement.
' D*alM>rd il est essentiel de fixer nos idées sur la nature de ce cataclysme, e(, par consé-
auent, d'interroger les seuls documents aulentiquos qui nous restent sur cette catastrophe.Ouvronsdoncla Bible. (Koir la (7 ene^e,, chap. VI. VII, yin.)
Une question importante se pr(!scnte : le d<^lugc a-l-il été universel?
Il est permis de soutenir la uon-univcrsa-
lilé. Vous connaissez. Monsieur, la l)i(sc d'IsaacWossius,qui allait être condamnée à Rome, lorsque le célèbre Père Habilloo rc-
{irésenta que les mots sur lesquels on se bndait pour soutenir l'universalité dH déluze étaient «mployés à chaque page de l'Ecriture dans un sens très - restreint. H semble en effet plus conforme aux idées que nous nous formons de la sagesse divine d'admettre que l'inondation diluvienne se borna à la partie de la tene alors habitée, et il n'est pas vraisemblable que la terre ait été dès lors peuplée dans toute son étendue On ne peut rien arguer dés quinze coudées dont les plus hautes montagnes furent surpassées par l'élévation des eaux, car rien ne prouve qu'il s'agisse là des plus hautes mon* tagines du globe, duChamalari, par exemple,
3ui a neuf mille mètres, mais seulement e celles de la contrée inondée, lesquelles pouvaient n'être pas d'une grande hauteur.
Dans l'opinion de la non -universalité du déluge, il est facile de résoudre une foule de problèmes qui abetrement demeurent insolubles, à moins de recourir continuellement au miracle. Or, il y. a même dans les faits, qui sont évidemment miraculeux, une partie qui s'accomplit par l'action des lois ordinaires et naturelles, et qui autorise ï ne recourir au miracle qu'autant qu'il est eipressémept mentionne. Ainsi, relativement a la conservation des animaux , il est difficile, en admettant l'universalité du déluge, de se rendre compte de la réunion dans l'arche de six mille espèces d'oiseaux , de près de deux mille espèces de mammifères, de phis de trois cents espèces de serpents ( je néglige les autres ordres de reptiles), de plus de trois cent mille espèces d'insectes sans les arachnides. (La France seule possède plus de 15,000 espèces d'insectes connues et classées, et plusieurs savants natu* ralistes ont été amenés à conclure opi'il y a, dans le monde entier, plus d'un demi-million d'espèces.) I>oublez ce nombre pour les ani^ maux tmptcra, septuplez-le peur les animaux purSf c'est au moins quatorze è quinze mille espèces de mammifères et d'oiseaux seulement, sans y comprendre un supplément considérable d'individus destinés à servir de pâture aux carnassiers. Calculez la place qu'ils occupent, la quantité et la diversité de nourriture qu'il leur faut pour une année au moins, les soins à donner par sent per« sonnes seulement. Songez aux diflicultés du côté du ré^me ; il est des animaux qui ne peuvent vivre que de verdure, qui se tiennent toujours sur les arbres et ne se nourrissent que de feuilles vertes, telle est, |)ar exemple, hi famille des Tardigrades ou [»aresseux. D'autres ne vivent que de fourmis et d'insectes, tels sont les fourmiliers, 1^ pangolins, lés monothrèraes, les marsupiaux, etc. D'autres, comme les colibris o? les oiseaux-mouches, ne paraissent pouvoir se nourrir que du suc des fleurs.
Les diflicuUés du côté du régime étaient cxlrômcs. Elles ne rétaien* pas moins du
CUA
ET DE PALEONTOLOGIE.
cAié de lliabkation. Ainsi, par exemple, le reane, certains cars, etc., ne peuvent s*accommoder que du froid des régions polaires ; d*aatres espèces ne peuvent vivre que dans les r^ons chaudes. Si le déluge a été universel, comment ]e3 paresseux, les fourmiliers, les armadilles; etc., qui ne se trouvent que dans l'Amérique méridionale, et dont les mouvements sont si lents, ont-ils pu passer après le déluge dans cette contrée? Ce ne peut être par le détroit de Behring ; le climat dans cette latitude est trop froid, et d*ua autre c6té , l'océan Pacifique leur présentait une barrière infranchissable. Qui a porté le serpent à sonnette, le gymnote élee^ irique^ etc., en Amérique, seul endroit du globe où ils se trouvent? Qui a confiné à une hauteur de plus de deux mille mètres, dans les montages de Java , le midaus melicepêf petit animal de 40 centimètres de long et d*ane extrême lenteur? etc., etc.
Je ne dis rien de ces innombrables lésons d*îDsectes dont la conservation olfrait des difGcultés incalculables à cause des substances si diverses dont ils se nourrissent ou sur lesqucll^ ils se développent. U ne suffit pas en effet de recourir à des collections d'œufs ; ces œufs ne peuvent se développer que dans des substances excessivement variées et dans dos conditions qui ne font que multiplier les diflicuités.
Nous n*avons parlé que des animaux terrestres. Les diflicuités sont décuplées, s'il faut prendre à la lettre le cuncta in quibus tsi spiraculum titœ; car il faudra sauver au moins huit mille espèces de poissons : les crustacés si nombreux, les deux embranchements des zoophytes et des mollusques, dont les esi^èces sont innombrables. Il faudra tenir ce nombre prodigieux d'animaux, les uiis dans l'eau douce, les autres dans l'eau de mer, qu'il sera indispensable de renouveler continuellement; il faudra les nourrir de chair, de plantes marines, etc. Je ne parle pas de l'ordre des cétacés, lamentios, baleine, cachalot, etc., et de l'embarras de pareils hôtes, dont les uns paissent Kherfoe, dont les autres ne se nourrissent que de petits mollusques ou de petits zoophjtes qu'ils avalent par milliers (63). Ici le cuMcta ne nous parait donc nullement dc- Toir £tre pris dans son sens rigoureux et absolu, et nous inclinons k penser qu'il en est de même dans presque tous les autres versets de la narration mosaïque.
Dira-t-on que les espèces n existaient pas, au temps du déluge, en aussi grand nombre qu'aujourd'hui. Le contraire est certain. 11 est prouTé que plusieurs espèces se sont perdues, et assurément il est diflicile d'a<imettre que la nature dans ces temps primitifs était moins variée, moins riche et moins féconde qu'elle ne l'est devenue depuis. D'ailleurs, sur quoi se fonderait-on pour
(€3) !lo8S avons été trés-modëré dans notre ralcal dés espèces aninules; les plus savants natoralistcs cstifluiit qa*al»traciion failedes aoimaox mirr^seopiques, il o^exisle aajoord*hai pas moins d^in a de^i niiUiotfS d'espèces à b surface du flobe
avancer une opinion aussi étrange? Où a-t-on surpris la nature créant des espicesf Ce. t aujourd'hui un point hors de toute contestation que les eip^cet ont une existence réelle dans la nature, et que chacune d'elles a été douée, au moment de sa création , des attri buts et de l'organisation qui la caractérisent aujourd'hui. Nous avons démontré ailleurs la permanence des espèces de la création actuelle.
« Unité dans l'espèce, rariété dans les individus, telle est la base de toute la théorio des classifications scientifiques. S'il n*existait pour chaque être une forme propre, caractéristique et permanente, un type radical et constitutif de l'espèce, et dont il est comme individu la réalisation variée, il serait impossible d'établir aucune classification , de coor onner un système^ la notion même de la se t*nce serait détruite , et l'univers ce nous présenterait de toutes parts que des êtres isolés, entre lesquels l'esprit ne pourrait saisir aucun rapport de ressemblance, aucun point fixe de comparaison et de relation , aucun caractère commun , durable et constant; ce serait la négation de tout ordre» de toute harmonie; ce serait, nous le répétons, la destruction complète de toute science , ce serait le chaos, a (Nouveau iraité des sciencee géotogiques, chap. 12). Nous ren* voyons à cet ouvrage pour les déveioppements de celte thèse qui est de la j>]us haute importance, car l'opinion contraire conduit tout droit au panthéisme matérialisme de Lamarck, Schelling, Spik, Oken, etc. (M).
Quant aux végétaux, nous ne Toyons pas» dans le texte, qu'il soit ffris aucune précaution pour leur conservation. H est donc naturel d'admettre qu'ils se conservèrent sous les eaux diluviennes, circonstance qui ne permet pas d'attribuer aux eaux du déluge cette puissance de destruction que certains savants systématiques ont imatrinéc. Mais nous pensons qu'il est encore plus raisonnable d'inférer de leur conservation la nonuniversalité du déluge.
Lettre êixiêmt^
Monsieur Tabbé,
Dans notre dernière lettre, nous arons montré, quoique tnès^brièvement, que l'universalité du déluge soulevait une foule de questions auxquelles on ne peut donner (fe solution qu'en recourant au m*racle. Le miracle admis, tout s'explique sans doute; mais pour M. Chaubard qui veut qu'on rejette de la science, à prouos du déluge, cettb qualificaiion fallacieuse de miracle que rien^ dit-il, ne justifie (p. 191), nous ne savons comment cet auteur pourrait répondre d'une manière sati^Iaisante aux observations que nous avons présentées. 11 a trouTéplus commode de ne pas aborder ces difficultés. Toute»
teirestre.
($4) Vo^ea aMsi les Imirodueîism a« deaiiéne et aa troisiéiiie volaoBe du DieHwnmre de Zoùi^e^ faisant partie de VKnqfct^pééie tkéologique^ poUicc par M. labbé Migiie.
CHA
DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
foîs nous sommes persuadés que plus on y réfléchira, plus on les trouvera sérieuses.
Une autre question se présente : D'où sont venus les eaux du déluge?
C*est une circonstance bien remarquable que le mol de mer ne soit pas prononcé une seule fois dans toute Thistoire du déluge. Cependant si l'Océan tout entier s'est soulevé et précipité surles continents, il semble que ce fait était assez extraordinaire, assez inouï, pour être mentionné avec précision au moins une fois; tandis que Faction de la pluie, qui dans cette circonstance ne serait qu'un phénomène bien secondaire, pour ne pas dire insigniCant, est rappelé jusqu'à six reprises différentes, La première fois qu'il en est question, c'est au 17* verset du chapitre vi. C'est Dieu qui parle àNoéet qui lui annonce la nature du châtiment dont îi va punir une génération criminelle. « Et voilà, dit-il, que moi, j'amènerai sur la terre les eaux du ciel. » £t au chapitre vu, verset 4 : « Encore sept jours et après je ferai pleuvoir sur la terre durant quarante iours et quarante nuits. » ( Comparez avec les versets 11, 12 et 17 du inème chapitre, avec le 2* vers^et du chapitre vii, et enfin avec les versets 12, 13, l£, 15 et 16 du chapitre x.j
Relativement à ces cinq derniers versets , il est une remarque que nous ne devons pas négliger : c*est que le signe de l'alliance que Dieu Tait avec Noé et avec ses descendants est un signe placé dans le ciel et dans les nuc^
ffw, comme devant rappeler à l'homme le ieu d^où était descendu l'instrument du châtiment terrible qui fut infligé à son espèce, et faire ressouvenir Dieu de la promesse qu'il avait faite à Noé de ne plus dé" trnire tDute chair par un déluge. Il est évident que tout concourt à faire ressortir l'importance du rAle que les eaux du ciel ont rempli dans l'inonuation diluvienne , tandis qu'il n'est rien dit du soulèvement des mers ni de leur irruption sur les continents, irruption qui certaineinent aurait été signalée si elle avait eu lieu. Je ne dis rien des raisons physiques qui s'op[)Osent à cette hypothèse. En effet, 1 Océan n'a pu quitter son lit qu'en se soulevant contre les lois de la pesanteur, fait surnaturel qu'il ne faudrait pas supposer sans nécessite et sans y être autorisé par le texte sacré.
Le ir verset du chap, vu, considéré isolément, présente d'abord quelque obscurité; mais rapproché de son contexte, il s'éclaircit. Ainsi les mots fontes abyssi magnai et eataractœ (65) cœli pourraient être les expressions symétriques d'une même pensée , conformément au génie de la construction hébraïque qui en ofl're des exemples si fréquents dans rEcriturc sainte. Quoi qu'il en soit, il suliit de lire de suite le il' verset
(65) Le mot hébreu aruboih^ qu'on a traduit par le inot grec cataracte^ est souvent employé (tans rEcnuire pour marquer une tempêl(\ une pluie abondante qui tombe du ciel. (Voy. tsaie^ xxiv, 18; Malac, 111. 1
(66}Vetei68rabbiDi,qaos maxime sequuiitur cliri-
de ce chapitre et le 12*, pour être convaincu qu'il s'agit là principalement, comme dans tout I^ reste du récit, de Tépanchement des eaux du ciel.
a L'an 600 de la rie de Noé, au second mois, le \T jour du mois, toutes les sources du grand abtme furent rompues et les cataractes du ciel ouvertes.
« Et la pluie tomba sur la terre durant quarante jours et quarante nuits. »
Ce dernier verset n'est évidemment qu'une conclusion, sinon du précédent tout entier, au moins de sa dernière moitié. Au reste,
auel que soit le sens de fontes abyssi magnœ^ est clair qu'il ne renferme nullement la principale idée, celle sur laquelle l'historien insiste et appelle Tattention, et pourtant ce serait le contraire qui devrait avoir lieu si l'Océan {avait fait irruption sur les continents.
Si l'explication que nous venons de donnerne paraissait pas satisfaisante, il en est une autre qui mérite d'être prise en considération. On sait que les Hébreux croyaient que les fleuves et les fontaines avaient leur source dans l'abîme ou dans la mer, qu'ils en sortaient par des canaux invisibles et s'y rendaient par les lits qu'ils se sont creusfe à la surface de la terre. Pourquoi n'admettrait-on pas que Moïse s'est conformé à cette opinion dans son récit, et qu'il indique tout simplement ici pàv fontes tnagnœ abyssi des crues extraordinaires des rivières et des fleuves, dont les sources auraient jaiUi plus abondamment par quelque cause naturelle ou miraculeuse? Ainsi Moïse aurait dit elliptiquement, les sources de l'abime furetU rompuesj au lieu de dire les sources qui ont leur origine dans Vabîme^ comme il dit les pluies du ciel pour les pluies qui tombent du ciel (66).
Au 2' verset du chap vni, les sources qui jaillissaient de V abîme sont fermées^ ainsi aue les cataractes du ciel^ c'est-à-dire que les eaux sont absorbées, partie dans Tintérieur de la terre, partie par ratmosphère, ou elles remontent en va[)eurs. Cette évaporalion est clairement indiquée par ces mots du texte : c( Dieu envoya un souflle sur la terre, et les eaux diminuèrent. » Nulle part il n'est djt expressément que la mer rentre dans le lit qu'elle aurait précédemmentaliandonné.
Les mots Omnes fontes abyssi magnœ rupli sunt gui viennent de nous occuper, ont été traduits ainsi par M. Chauhard .* Tous les bassins de l'immensité des mers furent detruHs {ou disparurent],
Omnes fontes^ tous les bassins... La traduction de fontes par bassi^ut nous parait eu moins extrêmement hardie. Et puis, lou-^ l^f bassins... Ce pluriel, dans celte signîficalion, avecraddilion dnniot/ou^,noussemiileavoir quelque ciiosc do peu naturel ; en préfére-
siiani Patres in romnicntandis liis Moysis vocibus: Rupti hunl omnes foules abysù magnœ ^ taier.tiiiiB nquArum ci'iipiîoncm suiiitonelMnl. (\V. CARi*c>rr£«i Script, hlst, naiHi\, apuu. Micyn, Curs. compi.^ eic-r I. lil )
CHà
£T DE PALEONTOLOGIE.
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rtit le slngalier le bassin^ le lii de rabime ; il n'esXy en effet, question qae d*un abimtf qui n^occupe par conséquent qu un bassin^ eu romme on parle de l'un et de Tautre d'une manière (générale, tous ne satisfait pas la pensée dans Tinterprétation du fouies donné par 11. Ch««ut)ard.
« Tons les bassins , » rupii suni^ dit là Tul^te, fureni rompus. Comment le bassin des mers peut-il être rompu/ Cette rupture ferait supcKh^er oue la partie de lacroûte terrestre sur laquelle repose TOcéan, s'est brisée s*est entr'oaTerte. M. Cbaubard traduit rn* ptisuni par fureni déiruiis , disparurent; traduction commode. Mais pourquoi ne traduirail-il pas m soulevèrent: car c'est bien là le sens du rupii suni dans la théorie de If. Chaut)ard? £n effet» pour que l'Océan pût se déverser sur les continents, il fallait qu'il fût jeté hors de son lit par un immense soulèTement, et c'est bien aussi ce qu'entend M. Cbaubard, de même quil entend un affaissement du lit des mers par le clausi êunt. Arec ce système d'interprétation on ne peut jamais è re embarrassé.
Pour produire ces soulètentenis et ces af^ faissements successifs du bassin de l'Océan , M. Cbaubard tient en réserve un )>etit procédé qu'il convient d'examiner. Ce procédé, il est vrai, n*est point mentionné dans le récit mosaïque, mais, si notre auteur n'est jamais arrêté par une difficulté du texte, il ne l'est pas davantage par une difficulté quelconque.
Vous savez que notre planète est douée d'un mouvement de rotation sur elle-même, qu'elle accomplit en 24 heures, parcourant ainsi 6 lieues un quart par minute. Eh bien I au temps du délujçe, ce mouvement diurne fut suspendu; la terre s'arrêta tout à coup sur son axe, et voici ce qui en résulta : L'eau des mers, franchissant ses rivages, continua à se mouvoir d'occident en orient, et TOcéan se déversa ainsi tout entier sur les continents. Cela n'est pas expressément consigné dans la Bible ; mais rien n'est plus facile que de Yy trouver à l'aide d'un petit discours que Toici :
c Les hommes sont ou savants ou ignorants.
« Or, la Bible étant écrite pour l'instruction de tout le monde a dû éviter de traiter des sujets hors de la portée des esprits peu ou point cultivés, et de choquer par des idées Traies les idées fausses généralement reçues. Ainsi, par exemple, elle ne peut dire que la terre tourne autour du soleil, ou que la terre à telle époque s'est arrêtée sur son axe. Premier écueil qu'il fallait éviter. Hais il eo est un second : il iallait ne pas égarer ies savants en leur prêchant l'erreur, ik Bible a évité ce second écueil en disant tout comme il laut pour que le vulgaire com-
f>reone et ne soit point choqué, et pour que *boaime érudit qui se tient sur ses gardes puisse découvrir la vérité en s'aidant è la foi> du raisonnement et de la science. Cela posé, la Bible n'a pu nous dire que la terre
s'est arrêtée sur son axe lors du déluge ; elle s'est bornée à parler de la destruction du bassin des mers et de leur irruption sur les continents : voilà pour ies esprits du commun des hommes; mais pour les gens habi* les, pour les savants, elle ajoute que la mer, ainsi répandue sur la surface de la terre, y a séjourné cinq mois entiers avant de se rassembler dans ses bassins. Voilà les savants sur la voie ; ils réfléchiront et diront : Pour que la mer, mise en mouvement, ne soit pas rentrée dans ses bassins, après avoir fait, si on veut, le tour du globe une ou deux fois [rien que celai une petite promenade), il faut que ses bassins n'existassent plus, sans quoi ils se seraient remplis de nouveau presque aussitôt après avoir été vidés (ce qui n'aurait pas été votre affaire). Les anciens bassins avaient donc «Jisparu. Mais comment cela s'est-il fait ? Le savant se concentrera ici en lui-même (concentrons-nous si nous sommes savants), et, prenant une mappemonde, il verra que la surface du globe terrestre est tourmentée sur la zone torride, aue les couches secondaires sont minces à rapproche de l'équateur, ^les houilles plus rares, etc. •
€ — Ahl s'écriera-t-îl alors, le mouvement qui a transporté la mer sur les conli** nents, était dingé d'Occident en Orient, précisément dans le sens de la rotation diurne de la terre sur son axe. La terre arrêtée sur son axe I Quelle conséquence I Ne nous hâtons pas trop cependant de conclure pour une impossibilité. Qui sait si ce que notre ignorance actuelle regarde comme une violation impossible des lois de la nature, nest pas une conséquence toute simple de la cause ignorée de la rotation de la terre? Ce aui est indubitable, c*est que j'ignore absolument si c'est par un miracle ou par une cause purement physique que la terre tourne sur son axe. Par conséquent^ j'ignore aussi si c'est par un miracle ou par une cause inconnue qu'elle s'est arrêtée dans son mouvement diurne. Ce qui est in-p dubi table encore, c'est oue la terre est aplatie aux pèles, renflée a l'équateur; ainsi, par la cessation de son mouvement de rotibtion, elle se sera dilatée vers les pôles, cour tractée sur réc|uateur; c'est ce qui aura détruit les bassins de la mer. Enfin, lorsque la terre aura repris son mouvement après cinq mois de repos, elle se sera de nouveau contractée aux pôles; dilatée sous l'équateur, et les bassins de la mer ini auront été rendus. »
Cest ainsi f conclut M. Cbaubard, que les gens habiles qui se tiennent sur leurs gardes et ne jugent au'apris un mûr ej-cmen^peutent en s'aidant du raisonnement ^ du secours de Us science et des seuls documents que la Bible ait pu leur donner^ parvenir jusqu'à la vérités (Pag. 173 et suiv.)
Nous ne sommes point du nombre des gens habiles^ mais nous tâchons de nous tenir sur nos gardes pour n*être point dupe des petits discours de la nature de celui-ci, que nous jugerons après un mûr examen» '
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